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3 janvier 2007 3 03 /01 /janvier /2007 09:45

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI lors de sa visite à la Synagogue de Cologne, le vendredi 19 août 2005.

Allocution d'Abraham Lehrer

Membre du Conseil de la Présidence de la communauté synagogale de Cologne et de la synagogue de Roostrasse

Au nom de la communauté synagogale de Cologne, j'ai le grand honneur de vous souhaiter cordialement la bienvenue, très estimé Pape Benoît XVI, ou, comme on dit en hébreu : Baruch haba. Votre visite à notre synagogue représente un événement extraordinaire, qui revêt une importance énorme, religieuse et aussi politique (…).

 

Les deux religions ont, en dépit de toutes leurs différences qu'il ne faut pas oublier, beaucoup de choses en commun et ce n'est pas pour rien que vous, Pape Benoît XVI, vous parlez de fratres majores, de frères aînés. Nous juifs, nous partons de la supposition que le christianisme nous accepte et nous tolère comme des hommes bons (…).

 

Très estimé Pape Benoît, nous reconnaissons et savons apprécier votre contribution à l'amélioration de notre relation. Nous envisageons l’avenir chrétien-juif de manière positive. Nous nous réjouissons de ce que vous visitiez notre synagogue. Vous témoignez à notre communauté un grand honneur. Encore bienvenu ! Baruch haba !

 

 

Allocution du Rabbin Netanael Teitelbaum

 

Votre visite aujourd'hui, très estimé Pape Benoît, est un signe en direction de l'ouverture de la paix dans le monde entier et un pas sur le chemin de la construction spirituelle du troisième Temple à Jérusalem, qui ne peut être construit que si la paix règne entre les peuples. Votre visite aujourd'hui est un pas vers la paix entre les peuples du monde. Votre visite est aussi un signe fort contre l'antisémitisme chrétien d'autrefois. En cela votre visite revêt la plus grande force symbolique. Elle montre à tous comment et en quoi vous voyez l'Église catholique en relation avec les juifs dans le monde entier (…).

 

La paix véritable dans le monde est la paix qui ne connaît aucune terreur. C'est la paix qui est acceptée par toutes les parties dans l'égalité des droits. Et c'est la raison pour laquelle nous avons fait sonner le Shofar aujourd'hui, car votre visite est un signe, un symbole pour la paix qui doit régner dans le monde. Une paix sans terreur (…).

 

 

Discours du Pape Benoît XVI

 

Au XXe siècle, au temps le plus sombre de l'histoire allemande et européenne, une folle idéologie raciste, de conception néo-païenne, a conduit à la tentative, planifiée et systématiquement mise en oeuvre par le régime, d'exterminer le judaïsme européen : se déroula alors ce qui est passé à l'histoire sous le nom de Shoah. Les victimes de ce crime inouï, et jusque-là inimaginable, s'élèvent dans la seule ville de Cologne à 11.000 personnes dont chaque nom est connu. En réalité, elles ont certainement été beaucoup plus nombreuses. On ne reconnaissait plus la sainteté de Dieu et, de ce fait, on a foulé aussi aux pieds le caractère sacré de la vie humaine.

 

En cette année 2005, on célèbre le 60e anniversaire de la libération des camps de concentration nazis, où des millions de juifs - hommes, femmes et enfants - ont été tués dans les chambres à gaz et brûlés dans les fours crématoires. Je fais miennes les paroles écrites par mon vénéré prédécesseur à l'occasion du 60e anniversaire de la libération d'Auschwitz et je dis moi aussi : « Je m'incline devant tous ceux qui ont eu à subir cette manifestation du mysterium iniquitatis ». Les terribles événements d'alors doivent « sans cesse réveiller les consciences, éteindre les conflits, exhorter à la paix » (Message pour la libération d'Auschwitz, 15 janvier 2005). Nous devons nous souvenir ensemble de Dieu et de son sage dessein sur le monde qu'il a créé : Lui, comme le rappelle le Livre de la Sagesse, « aime la vie » (11, 26).

 

Étant donné les racines juives du christianisme (cf. Rm 11, 16-24), mon vénéré prédécesseur, confirmant un jugement des évêques allemands, a affirmé : « Qui rencontre Jésus-Christ rencontre le judaïsme ».

 

C'est pourquoi la déclaration conciliaire Nostra aetate « déplore les haines, les persécutions, les manifestations d'antisémitisme dirigées contre les juifs, quels que soient leur époque et leurs auteurs » (n. 4). Dieu nous a tous créés « à son image » (Gn 1, 27) - nous l'avons entendu au début du récit de la création - nous honorant ainsi d'une dignité transcendante. Devant Dieu, tous les hommes possèdent la même dignité, quels que soient le peuple, la culture ou la religion auxquels ils appartiennent. Pour cette raison, la déclaration Nostra aetate parle aussi avec grande estime des musulmans (cf. n. 3) et des personnes qui appartiennent aux autres religions (cf. n. 2). En raison de la dignité humaine commune à tous, l'Église catholique « réprouve comme contraire à l'esprit du Christ, toute discrimination ou vexation dont sont victimes des hommes à cause de leur race, de leur couleur, de leur condition ou de leur religion » (n. 5) (…).

 

Nous devons nous connaître mutuellement beaucoup plus et beaucoup mieux. J'encourage donc expressément un dialogue sincère et confiant entre juifs et chrétiens (…). Ce dialogue, s'il veut être sincère, ne peut vouloir passer sous silence les différences existantes ou les minimiser : précisément aussi dans ce qui nous distingue les uns des autres de par notre intime conviction de foi, nous devons nous respecter et nous aimer mutuellement.

 

Enfin, notre regard ne devrait pas se tourner seulement en arrière, vers l'histoire, mais devrait nous pousser aussi en avant, vers les tâches d'aujourd'hui et de demain. Notre riche patrimoine commun et nos relations fraternelles inspirées par une confiance croissante nous incitent à donner ensemble un témoignage encore plus unanime et à collaborer sur le plan pratique pour la défense et la promotion des droits de l'homme et du caractère sacré de la vie humaine, pour les valeurs de la famille, pour la justice sociale et pour la paix dans le monde. Le Décalogue (cf. Ex 20 ; Dt 5) constitue pour nous un patrimoine et un engagement communs. Les « dix commandements » ne sont pas un poids, mais la direction donnée sur le chemin d'une vie réussie. Ils le sont, en particulier, pour les jeunes que je rencontre ces jours-ci et qui me tiennent tant à coeur. Mon souhait est qu'ils sachent reconnaître dans le Décalogue, notre fondement commun, la lampe sur leurs pas, la lumière de leur route (cf. Ps 119, 105).

 

Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI à la Synagogue de Cologne, le 19 août 2005 - Voir la vidéo de la visite du Pape à la Synagogue de Cologne

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31 décembre 2006 7 31 /12 /décembre /2006 11:26

Chers amis lecteurs,

Nous voici donc arrivés au seuil d’une nouvelle année civile.

Le passage d’une année à l’autre donne toujours lieu à une espèce de frénésie de la fête que je n’ai, pour ma part, jamais vraiment compris. D’autant moins d’ailleurs que nos contemporains ignorent pour la plupart quel grand évènement fut à l’origine du décompte de notre calendrier civil.

Combien penseront en effet, en ce réveillon du Nouvel An, à ce petit bébé blotti dans les bras de sa maman, il y a un peu plus de 2000 ans, dans une grotte obscure de la petite bourgade de Bethléem ?

Combien s’émerveilleront de ce que la naissance d’un homme ait pu à ce point couper l’histoire du monde en deux, puisque dorénavant il y a avant Jésus-Christ, et après Jésus-Christ.

Pour la plupart des hommes de notre temps, c’est Jésus-Christ qui est devenu le point de référence de l’histoire du monde ; et en cette nuit de fête, c’est l’ouverture de la 2007e année après sa naissance (à l’erreur de datation près) que nous célèbrerons.

Pour nous chrétiens, le temps est donc venu de rendre grâce à Dieu pour l’année écoulée. Retrouvons, l’espace de quelques instants, le sens de la louange : prenons le temps de remercier Dieu pour cette année 2006 ; faisons mémoire des grâces reçues, par-delà les vicissitudes ou les épreuves de cette vie ; remercions le Seigneur pour ces épreuves mêmes qui « vérifient la qualité de notre foi » (Jc 1.3). N’ayons pas peur de rendre grâce à notre Créateur et Sauveur pour le don de la vie, et pour ce don de la foi qui est toute notre joie !

Le passage d’une année civile à l’autre est aussi pour beaucoup l’occasion de prendre un nouveau départ, à travers de bonnes résolutions. En ce début d’année 2007, je voudrais vous suggérer un chemin, « une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle », comme disait Petite Thérèse, pour grandir en sainteté et en amour, d’une manière rapide et quasi-infaillible. C’est le chemin de la consécration à Marie.

Nous allons fêter cette année le 90e anniversaire des apparitions de la Vierge Marie à Fatima. Prenons d’ores et déjà la résolution de lire un bon livre sur les évènements de Fatima si nous ne les connaissons pas bien, et de découvrir (ou re-découvrir) les messages de la Sainte Vierge aux trois petits bergers (Lucie, François et Jacinthe), en particulier celui adressé le 13 juin 1917 à la petite Lucie :

« Jésus veut établir dans le monde la dévotion à mon Coeur Immaculé.

A celui qui pratiquera cette dévotion, je promets le salut,

et les âmes (qui la pratiqueront) seront aimées de Dieu,

et comme des fleurs placées par Moi pour orner son trône. »

Et saisissons l'occasion de cet anniversaire pour prendre la décision d’exaucer le vœu de notre Seigneur en nous consacrant chacun personnellement  au Cœur immaculé de Marie. Demandons à un prêtre de notre paroisse de nous imposer par exemple le scapulaire du Mont Carmel. Engageons-nous à prier le chapelet quotidiennement. Approfondissons notre connaissance de Marie et notre dévotion envers elle en lisant de bons ouvrages de piété tels que le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge de St Louis Marie Grignion de Montfort ou encore Les gloires de Marie de St Alphonse de Liguori. Consacrons-nous aussi en famille et en paroisse, et n’ayons pas peur : la Sainte Vierge ne nous éloignera pas de Jésus, et notre dévotion envers elle ne nous distraira pas de notre adoration envers Lui. Car ainsi que le disait encore Petite Thérèse : "Jésus sera bien content, puisque la Sainte Vierge est sa mère"

Bien plus, soyons convaincus à l’instar de St Louis-Marie Grignion de Montfort que « cette dévotion à la Très Sainte Vierge est un chemin court pour trouver Jésus-Christ, soit parce qu'on ne s'y égare point, soit parce qu’on y marche avec plus de joie et de facilité, et par conséquent, avec plus de promptitude. » Celui qui se consacre à Marie « avancera ainsi à pas de géant vers Jésus-Christ, par le même chemin par lequel il est écrit que Jésus-Christ est venu vers nous à pas de géant et en peu de temps. » (VD § 155). « Ayant devant nos yeux un exemple si visible et si connu de tout le monde, sommes-nous assez insensés pour croire trouver un moyen plus parfait et plus court pour glorifier Dieu que celui de se soumettre à Marie, à l'exemple de son Fils? » (VD § 139)

Comme disait le Pape Paul VI : « L'imitation de Jésus-Christ est la voie royale que nous devons emprunter pour atteindre à la sainteté de la vie et reproduire en nous-mêmes, dans la mesure du possible, la perfection absolue du Père céleste. Si l'Eglise Catholique a toujours maintenu cette éminente vérité, elle a pareillement affirmé aussi que l'imitation de la Sainte Vierge, loin de nous écarter du souci de suivre fidèlement le Christ, rend cette marche plus aimable et plus  aisée... C'est aussi pour ce qui touche à l'imitation du Christ que vaut la règle générale : A Jésus par Marie. Et que notre foi ne se trouble pas à la pensée qu'une aide de ce genre pourrait empêcher que les liens de relation par lesquels nous adorons le Fils de Dieu et sommes unis d'amitié avec Lui ne soient très intimes et permanents. » (Paul VI, Signum Magnum).

Faisons donc de cette année 2007 une année mariale (avant 2008, une autre année mariale au cours de laquelle l’Eglise célèbrera le 150e anniversaire des apparitions de Lourdes), et faisons nôtre la fameuse devise de notre regretté Pape Jean-Paul II (qui est aussi la devise de ce Blog) :

Totus tuus ego sum et omnia mea tua sunt

(« Je suis tout à toi et tout ce que j’ai est à toi. »)

Bonne et sainte année 2007 à tous !

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29 décembre 2006 5 29 /12 /décembre /2006 12:04

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI lors de la Cérémonie d’accueil des jeunes sur les rives du Rhin, lors des XXe Journées Mondiales de la Jeunesse de Cologne, dans l’après-midi du jeudi 18 août 2005.

Je vais maintenant me faire pèlerin à la cathédrale de Cologne, pour vénérer les reliques des saints Mages, qui ont accepté de tout quitter pour suivre l'étoile qui les conduisit au Sauveur du genre humain (…). Ces reliques ne sont que des signes fragiles et pauvres de ce que furent les Mages et de ce qu'ils vécurent il y a tant de siècles. Les reliques nous conduisent à Dieu lui-même :  en effet, c'est Lui qui, par la force de sa grâce, donne à des êtres fragiles le courage d'être ses témoins devant le monde. En nous invitant à vénérer les restes mortels des martyrs et des saints, l'Eglise n'oublie pas qu'il s'agit certes de pauvres ossements humains, mais d'ossements qui appartenaient à des personnes visitées par la puissance vivante de Dieu. Les reliques des saints sont des traces de la présence invisible mais réelle qui illumine les ténèbres du monde, manifestant que le règne de Dieu est au-dedans de nous. Elles crient avec nous et pour nous:  "Maranatha" - "Viens Seigneur Jésus".    

 

Lire le texte intégral du discours du Pape avec les jeunes pour la Cérémonie d'accueil, le 18 août 2005 - Voir la vidéo de la Cérémonie d'accueil

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27 décembre 2006 3 27 /12 /décembre /2006 13:29

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI lors de la Cérémonie d’accueil des jeunes sur les rives du Rhin, lors des XXe Journées Mondiales de la Jeunesse de Cologne, dans l’après-midi du jeudi 18 août 2005.

Vous avez accepté de vous mettre en route pour venir (…) contempler personnellement, et en même temps de manière communautaire, le visage de Dieu qui se révèle dans l'enfant de la crèche. Comme vous, je me suis mis, moi aussi, en route, pour venir, avec vous, m'agenouiller devant la blanche hostie consacrée, dans laquelle les yeux de la foi reconnaissent la présence réelle du Sauveur du monde (…).

 

Vous êtes les représentants de ces foules innombrables de nos frères et soeurs en humanité qui attendent sans le savoir que l'étoile se lève dans leur ciel pour être guidés vers le Christ, Lumière des Nations, et trouver en lui la réponse satisfaisante à la soif de leur cœur (…).

 

Nous sommes ici à Cologne, pèlerins à la suite des Mages. Selon la tradition, leurs noms en langue grecque étaient Melchior, Gaspard et Balthazar. Dans son Evangile, Matthieu rapporte la question qui brûlait le coeur des Mages: "Où est le Roi des Juifs qui vient de naître?" (2, 2). C'est pour Le rechercher qu'ils avaient fait le long voyage jusqu'à Jérusalem. C'est pour cela qu'ils avaient supporté fatigues et privations, sans céder au découragement, ni à la tentation de retourner sur leurs pas. Maintenant qu'ils étaient proches du but, ils n'avaient pas d'autres questions à poser que celle-là.

 

Nous aussi, nous sommes venus à Cologne parce que nous avons entendu résonner dans notre coeur, bien que sous une autre forme, la même question qui avait poussé les hommes de l'Orient à se mettre en chemin. Il est vrai que nous aujourd'hui nous ne cherchons plus un roi ; mais nous sommes préoccupés par l'état du monde et nous demandons : Où puis-je trouver les critères pour ma vie, les critères pour collaborer de manière responsable à l'édification du présent et de l'avenir de notre monde ? A qui puis-je faire confiance - à qui me confier ? Où est Celui qui peut m'offrir la réponse satisfaisante aux attentes de mon cœur ?

 

Poser de telles questions signifie avant tout reconnaître que le chemin ne peut pas s'achever avant d'avoir rencontré Celui qui a le pouvoir d'instaurer son Royaume universel de justice et de paix, auquel les hommes aspirent, mais qu'ils ne savent pas construire tout seuls. Poser de telles questions signifie aussi chercher Quelqu'un qui ne se trompe pas et qui ne peut pas tromper, et qui est donc en mesure d'offrir une certitude assez forte pour permettre de vivre pour elle et, si nécessaire aussi, de mourir.

 

A l'horizon de l'existence, quand se profile une telle réponse, il faut, chers amis, savoir faire les choix nécessaires. C'est comme lorsque l'on se trouve à une croisée de chemins : quelle route prendre ? Celle qui m'est dictée par les passions ou celle qui m'est indiquée par l'étoile qui brille dans ma conscience ? Ayant entendu la réponse : "A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète" (Mt 2, 5), les Mages choisirent de poursuivre leur route et d'aller jusqu'au bout, éclairés par cette parole. De Jérusalem, ils allèrent jusqu'à Bethléem, c'est-à-dire de la parole qui leur indiquait où se trouvait le Roi des Juifs qu'ils cherchaient jusqu'à la rencontre avec ce Roi qui était en même temps l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Cette parole s'adresse aussi à nous. Nous aussi, nous devons faire un choix. En réalité, à bien y réfléchir, c'est précisément l'expérience que nous faisons en participant à chaque Eucharistie. A chaque Messe, en effet, la rencontre avec la Parole de Dieu nous introduit à la participation au mystère de la croix et de la résurrection du Christ et ainsi nous introduit à la Table eucharistique, à l'union avec le Christ. Sur l'autel est présent Celui que les Mages virent couché sur la paille:  le Christ, le Pain vivant descendu du ciel pour donner la vie au monde, l'Agneau véritable qui donne sa vie pour le salut de l'humanité. Eclairés par cette Parole, c'est toujours à Bethléem - la "Maison du pain" - que nous pourrons faire la rencontre bouleversante avec la grandeur inconcevable d'un Dieu qui s'est abaissé jusqu'à se donner à voir dans une mangeoire, jusqu'à se donner en nourriture sur l'autel.

 

Pouvons-nous imaginer la stupeur des Mages devant l'Enfant emmailloté! Seule la foi leur permit de reconnaître sous les traits de cet enfant le Roi qu'ils cherchaient, le Dieu vers lequel l'étoile les avait guidés. En lui, comblant le fossé entre le fini et l'infini, entre le visible et l'invisible, l'Eternel est entré dans le temps, le Mystère s'est fait reconnaître, se donnant à nous dans les membres fragiles d'un petit enfant. "Aujourd'hui, les Mages considèrent avec une profonde stupeur ce qu'ils voient ici :  le ciel sur la terre, la terre dans le ciel ; l'homme en Dieu, Dieu dans l'homme ; et celui que le monde entier ne peut contenir, enfermé dans le corps d'un tout-petit" (saint Pierre Chrysologue, Homélie pour l'Epiphanie, 160, n. 2). Au cours de ces journées, en cette "Année de l'Eucharistie", nous nous tournerons avec la même stupeur vers le Christ présent dans le Tabernacle de la miséricorde, dans le Sacrement de l'Autel.

 

Chers jeunes, le bonheur que vous cherchez, le bonheur auquel vous avez le droit de goûter a un nom, un visage : celui de Jésus de Nazareth, caché dans l'Eucharistie. Lui seul donne la plénitude de vie à l'humanité ! Avec Marie, donnez votre "oui" à ce Dieu qui se propose de se donner à vous. Soyez-en vraiment convaincus :  le Christ n'enlève rien de ce qu'il y a de beau et de grand en vous, mais il mène tout à sa perfection, pour la gloire de Dieu, pour le bonheur des hommes, pour le salut du monde.

 

 

Lire le texte intégral du discours du Pape avec les jeunes pour la Cérémonie d'accueil, le 18 août 2005 - Voir la vidéo de la Cérémonie d'accueil

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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 13:29

Dans son message de Noël 2005, Mgr Maurice E. Piat, évêque de Port-Louis (Île Maurice), a abordé le sujet du SIDA. Selon les estimations les plus alarmantes, 40 % des habitants de l'Île pourraient en effet être porteurs du virus. Le message de Mgr Piat a été salué par la presse mauricienne pour sa « remarquable acuité pastorale ». Nous en publions quelques extraits en cette fête de la Nativité de Notre Seigneur.

CHERS COMPATRIOTES DE MAURICE, DE RODRIGUES, D'AGALEGA ET DES CHAGOS,

 

Je vous souhaite de tout coeur un bien joyeux Noël. La joie que je vous souhaite pour Noël n'est pas une excitation tapageuse qui nous fait oublier la misère. La vraie joie de Noël, c'est la joie d'accueillir Jésus qui se fait vulnérable pour être solidaire de tous ceux qui souffrent aujourd'hui. C'est la joie de découvrir comment Jésus guérit les coeurs brisés et nous invite à les guérir avec lui.

 

C'est pourquoi je pense spécialement à nos frères et soeurs qui sont porteurs du virus du SIDA et spécialement à ceux et celles qui sont en prison. Pour que Noël soit vrai, il faut que la joie de Noël puisse les atteindre eux aussi. Cette joie les atteindra au coeur de leur souffrance, si seulement vous et moi refusons de les exclure de notre fête de Noël, et décidons de les inclure dans ce vaste partage d'amitié que Jésus a voulu instaurer entre nous.

 

En parlant du SIDA, je pense aussi à notre pays, à la grande famille des Mauriciens de toute culture et de toute religion, qui est menacée par cette terrible épidémie. Je vous invite à réfléchir à la responsabilité qui est la nôtre devant cette souffrance humaine qui est en train de se répandre sous nos yeux (…). L'objectif de la fête de Noël n'est pas de nous faire oublier - l'espace d'un instant - cette situation difficile. Au contraire, le Jésus que nous célébrons à Noël, vient nous réveiller de notre léthargie et nous pousse à assumer nos responsabilités.

 

Notre première responsabilité consiste à offrir un vrai soutien, amical, gratuit, aux personnes porteuses du virus aujourd'hui. Nous sommes appelés à être non pas moralisateurs mais solidaires, fraternels. En plus de leur maladie, nos frères et soeurs atteints du SIDA souffrent aussi d'une discrimination terrible. Ils sont quelquefois rejetés par leurs proches. Leur famille ne veut plus les fréquenter. Souvent on a peur d'avoir des contacts avec eux au travail, à l'hôpital, ou dans des lieux publics. On a tendance à les écarter de la vie courante, comme on le faisait autrefois pour les lépreux. Souvent aussi on les juge, on leur colle des étiquettes. En son temps, Jésus a lancé à ceux qui voulaient condamner la femme adultère : « Que celui d'entre nous qui est sans péché lui jette la première pierre ! ». Il faut lutter contre cette « stigmatisation » et corriger les idées fausses qui alimentent une peur déraisonnable chez beaucoup d'entre nous (…). Les personnes atteintes par le SIDA ont droit au respect, elles doivent pouvoir mener une vie normale et se soigner avec dignité au milieu de nous. À son époque, Jésus s'est dressé contre la discrimination qui sévissait à l'égard des lépreux. Il a lutté pour leur rendre la place qui leur revenait dans la communauté juive de son temps.

 

Notre deuxième responsabilité consiste à travailler activement à la prévention. Ce qu'il y a à faire pour freiner l'explosion de l'épidémie du SIDA est tellement vaste et complexe qu'il vaut mieux prendre quelques exemples avant d'insister sur les lignes de force du travail de prévention.

 

a) Ainsi, si vous êtes mariés ou avez un/une partenaire, et que vous découvrez que vous êtes déjà porteurs du virus la première chose à faire, c'est d'en parler avec votre conjoint ou votre partenaire. C'est une question de respect fondamental. Ils ou elles ont le droit de savoir que vous êtes porteurs du virus, afin de pouvoir réfléchir avec vous à la manière de réagir et aux mesures à prendre. Il ne faut pas avoir honte ou avoir peur. L'honnêteté est la meilleure politique. Seule la vérité vous libèrera et vous permettra de mieux vivre votre maladie.

 

Si vous avez le virus du SIDA, la seule manière à 100 % sûre de ne pas infecter votre partenaire, c'est l'abstinence, c'est-à-dire, renoncer aux relations sexuelles. Si vraiment vous ne pouvez pas vous passer de relations sexuelles, alors il faut protéger votre partenaire en employant un préservatif ; mais sachez quand même que cette protection n'est jamais sûre à 100 %.

 

b) Si vous êtes toxicomanes et porteurs du virus, la première chose à faire c'est de vous inscrire dans un centre de désintoxication et de réhabilitation. C'est vrai qu'aujourd'hui, à Maurice, la demande pour la désintoxication dépasse largement les places disponibles dans les différents centres. C'est pourquoi il est urgent d'ouvrir d'autres centres dans le pays et de revoir aussi la qualité de la désintoxication offerte. Mais pour nos frères et soeurs toxicomanes, la chose la plus importante c'est de ne pas partager vos seringues, en attendant d'être désintoxiqués.

 

c) Si vous êtes un jeune qui avez des comportements sexuels à risque, c'est-à-dire, si vous avez des relations sexuelles assez fréquentes avec des partenaires différents, la première chose à faire est de vous soumettre à des tests de dépistage pour savoir si vous êtes porteurs du virus ou non. Si vous découvrez que vous êtes porteurs du virus, n'hésitez pas à vous faire soigner. Suivez le traitement - les médicaments sont gratuits. Si vous vous y prenez à temps, vous pouvez vivre longtemps. Que vous ayez été infectés ou non, prenez la décision de changer de comportement, de vous abstenir de relations sexuelles avant le mariage. Vous avez en vous la capacité de regarder en face la situation, de réfléchir et de changer votre style de vie. Ne vous laissez pas entraîner par le courant. Réagissez et suivez votre instinct de survie. Seul ce changement peut vous apporter une vraie protection.

 

d) Même un jeune qui n'a pas de comportement à risque peut hésiter intérieurement et se dire : « Si j'ai une occasion de relation sexuelle, je vais essayer, pourquoi pas, tout le monde le fait ». Il peut même penser qu'il n'est pas normal s'il ne le fait pas. Cela n'est pas vrai. Les jeunes eux-mêmes le disent : « L'amour vrai sait attendre ». Il ne demande pas tout, tout de suite. Aujourd'hui, en plus de la raison morale, vous avez une autre raison pour vous abstenir. C'est la volonté de vous protéger efficacement contre le SIDA et de vous garder en bonne santé pour que vous puissiez plus tard vous marier et fonder une famille (…).

 

Aujourd'hui, beaucoup de parents et d'éducateurs ont peur que par le style de vie que mènent les jeunes, ceux-ci soient infectés par le virus du SIDA. Alors ils leur disent « prenez vos précautions, utilisez le préservatif. Voilà, on vous en donne gratuitement, on va même vous en distribuer dans les écoles, dans les boîtes de nuit, dans les fêtes, etc. ». Cette recommandation est faite par des adultes concernés par le problème. Cependant il faut réfléchir aux conséquences qu'entraîne dans la réalité cette recommandation par ailleurs bien intentionnée. Des recherches ont été faites en Afrique du Sud par des organismes surpris de voir la maladie se répandre très vite malgré les tonnes de préservatifs déversés dans les lycées, les collèges, les universités, etc. Ces recherches ont révélé ceci : quand des gens bien intentionnés viennent dans des collèges faire des campagnes d'information et de prévention par rapport au SIDA et qu'ils proposent le préservatif comme seul moyen de prévention, ce qui se passe en fait c'est que des jeunes qui jusque là s'abstenaient de relations sexuelles par peur du SIDA, comprennent alors qu'ils peuvent avoir des relations sexuelles autant qu'ils en veulent, en toute sécurité, pourvu qu'ils se servent du préservatif. Alors ils commencent à avoir une vie sexuelle active et souvent dispersée en se protégeant avec un préservatif. Après un temps, soit eux, soit leurs partenaires commencent à en avoir assez du préservatif « gêneur », ou bien ils négligent d'en avoir toujours sous la main et, de plus en plus, ils prennent des risques en ayant des relations sexuelles non protégées. Et c'est souvent ainsi qu'ils attrapent le virus et deviennent des agents propagateurs de la maladie.

 

Ce qui est grave ce n'est pas de se servir d'un préservatif si on ne peut s'empêcher d'avoir des relations sexuelles à risque et qu'on veut se protéger ou protéger sa partenaire. Mais ce qui est vraiment grave, c'est de laisser entendre aux jeunes qu'ils peuvent avoir la vie sexuelle la plus désordonnée qui soit avant le mariage et qu'ils seront toujours en sécurité pourvu seulement qu'ils se servent d'un préservatif. L'expérience au ras des pâquerettes montre que c'est souvent le contraire qui arrive. Pour être responsable, nous devons apprendre la leçon que les faits nous enseignent : le préservatif seul, sans une éducation sérieuse des jeunes par rapport à l'abstinence avant le mariage et à la fidélité dans le mariage, ne peut pas arrêter la progression de l'épidémie. Si les parents et les éducateurs croient en la capacité des jeunes de changer de comportement et de vivre heureux sans relations sexuelles avant le mariage, les jeunes y arriveront. Si les adultes n'y croient pas, les jeunes se laisseront aller à une vie sexuelle désordonnée et s'exposeront ainsi à de très graves dangers.

 

Le SIDA ne choisit pas sa victime. Qu'on soit pauvre ou de milieu aisé, qu'on soit chrétien, hindou ou musulman, croyant ou incroyant, nous sommes tous menacés. Ce qui est encourageant aujourd'hui c'est que nous commençons à en prendre conscience. Je souhaite de tout coeur que cette prise de conscience nous conduise à nous serrer les coudes et à travailler ensemble avec des convictions communes. En effet, que nous soyons décideur politique, responsable d'ONG ou travailleur social sur le terrain, nous gagnerions à adopter ensemble l'ordre de priorité exprimée par le fameux ABC proposé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la lutte contre le SIDA :

 

- A pour abstinence sexuelle avant le mariage,

- B pour « be faithful », soit la fidélité dans le mariage, et

- C pour « condom » ou préservatif.

 

Il faut remarquer que dans l'ordre de priorité le préservatif vient en 3e position. Ce qui veut dire que pour l'OMS le préservatif est un « dernier recours », ou une solution « faute de mieux » quand on ne peut faire autrement. C'est pourquoi certains programmes ont proposé avec raison d'introduire une signification additionnelle et prioritaire pour le C de la formule. Ainsi, avant de se référer au Condom, le C nous renverrait au : Character building pour bien montrer la priorité absolue à accorder à l'éducation, qui seule rend possible et épanouissante l'abstinence et la fidélité.

 

L'urgence est de traduire aujourd'hui cet ordre de priorité dans les faits. Prenons les moyens pour rendre accessible une éducation sérieuse au plus grand nombre. Investir dans l'éducation est beaucoup plus rentable que d'investir dans le latex. En éduquant, on s'appuie sur quelque chose de plus solide et de plus durable, c'est la capacité morale des jeunes de prendre conscience de l'enjeu et de changer leur style de vie. Nombreux sont ceux qui ont réfléchi et ont déjà adopté un style de vie responsable qui barre la route au SIDA. Ils en sont heureux. Ces jeunes sont aujourd'hui porteurs de l'espérance de Noël. Leur bonheur est contagieux et constitue le rempart le plus solide contre l'expansion de l'épidémie du SIDA.

   

La Documentation Catholique, numéro 2354 du 19/03/2006. Rubrique L'Église dans le monde, paru en page 289, 3088 mots.

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20 décembre 2006 3 20 /12 /décembre /2006 11:19

Chers amis lecteurs, 

 

Le Blog Totus Tuus souffle aujourd’hui sa première bougie ! Un an déjà, depuis la publication du premier article,  Parler de Dieu 

 

Totus Tuus, c’est en quelques chiffres : 

 

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Les articles qui vous ont le plus fait réagir ? 

 

1 – Quand la Parole s'en remet à l'Eglise : 41 commentaires

2 – Ce que nous enseignent les sciences de la nature : 35 commentaires

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5 – Marie, toujours Vierge? (1)  : 19 commentaires

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7 – Humour et existence de Dieu : 120 

 

Les Blogs amis (que je fréquente très régulièrement) : 

 

1 – Chère Gospa 

2 – Notre Dame des Neiges 

3 – Les deux Blogs du Père Walter Covens : 1  et 2

4 – Dieu seul 

5 – Vivre en chrétien aujourd'hui 

6 – Le Blog d'Albert Dugas 

7 – Ichtus 

8 – Le Blog de Patrice de Plunkett  

 

Et (j’ai gardé le meilleur pour la fin), mes deux contradicteurs préférés : 

 

1 – Miky

2 – le Pasteur Eric Georges

 

sans lesquels le Blog Totus-Tuus ne serait sans doute pas ce qu’il est... 

 

Bon anniversaire à vous donc, chers lecteurs ! Et joyeux Noël à chacun. Je prends quelques vacances bien méritées, afin de me recueillir avec toute l’Eglise dans le silence de la crèche de Betlhéem auprès de mon Seigneur et mon Roi. 

 

Si Dieu le veut, je reviendrai en grande forme dans quelques jours, avec quelques bons projets pour 2007, dont :

 

1 – Une lecture méditée et priée de l’Evangile selon St Matthieu

2 – Une étude de la théologie du Corps selon Jean-Paul II

3 – et une réflexion sur le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise. 

 

A très bientôt !

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19 décembre 2006 2 19 /12 /décembre /2006 11:02

[Nous poursuivons, chers lecteurs, notre lecture continue du livre de Saint Alphonse de Liguori sur le Grand moyen de la Prière.]  

 

II. LA CONFIANCE AVEC LAQUELLE NOUS DEVONS PRIER

    

Le principal avis que nous donne l'Apôtre saint Jacques si nous voulons obtenir les grâces de Dieu par la prière, c'est que nous priions avec la confiance assurée d'être exaucés si nous prions, comme il se doit, sans hésiter : « Qu'il demande avec foi sans hésitation » (Jc 1, 6). Saint Thomas nous enseigne que si la prière doit à la charité le pouvoir de mériter, c'est de la foi et de la confiance qu'elle tient son efficacité : « La prière doit à la charité la vigueur de son mérite, à la foi et la confiance l'efficacité de sa demande ».

Saint Bernard dit de même : c'est la confiance seule qui nous obtient les miséricordes de Dieu : « Oui, seule l'espérance obtient auprès de toi un droit à la compassion ». Le Seigneur se réjouit infiniment de notre confiance en sa miséricorde, car nous honorons et exaltons ainsi la bonté infinie qu'il a voulu manifester au monde en nous créant. Ô mon Dieu, s'écriait le Prophète Roi, que tous ceux qui espèrent en vous se réjouissent, parce qu'ils seront éternellement heureux et que vous habiterez toujours en eux ! « Joie pour tous ceux que tu abrites, réjouissance à jamais » (Ps 5, 12). Dieu protège et sauve tous ceux qui ont confiance en lui : « Il est, lui, le bouclier de quiconque s'abrite en lui » (Ps 18 (17), 31). « Tu sauves ceux qui espèrent en toi » (Ps 17 ( 16), 7)... Oh ! quelles magnifiques promesses sont faites, dans les Saintes Ecritures, à ceux qui espèrent en Dieu ! Ils ne tomberont pas dans le péché. « Tous ceux qui espèrent en lui ne tomberont pas » (Ps 34 (33), 23). Oui, dit David, le Seigneur tient les yeux tournés vers tous ceux qui se confient en sa bonté, pour les délivrer par son secours de la mort du péché : « Voici, l'oeil de Yahvé sur ceux qui le craignent, sur ceux qui espèrent son amour, pour préserver leur âme de la mort » (Ps 33 (32), 18-19). Dieu dit ailleurs : « Puisqu'il s'attache à moi, je l'affranchis, je l'exalte...Je le délivre et je le glorifie » (Ps 91(90), 14-15). Notons le mot « puisque » : puisqu'il s'est confié à moi, je le protégerai, je le libérerai de ses ennemis et du danger de tomber, et finalement je lui donnerai la gloire éternelle. Isaïe parle de ceux qui mettent leur espérance en Dieu : « Ceux qui espèrent en Yahvé renouvellent leur force, ils déploient leurs ailes comme des aigles, ils courent sans s'épuiser, ils marchent sans se fatiguer » (Is 40, 31). Ils cesseront d'être faibles, ils acquerront en Dieu une grande force, ils ne failliront pas, ils n'éprouveront même pas de fatigue à marcher sur la voie du salut, ils courront et voleront comme des aigles : « Dans la conversion et le calme était votre salut » (Is 30,15). En somme, dit ce même prophète, notre force consiste à mettre toute notre confiance en Dieu et à rester tranquilles et sereins c'est-à-dire à nous reposer dans les bras de sa miséricorde, sans compter sur nos talents personnels ni sur les moyens humains.

Est-il jamais arrivé que quelqu'un ait mis sa confiance en Dieu et se soit ensuite perdu ? « Qui donc, confiant dans le Seigneur, a été confondu ? » (Si 2, 10). Cette confiance donnait à David la certitude qu'il ne se perdrait jamais : « J'ai espéré dans le Seigneur, je ne serai pas confondu » (Ps 31 (30),1). Est-ce que par hasard, demande saint Augustin, Dieu pourrait nous tromper alors qu'il s'offre à nous soutenir dans les dangers, si nous nous appuyons sur lui ? Voudrait-il se dérober à nous au moment même où nous recourons à lui ? « Dieu ne se joue pas de nous au point de s'offrir à nous aider et de se dérober ensuite à ceux qui s’appuient sur lui ». David appelle bienheureux ceux qui se confient dans le Seigneur : « Heureux, qui se fie à toi » (Ps 84 (83), 13). Et pourquoi ? Parce que, dit ce même prophète, celui qui se confie en Dieu se trouvera toujours entouré par la divine miséricorde : « Celui qui se confie en Yahvé est entouré de sa miséricorde » (Ps 32 (31),10). Il sera tellement entouré et gardé par Dieu de tous côtés qu'il restera à l'abri des ennemis et préservé du danger de se perdre.

C'est pourquoi l'Apôtre nous recommande tant de garder la confiance en Dieu. Celle-ci, nous assure-t-il, nous obtient de lui grande récompense : « Ne perdez donc pas votre assurance ; elle a une grande et juste récompense » (He 10, 35). Telle sera notre confiance, telles aussi les grâces que nous recevrons de Dieu ; si notre confiance est grande, grandes seront aussi les grâces : « Une grande foi mérite de hautes récompenses ». Selon saint Bernard, la divine miséricorde est une fontaine immense : plus ample en fait de confiance est le vase que l'on y porte, plus grande est l'abondance des biens que l'on rapporte : « L'huile de la miséricorde, tu ne la déposes que dans le vase de la confiance ». Le Prophète l'exprimait déjà : « Sur nous soit ton amour, Yahvé, comme notre espoir est en toi » (Ps 33 (32), 22). Le centurion en est témoin, lui dont le Rédempteur a loué la confiance : « Va ! Qu'il t'advienne selon ta foi » (Mt 8,13). Et le Seigneur révéla à sainte Gertrude : celui qui le prie avec confiance lui fait en quelque sorte tant de violence qu'il ne peut pas ne pas l'exaucer en tout ce qu'il demande. « La prière, dit saint Jean Climaque, fait une pieuse violence à Dieu ». Oui, la prière fait violence à Dieu mais une violence qui lui est chère et agréable. « Avançons-nous donc avec assurance vers le trône de la grâce afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce pour une aide opportune » (He 4, 16). Le trône de la grâce c'est Jésus Christ qui siège à présent à la droite du Père : non pas sur un trône de justice mais de grâce, pour nous obtenir le pardon, si nous sommes en état de péché, et le secours pour persévérer, si nous jouissons de son amitié. A ce trône, il nous faut recourir toujours avec confiance, c'est-à-dire avec la confiance que nous inspire la foi en la bonté et la fidélité de Dieu. N'a-t-il pas promis d'exaucer ceux qui le prient avec une confiance ferme et vraie ? Ceux qui, au contraire, le font en hésitant et en doutant, dit saint Jacques, doivent bien penser qu'ils ne recevront rien : « Celui qui hésite ressemble au flot de la mer que le vent soulève et agite. Qu'il ne s'imagine pas, cet homme-là, recevoir quoi que ce soit du Seigneur » (Jc 1, 6-7). Il ne recevra rien parce que sa méfiance injustifiée empêchera la divine miséricorde de l'exaucer : « Tu n'as pas demandé comme il faut, dit saint Basile, parce que tu as demandé en doutant ». Tu n'as pas reçu la grâce parce que tu l'as demandée sans confiance. Notre confiance en Dieu, dit David, doit être solide comme une montagne qui ne se déplace pas au moindre coup de vent : « Qui s'appuie sur Yahvé ressemble au mont Sion ; rien ne l'ébranle, il est stable pour toujours » (Ps 125 (124), 1). Le Rédempteur nous en prévient, si nous voulons obtenir les grâces que nous sollicitons : « Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l'avez déjà reçu et cela vous sera accordé » (Mc 11, 24). Quelle que soit la grâce que vous demandez, croyez ferme que vous l'aurez et vous l'obtiendrez sûrement !

Mais, dira quelqu'un, je ne suis qu'un misérable. Sur quoi vais je donc fonder ma confiance d'être exaucé ? Sur la promesse de Jésus Christ : « Demandez et vous recevrez » (Jn 16, 24). Demandez et vous obtiendrez. « Qui voudrait être trompé, lorsque c'est la vérité qui promet ? » dit saint Augustin. Comment pouvons-nous douter d'être exaucés, alors que c'est Dieu, la Vérité même, qui promet de nous écouter et de nous exaucer ? « Il ne nous pousserait pas à demander, dit ce saint Docteur, s'il ne voulait pas nous exaucer ? ». Le Seigneur ne nous engagerait certainement pas à lui demander ses grâces s'il n'était pas décidé à nous les accorder. Or il ne cesse de nous y exhorter maintes et maintes fois dans les Saintes Ecritures : Priez, demandez, cherchez, etc. et vous obtiendrez tout ce que vous désirez : « Demandez ce que vous voudrez et vous l'aurez » (Jn 15,7).

Pour nous inculquer cette confiance, le Seigneur nous a appris, dans le Pater Noster, à appeler Dieu, lorsque nous recourons à lui pour lui demander ses grâces, et elles sont toutes contenues déjà dans l'oraison dominicale, non pas Seigneur mais Père : Notre Père ! Il veut, en effet, que nous recourions à Dieu avec la confiance même d'un enfant pauvre ou malade qui sollicite de son propre père des moyens de subsistance ou quelque remède. Si un enfant est sur le point de mourir de faim, il suffit qu'il paraisse devant son père et celui-ci aussitôt lui fournira de la nourriture. Si l'enfant vient à être mordu par un serpent venimeux, il suffira qu'il montre sa blessure à son père et celui-ci y appliquera aussitôt le remède voulu.

Prenant donc appui sur les promesses divines, prions toujours avec une confiance, non pas vacillante mais solide et ferme, comme dit l'Apôtre Paul : « Gardons indéfectible la confession de l'espérance, car celui qui a promis est fidèle » (He 10, 23). Aussi certain que Dieu est fidèle en ses promesses, aussi certaine doit être notre confiance qu'il nous exaucera. Peut-être nous trouverons-nous parfois dans un état d'aridité spirituelle ou serons-nous troublés par quelque faute, et ne ressentirons-nous pas dans la prière la confiance sensible que nous souhaiterions ? Efforçons-nous cependant de prier, parce que Dieu ne manquera pas de nous exaucer, et même d'autant mieux que nous prierons alors en nous défiant davantage de nous-mêmes et en nous appuyant uniquement sur la bonté et la fidélité de Dieu, qui a promis d'exaucer qui le prie. Oh ! comme le Seigneur se réjouit de nous voir dans nos moments de tribulations, de craintes, de tentations, espérer contre toute espérance, c'est-à-dire réagir contre le sentiment de défiance qui provoque en nous notre désolation intérieure. L'Apôtre Paul loue à ce sujet le Patriarche Abraham dont il est dit : « Espérant contre toute espérance, il crut » (Rm 4,18). Selon saint Jean, qui met en Dieu une ferme confiance se sanctifie certainement : « Quiconque a cette espérance en lui se rend saint comme lui-même (Jésus) est saint » (1 Jn 3, 3), parce que Dieu fait abonder les grâces en tous ceux qui ont confiance en lui. C'est par cette confiance que tant de martyrs, de jeunes filles et d'enfants, ont pu, malgré la frayeur que leur inspiraient les tortures préparées par les tyrans, supporter ces souffrances et braver les bourreaux. Quelquefois, dis-je, nous prions mais il nous semble que Dieu ne veuille pas nous écouter : continuons alors à prier et à espérer ! Disons comme Job : « Il peut me tuer, je n'ai d'autre espoir » (Jb 13, 15). Mon Dieu, alors même que vous me chasseriez loin de vous, je ne cesserai pas de vous prier et d'espérer en votre miséricorde.

Agissons de même et nous obtiendrons du Seigneur tout ce que nous souhaitons. C'est bien ce que fit la Cananéenne, et Jésus exauça tous ses désirs. Cette femme, dont la fille était possédée du démon, priait le Rédempteur de l'en délivrer : « Aie pitié de moi... Ma fille est cruellement tourmentée par le démon » (Mt 15, 22-29). Je ne suis pas envoyé pour les étrangers, lui répondit Jésus, mais uniquement pour les Juifs. Mais elle ne se découragea pas et continua à prier avec confiance : Seigneur, vous pouvez me consoler, vous devez me consoler : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens ». « Mais, mon Seigneur, ajouta-t-elle, oh justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leur maîtres ! » Jésus loua cette femme de sa confiance et lui accorda la faveur qu'elle demandait : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu'il advienne selon ton désir ! ». Qui a jamais appelé Dieu à son secours, dit Ben Sirac le Sage, et s'est vu méprisé de lui et pas secouru ? « Qui l'a imploré sans avoir été écouté ? » (Si 2, 10). Pour saint Augustin, la prière est une clé qui ouvre le ciel en notre faveur ; à l'instant même où notre prière monte vers Dieu, la grâce que nous demandons descend vers nous : « La prière du juste est la clé du ciel ; monte la prière et descend la compassion de Dieu ». Le Prophète Roi a écrit : nos demandes vont de pair avec la miséricorde de Dieu : « Béni soit Dieu qui n'a pas écarté ma prière ni son amour loin de moi » (Ps 66 (65), 20). Saint Augustin ajoute : Quand nous prions le Seigneur, nous devons être sûrs que déjà il nous exauce : « Tu n'as pas éloigné de toi la prière ? Sois sûr qu'alors sa miséricorde ne s'est pas non plus éloignée de toi ». Vraiment, jamais je ne me sens plus tranquille et confiant pour mon salut que lorsque je suis occupé à prier Dieu et à me recommander à lui. Tous les autres fidèles éprouvent sans doute le même sentiment. Les autres signes de notre salut sont incertains et trompeurs. Ce qui est certain et infaillible, c'est que Dieu exauce ceux qui le prient avec confiance, tout comme il est absolument certain que Dieu ne peut manquer à ses promesses. Quand nous nous sentons faibles et incapables de surmonter quelque passion ou quelque grande difficulté ou pour accomplir ce que le Seigneur nous demande, disons courageusement avec l'Apôtre : « Je puis tout en celui qui me rend fort » (Ph 4, 13). Ne disons pas comme certains : Ce n'est pas possible, je n'ai pas confiance. Bien sûr, par nos propres forces nous ne pouvons rien mais, avec le secours de Dieu, nous pouvons tout. Supposons que Dieu dise à quelqu'un : Prends cette montagne sur tes épaules je vais t'aider à la porter. Celui qui répondrait : Non, je n'en ai pas la force, ne serait-il pas un sot ou un infidèle ? De même, quand nous nous reconnaissons misérables et faibles et que les tentations nous assaillent plus violemment, ne nous décourageons pas, levons les yeux vers le Seigneur et disons comme David : « Yahvé est pour moi, plus de crainte, que me fait l'homme à moi ? » (Ps 118 (117), 6). Avec l'aide de mon Seigneur, je vaincrai et mépriserai tous les assauts de mes ennemis. Quand nous sommes en danger d'offenser Dieu ou dans quelque situation grave et que, dans notre trouble, nous ne savons que faire, recommandons-nous à Dieu : « Yahvé est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? » (Ps 27 (26), 1). Soyons sûrs qu'alors Dieu nous donnera sa lumière et nous préservera de tout mal.

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17 décembre 2006 7 17 /12 /décembre /2006 12:14

Un ouvrage collectif, paru au début de l'année, invitait l'Église à remettre radicalement en question la morale sexuelle enseignée par elle, notamment en matière de contraception. La Commission doctrinale [de la Conférence des évêques de France] a jugé opportun de rédiger une note critique sur cet ouvrage expliquant pourquoi cette révision n'était ni possible, ni souhaitable, même si des évolutions restent toujours envisageables. Cette note est technique ; elle n'aborde pas les aspects pastoraux de la question qui demeurent évidemment de première importance.

 

Mgr Jean-Louis BRUGUÈS,

Président de la Commission doctrinale

 

     

La thèse des auteurs prétend s'appuyer en fait sur deux arguments majeurs

    

 

a. Premier argument

 

L'enseignement de l'Église sur la contraception manquerait de fondement scripturaire : « On cherche en vain dans l'Évangile une allusion à la fécondité » (p. 24). On chercherait également en vain dans l'Évangile une allusion à l'arme nucléaire, qui a pourtant fait l'objet d'une réflexion importante du Magistère depuis les années soixante. Cet argument tient de ce que le Père Cottier appelle « une sorte d'argumentation fondamentaliste inversée ». En effet, dans un premier temps, on exige que l'Écriture parle avec une littéralité toute matérielle d'un sujet. Dans un deuxième temps, l'absence d'une telle littéralité sert de justification pour affirmer qu'une doctrine est sans base scripturaire. Le théologien suisse ajoute : « Étrange façon de se référer à la richesse et à la fécondité de la Parole de Dieu et qui, de plus, fait totalement fi de l'expérience chrétienne et de la réflexion de l'Église garantie par l'assistance de l'Esprit Saint ».

 

L'usage de l'épisode d'Onan qui occupe plus de trois pages (p. 27-29) ferait assez bien la preuve du défaut général de méthode théologique en ce livre : puisqu'on imagine que la Tradition trouvait en lui l'argument biblique décisif contre la contraception, on le retourne maintenant en argument favorable, ayant cru démontrer l'absence dans le récit de cet interdit circonscrit.

 

Lorsque nous lisons « qu'il n'y a pas de fondement biblique mais uniquement une tradition ecclésiale » sur la condamnation de la contraception (p. 94), nous supposons que les auteurs n'ont pas intégré l'enseignement de la Constitution conciliaire Dei Verbum, déclarant que la Tradition et l'Écriture « jaillissant d'une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu'un tout et tendent à une même fin ». Le texte précise que « l'Église ne tire pas de la seule Écriture Sainte sa certitude sur tous les points de la Révélation ».

 

Enfin, les auteurs ne mentionnent aucunement les catéchèses de Jean-Paul II sur l'amour humain, où le Pape replaçait l'enseignement d'Humanae vitae dans l'anthropologie et l'ethos bibliques. De même, ils n'ont pas réalisé que les réflexions de Donum vitae sur les fécondations artificielles venaient compléter les arbitrages d'Humanae vitae sur la contraception, à partir de la même logique de continuité entre union et procréation, et du droit de l'enfant à être fruit et expression du « don de soi réciproque » des parents.

 

 

b. Deuxième argument

 

L'enseignement de l'Église sur la contraception, lequel repose sur « la soumission à la nature et à ses lois », serait contradictoire : en effet, il condamne, d'une part, l'onanisme qui est pourtant « naturel » et, d'autre part, il prône des méthodes « naturelles » pourtant dépendantes de matériels plus ou moins sophistiqués. Celles-ci d'ailleurs ne cherchent pas une autre finalité que celle visée par l'utilisation de contraceptifs mécaniques ou chimiques : l'union sexuelle sans transmission de la vie (p. 28-29).

 

Nos auteurs donnent deux définitions de la « loi naturelle » à laquelle se réfère l'Église ; mais toutes deux sont inadéquates. Il ne s'agit ni d'une « inscription morale spontanée au cœur de tout homme », ni d'une « soumission à la nature et à ses lois » (p. 26). La doctrine thomiste sur la loi naturelle ne se réfère pas à un ordre naturel (ordo naturalis), mais à un ordre rationnel (ordo rationalis). Ce n'est pas la nature qui dicte sa loi à la raison, ni même les inclinations naturelles de l'homme comme l'inclination à l'union sexuelle ; c'est la raison du sujet qui constitue un ordre moral à partir de l'expérience intérieure de sa nature personnelle, réfléchie elle-même à travers ses multiples inclinations.

 

Ainsi, en matière de sexualité conjugale, la raison peut percevoir que tout ce qui favorise le don de soi et la fécondité est bon dans la mesure où ces deux dimensions se situent dans l'ordre de l'amour. En revanche, ce qui contredit volontairement le don total et réciproque des époux en s'opposant à la fécondité, blesse l'amour et ne peut donc être véritablement bon. Il ne saurait être compris comme bon par la raison.

 

Le « retrait » a beau ne pas faire appel à des artifices, il ne correspond pas pour autant à la nature de l'amour humain qui appelle un don total de soi, corporel et spirituel. L'apologie du coitus interruptus proposée à plusieurs reprises dans ce livre peut surprendre : cette méthode, largement pratiquée par la bourgeoisie française dès la Renaissance, institue le type même de l'acte amputé de sa fin, une fausse donation des époux. On comprend pourquoi elle ait semblé peu saine. Inversement, l'utilisation de « matériels » n'infirme pas la bonté des méthodes « naturelles » : elles sont bonnes en tant qu'elles intègrent les données de la physiologie masculine et féminine pour une planification familiale soucieuse de ne jamais entraver dans l'étreinte conjugale le don des personnes, ni d'exclure le don d'une nouvelle vie lorsqu'elle est possible. C'est là leur distinction essentielle d'avec les diverses méthodes contraceptives.

 

Par leur éloge du retrait et de la licéité de la contraception, C. Grémion et H. Touzard se situeraient plutôt du côté du modèle-type de la sexualité individualiste, considéré comme masturbatoire par de nombreux psychanalystes « en ce qu'il n'appelle l'autre corps qu'à la manière mécanique de frottement et de projection affective ». À l'opposé, la planification familiale naturelle fonde la relation sexuelle conjugale sur une « sexualité parlée », authentiquement humaine. De ce point de vue, il n'est pas juste de soutenir que la planification serait une méthode contraceptive qui se dissimule : l'Église ne préconise aucune méthode, car la meilleure méthode est celle qui n'existe pas a priori, celle par où la sexualité humaine pourrait s'exprimer au mieux entre ces deux époux, sans restriction, sans peur ni tremblement, dans l'engagement réciproque de leur mariage et la plénitude concrète de leur grâce. Utiliser les méthodes dites naturelles comme une méthode pour ne pas avoir d'enfants, relèverait, en effet, d'une mentalité bien proche de celle qui inspire la contraception.

 

À côté de ces deux arguments majeurs, nos auteurs invoquent la nécessité de prendre en compte « les possibilités de transmission du sida pour les personnes à risque » qui entraîne, selon eux, la nécessité de permettre l'usage du préservatif (p. 131). C'est entrer dans une autre problématique : le discours de l'Église sur la contraception – par exemple l'allusion au safer sex dans la Lettre aux familles de Jean-Paul II (d) – présuppose un engagement matrimonial fidèle. Les relations sexuelles pré-matrimoniales, avec des partenaires multiples, ou homosexuelles, posent des problèmes moraux en elles-mêmes qui dépassent la question de l'usage ou non d'un préservatif. La question difficile des couples dont l'un des membres est séropositif mérite d'être traitée à part.

 

Enfin, les auteurs dépassent la mesure lorsqu'ils se livrent à un véritable plaidoyer pour autoriser des méthodes contraceptives anti-nidatoires. Comment peuvent-ils accuser l'Église de classer les techniques anti-nidatoires comme abortives « à partir d'affirmations techniques hasardeuses », quand eux-mêmes usent d'expressions contraires aux données de la science, comme de dire que le stérilet « empêche la survie de cellules fécondables » – il s'agit en fait d'embryons – ou d'insinuer que la réalité d'une grossesse n'est à prendre en compte qu'une fois détectée par des tests (p. 153) ? La réalité est que dès la fécondation, l'on se trouve en présence d'un être humain au développement continu, graduel et coordonné : toute tentative de situer l'apparition de l'embryon au-delà de la fécondation est scientifiquement hasardeuse.

 

Ajoutons que le raisonnement tenu au chapitre 12, qui regarde la contraception comme une pratique de prévention contre l'avortement, est démenti par la réalité toute sociologique des faits : la France, pays qui consomme le plus de produits contraceptifs, compte néanmoins le nombre le plus élevé des avortements provoqués.

 

Loin d'apporter une réponse audacieuse au problème douloureux de la distorsion entre l'enseignement de l'Église et la pratique supposée ou avérée des couples catholiques sur ce point, l'ouvrage de Catherine Grémion et Hubert Touzard contribue, malgré l'intention de ses auteurs, à éloigner les fidèles de la Bonne Nouvelle sur le sens et la beauté de la sexualité conjugale. Leur proposition d'en revenir au texte de la majorité de la Commission pontificale instituée par Paul VI avant Humanae vitae, sous prétexte que celle-ci avait proposé une véritable anthropologie du mariage (cf. p. 149), est peu recevable : elle fait fi de toute l'anthropologie du mariage développée par le Magistère de l'Église depuis le Concile. Le principal mérite de cet ouvrage sera peut-être de montrer l'urgence d'un enseignement adéquat sur la théologie du corps et d'un accueil plus favorable aux promoteurs des méthodes naturelles dans l'Église de France.

 

 

Mgr Jean-Louis BRUGUÈS,

évêque d'Angers,

Président

cardinal Philippe BARBARIN,

archevêque de Lyon

Mgr Pierre-Marie CARRÉ,

archevêque d'Albi

Mgr Jean-Paul JAMES,

évêque de Beauvais

Mgr Roland MINNERATH,

archevêque de Dijon

Mgr Albert-Marie DE MONLÉON,

évêque de Meaux

 

  

Source : La Documentation Catholique n° 2369 du 03/12/2006. Rubrique L'Église en France, paru en pages 1087 et suivants.

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15 décembre 2006 5 15 /12 /décembre /2006 09:54

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI lors de sa rencontre avec les prêtres du Val d’Aoste, dans la matinée du lundi 25 juillet 2005.

Un prêtre a soulevé la question de la communion aux fidèles divorcés remariés. Voici  la  réponse  du Saint-Père :

 

Nous savons tous que cela est un problème particulièrement douloureux pour les personnes qui vivent dans des situations où elles sont exclues de la communion eucharistique ainsi que, naturellement, pour les prêtres qui veulent aider ces personnes à aimer l'Eglise et à aimer le Christ. Cela pose un problème.

 

Aucun de nous n'a de solution toute faite, notamment parce que les situations sont toujours différentes. Je pense que la situation est particulièrement douloureuse pour les personnes qui se sont mariées à l'Eglise, mais qui ne sont pas vraiment croyantes et qui l'ont fait par tradition, puis ayant contracté un nouveau mariage non valide, se convertissent, trouvent la foi et se sentent exclues du Sacrement. Cela est réellement une grande souffrance, et lorsque j'étais Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, j'ai invité plusieurs Conférences épiscopales et spécialistes à étudier ce problème : un sacrement célébré sans foi. Je n'ose pas m'avancer en affirmant que l'on puisse trouver ici réellement un motif d'invalidité parce qu'il manquait une dimension  fondamentale au mariage. Je le pensais personnellement, mais à la suite des discussions que nous avons eues, j'ai compris que le problème est très difficile et doit être encore approfondi. Mais étant donné la situation de souffrance de ces personnes, il doit vraiment être approfondi.

 

Je n'ose pas apporter une réponse immédiate ; quoi qu'il en soit, deux aspects me semblent très importants. Le premier : même si elles ne peuvent avoir accès à la communion sacramentelle, ces personnes ne sont pas exclues de l'amour de l'Eglise et de l'amour du Christ. Une Eucharistie sans la communion sacramentelle immédiate n'est certainement pas complète, il manque une chose essentielle. Toutefois, il est également vrai que participer à l'Eucharistie sans communion eucharistique n'est pas égal à rien, cela signifie toujours participer au mystère de la Croix et de la résurrection du Christ. Il s'agit toujours d'une participation au grand Sacrement dans la dimension spirituelle et pneumatique ; dans la dimension également ecclésiale, sinon strictement sacramentelle.

 

Et étant donné qu'il s'agit du sacrement de la Passion du Christ, le Christ souffrant embrasse de façon particulière ces personnes et dialogue avec elles d'une autre façon. Elles peuvent donc se sentir embrassées par le Seigneur crucifié qui tombe à terre et meurt et souffre pour elles, avec elles. Il faut donc faire comprendre que même si, malheureusement, il manque une dimension fondamentale, elles ne sont toutefois pas exclues du grand mystère de l'Eucharistie, de l'amour du Christ ici présent. Cela me semble important, tout comme il me semble important que le curé et la communauté paroissiale fassent sentir à ces personnes que, d'une part, nous devons respecter le caractère indissoluble du Sacrement et, de l'autre, que nous aimons ces personnes qui souffrent également pour nous. Et nous devons aussi souffrir avec elles, car elles apportent un témoignage important, parce que nous savons qu'à partir du moment où l'on cède par amour, on porte préjudice au Sacrement lui-même et son indissolubilité apparaît toujours moins vraie.

 

Nous connaissons le problème non seulement des Communautés protestantes, mais également des Eglises orthodoxes qui sont souvent présentées comme un modèle dans lequel il est possible de se remarier. Mais seul le premier mariage est sacramentel : eux aussi reconnaissent que les autres ne sont pas un Sacrement, il s'agit de mariages dans une mesure réduite, redimensionnée, dans des conditions de pénitence ; d'une certaine façon, ils peuvent s'approcher de la Communion, mais en sachant que celle-ci est accordée "dans l'économie" - comme ils disent - en vertu d'une miséricorde qui, toutefois, n'ôte rien au fait que leur mariage n'est pas un Sacrement. L'autre point dans les Eglises orientales est que pour ces mariages, on a accordé la possibilité de divorcer avec une grande légèreté et que le principe de l'indissolubilité, et du véritable aspect sacramentel du mariage est gravement lésé.

 

Il y donc d'une part le bien de la communauté et le bien du Sacrement que nous devons respecter, et de l'autre, la souffrance des personnes que nous devons aider.

 

Le second point que nous devons enseigner et rendre crédible également pour notre propre vie est que la souffrance, sous ses diverses formes, fait nécessairement partie de notre vie. Et il s'agit là d'une souffrance noble, je serais tenté de dire. Il faut à nouveau faire comprendre que le plaisir n'est pas tout. Que le christianisme nous donne la joie, comme l'amour donne la joie. Mais l'amour signifie également toujours renoncer à soi-même. Le Seigneur lui-même nous a donné la formule de ce qu'est l'amour :  celui qui se perd se retrouve ; celui qui gagne et se conserve soi-même se perd.

 

Il s'agit toujours d'un exode et donc également d'une souffrance. La véritable joie est une chose différente du plaisir, la joie croît, mûrit toujours dans la souffrance en communion avec la Croix du Christ. Ce n'est que de là que naît la véritable joie de la foi, dont ces personnes non plus ne sont pas exclues si elles apprennent à accepter leur souffrance en communion avec celle du Christ.

 

 

Lire le texte intégral du discours aux prêtres du Val d’Aoste, le 25 juillet 2005

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14 décembre 2006 4 14 /12 /décembre /2006 09:45

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI lors de sa rencontre avec les prêtres du Val d’Aoste, dans la matinée du lundi 25 juillet 2005.

Y a-t-il encore besoin de Dieu? Est-il encore raisonnable de croire en Dieu? Le Christ est-il seulement une figure de l'histoire des religions ou est-il réellement le Visage du Dieu dont nous avons tous besoin? Pouvons-nous bien vivre sans connaître le Christ?

 

Il faut comprendre que construire la vie, l'avenir, exige également patience et souffrance. La Croix ne doit pas manquer également dans la vie des jeunes et faire comprendre cela n'est pas facile. Le montagnard sait que pour faire une belle expérience d'escalade, il doit faire des sacrifices et s'entraîner ; de même, le jeune doit également comprendre que pour la montée vers l'avenir de la vie, l'exercice d'une vie intérieure est nécessaire.

 

(…) Nous ne devons pas penser à un ensemble de règles que nous portons sur nos épaules comme une lourde besace sur le chemin de la vie. En ultime analyse, la foi est simple et riche : nous croyons que Dieu existe, que Dieu agit. Mais quel Dieu? Un Dieu avec un Visage, un Visage humain, un Dieu qui réconcilie, qui vainc la haine, et donne la force de la paix qu'aucun autre ne peut donner. Il faut faire comprendre qu'en réalité, le christianisme est très simple et donc très riche (…).

 

Il faut [aussi] comprendre que la foi crée essentiellement une assemblée, qu'elle unit.

 

C'est précisément cette essence de la foi qui nous libère de l'isolement du moi et qui nous unit dans une grande communauté, une communauté très complète - dans la paroisse, dans l'assemblée du dimanche - et universelle dans laquelle le moi devient un parent de tous dans le monde.

 

Il faut comprendre cette dimension catholique de la communauté qui se réunit chaque dimanche dans la paroisse. Donc si, d'une part, connaître la foi est un objectif, de l'autre, socialiser dans l'Eglise ou "rendre ecclésial" signifie s'introduire dans la grande communauté de l'Eglise, lieu de vie, où je sais qu'également dans les grands moments de ma vie - en particulier la souffrance et la mort - je ne suis pas seul (…). Et cela devrait se comprendre dès le début, c'est-à-dire que je ne serai jamais plus seul dans la vie. La foi me rachète de la solitude.

 

 

Lire le texte intégral du discours aux prêtres du Val d’Aoste, le 25 juillet 2005

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