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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 12:00

Extrait de la lettre du Pape Benoît XVI aux évêques du monde entier pour présenter le Motu Proprio Summorum Pontificum. 

Chers Frères dans l'Épiscopat,

C'est dans l'espérance et avec une grande confiance que je remets entre vos mains de pasteurs le texte d'une nouvelle Lettre apostolique Motu Proprio data, sur l'usage de la liturgie romaine dans sa version antérieure à la réforme de 1970. Ce document est le fruit de longues réflexions, de multiples consultations, et de la prière.

Des informations et des jugements formulés sans connaissances suffisantes, ont suscité beaucoup de confusion. Les réactions sont très diverses : elles vont de l'acceptation joyeuse jusqu'à une opposition dure, à propos d'un projet dont le contenu n'était, en réalité, pas connu. Ce document faisait face à deux craintes en particulier sur lesquelles j'aimerais revenir dans cette Lettre.

1. En premier lieu se présente la crainte de porter atteinte ainsi à l'autorité du Concile Vatican II, et de remettre en question une de ses décisions essentielles – la réforme liturgique. Cette crainte n'est pas fondée. À ce propos, il faut dire tout d'abord que le Missel, publié par Paul VI et réédité ensuite à deux reprises par Jean-Paul II, est et demeure la Forme normale – la Forma ordinaria – de la liturgie eucharistique. La dernière version du Missale Romanum antérieure au Concile, publiée sous l'autorité du Pape Jean XXIII en 1962 et utilisée durant le Concile, pourra par contre être utilisée comme Forma extraordinaria de la célébration liturgique. Il n'est pas convenable de parler de ces deux versions du Missel romain comme de « deux Rites ». Il s'agit plutôt d'un double usage d'un seul et même Rite.


Quant à l'usage du Missel de 1962, comme Forma extraordinaria de la liturgie de la Messe, je voudrais faire remarquer que ce Missel n'a jamais été abrogé du point de vue juridique, et que son usage restait par conséquent, en principe, toujours autorisé.
Lors de l'introduction du nouveau Missel, il n'a pas semblé nécessaire de publier des normes propres concernant la possibilité d'utiliser le Missel antérieur. Sans doute supposait-on que cela ne concernerait que quelques cas particuliers, que l'on résoudrait localement, au cas par cas. Mais il apparut bientôt, en particulier dans les pays où le mouvement liturgique avait procuré à de nombreuses personnes une formation significative dans ce domaine et une familiarité profonde avec la liturgie dans sa forme existante, que de nombreuses personnes restaient attachées à l'usage de ce rite romain qui leur était familier depuis l'enfance. Nous savons tous qu'au sein du mouvement conduit par l'archevêque Mgr Lefebvre, la fidélité au Missel ancien est devenue un signe distinctif extérieur ; les raisons du schisme qui se préparait ici s'enracinaient évidemment bien plus profondément. Beaucoup de personnes tout en acceptant clairement le caractère contraignant du Concile Vatican II, et en étant fidèles au Pape et aux évêques, aspiraient cependant également à retrouver la forme de la sainte Liturgie qui leur était familière, et ce d'autant plus qu'en de nombreux lieux les prescriptions du nouveau Missel n'étaient pas fidèlement respectées mais interprétées comme une autorisation voire une incitation à la « créativité » ; la liturgie se trouvait ainsi souvent défigurée de manière quasi insupportable. Je parle d'expérience, parce que j'ai vécu moi aussi cette période, avec toutes ses attentes et ses confusions. Et j'ai constaté que des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l'Église ont été profondément blessées par des déformations arbitraires de la liturgie. C'est pour ce motif que le Pape Jean-Paul II s'est vu dans l'obligation de donner, avec le Motu proprio Ecclesia Dei du 2 juillet 1988, un cadre normatif pour l'usage du Missel de 1962 (…).

Si l'on a pu supposer, aussitôt après le Concile Vatican II, que la demande du rite selon le Missel de 1962 se limiterait à la génération des aînés qui l'avaient connu depuis leur enfance, il est apparu entre-temps que des personnes jeunes découvrent cette forme liturgique, se sentent attirées par elle et y trouvent un mode de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convient particulièrement.
C'est ainsi qu'est né le besoin d'une régulation juridique plus claire, qui n'était pas encore prévisible à l'époque du Motu proprio de 1988 ; ces Normes entendent également décharger les évêques de la nécessité de réévaluer sans cesse la manière de répondre aux différentes situations.

2. En second lieu, au cours des discussions sur ce Motu proprio à venir, la crainte a été exprimée que la possibilité d'un usage élargi du Missel de 1962 mène à des désordres, voire à des divisions dans les communautés paroissiales. Cette crainte ne me paraît pas non plus réellement fondée. L'usage de l'ancien Missel présuppose un minimum de formation liturgique et un accès à la langue latine ; ni l'un ni l'autre ne sont vraiment fréquents. Ne serait-ce qu'en raison de ces présupposés concrets, il est clair que le nouveau Missel restera évidemment la Forme ordinaire du Rite romain, non seulement pour des questions juridiques, mais aussi en raison de la situation réelle dans laquelle se trouvent les communautés croyantes.

Il est vrai que les abus, voire parfois tel ou tel aspect social indûment liés à l'attitude de certains fidèles liés à l'ancienne tradition liturgique latine ne manquent pas. Votre charité et votre intelligence pastorale serviront de stimulant et de guide pour perfectionner les choses. En outre, les deux modes d'usage du Rite romain peuvent se féconder réciproquement : dans l'ancien Missel pourront être et devront être insérés les nouveaux saints, et quelques-unes des nouvelles préfaces. La Commission Ecclesia Dei, en lien avec les diverses entités dédiées à l'usus antiquior, en étudiera les modalités pratiques. Dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus accentuée que ce n'est souvent le cas actuellement, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien. La manière la plus sûre pour que le Missel de Paul VI soit facteur d'unité dans les communautés paroissiales et soit apprécié par elles découle de la mise en œuvre respectueuse de ses prescriptions, qui rend perceptible sa richesse spirituelle et sa profondeur théologique (…).

Il n'y a aucune contradiction entre l'une et l'autre édition du Missale Romanum. L'histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l'improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l'Église, et de leur donner leur juste place. Pour vivre la pleine communion, les prêtres appartenant aux communautés qui adhèrent à l'usage ancien ne peuvent, bien entendu, pas non plus, exclure la célébration selon les nouveaux livres par principe. L'exclusion totale du nouveau rite ne serait en effet pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté.



Lire le texte intégral de la lettre du Pape Benoît XVI aux évêques du monde entier

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 10:04

Extrait de la lettre apostolique en forme de Motu Proprio du Pape Benoît XVI sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970.

Les Souverains Pontifes ont toujours veillé jusqu'à nos jours à ce que l'Église du Christ offre à la divine Majesté un culte digne
, à la louange et à la gloire de son nom et pour le bien de toute sa sainte Église.

Depuis des temps immémoriaux et aussi à l'avenir, le principe à observer est que chaque Église particulière doit être en accord avec l'Église universelle, non seulement quant à la doctrine de la foi et aux signes sacramentels, mais aussi quant aux usages reçus universellement de la tradition apostolique ininterrompue, qui sont à observer non seulement pour éviter des erreurs, mais pour transmettre l'intégrité de la foi, parce que la lex orandi de l'Église correspond à sa lex credendi.

Parmi les Pontifes qui ont eu ce soin se distingue le nom de saint Grégoire le Grand, qui fut attentif à transmettre aux nouveaux peuples de l'Europe tant la foi catholique que les trésors du culte et de la culture accumulés par les Romains au cours des siècles précédents (…).

Au cours des siècles, beaucoup d'autres Pontifes romains se sont particulièrement employés à ce que la liturgie sacrée accomplisse plus efficacement cette tâche. Parmi eux se distingue saint Pie V, qui, avec un grand zèle pastoral, suivant l'exhortation du Concile de Trente, renouvela tout le culte de l'Église, fit éditer des livres liturgiques corrigés et réformés selon la volonté des Pères, et les affecta à l'Église latine pour son usage (…).

C'est le même objectif qu'ont poursuivi les Pontifes romains au cours des siècles suivants en assurant la mise à jour des rites et des livres liturgiques ou en les précisant, et ensuite, depuis le début de ce siècle, en entreprenant une réforme plus ample. Ainsi firent mes prédécesseurs Clément VIII, Urbain VIII, saint Pie X, Benoît XV, Pie XII et le Bienheureux Jean XXIII.

Plus récemment, le Concile Vatican II exprima le désir que l'observance et le respect dus au culte divin soient de nouveau réformés et adaptés aux nécessités de notre temps.
Poussé par ce désir, mon prédécesseur le Souverain Pontife Paul VI approuva en 1970 les livres liturgiques réformés et partiellement rénovés de l'Église latine. Ceux-ci, traduits partout dans le monde en de nombreuses langues vulgaires, ont été accueillis volontiers par les évêques comme par les prêtres et les fidèles (…).

Dans certaines régions toutefois, de nombreux fidèles se sont attachés et continuent à être attachés avec un tel amour et une telle passion aux formes liturgiques précédentes, qui avaient profondément imprégné leur culture et leur esprit, que le Souverain Pontife Jean-Paul II, poussé par la sollicitude pastorale pour ces fidèles, accorda en 1984,
par un indult spécial Quattuor abhinc annos, rédigé par la Congrégation pour le Culte divin, la faculté d'utiliser le Missel romain publié en 1962 par Jean XXIII ; puis de nouveau en 1988, par la lettre apostolique Ecclesia Dei en forme de Motu proprio, Jean-Paul II exhorta les évêques à utiliser largement et généreusement cette faculté en faveur de tous les fidèles qui en feraient la demande.

Les prières instantes de ces fidèles ayant déjà été longuement pesées par mon prédécesseur Jean-Paul II, ayant moi-même entendu les Pères cardinaux au Consistoire tenu le 23 mars 2006, tout bien considéré, après avoir invoqué l'Esprit Saint, confiant dans le secours de Dieu, par la présente Lettre apostolique je décide ce qui suit :

Art. 1. Le Missel romain promulgué par Paul VI est l'expression ordinaire de la lex orandi de l'Église catholique de rite latin.

Le Missel romain promulgué par saint Pie V et réédité par le Bienheureux Jean XXIII doit être considéré comme expression extraordinaire de la même lex orandi de l'Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique.

Ces deux expressions de la lex orandi de l'Église n'induisent aucune division de la lex credendi de l'Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l'unique rite romain.

Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l'édition type du Missel romain promulguée par le Bienheureux Jean XXIII en 1962 et jamais abrogée, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l'Église.


Lire le texte intégral du Motu Proprio du Pape Benoît XVI    

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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 00:00

Le Père Olivier Rolland, ancien vicaire à la paroisse Saint Léon (Paris, 15e) et désormais prêtre à Lisieux, publie sur le tout nouveau site de la paroisse du relais de la Touques, un important avis que je me permets de relayer. Voici :


"Entre le 1er et le 8 novembre, l'Eglise offre chaque jour l'indulgence plénière, applicable aux défunts seulement, au fidèle qui visite un cimetière en priant pour les défunts, même de façon seulement mentale (ou en prenant la prière : "à nos frères défunts, accorde, Seigneur, l'éternel repos ; et que brille à leurs yeux la lumière sans déclin. Qu'ils reposent en paix. Amen."), aux conditions habituelles, c'est-à-dire :
1) Prière aux intentions du Pape (par ex. : un Notre Père et un Je vous salue Marie) ;
2) Confession (dans les jours qui précèdent ou suivent) ;
3) Communion eucharistique le jour-même.

Cela signifie qu'un des défunts pour qui vous priez et qui se trouverait au Purgatoire serait immédiatement admis au Paradis, étant entièrement purifié grâce à l'intercession de l'Eglise et aux mérites des saints, présentés à Dieu pour cette âme. C'est le meilleur cadeau que vous puissiez faire à vos défunts."

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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 14:30

Chers amis lecteurs,

En ce début du mois de novembre, l’Eglise nous invite à tourner notre regard vers le ciel. La Toussaint est ainsi l’occasion de nous rappeler notre vocation à la sainteté et au Salut éternel auprès de Dieu, avec toute notre famille du ciel déjà parvenue dans la gloire. La fête du lendemain, 2 novembre, célèbre la mémoire de tous les défunts qui ne sont pas encore dans la pleine lumière et qui vivent un temps de purification : c’est un jour de recueillement, de prière et de pieuse visite au cimetière. Le mois de novembre tout entier est traditionnellement mois de prière pour les âmes du Purgatoire. C’est aussi une période de l’année où la liturgie nous donne à méditer les passages évangéliques sur la fin du monde et le retour en gloire du Christ ; un temps où nous sommes particulièrement invités par le Seigneur à la veille du cœur et à l’attente vigilante du Bien-aimé, dont la venue est aussi sûre que l’aurore (cf. Os. 6. 3)...

« Tu es poussière et tu retourneras à la poussière »
nous dit l’Ecriture (Gn 3.19). Voilà bien une parole que nous devrions nous redire chaque matin. Car reconnaissons-le : nous ne vivons pas, en général, avec la pensée omniprésente de notre mort. Tant mieux, diraient certains ! Oui, peut-être… sauf que nous nous comportons du coup comme des êtres immortels, tout à fait insouciants de leur fin dernière... Nous oublions que tout, pour chacun de nous, peut s’arrêter brutalement, dès aujourd’hui ; que la frontière qui nous sépare de l’autre rive est ténue – et il faut malheureusement parfois un accident grave et imprévu pour être rappelé à cette cruelle réalité…

Je ne sais pas grand-chose du monde qui m’entoure, disait Pascal, de ce que sont les immensités cosmiques qui m’environnent et dans lesquelles je suis comme perdu au milieu de nulle part... Je ne sais pas pourquoi je suis ici plutôt que là, ni pourquoi je vis en ce temps là plutôt qu’à un autre. Tout ce que je sais est que je dois bientôt mourir et tomber pour jamais, ou dans le néant, ou dans les mains de Dieu.

Dieu ou le néant ? Qu’on le veuille ou non, c’est en considération de ces deux possibilités que chacun va - consciemment ou non - orienter sa vie. La question de la mort est une question existentielle que nul ne peut esquiver (nous sommes tous « embarqués » disait Pascal). On peut vouloir fuir cette question (dans le divertissement par exemple) et refuser de la voir en face : mais en réalité, fuir, c’est déjà prendre position : c’est choisir le néant contre Dieu.

Si nous sommes incroyants, nous allons vouloir vivre « à fond » les différents plaisirs que la vie nous offre, sans trop nous soucier des conséquences :
« Mangeons et buvons, car demain nous mourrons »
(1 Co 15. 32). Puisque la vie doit un jour finir, eh bien, autant en « profiter » tant qu’elle est là ; après, il sera trop tard... Dans cette perspective, la vie est considérée comme un fruit à cueillir et à déguster pour soi. D’où cette propension, chez ceux qui n’ont pas d’espérance, à « mordre la vie à pleines dents »… jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien.

Les croyants vont quant-à-eux régler leur vie en considération du Jugement de Dieu. Ils savent que les actes qu’ils posent ne sont pas anodins, qu’ils ont des conséquences ; qu’ils sont ou bien « bons », ou bien « mauvais ». Ils ont lu dans leurs Saintes Ecritures qu’ils auront un jour des comptes à rendre pour la vie qu’ils auront choisi de mener. Pour eux, la vie est un don reçu de Dieu ; ils ne s’en considèrent pas comme les propriétaires, mais bien plutôt comme les gérants, les intendants. Dans cette optique, il ne leur est pas possible de faire n’importe quoi ; il leur importe de rechercher la voie juste et bonne qui conduit à la vie, la vraie vie, celle qui porte de bons fruits pour Dieu et pour les autres (car il est un chemin, nous dit la Bible, qui conduit à la vie, et un autre qui conduit à la mort :
« Si tu veux entrer dans la vie
, dit Jésus, observe les commandements » - Mt 19. 17).

J’ai toujours fait partie personnellement de cette seconde catégorie de personnes. Cela ne vous étonnera guère. Pourtant, je n’ai pas toujours été croyant. Mais voilà : j’ai toujours eu l'intime conviction que le bien et le mal ne pouvaient avoir le même poids, la même valeur, ni les mêmes conséquences sur notre destinée ultime. Ma raison se révoltait à l’idée que Hitler et Mère Térésa, par exemple, puissent connaître tous deux la même chute dans l'abîme du néant, sans que leurs actes aient la moindre influence, positive ou négative, sur leur sort éternel. Cette égalité dans la mort me semblait une prime insupportable à l'injustice et au mal.

Je n’ai jamais compris en tous les cas l’attitude de ceux qui vivent leur vie sans réaliser que peut-être un jour, ils auront à rendre des comptes ; qui prennent le mal pour un bien et le bien pour un mal, sans songer un seul instant que cette confusion perverse puisse être sans conséquence pour leur âme ; qui ignorent totalement pour eux-mêmes la possibilité de l’enfer. Mais c’est faire ici le pari de Pascal à l’envers ! je mise tout sur une vie sans Dieu, dans l’espoir de gagner le plaisir immédiat que la vie peut m’offrir, mais avec la perspective – terrible ! – de l'anéantissement final, et le risque – plus effroyable encore ! – de découvrir un jour que je me suis mépris, et que l'enfer existe...

Je comprends que l’on ait des doutes sur l’existence de Dieu, et même que l’on choisisse de ne pas y croire, mais de là à écarter
absolument
le risque de se tromper… « Je crois pas en Dieu, disait le chanteur Renaud, mais j’fais gaffe quand même »… Combien parmi nos contemporains « font gaffe quand même », des fois que… ? « Si les hommes savaient ce qu’est l’éternité, ils feraient l’impossible pour se convertir » disait Hyacinthe, la petite voyante de Fatima.

Le Seigneur m’a fait la grâce, avant ma conversion, en 1997, de faire l’expérience « métaphysique » de la mort et de l’enfer. Ce n’était pas une « vision » (au sens où l’on voit quelque chose avec ses yeux de chair), ni un « songe » (puisque j’était dans un état intermédiaire entre le sommeil et le réveil) ; c’était quelque chose d’indéfinissable, et cependant de beaucoup plus réaliste et effrayant que la réalité elle-même... Je ne savais trop comment définir cela jusqu’au jour où, 10 ans après, je lus ce passage sous la plume d’un philosophe existentialiste allemand :
« Beaucoup de gens bien portants ont fait (…) l’expérience suivante : ils s’éveillent avec le sentiment d’avoir aperçu dans leur sommeil le sens de choses étrangement profondes, et celles-ci se dérobent au moment où ils sont parfaitement éveillés, laissant seulement derrière elles le sentiment de l’impénétrable »
(Karls Jaspers, « Introduction à la Philosophie », Plon, 10/18, 1991, pages 9 et 10).

Dans cette « expérience » de la mort, vécue dans un état de semi-sommeil, mon âme se détachait de mon corps et s’élevait vers le ciel. Je n’étais pas – je le répète – croyant à l’époque, mais mon âme, en montant au ciel, avait une intelligence lucide et instantanée de tout ce qui se passait. Je me souviens que, prenant soudainement conscience de la situation, mon premier réflexe fut de tenter de redescendre sur la terre ; mais ne le pouvant pas, et tandis je continuais à m'élever vers le ciel, je fus pris d’un grand effroi et m'écriai en moi-même : « Qu’ai-je donc fait de ma vie ?! »

Et puis il y eut cette autre expérience, de l’enfer cette fois… Ce sentiment atroce du moment précis où je devrai aller en enfer. Je me vois faire face aux flammes, elles sont là, devant moi ; je ne peux plus reculer, je ne peux plus rien changer, je suis face à ces flammes et c’est MAINTENANT que je dois y aller. Certaines échéances sont tellement lointaines qu’elles en paraissent parfois irréelles. Je me souviens par exemple dans ma jeunesse du baccalauréat ou du service militaire. Ce sont des choses dont on avait beaucoup parlé, mais qui nous semblaient loin, très loin… On y pensait donc, sans y penser... Et puis un beau matin, il a bien fallu que je me lève pour passer mon examen du baccalauréat ; et puis un beau jour, il a bien fallu que j’enfile un treillis militaire pour vivre mon premier parcours du combattant. Aujourd’hui, ces mêmes échéances me paraissent lointaines, oui… mais dans l’autre sens ! Ce que je retiens de tout cela est que tout finit toujours par arriver. Un jour viendra où nous serons face à notre destinée éternelle, sans que nous ne puissions plus rien y changer. AUJOURD’HUI, tout reste possible. Mais demain, il sera trop tard. Et un jour viendra où demain sera notre AUJOURD’HUI.

(à suivre...)

Prochain article : La possibilité de l'enfer

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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 00:50
Suite de l'enseignement de Mgr André-Mutien Léonard, évêque de Namur, sur Jésus-Christ.


Je suis la vie (2)
envoyé par Maemray



Réécouter l'enseignement précédent :
"Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie (1)" 
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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 15:34

Chers amis lecteurs,

Voici le top 10 des articles de ce Blog les plus lus durant le mois d'octobre 2008 (selon la nouvelle méthode de calcul d'Over Blog).

1.  Péché mortel et péché véniel 143
2.  Eros, Philia et Agapè 124
3. Existe-t-il des preuves de l'existence de Dieu? 69
4. Le Seigneur entend tous ceux qui l'appellent 66
5. Pourquoi la luxure est-elle un péché grave? 63
6. Pourquoi je crois en Medjugorje 59
7.  Pourquoi prier pour les morts? 52
8. Dieu existe-t-il? (8/1) 49
9. Cantalamessa à Medjugorje! 47 
10. Le témoignage bouleversant de Patrick Fontaine! 44 
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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 19:57

Extraits de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 20 juin 2007.

Athanase
a été sans aucun doute l'un des Pères de l'Eglise antique les plus importants et les plus vénérés. Mais ce grand saint est surtout le théologien passionné de l'incarnation, du Logos, le Verbe de Dieu, qui – comme le dit le prologue du quatrième Evangile – "se fit chair et vint habiter parmi nous" (Jn 1, 14). C'est précisément pour cette raison qu'Athanase fut également l'adversaire le plus important et le plus tenace de l'hérésie arienne, qui menaçait alors la foi dans le Christ, réduit à une créature "intermédiaire" entre Dieu et l'homme, selon une tendance récurrente dans l'histoire et que nous voyons en œuvre de différentes façons aujourd'hui aussi.

Probablement né à Alexandrie vers l'an 300, Athanase reçut une bonne éducation avant de devenir diacre et secrétaire de l'Evêque de la métropole égyptienne, Alexandre. Proche collaborateur de son Evêque, le jeune ecclésiastique prit part avec lui au Concile de Nicée, le premier à caractère œcuménique, convoqué par l'empereur Constantin en mai 325 pour assurer l'unité de l'Eglise. Les Pères nicéens purent ainsi affronter diverses questions et principalement le grave problème né quelques années auparavant à la suite de la prédication du prêtre alexandrin Arius.

Celui-ci, avec sa théorie, menaçait l'authentique foi dans le Christ, en déclarant que le Logos n'était pas le vrai Dieu, mais un Dieu créé, un être "intermédiaire" entre Dieu et l'homme, ce qui rendait ainsi le vrai Dieu toujours inaccessible pour nous. Les Evêques réunis à Nicée répondirent en mettant au point et en fixant le "Symbole de la foi" qui, complété plus tard par le premier Concile de Constantinople, est resté dans la tradition des différentes confessions chrétiennes et dans la liturgie comme le Credo de Nicée-Constantinople. Dans ce texte fondamental – qui exprime la foi de l'Eglise indivise, et que nous répétons aujourd'hui encore, chaque dimanche, dans la célébration eucharistique – figure le terme grec homooúsios, en latin consubstantialis : celui-ci veut indiquer que
le Fils, le Logos est "de la même substance" que le Père, il est Dieu de Dieu, il est sa substance, et ainsi est mise en lumière la pleine divinité du Fils, qui était en revanche niée par le ariens.

A la mort de l'Evêque Alexandre, Athanase devint, en 328, son successeur comme Evêque d'Alexandrie, et il se révéla immédiatement décidé à refuser tout compromis à l'égard des théories ariennes condamnées par le Concile de Nicée. Son intransigeance, tenace et parfois également très dure, bien que nécessaire, contre ceux qui s'étaient opposés à son élection épiscopale et surtout contre les adversaires du Symbole de Nicée, lui valut l'hostilité implacable des ariens et des philo-ariens. Malgré l'issue sans équivoque du Concile, qui avait clairement affirmé que le Fils est de la même substance que le Père, peu après, ces idées fausses prévalurent à nouveau – dans ce contexte, Arius lui-même fut réhabilité –, et elles furent soutenues pour des raisons politiques par l'empereur Constantin lui-même et ensuite par son fils Constance II. Celui-ci, par ailleurs, qui ne se souciait pas tant de la vérité théologique que de l'unité de l'empire et de ses problèmes politiques, voulait politiser la foi, la rendant plus accessible – à son avis – à tous ses sujets dans l'empire.

(…) L'oeuvre doctrinale la plus célèbre du saint Evêque alexandrin est le traité Sur l'incarnation du Verbe, le Logos divin qui s'est fait chair en devenant comme nous pour notre salut. Dans cette œuvre, Athanase dit, avec une affirmation devenue célèbre à juste titre, que le Verbe de Dieu "s'est fait homme pour que nous devenions Dieu ; il s'est rendu visible dans le corps pour que nous ayons une idée du Père invisible, et il a lui-même supporté la violence des hommes pour que nous héritions de l'incorruptibilité" (54, 3). En effet, avec sa résurrection le Seigneur a fait disparaître la mort comme "la paille dans le feu" (8, 4). L'idée fondamentale de tout le combat théologique de saint Athanase était précisément celle que Dieu est accessible. Il n'est pas un Dieu secondaire, il est le vrai Dieu, et, à travers notre communion avec le Christ, nous pouvons nous unir réellement à Dieu. Il est devenu réellement "Dieu avec nous".

Parmi les autres œuvres de ce grand Père de l'Eglise – qui demeurent en grande partie liées aux événements de la crise arienne –, rappelons ensuite les autres lettres qu'il adressa à son ami Sérapion, Evêque de Thmuis, sur la divinité de l'Esprit Saint, qui est affirmée avec netteté
, et une trentaine de lettres festales, adressées en chaque début d'année aux Eglises et aux monastères d'Egypte pour indiquer la date de la fête de Pâques, mais surtout pour assurer les liens entre les fidèles, en renforçant leur foi et en les préparant à cette grande solennité.

Enfin, Athanase est également l'auteur de textes de méditation sur les Psaumes, ensuite largement diffusés, et d'une œuvre qui constitue le best seller de la littérature chrétienne antique : la Vie d'Antoine, c'est-à-dire la biographie de saint Antoine abbé, écrite peu après la mort de ce saint, précisément alors que l'Evêque d'Alexandrie, exilé, vivait avec les moines dans le désert égyptien. Athanase fut l'ami du grand ermite, au point de recevoir l'une des deux peaux de moutons laissées par Antoine en héritage, avec le manteau que l'Evêque d'Alexandrie lui avait lui-même donné.
Devenue rapidement très populaire, traduite presque immédiatement en latin à deux reprises et ensuite en diverses langues orientales, la biographie exemplaire de cette figure chère à la tradition chrétienne contribua beaucoup à la diffusion du monachisme en Orient et en Occident. Ce n'est pas un hasard si la lecture de ce texte, à Trèves, se trouve au centre d'un récit émouvant de la conversion de deux fonctionnaires impériaux, qu'Augustin place dans les Confessions (VIII, 6, 15) comme prémisses de sa conversion elle-même.

Du reste, Athanase lui-même montre avoir clairement conscience de l'influence que pouvait avoir sur le peuple chrétien la figure exemplaire d'Antoine. Il écrit en effet dans la conclusion de cette œuvre :
"Qu'il fut partout connu, admiré par tous et désiré, également par ceux qui ne l'avaient jamais vu, est un signe de sa vertu et de son âme amie de Dieu. En effet, ce n'est pas par ses écrits ni par une sagesse profane, ni en raison de quelque capacité qu'Antoine est connu, mais seulement pour sa piété envers Dieu. Et personne ne pourrait nier que cela soit un don de Dieu. Comment, en effet, aurait-on entendu parler en Espagne et en Gaule, à Rome et en Afrique de cet homme, qui vivait retiré parmi les montagnes, si ce n'était Dieu lui-même qui l'avait partout fait connaître, comme il le fait avec ceux qui lui appartiennent, et comme il l'avait annoncé à Antoine dès le début? Et même si ceux-ci agissent dans le secret et veulent rester cachés, le Seigneur les montre à tous comme un phare, pour que ceux qui entendent parler d'eux sachent qu'il est possible de suivre les commandements et prennent courage pour parcourir le chemin de la vertu" (Vie d'Antoine 93, 5-6).

Oui, frères et soeurs! Nous avons de nombreux motifs de gratitude envers Athanase. Sa vie, comme celle d'Antoine et d'innombrables autres saints, nous montre que "celui qui va vers Dieu ne s'éloigne pas des hommes, mais qu'il se rend au contraire proche d'eux" (
Deus caritas est, n. 42). 


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI  

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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 17:52

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI en date du 18 avril 2007.

(…) Clément d'Alexandrie
[était] un grand théologien qui naquit probablement à Athènes vers le milieu du deuxième siècle. Il hérita d'Athènes cet intérêt prononcé pour la philosophie, qui devait faire de lui l'un des hérauts du dialogue entre foi et raison dans la tradition chrétienne (…).

Dans son ensemble, la catéchèse clémentine accompagne pas à pas le chemin du catéchumène et du baptisé pour que, avec les deux "ailes" de la foi et de la raison, ils parviennent à une profonde connaissance de la Vérité, qui est Jésus Christ, le Verbe de Dieu. Seule cette connaissance de la personne, qui est la vérité, est la "véritable gnose", l'expression grecque qui signifie connaissance, intelligence. C'est l'édifice construit par la raison sous l'impulsion d'un principe surnaturel. La foi elle-même édifie la véritable philosophie, c'est-à-dire la véritable conversion dans le chemin à prendre dans la vie. Donc, la "gnose" authentique est un développement de la foi, suscité par Jésus Christ dans l'âme qui est unie à Lui.

Clément distingue ensuite deux degrés de la vie chrétienne. Premier degré : les chrétiens croyants, qui vivent la foi de manière commune, mais toujours ouverte aux horizons de la sainteté. Et ensuite, le deuxième degré : les "gnostiques", c'est-à-dire ceux qui conduisent déjà une vie de perfection spirituelle ; dans tous les cas, le chrétien doit partir de la base commune de la foi, à travers un chemin de recherche, il doit se laisser guider par le Christ, et ainsi parvenir à la connaissance de la Vérité et des vérités qui forment le contenu de la foi. Cette connaissance – nous dit Clément – devient dans l'âme une réalité vivante : ce n'est pas seulement une théorie, c'est une force de vie, c'est une union d'amour transformatrice. La connaissance du Christ n'est pas seulement pensée, mais elle est amour qui ouvre les yeux, transforme l'homme et crée la communion avec le Logos, avec le Verbe divin, qui est vérité et vie. Dans cette communion, qui est la parfaite connaissance et qui est amour, le chrétien parfait atteint la contemplation, l'unification avec Dieu.

Clément reprend en fin de compte la doctrine selon laquelle la fin ultime de l'homme est de devenir semblable à Dieu. Nous sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, mais cela est aussi un défi, un chemin ; en effet, le but de la vie, la destination ultime, est vraiment de devenir semblable à Dieu. Cela est possible grâce à la connaturalité avec Lui, que l'homme a reçue au moment de la Création, en vertu de laquelle il est déjà en lui-même l'image de Dieu. Cette connaturalité permet de connaître les réalités divines, auxquelles l'homme adhère tout d'abord par foi et qui, à travers la foi vécue, la pratique de la vertu, peut croître jusqu'à la contemplation de Dieu. Ainsi, dans le chemin de la perfection, Clément ajoute à l'exigence morale autant d'importance qu'il en attribue à l'exigence intellectuelle. Les deux vont de pair, car on ne peut pas connaître sans vivre et on ne peut pas vivre sans connaître. L'assimilation à Dieu et sa contemplation ne peuvent être atteintes à travers la seule connaissance rationnelle : dans ce but, une vie selon le Logos est nécessaire, une vie selon la vérité. Par conséquent, les bonnes œuvres doivent accompagner la connaissance intellectuelle comme l'ombre suit le corps.

Deux vertus enrichissent en particulier l'âme du "véritable gnostique". La première est la liberté vis-à-vis des passions (apátheia) ; l'autre est l'amour, la véritable passion, qui assure l'union intime avec Dieu. L'amour donne la paix parfaite, et met le "véritable gnostique" en mesure d'affronter les plus grands sacrifices, même le sacrifice suprême, à la suite du Christ, et le fait monter degré après degré jusqu'au sommet des vertus. Ainsi, l'idéal éthique de la philosophie antique, c'est-à-dire la libération vis-à-vis des passions, est redéfini et conjugué avec amour par Clément, dans le processus incessant d'assimilation à Dieu.

De cette façon, l'Alexandrin crée la deuxième grande occasion de dialogue entre l'annonce chrétienne et la philosophie grecque. Nous savons que saint Paul à l'Aréopage, à Athènes, où Clément est né, avait effectué la première tentative de dialogue avec la philosophie grecque – qui avait été en grande partie un échec –, mais ils lui avaient dit : "Nous t'écouterons une autre fois". A présent, Clément reprend ce dialogue et l'ennoblit au plus haut degré dans la tradition philosophique grecque. Comme l'a écrit mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II dans l'Encyclique
Fides et ratio, Clément d'Alexandrie parvient à interpréter la philosophie comme "une instruction propédeutique à la foi chrétienne" (n. 38). Et, de fait, Clément est arrivé au point de soutenir que Dieu aurait donné la philosophie aux Grecs "comme un Testament qui leur est propre" (Strom. 6, 8, 67, 1). Pour lui, la tradition philosophique grecque, presque comme la Loi pour les Juifs, est un lieu de "révélation", ce sont deux courants qui, en définitive, vont vers le Logos lui-même. Ainsi, Clément continue à indiquer avec décision le chemin de celui qui entend "donner raison" de sa propre foi en Jésus Christ. Il peut servir d'exemple aux chrétiens, aux catéchistes, aux théologiens de notre époque, à qui Jean-Paul II, dans la même Encyclique, recommandait de "reprendre et mettre en valeur le mieux possible la dimension métaphysique de la vérité afin d'entrer ainsi dans un dialogue critique et exigeant avec la pensée philosophique contemporaine".


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI  

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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 18:39

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI en date du 13 juin 2007.

Dans l'histoire du christianisme antique, la distinction entre les trois premiers siècles et ceux qui suivirent le Concile de Nicée de 325, le premier Concile œcuménique, est fondamentale. Presque comme une "charnière" entre les deux périodes se trouvent ce qu'on appelle le "tournant constantinien" et la paix de l'Eglise, ainsi que la figure d'Eusèbe, Evêque de Césarée en Palestine. Il fut le représentant le plus qualifié de la culture chrétienne de son époque dans des contextes très variés, de la théologie à l'exégèse, de l'histoire à l'érudition. Eusèbe est en particulier célèbre comme le premier historien du christianisme, mais il fut également le plus grand philologue de l'Eglise antique (…).

Chercheur inlassable, dans ses nombreux écrits, Eusèbe se propose de réfléchir et de faire le point sur trois siècles de christianisme, trois siècles vécus sous la persécution, en puisant largement aux sources chrétiennes et païennes conservées en particulier dans la grande bibliothèque de Césarée. Ainsi, malgré l'importance objective de ses œuvres apologétiques, exégétiques et doctrinales, la réputation éternelle d'Eusèbe reste surtout liée aux dix livres de son Histoire ecclésiastique. C'est le premier qui a écrit une Histoire de l'Eglise, qui reste fondamentale grâce aux sources qu'Eusèbe a mises à notre disposition pour toujours. Avec cette Histoire, il réussit à sauver d'un oubli certain de nombreux événements, personnages et œuvres littéraires de l'Eglise antique. Il s'agit donc d'une source primordiale pour la connaissance des premiers siècles du christianisme (…).

Eusèbe traite de divers secteurs : la succession des Apôtres comme ossature de l'Eglise, la diffusion du message, les erreurs, puis les persécutions de la part des païens et les grands témoignage qui sont la lumière de cette Histoire.
Dans tout cela transparaissent pour lui la miséricorde et la bienveillance du Sauveur. Eusèbe inaugure ainsi l'historiographie ecclésiastique, poussant son récit jusqu'en 324, année où Constantin, après la défaite de Licinius, fut acclamé unique empereur de Rome. C'est l'année précédant le grand Concile de Nicée qu'il offre ensuite la "Summa" de ce que l'Eglise – d'un point de vue doctrinal, moral et aussi juridique – avait appris au cours de ses 300 ans.

(…) La perspective fondamentale de l'historiographie eusébienne réside dans une histoire "christocentrique" dans laquelle se révèle progressivement le mystère de l'amour de Dieu pour les hommes. Avec un étonnement authentique, Eusèbe reconnaît "qu'auprès de tous les hommes du monde entier seul Jésus est dit, confessé, reconnu Christ [c'est-à-dire Messie et Sauveur du monde], qu'il est rappelé avec ce nom également par les grecs et par les barbares, qu'aujourd'hui encore, il est honoré comme un roi par ses disciples présents dans le monde, admiré plus qu'un prophète, glorifié comme le vrai et unique prêtre de Dieu ; et, plus encore, en tant que Logos de Dieu préexistant et tiré de l'être avant tous les temps, il a reçu du Père un honneur digne de vénération, et il est adoré comme Dieu. Mais la chose la plus extraordinaire de toutes est que, lorsque nous lui sommes consacrés, nous le célébrons non seulement avec les voix et le son des paroles, mais avec toutes les dispositions de l'âme, de sorte que nous plaçons avant nos vies elles-mêmes le témoignage que nous lui rendons" (1, 3, 19-20). C'est ainsi qu'apparaît au premier plan une autre caractéristique, qui restera constante dans l'antique historiographie ecclésiastique : c'est "l'intention morale" qui préside au récit. L'analyse historique n'est jamais une fin en elle-même ; elle n'est pas seulement faite pour connaître le passé ; elle vise plutôt de manière décidée à la conversion, et à un authentique témoignage de vie chrétienne de la part des fidèles. Elle est un guide pour nous-même.

De cette manière, Eusèbe interpelle vivement les croyants de chaque époque à propos de leur façon d'aborder les événements de l'histoire, et de l'Eglise en particulier. Il nous interpelle nous aussi : quelle est notre attitude à l'égard des événements de l'Eglise? Est-ce l'attitude de celui qui s'y intéresse par simple curiosité, peut-être en recherchant à tout prix ce qui est sensationnel ou scandaleux? Ou bien l'attitude pleine d'amour, et ouverte au mystère, de celui qui sait – par foi – pouvoir retrouver dans l'histoire de l'Eglise les signes de l'amour de Dieu et les grandes œuvres du salut qu'il a accomplies? Si telle est notre attitude, nous ne pouvons que nous sentir encouragés à une réponse plus cohérente et généreuse, à un témoignage de vie plus chrétien pour laisser les signes de l'amour de Dieu également aux générations futures.

"Il y a un mystère"
, ne se lassait pas de répéter cet éminent expert des Pères de l'Eglise que fut le Cardinal Jean Daniélou : "Il y a un contenu caché dans l'histoire... Le mystère est celui des œuvres de Dieu, qui constituent dans le temps la réalité authentique, cachée derrière les apparences... Mais cette histoire que Dieu réalise pour l'homme, il ne la réalise pas sans lui. S'arrêter pour contempler les "grandes choses" de Dieu signifierait ne voir qu'un aspect des choses. Face à celles-ci se trouve la réponse des hommes"
(Essai sur le mystère de l'histoire – "Saggio sul mistero della  storia",  éd.  it.,  Brescia 1963, p. 182). Après tant de siècles, aujourd'hui aussi Eusèbe de Césarée invite les croyants, il nous invite, à nous étonner, à contempler dans l'histoire les grandes œuvres de Dieu pour le salut des hommes. Et avec tout autant d'énergie, il nous invite à la conversion de notre vie. En effet, face à un Dieu qui nous a aimés de cette manière, nous ne pouvons pas rester inertes. L'instance propre à l'amour est que la vie tout entière doit être orientée vers l'imitation de l'Aimée. Faisons donc tout notre possible pour laisser dans notre vie une trace transparente de l'amour de Dieu.



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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 12:44

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de sa visite pastorale à Assise, le 17 juin 2008.

Chers amis, François d'Assise nous transmet aujourd'hui ces paroles de Paul, avec la force de son témoignage. Depuis que le visage des lépreux, aimés par amour de Dieu, lui donna l'intuition, d'une certaine manière, du mystère de la "kénose" (cf. Ph 2, 7), l'abaissement de Dieu dans la chair du Fils de l'homme, et depuis que la voix du Crucifié de Saint-Damien plaça dans son cœur le programme de sa vie : "Va François, réparer ma maison" (2 Cel I, 6, 10:  FF 593), son chemin ne fut que l'effort quotidien de s'identifier au Christ. Il tomba amoureux du Christ. Les plaies du Crucifié blessèrent son cœur, avant même de marquer son corps à La Verne. Il pouvait vraiment dire avec Paul : "Ce n'est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi".

Et venons-en au cœur évangélique de la Parole de Dieu d'aujourd'hui. Jésus lui-même, dans le passage de l'Evangile de Luc qui vient d'être lu, nous explique le dynamisme de l'authentique conversion, en nous indiquant comme modèle la femme pécheresse rachetée par l'amour. Il faut reconnaître que cette femme avait beaucoup osé. Sa façon de se placer face à Jésus, en baignant ses pieds de larmes et en les essuyant avec ses cheveux, les embrassant et les oignant d'huile parfumée, était faite pour scandaliser ceux qui regardaient les personnes de sa condition avec l'œil impitoyable du juge. On est au contraire impressionné par la tendresse avec laquelle Jésus traite cette femme, exploitée et jugée par tant de personnes. Elle a finalement trouvé en Jésus un œil pur, un cœur capable d'aimer sans exploiter. Dans le regard et dans le cœur de Jésus elle reçoit la révélation de Dieu-Amour!
 

Pour éviter les équivoques, il faut noter que la miséricorde de Jésus ne s'exprime pas en mettant la loi morale entre parenthèses. Pour Jésus, le bien est le bien, le mal est le mal. La miséricorde ne change pas l'aspect du péché, mais le brûle d'un feu d'amour. Cet effet purifiant et assainissant se réalise si, dans l'homme, se trouve une correspondance d'amour, qui implique la reconnaissance de la loi de Dieu, le repentir sincère, l'intention d'une vie nouvelle. On pardonne beaucoup à la pécheresse de l'Evangile, parce qu'elle a beaucoup aimé. En Jésus, Dieu vient nous donner l'amour et nous demander l'amour.
 

Mes chers frères et sœurs, qu'a été la vie de François converti si ce n'est un grand acte d'amour? C'est ce que révèlent ses prières enflammées, riches de contemplation et de louanges, son tendre baiser à l'Enfant divin à Greccio, sa contemplation de la passion à La Verne, son "vivre selon la forme du saint Evangile" (2 Test 14, FF 116), son choix de pauvreté et sa recherche du Christ dans le visage des pauvres.

Telle est sa conversion au Christ, jusqu'au désir de "se transformer" en Lui, en devenant son image accomplie, qui explique sa manière de vivre typique, en vertu de laquelle il nous apparaît si actuel également par rapport à de grands thèmes de notre époque, tels que la recherche de la paix, la sauvegarde de la nature, la promotion du dialogue entre tous les hommes. François est un véritable maître dans ce domaine. Mais il l'est à partir du Christ. En effet, c'est le Christ, qui est "notre paix" (cf. Ep 2, 14). C'est le Christ qui est le principe même de l'univers, car en lui tout a été créé (cf. Jn 1, 3). C'est le Christ qui est la vérité divine, l'éternel "Logos", en qui chaque "dia-logos" dans le temps trouve son ultime fondement. François incarne profondément cette vérité "christologique" qui se trouve à la racine de l'existence humaine, de l'univers, de l'histoire.

Je ne peux pas oublier, dans le contexte d'aujourd'hui, l'initiative de mon Prédécesseur de sainte mémoire, Jean-Paul II, qui voulut réunir ici, en 1986, les représentants des confessions chrétiennes et des diverses religions du monde, pour une rencontre de prière pour la paix.
Ce fut une intuition prophétique et un moment de grâce, comme je l'ai réaffirmé il y a quelques mois dans ma lettre à l'Evêque de cette ville, à l'occasion du vingtième anniversaire de cet événement. Le choix de célébrer cette rencontre à Assise était précisément suggéré par le témoignage de François comme homme de paix, que de nombreuses personnes, même d'autres tendances culturelles et religieuses, considèrent avec sympathie. Dans le même temps, la lumière du Poverello sur cette initiative était une garantie d'authenticité chrétienne, car sa vie et son message reposent si visiblement sur le choix du Christ, qu'ils repoussent a priori toute tentation d'indifférentisme religieux, qui n'aurait rien à voir avec l'authentique dialogue interreligieux. L'"esprit d'Assise", qui depuis cet événement continue à se diffuser dans le monde, s'oppose à l'esprit de violence, à l'abus de la religion comme prétexte pour la violence. Assise nous dit que la fidélité à sa propre conviction religieuse, la fidélité en particulier au Christ crucifié et ressuscité ne s'exprime pas par de la violence et de l'intolérance, mais par le respect sincère de l'autre, par le dialogue, par une annonce qui fait appel à la liberté et à la raison, dans l'engagement pour la paix et la réconciliation. Ne pas réussir à conjuguer l'accueil, le dialogue et le respect pour tous avec la certitude de foi que chaque chrétien, à l'image du saint d'Assise, est tenu de cultiver, en annonçant le Christ comme chemin, vérité et vie de l'homme (cf. Jn 14, 6), unique Sauveur du monde, ne pourrait pas être une attitude évangélique, ni franciscaine.



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