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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 12:09

Suite de l’interview de Mgr Tony Anatrella par Zenit.org. Mgr Anatrella revient sur la polémique suscitée, surtout en France, autour des propos du pape concernant la prévention contre le sida.

Zenit : Que fait l'Eglise contre le sida et pour les soins des malades ?

Mgr T. Anatrella : 
Dans ses réflexions sur la prévention contre le sida, Benoît XVI a d'abord voulu souligner l'engagement de l'Église dans l'accueil, les soins médicaux et l'accompagnement social et spirituel des personnes touchées par le Sida. Parmi les institutions dans le monde qui s'occupent des personnes ainsi atteintes, l'Église est le plus important prestataire privé de soins aux malades du sida, elle arrive en seconde position après les Etats : 44% sont des institutions d'État, 26,70% sont des institutions catholiques, 18,30% sont des ONG et 11% d'autres religions. (Cf. Conseil Pontifical pour la Santé).

(…) C'est dire combien l'Église est active dans ces domaines et connaît bien les enjeux de cette pandémie. Elle a la compétence en la matière et développe une réflexion autour de l'éducation au sens de la responsabilité. Une exigence humaine accessible à toutes les consciences indépendamment d'un point de vue confessionnel. C'est dans ce sens que le Pape Benoît XVI vient d'affirmer que « l'on ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution des préservatifs. Au contraire leur utilisation aggrave le problème ». Il a souligné que la solution passe par « un réveil humain et spirituel » et « l'amitié pour les souffrants ».

Zenit : Comment analysez-vous ces réactions ?

Mgr T. Anatrella : 
Ces réflexions étonnent de nombreux commentateurs qui soutiennent une vision sanitaire de la sexualité humaine. La question qui est pourtant posée à la conscience humaine devant la constante transmission du virus HIV est de savoir quel sens avons-nous de la sexualité, quel modèle sommes-nous en train de construire avec une prévention uniquement centrée sur le préservatif, quelle éducation sur le sens de la relation voulons-nous donner aux jeunes générations ? Au lieu de se fier à un moyen technique qui évacue de nombreuses questions, n'est-il pas décisif de réfléchir sur des comportements qui participent à la transmission de ce virus et de bien d'autres en matière sexuelle ?

A entendre les réactions de l'univers médiatico-politique comment ne pas voir une fracture culturelle importante : on sait plus penser la sexualité que du point de vue sanitaire. Il est pour le moins simpliste et ridicule de laisser entendre que le discours du Pape serait responsable de la pandémie en Afrique. D'un côté on affirme que les gens ne tiennent pas compte des principes moraux de l'Église en matière de sexualité et de l'autre on soutient que son discours faciliterait la transmission du virus. Nous sommes en train d'inverser les rôles et de déplacer les responsabilités selon la modalité du bouc-émissaire. Sans vouloir le reconnaître, il y a un type de prévention qui est incitative de pratiques contre lesquelles on veut lutter et c'est l'inverse qui se produit comme à une époque on voulait « soigner la drogue avec de la drogue ». Nous en sommes revenus après que cette forme de prévention nous a fait perdre du temps pendant près de quarante ans !

Nous sommes dans une sorte d'incapacité à tout simplement comprendre ce que dit le Pape : « Réfléchissons aux comportements sexuels qui transmettent le virus HIV et engageons des mesures d'éducation au sens de la responsabilité ». Cela ne veut pas dire que le discours sanitaire et les « moyens prophylactiques » sont exclus, mais dans une perspective éducative nous ne pouvons pas nous limiter à ses seuls moyens. Cela montre bien à quel autisme se trouvent réduits certains. Où est le bon sens ? Il est étonnant que l'on reproche au Pape de nous faire part de ses réflexions à la suite d'une question posée par un journaliste. L'impuissance à réfléchir les comportements et les modèles sexuels contemporains valorisants les pulsions partielles, les pratiques morcelées et les orientations sexuelles finit par murer dans des clichés. Nous avons ainsi entendu sous forme d'affirmation péremptoire, comme savent le faire des adolescents, « ce qui m'intéresse ce sont les hommes et pas les dogmes ». Avec une telle formule ne somme-nous pas dans le degré zéro de la culture ? Des responsables politiques réduisent le champ de la réflexion à un soliloque puisque le Pape ne parle pas ici de dogmes mais jette un regard réaliste d'adulte sur une vision quasi immature et enfantine de la sexualité humaine. Quel aveuglement, quel obscurantisme, quelle vision idéologique du préservatif pour ne pas voir quelles sont les pratiques qui sont à l'origine de la transmission virale. La maladie provoquée par ce virus est tragique et il nous revient de tout mettre en œuvre pour l'éviter et soigner dignement les malades et notamment en Afrique par la gratuité des soins et des médicaments comme le suggère le Pape. Mais en même temps, il y a une sorte d'enfermement dans un type de sexualité depuis près de quarante ans qui pose de sérieux problèmes. Le refus de la réflexion montre bien quelle angoisse on cherche à éviter sans la traiter à travers des conduites problématiques. On oublie également, que l'on meurt davantage d'autres maladies que du sida et pourtant on ne parle que de lui. Comme si c'était une façon de vouloir maintenir des modèles comportementaux sous le biais de la compassion pour ne pas à les interroger et les remettre en question. Une culture, c'est aussi une façon de signifier la sexualité et l'expression sexuelle qui reste une modalité de la relation humaine entre un homme et une femme, et non pas seulement un exutoire des angoisses primaires et des pulsions partielles comme pour se libérer d'un sentiment de castration alors que l'on ne fait que de la renforcer.

La pandémie du sida nous interroge une fois de plus sur les comportements sexuels. Elle nous incite à changer de comportement plutôt que de changer de pratiques techniques. En effet devons-nous nous limiter uniquement à une vision pulsionnelle et technique de la sexualité qui en favorise sa déshumanisation ou bien rechercher les conditions épanouissantes de son exercice dans la perspective d'une rencontre qui vient enrichir la relation engagée entre un homme et une femme ? Dans l'acte sexuel l'homme et la femme s'accueillent et se donnent. Grâce à l'amour sexuel, ils se rejoignent dans la jouissance pour être ensemble et se donner vie. Si l'acte sexuel n'engage pas la relation et répond simplement à une excitation, il demeure un acte hygiénique et, dans ces conditions, le préservatif apparaît comme une protection sanitaire mais aussi une protection relationnelle. En revanche, si l'expression sexuelle est vécue comme un engagement entre l'homme et la femme alors l'abstinence et la fidélité s'imposent.
Mais depuis quelques années nous fabriquons un modèle sexuel assez surréaliste qui produit le sexe-préservatif. Est-ce à cet objet sanitaire de définir la sexualité et de l'humaniser ? D'ailleurs lors de campagnes de prévention, ne voit-on pas sur les murs de Paris des affiches avec le slogan : « Paris aime » ... suivi de l'image d'un préservatif en forme de lever de soleil. Il serait plus sain d'apprendre à découvrir ce qu'est l'amour entre un homme et une femme plutôt que de déplacer le sens de l'amour sur un condom. Un message qui prête à confusion et, une fois de plus, à l'inversion des sens et des choses.

Zenit : L'Église parle d'amour ?

Mgr T. Anatrella : Oui, mais pas d'une façon émotionnelle où tout et n'importe quoi peut se dire et se faire en son nom. Encore faut-il savoir ce qu'est l'amour et dans quelles conditions il est possible de le vivre. L'amour est indissociable de la vérité. Toutes les relations affectives et toutes les expressions sexuelles ne sont pas synonymes d'amour.

(…) L'Église ne cesse de rappeler la dignité de la personne humaine et la signification de l'amour. Elle affirme qu'il n'y a de remède ultime au sida que grâce à un comportement digne de l'homme, c'est-à-dire capable de respect, de fidélité et de maîtrise de soi qui sont les conditions même de l'amour. Cette perspective n'exclue nullement un discours sanitaire et le recours dans certaines situations au préservatif afin de ne pas mettre la vie en danger. Le discours sanitaire (et le préservatif) peut être nécessaire mais restent largement insuffisant quand il s'arrête à des mesures purement techniques. En langage moral, le préservatif reste une question de casuistique, comme l'évoquait déjà le cardinal Ratzinger en 1989 que je cite dans mon livre « L'amour et l'Eglise » : « L'erreur de base est de centrer le problème du Sida sur celui de l'usage du préservatif. Certes, les deux se rejoignent à un certain point, mais là n'est pas le vrai problème. Se polariser sur le préservatif comme moyen de prévention, c'est mettre au second plan toutes les réalités et tous les éléments humains qui entourent le malade, et qui doivent demeurer présents dans notre réflexion. La question du préservatif est marginale, je dirais casuistique. [...] Il me semble que le problème fondamental est de trouver le juste langage en la matière. Pour ma part, je n'aime pas l'expression de "moindre mal". Malgré tout, pour l'instant, la question n'est pas de trancher entre telle ou telle position, mais de chercher ensemble l'avis le meilleur pour définir et comprendre aussi l'action possible. [...] C'est le signe d'une réflexion qui n'est pas figée. [...] Ce qui est clair pour ma part, c'est la nécessité d'une sexualité personnalisée, que je considère être la meilleure et l'unique prévention véritable. Il faut en tenir compte non seulement du point de vue de la théologie, mais aussi du point de vue des sciences » (Propos recueillis par G. Mattia, La Croix du 22 novembre 1989)

Il existe deux attitudes pour éviter le sida : la fidélité et l'abstinence et un moyen technique : le préservatif. Si les deux attitudes ne peuvent pas être vécues, alors il est préférable d'avoir recours à des moyens de protection pour ne pas répandre la mort. La priorité reste toujours la formation au sens de la responsabilité.

Le Cardinal Lustiger avait bien situé les enjeux dans cette perspective en déclarant aux journalistes de l'Express : « Il faut aider la nouvelle génération : elle désire découvrir la dignité de l'amour. La fidélité est possible. Tout véritable amour doit apprendre la chasteté. Des malades du sida sont appelés, comme chacun de nous, à vivre la chasteté non dans la frustration, mais dans la liberté. Ceux qui n'y parviennent pas doivent, en utilisant d'autres moyens, éviter le pire : ne donnez pas la mort. » Le journaliste de reprendre : « Un pis-aller, le préservatif ? » « Un moyen de ne pas ajouter au mal un autre mal... »

Autrement dit, au nom de l'amour tout n'est pas possible encore faut-il que les actes soient en cohérence avec lui.

Zenit : « L'Eglise est experte en humanité », selon la formule de Paul VI à l'ONU, et également éducatrice des consciences en appelant chacun au sens de sa conscience, de sa liberté à ne pas aliéner et au sens d'une relation authentique à l'autre. Comment tout ceci peut-il se traduire face au fléau du sida ?

Mgr T. Anatrella : Pour l'Eglise, la sexualité doit être orientée, élevée et intégrée par l'amour qui, seul, la rend humaine.
Même si la personne n'est pas située dans cette perspective, elle est invitée à assumer son existence là où elle en est de sa conscience d'elle-même par rapport aux réalités et aux exigences morales. Autrement dit, l'amour est une perspective et un ordre relationnel à partir de duquel il convient d'évaluer la nature, la qualité et la vérité de sa relation et de son engagement vis-à-vis d'autrui. Ensuite, face à cette exigence, c'est à chacun de prendre ses responsabilités en usant de la vertu de la prudence, celle qui calcule et tient compte de tous les risques de la vie. Le préservatif, au-delà de son aspect sanitaire, lorsqu'il vient simplement justifier le multipartenariat, devient au regard du sens de l'amour humain le signe de l'inauthenticité de la relation et donc moralement illicite. Une telle conduite feint l'amour, elle n'en relève pas. Autrement dit, il ne suffit pour éviter des accidents de la route de mettre sa ceinture de sécurité, encore faut-il savoir respecter le code de la route.

Benoît XVI assume sa fonction et reste dans son domaine spirituel et moral lorsqu'il réaffirme les principes humains au sujet de la sexualité qui nous concernent tous.
Le sida devrait-il en changer la signification ?

Les relations entre les êtres humains engagent plus que nous ne le croyons. L'expression de l'amour sexuel n'est pas banale. Un homme et une femme n'ont pas trop de toute leur vie pour s'aimer.
La multiplication des partenaires sans discernement est un malheur complet pour la dignité humaine.

La sexualité humaine ne peut pas s'élaborer psychologiquement et se signifier moralement en fonction d'une maladie, à moins que l'on veuille profiter d'une telle situation pour justifier et édifier des tendances problématiques comme modèles sexuels. Ce n'est pas à partir du sida qu'on définit la sexualité humaine, mais à partir du sens de l'amour, de l'amour qui est un engagement entre un homme et une femme dans une relation et dans la responsabilité. L'Église témoigne d'un amour de vie, d'un amour prophétique.
 

Relire la première partie de l'interview de Mgr Tony Anatrella

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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 11:08

Extraits de la ma-gni-fique homélie prononcée par le Pape Benoît XVI dans la nuit de Noël 2007.

Chers Frères et Sœurs,

« Pour Marie, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune »
 (cf. Lc 2, 6ss). De manière toujours nouvelle, ces mots nous touchent le cœur. Il est arrivé le moment annoncé par l’Ange à Nazareth : « Tu vas enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut » (cf. Lc 1, 31). Il est arrivé le moment attendu par Israël depuis tant de siècles, durant tant d’heures sombres – le moment attendu en quelque sorte par toute l’humanité à travers des figures encore confuses : le moment où Dieu prendrait soin de nous, où il ne serait plus caché, où le monde deviendrait sain et où il renouvellerait tout.

Nous pouvons imaginer par quelle préparation intérieure, avec quel amour Marie est allée au devant de cette heure. La courte notation « elle l’emmaillota » nous laisse entrevoir une part de la joie sainte et de l’empressement silencieux de cette préparation. Les langes étaient prêts pour que l’enfant puisse être bien accueilli. Mais dans la salle commune, il n’y avait pas de place. D’une certaine façon, l’humanité attend Dieu, elle attend qu’il se fasse proche. Mais quand arrive le moment, il n’y a pas de place pour lui. Elle est si occupée d’elle-même, elle a besoin de tout l’espace et de tout le temps de manière si exigeante pour ses propres affaires qu’il ne reste rien pour l’autre – pour le prochain, pour le pauvre, pour Dieu. Et plus les hommes deviennent riches, plus ils remplissent tout d’eux-mêmes. Et moins l’autre peut y entrer.

Dans son Évangile, saint Jean, allant à l’essentiel, a approfondi la brève allusion de saint Luc sur la situation à Bethléem : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu » (1, 11). Cela concerne d’abord Bethléem : le Fils de David vient dans sa ville, mais il doit naître dans une étable, parce que, dans la salle commune, il n’y a pas de place pour Lui. Cela concerne ensuite Israël : l’envoyé vient chez les siens, mais on ne le veut pas. Cela concerne en réalité l’humanité tout entière : Celui par lequel le monde a été fait, le Verbe créateur, entre dans le monde, mais il n’est pas écouté, il n’est pas accueilli.

Ces paroles, en définitive, nous concernent nous, chacun en particulier et la société dans son ensemble. Avons-nous du temps pour le prochain qui a besoin de notre parole, de ma parole, de mon affection ? Pour la personne souffrante qui a besoin d’aide ? Pour le déplacé ou le réfugié qui cherche asile ? Avons-nous du temps et de l’espace pour Dieu ? Peut-il entrer dans notre vie ? Trouve-t-il un espace en nous, ou avons-nous occupé pour nous-mêmes tous l’espace de notre réflexion, de notre agir, de notre vie ?

Grâce à Dieu, l’élément négatif n’est pas l’unique ni l’ultime que nous trouvons dans l’Évangile. De même qu’en Luc nous rencontrons l’amour de la Vierge Mère Marie et la fidélité de saint Joseph, la vigilance des bergers ainsi que leur grande joie, de même qu’en Matthieu nous assistons à la visite des Mages, pleins de sagesse, venus de loin, de même aussi Jean nous dit : « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, … il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (1, 12). On trouve des personnes qui l’accueillent et ainsi, à partir de l’étable, de l’extérieur, grandit silencieusement la maison nouvelle, la cité nouvelle, le monde nouveau. Le message de Noël nous fait reconnaître l’obscurité d’un monde clos, et il illustre ainsi, sans aucun doute, une réalité que nous rencontrons quotidiennement. Mais il nous dit aussi que Dieu ne se laisse pas mettre dehors. Il trouve un espace, même s’il faut entrer par une étable ; on trouve des personnes qui voient sa lumière et qui la transmettent. A travers la parole de l’Évangile, l’Ange nous parle à nous aussi et, dans la sainte liturgie, la lumière du Rédempteur entre dans notre vie. Que nous soyons bergers ou sages – sa lumière et son message nous appellent à nous mettre en chemin, à sortir de notre enfermement dans nos désirs et dans nos intérêts, pour aller à la rencontre du Seigneur et pour l’adorer. Nous l’adorons en ouvrant le monde à la vérité, au bien, au Christ, au service des personnes marginalisées, dans lesquelles Lui nous attend.

Dans certaines représentations de la Nativité à la fin du Moyen-Âge et au début de l’époque moderne, l’étable apparaît comme un palais un peu délabré. Si l’on peut encore en reconnaître la grandeur d’autrefois, il est maintenant en ruines, les murs sont effondrés – il est précisément devenu une étable. Bien que n’ayant aucun fondement historique, cette interprétation exprime cependant sur un mode métaphorique quelque chose de la vérité qui se cache dans le mystère de Noël. Le trône de David, auquel était promis une durée éternelle, est vide. D’autres exercent leur domination sur la Terre Sainte. Joseph, le descendant de David, est un simple artisan ; le palais est, de fait, devenu une cabane. David lui-même était à l’origine un pasteur. Quand Samuel le chercha en vue de l’onction, il semblait impossible et contradictoire qu’un jeune berger comme lui puisse devenir celui qui porterait la promesse d’Israël. Dans l’étable de Bethléem, de là où précisément tout est parti, la royauté davidique renaît de façon nouvelle – dans cet enfant emmailloté et couché dans une mangeoire. Le nouveau trône d’où ce David attirera le monde à lui est la Croix. Le nouveau trône – la Croix – correspond au nouveau commencement dans l’étable. Mais c’est précisément ainsi qu’est construit le vrai palais de David, la véritable royauté. Ce nouveau palais est tellement différent de la façon dont les hommes imaginent un palais et le pouvoir royal. Il est constitué par la communauté de ceux qui se laissent attirer par l’amour du Christ et, avec Lui, deviennent un seul corps, une humanité nouvelle. Le pouvoir qui vient de la Croix, le pouvoir de la bonté qui se donne – telle est la véritable royauté. L’étable devient palais – à partir de ce commencement, Jésus édifie la grande et nouvelle communauté dont les anges chantent le message central à l’heure de sa naissance : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes, qu’il aiment », aux hommes qui déposent leur volonté dans la sienne, devenant ainsi des hommes de Dieu, des hommes nouveaux, un monde nouveau.

Dans ses homélies de Noël, Grégoire de Nysse a développé la même perspective en partant du message de Noël dans l’Évangile de Jean : « Il a planté sa tente parmi nous » ( 1, 14). Grégoire applique ce mot de tente à la tente de notre corps, devenu usé et faible, toujours exposé à la douleur et à la souffrance. Et il l’applique au cosmos tout entier, lacéré et défiguré par le péché. Qu’aurait-il dit s’il avait vu les conditions dans lesquelles se trouvent aujourd’hui la terre en raison de l’utilisation abusive des ressources et de leur exploitation égoïste et sans aucune précaution ? De manière quasi prophétique, Anselme de Canterbury a un jour décrit par avance ce que nous voyons aujourd’hui dans un monde pollué et menacé dans son avenir : « Tout ce qui avait été fait pour servir à ceux qui louent Dieu était comme mort, avait perdu sa dignité. Les éléments du monde étaient oppressés, avaient perdu leur splendeur à cause de l’excès de ceux qui les asservissaient à leurs idoles, pour lesquelles ils n’avaient pas été créés » (PL 158, 955 ss). Ainsi, selon la vision de Grégoire, dans le message de Noël, l’étable représente la terre maltraitée. Le Christ ne reconstruit pas un palais quelconque. Il est venu pour redonner à la Création, au cosmos, sa beauté et sa dignité : c’est ce qui est engagé à Noël et qui fait jubiler les anges. La terre est restaurée précisément par le fait qu’elle est ouverte à Dieu, qu’elle retrouve sa vraie lumière ; et, dans l’harmonie entre vouloir humain et vouloir divin, dans l’union entre le haut et le bas, elle retrouve sa beauté, sa dignité. Aussi, la fête de Noël est-elle une fête de la création restaurée. À partir de ce contexte, les Pères interprètent le chant des anges dans la Nuit très sainte : il est l’expression de la joie née du fait que le haut et le bas, le ciel et la terre se trouvent de nouveau unis ; que l’homme est de nouveau uni à Dieu. Selon les Pères, le chant que désormais les anges et les hommes peuvent chanter ensemble fait partie du chant de Noël des anges ; c’est ainsi que la beauté du cosmos s’exprime par la beauté du chant de louange (…). Dans l’étable de Bethléem, le ciel et la terre se rejoignent. Le ciel est venu sur la terre. C’est pourquoi, de là émane une lumière pour tous les temps ; c’est pourquoi, là s’allume la joie ; c’est pourquoi, là naît le chant.

Au terme de notre méditation de Noël, je voudrais citer une parole extraordinaire de saint Augustin. Interprétant l’invocation de la Prière du Seigneur : « Notre Père qui est aux cieux », il se demande : quel est ce ciel ? Où est-il ce ciel ? Et suit une réponse étonnante : « … qui est aux cieux – cela signifie : dans les saints et dans les justes. En effet, les cieux sont les corps les plus élevés de l’univers, mais, étant cependant des corps, qui ne peuvent exister sinon en un lieu. Si toutefois on croit que le lieu de Dieu est dans les cieux comme dans les parties les plus hautes du monde, alors les oiseaux seraient plus heureux que nous, parce qu’ils vivraient plus près de Dieu. Mais il n’est pas écrit : ‘Le Seigneur est proche de ceux qui habitent sur les hauteurs ou sur les montagnes’, mais plutôt : ‘Le Seigneur est proche du cœur brisé’ (Ps 34 [33], 19), expression qui se réfère à l’humilité. Comme le pécheur est appelé ‘terre’, ainsi, à l’inverse, le juste peut être appelé ‘ciel’ » (Serm. in monte II 5, 17). Le ciel n’appartient pas à la géographie de l’espace, mais à la géographie du cœur. Et le cœur de Dieu, dans cette Nuit très sainte, s’est penché jusque dans l’étable : l’humilité de Dieu est le ciel. Et si nous entrons dans cette humilité, alors, nous toucherons le ciel. Alors, la terre deviendra aussi nouvelle. Avec l’humilité des bergers, mettons-nous en route, en cette Nuit très sainte, vers l’Enfant dans l’étable ! Touchons l’humilité de Dieu, le cœur de Dieu ! Alors, sa joie nous touchera et elle rendra le monde plus lumineux.



Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 12:10

"La pente naturelle de notre société nie la vraie nature de l'homme, empêchant chacun de tirer le meilleur et le plus juste profit de lui-même et des autres.

J'ai mal de voir la jeunesse gavée d'illusions, flattée et trompée par des adultes égarés ou pervertis, se perdre en s'éloignant de la lumière de la vérité.

Combien de jeunes seront ainsi empêchés de connaître les joies et le bonheur d'un véritable amour et risqueront une mort affreuse dans la solitude et le désespoir.

Non, le préservatif ne donne aucune certitude d'échapper à cet anéantissement de l'être.

Combien de jeunes, incités au vagabondage sexuel par les mensonges d'une publicité criminelle, en font l'amère expérience ! Je pense ici à celui ou celle que l'on engage à prendre un risque mortel sans l'avertir de la fiabilité relative du préservatif. Ceux-là ont le droit absolu que cette proposition leur soit présentée en parfaite honnêteté.

De toutes les façons, nous ne pourrons encore faire très longtemps l'économie d'une véritable réflexion."


(Dominique Morin, 36 ans, malade du SIDA - Source : Relais de la Touque)

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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 11:07

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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 00:00

Extrait du Message Urbi et Orbi du Pape Benoît XVI pour Noël 2007.

Chers Frères et Sœurs !

« Un jour saint est apparu pour nous »
. Un jour de grande espérance : aujourd’hui nous est né le Sauveur de l’humanité ! La naissance d’un enfant apporte normalement une lumière d’espérance à ceux qui l’attendent avec impatience. Lorsque Jésus est né dans la grotte de Bethléem, une « grande lumière » est apparue sur la terre ; une grande espérance a pénétré le cœur de ceux qui l’attendaient : « lux magna », chante la liturgie de ce jour de Noël. Ce ne fut certainement pas une « grande lumière » selon le critère de ce monde, puisque ceux qui, les premiers, la virent, furent seulement Marie, Joseph et quelques bergers, puis les Mages, le vieux Syméon, la prophétesse Anne : ceux que Dieu avaient d’avance choisis. Et pourtant, dans le secret et le silence de cette nuit sainte, s’est allumée pour tout homme une lumière splendide et sans déclin ; la grande espérance, porteuse de bonheur, est arrivée dans le monde : « Le Verbe s’est fait chair et nous avons contemplé sa gloire » (Jn 1, 14).

« Dieu est lumière
– affirme saint Jean – en lui point de ténèbres » (1 Jn 1, 5). Dans le livre de la Genèse nous lisons qu’à l’origine de l’univers, « la terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme ». « Dieu dit : "Que la lumière soit !" et la lumière fut » (Gn 1, 2-3). La Parole créatrice de Dieu est Lumière, source de la vie. Tout a été fait par le Logos et sans Lui rien de tout ce qui existe n’a été fait (cf. Jn 1, 3). Voilà pourquoi toutes les créatures sont fondamentalement bonnes et portent en elles l’empreinte de Dieu, une étincelle de sa lumière. Cependant, lorsque Jésus est né de la Vierge Marie, la Lumière elle-même est venue dans le monde : « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière » proclamons-nous dans le Credo. En Jésus, Dieu a assumé ce qui n’était pas tout en restant ce qu’il était : « La toute puissance est entrée dans un corps d’enfant et ne s’est pas soustraite aux lois de l’univers » (cf. S. Augustin, Sermon 184, 1, sur Noël). Il s’est fait homme, Celui qui est le créateur de l’homme pour apporter au monde la paix. C’est pourquoi, dans la nuit de Noël, la troupe des anges chante : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes, qu’il aime » (Lc 2, 14).

« Aujourd’hui une grande lumière est descendue sur la terre»
. La lumière du Christ est porteuse de paix. Dans la Messe de la nuit, la liturgie eucharistique s’ouvrait justement par ce chant : « Aujourd’hui, la paix véritable vient du ciel sur notre terre » (Antienne d’ouverture). En fait, seule la « grande » lumière apparue avec le Christ peut donner aux hommes la paix « véritable » : voilà pourquoi toutes les générations sont appelées à la recevoir, à accueillir le Dieu qui, à Bethléem, s’est fait l’un de nous.

C’est cela Noël ! Événement historique et mystère d’amour qui depuis plus de deux mille ans interpelle les hommes et les femmes de tout temps et de tous lieux. C’est le jour saint où resplendit la « grande lumière » du Christ, porteuse de paix ! Il est vrai que pour la reconnaître, pour l’accueillir, il faut la foi, il faut l’humilité. L’humilité de Marie, elle qui a cru à la parole du Seigneur et qui, la première, inclinée au-dessus de la mangeoire, a adoré le Fruit de son sein ; l’humilité de Joseph, homme juste, qui eut le courage de la foi et préféra obéir à Dieu plutôt que d’avoir soin de sa réputation ; l’humilité des bergers, des pauvres bergers anonymes, qui ont accueilli l’annonce du messager céleste et sont allés en hâte vers la grotte où ils ont trouvé l’enfant qui venait de naître, et là, pleins d’étonnement, ils l’ont adoré en louant Dieu (cf. Lc 2, 15-20). Les petits, les pauvres de cœur : voilà les protagonistes de Noël, hier comme aujourd’hui ; ce sont les protagonistes de toujours dans l’histoire de Dieu, les bâtisseurs infatigables de son Royaume de justice, d’amour et de paix.

Dans le silence de la nuit de Bethléem Jésus est né et a été reçu entre des mains pleines de sollicitude. Et maintenant, en ce Noël qui est le nôtre et où continue à résonner l’annonce joyeuse de sa naissance rédemptrice, qui est prêt à lui ouvrir la porte de son cœur ? Hommes et femmes de notre temps, pour nous aussi le Christ vient apporter la lumière, pour nous aussi, il vient donner la paix ! Mais qui, dans la nuit du doute et des incertitudes, veille avec un cœur vigilant et priant ? Qui attend l’aurore du jour nouveau en tenant allumée la petite flamme de la foi ? Qui prend le temps d’écouter sa parole et de se laisser prendre et fasciner par son amour ? Oui ! Son message de paix est pour tous ; c’est pour tous qu’il vient s’offrir lui-même comme espérance certaine du salut.

(…) Que l’Enfant Jésus apporte le réconfort aux personnes qui sont dans l’épreuve et donne aux responsables des gouvernements la sagesse et le courage de rechercher et de trouver des solutions humaines, justes et durables. À la soif de sens et de valeur qui habite le monde d’aujourd’hui, à la recherche de bien-être et de paix qui marque la vie de toute l’humanité, aux attentes des pauvres, le Christ, vrai Dieu et vrai Homme, répond par sa Naissance. Que les personnes et les peuples n’aient pas peur de le reconnaître et de l’accueillir ; avec Lui, « une grande lumière » illumine l’horizon de l’humanité ; avec Lui, s’ouvre « un jour saint » qui ne connaît pas de déclin. Que ce Noël soit vraiment pour tous un jour de joie, d’espérance et de paix !



Lire le texte intégral du Message Urbi et Orbi du Pape Benoît XVI

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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 18:41

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 21 novembre 2007.

Pour Aphraate le Sage, la vie chrétienne est centrée sur l'imitation du Christ, sur le fait de prendre son joug et de le suivre sur la voie de l'Evangile.
Une des vertus qui s'adapte le mieux au disciple du Christ est l'humilité. Celle-ci n'est pas un aspect secondaire dans la vie spirituelle du chrétien : la nature de l'homme est humble, et c'est Dieu qui l'exalte pour sa propre gloire. L'humilité, observe Aphraate, n'est pas une valeur négative : "Si la racine de l'homme est plantée dans la terre, ses fruits croissent devant le Seigneur de la grandeur" (Démonstrations 9, 14). En restant humble, même au sein de la réalité terrestre dans laquelle il vit, le chrétien peut entrer en relation avec le Seigneur : "L'humble est humble, mais son coeur s'élève à des hauteurs éminentes. Les yeux de son visage observent la terre et les yeux de l'esprit, les hauteurs éminentes" (Démonstrations 9, 2).

La vision qu'Aphraate a de l'homme et de sa réalité corporelle est très positive : le corps de l'homme, à l'exemple du Christ humble, est appelé à la beauté, à la joie, à la lumière :
"Dieu s'approche de l'homme qu'il aime, et il est juste d'aimer l'humilité et de rester dans la condition d'humilité. Les humbles sont simples, patients aimés, intègres, droits, experts dans le bien, prudents, sereins, sages, calmes, pacifiques, miséricordieux, prêts à se convertir, bienveillants, profonds, pondérés, beaux et désirables" (Démonstrations 9, 14).

Chez Aphraate, la vie chrétienne est souvent présentée dans une claire dimension ascétique et spirituelle : la foi en est la base, le fondement ; elle fait de l'homme un temple où le Christ lui-même demeure. La foi rend donc possible une charité sincère, qui s'exprime dans l'amour envers Dieu et envers le prochain.

Un autre aspect important chez Aphraate est le jeûne, qu'il entend au sens large. Il parle du jeûne de la nourriture comme d'une pratique nécessaire pour être charitable et vierge, du jeûne constitué par la continence en vue de la sainteté, du jeûne des paroles vaines ou détestables, du jeûne de la colère, du jeûne de la propriété des biens en vue du ministère, du jeûne du sommeil pour s'appliquer à la prière.


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 00:00

Monseigneur Tony Anatrella est Psychanalyste et Spécialiste de Psychiatrie Sociale. Il enseigne à Paris et à Rome. Il est consulteur du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour la santé. Il a publié : « L'amour et le préservatif », Paris, Flammarion en 1995. Un livre qui reste d'actualité et qui a été réédité sous le titre : « L'amour et l'Eglise », Paris, Champ-Flammarion. Son dernier ouvrage paru : « La tentation de Capoue », - anthropologie du mariage et de la filiation - Paris, Cujas. Un livre qui s'interroge sur les modifications en cours où l'on voudrait ouvrir le mariage et la filiation de façon déguisée à des partenariats unisexués. Un ouvrage de référence en la matière.

Mgr Tony Anatrella revient dans une interview à
ZENIT.org sur la polémique suscitée, surtout en France, autour des propos du pape concernant la prévention contre le sida.
Nous publions ci-dessous la première partie de cet entretien.

Zenit : Les propos du Pape Benoît XVI soulèvent une tempête médiatique. A-t-il commis une faute de communication ?

Mgr Tony Anatrella :
 Non ! Le Pape a parlé clairement. Il est très bien informé sur les questions concernant la transmission du virus HIV et des problèmes posés par les campagnes de prévention. Il nous interroge en remettant en question une vision de la prévention limitée au seul préservatif. Il adopte un point de vue anthropologique et moral pour critiquer une orientation sanitaire qui, à elle seule, n'est pas en mesure de juguler la pandémie. En l'espace de vingt-cinq ans ces campagnes n'ont pas réussi à la réduire. Une autre approche doit être soulignée qui fait davantage appel au sens de la conscience humaine et de la responsabilité afin d'évaluer le sens des comportements sexuels. Mais cette perspective, on s'en aperçoit, est difficilement entendue actuellement dans le discours social. Le préservatif est devenu une sorte de tabou incritiquable qui devrait, curieusement, participer à la définition de la sexualité. N'est-ce pas une façon de masquer des interrogations ?

Zenit : Est-ce un dialogue de sourds ?

Mgr T. Anatrella : 
Sans aucun doute. Les décideurs et les prescripteurs politiques et sociaux véhiculent et confortent une représentation de l'expression sexuelle qui est souvent instrumentale et délétère. L'acte sexuel recherché pour lui-même au gré des rencontres n'humanise pas la sexualité ni la relation humaine. Il entraîne bien des souffrances et pèse sur la qualité du lien social. Dans le meilleur des cas, l'acte sexuel n'a de sens que s'il s'intègre dans une relation amoureuse mais pas comme une réponse à une impulsion réflexe. L'Eglise soutient que seul l'amour qui s'inscrit dans une perspective conjugale et familiale est source de vie, là où nous entendons des discours de confusion relationnelle et identitaire et des discours de mort qui nous en éloignent.

Zenit : La prévention à partir du préservatif aggrave t-elle la pandémie du sida ?

Mgr T. Anatrella : 
Que dit le Pape exactement ? Je le cite car ses propos ont été rapportés d'une façon approximative et, une fois de plus, déformés. « Je pense que l'entité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est justement l'Église catholique, avec ses mouvements, ses réalités diverses. Je pense à la communauté de Sant'Egidio qui fait tellement, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida. Je pense aux camilliens, à toutes les sœurs qui sont au service des malades. Je dirais que l'on ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. S'il n'y a pas l'âme, si les Africains ne s'aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d'augmenter le problème. On ne peut trouver la solution que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l'un envers l'autre, et le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent, la disponibilité à être avec les malades, au prix aussi de sacrifices et de renoncements personnels. Ce sont ces facteurs qui aident et qui portent des progrès visibles. Autrement dit, notre effort est double : d'une part, renouveler l'homme intérieurement, donner une force spirituelle et humaine pour un comportement juste à l'égard de son propre corps et de celui de l'autre ; d'autre part, notre capacité à souffrir avec ceux qui souffrent, à rester présent dans les situations d'épreuve. Il me semble que c'est la réponse juste. L'Église agit ainsi et offre par là même une contribution très grande et très importante. Nous remercions tous ceux qui le font ».

C'est le rôle du Pape d'affirmer que, sans une éducation au sens des responsabilités, on pourra difficilement faire diminuer l'expansion virale. La transmission du virus du sida est parfaitement évitable. Il ne s'attrape pas comme celui de la grippe. Il est lié aux comportements et aux pratiques sexuelles. En ciblant uniquement le préservatif, en laissant entendre « fais ce que tu veux », on risque de confirmer des comportements qui posent déjà problème et on évite de les penser. Le préservatif n'est pas un principe de vie. C'est la responsabilité qui est un principe de vie.

Dans la société actuelle, le sens des choses et des mots est souvent inversé quand on affirme par exemple que « le sida est la maladie de l'amour ». Il s'agit plutôt du contraire : il est surtout l'expression d'une errance affective et d'une impulsivité sexuelle. Autrement dit, il y a un certain conformisme de la prévention qui évite de poser les vraies questions au sujet des comportements sexuels aujourd'hui. Nous avons à nous interroger afin de considérer l'expression sexuelle avec davantage de dignité qu'en favorisant des conduites et des pratiques inconsidérées. C'est la question du sens de l'amour et de la fidélité qui se trouve posée. Il ne s'agit pas de propos régressifs comme certains ont voulu le dire, mais bien au contraire d'inviter à une réflexion qui est d'abord humaine avant d'être confessionnelle. Il y a une autre façon d'orienter la prévention qui est plus structurante que de s'en tenir uniquement au préservatif qui incite à continuer des pratiques problématiques. N'est-ce pas une façon d'entretenir la confusion de laquelle Benoît XVI nous invite à sortir. Car je le répète, avoir comme seul horizon des moyens « prophylactiques » pour lutter contre le sida est insuffisant si cette lutte n'est pas accompagnée d'une réflexion psychologique, sociale et morale. La politique de santé publique aurait à y gagner en humanité et en efficacité.

Zenit : L'Afrique semble moins touchée par cette polémique que la France ?

Mgr T. Anatrella : 
L'accueil fait au Pape par les africains est extraordinaire. Les foules sont nombreuses et très joyeuses. Les discours de Benoît XVI sont d'une grande qualité et tracent des voies d'espérance pour ce continent. Malheureusement, l'obsession des médias pour le préservatif obture l'importance de ces discours. Faut-il y voir une forme de paresse intellectuelle et d'obscurcissement de la conscience, et d'une vision étroite et partiale des choses ?

Il est vrai que les premiers concernés par les propos du Pape savent les entendre et les recevoir à quelques exceptions près. D'ailleurs de nombreux pays africains organisent la prévention contre le sida autour de trois principes : « abstinence, fidélité ou préservatif » et cela provoque des effets positifs. Les occidentaux sont incapables de comprendre cette démarche. Nous recevons d'ailleurs de nombreuses réactions venues d'Afrique qui en ont assez de se voir imposer les modèles sexuels des sociétés occidentales, qui pour soutenir ces modèles sexuels, sont évidemment accompagnés de moyens de protection. Il s'agit d'un nouveau colonialisme comportemental qui bouleverse les sociétés africaines. Certains se révoltent de voir se développer un « vagabondage » inconnu jusque-là en Afrique où le sens de la fidélité et de la famille est respecté et honoré. Certains occidentaux perdent le sens de cette dignité.

Il y a un décalage entre l'Afrique et les pays occidentaux concernant la sexualité. Je dois me rendre prochainement en Afrique et je mesure, en préparant mes conférences, combien ce continent a beaucoup de choses à nous apprendre là où nos modèles occidentaux du sexe recherché pour lui-même, véhiculés par les médias, brouillent le sens de la sexualité humaine.

Zenit : Comment voyez-vous le rôle des médias et les prises de position de décideurs politiques et sociaux ?

Mgr T. Anatrella : 
Nous assistons à une sorte de lynchage médiatique où la mauvaise foi se mêle au procès d'intention et à la surinterprétation. Tout et n'importe quoi s'exprime contre le Saint-Père, le plus souvent sans tenir compte de ce qu'il dit vraiment. Ce n'est pas le Pape qui est un problème. En revanche, les médias et les réactions de certains décideurs politiques et des prescripteurs sociaux posent un sérieux problème. L'unanimité en la matière est pour le moins suspecte. Le Pape sème le trouble à juste raison ! Les médias pourraient parler avec un minimum de rigueur en cherchant à davantage à expliquer afin que les propos du Saint-Père soient au moins restitués en vérité. Comme à l'habitude, une phrase citée hors contexte déclenche une série de réactions totalement irrationnelles. Comment voulez-vous que des personnes qui n'ont comme écho que ce que rapportent les médias puissent réagir avec sérénité ? Mais je pense qu'en réalité on ne souhaite pas entendre un autre discours que celui du préservatif ! Certains tentent de porter un autre message mais les réactions des journalistes sont toujours les mêmes : « C'est trop compliqué ! ». Effectivement le sens de la vie et de l'amour est complexe, mais il est pourtant nécessaire de prendre le temps pour l'expliquer. Ce temps n'est apparemment pas celui des médias. Je viens d'en faire l'expérience : pour la radio, la télévision et la presse écrite, le temps qui nous est accordé pour répondre est extrêmement limité alors qu'ils consacrent un espace très large à toutes sortes de détracteurs. Il y a notamment les professionnels de la contestation parmi une faible minorité de catholiques extrémistes qui sont édifiés en experts et ne parlent que d'eux-mêmes en faisant de la surinterprétation idéologique, bien loin de la pensée chrétienne. Des responsables politiques se présentant comme catholiques, cherchent à se démarquer de l'Église en adoptant des idées qui ne sont pas en cohérence avec son enseignement, et affirment s'y opposer au nom de leur foi comme s'ils prenaient leur foi personnelle pour un magistère. Nous sommes soumis à un conformisme dominant qui nous éloigne du bon sens et des simples normes d'humanité si nécessaire en matière de sexualité.


Lire la seconde partie de l'interview

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 20:05

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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 18:58

Extrait du Message du Pape Benoît XVI pour le Carême 2008.

1.
Chaque année, le Carême nous offre une occasion providentielle pour approfondir le sens et la valeur de notre identité chrétienne, et nous stimule à redécouvrir la miséricorde de Dieu pour devenir, à notre tour, plus miséricordieux envers nos frères. Pendant le temps du Carême, l’Église propose certains engagements spécifiques pour accompagner concrètement les fidèles dans ce processus de renouvellement intérieur : ce sont la prière, le jeûne et l’aumône. Cette année, en ce traditionnel Message pour le Carême, je voudrais m’arrêter pour réfléchir sur la pratique de l’aumône : elle est une manière concrète de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin, et, en même temps, un exercice ascétique pour se libérer de l’attachement aux biens terrestres. Combien forte est l’attirance des richesses matérielles, et combien doit être ferme notre décision de ne pas l’idolâtrer ! Aussi Jésus affirme-t-il d’une manière péremptoire : « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » (Lc 16,13).

L’aumône nous aide à vaincre cette tentation permanente : elle nous apprend à aller à la rencontre des besoins de notre prochain et à partager avec les autres ce que, par grâce divine, nous possédons.
C’est à cela que visent les collectes spéciales en faveur des pauvres, qui sont organisées pendant le Carême en de nombreuses régions du monde. Ainsi, à la purification intérieure s’ajoute un geste de communion ecclésiale, comme cela se passait déjà dans l’Église primitive. Saint Paul en parle dans ses Lettres à propos de la collecte en faveur de la communauté de Jérusalem (cf. 2 Cor 8-9 ; Rm 15, 25-27).

2.
Selon l’enseignement de l’Évangile, nous ne sommes pas propriétaires mais administrateurs des biens que nous possédons : ceux-ci ne doivent donc pas être considérés comme notre propriété exclusive, mais comme des moyens à travers lesquels le Seigneur appelle chacun d’entre nous à devenir un instrument de sa providence envers le prochain. Comme le rappelle le Catéchisme de l’Église Catholique, les biens matériels ont une valeur sociale, selon le principe de leur destination universelle (cf. n° 2404).

Dans l’Évangile, l’avertissement de Jésus est clair envers ceux qui possèdent des richesses terrestres et ne les utilisent que pour eux-mêmes. Face aux multitudes qui, dépourvues de tout, éprouvent la faim, les paroles de saint Jean prennent des accents de vive remontrance : « Si quelqu'un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeure-t-il en lui? » (1 Jn3, 17). Cet appel au partage résonne avec plus de force dans les pays dont la population est formée d’une majorité de chrétiens, car plus grave encore est leur responsabilité face aux multitudes qui souffrent de l’indigence et de l’abandon. Leur porter secours est un devoir de justice avant même d’être un acte de charité.

3.
L’Évangile met en lumière un aspect caractéristique de l’aumône chrétienne : elle doit demeurer cachée. « Que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite », dit Jésus, « afin que ton aumône se fasse en secret » (Mt6, 3-4). Et juste avant, il avait dit qu’il ne faut pas se vanter de ses bonnes actions, pour ne pas risquer d’être privé de la récompense céleste (cf. Mt 6, 1-2). La préoccupation du disciple est de tout faire pour la plus grande gloire de Dieu. Jésus avertit : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt5, 16). Ainsi, tout doit être accompli pour la gloire de Dieu et non pour la nôtre. Ayez-en conscience, chers frères et sœurs, en accomplissant chaque geste d’assistance au prochain, tout en évitant de le transformer en un moyen de se mettre en évidence. Si, en faisant une bonne action, nous ne recherchons pas la gloire de Dieu et le vrai bien de nos frères, mais nous attendons plutôt en retour un avantage personnel ou simplement des louanges, nous nous situons dès lors en dehors de l’esprit évangélique. Dans la société moderne de l’image, il importe de rester attentif, car cette tentation est récurrente. L’aumône évangélique n’est pas simple philanthropie : elle est plutôt une expression concrète de la charité, vertu théologale qui exige la conversion intérieure à l’amour de Dieu et des frères, à l’imitation de Jésus Christ, qui, en mourant sur la Croix, se donna tout entier pour nous. Comment ne pas rendre grâce à Dieu pour les innombrables personnes qui, dans le silence, loin des projecteurs de la société médiatique, accomplissent dans cet esprit des actions généreuses de soutien aux personnes en difficulté ? Il ne sert pas à grand chose que de donner ses biens aux autres si, à cause de cela, le cœur se gonfle de vaine gloire : voilà pourquoi celui qui sait que Dieu « voit dans le secret » et dans le secret le récompensera, ne cherche pas de reconnaissance humaine pour les œuvres de miséricorde qu’il accomplit.

4.
En nous invitant à considérer l’aumône avec un regard plus profond, qui transcende la dimension purement matérielle, les Saintes Écritures nous enseignent qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir (cf. Act20, 35). Quand nous agissons avec amour, nous exprimons la vérité de notre être : nous avons en effet été créés non pour nous-mêmes, mais pour Dieu et pour nos frères (cf. 2 Cor 5, 15). Chaque fois que, par amour pour Dieu, nous partageons nos biens avec notre prochain qui est dans le besoin, nous expérimentons que la plénitude de la vie vient de l’amour et que tout se transforme pour nous en bénédiction sous forme de paix, de satisfaction intérieure et de joie. En récompense de nos aumônes, le Père céleste nous donne sa joie. Mais il y a plus encore : saint Pierre cite parmi les fruits spirituels de l’aumône, le pardon des péchés. « La charité – écrit-il – couvre une multitude de péchés » (1 P 4, 8). La liturgie du Carême le répète souvent, Dieu nous offre, à nous pécheurs, la possibilité d’être pardonnés. Le fait de partager ce que nous possédons avec les pauvres, nous dispose à recevoir un tel don. Je pense en ce moment au grand nombre de ceux qui ressentent le poids du mal accompli et qui, précisément pour cela, se sentent loin de Dieu, apeurés et pratiquement incapables de recourir à Lui. L’aumône, en nous rapprochant des autres, nous rapproche de Dieu, et elle peut devenir l’instrument d’une authentique conversion et d’une réconciliation avec Lui et avec nos frères.

5. (…) Jésus (…) comme le note saint Paul, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté (cf. 2 Cor 8, 9) ; Il s’est donné tout entier pour nous. Le Carême nous pousse à suivre son exemple, y compris à travers la pratique de l’aumône. À son école, nous pouvons apprendre à faire de notre vie un don total ; en l’imitant, nous réussissons à devenir disposés, non pas tant à donner quelque chose de ce que nous possédons, qu’à nous donner nous-mêmes. L’Évangile tout entier ne se résume-t-il pas dans l’unique commandement de la charité ? La pratique quadragésimale de l’aumône devient donc un moyen pour approfondir notre vocation chrétienne. Quand il s’offre gratuitement lui-même, le chrétien témoigne que c’est l’amour et non la richesse matérielle qui dicte les lois de l’existence. C’est donc l’amour qui donne sa valeur à l’aumône, lui qui inspire les diverses formes de don, selon les possibilités et les conditions de chacun.

6.
Chers frères et sœurs, le Carême nous invite à nous « entraîner » spirituellement, notamment à travers la pratique de l’aumône, pour croître dans la charité et reconnaître Jésus lui-même dans les pauvres (…). Par l’aumône, nous offrons quelque chose de matériel en signe de ce don plus grand que nous pouvons offrir aux autres, l’annonce et le témoignage du Christ : en son Nom est la vraie vie. Que ce temps soit donc caractérisé par un effort personnel et communautaire d’adhésion au Christ pour que nous soyons des témoins de son amour.

Que Marie, Mère et Servante fidèle du Seigneur, aide les croyants à livrer le « combat spirituel » du Carême avec les armes de la prière, du jeûne et de la pratique de l’aumône, afin de parvenir aux célébrations des fêtes pascales en étant entièrement renouvelés en esprit.


Lire le texte intégral du Message de Carême du Pape Benoît XVI

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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 23:08

Après la levée de l’excommunication des quatre Evêques de la Fraternité Saint Pie X, l’Eglise catholique a eu à affronter une nouvelle grande tempête médiatique avec l’affaire de cette petite fille de neuf ans, violée à plusieurs reprises par le compagnon de sa mère, et devenue par suite enceinte de jumeaux. Après 15 semaines de grossesse, la jeune enfant a avorté de ces deux jumeaux, s’attirant les foudres de l’Eglise Catholique qui l’aurait alors excommuniée (ce qui s'est avéré inexact), ainsi que sa mère, et tout le personnel médical ayant pratiqué l’opération.

Cette affaire a provoqué dans le monde et chez les catholiques de très violentes réactions – y compris sur ce Blog (cf. commentaires 37 à 78). Réactions indignées envers une Eglise prompte à excommunier la mère d’une pauvre enfant victime d’un bourreau tortionnaire, et à absoudre ce dernier – que l’on dit par ailleurs « opposé à l’avortement »…

Ces évènements – non pas tant ceux du Brésil, dont on ignore les tenants et les aboutissants, que ceux que j’ai personnellement vécu ces derniers jours – m’inspirent les commentaires suivants.

1.
Comme souvent, les catholiques s’enflamment les uns contre les autres sur la base d’informations médiatiques tronquées et mensongères dont il apparaît clairement aujourd’hui qu’elles sont l’œuvre d’une manipulation.

Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, qui revient tout juste du Brésil, nous informe qu’y sont actuellement « débattues des dispositions législatives tendant à élargir le droit à l’avortement. Certains lobbies se sont saisis d’une tragédie particulière pour justifier l’extension des conditions légales de l’interruption volontaire de grossesse. La manière dont cette affaire a été souvent rapportée et traitée travestit l’objectivité des faits et instrumentalise un drame particulier au bénéfice de la transgression du respect de la vie. »

Cf. La réalité des faits.

Les catholiques seraient donc bien inspirés de pratiquer la vertu de prudence, afin d’éviter de commettre sottement de graves péchés contre la charité fraternelle et l’unité.

2.
Les échanges acerbes qui se sont développés sur ce Blog entre Yves et Jonas m’ont littéralement atterrés. Comment des frères catholiques peuvent-ils s’entredéchirer avec autant de violence ?

A Yves : l’annonce de la Vérité est la première des charités, nous sommes d’accord. Mais cette annonce doit elle-même être faite avec délicatesse et amour. Si tu assènes la Vérité comme un coup de massue, avec mépris et arrogance, alors tu contribues toi-même à la rendre peu aimable et désirable, au risque d’en éloigner le plus grand nombre. Est-ce cela que tu veux ?

A Jonas : les propos outranciers que vous tenez contre l’Eglise institutionnelle et votre propension à la provocation trahissent un parti-pris idéologique qui décrédibilise entièrement vos positions. Vous dites choisir le camp de la Miséricorde, mais le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne transparaît pas du moindre de vos commentaires. Comment dès lors vous prendre au sérieux ?

Souvenons-nous que ce n’est pas (d’abord !) par l’orthodoxie de la doctrine que l’on reconnaît un authentique disciple du Christ. Mais par la charité qu’il manifeste envers ses frères. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra pour mes disciples », dit Jésus (Jn 13. 35).

Et si nous essayions de développer entre nous et avec les autres une culture de l’amitié ?
« Pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité. » (Ph 2. 2)

3.
Je me garderai bien de porter le moindre jugement sur l’attitude de l’archevêque de Recife, dom José Cardoso, dans l’ignorance des circonstances précises de l’affaire de la petite fille violée. Je me contenterai simplement de relever cette parole de l’Ecriture, que la liturgie nous a donné à méditer à l’office des Vêpres samedi soir : « Pour que notre ministère ne soit pas exposé à la critique, nous veillons à ne choquer personne en rien, mais au contraire nous nous présentons comme de vrais ministres de Dieu par notre vie entière » (2. Co 6. 3-4).

Ainsi, comme l’a déclaré Mgr Vingt-Trois,
« l’on peut se demander si dans une situation de détresse de ce type, la chose la plus importante à faire soit de déclarer publiquement l’excommunication. (...) » Propos confirmé par Mgr Fisichella (Président de l’Académie Pontificale pour la Vie) : « il n'y avait nul besoin de tant d'urgence et de publicité pour déclarer un fait qui se réalise de manière automatique". » (cf. point n°6, ci-dessous).

Cela dit, si le ministre ne doit pas chercher à choquer quiconque par son attitude, sa mission consiste à porter une Parole qui le dépasse et qui comporte en elle-même une remise en cause radicale des mœurs du monde. Telle est la vocation prophétique du ministre du Seigneur. Or, nous le savons bien, le prophète dans le Bible n’est pas aimé. Il est détesté de tous ceux qui sont interpellés par l’exhortation au changement de comportement et de vie. Et bien souvent, cela finit mal pour lui... Rien de nouveau, on le voit, sous le soleil.

4.
Un mot sur le procédé de l’excommunication. J’entends dire ici et là que Jésus n’a jamais excommunié quiconque, qu’il n’a été qu’amour et miséricorde envers les pécheurs ; que l’exclusion est le fait de l’Eglise qui, décidément, n’a rien compris au message de son divin fondateur et souvent « déraille » (j’ai entendu cela).

C’est ignorer profondément ce que Jésus nous dit lui-même dans l’Evangile. Lorsque Jésus évoque l’impératif de la correction fraternelle, il envisage le cas où le pécheur n’écouterait pas les reproches de son frère dans la foi, ni celle des témoins, ni celle de la communauté de l’Eglise : « S’il refuse d’écouter l’Eglise, dit Jésus, considère-le comme un païen et un publicain » (Mt. 18. 17). Autrement dit : retranche-le du peuple, et considère-le non plus comme un frère, mais comme un étranger. C’est cette opération qui se réalise dans l’excommunication.

Jésus poursuit en déclarant : « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » (Mt. 18. 18) Il le redira à ses disciples au soir de la Résurrection. Soufflant sur eux, il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus » (Jn 20. 23). Ce pouvoir a été spécialement confié à Saint Pierre à qui Jésus confie les « clefs du Royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16. 19).

La « communauté de l’Eglise » en la personne de ses ministres et de son Pape se voient donc confier par Jésus le pouvoir de remettre les péchés en son nom sur la terre, mais aussi le pouvoir de retrancher du peuple saint les pécheurs impénitents qui, aveuglés par leur orgueil, refusent d’écouter l’Eglise et s’endurcissent dans leur péché. Ceux-ci sont alors regardé par l’Eglise comme des païens et des publicains.

Mais au fait… comment l’Eglise regarde-t-elles les païens et les publicains ? Comment Jésus dans l’Evangile regarde-t-il lui-même les païens et les publicains ? Avec mépris ? Dédain ? Répulsion ? Point du tout ! Avec amour et miséricorde, comme des âmes à sauver, des brebis égarées pour lesquelles il abandonne toutes celles qui paissent paisiblement dans leur enclos. C’est pour elles que Dieu s’est fait homme ; ce sont elles qui sont aimées d’un amour de prédilection par le Seigneur ; c’est pour elles qu’il a donné sa vie sur la Croix. « Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » disait-il à ceux qui lui reprochaient de frayer avec "ces gens-là". « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » affirmait-il encore (Lc 19.10). Si Jésus choisit un camp, on le voit : c’est celui des pécheurs. L’exclusion de la communauté de l’Eglise n’est donc pas une exclusion du cœur Jésus, du cœur même de Dieu.

L’excommunication n’est d'ailleurs pas une exclusion définitive, qui scellerait irrémédiablement le sort du pécheur. Elle n’équivaut pas à une damnation. Elle vise simplement à faire prendre conscience au pécheur de la gravité de sa faute et de son éloignement de la vérité évangélique. Elle a donc avant tout une valeur pédagogique, et comporte toujours en elle-même un appel au retour. C’est une mesure forte et radicale, qui peu paraître extrèmement dure, mais qui est destinée en réalité à réveiller le pécheur ! En ce sens, elle est un authentique acte de charité et de miséricorde, ainsi que nous le rappelait Yves.

« Inscrite dans le droit de l’Eglise, l’excommunication a une double fonction.
 Elle rappelle à l’humanité une limite à ne pas franchir, un interdit à ne pas transgresser. Faute de quoi, elle n’est plus digne de ce pour quoi elle existe. De plus, l’excommunication a toujours été présentée dans une perspective thérapeutique et médicinale. Elle invite à une prise de conscience, à une conversion, elle ouvre à la Miséricorde du Seigneur. En effet, la Charité s’accomplit toujours dans la Miséricorde. » (Mgr Rey).

5.
Beaucoup se sont scandalisés de ce que le viol soit considéré par l’Eglise comme « moins grave » que l’avortement. Quoi ! Mais le viol ne détruit-il pas l’âme de la personne qui en est victime ? Ne tue-t-on pas la personne de l’intérieur ? La vie de la personne violée n’est-elle pas détruite en un certain sens ? Pourquoi excommunier la femme qui avorte et non l’homme qui viole ? N’y a-t-il pas là « deux poids, deux mesures » ?

Il y aurait là beaucoup à dire. Ce qui importe en premier dirais-je, ce n’est tant pas la matérialité du péché ni sa gravité que le repentir du pécheur. C’est là que le Salut de l’homme se joue. L’Eglise est généreuse envers quiconque se repend sincèrement de son péché, fut-il un assassin avorteur ou un violeur. Car le Seigneur est riche en miséricorde :
« Que le méchant abandonne son chemin, et l'homme pervers, ses pensées ! Qu'il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui, vers notre Dieu qui est riche en pardon. » (Is 55. 7).

Ensuite, il est vrai que l’Eglise distingue selon la gravité des péchés. Et qu’elle place le meurtre parmi les péchés les plus graves. Elle considère la vie humaine comme sacrée « par ce que dès son origine, elle comporte l’action créatrice de Dieu et demeure pour toujours dans une relation spéciale avec le Créateur. Dieu seul est le maître de la vie de son commencement à son terme : personne en aucune circonstance ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain innocent » (CEC, n° 2258).

Or, tel est l’horreur qui se produit lors d’un avortement : la suppression d’une vie innocente. Il ne s’agit pas de relativiser le viol ; simplement de dire qu’on ne répare pas les conséquences d’un viol en ajoutant à ce grand mal un mal plus grand encore. Dans l’affaire brésilienne, la petite fille s’est vue infliger deux blessures : le viol et l’avortement. Qu’a-t-on gagné au change ? « Je peux témoigner de mon expérience de confesseur : la blessure provoquée chez une femme suite à un avortement est terrible! et profonde. Si seulement les médecins pouvaient savoir la conséquence effroyable d'un avortement, ils cesseraient immédiatement de le procurer. » (abbé Dominique Rimaz).

J’ai beaucoup apprécié à ce sujet ce qu’écrivait Ti’Hamo sur ce Blog : « En quoi l'évêque brésilien a-t-il [mal] agit (….) ? (au-delà, bien sûr, de la maladresse des mots, ou des critiques que l'on pourrait formuler sur la forme ou sur le fond (…) Il est possible qu'il ait manqué de tact, et de pédagogie.) Il a rappelé que l'avortement est un mal, et ne peut être justifié. Il n'a lapidé ni appelé à lapider personne. Actuellement, tout le monde condamne le violeur (…). Sans besoin de trop y réfléchir. Par contre, tout fait divers concernant l'avortement est utilisé pour justifier, excuser, valoriser, glorifier, encourager cet acte, qui d'ailleurs se banalise et devient quasiment un droit universel acquis et intouchable. Donc, peut-être a-t-il semblé à ce monseigneur, plus important, plus urgent, plus gravement indispensable, de se prononcer à ce sujet.

« Notons en tout cas (…) qu'une condamnation publique et tonitruante du violeur eût sans doue été démagogique, facile, sans risques, médiatiquement correcte, bien vue, encensée et éminemment sympathique aux yeux du monde ; rappeler que l'avortement est un crime, semble évidemment moins vendeur, moins porteur, et est de toute façon beaucoup moins bien vu par le monde médiatique ou l'opinion publique.
Tout simplement parce que condamner le viol, ne remet pas grand monde en cause et en question ; remettre en cause l'avortement, par contre, cela remet en cause les pratiques, la pensée et le mode de vie d'une majorité. »

6.
L’Eglise sanctionne l’avortement d’une peine canonique d’excommunication latae sententiae, c’est-à-dire par le fait même de la commission du délit. « L’Eglise n’entend pas ainsi restreindre le champ de la miséricorde. Elle manifeste la gravité du crime commis, le dommage irréparable causé à l’innocent mis à mort, à ses parents et à toute la société » (CEC, n° 2272).

« L'avortement provoqué a été toujours condamné par la loi morale comme un acte intrinsèquement mauvais et cet enseignement demeure inchangé depuis les premiers jours de l'Église. Le concile Vatican II, dans
Gaudium et Spes - document de grande ouverture et perspicacité en référence au monde contemporain - emploie de manière inattendue des mots sans équivoque et très durs contre l’avortement direct. Même la collaboration formelle constitue une faute grave qui, lorsqu'elle est réalisée, met automatiquement hors de la communauté chrétienne. Techniquement, le Code de droit canonique emploie l’expression latae sententiae pour indiquer que l'excommunication se réalise dans l'instant même où le fait se produit". » (Mgr Fisichella)

Précision importante toutefois :
« l’excommunication qui est liée à l’avortement – comme toute excommunication d’ailleurs - est effective dans la mesure où les auteurs des actes sont à la fois pleinement conscients et pleinement libres
. Nous n’avons aucun élément d’appréciation pour savoir si, dans ce cas précis, la mère et les médecins étaient conscients et libres de ce qu’ils faisaient. » (Mgr Vingt Trois)

7.
Maintenant, il n’est pas concevable pour un chrétien d’exhorter quiconque à la conversion sans lui annoncer en même temps la Bonne Nouvelle de la Miséricorde divine. Lorsque Jésus prêche la conversion des coeurs, il invoque une raison : « le règne de Dieu s’est approché » (Mc 1. 15). Or, le règne de Dieu, c’est Jésus en Personne. C’est parce que Dieu a manifesté en Jésus-Christ son amour pour tous les hommes que ceux-ci sont invités à se tourner vers lui. C’est parce que Dieu nous dit son amour que nous pouvons entendre son appel au retour.

Il faudrait sans doute relire le Petit Journal de Sainte Faustine pour comprendre l’importance de la Miséricorde divine en ces temps qui sont les derniers. Jésus parle à Faustine de sa Miséricorde comme de
« l’ultime planche de salut » pour les pécheurs. Omettre d’annoncer la Miséricorde du Seigneur reviendrait à priver les pécheurs de cette planche de salut qui leur est destinée. La Miséricorde doit donc être au centre absolu de toute prédication chrétienne, de tout enseignement, de toute doctrine. Tous les jours, nous devrions, fidèles du Christ, nous poser avec tourment cette seule question : « Ai-je annoncé aujourd’hui la Miséricorde de mon Dieu envers les pauvres pécheurs ? Leur ai-je donné le désir de se tourner vers Lui ; des raisons de croire que Lui, il est bon pour eux, tous méchants qu’ils soient ? »

Méditons donc ces paroles puissantes de Jésus adressées à Sainte Faustine :

« Je veux répandre mes grâces inconcevables sur les âmes qui ont confiance en ma miséricorde »
(PJ n° 687)

« Qu’aucune âme n’aie peur de s’approcher de moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate »
(PJ 699)

« Il suffit,
dit Jésus, de se jeter avec foi aux pieds de celui qui tient ma place [le prêtre] et de lui dire sa misère, et le miracle de la miséricorde divine de manifestera dans toute sa plénitude. Même si cette âme était en décomposition comme un cadavre, et même si humainement parlant il n’y avait plus aucun espoir de retour à la vie, et que tout semblait perdu – il n’en est pas ainsi selon Dieu, le miracle de la miséricorde divine redonnera vie à cette âme dans toute sa plénitude » (PJ 1448).

Soyons donc fidèles à l’Evangile en prenant garde de ne pas séparer l’appel à la conversion de l’annonce de la Miséricorde – et vice-versa. De même qu’on ne peut annoncer la Miséricorde divine sans exhorter à la conversion du coeur, de même on ne peut prêcher la conversion sans dire aux hommes de quel amour ils sont aimés.

« Seigneur, tu as pitié de tous les hommes parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres »
(Sg 11. 23-24)

« Est-ce donc la mort du méchant que je désire, déclare le Seigneur, n’est-ce pas plutôt qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive ? »
(Ez 18. 23)

« Revenez à moi, dit le Seigneur, ma présence ne vous sera plus accablante. Oui, je suis fidèle – oracle du Seigneur – je ne tiens pas rigueur pour toujours. »
(Jr 3. 12)

8.
Une dernière petite chose. Peut-être avez-vous été bouleversé comme moi par la dernière lettre du Saint Père aux Evêques du monde entier au sujet de la levée des excommunications des Evêques lefebristes. Dans cette lettre, le Pape déclare « avoir été peiné du fait que même des catholiques, qui au fond, auraient pu mieux savoir ce qu’il en était, aient pensé devoir m’offenser avec une hostilité prête à se manifester (…). Parfois, on a l’impression que notre société a besoin d’un groupe au moins, auquel ne réserver aucune tolérance ; contre lequel pouvoir tranquillement se lancer avec haine. Et si quelqu’un ose s’en rapprocher – dans le cas présent le Pape – il perd aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi être traité sans crainte ni réserve ».

Dans cette épreuve, le Pape confesse avoir reçu beaucoup de consolations de la part des évêques qui lui ont manifesté leur soutien, ainsi que des fidèles catholiques :
«  Je voudrais remercier de tout cœur les fidèles qui ces jours-ci m’ont donné un témoignage de leur fidélité immuable envers le Successeur de Saint Pierre. » écrit-il.

Aussi, si vous cherchez un moyen, vous aussi, de manifester au Pape votre affection et votre soutien, il en existe un, tout simple, très humble : il se trouve là. N’hésitez pas à déposer votre signature, et si vous le souhaitez un message d’affection au Saint Père.

« Mes enfants, nous devons aimer,
non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité » dit Saint Jean (1 Jn 3. 18). Posons ce petit geste d’amour à l’intention de notre Pape. Et portons-le dans notre prière. Remercions Dieu de nous avoir fait un si grand don en la personne de Benoît XVI.

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