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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 00:00



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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 16:20

Chers amis,

Je voudrais réagir aujourd’hui à un petit billet publié récemment par le Pasteur protestant Eric George sur son Blog  (j’en profite pour le saluer bien fraternellement).

Dans un petit article intitulé "Soli Deo Gloria, radicalement", le Pasteur Eric écrit ceci : « Mon opposition à une coopération de l'homme à son salut s'explique par un refus de diminuer la gloire de Dieu. Tout mérite accordé à l'homme réduit en effet d'autant la part de Dieu.

« On me proposait l'image suivante : tombé dans un précipice, je m'accroche du bout des doigts à la corniche quand un sauveteur vient me tirer de là. Si je m'accroche à la main qu'il me tend, on ne peut pas vraiment dire que mon salut vienne de moi. C'est ainsi qu'il faudrait comprendre la coopération de l'homme à son salut.

« Soit. Poussons un peu l'image et imaginons qu'à coté de moi, accroché à la corniche, il y ait un autre homme. Un sauveteur arrive, il nous tend à chacun une main secourable. Je m'accroche, l'autre tombe. C'est donc bien de moi qu'est venu l'acte décisif du salut, l'acte qui a fait la différence. À mes remerciements à mon sauveur, je peux donc joindre une autocongratulation...

« Bref, à cette image, je réponds ce que je répondais au collègue qui m'expliquait que Dieu faisait 10.000 km vers nous alors que par notre réponse nous parcourions un micron vers lui. Il est certes dans notre nature de vouloir dire que nous avons coopéré, que nous avons fait quelque chose, que nous avons participé à notre salut mais un micron attribué à l'homme, c'est un micron volé à Dieu.

« Dieu seul me fait vivre et je n'y suis pour rien. Dieu seul me sauve et je n'y coopère en rien. A Dieu seul revienne toute gloire... »

Reprenons ce texte à son début. « Mon opposition à une coopération de l'homme à son salut, écrit le Pasteur, s'explique par un refus de diminuer la gloire de Dieu. » C’est là une intention bien louable que de vouloir rendre à Dieu seul ce qui lui appartient en propre ; que de refuser de diminuer sa Gloire. Le rôle du chrétien – et ce à quoi est appelé tout homme sur cette terre – est de rendre gloire à Dieu seul, et de rejeter l’idôlatrie – qui consiste précisément à attribuer la Gloire revenant à Dieu seul à une créature.

« Tout mérite accordé à l'homme réduit en effet d'autant la part de Dieu. »
dit le Pasteur. C’est sur cette phrase que je souhaiterais m’arrêter. Car c’est là – à mon sens – que se trouve le « hic » du raisonnement. Tout ce qui est attribué à l’homme serait en quelque sorte enlevé à Dieu (« volé » dit même le Pasteur : « un micron attribué à l'homme, c'est un micron volé à Dieu. »). Tel est le postulat de départ, le présupposé, à partir duquel notre frère va dérouler son raisonnement sur le Salut.

Reste à en vérifier la validité.

Comme je suis un peu taquin, j’aurais d’abord envie de demander au Pasteur sur quel fondement biblique il s’appuie pour poser une telle affirmation. Où est-il écrit dans la Bible que ce qui est donné à l’homme est enlevé à Dieu ? Bref, comment cette justification de la Soli Deo Gratia s’articule-t-elle avec la Sola Scriptura ?

Dans la Bible, on peut trouver une abondance de textes en faveur de la Soli Deo Gratia. Mais où est-il écrit que le mérite accordé à l’homme est enlevé à Dieu ; que ce qui est mis au crédit de l’homme est mis au débit de Dieu ? Ce raisonnement ne s’inscrit-il pas dans une logique comptable – ce que je donne d’un côté, je le prends de l’autre – plutôt que dans le registre de la grâce – qui se conçoit comme une surabondance – qui n’enlève rien à celui qui la communique – tout au contraire : qui enrichit – ou glorifie – celui qui la donne.

C’est en donnant que l’on reçoit, dit Jésus (cf. Lc 17. 33). Voilà un grand paradoxe ! Mais c’est une réalité que chacun peut expérimenter, et qui est la réalité même de Dieu. On pourrait presque définir Dieu comme « Celui qui donne » : Dieu est en tant qu’il donne ; c’est en donnant que Dieu est vraiment Dieu. Dès lors, quand Dieu donne, il ne diminue en rien sa Gloire. Tout au contraire : Il la manifeste ; il la fait resplendir.

Quand Dieu donne à l’homme d’exister, il ne se limite pas ; il ne se prive de rien, il ne s’ampute pas ; au contraire il donne la possibilité à son Amour de se répandre, encore et encore… De même : quand Dieu s’abaisse en Jésus-Christ, – particulièrement dans sa naissance et sur la Croix (cf. Phi 2) – en réalité, il ne s’abaisse pas : il s’élève, il est glorifié (cf. Jn 12. 32).

Quand Dieu créé l’homme, il fait advenir à l’être une créature dotée de libre-arbitre capable de répondre à son Amour. Certes, cette liberté s’est dévoyée, et a succombé à la tentation de l’idôlatrie : c’est ce que nous appelons le péché originel. Mais en son Fils Jésus-Christ, Dieu a restauré ce libre-arbitre de l’homme et l’a rendu à nouveau capable de dire OUI à son Amour. Dès lors, quand l’homme répond OUI à l’amour de Dieu en usant de son libre-arbitre conformément à ce pourquoi il lui a été donnée, c’est un acte méritoire pour l’homme – un acte de salut –, et la Bible ne lui retire pas ce mérite (cf. 1 Co 4. 5 ; Ap 22. 12) ; mais c’est aussi et en même temps le fruit d’une grâce, et donc : la plus grande gloire de Dieu ! Car c’est la plus grande réussite de Dieu que d’être parvenu ainsi à susciter dans l’être une liberté capable de répondre favorablement à son Amour. Par son OUI d’amour en réponse à l’Amour de Dieu manifesté le premier, l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui (cf. Jn 13. 31 ; 2. Th 1. 10), car tout est de Dieu et tout vient de Dieu. C’est Dieu qui a créé l’homme ; c’est Dieu qui l’a sauvé et racheté ; c’est donc Dieu qui a permis à l’homme de poser dans l’éternité ce OUI libre qui le sauve.

Sans Dieu, l’homme n’existerait pas, ni sa liberté, ni son OUI, ni son Salut! C’est Dieu qui a rendu possible ce OUI libre et salvateur de l'homme. Et quand l’homme accomplit ce pour quoi il a été créé par Dieu, c’est la plus grande gloire de Dieu ! Celle-ci n’est nullement diminuée par le mérite de l’homme, mais au contraire manifestée dans ce mérite même.

Tout mérite de l’homme peut donc être imputé à Dieu (doit être imputé à Dieu) pour la bonne raison que l’homme n’est pas le rival de Dieu ; il en est la créature. Toute la gloire qui revient à la créature revient aussi au Créateur, et même d’abord et en premier lieu au Créateur sans qui la créature n’existerait pas et ne serait pas capable de poser le moindre acte méritoire (cf. 2 Co 3. 4-6).

Prenons quelques images pour comprendre. Si un génial inventeur créait un robot capable de rendre de nombreux services, tout le monde serait bien content à cause de ce robot et de tous les services qu’il est capable de rendre. Mais il est évident que le monde saurait rendre hommage au génial inventeur sans qui le robot n’existerait pas. Le génial inventeur serait glorifié à cause de son robot et de tout ce qu’il est capable de réaliser. Non seulement les qualités du robot n’enlèveraient rien à son génial inventeur, mais elles manifesteraient aux yeux du monde sa puissance créatrice et son génie. L’idôlatrie consisterait à ne plus considérer le robot qu’en lui-même, ignorant ou méprisant son génial inventeur (en l’envoyant balader par exemple quand celui-ci aurait la prétention inouïe de vouloir en communiquer le mode d’emploi…)

Deuxième image : si je contemple un coucher de soleil, je peux être en extase devant ce spectacle de la nature et rendre gloire à Dieu pour la merveille de la Création. Cela peut arriver, même à un protestant je crois ! Pourtant, j’ai beau être plongé dans ma louange à Dieu, je suis quand même en extase devant un phénomène naturel, devant une splendeur de la nature ! Ce n’est bien sûr pas de l’idôlatrie en soi, et cela n’enlève rien à Dieu si je sais Lui rendre grâce de ce phénomène dont il est Lui-même à l’origine et qui me parle de sa Beauté. L’idôlatrie consisterait à ne considérer le coucher de soleil qu’en lui-même, et à ne rendre gloire et honneur qu’à la Nature seule.

Dernière image : celle évoquée par le Pasteur Eric George, de l’homme suspendu dans le vide à la corniche et sauvé in extremis. En méditant cette image, il m’est venu à l’esprit le Magnificat de la Vierge Marie : « 
IL s'est penché sur son humble servante, dit-elle ; désormais tous les âges ME diront bienheureuse. » (Lc 1. 48) « Il s’est penché » : c’est Dieu qui se penche sur l’homme, qui le créé et qui le sauve ; c’est Dieu qui lui donne tout et c’est l’homme qui en retire tous les bénéfices (« Tous les âges ME diront bienheureuse » ; «Bienheureuse celle qui a cru » dira Elisabeth  – Lc 1. 45). Pour autant, ces bénéfices ne sont pas… retirés (au sens d’enlevés) à Dieu. Tout le chant du Magnificat est justement une louange à Dieu. Car l’homme sauvé et racheté (dont Marie fait partie en vertu de son Immaculée Conception – que nous honorerons demain dans la liturgie catholique), l’homme sauvé et racheté, disais-je, sait qu’il doit tout à son Dieu (cf. 1. Co. 4-7) et que sans lui, il ne peut rien faire (cf. Jn 15. 5) : c’est pourquoi il rend toute gloire à Dieu seul.

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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 01:55

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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 00:00

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 21:31



Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI à l’abbaye de Heiligenkreuz (Autriche), le 9 septembre 2008.

 



L'Autriche est, comme on le dit, véritablement "Klosterreich" : au double sens de royaume des monastères et riche de monastères. Vos très anciennes abbayes, dont l'origine et les traditions remontent à plusieurs siècles, sont des lieux de la "préférence donnée à Dieu". Chers confrères, vous rendez tout à fait évidente cette priorité donnée à Dieu! Comme une oasis spirituelle, un monastère indique au monde d'aujourd'hui la chose la plus importante, et c'est même en fin de compte la seule chose décisive : il existe une ultime raison pour laquelle il vaut la peine de vivre, qui est Dieu et son amour impénétrable.

Et je vous demande, chers fidèles, de considérer vos abbayes et vos monastères toujours pour ce qu'ils sont et ce qu'ils veulent être : pas seulement des lieux de culture et de tradition, voire de simple entreprises économiques. Structure, organisation et économie sont nécessaires dans l'Eglise également, mais ce ne sont pas des choses essentielles. Un monastère est surtout ceci : un lieu de force spirituelle. En arrivant dans l'un de vos monastères ici en Autriche, on a la même impression que lorsque, après une longue marche dans les Alpes qui a coûté beaucoup d'effort, on trouve finalement un ruisseau d'eau de source où se rafraîchir... Profitez donc de ces sources de la proximité de Dieu dans votre pays, ayez de l'estime pour les communautés religieuses, les monastères et les abbayes et recourez au service spirituel que les personnes consacrées sont prêtes à vous offrir!
 

Ma visite, enfin, s'adresse à l'Académie désormais pontificale qui fête le 205e anniversaire de sa fondation et qui, dans son nouveau statut, a reçu de l'Abbé le nom supplémentaire de l'actuel Successeur de Pierre. Pour autant que soit importante l'intégration de la discipline théologique dans l'universitas du savoir à travers les facultés de théologie catholiques dans les universités d'Etat, il est toutefois tout aussi important qu'il y ait des lieux d'études aussi spécifiques que le vôtre, où est possible un lien profond entre la théologie scientifique et la spiritualité vécue. Dieu, en effet, n'est jamais simplement l'Objet de la théologie, il en est toujours dans le même temps également le Sujet vivant. La théologie chrétienne, du reste, n'est jamais un discours uniquement humain sur Dieu, mais elle est toujours dans le même temps le Logos et la logique à travers lesquels Dieu se révèle. C'est pourquoi l'intellectualité scientifique et la dévotion vécue sont deux éléments de l'étude qui, dans une complémentarité indispensable, dépendent l'une de l'autre. 

Le père de l'Ordre cistercien, saint Bernard, a lutté en son temps contre la séparation entre une rationalité qui objective et le courant de la spiritualité ecclésiale. Notre situation actuelle, bien que différente, présente toutefois aussi de remarquables similitudes. Dans le souci d'obtenir la reconnaissance de rigueur scientifique au sens moderne, la théologie peut perdre le souffle de la foi. Mais comme une liturgie qui oublie de regarder vers Dieu vit, en tant que telle, ses derniers moments, de même, une théologie qui ne respire plus dans l'espace de la foi, cesse d'être théologie ; elle finit par se réduire à une série de disciplines plus ou moins reliées entre elles. Là où l'on pratique en revanche une "théologie à genoux", comme le demandait Hans Urs von Balthasar, elle sera féconde pour l'Eglise en Autriche et même au-delà.
 

Cette fécondité apparaît dans le soutien et dans la formation aux personnes qui portent en elles un appel spirituel. Pour qu'aujourd'hui, un appel au sacerdoce et à l'état religieux puisse être conservé fidèlement tout au long de la vie, il faut une formation qui intègre la foi et la raison, le cœur et l'esprit, la vie et la pensée. Une vie à la suite du Christ nécessite l'implication de toute la personnalité. Lorsque l'on néglige la dimension intellectuelle, naît trop facilement une forme de pieux sentiment d'amour qui vit presque exclusivement d'émotions et d'états d'âme qui ne peuvent pas durer toute la vie. Et lorsque l'on néglige la dimension spirituelle, on crée un rationalisme raréfié, qui sur la base de la froideur et du détachement, ne peut jamais déboucher sur un don enthousiaste de soi à Dieu. On ne peut pas fonder une vie à la suite du Christ sur une telle vision unilatérale ; avec les demi-mesures on resterait personnellement insatisfait et, par conséquent, peut-être aussi spirituellement stérile. Tout appel à la vie religieuse ou au sacerdoce est un trésor si précieux que les responsables doivent faire tout leur possible pour trouver les chemins de formation adaptés afin de promouvoir ensemble fides et ratio - la foi et la raison, le cœur et l'esprit.
 

Saint Léopold d'Autriche – nous venons de l'entendre – sur le conseil de son fils, le Bienheureux Evêque Otton de Freising, qui fut mon prédécesseur sur le siège épiscopal de Freising (à Freising on célèbre aujourd'hui sa fête) fonda en 1133 votre abbaye, en lui donnant le nom de "Unsere Liebe Frau zum Heiligen Kreuz" – Notre Dame de la Sainte Croix. Ce monastère n'est pas dédié à la Vierge uniquement par tradition – comme tous les monastères cisterciens –, mais ici brûle le feu marial de saint Bernard de Clairvaux. Bernard qui entra au monastère avec 30 compagnons, est une sorte de Patron des vocations spirituelles. Peut-être avait-il un ascendant si enthousiasmant et si encourageant sur les nombreux jeunes de son époque appelés par Dieu, parce qu'il était animé par une dévotion mariale particulière. Là où est Marie, on trouve l'image primordiale du don total et de la sequela du Christ. Là où est Marie, on trouve le souffle pentecostal de l'Esprit Saint, on trouve l'élan et le renouveau authentique.
 

Depuis ce lieu marial sur la Via Sacra, je souhaite à tous les lieux spirituels en Autriche fécondité et capacité de rayonnement. Ici, je voudrais avant mon départ, comme déjà à Mariazell, demander encore une fois à la Mère de Dieu d'intercéder pour toute l'Autriche. Avec les paroles de saint Bernard, j'invite chacun à se faire avec confiance "enfant" devant Marie, comme l'a fait le Fils de Dieu lui-même. Saint Bernard dit et nous disons avec lui : "Regarde l'étoile, invoque Marie"
.



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 16:09



Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI à l’abbaye de Heiligenkreuz (Autriche), le 9 septembre 2008.

 




Au cours de mon pèlerinage à la Magna Mater Austriae, je suis heureux d'être venu également à l'Abbaye de Heiligenkreuz, qui n'est pas seulement une étape importante sur la Via Sacra vers Mariazell, mais également le plus ancien monastère cistercien au monde qui est demeuré en activité sans interruption. J'ai voulu venir en ce lieu riche d'histoire, pour attirer l'attention sur la directive fondamentale de saint Benoît, selon la Regula duquel vivent aussi les cisterciens.

Benoît indique avec concision de "ne rien placer avant l'Office divin". C'est pourquoi dans un monastère d'orientation bénédictine, les louanges à Dieu, que les moines célèbrent en une solennelle prière chorale, ont toujours la priorité. Bien sûr – et grâce à Dieu! – les moines ne sont pas seuls à prier ; d'autres personnes prient également : des enfants, des jeunes et des personnes âgées, des hommes et des femmes, des personnes mariées ou en âge de l'être – chaque chrétien prie, ou tout au moins devrait le faire!

Dans la vie des moines, toutefois, la prière a une importance particulière : elle est le centre de leur tâche professionnelle. Ceux-ci, en effet, exercent la profession d'orant. A l'époque des Pères de l'Eglise, la vie monastique était définie comme une vie à la manière des anges. Et la caractéristique essentielle des anges que l'on voyait en eux était d'être des adorateurs. Leur vie est adoration. Cela devrait valoir également pour les moines. Ceux-ci prient avant tout non pas pour telle ou telle autre chose, mais simplement parce que Dieu mérite d'être adoré. "Confitemini Domino, quoniam bonus! – Rendez grâce au Seigneur car il est bon, car éternel est son amour!" exhortent divers Psaumes (par ex. Ps 106, 1). Une telle prière sans objectif spécifique, qui se veut un pur service divin est donc appelée à juste titre "officium". C'est le "service" par excellence, le "service sacré" des moines. Il est offert au Dieu trinitaire qui, par dessus toute chose, est digne "de recevoir l'honneur, la gloire et la puissance" (Ap 4, 11), parce qu'il a créé le monde de manière merveilleuse et de manière plus merveilleuse encore il l'a renouvelé.

Dans le même temps, l'officium des personnes consacrées est également un service sacré aux hommes et un témoignage pour eux. Chaque homme porte dans l'intimité de son cœur, consciemment ou de manière inconsciente, la nostalgie d'une satisfaction définitive, du bonheur suprême, et donc au fond de Dieu. Un monastère, où la communauté se réunit plusieurs fois par jour pour louer Dieu, témoigne que ce désir humain originel ne finit pas dans le néant : le Dieu Créateur ne nous a pas placés, nous les hommes, dans des ténèbres effroyables où, procédant à tâtons, nous devrions désespérément chercher un sens ultime et fondamental (cf. Ac 17, 27) ; Dieu ne nous a pas abandonnés dans un désert de néant, privé de sens, où, en définitive, nous attend seulement la mort. Non! Dieu a éclairé nos ténèbres avec sa lumière, par l'œuvre de son Fils Jésus-Christ. En Lui, Dieu est entré dans notre monde avec toute sa "plénitude" (cf. Col 1, 19), en Lui, toute vérité, dont nous avons la nostalgie, a son origine et son sommet.

Notre lumière, notre vérité, notre but, notre satisfaction, notre vie – tout cela n'est pas une doctrine religieuse, mais une Personne : Jésus Christ. Bien au-delà de nos capacités de chercher et de désirer Dieu, nous sommes déjà auparavant cherchés et désirés, et plus encore, trouvés et rachetés par Lui! Le regard des hommes de tous les temps et de tous les peuples, de toutes les philosophies, les religions et les cultures, rencontre en fin de compte les yeux grands ouverts du Fils de Dieu crucifié et ressuscité ; son cœur ouvert est la plénitude de l'amour. Les yeux du Christ sont le regard de Dieu qui aime. L'image du Crucifié au-dessus de l'autel, dont l'original romain se trouve dans la Cathédrale de Sarzana, montre que ce regard se tourne vers chaque homme. Le Seigneur en effet, regarde dans le cœur de chacun de nous.

Le cœur du monachisme est l'adoration – une vie à la manière des anges. Mais les moines étant des hommes de chair et de sang sur cette terre, saint Benoît, à l'impératif central de l'"ora", en ajoute un second : le "labora". Selon la conception de saint Benoît comme celle de saint Bernard, une partie de la vie monastique, en plus de la prière, est aussi le travail, la culture de la terre conformément à la volonté du Créateur. Ainsi, au fil de tous les siècles, les moines, à partir de leur regard tourné vers Dieu, ont rendu la terre vivable et belle. La sauvegarde et l'assainissement de la Création venaient précisément de leur regard tourné vers Dieu. A travers le rythme de l'ora et labora, la communauté des personnes consacrées rend témoignage de ce Dieu qui en Jésus Christ nous regarde ; et l'homme et le monde, sous Son regard, deviennent bons.
 

Non seulement les moines disent l'officium, mais l'Eglise a tiré de la tradition monastique pour tous les religieux, ainsi que pour les prêtres et les diacres, la récitation du Bréviaire. Il est bon ici aussi que les religieuses et les religieux, les prêtres et les diacres – et naturellement aussi les Evêques – dans la prière quotidienne "officielle", se présentent devant Dieu avec des hymnes et des psaumes, avec des actions de grâce et des requêtes sans objectifs spécifiques.


Chers confrères dans le ministère sacerdotal et diaconal, chers frères et sœurs dans la vie consacrée! Je sais qu'il faut de la discipline, et même parfois un dépassement de soi-même pour réciter fidèlement le Bréviaire ; mais à travers cet officium, nous recevons dans le même temps de nombreuses richesses : combien de fois, lorsque nous le récitons, la fatigue et l'abattement s'évanouissent! Et lorsque Dieu est loué et adoré avec fidélité, sa Bénédiction ne fait pas défaut. A juste titre, on dit en Autriche : "Tout dépend de la Bénédiction de Dieu!".


Votre service prioritaire pour ce monde doit donc être votre prière et la célébration de l'Office divin.
La disposition intérieure de chaque prêtre, de chaque personne consacrée doit être de "ne rien placer avant l'Office divin". La beauté d'une telle disposition intérieure s'exprimera à travers la beauté de la liturgie au point que là où, ensemble, nous chantons, nous louons, nous exaltons et nous adorons Dieu, un fragment du ciel devient présent sur terre. Il n'est vraiment pas téméraire de voir, dans une liturgie entièrement centrée sur Dieu, dans les rites et dans les chants, une image de l'éternité. Autrement, comment nos ancêtres auraient-ils pu, il y a des centaines d'années, construire un édifice sacré aussi solennel que celui-ci? L'architecture elle-même attire ici déjà vers le haut nos sens en direction de "ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment" (Cf. 1 Co 2, 9). Dans toute forme d'engagement au service de la liturgie, un critère déterminant doit être le regard toujours tourné vers Dieu. Nous sommes devant Dieu – Il nous parle, et nous Lui parlons. Lorsque, dans les réflexions sur la liturgie, on se demande seulement comment la rendre attirante, intéressante et belle, la partie est déjà perdue. Ou bien elle est opus Dei avec Dieu comme sujet spécifique ou elle n'est pas. Dans ce contexte, je vous demande : célébrez la sainte liturgie en ayant le regard tourné vers Dieu dans la communion des Saints, de l'Eglise vivante de tous les lieux et de tous les temps afin qu'elle devienne l'expression de la beauté et de la sublimité de ce Dieu ami des hommes!

L'âme de la prière, enfin, est l'Esprit Saint. Chaque fois que nous prions, en vérité, c'est toujours Lui qui "vient au secours de notre faiblesse, en intercédant lui-même en des gémissements ineffables" (cf. Rm 8, 26). En ayant confiance dans cette parole de l'Apôtre Paul je vous assure, chers frères et sœurs, que la prière suscitera en vous cet effet que l'on exprimait jadis en appelant les prêtres et les personnes consacrées simplement des "Geistliche" (c'est-à-dire des personnes spirituelles). Monseigneur Sailer, l'Evêque de Ratisbonne dit un jour que les prêtres devaient être avant tout des personnes spirituelles. Je serais heureux que l'expression "Geistliche" retrouve un usage plus fréquent. Mais il est surtout important que se réalise en nous la réalité que décrit ce terme : que dans la sequela du Seigneur, en vertu de la force de l'Esprit, nous devenions des personnes "spirituelles".
 



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 17:12

 

 

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI à la Cathédrale St Etienne de Vienne (Autriche), le 9 septembre 2007.

 

 

 


[
Si nous prêtons attention à la parole de Dieu entendue ce jour] nous prenons peur : "Celui qui ne quitte pas toutes ses possessions et qui n'abandonne pas aussi tous ses liens familiaux, ne peut pas être mon disciple". Nous voudrions objecter : mais que dis-tu Seigneur? Le monde n'a-t-il pas besoin de sa famille? N'a-t-il pas besoin de l'amour paternel et maternel, de l'amour entre parents et enfants, entre homme et femme? N'avons-nous pas besoin de l'amour de la vie, besoin de la joie de vivre? N'y a-t-il pas besoin de personnes qui investissent dans les biens de ce monde et qui édifient la terre qui nous a été donnée, de manière à ce que tous puissent avoir une partie de ses dons? Ne nous a-t-on pas aussi confié le devoir de nous occuper du développement de la terre et de ses biens?

Si nous écoutons mieux le Seigneur et surtout si nous écoutons l'ensemble de ce qu'Il nous dit, alors nous comprenons que Jésus n'exige pas la même chose de tous. Chacun a sa tâche personnelle et le type de "sequela" préparé pour lui. Dans l'Evangile d'aujourd'hui, Jésus parle directement de ce qui n'est pas la tâche des nombreuses personnes qui s'étaient associées à lui dans le pèlerinage vers Jérusalem, mais qui est un appel particulier aux Douze. Ceux-ci doivent tout d'abord surmonter le scandale de la Croix et doivent ensuite être prêts à vraiment tout quitter et à accepter la mission apparemment absurde d'aller jusqu'aux extrémités de la terre et, avec leur peu de culture, d'annoncer à un monde plein d'une présumée érudition et d'une formation fausse ou véritable – ainsi que bien sûr d'annoncer en particulier aux pauvres et aux simples – l'Evangile de Jésus Christ. Ils doivent être prêts, sur leur chemin dans le vaste monde, à subir en première personne le martyre, pour témoigner ainsi l'Evangile du Seigneur crucifié et ressuscité.

Si la parole de Jésus au cours de ce pèlerinage vers Jérusalem, où une grande foule l'accompagne, s'adresse tout d'abord aux Douze, son appel atteint naturellement, au-delà du moment historique, tous les siècles.
De tous temps, Il appelle des personnes à compter exclusivement sur Lui, à tout quitter et à être totalement à sa disposition, et ainsi à la disposition des autres : à créer des oasis d'amour désintéressé dans un monde dans lequel, si souvent, ne semblent compter que le pouvoir et l'argent. Rendons grâce au Seigneur, car tout au long des siècles, il nous a donné des hommes et des femmes qui par amour pour Lui ont tout quitté, devenant des signes lumineux de son amour! Il suffit de penser à des personnes comme Benoît et Scholastique, comme François et Claire d'Assise, Elisabeth de Thuringe et Edwige de Silésie, comme Ignace de Loyola, Thérèse d'Avila, jusqu'à Mère Teresa de Calcutta et Padre Pio! Ces personnes, à travers toute leur vie, sont devenues une interprétation de la parole de Jésus, qui en eux devient proche et compréhensible pour nous. Et nous prions le Seigneur, afin qu'à notre époque également, il donne à de nombreuses personnes le courage de tout quitter, pour être ainsi à la disposition de tous.

Si, toutefois, nous nous consacrons à présent à nouveau à l'Evangile, nous pouvons nous rendre compte que le Seigneur n'y parle pas seulement de quelques-uns et de leur tâche particulière ; le noyau de ce qu'il entend vaut pour tous. Ce dont il s'agit en dernière mesure est exprimé une autre fois ainsi : "Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même?" (Lc 9, 24sq). Qui veut posséder seulement sa propre vie, la prendre seulement pour soi-même, la perdra. Seul celui qui se donne reçoit sa vie. En d'autres termes : seul celui qui aime trouve la vie. Et l'amour exige toujours de sortir de soi-même, exige toujours de se quitter soi-même. Celui qui se tourne en arrière pour se chercher et veut avoir l'autre seulement pour soi, se perd précisément de cette manière lui-même et l'autre. Sans cette perte plus profonde de soi-même, il n'y a pas de vie. La soif fébrile de vie qui aujourd'hui ne laisse pas les hommes en paix finit dans le vide de la vie perdue. "Qui perdra sa vie à cause de moi...", dit le Seigneur : une manière de se quitter soi-même de manière plus radicale n'est possible que si à travers cela, en fin de compte, nous ne tombons pas dans le vide, mais dans les mains de l'Amour éternel. Seul l'amour de Dieu, qui s'est perdu lui-même pour nous en se remettant à nous, nous permet à nous aussi de devenir libres, de nous laisser aller et ainsi de trouver véritablement la vie. Cela est le cœur de ce que le Seigneur veut nous communiquer dans le texte évangélique apparemment si dur de ce Dimanche. Avec sa parole, Il nous donne la certitude que nous pouvons compter sur son amour, sur l'amour du Dieu fait homme. La sagesse dont nous a parlé la première lecture consiste à reconnaître cela. Il est vrai ici aussi que tout le savoir du monde ne nous sert à rien, si nous n'apprenons pas à vivre, si nous n'apprenons pas ce qui compte vraiment dans la vie.


Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 13:44

 

 

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI à la Cathédrale St Etienne de Vienne (Autriche), le 9 septembre 2007.

 

 

 

 

Chers frères et sœurs!

 

"Sine dominico non possumus!". Sans le don du Seigneur, sans le Jour du Seigneur, nous ne pouvons pas vivre : c'est ainsi que répondirent, en l'an 304, plusieurs chrétiens d'Abitène, dans l'actuelle Tunisie, lorsque, surpris au cours de la Célébration eucharistique dominicale qui était interdite, ils furent conduits devant le juge et on leur demanda pourquoi ils avaient célébré le Dimanche la fonction religieuse chrétienne, alors qu'ils savaient bien que cela était puni par la mort. "Sine dominico non possumus". Dans le mot dominicum/dominico sont liées de façon indissoluble deux significations, dont nous devons à nouveau apprendre à percevoir l'unité. Il y a tout d'abord le don du Seigneur – ce don est Lui-même : le Ressuscité, au contact et à la proximité duquel les chrétiens doivent se trouver pour être eux-mêmes. Cela n'est cependant pas seulement un contact spirituel, intérieur, subjectif : la rencontre avec le Seigneur s'inscrit dans le temps à travers un jour précis. Et, de cette façon, elle s'inscrit dans notre existence concrète, physique et communautaire, qui est temporalité. Elle donne à notre temps, et donc à notre vie dans son ensemble, un centre, un ordre intérieur. Pour ces chrétiens, la Célébration eucharistique dominicale n'était pas un précepte, mais une nécessité intérieure. Sans Celui qui soutient notre vie, la vie elle-même est vide. Abandonner ou trahir ce centre ôterait à la vie elle-même son fondement, sa dignité intérieure et sa beauté.

 

Cette attitude des chrétiens de l'époque a-t-elle également de l'importance pour nous, chrétiens d'aujourd'hui? Oui, elle vaut également pour nous, qui avons besoin d'une relation qui nous soutienne et donne une orientation et un contenu à notre vie. Nous aussi avons besoin du contact avec le Ressuscité, qui nous soutient jusqu'au-delà de la mort. Nous avons besoin de cette rencontre qui nous réunit, qui nous donne un espace de liberté, qui nous fait regarder au-delà de l'activisme de la vie quotidienne vers l'amour créateur de Dieu, dont nous provenons et vers lequel nous sommes en marche (…).

 

"Sine dominico non possumus!". Sans le Seigneur et le jour qui Lui appartient, on ne réalise pas une vie réussie. Le dimanche, dans nos sociétés occidentales, s'est mué en "week-end", en temps libre. Le temps libre, en particulier dans la frénésie du monde moderne, est une chose belle et nécessaire ; chacun de nous le sait. Mais si le temps libre n'a pas un centre intérieur, d'où provient une orientation pour l'ensemble, il finit par être un temps vide qui ne nous renforce pas et ne nous détend pas. Le temps libre a besoin d'un centre – la rencontre avec Celui qui est notre origine et notre but. Mon grand prédécesseur sur la chaire épiscopale de Munich et Freising, le Cardinal Faulhaber, l'a exprimé un jour ainsi : "Donne à l'âme son Dimanche, donne au Dimanche son âme".

 

Précisément parce que, le Dimanche, on traite en profondeur de la rencontre, dans la Parole et dans le Sacrement, avec le Christ ressuscité, le rayon de ce jour embrasse la réalité tout entière. Les premiers chrétiens ont célébré le premier jour de la semaine comme Jour du Seigneur, parce que c'était le jour de la résurrection. Mais très vite, l'Eglise a pris conscience également du fait que le premier jour de la semaine est le jour du matin de la Création, le jour où Dieu a dit : "Que la lumière soit!" (Gn 1, 3). C'est pourquoi le Dimanche est dans l'Eglise également la fête hebdomadaire de la Création – la fête de la gratitude et de la joie pour la Création de Dieu. A une époque où, à cause de nos interventions humaines, la Création semble exposée à de nombreux dangers, nous devrions accueillir consciemment cette dimension du Dimanche également.

 

Pour l'Eglise primitive, le premier jour a ensuite assimilé progressivement également l'héritage du septième jour, du sabbat. Nous participons au repos de Dieu, un repos qui embrasse tous les hommes. Ainsi, nous percevons ce jour-là quelque chose de la liberté et de l'égalité de toutes les créatures de Dieu.

 

Dans l'oraison de ce dimanche, nous rappelons tout d'abord que Dieu, à travers son fils, nous a rachetés et adoptés comme des fils bien-aimés. Ensuite, nous le prions de poser un regard bienveillant sur les croyants dans le Christ et de nous donner la vraie liberté et la vie éternelle. Nous prions pour le regard de bonté de Dieu. Nous-mêmes avons besoin de ce regard de bonté, au-delà du Dimanche, jusque dans la vie de chaque jour. En priant, nous savons que ce regard nous a déjà été donné, et nous savons même que Dieu nous a adoptés comme fils, Il nous a accueillis véritablement dans la communion avec Lui-même. Etre fils signifie – l'Eglise primitive le savait très bien – être une personne libre, pas un esclave, mais quelqu'un qui appartient personnellement à la famille. Et cela signifie être un héritier. Si nous appartenons à ce Dieu qui est le pouvoir au-dessus de tous les pouvoirs, alors nous sommes sans peur et libres, et alors nous sommes des héritiers. L'héritage qu'il nous a laissé c'est Lui-même, son Amour. Oui, le Seigneur fait que cette conscience pénètre profondément dans notre âme et que nous apprenons ainsi la joie des rachetés. Amen.

 

 

Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 18:00

Chers amis lecteurs,

 

Je souhaiterais approfondir ma réflexion sur le Purgatoire en l’élargissant aux questions de la réparation, du feu purificateur et de la Justice de Dieu.

 

Le Purgatoire, avons-nous dit, est le « lieu » dans lequel nous acquittons notre dette « jusqu’au dernier sou » avant d’aller au Ciel – pour reprendre l’image de Jésus dans le sermon sur la Montagne (cf. Mt 5. 25-26).

 

Quelle est donc cette « dette » que nous devons « payer » ? Que devons-nous « réparer » par nos œuvres de pénitence ici-bas, ou dans l’au-delà du Purgatoire ? Et pourquoi cette exigence de « réparation » ? Le Seigneur n’a-t-il donc pas acquitté pleinement sur la Croix la dette de notre péché (Cf. Col 2. 14)? Que peut-on ajouter à l’œuvre de Dieu ?

 

La dette que le Seigneur nous demande d’acquitter, dirais-je, n’est pas tant celle du péché – que le Seigneur a comblé en surabondance par son sacrifice d’amour sur la Croix –, que celle de « l’amour mutuel » (cf. Rm 13.8), la seule dette que St Paul nous demande d’avoir les uns pour les autres, et que la justice nous commande d’avoir envers ce Dieu qui nous a tant aimé, et dont l’Amour miséricordieux manifesté en Jésus-Christ appelle notre propre réponse d’amour...

 

La vie du Ciel n’est autre qu’une participation à la nature divine (cf. 2 P 1. 4) qui est substantiellement Amour (cf. 1 Jn 4. 8) ; une vie où l’Amour se donne intégralement, se reçoit totalement, et se livre pleinement en retour… sans la moindre ombre d’égoïsme ou de retour sur soi. Au Ciel, tout notre être sera entièrement donné à tous et à Dieu, et tout notre être recevra tout de tous et de Dieu. Nous vivrons dans une communion d’amour dont nous n’avons pas idée sur cette terre, avec une intensité à laquelle beaucoup ne seront sans doute pas suffisamment préparé ici-bas... Le Purgatoire achèvera donc en nous ce que nous aurons commencé sur cette terre : à savoir, transformer notre cœur pour devenir un peu plus à l’image et à la ressemblance de ce Dieu d’Amour qui nous a faits (cf. Gn 1. 26) et qui nous appelle à vivre en Lui.

 

Le seul obstacle au plein accomplissement de notre être dans l'Amour, c'est le péché. Tout péché volontaire a pour effet un rétrécissement de notre charité, de notre capacité à aimer ; un engourdissement de nos sens spirituels. Le Pardon obtenu, il conviendra de retrouver le goût de l'amour ; de nous réapprendre à entendre la Parole de Dieu résonner dans le fond de notre coeur ; de nous ré-habituer à sentir la bonne odeur du Christ (cf. 2 Co 2.15) et à voir le Seigneur dans nos frères et dans les évènements ; de nous appliquer à toucher le Coeur de Dieu par notre vie de foi (cf. Rm 1. 17). Tout cela implique une rééducation, un travail sur soi, qui n'est pas immédiatement impliqué dans le Pardon de Dieu, mais qui en découle directement. La grâce sacramentelle du Pardon est certes porteuse de guérison ; mais elle ouvre aussi la voie à une exigence qui peut paraître superfétatoire à première vue, mais qui, tout bien réfléchi, est une véritable libération pour l’homme : cette exigence, c’est celle de la réparation, de la satisfaction, qui participe de cette rééducation à la vie de foi, d'espérance et de charité.

 

Je voudrais citer ici un important – et long – passage du livre du Père Bernard Bro, dominicain, sur le Sacrement de la Réconciliation : "On demande des pécheurs".

 

« Il faut d’abord reconnaître honnêtement que, par le péché, un désordre a été commis et qu’il demeure. L’histoire humaine se construit dans la conscience des hommes, nos actes ne sombrent pas dans le néant. Cette Histoire est appelée à témoigner de la puissance de bonté de l’Esprit présent en chacun. Et tout péché, à son point précis dans la trame du temps, demeure à jamais comme un échec à l’Ordre, à la Bonté, à la Gloire de Dieu qui devrait se refléter dans la totalité de l’Histoire.

 

« Alors, pour éviter le désordre, on peut, comme le Grand Inquisiteur de Dostoïovsky, supprimer la liberté. Ou bien, au contraire, avec le Christ, renforcer la liberté : redonner à l’homme pouvoir de récupérer, de reprendre son passé, renforcer le pouvoir créateur de bonté dont il est capable.

 

« Il y a eu échec à l’amour, échec à Dieu. L’acte est indestructible, c’est vrai et à jamais : à tel moment, l’égoïsme, la lâcheté m’ont dominé. Mais mon histoire, elle, se poursuit. Ma liberté n’a pas dit son dernier mot, et par la grâce du Christ, justement celle de la confession, elle a encore les moyens de protester contre cet échec à l’Amour. J’ai ce pouvoir inouï de réintégrer mon histoire à celle de la Gloire de Dieu, en dépassant cet acte mauvais, en le jugeant selon la vérité et en l’inscrivant dans un avenir recréateur par des actes nouveaux, exprès, compensateurs du passé.

 

« Telle est la « satisfaction » : merveilleuse occasion offerte à la dignité de l’homme de reprendre son passé. Il y a un décalage entre moi et mon histoire, entre ma personne et mes actes. Mes actes m’engagent, certes, mais une fois accomplis, ils m’échappent, ils s’accumulent derrière moi, ils s’enchaînent dans ma mémoire et dans la mémoire de Dieu pour former mon histoire ; et pourtant, je peux sans cesse dépasser mon histoire, la juger, et en changer le sens total, la valeur, par de nouveaux actes.

 

« Le pécheur réconcilié à Dieu, dans sa personne, traîne pourtant dans son histoire un échec à Dieu, à l’amour. Il a manqué à un moment de son histoire à l’ordre de la bonté, de la création de vie qui devait se refléter dans toute l’histoire humaine, et alors, la charité retrouvée, l’amitié de Dieu nous presse de réparer ce manque.

 

« Il ne s’agit donc pas du tout d’une « taxe », d’un « tarif », mais sans doute de la plus belle victoire de la liberté : l’homme, restauré dans sa dignité, a assez de force, non seulement pour demander son pardon, comme la femme adultère ou Saint Pierre, mais, une fois pardonné, pour coopérer à la restauration de cette amitié.

 

« C’est dans l’amour que j’ai pour moi-même que Dieu m’appelle à intervenir, en me proposant de « réparer ». Il n’y a pas d’amitié sans partage, sans un échange (et donc une justice), et en sauvegardant cet échange et cette justice, je sauve l’amitié.

 

« Par le péché, j’ai porté atteinte à cet échange et, du même coup, je n’ai pas seulement atteint celui qui me faisait confiance dans ce partage en blessant son amitié, mais encore je suis allé contre l’ordre de la justice qui fondait mon amitié.

 

« C’est ici que se comprend toute la grandeur de la réparation : puisque je ne peux pas reconstruire ce que j’ai abîmé, je vais faire beaucoup plus, je vais offrir non pas ce que je ne peux plus « réparer », puisque c’est détruit, mais ma volonté, ma « bonne » volonté. Je rentre en grâce auprès de l’offensé en découvrant qu’il me propose de l’aimer à neuf. Alors, pour réparer, je viens me soumettre à ses conditions, en lui demandant de fixer lui-même ces conditions. Dans une délicatesse infinie, Dieu accepte de tenir compte de ma dignité, de ma liberté, de mon pouvoir recréateur de bonté.

 

« Quand un enfant a détruit quelque objet de valeur, il est bien incapable de le restituer. Deux solutions se présentent : son père pardonne, oublie, mais répare seul en acquérant un objet semblable ; ou bien il propose à son fils de coopérer, ne serait-ce que pour une part infime, à la reconstitution de l’objet détruit. Ainsi, c’est en ami réconcilié, c’est de l’intérieur même de l’amitié divine, en épousant ses lois secrètes, que le pécheur accomplit sa réparation, et non pas comme s’il fallait payer une amende, une taxe fixée de l’extérieur.

 

« Et finalement, le meilleur signe du pardon, ne serait-ce pas qu’il me rend heureux (d’être heureux) de réparer, non pas selon ma justice à moi, mais selon une confiance absolue en Celui « qui sait bien de quoi nous sommes faits » ?

 

« Si cette doctrine est vraie, poursuit le Père Bro, il est grave et coupable de la minimiser. En effet, cette doctrine de la réparation est tellement essentielle au christianisme que, sans elle, il ne serait plus rien, puisque notre salut, tout entier, est le fruit d’une réparation : celle du Christ (…).

 

« En nous invitant au partage de sa vie, et en vertu du même amour qui l’a fait monter sur la Croix, Dieu nous appelle (et ceci pour nous donner davantage) à participer à la réparation elle-même, en achevant dans notre corps que qui manque à la Passion de son Fils. On peut se sentir faible devant une telle perspective : c’est encore mal la comprendre. Il a voulu et veut encore « sauver les pécheurs par les pécheurs » de façon que les pécheurs participent à tous les privilèges de l’innocence, y compris celui-là. Cette doctrine de la réparation affirme donc que le sauvé n’est pas à part du sauveur, mais qu’il est sauvé au point d’être invité à devenir sauveur.

 

« Dans le christianisme, il sauve en participant à la Rédemption elle-même qui est la réparation d’un amour brisé. Quoiqu’on en dise, il y a une dette à payer, mais loin d’être contre l’amour, cette exigence provient de l’amour même. Ce qui répare un amour et réconcilie ceux qui on rompu, c’est de pleurer ensemble sur le mal qui a été fait, ce sont les larmes versées sur cette rupture. »

 

 

En méditant sur cette question de la réparation et sur ce très beau texte du Père Bernard Bro, quelques images me sont venues à l’esprit. Je vous les livre telles qu’elles, en étant bien conscient de leurs limites. Elles peuvent nous aider, je pense, à mieux comprendre en quoi consiste la réparation selon l'Evangile.

 

La première image qui m’est venue est celle de la page blanche. Le Pardon de Dieu, on le sait, efface nos fautes. Nous voilà donc redevenus blancs comme neige (cf. Is 1. 18), tels que nous étions le jour de notre baptême. Mais voilà : Dieu ne nous pardonne pas pour faire de nos vies une page blanche. Il attend de nous que nous réécrivions avec Lui un nouveau chapitre de notre histoire, une nouvelle page d’Amour. Comme disait Bossuet (c’est une citation reprise par le Père Bro dans son livre) : « Quand Dieu efface, c’est qu’il va écrire quelque chose »

 

Deuxième image : le Pardon de Dieu nous sauve de l’égarement du péché, et nous remet sur la bonne route, dans la bonne direction. Mais maintenant, il faut marcher… C’est la marche, pourrait-on dire, qui parachève l’œuvre du Pardon de Dieu. Sans cette marche, le Pardon ne peut déployer tous ses effets ; il manque encore quelque chose. Certes, le Pardon nous a sauvé et restauré dans la grâce de Dieu. Et cela nous suffit sans doute… Mais pas pour Dieu ! Si le Pardon nous est donné, ce n’est pas seulement pour notre satisfaction personnelle ; c’est pour que nous marchions sur la route de l’Amour et que nous illuminions la vie de nos frères (cf. Mt 5. 14.16). La grâce du Salut n’est jamais donnée pour soi-même seulement. Elle est aussi donnée pour les autres et le bonheur de tous. Voilà pourquoi la réparation est si essentielle : elle nous remet en marche avec Dieu sur la route de l’Evangile qui nous conduit tout droit à nos frères. C'est par nous que Dieu veut répandre sa Paix dans le monde entier. C'est par nous et à travers nous qu'il veut se rendre présent aux hommes de ce monde. Alors il faut se mettre en marche. C'est ainsi d'ailleurs qu'André Chouraki traduisait l'expression "Heureux" dans les Béatitudes : "En marche"! Yalla!

 

La troisième image qui m’est venue à l’esprit en réfléchissant sur ce sujet de la réparation, est celle de l’homme qui coule à pic dans l'océan. Le péché, pourrait-on dire, nous enfonce toujours un peu plus, il nous fait couler, couler, couler, toujours plus profondément… Le Pardon de Dieu stoppe cette chute, et nous redonne le dynamisme de vie pour remonter vers la surface. Nous pouvons ainsi prendre appui sur la terre ferme et nous propulser de nouveau vers le haut. Mais le Royaume de l’Amour se trouve à la surface de l’eau. La réparation correspond précisément à cette remontée vers la surface où se trouve la plénitude de l’air, et où je pourrai respirer de nouveau à pleins poumons l’oxygène de l’Amour de Dieu ; sortir des ténèbres des fonds marins pour retrouver la chaleur du Soleil de Justice. La réparation me fait re-parcourir en sens inverse le chemin du péché qui m’a fait descendre jusqu’au fond. Cette remontée peut être longue et pénible, le péché m’ayant peut-être fait descendre très bas, mais la main de Dieu peut intervenir spécialement pour hâter ma remontée : c’est ce qui se passe lorsque nous recevons du Seigneur le don de l’Indulgence.

 

Autre image : celle de l’escalier et de l’ascenseur. Le Seigneur Jésus est la Porte qui nous mène au Ciel. Tous ceux qui franchissent cette Porte sont sauvés (cf. Jn 10. 9). Mais derrière la porte, il y a une ascension à vivre, une montée vers le Ciel de Dieu (qui est élevé, très élevé pour les petites créatures que nous sommes, puisque c’est le lieu de l’Amour absolu). Pour monter, il y a deux moyens : l’escalier ou l’ascenseur. L’escalier est long et pénible à franchir ; il figure la pénibilité des actes de pénitences ici-bas et des souffrances du Purgatoire. L’ascenseur nous fait parvenir au Ciel sans effort. Or, Petite Thérèse nous dit que l’ascenseur, ce sont les bras de Jésus. Eh bien voilà ce qui se produit quand l’âme bien disposée – ou l’âme défunte à qui l’on fait ici-bas ce cadeau – reçoit l’indulgence : elle prend l’ascenseur des bras de Jésus, et monte directement au Ciel en s’épargnant la peine de la rude montée par l’escalier…

 

Dernière image, que m’a suggéré le texte du Père Bernard Bro : celle de la consolation. Le Pardon sèche les larmes de pénitence de l’offenseur ; la réparation rend le sourire à l’offensé.

 

Bien entendu, ce n’est pas la souffrance de l’âme dans le feu du Purgatoire qui apaise l’offensé ! Comme si Dieu prenait plaisir à faire passer sa créature par le creuset de la souffrance pour lui faire « payer » son droit d’entrée dans le Paradis. Non, notre Dieu n’est pas sadique, et ce n’est pas ainsi qu’il faut comprendre le Purgatoire où la réparation opère différemment qu’ici-bas. La réparation dans le Purgatoire n’a pas pour finalité de faire produire à l’âme des actes de charités qu’elle n’a pas pu ou pas voulu réaliser sur la terre. L’âme souffrante au Purgatoire ne peut plus engranger de mérites, ni faire le bien. Sa souffrance est purement passive. Mais le feu du Purgatoire accomplit à la perfection et définitivement ce que les œuvres de réparation sur cette terre contribuent à réaliser dans le cœur de l’homme pécheur (et qui demeure tel dans la condition humaine d’ici-bas) : à savoir, la dilatation de son cœur et de sa capacité à recevoir tout l’amour du Ciel pour vivre éternellement de cet amour sans le moindre retour sur soi.

 

Mais pourquoi alors le tourment du feu ? Pourquoi ce supplice horrible qui est, aux dires de St Augustin, « plus terrible que toutes les souffrances qu'un homme puisse endurer en cette vie. » Le Pape Benoît XVI, dans sa dernière encyclique « Spe Salvi » nous aide à mieux comprendre ce mystère.

 

« Certains théologiens récents, écrit le Saint Père, sont de l'avis que le feu qui brûle et en même temps sauve est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec Lui est l'acte décisif du Jugement. Devant son regard s'évanouit toute fausseté. C'est la rencontre avec Lui qui, en nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, vantardise vide et s'écrouler. Mais dans la souffrance de cette rencontre, où l'impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. Le regard du Christ, le battement de son cœur nous guérissent grâce à une transformation assurément douloureuse, comme « par le feu ». Cependant, c'est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d'être totalement nous-mêmes et par là totalement de Dieu (…). Au moment du Jugement, nous expérimentons et nous accueillons cette domination de son amour sur tout le mal dans le monde et en nous. La souffrance de l'amour devient notre salut et notre joie. Il est clair que la « durée » de cette brûlure qui transforme, nous ne pouvons la calculer avec les mesures chronométriques de ce monde. Le « moment » transformant de cette rencontre échappe au chronométrage terrestre – c'est le temps du cœur, le temps du « passage » à la communion avec Dieu dans le Corps du Christ. »

 

Voilà qui nous éclaire sur le feu du Purgatoire ! Ce feu, nous dit Benoît XVI, n’est autre que Dieu lui-même, dont l’Ecriture nous révèle qu’il est un « feu dévorant » (He 12. 29). Dès lors, on peut imaginer que les âmes des défunts sont toutes dans le feu de l’Amour de Dieu, mais que ce feu agit différemment sur elles selon leur état spirituel. Les âmes des damnées brûlent de douleur dans ce feu de l’Amour de Dieu qui leur est insupportable ! Les âmes du Purgatoire souffrent à mesure que se consument en elles les imperfections et autres saletés. Les âmes du Paradis brûlent d’amour dans ce feu (à l’instar d’Ananias, Azarias et Misaël dans l’Ecriture – cf. Daniel 3), et chantent les louanges de Dieu dans une exultation perpétuelle.

 

Bien sûr, ce ne sont là que quelques images, qui ne rendent pas compte de la réalité qui nous attend au Ciel et qui est bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer ici-bas. Mais elles nous aident à comprendre que si le feu du Purgatoire est le Cœur de Jésus lui-même, la sortie du Purgatoire ne peut pas être la sortie du Cœur de Jésus, mais un changement d’état dans ce Cœur de l’Amour éternel. Quand on devient soi-même une flamme d’amour, on ne souffre plus dans le feu de l’Amour divin.

 

Reste la question de la Justice. Dans son petit Journal, Sainte Faustine, après avoir « visité » le Purgatoire et avoir été témoin, dans une vision surnaturelle, de ses terribles supplices, reçu cette parole de Jésus : « Ma miséricorde ne veut pas cela, mais la justice l'exige. » (cf. Petit Journal, § 20).

 

Cette parole m’a beaucoup fait réfléchir. Quelle est donc cette Justice qui semble s’opposer à la Miséricorde divine au point de triompher d’elle, au moins temporairement dans le Purgatoire ?

 

C’est le Cardinal Lustiger qui m’a instruit sur cette question là, dans son très beau livre sur le bonheur, et sa méditation de la 4e béatitude : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la Justice, ils seront rassasiés ».

 

« Il ne s’agit pas ici d’avoir et de faire la justice dont on peut rêver, mais d’être juste. La justice dont parle Jésus caractérise celui ou celle qui est juste devant Dieu (…). Cette justice, qui est donc le fait d’être juste, ne repose pas seulement – ni d’abord – sur l’idéal humain d’équité, mais correspond à une conformation de l’homme à Dieu Lui-même. Cette « Justice de Dieu » prend les figures de la perfection et de la sainteté, et ce sont précisément là les « qualités » que l’homme est invité à revêtir (…). Lorsque l’homme est « justifié » ou « sanctifié », lorsqu’il devient parfait aux yeux de Dieu, il est rendu semblable au Fils de Dieu Lui-même. »

 

Si l’on remplace le mot « Justice », dans la parole de Jésus adressée à Sainte Faustine, par le mot « Sainteté », nous commençons à mieux comprendre ce qui se joue dans le Purgatoire – la « conformation de l’homme à Dieu Lui-même » : « Ma miséricorde ne veut pas cela, mais ma Sainteté l’exige ». Dieu a beau aimer, il ne peut pas se « renier » lui-même, et faire qu’il soit autre que ce qu’il est : un feu dévorant, le Trois fois Saint. Cela dit, sa Miséricorde peut apaiser voire mettre un terme aux souffrances causées par ce feu en hâtant la transformation de l’âme en flamme d’amour : telle est la grâce qui nous est faite par le don de l’Indulgence ; grâce que nous pouvons nous appliquer à nous-même ou offrir à nos défunts, spécialement en cette Année Saint Paul.

 

Ne négligeons donc pas ces moyens que le Seigneur nous accorde pour grandir en sainteté : cette grâce qui nous est faite ici-bas d’obtenir Miséricorde et Pardon dans le Sacrement de la Réconciliation (la Confession) – en particulier à l’approche de Noël ; et mettons notre joie dans les œuvres de réparation et de pénitence que nous pourrons réaliser en ce temps de l’Avent pour préparer notre Cœur à recevoir le Seigneur ; redécouvrons en particulier ce trésor des Indulgences qui est grand ouvert en cette année Saint Paul ; apprenons à les recevoir régulièrement pour nous-même et à en offrir pour nos chers défunts. Nous pourrons alors entrer dans la joie de notre Maître, lorsque celui-ci viendra.

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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 11:55

"Tel est ton nom depuis toujours!" (Isaïe 63.16) 

 

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