9 novembre 2006 4 09 /11 /novembre /2006 18:51

 

Extrait de l'homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de fête des Apôtres Pierre et Paul, le dimanche 29 juin 2005.

 

L'Eglise est apostolique. Qu'est-ce que cela signifie? Le Seigneur a institué douze Apôtres, de même que les fils de Jacob étaient douze, en les désignant ainsi comme les chefs de file du peuple de Dieu qui, désormais devenu universel, comprend dès lors tous les peuples. Saint Marc nous dit que Jésus appela les Apôtres pour "être ses compagnons et pour les envoyer prêcher" (Mc 3, 14). (...)

 

L'Eglise est apostolique, car elle confesse la foi des Apôtres et cherche à la vivre. Il y a une unicité qui caractérise les Douze appelés par le Seigneur, mais il existe dans le même temps une continuité dans la mission apostolique. Saint Pierre, dans sa première Lettre, s'est qualifié de "co-presbytre" comme les presbytres auxquels il écrit (5, 1). Il a ainsi exprimé le principe de la succession apostolique :  le même ministère qu'il avait reçu du Seigneur continue à présent dans l'Eglise, grâce à l'ordination sacerdotale. La Parole de Dieu n'est pas seulement écrite mais, grâce aux témoins que le Seigneur, à travers le sacrement, a insérés dans le ministère apostolique, elle reste parole vivante. (...)

 

Le pallium est l'expression de notre mission apostolique. Il est l'expression de notre communion, qui possède sa garantie visible dans le ministère pétrinien. A l'unité, ainsi qu'à l'apostolicité, est lié le service pétrinien, qui réunit de façon visible l'Eglise de tous les lieux et de toutes les époques, empêchant ainsi chacun de nous de glisser vers de fausses autonomies, qui se transforment trop facilement en particularismes de l'Eglise et peuvent ainsi compromettre son indépendance. Avec cela nous ne voulons pas oublier que le sens de toutes les fonctions et de tous les ministères est, au fond, que "nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu'un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et constituer cet Homme parfait, dans la force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ", pour que le corps du Christ croisse "se construisant lui-même dans la charité" (Ep 4, 13.16).

 

(...) Même si nous ne trouvons pas encore un accord sur la question de l'interprétation et de la portée du ministère pétrinien [avec l'Eglise orthodoxe], nous sommes cependant ensemble dans la succession apostolique, nous sommes profondément unis les uns aux autres pour le ministère épiscopal et pour le sacrement du sacerdoce et nous confessons ensemble la foi des Apôtres, telle qu'elle nous est donnée dans l'Ecriture et telle qu'elle est interprétée par les grands Conciles. En cette heure du monde, pleine de scepticisme et de doutes, mais également riche du désir de Dieu, nous reconnaissons à nouveau notre mission commune de témoigner ensemble du Christ Seigneur et, sur la base de cette unité qui nous est déjà donnée, d'aider le monde afin qu'il croie. Et nous supplions le Seigneur de tout notre coeur pour qu'il nous guide à la pleine unité, de façon à ce que la splendeur de la vérité, qui elle seule peut créer l'unité, devienne à nouveau visible dans le monde.

 

Lire le texte intégral de l'homélie pour la fête des apôtres Pierre et Paul, le 29 juin 2005

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8 novembre 2006 3 08 /11 /novembre /2006 21:24

Extrait de l'homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de fête des Apôtres Pierre et Paul, le dimanche 29 juin 2005.

 

Le signe de la Pentecôte - la nouvelle communauté qui parle dans toutes les langues et qui unit tous les peuples en un unique peuple, en une famille de Dieu - ce signe est devenu réalité.

 

Notre assemblée liturgique, au sein de laquelle sont réunis des Evêques provenant de toutes les parties du monde, des personnes de multiples cultures et nations, est une image de la famille de l'Eglise présente sur toute la terre. Des étrangers sont devenus des amis ; au-delà de toutes les frontières, nous nous reconnaissons comme des frères. Ainsi est menée à bien la mission de saint Paul, qui savait "être un officiant du Christ Jésus auprès des païens, ministre de l'Evangile de Dieu , afin que les païens deviennent une offrande agréable, sanctifiée dans l'Esprit Saint" (Rm 15, 16).

 

Le but de la mission est une humanité devenue elle-même une glorification vivante de Dieu, le culte véritable que Dieu attend :  tel est le sens le plus profond de la catholicité - une catholicité qui nous a déjà été donnée et vers laquelle nous devons toutefois toujours nous acheminer.

 

La Catholicité n'exprime pas qu'une dimension horizontale, le rassemblement de nombreuses personnes dans l'unité ; elle exprime également une dimension verticale :  ce n'est qu'en tournant le regard vers Dieu, seulement en s'ouvrant à Lui que nous pouvons devenir vraiment une seule chose. (...)

 

Catholicité signifie universalité - multiplicité qui devient unité ; unité qui demeure toutefois multiplicité. A partir de la parole de Paul sur l'universalité de l'Eglise, nous avons déjà vu que la capacité des peuples à se dépasser eux-mêmes, pour regarder vers l'unique Dieu, fait partie de cette unité.

 

Le fondateur de la théologie catholique, saint Irénée de Lyon au II siècle, a exprimé d'une très belle façon ce lien entre catholicité et unité, et je le cite. Il dit:  "C'est cette doctrine et cette foi que l'Eglise, disséminée dans le monde entier, conserve avec diligence, formant presque une unique famille :  la même foi avec une seule âme et un seul coeur, la même prédication, enseignement, tradition comme si elle ne possédait qu'une seule bouche. Les langues sont différentes selon les régions, mais la force de la tradition est unique et la même. Les Eglises d'Allemagne n'ont pas une foi ou une tradition différente, ni même celles d'Espagne, de Gaule, d'Egypte, de Lybie, de l'Orient, du centre de la terre ; comme le soleil, créature de Dieu, est un seul et identique dans le monde entier, ainsi la lumière de la vraie prédication resplendit partout et éclaire tous les hommes qui veulent venir à la connaissance de la vérité" (Adv. haer., I 10, 2).

 

L'unité des hommes dans leur multiplicité est devenue possible car Dieu, cet unique Dieu du ciel et de la terre, s'est montré à nous ; parce que la vérité essentielle sur notre vie, sur notre "d'où?" et "vers où?", est devenue visible quand Il s'est montré à nous et, en Jésus Christ, nous a fait voir son visage, lui-même. Cette vérité sur l'essence de notre être, sur notre vie et sur notre mort, vérité qui a été rendue visible par Dieu, nous unit et nous fait devenir frères. Catholicité et unité vont de pair. Et l'unité a un contenu :  la foi que les Apôtres nous ont transmise de la part du Christ.

 

Lire le texte intégral de l'homélie pour la fête des apôtres Pierre et Paul, le 29 juin 2005

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6 novembre 2006 1 06 /11 /novembre /2006 08:31

Première Partie : LA CREATION

 

 

LE MONDE ANIMAL ET VEGETAL

  

  

Si l’on ouvre simplement les yeux autour de soi, entre les infiniments grands et les infiniments petits s’étale sur la scène de la Terre une variété incalculable de prodiges. Le règne végétal et le règne animal nous laissent vraiment dans l’étonnement quand nous voulons bien nous donner la peine de pénétrer leurs secrets.

Regardez les abeilles, les fourmis, les papillons, les oiseaux…

L’animal est différent de nous. Inférieur sur bien des points, il nous est nettement supérieur sur un certain nombre d’autres. Ses sens notamment sont bien plus développés que les nôtres.

Ainsi, l’odorat de certains animaux est remarquable. Les chiens par exemple parviennent à déceler l’odeur de leur maître dans la trace de ses pas sur une route, même plusieurs heures après son passage !

Bien des animaux n’ont pas besoin de nos instruments de mesure ou de contrôle. Ainsi, la jeune abeille qui sort pour la première fois de sa ruche procède à un vol de repérage : elle s’élance vers le ciel, puis revient vers la ruche en tournoyant, comme si elle repérait la situation de la colonie à laquelle elle appartient. Elle peut ensuite butiner les fleurs ; elle retrouve toujours la ruche d’où elle est partie.

La puce peut sauter 300 fois sa hauteur (faites-en autant…). Les chauves-souris perçoivent les fréquences jusqu’à 210.000 hertz (contre 20.000 hertz pour les hommes). Malgré son poids, le rhinocéros court aussi vite que la girafe. Le pigeon est capable de voler à 100 km/h, et l’oie peut atteindre une hauteur de 9.000 mètres !!!

L’acuité visuelle des rapaces est de 50 à 100 fois supérieure à celle de l’homme. L’aigle doré décèle un lièvre à 3 km d’altitude. Le faucon pèlerin peut voir un pigeon à plus de 8 km d’altitude. Il fond alors sur sa proie… à plus de 300 km/h !

La vie revêt sur notre planète des formes variées et complexes. On connaît plus de 300.000 espèces végétales depuis les bactéries, les mousses et les fougères, jusqu’aux gigantesques arbres tropicaux.

On dénombre plus de 1.250.000 espèces animales –dont un bon million pour les insectes. Il existe plus de 100.000 espèces de papillons…

Quelle profusion dans ce monde ! La multiplicité des formes que prend la vie est surprenante…

Ami, l’univers n’est-il pas pour toi un immense point d’interrogation ?

Bibliographie des parties consacrées à l'infiniment petit et au monde végétal et animal :

- Dominique MORIN, « Dieu existe-t-il ? », Les Carnets de Fête et saisons, Carnet n° 6, 1993

- Jacques LACOURT, « Croire en Dieu : est-ce possible aujourd’hui ? », Droguet & Ardant, 1991

- Michaël DENTON, « L’évolution a-t-elle un sens ? » Fayard 1997

- André VALENTA, « Le scientisme, ou l’incroyable séduction d’une doctrine erronée », Mélodie 1995

- Igor et Grichka BOGDANOV et Jean Guitton, « Dieu et la science », Grasset 1991

- Trinh Xuan THUAN, « La mélodie secrète », Fayard 1988

Et quelques liens intéressants sur internet :

http://villemin.gerard.free.fr/Science/Atome.htm

http://jcboulay.free.fr/astro/sommaire/astronomie/univers/matiere/page_matiere.htm

http://education.france5.fr/rdv_science/dossier1_infini/index.htm

http://www.diffusion.ens.fr/vip/tableindex.html

http://www.ac-grenoble.fr/webcurie/pedagogie/physique/td/infini/Puissances_de_10/powers10/powersof10.html

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 11:35

[Chers amis lecteurs, en ce dimanche où le Seigneur rappelle à son Eglise le double commandement de l'amour, je vous propose une très belle méditation du Pape Benoît XVI, extraite de son Encyclique "Deux Caritas Est", sur la question : "L'amour peut-il se commander?" (§ 16 à 18)] 

 

L’amour peut-il se commander ?

 

Au double commandement de l’amour, on peut répliquer par une (…) objection (…) : l’amour ne peut pas se commander ; c’est en définitive un sentiment qui peut être ou ne pas être, mais qui ne peut pas être créé par la volonté (...).

 

Dieu nous a aimés le premier, dit la Lettre de Jean (cf. 4, 10) et cet amour de Dieu s’est manifesté parmi nous, il s’est rendu visible car Il « a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui » (1 Jn 4, 9). Dieu s’est rendu visible: en Jésus nous pouvons voir le Père (cf. Jn 14, 9). En fait, Dieu se rend visible de multiples manières. Dans l’histoire d’amour que la Bible nous raconte, Il vient à notre rencontre, Il cherche à nous conquérir – jusqu’à la dernière Cène, jusqu’au Cœur transpercé sur la croix, jusqu’aux apparitions du Ressuscité et aux grandes œuvres par lesquelles, à travers l’action des Apôtres, Il a guidé le chemin de l’Église naissante. Et de même, par la suite, dans l’histoire de l’Église, le Seigneur n’a jamais été absent : il vient toujours de nouveau à notre rencontre – par des hommes à travers lesquels il transparaît, ainsi que par sa Parole, dans les Sacrements, spécialement dans l’Eucharistie. Dans la liturgie de l’Église, dans sa prière, dans la communauté vivante des croyants, nous faisons l’expérience de l’amour de Dieu, nous percevons sa présence et nous apprenons aussi de cette façon à la reconnaître dans notre vie quotidienne. Le premier, il nous a aimés et il continue à nous aimer le premier; c’est pourquoi, nous aussi, nous pouvons répondre par l’amour. Dieu ne nous prescrit pas un sentiment que nous ne pouvons pas susciter en nous-mêmes. Il nous aime, il nous fait voir son amour et nous pouvons l’éprouver, et à partir de cet « amour premier de Dieu », en réponse, l’amour peut aussi jaillir en nous.

 

Dans le développement de cette rencontre, il apparaît clairement que l’amour n’est pas seulement un sentiment. Les sentiments vont et viennent. Le sentiment peut être une merveilleuse étincelle initiale, mais il n’est pas la totalité de l’amour (…).

 

C’est le propre de la maturité de l’amour d’impliquer toutes les potentialités de l’homme, et d’inclure, pour ainsi dire, l’homme dans son intégralité. La rencontre des manifestations visibles de l’amour de Dieu peut susciter en nous un sentiment de joie, qui naît de l’expérience d’être aimé. Mais cette rencontre requiert aussi notre volonté et notre intelligence.

 

La reconnaissance du Dieu vivant est une route vers l’amour, et le oui de notre volonté à la sienne unit intelligence, volonté et sentiment dans l’acte totalisant de l’amour. Ce processus demeure cependant constamment en mouvement : l’amour n’est jamais « achevé » ni complet ; il se transforme au cours de l’existence, il mûrit et c’est justement pour cela qu’il demeure fidèle à lui-même.

 

Idem velle atque idem nollevouloir la même chose et ne pas vouloir la même chose ; voilà ce que les anciens ont reconnu comme l’authentique contenu de l’amour : devenir l’un semblable à l’autre, ce qui conduit à une communauté de volonté et de pensée. L’histoire d’amour entre Dieu et l’homme consiste justement dans le fait que cette communion de volonté grandit dans la communion de pensée et de sentiment, et ainsi notre vouloir et la volonté de Dieu coïncident toujours plus : la volonté de Dieu n’est plus pour moi une volonté étrangère, que les commandements m’imposent de l’extérieur, mais elle est ma propre volonté, sur la base de l’expérience que, de fait, Dieu est plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même. C’est alors que grandit l’abandon en Dieu et que Dieu devient notre joie (cf. Ps 72 [73], 23-28).

 

L’amour du prochain se révèle ainsi possible au sens défini par la Bible, par Jésus. Il consiste précisément dans le fait que j’aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n’apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu’à partir de la rencontre intime avec Dieu, une rencontre qui est devenue communion de volonté pour aller jusqu’à toucher le sentiment. J’apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon la perspective de Jésus Christ. Son ami est mon ami (…). Je vois avec les yeux du Christ et je peux donner à l’autre bien plus que les choses qui lui sont extérieurement nécessaires : je peux lui donner le regard d’amour dont il a besoin.

 

Ici apparaît l’interaction nécessaire entre amour de Dieu et amour du prochain, sur laquelle insiste tant la Première Lettre de Jean. Si le contact avec Dieu me fait complètement défaut dans ma vie, je ne peux jamais voir en l’autre que l’autre, et je ne réussis pas à reconnaître en lui l’image divine. Si par contre dans ma vie je néglige complètement l’attention à l’autre, désirant seulement être « pieux » et accomplir mes « devoirs religieux », alors même ma relation à Dieu se dessèche. Alors, cette relation est seulement « correcte », mais sans amour. Seule ma disponibilité à aller à la rencontre du prochain, à lui témoigner de l’amour, me rend aussi sensible devant Dieu. Seul le service du prochain ouvre mes yeux sur ce que Dieu fait pour moi et sur sa manière à Lui de m’aimer (…).

 

Amour de Dieu et amour du prochain sont inséparables, c’est un unique commandement. Tous les deux cependant vivent de l’amour prévenant de Dieu qui nous a aimés le premier. Ainsi, il n’est plus question d’un « commandement » qui nous prescrit l’impossible de l’extérieur, mais au contraire d’une expérience de l’amour, donnée de l’intérieur, un amour qui, de par sa nature, doit par la suite être partagé avec d’autres.

 

L’amour grandit par l’amour. L’amour est « divin » parce qu’il vient de Dieu et qu’il nous unit à Dieu, et, à travers ce processus d’unification, il nous transforme en un Nous, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit «tout en tous» (1 Co 15, 28).

  

 

Lire le texte intégral de l'Encyclique

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2 novembre 2006 4 02 /11 /novembre /2006 17:41

 

[Chers amis lecteurs, je vous invite aujourd'hui à méditer la très belle homélie du Père Walter Covens prononcée le jour de la Toussaint, et relative au mystère de l'Eglise sur lequel nous méditons depuis quelques semaines. En voici quelques morceaux choisis.]

  

La foi n'est jamais une chose évidente. Elle est une épreuve. Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement, nous dit S. Jean. C'est là justement que la foi intervient. La sainte Église n'est pas une Église sans pécheurs. Je ne suis pas venu pour les bien portants ni pour les justes, mais pour les malades et les pécheurs, dit Jésus. Nous venons de le reconnaître au début de la messe : nous sommes tous pécheurs. S'il fallait être un saint avant de devenir chrétien, cela n'aurait aucun sens. On est chrétien pour le devenir.

 

Le Concile de Trente dira : ceux qui disent qu'un chrétien en état de péché mortel ne fait plus partie de l'Église, qu'ils soient anathèmes!! Seulement, si j'ai la foi, je ne dirai pas que j'ai eu raison de commettre ce péché que j'ai fait.

 

S. Paul sait bien qu'il y a des pécheurs dans l'Église. Aux Corinthiens il reproche des choses très graves. Et pourtant il dit que l'Église est sainte. Elle est sans péché, mais elle n'est pas sans pécheurs.

 

Dans tous les membres de l'Église, tant qu'ils n'ont pas apostasié, tant qu'ils ont encore la foi, il y a de la sainteté. Cette foi ne sera pas suffisante pour les sanctifier, mais ils font toujours partie de l'Église. L'Église n'abandonne pas les pécheurs. Elle est comme une maman dont l'enfant est gravement malade: tant qu'il est encore en vie, elle ne l'abandonne pas. Au moment où il est mort, elle ne va plus le garder dans ses bras.

 

Mais il faut que l'enfant veuille rester près de sa maman. Pèguy, dans un très beau passage, dit ceci : Qu'est-ce qu'un chrétien? Un chrétien c'est un pauvre pécheur, mais qui prend la main. Et les saints, ceux que nous fêtons aujourd'hui, ce sont qui? Les saints, ce sont ceux qui donnent la main. Péguy dit : si vous prenez la main  qui vous est tendue, vous êtes chrétien. Si vous ne prenez pas la main qui vous est tendue, vous n'êtes pas chrétien. Cela veut dire que notre sanctification ne vient pas d'un effort que nous pourrions faire, aussi admirable soit-il. Notre sanctification vient d'une mendicité. Pour devenir un saint, il faut mendier. Tous les saints ont été des mendiants. Et plus ils ont mendié, plus ils ont reçu. Plus ils ont reçu, plus ils se sont sentis dépendants à l'égard de la miséricorde de Dieu.

 

Alors ne jugeons pas l'Église sur ce qu'elle n'est pas. C'est ce que nous dit Jacques Maritain :

 

"Les catholiques ne sont pas le catholicisme. Les fautes, les lourdeurs, les carences et les sommeils des catholiques n'engagent pas le catholicisme. Le catholicisme n'est pas chargé de fournir un alibi aux manquements des catholiques. La meilleure apologétique ne consiste pas à justifier les catholiques quand ils ont tort, mais au contraire à marquer ces torts, et qu'ils ne touchent pas à la substance du catholicisme et qu'ils ne mettent que mieux en lumière la vertu d'une religion toujours vivante en dépit d'eux. L'Église est un mystère. Elle a sa tête cachée dans le ciel, sa visibilité ne la manifeste pas adéquatement. Si vous cherchez ce qui la représente sans la trahir, regardez le pape et l'épiscopat enseignant la foi et les moeurs, regardez les saints au ciel et sur la terre ; ne nous regardez pas nous autres, pécheurs, ou plutôt regardez comment l'Église panse nos plaies et nous conduit clopin-clopant à la vie éternelle. La grande gloire de l'Église, c'est d'être sainte avec des membres pécheurs."  

 

 

Lire la version intégrale de l'homélie

 

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1 novembre 2006 3 01 /11 /novembre /2006 19:03

[Chers amis lecteurs, en cette fête de la Toussaint, je vous propose un magnifique poème du Père Robert Lebel, trouvé sur le site du groupe de prière "Marie, Reine de la Paix", Chère Gospa.]   

Ils sont nombreux les bienheureux

Qui n'ont jamais fait parler d'eux

Et qui n'ont pas laissé d'image

Tous ceux qui ont depuis des âges

Aimé sans cesse et de leur mieux

Autant leurs frères que leur Dieu !

Ceux dont on ne dit pas un mot

Ces bienheureux de l'humble classe

Ceux qui n'ont pas fait de miracle

Ceux qui n'ont jamais eu d'extase

Et qui n'ont laissé d'autre trace

Qu'un coin de terre ou un berceau.

Ils sont nombreux ces gens de rien

Ces bienheureux du quotidien

Qui n'entreront pas dans l'histoire

Ceux qui ont travaillé sans gloire

Et qui se sont usé les mains

A pétrir, à gagner le pain.

Ils ont leur nom sur tant de pierres

Et quelquefois dans nos prières

Mais ils sont dans le coeur de Dieu !

Et quand l'un d'eux quitte la terre

Pour gagner la maison du Père

Une étoile naît dans les cieux.

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31 octobre 2006 2 31 /10 /octobre /2006 08:27

Extrait de l'enseignement dispensé par le Pape Benoît XVI sur la Tradition de l’Eglise, lors des audiences générales des 26 avril et 3 mai 2006.

La Tradition est la communion des fidèles autour des pasteurs légitimes au cours de l'histoire, une communion que l'Esprit Saint alimente en assurant la liaison entre l'expérience de la foi apostolique, vécue dans la communauté originelle des disciples, et l'expérience actuelle du Christ dans son Eglise.

En d'autres termes, la Tradition est la continuité organique de l'Eglise, Temple de Dieu le Père, érigé sur le fondement des Apôtres et tenu ensemble par la pierre angulaire, le Christ, à travers l'action vivifiante de l'Esprit (…).

Grâce à la Tradition, garantie par le ministère des Apôtres et de leurs successeurs, l'eau de la vie qui jaillit du côté du Christ et son sang salutaire rejoignent les femmes et les hommes de tous les temps. Ainsi, la Tradition est la présence permanente du Sauveur qui vient nous rencontrer, nous racheter et nous sanctifier dans l'Esprit à travers le ministère de son Eglise, à la gloire du Père (…).

Nous pouvons donc dire que la Tradition n'est pas une transmission de choses ou de paroles, une collection de choses mortes. La Tradition est le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes. Le grand fleuve qui nous conduit aux portes de l'éternité. Et étant ainsi, dans ce fleuve vivant se réalise toujours à nouveau la parole du Seigneur que nous avons entendue au début sur les lèvres du lecteur: "Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28, 20).

La communauté, née de l'annonce évangélique, se reconnaît comme étant convoquée par la parole de ceux qui les premiers ont fait l'expérience du Seigneur et qui ont été envoyés par Lui. Elle sait pouvoir compter sur la direction des Douze, ainsi que sur celle de ceux que ces derniers associent à eux au cours du temps comme successeurs dans le ministère de la parole et dans le service à la communion (...).

Le Concile Vatican II commente:  "Quant à la Tradition reçue des Apôtres, elle comprend tout ce qui contribue à conduire saintement la vie du peuple de Dieu et à en augmenter la foi; ainsi l'Eglise perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte, et elle transmet  à  chaque génération, tout ce qu'elle est elle-même, tout ce qu'elle croit" (Const.  Dei  verbum,  n. 8). L'Eglise transmet tout ce qu'elle est et qu'elle croit, elle le transmet dans le culte, dans la vie, dans la doctrine.

La Tradition est donc l'Evangile vivant, annoncé par les Apôtres dans son intégrité, sur la base de la plénitude de leur expérience unique et sans égale :  à travers leur oeuvre, la foi est communiquée aux autres, jusqu'à nous, jusqu'à la fin du monde. La Tradition est donc l'histoire de l'Esprit qui agit dans l'histoire de l'Eglise à travers la médiation des Apôtres et de leurs successeurs, en continuité fidèle avec l'expérience des origines.

C'est ce que précise le Pape saint Clément Romain vers la fin du Ier siècle:  "Les Apôtres - écrit-il - nous annoncèrent l'Evangile envoyé par le Seigneur Jésus Christ, Jésus Christ fut envoyé par Dieu. Le Christ vient donc de Dieu, les Apôtres du Christ :  tous deux procèdent de manière ordonnée de la volonté de Dieu. [...] Nos Apôtres eurent connaissance par notre Seigneur Jésus Christ que des disputes seraient nées autour de la fonction épiscopale. C'est pourquoi, prévoyant parfaitement l'avenir, ils établirent les élus et leur donnèrent l'ordre, afin qu'à leur mort d'autres hommes expérimentés assument leur charge" (Ad Corinthios, 42.44:  PG 1, 292.296).

Cette chaîne du service se poursuit jusqu'à aujourd'hui, elle se poursuivra jusqu'à la fin du monde. En effet, le mandat conféré par Jésus aux Apôtres a été transmis par eux à leurs successeurs. Au-delà de l'expérience du contact personnel avec le Christ, expérience unique et sans égale, les Apôtres ont transmis à leurs successeurs l'envoi solennel dans le monde reçu du Maître.

Apôtre vient précisément du terme grec "apostéllein", qui veut dire envoyer. L'envoi apostolique - comme le révèle le texte de Mt 28, 19sq - implique un service pastoral ("faites des disciples de toutes les nations..."), liturgique ("baptisez-les...") et prophétique ("apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés"), garanti par la proximité du Seigneur jusqu'à la fin des temps ("et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde"). Ainsi, de manière différente des Apôtres, nous avons nous aussi une expérience véritable et personnelle de la présence du Seigneur ressuscité.

A travers le ministère apostolique, c'est le Christ lui-même qui atteint ainsi celui qui est appelé à la foi. La distance des siècles est surmontée et le Ressuscité s'offre vivant et agissant pour nous, dans l'aujourd'hui de l'Eglise et du monde. Telle est notre grande joie. Dans le fleuve vivant de la Tradition, le Christ n'est pas à deux mille ans de nous, mais il est réellement présent parmi nous et il nous donne la Vérité, il nous donne la lumière qui nous fait vivre et trouver la route vers l'avenir.

Lire le texte intégral des audiences générales du 26 avril 2005 et du 3 mai 2005

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29 octobre 2006 7 29 /10 /octobre /2006 22:12

Cher Pasteur,

Je souhaiterais répondre à votre dernier article sur la Sola Scriptura, et par la même occasion répondre au sympathique commentaire de Jean-Sébastien (cf. Commentaire n° 14).

Je ne le répèterai jamais assez : dans le feu de nos discussions, il se peut que tel ou tel de mes propos vous heurte personnellement. N’hésitez pas à me le faire savoir, et à me corriger fraternellement ! Mon style est parfois un peu rugueux, je le reconnais volontiers, mais je pense que vous aurez compris l’esprit qui m’anime. Je sais que vous n’êtes pas un amateur de football, mais je suis frappé lors des matchs de haut niveau du respect que les joueurs ont les uns pour les autres, et qu’ils manifestent de diverses manières, avant ou après le match. Ce respect réciproque, voire cette amitié entre certains joueurs, ne les empêche pas de se livrer une rude bataille sur le terrain, et de ne s’y faire aucun cadeau. La comparaison vaut ce qu’elle vaut, mais je pense que vous aurez compris que le débat contradictoire, pour âpre qu’il soit, n’empêche pas un vrai et sincère respect.

Mais revenons sur le « ring »…

1°) Vous écrivez que « personne ne penserait à nier qu’il existe une tradition protestante. Seulement à la différence de la Tradition catholique, la tradition protestante est toujours contestable. ». Je ne suis pas convaincu, cher Pasteur, qu’il en soit précisément ainsi avec la Sola Scriptura ! Car voilà bien un élément de doctrine issu d’une pure tradition (sans aucun fondement scripturaire), d’une tradition protestante (étrangère à la foi catholique telle qu’enseignée jusqu’à Luther), et d’une tradition protestante incontestable (puisque la contester reviendrait à discréditer le protestantisme lui-même !).

L’opposition doctrinale entre protestants et catholiques ne me paraît donc pas se situer entre Bible et Tradition, ou entre Sola Scriptura et Sola Ecclesia, mais bien entre tradition et Tradition : la tradition protestante, d’apparition tardive dans l’Histoire de l’Eglise, contre la séculaire Tradition catholique venue des Apôtres.

2°) Vous me faites le grief de vous faire tenir des propos que vous n’auriez pas prononcés. Mais Jean-Sébastien, dans son commentaire, apporte une définition qui me paraît très juste de la Sola Scriptura : « Les Ecritures sont la seule source infaillible d’autorité pour la foi de l’Eglise. La doctrine ne dit pas qu’il n’y a pas d’autres sources d’autorité, faillibles, ou même de traditions, auxquelles nous pouvons nous référer ou même suivre. Cela veut dire que tout ce qui est sources d’autorité comme les traditions, confessions de foi, credo sont par nature inférieur et sujet à correction par les Ecritures. La Bible est considéré comme une autorité ultime, n’acceptant pas d’égale ni de supérieur comme la Tradition et l’Eglise, car elle est Theopneustos, souffle de Dieu (2 Tim. 3 : 16) et contient la Parole de Dieu et doit être nécessairement considéré comme la plus haute autorité. ».

Or, c’est précisément contre cette notion de la Sola Scriptura que j’entendais réagir dans mon premier article car où est-il écrit dans la Bible que « les Ecritures sont la seule source infaillible d’autorité pour la foi de l’Eglise »? Où est-il enseigné dans l’Ecriture que « la Bible est considéré comme une autorité ultime, n’acceptant pas d’égale ni de supérieur comme la Tradition et l’Eglise »? Nulle part… C’est une pure invention de la tradition protestante, que les protestants considèrent comme un véritable dogme, mais qui se trouve dénué de tout fondement biblique… Un comble, n’est-il pas !

3°) Vous finissez vous-mêmes par en convenir, avec une grande honnêteté intellectuelle, mais m’opposez alors deux nouveaux arguments :

« Alors effectivement, il n’est pas écrit que ce soit les seules mais dans ces cas là :

1- « je vous renvoie la question de Micky : « pourquoi s’arrêter à la Bible, pourquoi ne pas reconnaître en plus de la Tradition, le Coran et le livre de Mormon ? » : j’avoue être étonné, cher Pasteur, que vous puissiez accorder quelque crédit à un argument aussi faible… Car je pense que vous serez d’accord avec moi pour considérer que l’Esprit Saint ne peut pas se contredire. Le Seigneur ne peut pas dire tout… et le contraire de tout ; que Jésus-Christ par exemple est Dieu, et qu’il n’est pas Dieu.

2- « Je vous ferais la même remarque que celle que j’ai déjà faite concernant le traité d’athéologie : il me paraît assez dangereux de lancer une affirmation théologique catégorique (et a fortiori un dogme) quelque chose en se reposant sur un silence de la Bible. La Bible ne dit nulle part que la terre est ronde, cela ne signifie pas qu’elle soit plate… » : l’ennui avec ce type d’argument, c’est qu’il peut se retourner comme un boomerang. Car n’est-ce pas ce que vous faites précisément, cher Pasteur, avec la Sola Scriptura, que vous érigez comme un véritable dogme, lors même que la Bible ne dit nulle part que la Tradition et le Magistère ne peuvent être source d’autorité pour un chrétien. Mais si je suis bien votre raisonnement, ce n’est pas parce que la Bible ne dit nulle part explicitement que le Magistère est infaillible, qu’il ne l’est pas effectivement…

Je me permets de vous rappeler en outre que la Tradition comme source d’autorité pour un chrétien est reconnue dans la Bible, à la différence de la Sola Scriptura. Ainsi en 2 Thessaloniciens 2. 15, lorsque St Paul exhorte les fidèles à tenir bon et à garder fidèlement « les traditions que vous avez apprises de nous, de vive voix ou par lettre. »

Si l’on applique à la lettre la Sola Scriptura à ce texte, alors il faut bien reconnaître que la Bible n’est pas notre seule autorité, puisqu’elle affirme précisément le contraire sous la plume de Saint Paul ! (sur la critique de ce texte par Jean-Sébastien, voir 8° ci-après).

4°) « Quant à vos autres arguments bibliques, ils reposent sur l’affirmation que l’Église catholique romaine est la seule véritable Église, l’unique dépositaire de la Vérité du message de Christ. Affirmation que je réfute catégoriquement puisque l’Écriture et l’histoire nous apprennent que dès le départ les Églises furent multiples et ne vécurent pas toujours en bonne entente. » : mais il me semble que vous faites là, cher Pasteur, une confusion entre diversité et division. Que l’Eglise soit diverse, cela est évident, et une très bonne chose : cela découle de son universalité même, des différences de cultures et de traditions, de langues et de nations, de tempéraments aussi (entre « libéraux » et « traditionalistes », « institutionnels » et « charismatiques »… Comparez par exemple mes textes sur ce Blog avec ceux de Hervé, de Lucienne, ou de Yves sur le Blog de Miky : vous y constaterez des différences de sensibilités notoires, et des manières de vivre ou d’exprimer la foi très particulières). On voit donc que l’Eglise n’a pas besoin du protestantisme pour être diverse : elle l’était bien avant la Réforme, elle le demeure aujourd’hui encore, de par sa nature même…

Que vous le vouliez ou non cher Pasteur (et j’en suis, croyez-moi, le premier désolé), les différences entre nos Eglises ne sont pas l’expression d’une diversité, mais bien d’une division. Nous sommes frères dans le Seigneur Jésus que nous reconnaissons comme notre Sauveur et notre Dieu (Alleluia !), mais… divisés, séparés. Même si nous aspirons de tout notre cœur à l’unité, nous ne sommes pas encore dans la pleine communion, et je doute que cette division soit selon le cœur de Dieu...

Jésus, au cours de la dernière Cène, ne priait pas pour la diversité de son peuple, mais bien pour son unité. « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là [ses disciples], mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfaite ; ainsi, le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. » (Jn 17. 20-23)

Notons au passage que si Jésus prie pour l’Unité, c’est « pour que le monde croie ». La division entre chrétiens est donc un scandale pour l’Eglise, dont on ne peut en aucun cas se réjouir puisqu’elle constitue, de l’aveu même du Seigneur, un obstacle à la conversion du monde à son Rédempteur et Sauveur. La question de l’unité n’est donc pas subsidiaire ou facultative, mais absolument incontournable et essentielle : le monde attend le témoignage de notre unité pour croire en l’Evangile de notre Seigneur Jésus.

5°) « De plus l’Église catholique romaine peut difficilement se poser comme un modèle de vertu par rapport aux autres Églises… » : très cher Pasteur, je ne savais pas que Dieu choisissait les meilleurs, les plus vertueux,… Le peuple d’Israël, par exemple, était-il lui-même un « modèle de vertu » ? N’était-il pas pourtant l’authentique Peuple de Dieu ?

Vous connaissez sans doute cette histoire d’un juif du Moyen Âge qui, au cours d’un voyage, passait à la cour papale et devint catholique. A son retour, un connaisseur de la cour papale lui posa cette question : « Ne t’es-tu pas rendu compte de tout ce qui se passe là-bas ? » « Oui, dit-il, j’ai tout vu, toutes ces choses scandaleuses, tout. » « Et malgré cela, tu es devenu catholique ? dit l’autre, c’est un non-sens ! » Le juif lui répondit alors : « C’est précisément à cause de cela que je suis devenu catholique. Car si l’Eglise continue à subsister, c’est bien la preuve que Quelqu’un d’autre la maintien » !

6°) « En fait ce qui me gène le plus dans la Tradition et le Magistère, telles que l’Église Catholique Romaine la comprend, c’est qu’elles me semblent une manières bien commode de confisquer le pouvoir et même d’emprisonner l’Esprit et l’Écriture… Lorsque l’Écriture se fait gênante par son silence (…) on lui oppose la Tradition. Et cette Tradition, qui la valide ? C’est le Magistère… Autant dire tout de suite que le Magistère a le pouvoir absolu… ».

Vous dites que le Magistère a le pouvoir absolu : dans la limite toutefois de ce qui nous est légué par la Tradition bi-millénaire de l’Eglise, que le Magistère d’aujourd’hui n’est pas libre de jeter par-dessus bord !

Cf. http://totus-tuus.over-blog.com/article-3833715.html

Emprisonner l’Esprit et l’Ecriture ? Non point, mais les libérer bien au contraire ! Pour leur donner de nous dire tout ce qu’ils ont encore à nous enseigner.

Comme l’écrit le Père Molinié : « Ce n’est pas parce que la Révélation est close que Dieu a cessé de parler (…). A cause de cela, il ne faut pas se faire de « programme » trop précis, fondé soi-disant sur la Parole de Dieu : si cette Parole est vivante, nous ne savons jamais ce qu’elle va nous dire. Si nous prétendons le savoir à l’avance sous prétexte que « c’est dans le texte », nous tuons la Parole dans notre cœur, et l’obligeons pratiquement à se taire.

« On ne sait pas ce qu’il y a dans la Révélation, finalement : c’est un secret. Dieu ne peut plus rien dire qui ne se trouve déjà inscrit dans le dépôt révélé, la Révélation étant close depuis la mort du dernier Apôtre. Mais cela ne veut pas dire qu’on a compris ! La profondeur de cette Parole est infinie, elle ne bouge pas, mais elle est plus vivante que ce qui bouge, elle peut nous réserver bien des surprises.

« Dieu a tout dit, mais comme Il dit des choses éternelles dont la profondeur est insondable, c’est toujours nouveau » (Cf. "Le courage d'avoir peur" , Editions du Cerf, 1994, pages 196 et 197).

7°) « Bien sûr, Jésus a sans doute prononcé bien plus de paroles que celles qu’ont gardé les évangiles, bien sûr Paul a très certainement enseigné bien au delà de ce qu’il a écrit. Mais, il faut nous faire une raison, cet enseignement est perdu aujourd’hui. » : Vraiment ? Mais de quel enseignement parlons-nous ? De l’enseignement de Saint Paul, ou du témoignage de l’Esprit Saint lui-même ? L’Esprit-Saint peut-il avoir des « trous » de mémoire ? Non seulement, cher Pasteur, cet enseignement dont vous parlez n’est pas perdu, mais il est développé par l’Esprit Saint bien au-delà de ce que Saint Paul lui-même aurait pu nous dire, compte tenu de sa « connaissance partielle » du contenu de la Révélation (cf. 1 Co 13. 12). Le lieu de ce déploiement de la Révélation achevée en Jésus-Christ est la Tradition vivante de l’Eglise.

8°) Enfin, je voudrais répondre à l’argument de Jean-Sébastien au sujet de 2 Thess. 2.15, cité plus haut :

- « Pour 2 The 2 :15, tu dis qu’il y a plus que l’Ecriture seul. Implicitement, tu interprètes le verset de telle manière que cela suppose que la Tradition Orale diffère de la tradition Ecrite. (…)

- « Dans 2 The 2 :15, Paul n’appelle pas à tenir ferme dans l’Ecriture et dans des composants oraux, Paul a prêché l’Evangile aux Thessaloniciens en personne et il est entrain de leur écrire. Il a fait une référence à l’Evangile au verset d’avant et il dit aux Thessaloniciens de tenir ferme sur les traditions i.e l’évangile qu’il leur a enseigné en personne et par lettre (1 Thessaloniciens). Le contenu de ses traditions est l’Evangile de Jésus Christ que les Thessaloniens ont eu le privilège d’apprendre dans ce temps unique de ministère apostolique. On ne peut pas tirer de ce verset la conclusion que Paul a enseigné l’infaillibilité papale ni l’Immaculée Conception aux Thessaloniens. Personne ne peut définir ce que sont les Traditions orales enseignés en ce temps là par Paul. »

Je crois qu’une précision s’impose ici : la Tradition de l’Eglise n’est pas considérée comme différente des Ecritures, comme s’il s’agissait d’une source d’autorité concurrente et totalement indépendante. Elle est le dynamisme même de l’Evangile qui se déploie dans notre Histoire. On ne peut donc pas opposer Ecriture et Tradition : c’est la même Bonne Nouvelle qui est portée par l’une et par l’autre, c’est la même Parole de Dieu qui en est l’objet. Le contenu des traditions (écrites et orales) de Saint Paul était l’Evangile de Jésus-Christ : tel est aussi le contenu de la Tradition de l’Eglise.

Je conçois, cher Jean-Sébastien, que cela peut te paraître difficile de faire le lien entre l’Ecriture Sainte et l’infaillibilité papale ou les dogmes marials (ou « mariaux », pour faire plaisir à Hervé…). Mais qu’un dogme soit contenu dans la Parole de Dieu ne signifie pas qu’il soit facile de l’y repérer immédiatement : il n’est pas évident par exemple de lire dans le « Réjouis-toi, pleine de grâce » en Luc 1.28 une plénitude de grâce allant jusqu’à l’absence de tout péché, y compris le péché originel. Il se trouve que l’Eglise met parfois des siècles à prendre conscience de toute la richesse contenue dans un passage de l’Ecriture. Mais comment pourrait-il en être autrement, s’agissant non d’une parole d’hommes, mais de la Parole même de Dieu ?

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Publié par Matthieu BOUCART -
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28 octobre 2006 6 28 /10 /octobre /2006 09:49

Il convient de distinguer la lecture [de la Bible] en Eglise, toujours conforme aux traditions et dogmes qui nous ont été enseignés, d'une lecture toute personnelle.

Les deux revêtent une valeur propre mais pas égale.

Dans le premier cas, il est logique que la parole confirme la Parole, que le particulier confirme le général, puisque les dogmes s'appuient sur la Parole de Dieu lue et comprise au long des siècles et parfois, il faut le dire, d'une manière progressive.

Quant à la lecture privée dans l'oraison, elle produit des lumières qui sont parfois réservées aux seuls bénéficiaires.

Un psaume affirme : Tu as dit une parole et j'en ai entendu deux. La voix de Dieu n'est pas univoque, c'est-à-dire une seule voix, elle est "équivoque", afin de garantir la liberté et de préserver l'individualité de chacun dans la merveilleuse diversité dont le Seigneur a enrichi l'univers entier.

Un nombre presque infini de lectures seront donc possibles sans altérer la pensée de Dieu.

Ephraïm, "Lecture amoureuse de la Parole", Première Alliance, Fayard, 1985, page 14.

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Publié par Matthieu BOUCART -
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27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 18:02

Extrait de l'enseignement dispensé par le Pape Benoît XVI sur le Cantique de l'Epître aux Philippiens (2. 6-11), lors de l'audience générale du 1er juin 2005. 

Certes, le Christ possède la nature divine avec toutes ses prérogatives. Mais cette réalité transcendante n'est pas interprétée et vécue à l'enseigne du pouvoir, de la grandeur, de la domination. 

Le Christ n'utilise pas le fait d'être égal à Dieu, sa dignité glorieuse et sa puissance comme un instrument de triomphe, un signe d'éloignement, une expression d'écrasante suprématie (cf. v. 6). Au contraire, il "se dépouilla", il se vida lui-même, se plongeant sans réserve dans la misérable et faible condition humaine. 

La "forme" (morphe) divine se cache dans le Christ sous la "forme" (morphe) humaine, c'est-à-dire sous notre réalité marquée par la souffrance, par la pauvreté, par les limitations et par la mort (cf. v. 7). Il ne s'agit donc pas d'une simple enveloppe extérieure, d'une apparence changeante, comme on croyait que c'était le cas pour les divinités de la culture gréco-romaine:  la réalité du Christ est la réalité divine dans une expérience authentiquement humaine.

Dieu n'apparaît pas seulement comme homme, mais il se fait homme, et devient réellement l'un de nous, il devient réellement "Dieu-avec-nous", qui ne se contente pas de nous regarder d'un oeil bienveillant depuis le trône de sa gloire, mais qui se plonge personnellement dans l'histoire humaine, devenant "chair" ; c'est-à-dire réalité fragile, conditionnée par le temps et par l'espace (cf. Jn 1, 14). 

Ce partage radical et véritable de la condition humaine, à l'exclusion du péché (cf. He 4, 15), conduit Jésus jusqu'à la frontière qui est le signe de notre finitude et de notre caducité, la mort. Cependant, celle-ci n'est pas le fruit d'un mécanisme obscur ou d'une fatalité aveugle :  elle naît de son libre choix d'obéissance au dessein de salut du Père (cf. Ph 2, 8).   

L'Apôtre ajoute que la mort au devant de laquelle Jésus se dirige est celle sur la croix, c'est-à-dire la plus dégradante, voulant ainsi être véritablement le frère de chaque homme et de chaque femme, également de ceux destinés à une fin atroce et ignominieuse.

 

Lire le texte intégral de l'audience générale du 1er juin 2005

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