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26 avril 2007 4 26 /04 /avril /2007 08:39

Le 22 décembre 2005, le Pape Benoît XVI a reçu en audience, dans la Salle Clémentine du Palais apostolique, les cardinaux et les membres de la Famille apostolique et de la Curie romaine venus lui présenter les traditionnels vœux de Noël. Le Pape a prononcé un discours dont nous publions quelques extraits.

Dans le grand débat sur l'homme, qui caractérise le temps moderne, le Concile devait se consacrer en particulier au thème de l'anthropologie. Il devait s'interroger sur le rapport entre l'Eglise et sa foi, d'une part, et l'homme et le monde d'aujourd'hui, d'autre part (ibid. pp. 1066, sq).

 

La question devient encore plus claire, si, au lieu du terme générique de "monde d'aujourd'hui", nous en choisissons un autre plus précis : le Concile devait définir de façon nouvelle le rapport entre l'Eglise et l'époque moderne. Ce rapport avait déjà connu un début très problématique avec le procès fait à Galilée. Il s'était ensuite totalement rompu lorsque Kant définit la "religion dans les limites de la raison pure" et lorsque, dans la phase radicale de la Révolution française, se répandit une image de l'Etat et de l'homme qui ne voulait pratiquement plus accorder aucun espace à l'Eglise et à la foi. L'opposition de la foi de l'Eglise avec un libéralisme radical, ainsi qu'avec des sciences naturelles qui prétendaient embrasser à travers leurs connaissances toute la réalité jusque dans ses limites, dans l'intention bien déterminée de rendre superflue "l'hypothèse de Dieu", avait provoqué de la part de l'Eglise, au XIX siècle, sous Pie IX, des condamnations sévères et radicales de cet esprit de l'époque moderne. Apparemment, il n'existait donc plus aucun espace possible pour une entente positive et fructueuse, et les refus de la part de ceux qui se sentaient les représentants de l'époque moderne étaient également énergiques.

 

Entre temps, toutefois, l'époque moderne avait elle aussi connu des développements. On se rendait compte que la révolution américaine avait offert un modèle d'Etat moderne différent de celui théorisé par les tendances radicales apparues dans la seconde phase de la Révolution française. Les sciences naturelles commençaient, de façon toujours plus claire, à réfléchir sur leurs limites, imposées par leur méthode elle-même, qui, tout en réalisant des choses grandioses, n'était toutefois pas en mesure de comprendre la globalité de la réalité. Ainsi, les deux parties commençaient progressivement à s'ouvrir l'une à l'autre.

 

Dans la période entre les deux guerres mondiales et plus encore après la Seconde Guerre mondiale, des hommes d'Etat catholiques avaient démontré qu'il peut exister un Etat moderne laïc, qui toutefois, n'est pas neutre en ce qui concerne les valeurs, mais qui vit en puisant aux grandes sources éthiques ouvertes par le christianisme. La doctrine sociale catholique, qui se développait peu à peu, était devenue un modèle important entre le libéralisme radical et la théorie marxiste de l'Etat. Les sciences naturelles, qui professaient sans réserve une méthode propre dans laquelle Dieu n'avait pas sa place, se rendaient compte toujours plus clairement que cette méthode ne comprenait pas la totalité de la réalité et ouvraient donc à nouveau les portes à Dieu, conscientes que la réalité est plus grande que la méthode naturaliste, et que ce qu'elle peut embrasser.

 

On peut dire que s'étaient formés trois cercles de questions qui, à présent, à l'heure du Concile Vatican II, attendaient une réponse. Tout d'abord, il fallait définir de façon nouvelle la relation entre foi et sciences modernes ; cela concernait d'ailleurs, non seulement les sciences naturelles, mais également les sciences historiques, car, selon une certaine école, la méthode historico-critique réclamait le dernier mot sur l'interprétation de la Bible, et, prétendant l'exclusivité totale de sa propre compréhension des Ecritures Saintes, s'opposait sur des points importants à l'interprétation que la foi de l'Eglise avait élaborée. En second lieu, il fallait définir de façon nouvelle le rapport entre Eglise et Etat moderne, qui accordait une place aux citoyens de diverses religions et idéologies, se comportant envers ces religions de façon impartiale et assumant simplement la responsabilité d'une coexistence ordonnée et tolérante entre les citoyens et de leur liberté d'exercer leur religion. Cela était lié, en troisième lieu, de façon plus générale au problème de la tolérance religieuse - une question qui exigeait une nouvelle définition du rapport entre foi chrétienne et religions du monde. En particulier, face aux récents crimes du régime national socialiste, et plus généralement, dans le cadre d'un regard rétrospectif sur une longue histoire difficile, il fallait évaluer et définir de façon nouvelle le rapport entre l'Eglise et la foi d'Israël.

 

Il s'agit là de thèmes de grande portée - ce furent les thèmes de la seconde partie du Concile - sur lesquels il n'est pas possible de s'arrêter plus amplement dans ce contexte. Il est clair que dans tous ces secteurs, dont l'ensemble forme une unique question, pouvait ressortir une certaine forme de discontinuité et que, dans un certain sens, s'était effectivement manifestée une discontinuité dans laquelle, pourtant, une fois établies les diverses distinctions entre les situations historiques concrètes et leurs exigences, il apparaissait que la continuité des principes n'était pas abandonnée – un fait qui peut échapper facilement au premier abord. C'est précisément dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux que consiste la nature de la véritable réforme.

 

Dans ce processus de nouveauté dans la continuité, nous devions apprendre à comprendre plus concrètement qu'auparavant que les décisions de l'Eglise en ce qui concerne les faits contingents - par exemple, certaines formes concrètes de libéralisme ou d'interprétation libérale de la Bible - devaient nécessairement être elles-mêmes contingentes, précisément parce qu'elles se référaient à une réalité déterminée et en soi changeante. Il fallait apprendre à reconnaître que, dans de telles décisions, seuls les principes expriment l'aspect durable, demeurant en arrière-plan et en motivant la décision de l'intérieur. En revanche les formes concrètes ne sont pas aussi permanentes, elles dépendent de la situation historique et peuvent donc être soumises à des changements. Ainsi, les décisions de fond peuvent demeurer valables, tandis que les formes de leur application dans des contextes nouveaux peuvent varier.

 

Ainsi, par exemple, si la liberté de religion est considérée comme une expression de l'incapacité de l'homme à trouver la vérité, et par conséquent, devient une exaltation du relativisme alors, de nécessité sociale et historique, celle-ci est élevée de façon impropre au niveau métaphysique et elle est ainsi privée de son véritable sens, avec pour conséquence de ne pas pouvoir être acceptée par celui qui croit que l'homme est capable de connaître la vérité de Dieu, et, sur la base de la dignité intérieure de la vérité, est lié à cette connaissance. Il est, en revanche, totalement différent de considérer la liberté de religion comme une nécessité découlant de la coexistence humaine, et même comme une conséquence intrinsèque de la vérité qui ne peut être imposée de l'extérieur, mais qui doit être adoptée par l'homme uniquement à travers le processus de la conviction.

 

Le Concile Vatican II, reconnaissant et faisant sien à travers le Décret sur la liberté religieuse un principe essentiel de l'Etat moderne, a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l'Eglise. Celle-ci peut être consciente de se trouver ainsi en pleine syntonie avec l'enseignement de Jésus lui-même (cf. Mt 22, 21), comme également avec l'Eglise des martyrs, avec les martyrs de tous les temps. L'Eglise antique, de façon naturelle, a prié pour les empereurs et pour les responsables politiques, en considérant cela comme son devoir (cf. 1 Tm 2, 2) ; mais, tandis qu'elle priait pour les empereurs, elle a en revanche refusé de les adorer, et, à travers cela, a rejeté clairement la religion d'Etat. Les martyrs de l'Eglise primitive sont morts pour leur foi dans le Dieu qui s'était révélé en Jésus Christ, et précisément ainsi, sont morts également pour la liberté de conscience et pour la liberté de professer sa foi, - une profession qui ne peut être imposée par aucun Etat, mais qui ne peut en revanche être adoptée que par la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience. Une Eglise missionnaire, qui sait qu'elle doit annoncer son message à tous les peuples, doit nécessairement s'engager au service de la liberté de la foi. Elle veut transmettre le don de la vérité qui existe pour tous, et assure dans le même temps aux peuples et à leurs gouvernements qu'elle ne veut pas détruire leur identité et leurs cultures, mais qu'elle leur apporte au contraire une réponse que, au fond d'eux, ils attendent, - une réponse avec laquelle la multiplicité des cultures ne se perd pas, mais avec laquelle croît au contraire l'unité entre les hommes, et ainsi, la paix entre les peuples également.

 

 

 

Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI à la Curie romaine, le 22 décembre 2005

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25 avril 2007 3 25 /04 /avril /2007 11:54

Le 22 décembre 2005, le Pape Benoît XVI a reçu en audience, dans la Salle Clémentine du Palais apostolique, les cardinaux et les membres de la Famille apostolique et de la Curie romaine venus lui présenter les traditionnels vœux de Noël. Le Pape a prononcé un discours dont nous publions quelques extraits.

Le dernier événement de cette année sur lequel je voudrais m'arrêter en cette occasion est la célébration de la conclusion du Concile Vatican II, il y a quarante ans. Ce souvenir suscite la question suivante : Quel a été le résultat du Concile? A-t-il été accueilli de la juste façon? Dans l'accueil du Concile, qu'est-ce qui a été positif, insuffisant ou erroné? Que reste-t-il encore à accomplir?

 

Personne ne peut nier que, dans de vastes parties de l'Eglise, la réception du Concile s'est déroulée de manière plutôt difficile, même sans vouloir appliquer à ce qui s'est passé en ces années la description que le grand Docteur de l'Eglise, saint Basile, fait de la situation de l'Eglise après le Concile de Nicée : il la compare à une bataille navale dans l'obscurité de la tempête, disant entre autres: "Le cri rauque de ceux qui, en raison de la discorde, se dressent les uns contre les autres, les bavardages incompréhensibles, le bruit confus des clameurs ininterrompues a désormais rempli presque toute l'Eglise en faussant, par excès ou par défaut, la juste doctrine de la foi..." (De Spiritu Sancto, XXX, 77; PG 32, 213 A; SCh 17bis, p. 524).

 

Nous ne voulons pas précisément appliquer cette description dramatique à la situation de l'après-Concile, mais quelque chose de ce qui s'est produit s'y reflète toutefois. La question suivante apparaît : pourquoi l'accueil du Concile, dans de grandes parties de l'Eglise, s'est-il jusqu'à présent déroulé de manière aussi difficile?

 

Eh bien, tout dépend de la juste interprétation du Concile ou - comme nous le dirions aujourd'hui - de sa juste herméneutique, de la juste clef de lecture et d'application. Les problèmes de la réception sont nés du fait que deux herméneutiques contraires se sont trouvées confrontées et sont entrées en conflit. L'une a causé de la confusion, l'autre, silencieusement mais de manière toujours plus visible, a porté et porte des fruits.

 

D'un côté, il existe une interprétation que je voudrais appeler "herméneutique de la discontinuité et de la rupture"; celle-ci a souvent pu compter sur la sympathie des mass media, et également d'une partie de la théologie moderne. D'autre part, il y a l'"herméneutique de la réforme", du renouveau dans la continuité de l'unique sujet-Eglise, que le Seigneur nous a donné ; c'est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l'unique sujet du Peuple de Dieu en marche.

 

L'herméneutique de la discontinuité risque de finir par une rupture entre Eglise préconciliaire et Eglise post-conciliaire. Celle-ci affirme que les textes du Concile comme tels ne seraient pas encore la véritable expression de l'esprit du Concile. Ils seraient le résultat de compromis dans lesquels, pour atteindre l'unanimité, on a dû encore emporter avec soi et reconfirmer beaucoup de vieilles choses désormais inutiles. Ce n'est cependant pas dans ces compromis que se révélerait le véritable esprit du Concile, mais en revanche dans les élans vers la nouveauté qui apparaissent derrière les textes : seuls ceux-ci représenteraient le véritable esprit du Concile, et c'est à partir d'eux et conformément à eux qu'il faudrait aller de l'avant. Précisément parce que les textes ne refléteraient que de manière imparfaite le véritable esprit du Concile et sa nouveauté, il serait nécessaire d'aller courageusement au-delà des textes, en laissant place à la nouveauté dans laquelle s'exprimerait l'intention la plus profonde, bien qu'encore indistincte, du Concile. En un mot : il faudrait non pas suivre les textes du Concile, mais son esprit. De cette manière, évidemment, il est laissé une grande marge à la façon dont on peut alors définir cet esprit et on ouvre ainsi la porte à toutes les fantaisies.

 

Mais on se méprend sur la nature d'un Concile en tant que tel. Il est alors considéré comme une sorte de Constituante, qui élimine une vieille constitution et en crée une nouvelle. Mais la Constitution a besoin d'un promoteur, puis d'une confirmation de la part du promoteur, c'est-à-dire du peuple auquel la constitution doit servir. Les Pères n'avaient pas un tel mandat et personne ne le leur avait jamais donné ; personne, du reste, ne pouvait le donner, car la constitution essentielle de l'Eglise vient du Seigneur et nous a été donnée afin que nous puissions parvenir à la vie éternelle et, en partant de cette perspective, nous sommes en mesure d'illuminer également la vie dans le temps et le temps lui-même. Les Evêques, à travers le Sacrement qu'ils ont reçu, sont les dépositaires du don du Seigneur. Ce sont "les administrateurs des mystères de Dieu" (1 Co 4, 1) ; comme tels ils doivent se présenter comme "fidèles et sages" (cf. Lc 12, 41-48). Cela signifie qu'ils doivent administrer le don du Seigneur de manière juste, afin qu'il ne demeure pas dans un lieu caché, mais porte des fruits et que le Seigneur, à la fin, puisse dire à l'administrateur : "En peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai" (cf. Mt 25, 14-30; Lc 19, 11-27). Dans ces paraboles évangéliques s'exprime le dynamisme de la fidélité, qui est importante dans le service rendu au Seigneur, et dans celles-ci apparaît également de manière évidente comment, dans un Concile, le dynamisme et la fidélité doivent devenir une seule chose.

 

A l'herméneutique de la discontinuité s'oppose l'herméneutique de la réforme comme l'ont présentée tout d'abord le Pape Jean XXIII, dans son discours d'ouverture du Concile le 11 octobre 1962, puis le Pape Paul VI, dans son discours de conclusion du 7 décembre 1965. Je ne citerai ici que les célèbres paroles de Jean XXIII, dans lesquelles cette herméneutique est exprimée sans équivoque, lorsqu'il dit que le Concile "veut transmettre la doctrine de façon pure et intègre, sans atténuation ni déformation" et il poursuit : "Notre devoir ne consiste pas seulement à conserver ce trésor précieux, comme si nous nous préoccupions uniquement de l'antiquité, mais de nous consacrer avec une ferme volonté et sans peur à cette tâche, que notre époque exige... Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée d'une façon qui corresponde aux exigences de notre temps. En effet, il faut faire une distinction entre le dépôt de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérée doctrine, et la façon dont celles-ci sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée" (S. Oec. Conc. Vat. II Constitutiones Decreta Declarationes, 1974, pp. 863-865). 

 

Il est clair que cet engagement en vue d'exprimer de façon nouvelle une vérité déterminée exige une nouvelle réflexion sur celle-ci et un nouveau rapport vital avec elle ; il est également clair que la nouvelle parole ne peut mûrir que si elle naît d'une compréhension consciente de la vérité exprimée et que, d'autre part, la réflexion sur la foi exige également que l'on vive cette foi. Dans ce sens, le programme proposé par le Pape Jean XXIII était extrêmement exigeant, comme l'est précisément la synthèse de fidélité et de dynamisme. Mais partout, cette interprétation a représenté l'orientation qui a guidé la réception du Concile, une nouvelle vie s'est développée et des fruits nouveaux ont mûri. 

 

Quarante ans après le Concile, nous pouvons révéler que l'aspect positif est plus grand et plus vivant que ce qu'il pouvait apparaître dans l'agitation des années qui ont suivi 1968. Aujourd'hui, nous voyons que la bonne semence, même si elle se développe lentement, croît toutefois et que croît également notre profonde gratitude pour l'oeuvre accomplie par le Concile.

 

 

 

Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI à la Curie romaine, le 22 décembre 2005

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22 avril 2007 7 22 /04 /avril /2007 22:04

Cher Miky,

Après avoir sommé les partisans de la théologie naturelle à faire le choix entre la science et la métaphysique – choix auquel je me refuse pour ma part : comme disait la petite Thérèse : « Je choisis tout » ! – tu t’emploies à réfuter l’argument selon lequel « il est raisonnable de croire en la raison » en affirmant que les découvertes que j’invoque dans mon dernier article – telle la découverte de Neptune par Le Verrier – « ne relèvent pas d’un raisonnement métaphysique (…) et que c’est bien uniquement l’expérience qui a pu valider, au final, le résultat de la démarche rationnelle qui a mené à ces découvertes ».

A cela, je répondrais que si l’expression « raisonnement métaphysique » te dérange, je veux bien l’échanger avec l’expression « démarche rationnelle » de laquelle procède le « raisonnement métaphysique », et que tu utilises toi-même dans la même phrase ; elle me convient parfaitement, car c’est bien une démarche purement rationnelle qui a permis à l’homme de faire, dans les exemples cités, de grandes découvertes sur le plan scientifique (ainsi que tu le reconnais toi-même : cf. la partie soulignée). Preuve s’il en est de la validité de cette « démarche rationnelle » pour chercher (et trouver!) la vérité.

Tu prends soin de relever que c’est l’expérience qui a permis dans ces exemples de valider la démarche rationnelle et de la reconnaître a posteriori pour vraie. Ce qui est exact. Mais ce n’est pas l’expérience qui a rendue vraie la démarche rationnelle, qui l’était avant même d’avoir pu être vérifiée. L’expérience n’a fait que confirmer ce que la démarche rationnelle avait pu découvrir par elle-même. Ce faisant, elle a confirmé les étonnantes capacités de l’esprit humain de voir et de connaître des réalités que nos sens eux-mêmes ne perçoivent pas.

Il est donc exagéré de ne vouloir considérer pour vraie que la démarche rationnelle confirmée par l’expérience scientifique. En disqualifiant par avance les « théories métaphysiques » comme « tout bonnement indémontrables » en ce qu’elles « rajoutent toujours au monde tel qu’on peut l’observer au moins un élément inobservable », tu retombes à nouveau (excuse-moi de te le dire) dans le vieux travers « scientiste » qui consiste à ne tenir pour intellectuellement recevable que ce qui est empiriquement démontré… toute autre considération étant pure conjecture… peut-être juste dans l’absolue, mais de toute façon invérifiable, et par suite insusceptible d’être objectivement reconnue pour vraie par la raison humaine.

Le problème, vois-tu, c’est que toute connaissance n’est pas vérifiable par l’expérience (au sens où tu l’entends). Seules les connaissances acquises dans le domaine physique le sont, en toute rigueur. Mais dans le domaine métaphysique, il n’est pas possible (par définition) de soumettre nos intuitions aux instruments d’analyse et de mesure fournis par la science (prouve moi scientifiquement l’amour de ta fiancée pour toi !). Cela ne signifie pas pour autant qu’elles soient invérifiables ! Invérifiables, elles le sont assurément selon le mode purement scientifique, mais non selon le mode propre à la métaphysique elle-même qui n’exclut pas, selon la perspective aristotélicienne, le mode scientifique, mais le dépasse (c’est d’ailleurs le sens du mot « méta-physique » : au-delà de la nature) sans jamais toutefois s’en séparer, tel un explorateur solidement attaché à son harnais.

Il me paraît dès lors tout-à-fait possible d’acquérir de vraies certitudes par une démarche rationnelle dont les résultats pourront être jugés valides dans la mesure où 1°) ils ne seront pas incompatibles avec les vérités mises au jour par les sciences expérimentales (j’en reviens à ce que je disais dans mon précédent article : la science comme « modérateur » de la pensée métaphysique), et où 2°) ils seront vérifiés par l’expérience commune que tout un chacun pourra faire.

J’entends bien ton argument tiré des échecs de la démarche rationnelle dans le domaine scientifique. J’ai beaucoup apprécié, tu t’en doutes, la référence à Wegener, mais à ce remarquable exemple, tu opposes les errements d’un Samuel Hahnemann, d’un J.J. Becher, ou d’un René Blondlot : « Combien d’égarements donc, pour une intuition géniale ? demandes-tu ainsi. Combien de Hahnemann pour un Wegener ? Le calcul de ce rapport pourrait, certes, peut-être donner une estimation de la probabilité a priori pour qu’une théorie basée seulement sur une démarche rationnelle soit vraie, avant même de l’avoir vérifiée. Ce calcul serait intéressant. (…) Il serait étonnant que cette probabilité soit très élevée. Mes propres estimations « à la louche » me conduisent à penser qu’elle serait plutôt faible. Il suffit de discuter avec des scientifiques pour se rendre compte qu’en matières d’hypothèses scientifiques, il y a beaucoup plus d’ivraie que de bon grain… » Alors, a fortiori, en métaphysique… 

Mais tes contre-exemples ne prouvent pas Miky qu’il n’y a pas de vérité (puisque la notion d’« erreur » n’a de sens qu’en face d’une « vérité »), ni que la raison humaine est incapable d’y parvenir. Ils témoignent simplement que la vérité est difficile à atteindre, qu’elle exige un labeur important et que l’erreur est possible. Que l’erreur soit possible, je le conçois très volontiers, puisqu’il y a des athées ! (humour………..) Mais s’il est avéré que l’on se trompe souvent, il n’est pas vrai que l’on se trompe toujours...

Or, concernant la question de l’existence de Dieu qui nous préoccupe, il n’y a pas 36 solutions! Je n'en vois que 3 pour ma part. Ou bien l’univers n’a pas de cause. Ou bien l’univers a sa cause en lui-même. Ou bien l’univers a sa cause ailleurs qu’en lui-même.

L’univers a-t-il une cause ? Je suis libre de répondre négativement à cette question. Mais il me faut alors reconnaître honnêtement que j’opte pour la solution la moins évidente et... la moins rationnelle ! Ce qui est bien sûr mon droit le plus strict, mais comme la philosophie n’est pas l’art de dire tout et n’importe quoi sans la moindre justification, il conviendra d’en rendre compte, et de « présenter ses preuves ». Avis aux amateurs…

L’univers a-t-il sa cause en lui-même ? C’est ce que pensent les athées, et que tu dis toi-même penser Miky (« Pourquoi le monde tel qu’on peut l’observer aurait-il besoin d’un monde inobservable pour exister, et être tel qu’il est ? » demandes-tu ainsi). Mais là encore, il faut faire face à la réalité telle qu’elle se dévoile progressivement à mesure que la science progresse. Il faut rendre compte d’un univers qui n’a pas toujours existé, et qui s’est, en quelque sorte, donné l’être (ou le mouvement) tout seul. Et puis, il faut reconnaître à la matière une extraordinaire « intelligence » capable de provoquer l’organisation inouïe que nous observons au télescope comme au microscope, et une intelligence suffisamment puissante pour faire surgir de la matière inerte la vie, et de la vie in fine l’homme et sa pensée réflexive (ce qu’aucun de nos plus grands savants, et des plus brillants esprits que la Terre ait jamais porté n’ont su reproduire dans leur laboratoire, la Nature, a priori inintelligente, elle, l’a fait !). Il faut expliquer ainsi que l’évolution se fasse toujours dans le même sens : celui d’une complexification croissante et accélérée ; et rendre compte du fait que le « moins » engendre sans cesse du « plus » – fait qui contredit singulièrement l’expérience que nous faisons tout un chacun des réalités de ce monde…

L’univers a-t-il sa cause ailleurs qu’en lui-même ? C’est la troisième option possible, que je tiens – et de loin ! – pour la plus vraisemblable. Tout d’abord par élimination des deux précédentes, que je considère absolument irrationnelle pour la première, et relativement moins rationnelle pour la seconde. Mais ensuite parce que ma raison m’y conduit naturellement en observant l’intelligence à l’œuvre dans l’univers, dont rien – mais alors rien « de chez » rien ! – sur le plan scientifique ne me donne à penser que cette intelligence soit celle de la matière elle-même. Qu’il y ait de l’intelligence dans l’univers, cela ne fait pas de doute, tout le monde l’observe et le reconnaît bien volontiers aujourd’hui. Mais que cette intelligence soit celle de la matière elle-même, je dirais qu’il ne suffit pas de l’affirmer, il faut encore le démontrer. Or, rien dans ce que les sciences positives nous enseignent aujourd’hui n’accrédite le moins du monde cette idée d’une quelconque intelligence de la matière...

Si je suivais ton raisonnement, Miky, et affirmais que l’intelligence observée dans l’univers est celle de l’univers lui-même, je ferais alors un spectaculaire bon de plusieurs dizaines de milliers d’années en arrière pour revenir à la bonne vieille doctrine panthéiste des premiers hommes, et à un animisme cosmique qu’aucune donnée scientifique, je le répète, ne vient étayer ou corroborer en aucune manière. A quelle extraordinaire régression de la pensée nous invites-tu Miky ?! L’aventure scientifique des siècles passés n’aurait-elle donc servi de rien ? « Tout ça pour ça… », serait-on tenté de dire, dans un soupir de découragement…

Alors, oui, je suis d’accord, l’erreur est possible. Mais une chose me paraît absolument certaine : c’est que des trois options ci-dessus énoncées, l’une seulement est vraie et les deux autres nécessairement erronées. En terme de probabilité, cela fait une chance sur trois de connaître la vérité sur l’origine de l’univers. Cela me paraît « jouable », tu ne crois pas ? En tout cas, pour ma part, et pour les raisons évoquées plus haut, je crois raisonnable de considérer la troisième option comme la plus satisfaisante sur le plan intellectuel.

Je répète à ce stade que mon propos n’est pas ici de démontrer l’existence de Dieu. Si j’y parviens, tant mieux, je serais le plus heureux des hommes. Mais mon ambition première n'est pas là. Elle est simplement de démontrer qu’en toute hypothèse, et malgré l’opinion la plus répandue, l’option de la croyance en l’existence de Dieu est de loin la plus rationnelle. Note bien Miky que je ne dis pas qu’elle est vraie. Je dis simplement qu’elle est la plus rationnelle. Après, libre à chacun de croire que l’univers est « absurde » ou « illusion ». Mais pour qui croit dans le secret de sa conscience en la raison, pour qui fait le choix de la raison, alors il faut bien reconnaître que l’existence de Dieu se présente comme une réelle possibilité dont rien ne justifie qu'elle soit écartée a priori, et s’impose même en vérité comme la seule solution authentiquement rationnelle au problème métaphysique de l’existence de l’univers. Car tout plaide en faveur de l’existence d’un Créateur.

(A suivre…)

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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 11:30

 

A deux jours du premier tour de scrutin de l’élection présidentielle 2007, le Blog du Père Walter Covens nous propose un intéressant article de François de Lacoste Lareymondie sur la responsabilité de l’électeur chrétien : 

 

- http://www.homelie.biz/article-6434263.html

 

Je vous renvoie également à l’excellent Blog Hermas, et en particulier à ses derniers articles, fort éclairants :

-  http://www.hermas.info/archive-04-2007.html

 

Enfin, je vous livre cette réflexion du diacre permanant Jean Villeminot parue sur le site de la Paroisse Saint Léon (Paris 15e) et intitulée "Choisir en chrétien":

Dans [quelques jours seulement], nous ferons, dans l’isoloir, un premier choix. L’Église, de façon plus insistante que d’habitude, souligne l’importance de l’élection présidentielle pour l’avenir de la société. Elle nous rappelle qu’il s’agit d’un choix moral qui nous engage en tant que chrétiens. On ne peut pas laisser son certificat de baptême chez soi quand on va voter. Pour faire un choix responsable, il faut, me semble-t-il :
1- Avoir un grand intérêt pour la politique, puisque nous avons la mission de gérer les choses de ce monde en vue de la venue du Règne de Dieu.
2- Avoir en grande estime les gouvernants et les députés. Parce que le pouvoir temporel vient de Dieu. Parce que les hommes politiques travaillent beaucoup, et attendent des chrétiens des idées pour la chose publique.
3- Reprendre ce que les évêques ont écrit dans le document : Qu’as-tu fait de ton frère ? Ce document, diffusé longtemps avant les élections n’est en aucun cas une prise de position, mais un rappel des critères qu’il faut prendre en compte lorsque l’on va voter. Ils rappellent, en particulier que sont non négociables :
- le respect de la vie, de la conception à la mort naturelle,
- l’institution du mariage, alliance d’un homme et d’une femme, ouverte sur la vie.
4- Ne pas être complice du dénigrement des candidats, ce qui constitue un magnifique alibi pour ne pas exercer ses responsabilités de citoyens.
5- Connaître les programmes des candidats, en prenant le temps de lire avec soin, pour faire un choix intelligent et non passionnel.
6- Exercer la vertu de prudence qui consiste à faire un choix imparfait, si on considère qu’il n’est pas possible de voter en plein accord avec sa conscience.
7- Appeler l’Esprit Saint, pour qu’il éclaire notre choix et celui de nos concitoyens.
8- Prier pour les responsables politiques, comme le demandaient déjà Pierre et Paul, aux premiers temps de l’Église.
Bonne semaine !

Jean Villeminot, Diacre.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions d'actualité
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19 avril 2007 4 19 /04 /avril /2007 17:55

Le 22 décembre 2005, le Pape Benoît XVI a reçu en audience, dans la Salle Clémentine du Palais apostolique, les cardinaux et les membres de la Famille apostolique et de la Curie romaine venus lui présenter les traditionnels vœux de Noël. Le Pape a prononcé un discours dont nous publions quelques extraits.

Avant toute activité et toute transformation du monde, il doit y avoir l'adoration. Elle seule nous rend véritablement libres ; elle seule nous donne les critères pour notre action. Précisément dans un monde où les critères d'orientation viennent progressivement à manquer et où existe la menace que chacun fasse de soi-même son propre critère, il est fondamental de souligner l'adoration. Pour tous ceux qui étaient présents [à la veillée de prière des JMJ de Cologne], le silence intense de ce million de jeunes reste inoubliable; un silence qui nous unissait et qui élevait chacun quand le Seigneur dans le Sacrement était déposé sur l'autel (…).

 

Je voudrais seulement souligner ici encore une fois ce point que, il y a peu, nous avons déjà noté dans le contexte de la Journée mondiale de la Jeunesse : l'adoration du Seigneur ressuscité, présent dans l'Eucharistie en chair et en sang, corps et âme, avec sa divinité et son humanité. Il est émouvant pour moi de voir comment, partout dans l'Eglise, est en train de se réveiller la joie de l'adoration eucharistique et que ses fruits se manifestent.

Au cours de la période de la réforme liturgique la Messe et l'adoration en dehors de celle-ci étaient souvent considérées comme en opposition entre elles : le Pain eucharistique ne nous aurait pas été donné pour être contemplé, mais pour être mangé, selon une objection alors courante. Dans l'expérience de prière de l'Eglise s'est désormais manifesté le non-sens d'une telle opposition. Augustin avait déjà dit :  "...nemo autem illam carnem manducat, nisi prius adoraverit;... peccemus non adorando - Que personne ne mange cette chair sans auparavant l'adorer ;... nous pécherions si nous ne l'adorions pas" (cf. Enarr; in Ps 98, 9 CCL XXXOX 1385).

De fait, dans l'Eucharistie nous ne recevons pas simplement une chose quelconque. Celle-ci est la rencontre et l'unification de personnes ; cependant, la personne qui vient à notre rencontre et qui désire s'unir à nous est le Fils de Dieu. Une telle unification ne peut se réaliser que selon la modalité de l'adoration. Recevoir l'Eucharistie signifie adorer Celui que nous recevons. Ce n'est qu'ainsi, et seulement ainsi, que nous devenons une seule chose avec Lui.

C'est pourquoi le développement de l'adoration eucharistique, telle qu'elle a pris forme au cours du Moyen-âge, était la conséquence la plus cohérente du mystère eucharistique lui-même : ce n'est que dans l'adoration que peut mûrir un accueil profond et véritable. C'est précisément dans cet acte personnel de rencontre avec le Seigneur que mûrit ensuite également la mission sociale qui est contenue dans l'Eucharistie et qui veut briser les barrières non seulement entre le Seigneur et nous, mais également et surtout les barrières qui nous séparent les uns des autres.

Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI à la Curie romaine, le 22 décembre 2005

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18 avril 2007 3 18 /04 /avril /2007 08:38

Le 22 décembre 2005, le Pape Benoît XVI a reçu en audience, dans la Salle Clémentine du Palais apostolique, les cardinaux et les membres de la Famille apostolique et de la Curie romaine venus lui présenter les traditionnels vœux de Noël. Le Pape a prononcé un discours dont nous publions quelques extraits.

Dans son dernier livre "Mémoire et identité" (Rizzoli 2005), [le Pape Jean-Paul II] nous a laissé une interprétation de la souffrance qui n'est pas une théorie théologique ou philosophique, mais un fruit mûri au cours de son chemin personnel de souffrance, qu'il parcourut avec le soutien de la foi dans le Seigneur crucifié.

 

Cette interprétation, qu'il avait élaborée dans la foi et qui donnait un sens à sa souffrance vécue en communion avec celle du Seigneur, parlait à travers sa douleur muette en la transformant en un grand message.

 

Que ce soit au début ou à la fin du livre susmentionné, le Pape se montra profondément touché par le spectacle du pouvoir du mal dont, au cours du siècle qui vient de se terminer, nous avons pu faire l'expérience de manière dramatique. Il dit textuellement : "Cela n'a pas été un mal à petite échelle. Cela a été un mal aux proportions gigantesques, un mal qui s'est servi des structures de l'Etat pour accomplir son oeuvre néfaste, un mal érigé en système" (p. 198).

 

Le mal est-il invincible ? Est-il la véritable puissance ultime de l'histoire ?

A cause de l'expérience du mal, la question de la rédemption était devenue pour le Pape Karol Wojtyla la question essentielle et centrale de sa vie et de sa pensée comme chrétien. Existe-t-il une limite contre laquelle se brise la puissance du mal ?

Oui, elle existe, répond le Pape dans son livre, ainsi que dans son Encyclique sur la rédemption. Le pouvoir qui pose une limite au mal est la miséricorde divine. A la violence, à l'ostentation du mal s'oppose dans l'histoire - comme "le totalement autre" de Dieu, comme la puissance propre à Dieu - la miséricorde divine. L'agneau est plus fort que le dragon, pourrions-nous dire avec l'Apocalypse.

A la fin du livre, dans une vision rétrospective sur l'attentat du 13 mai 1981 et également sur la base de son chemin avec Dieu et avec le monde, Jean-Paul II a davantage approfondi cette réponse. La limite du pouvoir du mal, la puissance qui, en définitive, le vainc est - ainsi nous dit-il - la souffrance de Dieu, la souffrance du Fils de Dieu sur la Croix : "La souffrance de Dieu crucifié n'est pas seulement une forme de souffrance à côté des autres... Le Christ, en souffrant pour nous tous, a conféré un nouveau sens à la souffrance, il l'a introduite dans une nouvelle dimension, dans un nouvel ordre : celui de l'amour... La passion du Christ sur la Croix a donné un sens radicalement nouveau à la souffrance, l'a transformée de l'intérieur... C'est la souffrance qui brûle et consume le mal avec la flamme de l'amour... Chaque souffrance humaine, chaque douleur, chaque maladie contient une promesse de salut... Le mal... existe également dans le monde pour réveiller en nous l'amour, qui est don de soi... à celui qui est touché par la souffrance... Le Christ est le Rédempteur du monde : "Dans ses blessures nous trouvons la guérison" (Is 53, 5)" (p. 198 sq).

Tout cela n'est pas simplement une théologie érudite, mais l'expression d'une foi vécue et mûrie dans la souffrance. Assurément, nous devons faire tout notre possible pour atténuer la souffrance et empêcher l'injustice qui provoque la souffrance des innocents. Toutefois, nous devons également faire tout notre possible pour que les hommes puissent découvrir le sens de la souffrance, pour être ainsi en mesure d'accepter leur propre souffrance et l'unir à la souffrance du Christ. Ainsi, celle-ci se fond avec l'amour rédempteur et devient, en conséquence, une force contre le mal dans le monde.

La réponse qui a été donnée dans le monde entier à la mort du Pape a été une manifestation bouleversante de reconnaissance pour le fait que, dans son ministère, il s'est totalement offert à Dieu pour le monde ; un remerciement pour le fait qu'il nous a enseigné à nouveau, dans un monde rempli de haine et de violence, à aimer et à souffrir au service des autres ; il nous a montré, pour ainsi dire, le Rédempteur vivant, la rédemption, et il nous a donné la certitude que, de fait, le mal n'a pas le dernier mot dans le monde.

 

 

 

Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI à la Curie romaine, le 22 décembre 2005

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15 avril 2007 7 15 /04 /avril /2007 20:18

Cher Miky,

Tout d’abord laisse-moi sincèrement te féliciter pour ton dernier article, bien argumenté et charpenté, à mon sens l’un des meilleurs que tu ais écris sur ton Blog. C’est un réel plaisir que de discuter avec toi, et je te remercie d’avoir accepté d’entrer ainsi dans cette disputatio sur l’existence de Dieu.

Tu as intitulé ton texte : "Science ou métaphysique : il faut choisir", par référence - au moins inconsciente - sans doute à la fameuse publicité en faveur de la prévention routière : « Boire ou conduire… » Mais là, première grande objection : pourquoi serions-nous contraints de choisir ? Au nom de quelle étrange logique en effet devrions-nous renoncer à l’une ou l’autre de ces deux grandes démarches de l’intelligence humaine, comme si leur incompatibilité allait de soi, au même titre que le fait de boire et de conduire.

On ne peut séparer selon moi la science et la métaphysique aussi facilement et impérieusement que tu le prétends. Ce serait en tous les cas une grave erreur. Car si l’on écarte d’emblée la métaphysique pour ne retenir QUE la science comme mode d’appréhension du réel, on réduit alors le champ d’investigation de la connaissance humaine au seul « résumé » – pour reprendre tes termes – des phénomènes observés, sans chercher à les « interpréter » et à les comprendre à fond. Une telle abdication de la raison métaphysique me paraît totalement injustifiée. Car il est dans la nature même de notre humaine raison que de chercher une explication à ce que l’on observe. Et parce que la science ne donne pas l’intelligibilité complète. Certains concepts comme le vrai, le bien, l’existence ou la finalité sont irréductibles à l’analyse purement scientifique. La science est donc impuissante à résoudre les grands problèmes qui se posent à l’existence humaine, et elle ne pourra jamais assouvir la soif qui habite le cœur de l’homme de trouver un sens à sa vie, d’aimer et d’être aimé. « Croire que l’on va trouver la signification de la vie au bout d’un microscope ou d’une lunette astronomique est une plaisanterie. Analysez les larmes d’une femme qui pèle ses oignons, comparez le résultat à l’examen d’autres larmes qu’elle a versées à la mort de son mari, et essayez de découvrir la différence dans votre laboratoire ! Pauvreté de la science lorsqu’on lui assigne pour tâche la signification de l’univers. » (Stan Rougier, « Dieu était là et je ne le savais pas », Presses de la Renaissance 1998, Pocket, page 163).

« Les sciences de l’observation décrivent et mesurent avec toujours plus de précisions les multiples manifestations de la vie et les inscrivent sur la ligne du temps (…). Mais l’expérience du savoir métaphysique, de la conscience de soi et de sa réflexivité, celle de la conscience morale, celle de la liberté, ou encore l’expérience esthétique et religieuse, sont du ressort de l’analyse et de la réflexion philosophiques » (Jean Paul II, Message à l’Académie pontificale des Sciences, La Documentation catholique, 17 novembre 1996, n°2148).

Sur les limites de la démarche scientifique : http://totus-tuus.over-blog.com/article-2404284.html

Si maintenant l’on écarte d’emblée la science pour ne retenir QUE la métaphysique, alors on prend le parti de se déconnecter du réel, avec tous les risques que cela peut engendrer… C'est ce tournant qu'a malheureusement emprunté la philosophie contemporaine. Elle s’est nettement détournée de l’aventure scientifique du siècle dernier, de la physique et de la cosmologie modernes, de la biologie et de la biochimie. Et nombre de philosophes aujourd’hui raisonnent comme s’ils vivaient à l’époque de Descartes ou Malebranche, sans tenir le moindre compte du réel, de l’univers physique et de son contenu. Il est vrai que dans leur système de pensée, si le monde n’est que « ma » représentation, à quoi bon une cosmologie…

Il est donc nécessaire à mon sens, pour penser correctement les grandes questions qui se posent à nous, de retenir tout à la fois et la démarche scientifique et la démarche métaphysique.

Il faut tenir compte de la démarche scientifique parce que l’on ne peut raisonner correctement en dehors du réel. La démarche scientifique est notre point d’ancrage dans le réel, la garantie que nous ne nous égarerons pas dans notre cheminement rationnel. C’est le réel qui est, et qui doit rester, notre repère essentiel, notre "juge de paix" ; c’est lui et lui seul qui peut donner la juste tonalité à notre réflexion métaphysique ; c’est lui qui fournit les matériaux indispensables au bon raisonnement, et c'est à son école que nous devons impérativement rester,… à peine de nous perdre.

Mais il faut aussi retenir la démarche métaphysique, car les sciences positives soulèvent un certain nombre de problèmes de fond qu’elles ne résolvent pas... tout simplement parce que ce n’est pas leur rôle! Ces problèmes de fond existent bel et bien, et il est vain de les ignorer ; ils sont suscités par la recherche scientifique elle-même : chaque nouvelle découverte apporte ainsi son lot de questionnements, et posent à la raison humaine un certain nombre de difficultés qui sont pour elle autant de défis à relever.

Les sciences positives et expérimentales s’appliquent ainsi à nous faire découvrir l’univers, sa constitution, la structure et la constitution de la matière et de la cellule, l’histoire de l’organisation des organismes vivants, les modalités de l’évolution biologique, etc. Mais elles ne traitent pas (parce que ce n’est pas leur rôle!) les problèmes de l’être même de cette structure intelligible qu’est l’univers, de l’être même de l’évolution cosmique et de l’évolution biologique. Or, ces problèmes se posent – et s’imposent – à la raison humaine, avec une acuité accrue au fil du temps et des découvertes, et les hommes n’ont de fait jamais cessé de se les poser. La raison humaine se sent ainsi manifestement interpellée par le fait qu’il y ait de l’être, et qu’il y ait depuis l’origine des temps organisation et évolution. Ce qui la conduit à se poser le plus naturellement la question du « pourquoi » cet univers, tel qu'il est et comme il est ?

La question est légitime, pertinente, inéluctable même, et l’on ne voit pas très bien pour quelle fumeuse raison il conviendrait de renoncer à se la poser. Cela reviendrait à renoncer à l’exercice de la pensée et de cette raison même qui nous distingue pourtant si radicalement du monde animal. Autrement dit : rien ne me paraît plus humain que de poser la question métaphysique du pourquoi de l’existence, de sa "forme" et de son contenu ; rien ne me paraît moins humain en revanche que de renoncer volontairement à chercher une explication aux phénomènes observés.

Or, cette question du « pourquoi », si légitime, si nécessaire, si pressante, échappe aux prises de la science qui, comme tu le dis si bien Miky, se contente de « résumer » les faits observés, et d’expliquer le « comment » de l’univers et de son évolution.

La discipline qui réfléchit sur le « pourquoi » est celle que l’on désigne communément depuis Aristote sous le vocable de « philosophie ». L’analyse philosophique, selon Aristote, c’est l’analyse logique du réel, jusqu’au bout (ce que tu sembles appeler « une projection des structures de l’esprit sur le donné expérimental »). La philosophie n’est rien d’autre que cela : raisonner correctement sur ce qui est. Elle ne s'oppose donc pas au raisonnement scientifique, et n'a aucune raison d'être exclue du champ de la pensée et de la rationalité humaine. Elle en constitue même le prolongement logique et naturel, ainsi que l'écrivait Ti Hamo en commentaire de ton article.

(à suivre…)

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14 avril 2007 6 14 /04 /avril /2007 23:00

EVENEMENT

 

En cette fête de la Divine Miséricorde, je vous propose le témoignage d'un grand apôtre de la Miséricorde :

 

 

Richard Borgman

 

Rencontre dans les favelas brésiliennes

avec un homme d'exception, prophète de l'amour,

qui place la miséricorde divine au coeur de son apostolat.

Un entretien exceptionnel mené par Richard Boutry.

 

 Visualiser sans plus tarder l'émission 

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14 avril 2007 6 14 /04 /avril /2007 07:55

Extrait de l’audience générale du 30 novembre 2005 du Pape Benoît XVI.

Nous souhaitons nous tourner vers saint Augustin pour une méditation supplémentaire sur notre Psaume [136]. Dans celle-ci, le grand Père de l'Eglise introduit une note surprenante et de grande actualité : il sait que parmi les habitants de Babylone, il y a également des personnes qui s'engagent pour la paix et pour le bien de la communauté, bien que ne partageant pas la foi biblique, c'est-à-dire ne connaissant pas l'espérance de la Cité éternelle à laquelle nous aspirons. Ils portent en eux une étincelle de désir de l'inconnu, du plus grand, du transcendant, d'une véritable rédemption. Et il dit qu'également parmi les persécuteurs, parmi les non-croyants, se trouvent des personnes avec cette étincelle, avec une sorte de foi, d'espérance, pour autant que cela leur soit possible dans les circonstances dans lesquelles ils vivent. Avec cette foi, également dans une réalité non connue, ils sont réellement en marche vers la vraie Jérusalem, vers le Christ. Et avec cette ouverture sur l'espérance pour les Babyloniens aussi - comme Augustin les appelle -, pour ceux qui ne connaissent pas le Christ, ni même Dieu, et qui désirent toutefois l'inconnu, l'éternité, il nous avertit nous aussi de ne pas nous fixer simplement sur les choses matérielles de l'instant présent, mais de persévérer sur le chemin vers Dieu. Ce n'est qu'avec cette espérance plus grande que nous pouvons aussi, de la juste manière, transformer ce monde. Saint Augustin le dit avec ces mots : "Si nous sommes des citoyens de Jérusalem... et que nous devons vivre sur cette terre, dans la confusion du monde présent, dans la Babylone actuelle, où nous ne demeurons pas en citoyens mais où nous sommes tenus prisonniers, il faut que nous ne chantions pas seulement ce qui est dit par le Psaume, mais que nous le vivions : ce qui se fait grâce à une aspiration profonde du coeur, désirant pleinement et religieusement la Cité éternelle".

 

Et il ajoute, à propos de la "cité terrestre appelée Babylone" : celle-ci "contient des personnes qui, soutenues par l'amour pour elle, s'ingénient à en garantir la paix - la paix temporelle - en ne nourrissant pas dans leur coeur d'autre espérance, plaçant même en cela toute leur joie, sans attendre rien d'autre. Et nous les voyons accomplir tous les efforts pour se rendre utiles à la société terrestre. Or, s'ils oeuvrent avec la conscience pure à ces tâches, Dieu ne permettra pas qu'ils périssent avec Babylone, les ayant prédestinés à être des citoyens de Jérusalem : à condition cependant que, vivant à Babylone, ils n'en imitent pas la superbe, le faste caduc et l'arrogance irritante... Il voit leur asservissement et leur montrera cette autre Cité, à laquelle ils doivent vraiment aspirer et adresser tous leurs efforts" (Discours sur les Psaumes, 136, 1-2):   Nuova  Biblioteca  Agostiniana, XXVIII, Rome 1977, pp. 397.399).

 

Et nous prions le Seigneur pour qu'en nous tous se réveille ce désir, cette ouverture vers Dieu, et qu'également ceux qui ne connaissent pas le Christ puissent être touchés par son amour, si bien que tous ensemble nous nous rendions en pèlerinage vers la Cité définitive et que la lumière de cette Cité puisse apparaître aussi à notre époque et dans notre monde.

 

 

Lire le texte intégral de l'audience générale du 30 novembre 2005 du Pape Benoît XVI

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12 avril 2007 4 12 /04 /avril /2007 12:24

Cher Pasteur,

Vous avez indiqué au détour d'un commentaire que vous agréiez davantage les arguments d'un Comte-Sponville, philosophe athée, que ceux défendus sur ce Blog. Dont acte, c'est votre droit le plus strict.

J'aimerais cependant soumettre à votre méditation (ainsi qu'à celle de mes lecteurs) un passage tiré d'un petit ouvrage-débat co-écrit avec le Père Philippe Capelle : "Dieu existe-t-il encore?" où André Comte-Sponville essaie de répondre à cette grande question de la philosophie : "Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien?" Voici la réponse du philosophe :

"C'est la question de l'être, dans sa formulation leibnizienne : "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?" La question va au-delà de Dieu, puisqu'elle l'inclut. Pourquoi Dieu plutôt que rien? Si l'on voulait pourtant rattacher cette question à notre débat, elle rejoindrait la "preuve cosmologique", ou preuve a contingentia mundi (par la contingence du monde), laquelle prétend expliquer l'existence de la totalité des choses contingentes (le monde) par une chose absolument nécessaire (Dieu). 
"Pour résumer cette "preuve" à l'extrême, elle dit à peu près ceci : "Pourquoi le monde? Parce que Dieu!" Et c'est vrai que, constatant l'existence du monde, on ne peut guère éviter de penser à sa contingence, comme disent les philosophes, ce qui signifie que le monde aurait pu ne pas exister. Or, il existe... Il faut donc qu'il ait une cause (une "raison suffisante", dit Leibniz). Mais laquelle? Si cette cause était elle-même une chose contingente, il faudrait à son tour l'expliquer par une autre, qui devrait à son tour être expliquée par une troisième, et ainsi à l'infini, ce qui laisserait la série entière des choses contingentes - donc l'existence du monde - inexpliquée. 
"Il faut donc, pour expliquer l'ensemble des choses contingentes (le monde) supposer un être absolument nécessaire, extérieur à cet ensemble : c'est cet être qu'on appelle Dieu. 
"Il m'est arrivé de dire, et c'est vrai, que c'est la seule des trois "preuves" classiques qui me paraisse forte, la seule qui, parfois, me fasse vaciller. Pourquoi? Parce que la contingence est un abîme, où la raison se perd (...). 
"Qu'il y ait quelque chose, nul n'en doute. La question est de savoir pourquoi il y a quelque chose. Or, à cette question, nul ne peut répondre : penser l'être comme nécessaire, ce n'est pas l'expliquer, c'est constater qu'il ne s'explique que par lui-même (il est "cause de soi", disent souvent les philosophes), ce qui le rend pour nous et à jamais inexplicable. 
"Si bien que la question "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien" nous renvoie à ce que j'appelle le mystère de l'être, indissociable de son évidence. Il y a quelque chose, et non pas rien ; et personne, jamais, ne pourra dire pourquoi, puisqu'on ne pourrait expliquer l'existence de l'être que par un être, autrement dit qu'à la condition de présupposer d'abord ce qu'on veut expliquer (...). 
"Pourquoi voulez-vous que ce mystère (ou sa clé transcendante) soit Dieu?"

De la longue réponse de Philippe CAPELLE, je retiens cette phrase lumineuse :

"Je vous retourne également une autre question : pourquoi et au nom de quoi l'énergie originaire de l'être que vous revendiquez, si je vous entends bien, devrait-elle être comprise comme impersonnelle, dépersonnalisée, c'est-à-dire en deçà même de l'énergie et de la structure des personnes que nous sommes?"

Evidemment, je vous recommande à tous la lecture de ce très agréable ouvrage, publié aux Editions du Cerf : "Dieu existe-t-il encore?"

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