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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 07:32
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Published by Matthieu BOUCART - dans Combat spirituel
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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 00:00

Extrait du Message du Pape Benoît XVI pour la Journée Mondiale de la Paix, le 1er janvier 2008.

7.
La famille a besoin d'une maison, d'un milieu à sa mesure où puissent se tisser des relations entre ses membres. S'agissant de la famille humaine, cette maison c'est la Terre, le milieu que Dieu Créateur nous a donné pour que nous y habitions de manière créative et responsable. Nous devons avoir soin de l'environnement : il a été confié à l'homme pour qu'il le garde et le protège dans une liberté responsable, en ayant toujours en vue, comme critère d'appréciation, le bien de tous. L'être humain a évidemment une primauté de valeur sur toute la Création. Respecter l'environnement ne veut pas dire que l'on considère la nature matérielle ou animale comme plus importante que l'homme. Cela veut plutôt dire que l'individu ne peut la considérer de manière égoïste comme étant à l'entière disposition de ses propres intérêts, car les générations à venir ont aussi le droit de tirer bénéfices de la Création, exerçant à son égard, la même liberté responsable que nous revendiquons pour nous-mêmes.

Il ne faut pas non plus que les pauvres soient oubliés, eux qui, en bien des cas, sont exclus de la destination universelle des biens de la Création. De nos jours, l'humanité s'inquiète pour l'avenir de l'équilibre écologique. À cet égard, il convient que les évaluations se fassent avec prudence, dans un dialogue entre experts et sages, sans précipitations idéologiques vers des conclusions hâtives et surtout en recherchant ensemble un modèle de développement durable qui garantisse le bien-être de tous dans le respect des équilibres écologiques. Si la protection de l'environnement a des coûts, il faut qu'ils soient répartis de manière juste, en tenant compte des différences de développement des divers pays et de la solidarité avec les générations futures. Agir avec prudence ne signifie pas ne pas prendre en main ses responsabilités et renvoyer à plus tard les décisions ; cela veut plutôt dire s'engager à prendre ensemble ces décisions, non sans avoir au préalable examiné, de manière responsable, la voie à emprunter, dans le but de renforcer l'alliance entre l'être humain et l'environnement, qui doit être le miroir de l'amour créateur de Dieu, de qui nous venons et vers qui nous allons.

(...) 10. Alors [que l’humanité] connaît aujourd'hui une unité plus grande du fait de la mondialisation, la famille humaine a, elle aussi, besoin, en plus du fondement de valeurs communes, d'une économie qui puisse répondre vraiment aux exigences d'un bien commun de dimension planétaire. À cet égard, la référence à la famille naturelle se révèle aussi particulièrement significative. Il faut promouvoir des relations justes et sincères entre les individus et entre les peuples, afin que, sur un plan d'égalité et de justice, tous puissent être en mesure de collaborer. En même temps, il faut que l'on mette tout en œuvre pour assurer une sage utilisation des ressources et une distribution équitable des richesses. En particulier, les aides données aux pays pauvres doivent répondre à des critères d'une saine logique économique, en évitant les gaspillages qui, finalement, conduisent surtout au maintien d'appareils bureaucratiques coûteux. Il convient encore de ne pas perdre de vue l'exigence morale, de faire en sorte que l'organisation économique ne résulte pas uniquement des lois rigoureuses du gain immédiat, qui peuvent s'avérer inhumaines.

11.
Une famille vit en paix si tous ceux qui la composent se plient à une norme commune : cela permet de contrecarrer l'individualisme égoïste et de créer des liens entre chacun de ses membres, favorisant ainsi leur coexistence harmonieuse et leur collaboration dans un but commun. En soi évident, ce critère vaut aussi pour les communautés plus larges : allant du niveau local, national, jusqu'à la communauté internationale elle-même. Pour qu'il y ait la paix, il faut une loi commune, qui permette à la liberté d'être vraiment elle-même, et non pas un arbitraire aveugle, et qui protège le faible des abus du plus fort. Dans la famille des peuples, on observe de nombreux comportements arbitraires, que ce soit à l'intérieur des États ou dans les relations mutuelles entre les États. Il existe en outre bien des situations où le faible est obligé de s'incliner non pas devant les exigences de la justice mais devant la seule force de celui qui a plus de moyens que lui. Répétons-le : la force doit toujours être disciplinée par la loi et cela doit se vérifier aussi dans les relations entre États souverains.

12.
À bien des reprises, l'Église s'est prononcée sur la nature et la fonction de la loi : la norme juridique, qui régule les rapports entre les personnes, en disciplinant les comportements extérieurs et en prévoyant aussi des sanctions pour ceux qui transgressent ces dispositions, a comme critère la norme morale fondée sur la nature des choses. La raison humaine est en outre capable de la discerner au moins au niveau des exigences fondamentales, en remontant à la Raison créatrice de Dieu, qui est à l'origine de tout. Cette norme morale doit réguler les choix des consciences et orienter tous les comportements des êtres humains. Existe-t-il des normes juridiques pour les rapports entre les nations qui forment la famille humaine? Et, si elles existent, sont-elles efficaces? La réponse est oui, ces normes existent, mais pour qu'elles soient vraiment efficaces il faut remonter à la norme morale naturelle, fondement de la norme juridique, sinon cette dernière reste soumise à des consensus fragiles et éphémères.




Lire le texte intégral du Message du Pape Benoît XVI

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 12:50

Extrait du Message du Pape Benoît XVI pour la Journée Mondiale de la Paix, le 1er janvier 2008.

1.
(…) La première forme de communion entre des personnes est celle que l'amour suscite entre un homme et une femme décidés à s'unir de façon stable pour construire ensemble une nouvelle famille. Mais les peuples de la terre sont aussi appelés à instaurer entre eux des relations de solidarité et de collaboration, comme il revient aux membres de l'unique famille humaine : « Tous les peuples — a déclaré le Concile Vatican IIforment ensemble une seule communauté, ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter tout le genre humain sur toute la surface de la terre (cf. Ac 17, 26), et ont une seule fin dernière, qui est Dieu ».

2.
La famille naturelle, en tant que profonde communion de vie et d'amour, fondée sur le mariage entre un homme et une femme, constitue le premier lieu d'humanisation de la personne et de la société, le berceau de la vie et de l'amour. Aussi, est-ce avec raison que la famille est qualifiée de première société naturelle, une institution divine qui constitue le fondement de la vie des personnes, comme le prototype de tout ordre social.

3.
En effet, dans une saine vie familiale, on fait l'expérience de certaines composantes fondamentales de la paix : la justice et l'amour entre frères et sœurs, la fonction d'autorité manifestée par les parents, le service affectueux envers les membres les plus faibles parce que petits, malades ou âgés, l'aide mutuelle devant les nécessités de la vie, la disponibilité à accueillir l'autre et, si nécessaire, à lui pardonner. C'est pourquoi, la famille est la première et irremplaçable éducatrice à la paix. Il n'est donc pas étonnant que la violence, si elle est perpétrée en famille, soit perçue comme particulièrement intolérable. Par conséquent, quand on affirme que la famille est la cellule première et vitale de la société, on dit quelque chose d'essentiel.

La famille est aussi un fondement de la société pour la raison suivante : parce qu'elle permet de faire des expériences déterminantes de paix. Il en découle que la communauté humaine ne peut se passer du service que la famille remplit. Où donc l'être humain en formation pourrait-il apprendre à goûter la « saveur » authentique de la paix mieux que dans le « nid » originel que la nature lui prépare? Le lexique familial est un lexique de paix ; c'est là qu'il est nécessaire de toujours puiser pour ne pas perdre l'usage du vocabulaire de la paix. Dans l'inflation des langages, la société ne peut pas perdre la référence à cette « grammaire » que tout enfant apprend des gestes et des regards de sa mère et de son père, avant même que de l'apprendre de leurs paroles.

4. Puisqu'elle a le devoir d'éduquer ses membres, la famille est détentrice de droits spécifiques. La Déclaration universelle des droits de l'homme elle-même, qui constitue un acquis de civilisation juridique de valeur vraiment universelle, affirme que « la famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'État ». Pour sa part, le Saint-Siège a voulu reconnaître une dignité juridique spéciale à la famille en publiant la Charte des droits de la famille. Dans le Préambule on lit : « Les droits de la personne, bien qu'exprimés en tant que droits de l'individu, ont une dimension foncièrement sociale qui trouve dans la famille son expression innée et vitale ». Les droits énoncés dans la Charte sont une expression et une explicitation de la loi naturelle, inscrite dans le cœur de l'être humain et manifestée à lui par la raison. La négation ou même la restriction des droits de la famille, obscurcissant la vérité sur l'homme, menacent les fondements de la paix eux-mêmes.

5.
Par conséquent, celui qui, même inconsciemment, entrave l'institution familiale rend fragile la paix dans la communauté tout entière, nationale et internationale, parce qu'il affaiblit ce qui, de fait, est la principale « agence » de paix. C'est là un point qui mérite une réflexion particulière : tout ce qui contribue à affaiblir la famille fondée sur le mariage d'un homme et d'une femme, ce qui directement ou indirectement freine sa disponibilité à accueillir de manière responsable une nouvelle vie, ce qui entrave son droit à être la première responsable de l'éducation des enfants, constitue un obstacle objectif sur le chemin de la paix. La famille a besoin de logement, de travail et d'une juste reconnaissance de l'activité domestique des parents, de l'école pour les enfants, de l'assistance médicale de base pour tous. Quand la société et la politique ne s'engagent pas à aider la famille dans ces domaines, elles se privent d'une ressource essentielle au service de la paix. En particulier, les moyens de communication sociale, par les potentialités éducatives dont ils disposent, ont une responsabilité spéciale pour promouvoir le respect de la famille, pour illustrer ses attentes et ses droits, pour mettre en évidence sa beauté.

6. Pour vivre en paix, la communauté sociale est aussi appelée à s'inspirer des valeurs sur lesquelles se fonde la communauté familiale. Cela vaut pour les communautés locales comme pour les communautés nationales ; cela vaut plus encore pour la communauté des peuples elle-même, pour la famille humaine qui vit dans la maison commune qu'est la terre. Dans cette perspective cependant, on ne peut oublier que la famille naît du « oui » responsable et définitif d'un homme et d'une femme, et qu'elle vit du « oui » conscient des enfants qui viennent peu à peu en faire partie. Pour prospérer, la communauté familiale a besoin de l'accord généreux de tous ses membres. Il est nécessaire que cette conscience devienne aussi une conviction partagée par ceux qui sont appelés à former la commune famille humaine. Il faut savoir dire son propre « oui » à la vocation que Dieu a inscrite dans notre nature elle-même. Nous ne vivons pas les uns à côté des autres par hasard ; nous parcourons tous un même chemin comme hommes et donc comme frères et sœurs. Aussi est-il essentiel que chacun s'engage à vivre sa propre existence dans une attitude de responsabilité devant Dieu, reconnaissant en Lui la source originaire de sa propre existence comme de celle d'autrui. C'est en remontant à ce Principe suprême que peut être perçue la valeur inconditionnelle de tout être humain, et que peuvent être ainsi posées les conditions pour l'édification d'une humanité pacifiée. Sans ce Fondement transcendant, la société est seulement un conglomérat de voisins, non une communauté de frères et de sœurs, appelés à former une grande famille. 


Lire le texte intégral du Message du Pape Benoît XVI

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 00:00

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI, le 6 février 2008.

Chers frères et sœurs,

Aujourd'hui, Mercredi des Cendres, nous reprenons, comme chaque année, le chemin quadragésimal, animés par un esprit plus intense de prière et de réflexion, de pénitence et de jeûne.
Nous entrons dans un temps liturgique "fort" qui, alors qu'il nous prépare à la célébration de la Pâque – cœur et centre de l'année liturgique et de notre existence tout entière – nous invite, et nous pourrions même dire nous incite, à donner une impulsion plus décidée à notre existence chrétienne.

Etant donné que les engagements, les soucis et les préoccupations nous font retomber dans l'habitude, nous exposent au risque d'oublier à quel point l'aventure à laquelle Jésus nous fait participer est extraordinaire, nous avons besoin, chaque jour, de commencer à nouveau notre itinéraire exigeant de vie évangélique, en rentrant en nous-mêmes à travers des pauses restauratrices de l'esprit. Avec l'antique rite de l'imposition des cendres, l'Eglise nous introduit dans le Carême comme dans une grande retraite spirituelle qui dure quarante jours.

Nous entrons donc dans le climat quadragésimal, qui nous aide à redécouvrir le don de la foi reçue avec le Baptême et nous pousse à recevoir le Sacrement de la Réconciliation, en plaçant notre engagement de conversion sous le signe de la miséricorde divine. Aux origines, dans l'Eglise primitive, le Carême était un temps privilégié pour la préparation des catéchumènes aux sacrements du Baptême et de l'Eucharistie, qui étaient célébrés pendant la Veillée pascale. Le Carême était considéré comme le temps du devenir chrétien, qui ne se réalisait pas en un seul moment, mais qui exigeait un long itinéraire de conversion et de renouvellement. Ceux qui étaient déjà baptisés s'unissaient également à cette préparation en se rappelant le souvenir du Sacrement reçu, et en se disposant à une communion renouvelée avec le Christ dans la célébration joyeuse de la Pâque. Ainsi, le Carême possédait, et possède encore, le caractère d'un itinéraire baptismal, au sens où il aide à garder éveillée la conscience que l'être chrétien se réalise toujours comme un nouveau devenir chrétien : ce n'est jamais une histoire terminée qui se trouve derrière nous, mais un chemin qui exige toujours une pratique nouvelle.

En imposant les cendres sur la tête, le célébrant dit : "Rappelle-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière" (cf. Gn 3, 19), ou bien il répète l'exhortation de Jésus : "Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle" (cf. Mc 1, 15). Ces deux formules constituent un rappel à la vérité de l'existence humaine : nous sommes des créatures limitées ; des pécheurs qui ont toujours besoin de pénitence et de conversion. Comme il est important d'écouter et d'accueillir cet appel à notre époque! Lorsqu'il proclame sa totale autonomie de Dieu, l'homme contemporain devient l'esclave de lui-même et il se retrouve souvent dans une solitude désespérée. L'invitation à la conversion est alors un élan à revenir entre les bras de Dieu, Père tendre et miséricordieux, à avoir confiance en Lui, à se remettre à Lui comme des enfants adoptifs, régénérés par son amour. Avec une sage pédagogie, l'Eglise répète que la conversion est tout d'abord une grâce, un don qui ouvre le cœur à l'infinie bonté de Dieu. Il devance lui-même par sa grâce notre désir de conversion et accompagne nos efforts vers la pleine adhésion à sa volonté salvifique. Se convertir signifie alors se laisser conquérir par Jésus (cf. Ph 3, 12) et "retourner" avec Lui au Père.

La conversion implique donc de se mettre humblement à l'école de Jésus et de marcher en suivant docilement ses traces. A ce propos, les paroles avec lesquelles Il indique lui-même les conditions pour devenir ses véritables disciples sont éclairantes. Après avoir affirmé que "celui qui veut sauver sa vie la perdra; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Evangile la sauvera", il ajoute "Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier s’il le paye de sa vie?" (Mc 8, 35-36). La conquête du succès, la soif de prestige et la recherche des facilités, lorsqu'elles envahissent totalement la vie jusqu'à exclure Dieu de son propre horizon, conduisent-elles véritablement au bonheur? Peut-il exister un bonheur authentique en dehors de Dieu? L'expérience démontre que l'on n'est pas heureux parce que l'on répond aux attentes et aux exigences matérielles. En réalité, la seule joie qui comble le cœur humain est celle qui vient de Dieu : nous avons en effet besoin de la joie infinie. Ni les préoccupations quotidiennes ni les difficultés de la vie ne réussissent à éteindre la joie qui naît de l'amitié avec Dieu. L'invitation de Jésus à prendre notre croix et à le suivre peut, dans un premier temps, apparaître dure et contraire à ce que nous voulons, mortifiante pour notre désir de réalisation personnelle. Mais en regardant de plus près nous pouvons découvrir qu'il n'en est pas ainsi : le témoignage des Saints démontre que dans la Croix du Christ, dans l'amour qui se donne, en renonçant à la possession de soi-même, se trouve cette profonde sérénité qui est source de généreux dévouement envers nos frères, en particulier les pauvres et les indigents. Et cela nous donne de la joie à nous aussi. Le chemin quadragésimal de conversion, que nous entreprenons aujourd'hui avec toute l'Eglise, devient donc l'occasion propice, "le moment favorable" (cf. 2 Co 6, 2) pour renouveler notre abandon filial entre les mains de Dieu et pour mettre en pratique ce que Jésus continue à nous répéter : "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il e suive" (Mc 8, 34), et qu'il avance ainsi sur la route de l'amour et du bonheur véritable (…).

Bon Carême à tous!


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 12:22

Chers amis,

Je voudrais répondre au commentaire de notre ami Hervé au sujet de l’article publié la semaine dernière sur l’athéisme.

Le texte de cet article était issu du remarquable ouvrage de Claude Tresmontant sur l’existence de Dieu, et tendait à démontrer l’inexistence de l’athéisme sur le plan philosophique.
« Dieu n’existe pas ! » claironnent les athées. « L’athéisme n’existe pas » pourrait-on aisément leur rétorquer.

Le texte de Tresmontant a suscité parmi vous de nombreuses réactions, dont celle de notre frère Hervé :

« Salut Matthieu ! Je ne veux pas défendre le point de vue des athées, mais pour combattre leurs idées, il ne faudrait pas les minimiser :
il ne me semble pas exact de dire qu'il n'y pas réellement d'athéisme ou qu'aucune philosophie ne répond aux problèmes métaphysique de manière rationnelle sans tomber dans le panthéisme.

Si l'on peut admettre que les athées de l'Antiquité étaient en fait sceptiques ou critiques (mais pas de "purs athées"), depuis le 18ème siècle, il y en a eu des tas : les rationalistes des "Lumières", puis Feuerbach, Karl Marx, Nietzsche, Comte (et les positivistes), les existentialistes du type Sartre ou Camus et actuellement tous les "libre-penseurs" comme Onfray, pas très solides mais influents. Il y en aurait bcp d'autres (notamment à l'étranger), mais je ne suis absolument pas spécialiste de la question et préfère utiliser mon temps pour lire les auteurs chrétiens ;-)

Cela me semble donc un peu rapide d'éliminer l'athéisme d'un revers de manche en niant que des penseurs aient réfléchi sérieusement aux problèmes métaphysiques.

On peut défendre la foi chrétienne sans caricaturer ses opposants, qui ne sont pas si nuls que ce que laisse supposer ton article. Par contre, on peut souvent démonter leurs arguments et expliquer patiemment que ce en quoi nous croyons n'est pas insensé ! »

Tout d’abord, une précision importante : je ne dis pas qu’il n’y a pas de personnes athées ! Je dis que l’athéisme n’existe pas ; que la pensée athée n’existe pas ; que l’athéisme n’est pas une pensée. Il ne sert de rien par conséquent de me citer tous les grands auteurs athées des siècles passés ; je ne les connais que trop, et Claude Tresmontant aussi !

Non, mon propos n’est pas là. Il consiste à dire que l’athéisme n’existe pas sur le plan philosophique :

Ø
SOIT qu’il dérive vers le panthéisme – et nous allons voir que pour demeurer dans la rationalité, l’athéisme est obligé de se convertir en panthéisme ;

Ø
SOIT qu’il dérive vers l’irrationalisme – et nous allons voir que pour éviter le panthéisme, l’athéisme n’a d’autre issue que de se réfugier dans l’absurde…

Il est donc loin le temps où l’on assimilait l’athéisme à la Raison éclairée, et les croyances religieuses aux superstitions irrationnelles !

Je dis qu’il n’existe pas de philosophie athée au sens où :
- une philosophie panthéiste ne peut plus se prétendre (si les mots ont un sens) athée ;
- et où un athéisme irrationnel ne peut plus se prétendre une philosophie – la philosophie n’étant pas l’art de dire tout et n’importe quoi, mais de penser le monde et notre rapport au monde de manière rationnelle.

OU BIEN l’athéisme opte pour une conception panthéiste (passéiste ?) de l’univers, et il ne peut plus se dire athée. OU BIEN l’athéisme opte pour une conception irrationnelle de l’univers, et il ne peut plus se prétendre une philosophie. Mais dans les deux cas, il est abusif et erroné de parler de « philosophie athée » – les deux termes, en vérité, sont antinomiques.

Sans doute existe-t-il une philosophie des athées, une philosophie pour les athées – ainsi que le suggère Pneumatis sur ce fil, commentaire n°17 –, en ce sens que les athées, à partir de leur présupposé athée, vont concevoir une pensée, élaborer une doctrine, former une philosophie, qui va les aider à vivre dans le monde réel en athée. Le penseur athée a beau nier l’existence de Dieu ; cette négation posée, il faut bien vivre… Le penseur athée va donc chercher à « réinventer » le réel à partir de son préjugé athée pour se donner des raisons de vivre, et trouver son Salut sans Dieu. Telle est d’ailleurs la manière dont Luc Ferry définit la philosophie : la doctrine du Salut sans Dieu. Il est bien clair pourtant que cette définition ne peut désigner la philosophie dans son ensemble – car alors, elle serait une discipline interdite aux croyants (un comble !) ; elle ne peut désigner en vérité que cette philosophie dont nous parlons, la philosophie des athées, c’est-à-dire la philosophie de tous ceux qui croient que Dieu n’existe pas, et qui s’efforcent, par les ressources de leur intelligence et avec tout leur génie, de trouver des raisons de vivre sans Dieu ; des moyens de se sauver – essentiellement de la peur de la mort –, sans Dieu.

Mais cette philosophie des athées, cette doctrine du Salut sans Dieu, n’est en aucune manière une philosophie de l’athéisme. C’est le philosophe qui est athée, non l’athéisme qui est pensé ! L’athéisme du philosophe ne secrète pas une philosophie de l’athéisme – comme on pourrait s’y attendre – mais une philosophie découlant de son athéisme, ce qui n’est pas la même chose. L’athéisme lui-même n’est pas pensé ; il n’est pas réfléchi jusqu’au bout ; il est simplement posé là, comme un postulat de départ ; comme un dogme.

Si l’athéisme est une philosophie, alors elle est une philosophie « Canada Dry » (publicité non payée…) : elle a la couleur de la philosophie, l’odeur de la philosophie, le goût de la philosophie, mais… elle n’est pas une philosophie en ce sens qu’elle ne propose aucune explication plausible et rationnelle à l’existence de l’univers. Et quand elle s’y essaye, elle se dissout immédiatement dans le panthéisme (cessant dans ce cas d’être athée) ou l’irrationalisme (cessant dans ce cas d’être une philosophie – la destruction de la raison n’étant pas une philosophie). C’est soit l’un, soit l’autre ! Il n’y a pas de troisième voie possible ! La troisième voie : c’est la doctrine de la Création – qui est une métaphysique croyante, celle-là même que combattent ensemble les athées, les panthéistes véritables, et les « irrationalistes » – puisqu’il convient bien de les appeler ainsi…

L’athéisme est tellement dans l’impasse qu’il a dû se fabriquer lui-même une troisième voie pour échapper à ce dilemme insupportable entre un panthéisme mythique et un irrationalisme délirant ; cette troisième voie, c’est celle qui est suivie par les athées modernes, et qui consiste… à faire l’impasse pure et simple sur la question de l’être de l’univers ! L’athéisme, qui se trouve dans une impasse philosophique, se voit contraint, pour en sortir, de faire l’impasse sur les questions métaphysiques – jugées vaines ou insolubles…

L’athéisme moderne ne s’interroge donc plus sur l’être de l’univers. Il rejette les métaphysiques croyantes (et au-delà : toute métaphysique, puisque toutes les métaphysiques sont croyantes) – le plus souvent au nom de la raison : l’athée estime que les raisons de ne pas croire en Dieu sont supérieures aux raisons de croire, et il décide en conscience de ne pas croire – ce qui donne à l’athéisme un semblant de rationalité. Sauf que… Sauf que notre athée oublie de traiter un tout petit problème ; il oublie d’expliquer et de rendre compte philosophiquement de l’être de l’univers, de son existence, de sa genèse, de son évolution, et de ses étonnantes caractéristiques… L’athéisme élimine le Créateur, mais il nous laisse orphelin. Il « oublie » de nous donner une autre clef d’explication à l’existence de l’univers ! C’est un peu comme si quelqu’un venait réparer votre ordinateur (disons : notre conception de l’univers), qu’il vous sortait la pièce jugée inappropriée (le théisme) et omettait de vous la remplacer par une autre ! Avec la pièce inappropriée, votre ordinateur ne marchait peut-être pas à votre convenance, mais il marchait ; sans cette pièce, il ne marche plus du tout !

Tel est l’athéisme : un système de pensée qui, appliqué jusqu’au bout, ne « marche » pas ; ou qui ne fonctionne que pour autant que la prémisse posée (l’inexistence de Dieu) ne soit pas contestée, et que l’on ne cherche pas (surtout pas !) à la remettre en question en s’interrogeant sur l’être du monde et de l’univers.

Si l’athéisme est une philosophie, alors elle est une philosophie inachevée. Et à dire vrai, inachevable, en ce sens qu’elle aboutit finalement – si on la pousse au bout de sa logique interne – au panthéisme (qui est la négation de l’athéisme) ou à l’irrationalisme (qui est la négation de la philosophie).

Il est sans doute facile de concevoir une morale sans Dieu – ainsi que s’y essayent un André Comte-Sponville ou un Miky (dont nous attendons les travaux avec impatience !). Car la loi morale est inscrite dans la nature de l’homme. Il suffit donc de savoir lire et comprendre cette nature pour en déduire un art de se comporter en société qui permette à tous et à chacun de vivre dans la paix, le respect mutuel et la tolérance – sinon l’amour au sens chrétien.

Beaucoup plus difficile en revanche est de fonder une ontologie sans Dieu. C’est même chose impossible si l’on veut éviter les deux récifs du panthéisme et de l’irrationalisme. Dès que l’on aborde la question de l’être de l’univers, l’athée transpire… ; il tremble sur ses fondations, il « vacille »… C’est pourquoi il a finalement décidé de fermer boutique et de ne plus s’intéresser au problème. Il considère dorénavant que la question de l’existence de l’univers ne se pose plus, ou que, si elle se pose, elle est de toute façon insoluble ; que la métaphysique est sans intérêt ; qu’elle ne peut rien nous enseigner avec certitude ; que si l’univers est ce qu’il est comme il est, c’est parce que c’est comme ça et pas autrement ! Il n’y a pas lieu de s’en étonner ou le lui chercher une raison d’être que nous ne pouvons pas connaître. Dieu n’existe pas, c’est tout – c’est d’ailleurs le titre d’un blog athée

L’ironie de l’histoire, c’est qu’au moment même où l’athéisme moderne a décidé de tirer un trait sur la métaphysique de la nature, les sciences positives sont venues nous révéler l’inévidence de l’univers, et sa très grande « étrangeté » (selon l’expression du physicien Georges Lemaître)… Jamais l’univers (cet univers fini dans le temps et dans l’espace, en régime d’évolution vers des formes nouvelles et toujours plus complexes d’êtres qui n’existaient pas auparavant), jamais cet univers, disais-je, n’avait autant interpellé la raison humaine que depuis les grandes découvertes du siècle dernier.

L’athéisme ne peut donc être considéré comme une opposition sérieuse aux métaphysiques croyantes. Non seulement l’athée ne démontre pas l’inexistence de Dieu, mais beaucoup plus embêtant : il ne nous montre pas comment l’univers pourrait être ce qu’il est comme il est, sans Dieu. C’est pourtant le minimum qu’on serait en droit d’attendre de la part d’un interlocuteur non croyant ! Qu’il nous explique comment l’univers peut exister et évoluer comme il le fait sans Dieu ; qu’il remplace l’explication « Dieu » par une autre explication, au moins aussi satisfaisante sur le plan rationnel ! Il ne suffit pas de rejeter en bloc un système de pensée en le jugeant – hâtivement – non valide ; il faut encore proposer un autre système de pensée plus satisfaisant. C’est bien là le moindre. Détruire, tout le monde sait le faire. Mais rebâtir sur les ruines que l’on a soi-même provoquées, c'est une autre paire de manche ! Or, si les athées excellent dans l’art de détruire toute croyance religieuse, force est de constater qu’ils sont dans l’incapacité de proposer la moindre explication alternative à l’être du monde – sauf, je le répète, à verser dans le panthéisme (qui n’est pas athée) ou dans l’irrationalisme (qui n’est pas plus satisfaisant sur le plan rationnel).

L’athéisme n'existe donc pas sur le plan philosophique. Il a peut-être l’apparence de la philosophie – puisqu’une fois posée le postulat de l’inexistence de Dieu, il est tout à fait possible d’élaborer une doctrine cohérente, une vision du monde et un art de vivre sans Dieu. Mais il n’en a pas la réalité, puisqu’un système philosophique, pour être valide, doit fournir à la raison humaine une réponse satisfaisante à l’être du monde – qui est la première des questions métaphysiques, celle dont tout le reste découle !

C’est là un fait objectif, que tout un chacun peut vérifier par soi-même, que l’athéisme est radicalement impuissant à expliquer l’existence du monde sans Dieu, sauf à se renier lui-même.

La philosophie des athées, pourrait-on dire, est comme un corps sans âme. Extérieurement, le raisonnement est impressionnant de complexité et paraît extrêmement savant. Mais à l’intérieur, c’est le vide abyssal, le néant. La philosophie des athées est comparable à une maison construite sans fondations. La maison est belle, ça oui, elle est bien bâtie ; tout le génie intellectuel de l’homme s’y exprime. Mais la maison n’a pas de fondations. A la première intempérie, elle s’écroule… Elle ne supporte pas la nature et ses caprices. Eh bien ainsi en est-il de l’athéisme : il ne supporte pas la réalité, l’être de la nature, les caprices de ce réel qui refuse obstinément de se plier aux critères d’un univers sans Dieu. C’est pourquoi l'athéisme évite d’être affronté au problème, et quand il ne peut l’éviter, s’effondre tout seul sur lui-même…

On a décidément bien tort de considérer l’athéisme comme une philosophie rationnelle – a fortiori comme la seule philosophie, selon Luc Ferry –, et de l’opposer aux religions considérées comme des croyances irrationnelles. Les croyances religieuses ont beau paraître irraisonnées et instinctives – puisqu’on les retrouve dans les tribus les plus primitives – il n’empêche ! elles sont issues de métaphysiques rationnelles puissamment enracinées dans le réel (à la portée de tout homme, fût-il le moins civilisé) ; tandis que l’athéisme se présente comme une pure croyance sans aucun fondement ontologique ; un vrai « pari ». Sans autre motif que son intime conviction, l’athée va faire le « pari » de l’incroyance, et miser toute sa vie sur l’inexistence de Dieu. Il va mettre sa vie en jeu sans prendre la précaution minimale de vérifier au préalable la validité de son choix par le moyen d’une réflexion élémentaire sur l’être de l’univers. Un vrai saut dans le vide… et sans parachute de surcroît, puisque l’athée se refuse dorénavant à s’interroger sur l’être de l’univers…

Ainsi que l’affirme Tresmontant dans son ouvrage, « il n’y a que deux métaphysiques possibles : la métaphysique panthéiste et la métaphysique de
la Création. L’athéisme pur est impossible, impensable, et il n’a jamais en fait été pensé. Si des hommes pensent pouvoir se dire athées, c’est qu’ils n’ont pas traité le problème que pose l’existence du monde. Ils ont négligé de traiter ce petit problème. Leur athéisme est donc purement verbal. Ce n’est pas un athéisme philosophique. Ce n’est pas un athéisme qui résulte d’une analyse sérieuse, solide rationnelle, tenant compte du donné. Un tel athéisme n’existe pas encore. Personne n’a jamais montré comment on pouvait penser l’existence du monde dans la perspective de l’athéisme ».

Ah si ! répond Hervé ! Il y a les Lumières ! Il y a Marx, Freud et Nietzsche ! Il y a le courant positiviste et le courant existentialiste ! Il y a Onfray ! etc.

Outre qu’il faille parfois se garder de toute simplification hâtive – tous les philosophes des Lumières, par exemple, se sont pas athées – nous allons voir dans un prochain article que l’on peut regrouper tous ces « penseurs » en trois grandes catégories – ou plutôt deux grandes et une petite :

1°) ceux qui n’ont pas réfléchi à la question (les athées modernes pour qui la métaphysique est sans intérêt) – la « petite » catégorie ;

2°) ceux qui ont réfléchi à la question mais dont la doctrine dérive immanquablement vers le panthéisme (ex. le matérialisme marxiste) ;

3°) ceux qui ont réfléchi à la question, qui ont absolument voulu éviter l’écueil du panthéisme, mais qui ont finalement abouti à une conception irrationnelle de l’existence de l’univers et de toute existence (ex. Sartre).

(à suivre…)

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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 13:52

La prière
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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 12:21

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 14 novembre 2007.

Comme nous l'avons dit mercredi dernier, Saint Jérôme consacra sa vie à l'étude de la Bible, au point d'être reconnu par l'un de mes prédécesseurs, le Pape Benoît XV, comme "docteur éminent dans l'interprétation des Saintes Ecritures".
Jérôme soulignait la joie et l'importance de se familiariser avec les textes bibliques : "Ne te semble-t-il pas habiter – déjà ici, sur terre – dans le royaume des cieux, lorsqu'on vit parmi ces textes, lorsqu'on les médite, lorsqu'on ne connaît ni ne recherche rien d'autre?" (Ep 53, 10). En réalité, dialoguer avec Dieu, avec sa Parole, est dans un certain sens une présence du Ciel, c'est-à-dire une présence de Dieu. S'approcher des textes bibliques, surtout du Nouveau Testament, est essentiel pour le croyant, car "ignorer l'Ecriture, c'est ignorer le Christ". C'est à lui qu'appartient cette phrase célèbre, également citée par le Concile Vatican II dans la Constitution Dei Verbum (n. 25). 

Réellement "amoureux" de la Parole de Dieu, il se demandait :
"Comment pourrait-on vivre sans la science des Ecritures, à travers lesquelles on apprend à connaître le Christ lui-même, qui est la vie des croyants ?" (Ep 30, 7). La Bible, instrument "avec lequel Dieu parle chaque jour aux fidèles" (Ep 133, 13), devient ainsi un encouragement et la source de la vie chrétienne pour toutes les situations et pour chaque personne. Lire l'Ecriture signifie converser avec Dieu : "Si tu pries – écrit-il à une noble jeune fille de Rome –, tu parles avec l'Epoux ; si tu lis, c'est Lui qui te parle" (Ep 22, 25). L'étude et la méditation de l'Ecriture rendent l'homme sage et serein (cf. In Eph., prol.). Assurément, pour pénétrer toujours plus profondément la Parole de Dieu, une application constante et progressive est nécessaire. Jérôme recommandait ainsi au prêtre Népotien : "Lis avec une grande fréquence les divines Ecritures ; ou mieux, que le Livre Saint reste toujours entre tes mains. Apprends là ce que tu dois enseigner" (Ep 52, 7). Il donnait les conseils suivants à la matrone romaine Leta pour l'éducation chrétienne de sa fille : "Assure-toi qu'elle étudie chaque jour un passage de l'Ecriture... Qu'à la prière elle fasse suivre la lecture, et à la lecture la prière... Au lieu des bijoux et des vêtements de soie, qu'elle aime les Livres divins" (Ep 107, 9.12). Avec la méditation et la science des Ecritures se "conserve l'équilibre de l'âme" (Ad Eph., prol.). Seul un profond esprit de prière et l'assistance de l'Esprit Saint peuvent nous introduire à la compréhension de la Bible : "Dans l'interprétation des Saintes Ecritures, nous avons toujours besoin de l'assistance de l'Esprit Saint" (In Mich. 1, 1, 10, 15). 

Un amour passionné pour les Ecritures imprégna donc toute la vie de Jérôme, un amour qu'il chercha toujours à susciter également chez les fidèles. Il recommandait à l'une de ses filles spirituelles : "Aime l'Ecriture Sainte et la Sagesse t'aimera ; aime-la tendrement, et celle-ci te préservera ; honore-la et tu recevras ses caresses. Qu'elle soit pour toi comme tes colliers et tes boucles d'oreille" (Ep 130, 20). Et encore :
"Aime la science de l'Ecriture, et tu n'aimeras pas les vices de la chair" (Ep 125, 11). 

Pour Jérôme, un critère de méthode fondamental dans l'interprétation des Ecritures était l'harmonie avec le magistère de l'Eglise. Nous ne pouvons jamais lire l'Ecriture seuls. Nous trouvons trop de portes fermées et nous glissons facilement dans l'erreur. La Bible a été écrite par le Peuple de Dieu et pour le Peuple de Dieu, sous l'inspiration de l'Esprit Saint. Ce n'est que dans cette communion avec le Peuple de Dieu que nous pouvons réellement entrer avec le "nous" au centre de la vérité que Dieu lui-même veut nous dire. Pour lui, une interprétation authentique de la Bible devait toujours être en harmonieuse concordance avec la foi de l'Eglise catholique. Il ne s'agit pas d'une exigence imposée à ce Livre de l'extérieur ; le Livre est précisément la voix du Peuple de Dieu en pèlerinage et ce n'est que dans la foi de ce Peuple que nous sommes, pour ainsi dire, dans la juste tonalité pour comprendre l'Ecriture Sainte. Il admonestait donc : "Reste fermement attaché à la doctrine traditionnelle qui t'a été enseignée, afin que tu puisses exhorter selon la saine doctrine et réfuter ceux qui la contredisent" (Ep 52, 7). En particulier, étant donné que Jésus Christ a fondé son Eglise sur Pierre, chaque chrétien – concluait-il – doit être en communion "avec la Chaire de Saint Pierre. Je sais que sur cette pierre l'Eglise est édifiée" (Ep 15, 2). Par conséquent, et de façon directe, il déclarait : "Je suis avec quiconque est uni à la Chaire de saint Pierre" (Ep 16).
 

Jérôme ne néglige pas, bien sûr, l'aspect éthique. Il rappelle au contraire souvent le devoir d'accorder sa propre vie avec la Parole divine, et ce n'est qu'en la vivant que nous trouvons également la capacité de
la comprendre. Cette cohérence est indispensable pour chaque chrétien, et en particulier pour le prédicateur, afin que ses actions, si elles étaient discordantes par rapport au discours, ne le mettent pas dans l'embarras. Ainsi exhorte-t-il le prêtre Népotien : "Que tes actions ne démentent pas tes paroles, afin que, lorsque tu prêches à l'église, il n'arrive pas que quelqu'un commente en son for intérieur : "Pourquoi n'agis-tu pas précisément ainsi?" Cela est vraiment plaisant de voir ce maître qui, le ventre plein, disserte sur le jeûne ; même un voleur peut blâmer l'avarice ; mais chez le prêtre du Christ, l'esprit et la parole doivent s'accorder"
(Ep 52, 7). Dans une autre lettre, Jérôme réaffirme : "Même si elle possède une doctrine splendide, la personne qui se sent condamnée par sa propre conscience se sent honteuse" (Ep 127, 4). 

(…) Jérôme, défini par Prospère d'Aquitaine comme un "modèle de conduite et maître du genre humain" (Carmen de ingratis, 57), nous a également laissé un enseignement riche et varié sur l'ascétisme chrétien. Il rappelle qu'un courageux engagement vers la perfection demande une vigilance constante, de fréquentes mortifications, toutefois avec modération et prudence, un travail intellectuel ou manuel assidu pour éviter l'oisiveté (cf. Epp 125, 11 et 130, 15), et surtout l'obéissance à Dieu : "Rien... ne plaît autant à Dieu que l'obéissance..., qui est la plus excellente et l'unique vertu" (Hom. de oboedientia:  CCL 78,552).
 

(…) Enfin, on ne peut pas oublier la contribution apportée par Jérôme dans le domaine de la pédagogie chrétienne (cf. Epp 107 et 128). Il se propose de former "une âme qui doit devenir le temple du Seigneur" (Ep 107, 4), une "pierre très précieuse" aux yeux de Dieu (Ep 107, 13). Avec une profonde intuition, il conseille de la préserver du mal et des occasions de pécher, d'exclure les amitiés équivoques ou débauchées (cf. Ep 107, 4 et 8-9; cf. également Ep 128, 3-4). Il exhorte surtout les parents pour qu'ils créent un environnement serein et joyeux autour des enfants, pour qu'ils les incitent à l'étude et au travail, également par la louange et l'émulation (cf. Epp 107, 4 et 128, 1), qu'ils les encouragent à surmonter les difficultés, qu'ils favorisent entre eux les bonnes habitudes et qu'ils les préservent d'en prendre de mauvaises car – et il cite là une phrase de Publilius Syrus entendue à l'école – "difficilement tu réussiras à te corriger de ces choses dont tu prends tranquillement l'habitude" (Ep 107, 8).
Les parents sont les principaux éducateurs des enfants, les premiers maîtres de vie. Avec une grande clarté, Jérôme, s'adressant à la mère d'une jeune fille et mentionnant ensuite le père, admoneste, comme exprimant une exigence fondamentale de chaque créature humaine qui commence son existence : "Qu'elle trouve en toi sa maîtresse, et que sa jeunesse inexpérimentée regarde vers toi avec émerveillement. Que ni en toi, ni en son père elle ne voie jamais d'attitudes qui la conduisent au péché, si elles devaient être imitées. Rappelez-vous que... vous pouvez davantage l'éduquer par l'exemple que par la parole" (Ep 107, 9). Parmi les principales intuitions de Jérôme comme pédagogue, on doit souligner l'importance attribuée à une éducation saine et complète dès la prime enfance, la responsabilité particulière reconnue aux parents, l'urgence d'une sérieuse formation morale et religieuse, l'exigence de l'étude pour une formation humaine plus complète. En outre, un aspect assez négligé à l'époque antique, mais considéré comme vital par notre auteur, est la promotion de la femme, à laquelle il reconnaît le droit à une formation complète : humaine, scolaire, religieuse, professionnelle. Et nous voyons précisément aujourd'hui que l'éducation de la personnalité dans son intégralité, l'éducation à la responsabilité devant Dieu et devant l'homme, est la véritable condition de tout progrès, de toute paix, de toute réconciliation et d'exclusion de la violence. L'éducation devant Dieu et devant l'homme : c'est l'Ecriture Sainte qui nous indique la direction de l'éducation et ainsi, du véritable humanisme.


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 13:14

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 7 novembre 2007.

Chers frères et soeurs!

Nous porterons aujourd'hui notre attention sur
saint Jérôme, un Père de l'Eglise qui a placé la Bible au centre de sa vie : il l'a traduite en langue latine, il l'a commentée dans ses œuvres, et il s'est surtout engagé à la vivre concrètement au cours de sa longue existence terrestre, malgré le célèbre caractère difficile et fougueux qu'il avait reçu de la nature (…).

Dès sa jeunesse, il ressentit l'attrait de la vie dans le monde (cf. Ep 22, 7), mais en lui prévalurent le désir et l'intérêt pour la religion chrétienne. Après avoir reçu le Baptême vers 366, il s'orienta vers la vie ascétique et, s'étant rendu à Aquilée, il s'inséra dans un groupe de fervents chrétiens, qu'il définit comme un "chœur de bienheureux" (Chron. ad ann. 374) réuni autour de l'Evêque Valérien (…).
La méditation, la solitude, le contact avec la Parole de Dieu firent mûrir sa sensibilité chrétienne. Il sentit de manière plus aiguë le poids de ses expériences de jeunesse (cf. Ep 22, 7), et il ressentit vivement l'opposition entre la mentalité païenne et la vie chrétienne : une opposition rendue célèbre par la "vision" dramatique et vivante, dont il nous a laissé le récit. Dans celle-ci, il lui sembla être flagellé devant Dieu parce qu’il était "cicéronien et non chrétien" (cf. Ep 22, 30).

En 382, il partit s'installer à Rome : là, le Pape Damase, connaissant sa réputation d'ascète et sa compétence d'érudit, l'engagea comme secrétaire et conseiller; il l'encouragea à entreprendre une nouvelle traduction latine des textes bibliques pour des raisons pastorales et culturelles (…).

Après la mort du Pape Damase, Jérôme quitta Rome en 385 et entreprit un pèlerinage, tout d'abord en Terre Sainte, témoin silencieux de la vie terrestre du Christ, puis en Egypte, terre d'élection de nombreux moines (cf. Contra Rufinum 3, 22 ; Ep 108, 6-14). En 386, il s'arrêta à Bethléem (…). Il resta à Bethléem jusqu'à sa mort, en continuant à exercer une intense activité :
il commenta la Parole de Dieu ; défendit la foi, s'opposant avec vigueur à différentes hérésies ; il exhorta les moines à la perfection ; il enseigna la culture classique et chrétienne à de jeunes élèves ; il accueillit avec une âme pastorale les pèlerins qui visitaient la Terre Sainte. Il s'éteignit dans sa cellule, près de la grotte de la Nativité, le 30 septembre 419/420.

Sa grande culture littéraire et sa vaste érudition permirent à Jérôme la révision et la traduction de nombreux textes bibliques : un travail précieux pour l'Eglise latine et pour la culture occidentale. Sur la base des textes originaux en grec et en hébreu et grâce à la confrontation avec les versions précédentes,
il effectua la révision des quatre Evangiles en langue latine, puis du Psautier et d'une grande partie de l'Ancien Testament. En tenant compte de l'original hébreu et grec, des Septante et de la version grecque classique de l'Ancien Testament remontant à l'époque pré-chrétienne, et des précédentes versions latines, Jérôme, ensuite assisté par d'autres collaborateurs, put offrir une meilleure traduction : elle constitue ce qu'on appelle la "Vulgate", le texte "officiel" de l'Eglise latine, qui a été reconnu comme tel par le Concile de Trente et qui, après la récente révision, demeure le texte "officiel" de l'Eglise de langue latine. Il est intéressant de souligner les critères auxquels ce grand bibliste s'est tenu dans son œuvre de traducteur. Il le révèle lui-même quand il affirme respecter jusqu'à l'ordre des mots dans les Saintes Ecritures, car dans celles-ci, dit-il, "l'ordre des mots est aussi un mystère" (Ep 57, 5), c'est-à-dire une révélation. Il réaffirme en outre la nécessité d'avoir recours aux textes originaux : "S'il devait surgir une discussion entre les Latins sur le Nouveau Testament, en raison des leçons discordantes des manuscrits, ayons recours à l'original, c'est-à-dire au texte grec, langue dans laquelle a été écrit le Nouveau Pacte. De la même manière pour l'Ancien Testament, s'il existe des divergences entre les textes grecs et latins, nous devons faire appel au texte original, l'hébreu ; de manière à ce que nous puissions retrouver tout ce qui naît de la source dans les ruisseaux" (Ep 106, 2). En outre, Jérôme commenta également de nombreux textes bibliques. Il pensait que les commentaires devaient offrir de nombreuses opinions, "de manière à ce que le lecteur avisé, après avoir lu les différentes explications et après avoir connu de nombreuses opinions - à accepter ou à refuser -, juge celle qui était la plus crédible et, comme un expert en monnaies, refuse la fausse monnaie" (Contra Rufinum 1, 16).

(…)
Que pouvons-nous apprendre de saint Jérôme ? Je pense en particulier ceci : aimer la Parole de Dieu dans l'Ecriture Sainte. Saint Jérôme dit : "Ignorer les Ecritures, c'est ignorer le Christ". C'est pourquoi, il est très important que chaque chrétien vive en contact et en dialogue personnel avec la Parole de Dieu qui nous a été donnée dans l'Ecriture Sainte. Notre dialogue avec elle doit toujours revêtir deux dimensions : d'une part, il doit être un dialogue réellement personnel, car Dieu parle avec chacun de nous à travers l'Ecriture Sainte et possède un message pour chacun. Nous devons lire l'Ecriture Sainte non pas comme une parole du passé, mais comme une Parole de Dieu qui s'adresse également à nous et nous efforcer de comprendre ce que le Seigneur veut nous dire. Mais pour ne pas tomber dans l'individualisme, nous devons tenir compte du fait que la Parole de Dieu nous est donnée précisément pour construire la communion, pour nous unir dans la vérité de notre chemin vers Dieu. C'est pourquoi, tout en étant une Parole personnelle, elle est également une Parole qui construit une communauté, qui construit l'Eglise. Nous devons donc la lire en communion avec l'Eglise vivante. Le lieu privilégié de la lecture et de l'écoute de la Parole de Dieu est la liturgie, dans laquelle, en célébrant la parole et en rendant présent dans le Sacrement le Corps du Christ, nous réalisons la parole dans notre vie et la rendons présente parmi nous. Nous ne devons jamais oublier que la Parole de Dieu transcende les temps. Les opinions humaines vont et viennent. Ce qui est très moderne aujourd'hui sera très vieux demain. La Parole de Dieu, au contraire, est une Parole de vie éternelle, elle porte en elle l'éternité, ce qui vaut pour toujours. En portant en nous la Parole de Dieu, nous portons donc en nous l'éternel, la vie éternelle.

Et ainsi, je conclus par une parole de saint Jérôme à saint Paulin de Nola. Dans celle-ci, le grand exégète exprime précisément cette réalité, c'est-à-dire que dans la Parole de Dieu, nous recevons l'éternité, la vie éternelle. Saint Jérôme dit : "Cherchons à apprendre sur la terre les vérités dont la consistance persistera également au ciel" (Ep 53, 10).


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 12:07

Extrait du discours du Pape Benoît XVI aux membres de la Curie romaine, le 21 décembre 2007.

Enfin,
Aparecida.
J'ai été particulièrement touché par la petite statuette de la Vierge. De pauvres pêcheurs qui avaient jeté à maintes reprises leurs filets en vain, retirèrent des eaux du fleuve cette statuette, après quoi leur pêche s'avéra abondante. C'est la Vierge des Pauvres, devenue elle-même pauvre et petite. Ainsi, grâce précisément à la foi et à l'amour des pauvres, autour de cette figure c'est formé le grand Sanctuaire qui, renvoyant toujours cependant à la pauvreté de Dieu, à l'humilité de la Mère, constitue jour après jour une maison et un refuge pour les personnes qui prient et espèrent. C'était une bonne chose de nous réunir en ce lieu et d'y élaborer le document sur le thème : "Discipulos e misioneros de Jesucristo, para que en Él tengan la vida". Certes, quelqu'un pourrait immédiatement poser cette question : Mais était-ce bien le thème juste en cette heure de l'histoire que nous vivons? N'était-ce pas un tournant excessif vers l'intériorité, à un moment où les grands défis de l'histoire, les questions urgentes quant à la justice, la paix et la liberté requièrent le plein engagement de tous les hommes de bonne volonté et, en particulier, de la chrétienté et de l'Eglise? N'aurait-on pas dû plutôt affronter ces problèmes, au lieu de se retirer dans le monde intérieur de la foi?

Pour l'instant, renvoyons cette objection à plus tard. Avant d'y répondre, en effet, il est nécessaire de bien comprendre le thème lui-même et sa véritable signification. Ceci fait, la réponse à l'objection apparaît d'elle-même.

Le mot-clé du thème est : trouver la vie – la vraie vie. Ainsi le thème suppose que cet objectif, sur lequel sans doute tout le monde est d'accord, soit atteint en étant disciple de Jésus Christ, ainsi qu'en s'engageant pour sa Parole et sa présence.
Les chrétiens en Amérique latine et, avec eux, ceux du monde entier, sont donc avant tout invités à redevenir davantage des "disciples de Jésus Christ" – ce que nous sommes déjà, au fond, en vertu du Baptême, sans que cela n'ôte en rien le fait que nous devons sans cesse à nouveau le redevenir, par l'appropriation vivante du don de ce Sacrement.

Etre des disciples du Christ – Qu'est-ce que cela signifie? Eh bien, cela signifie en premier lieu : arriver à le connaître. Comment cela advient-il? C'est une invitation à l'écouter tel qu'il nous parle dans le texte de l'Ecriture Sainte, tel qu'il s'adresse à nous et vient à notre rencontre dans la prière commune de l'Eglise, dans les Sacrements et dans le témoignage des Saints. On ne peut jamais connaître le Christ uniquement de manière théorique. Avec une grande doctrine, on peut tout savoir sur les Saintes Ecritures, sans L'avoir jamais rencontré. Cheminer avec lui, entrer dans ses sentiments, fait partie intégrante de Sa connaissance, comme le dit la Lettre aux Philippiens (2, 5). Paul décrit brièvement ces sentiments de la façon suivante:  avoir le même amour, former ensemble une seule âme (sýmpsychoi), s'entendre, ne rien faire par rivalité et vanité, en ne cherchant pas chacun ses propres intérêts, mais aussi ceux des autres (2, 2-4). La catéchèse ne peut jamais être simplement un enseignement intellectuel ; elle doit toujours devenir aussi une pratique personnelle de la communion de vie avec le Christ, un exercice de l'humilité, de la justice et de l'amour. Ce n'est qu'ainsi que nous cheminons avec Jésus-Christ sur sa voie, ce n'est qu'ainsi que s'ouvre l'œil de notre cœur, ce n'est qu'ainsi que nous apprenons à comprendre l'Ecriture et que nous Le rencontrons. La rencontre avec Jésus Christ requiert l'écoute, requiert une réponse dans la prière et dans la pratique de ce qu'il dit. En en venant à connaître le Christ, nous en venons à connaître Dieu et, ce n'est qu'à partir de Dieu, que nous comprenons l'homme et le monde, un monde qui, autrement, demeure une question vide de sens.

Devenir disciples du Christ est donc un chemin d'éducation vers notre être véritable, vers la juste manière d'être des hommes. Dans l'Ancien Testament, l'attitude de fond de l'homme qui vit la Parole de Dieu était résumé dans le terme zadic – le juste : celui qui vit selon la Parole de Dieu devient un juste ; il pratique et vit la justice. Dans le christianisme, l'attitude des disciples de Jésus Christ était exprimée par une autre parole : le fidèle. La foi comprend tout, cette parole indique à présent à la fois le fait d'être avec le Christ et d'être avec sa justice. Nous recevons dans la foi la justice du Christ, nous la vivons personnellement et nous la transmettons. Le document d'Aparecida concrétise tout cela en parlant de la Bonne Nouvelle sur la dignité de l'homme, sur la vie, sur la famille, sur la science et la technologie, sur le travail humain, sur la destination universelle des biens de la terre et sur l'écologie : des dimensions dans le cadre desquelles s'articule notre justice, est vécue la foi et sont apportées des réponses aux défis du temps.

Le disciple de Jésus Christ doit être également "missionnaire", messager de l'Evangile, nous dit ce document. Ici aussi s'élève une objection : est-il encore licite aujourd'hui d'"évangéliser"? Toutes les religions et les conceptions du monde ne devraient-elles pas plutôt coexister pacifiquement et chercher à réaliser ensemble le meilleur pour l'humanité, chacune à sa manière? De fait, il est indiscutable que nous devons tous coexister et coopérer dans la tolérance et dans le respect réciproques. L'Eglise catholique s'engage en ce sens avec une grande énergie et, avec les deux rencontres d'
Assise, elle a aussi laissé des indications claires dans ce sens, des indications que nous avons à nouveau repris dans la rencontre de Naples de cette année.
A cet égard, je suis heureux de rappeler la lettre qui m'a courtoisement été envoyée le 13 octobre dernier par 138 responsables religieux musulmans pour témoigner de leur engagement commun dans la promotion de la paix dans le monde. C'est avec joie que j'ai répondu en exprimant mon adhésion sincère à ces nobles intentions et en soulignant dans le même temps l'urgence d'un engagement commun au service de la protection des valeurs du respect réciproque, du dialogue et de la collaboration. La reconnaissance commune de l'existence d'un Dieu unique, Créateur providentiel et Juge universel du comportement de chacun, constitue la prémisse d'une action commune en défense du respect effectif de la dignité de chaque personne humaine pour l'édification d'une société plus juste et solidaire.

Mais cette volonté de dialogue et de collaboration signifierait-elle également dans le même temps que nous ne pouvons plus transmettre le message de Jésus Christ, que nous ne pouvons plus proposer aux hommes et au monde cet appel et l'espérance qui en découle? Celui qui a reconnu une grande vérité, qui a trouvé une grande joie, doit la transmettre, il ne peut absolument pas la garder pour lui. Des dons si grands ne sont jamais destinés à une seule personne. En Jésus Christ est née pour nous une grande lumière, la grande Lumière : nous ne pouvons pas la mettre sous le boisseau, mais nous devons l'élever sur le lampadaire, pour qu'elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison (cf. Mt 5, 15).
Saint Paul a été inlassablement en chemin en apportant avec lui l'Evangile. Il se sentait même soumis à une sorte de "nécessité" d'annoncer l'Evangile (cf. 1 Co 9, 16) – non tant du fait d'une préoccupation pour le Salut de la personne non baptisée qui n'avait pas encore été touchée par l'Evangile, que parce qu'il était conscient que l'histoire dans son ensemble ne pouvait pas arriver à son achèvement tant que la totalité (pléroma) des peuples n'aurait pas été touchée par l'Evangile (cf. Rm 11, 25). Pour parvenir à son achèvement, l'histoire a besoin de l'annonce de la Bonne Nouvelle à tous les peuples, à tous les hommes (cf. Mc 13, 10). Et de fait : tout comme il est important que confluent au sein de l'humanité des forces de réconciliation, des forces de paix, des forces d'amour et de justice – de même, il est important que, dans le "bilan" de l'humanité, face aux sentiments et aux réalités de la violence et de l'injustice qui la menacent, soient suscitées et renforcées des forces antagonistes! C'est précisément ce qu'il advient dans la mission chrétienne. A travers la rencontre avec Jésus Christ et ses Saints, à travers la rencontre avec Dieu, le bilan de l'humanité est alimenté par ces forces du bien, sans lesquelles tous nos projets d'ordre social ne deviennent pas réalité, mais – face à la pression surpuissante d'autres intérêts contraires à la paix et à la justice – ne demeurent que des théories abstraites.

Nous sommes ainsi revenus aux questions posées au début : la rencontre d'Aparecida a-t-elle bien fait, dans la recherche de vie pour le monde, d'accorder la priorité à l'imitation de Jésus Christ et à l'évangélisation? Etait-ce un repli erroné vers l'intériorité? Non! Aparacida a pris une juste décision, car c'est précisément à travers la nouvelle rencontre avec Jésus Christ et son Evangile – et seulement ainsi – que sont stimulées les forces qui nous rendent capables d'apporter la juste réponse aux défis de l'époque.


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 14:19

Extrait du discours du Pape Benoît XVI aux membres de la Curie romaine, le 21 décembre 2007.

Une nouvelle année touche à sa fin. Comme premier événement saillant de cette période, qui a passé si vite, je voudrais mentionner le voyage au Brésil. Son but était la rencontre avec la Ve Conférence générale de l'Episcopat de l'Amérique latine et des Caraïbes et, en conséquence, d'une façon plus générale, une rencontre avec l'Eglise qui se trouve sur le vaste continent latino-américain.

Avant de m'arrêter sur la Conférence d'Aparecida, je voudrais parler de quelques moments culminants de ce voyage. Avant tout, la soirée solennelle avec les jeunes au stade de São Paolo, demeure gravée dans ma mémoire : malgré le froid, nous étions tous unis par une grande joie intérieure, par une expérience vivante de communion et par la claire volonté d'être, dans l'Esprit de Jésus Christ, serviteurs de la réconciliation, amis des pauvres et de ceux qui souffrent et messagers de ce bien dont nous avons rencontré la splendeur dans l'Evangile.
Il existe des manifestations de masse qui n'ont pour seul effet que de s'affirmer elles-mêmes ; on s'y laisse entraîner par l'ivresse du rythme et des sons, ne finissant par retirer de la joie que de soi-même. Là, en revanche, l'esprit s'est vraiment ouvert ; la communion profonde qui s'est instaurée spontanément entre nous, en étant les uns avec les autres, nous entraîna à être les uns pour les autres. Ce ne fut pas une fuite devant la vie quotidienne, mais cela se transforma dans la force d'accepter la vie d'une nouvelle façon. Je voudrais donc remercier de tout cœur les jeunes qui ont animé cette soirée en étant ensemble, par leurs chants, leurs paroles, leurs prières, nous purifiant intérieurement et en nous rendant meilleurs, notamment pour les autres.

Le jour où, avec un grand nombre d'Evêques, de prêtres, de religieuses, de religieux et de fidèles laïcs, j'ai pu canoniser Frei Galvão, un fils du Brésil, le proclamant saint pour l'Eglise universelle, demeure également inoubliable. Partout ses images nous saluaient, des images d'où se dégageaient la splendeur de la bonté de cœur qu'il avait trouvée dans la rencontre avec le Christ et dans le rapport avec sa communauté religieuse.
Quant au retour définitif du Christ, dans la parousie, il nous a été dit qu'Il ne viendra pas seul, mais avec tous ses Saints. Ainsi, chaque Saint qui entre dans l'histoire constitue déjà une petite partie du retour du Christ, sa nouvelle entrée dans le temps, qui nous montre son image d'une façon nouvelle et nous rend sûrs de sa présence. Jésus Christ n'appartient pas au passé et n'est pas confiné dans un avenir lointain, dont nous n'avons même pas le courage de demander l'avènement. Il arrive avec une grande procession de Saints. Avec ses Saints, il est toujours déjà en chemin vers nous, vers notre aujourd'hui.

Je me souviens avec une vivacité particulière du jour passé dans la Fazenda da Esperança, où des personnes, tombées dans l'esclavage de la drogue, retrouvent la liberté et l'espérance. En arrivant là-bas, j'ai avant tout perçu d'une manière nouvelle la force réparatrice de la Création de Dieu. Des montagnes vertes entourent cette large vallée, élèvent le regard vers le haut et, en même temps, confèrent un sentiment de protection. Du tabernacle de la petite église des carmélites jaillit une source d'eau limpide qui rappelle la prophétie d'Ezéchiel quant à l'eau qui, jaillissant du Temple, désintoxique la terre salée et fait pousser des arbres qui engendrent la vie. Nous devons défendre la Création, non seulement en vue de nos besoins, mais pour elle-même – comme message du Créateur, comme don de beauté, qui est promesse et espérance. Oui, l'homme a besoin de la transcendance. Dieu seul suffit, a dit Thérèse d'Avila. S'il vient à manquer, alors l'homme doit chercher à surmonter seul les frontières du monde, à ouvrir devant lui l'espace infini pour lequel il a été créé. Alors la drogue devient pour lui presque une nécessité. Mais, bien vite, il découvre que cet infini est illusoire – une farce, pourrait-on dire, que le diable fait à l'homme. Là, dans la Fazenda da Esperança, les frontières du monde sont vraiment dépassées, le regard s'ouvre vers Dieu, vers l'amplitude de notre vie, et la guérison survient. A tous ceux qui travaillent là-bas, j'adresse mes remerciements sincères, et à tous ceux qui y cherchent une guérison, mes vœux cordiaux et ma bénédiction.

Je voudrais ensuite évoquer la rencontre avec les Evêques brésiliens dans la cathédrale de São Paolo. La musique solennelle qui nous a accompagnés demeure inoubliable. Le fait qu'elle fut exécutée par un chœur et un orchestre formés de jeunes pauvres de la ville l'a rendue particulièrement belle. Ces personnes nous ont ainsi offert l'expérience de la beauté qui fait partie de ces dons grâce auxquels sont dépassées les limites du quotidien du monde et nous pouvons percevoir des réalités plus grandes, qui nous assurent de la beauté de Dieu. Ensuite, l'expérience de la "collégialité effective et affective", de la communion fraternelle dans le ministère commun, nous a fait éprouver la joie de la catholicité : au-delà de toutes les frontières géographiques et culturelles, nous sommes frères, avec le Christ ressuscité qui nous appelés à son service.


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI   

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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