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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 18:07

Rep. Tchèque

 

Extrait des discours prononcés par le Président de la République Vaclav Klaus et le Pape Benoît XVI, à l’arrivée du Saint Père en République Tchèque, le 26 septembre 2009.  

 

 

Vaclav Klaus :

 

Votre sainteté, c'est la première fois en vingt ans que nous accueillons dans notre pays, la République tchèque, le plus haut représentant de l'Église catholique. Votre prédécesseur, Jean-Paul II, vint à Prague pour la première fois en 1990, peu de temps après l'écroulement du régime totalitaire communiste dans notre pays et dans cette partie de l'Europe. Cette visite fut, sous bien des aspects, symbolique et mémorable. [...] J'ose affirmer que nos opinions sur de nombreuses questions du monde actuel tellement complexe, ainsi que sur de nombreux problèmes de notre continent, convergent. Elles sont fondées sur des principes et des thèses semblables, même si nous y parvenons à partir de conceptions philosophiques ou scientifiques différentes. [...] En vous accueillant, nous accueillons l'une des autorités spirituelles et intellectuelles les plus importantes du monde, une personne en mesure de garantir que les valeurs sur lesquelles notre civilisation se fonde depuis plus de 2000 ans, ne seront pas égarées dans notre monde actuel si agité. [...]

 

Arrivée à Prague

 

Benoît XVI :

 

Monsieur le Président,

Messieurs les Cardinaux,

Messieurs les Évêques,

Excellences, Mesdames et Messieurs,

 

C’est avec beaucoup de joie que je suis avec vous aujourd’hui en République Tchèque, et je tiens à exprimer à tous ma profonde gratitude pour votre chaleureux accueil. Je remercie Monsieur le Président Václav Klaus de m’avoir invité à me rendre dans votre pays ainsi que de ses mots cordiaux (…).

 

Même si toute la culture européenne a été profondément modelée par son héritage chrétien, ce fait est particulièrement vrai en cette terre tchèque, car c’est grâce au travail missionnaire des saints Cyrille et Méthode, au neuvième siècle, que l’ancienne langue slavonne a été transcrite pour la première fois. Apôtres des peuples slaves et fondateurs de leur culture, ils sont vénérés à juste titre comme Patrons de l’Europe. Il est aussi utile de rappeler que ces deux grands saints, de tradition byzantine, rencontrèrent ici des missionnaires provenant de l’Occident latin. Tout au long de son histoire, ce territoire situé au cœur du continent européen, au carrefour du nord et du sud, de l’est et de l’ouest, a été un point de rencontre pour différents peuples, traditions et cultures. Sans aucun doute, cela a provoqué quelquefois des frictions ; toutefois, cette rencontre s’est démontrée fructueuse à long terme. D’où le rôle significatif que le territoire tchèque a joué dans l’histoire intellectuelle, culturelle et religieuse de l’Europe, de temps en temps comme champ de bataille, mais le plus souvent en tant que pont.

 

Dans quelques mois, aura lieu le vingtième anniversaire de la « Révolution de velours », qui, heureusement, mit fin pacifiquement, à une période d’épreuve particulière pour votre Pays, période durant laquelle la circulation des idées et des courants culturels était sévèrement contrôlée. Je m’unis à vous et à vos voisins en rendant grâce pour votre libération de ces régimes oppressifs. Si l’effondrement du mur de Berlin a marqué un tournant décisif dans l’histoire mondiale, il en fut plus encore ainsi pour les Pays de l’Europe Centrale et Orientale, leur permettant de prendre la place qui leur revient dans le consensus des nations, en qualité d’acteurs souverains.

 

Toutefois, le coût de quarante ans de répression politique n’est pas à sous-estimer. Un drame particulier pour ce pays a été la tentative impitoyable du Gouvernement de l’époque de réduire au silence l’Église. Votre histoire, tout au long de son cours, de Saint Venceslas, de Sainte Ludmilla et Saint Adalbert jusqu’à Saint Jean Népomucène, a été marquée par de courageux martyrs dont la fidélité au Christ a témoigné plus fortement et de façon plus éloquente que la voix de leurs bourreaux. Cette année est caractérisée par le quarantième anniversaire de la mort du Serviteur de Dieu, le Cardinal Josef Beran, Archevêque de Prague. Je désire lui rendre hommage ainsi qu’à son successeur, le Cardinal František Tomášek, que j’ai eu le privilège de connaître personnellement, pour leur invincible témoignage chrétien face à la persécution. Avec de braves et innombrables prêtres, religieux et laïcs, hommes et femmes, ils ont maintenu vivante la flamme de la foi dans ce Pays. Maintenant que la liberté religieuse a été rétablie, je fais appel à tous les citoyens de la République pour qu’ils redécouvrent les traditions chrétiennes qui ont façonné leur culture et j’invite la communauté chrétienne à continuer à faire entendre sa voix tandis que la nation affronte les défis du nouveau millénaire. Sans Dieu, l’homme ne sait où aller et ne parvient même pas à comprendre qui il est (Caritas in veritate, 78). La vérité de l’Évangile est indispensable pour une société saine, car elle ouvre à l’espérance et nous permet de découvrir notre dignité inaliénable de fils de Dieu.

 

Monsieur le Président, je sais que vous voulez que soit accordé à la religion un rôle majeur dans les affaires du Pays. Le drapeau présidentiel qui flotte sur le Château de Prague proclame la devise « Pravda Vítĕzí – La Vérité triomphe » : je souhaite sincèrement que la lumière de la foi continue à guider cette nation, bénie abondamment au cours de son histoire par le témoignage de grands saints et martyrs. En cet âge de la science, il est utile de rappeler l’exemple de Jean Grégoire Mendel, Abbé augustin de Moravie, dont les recherches d’avant-garde furent à la base de la génétique moderne. Le reproche de son Saint patron, Augustin, ne s’adressait pas à lui, lorsqu’il regrettait que beaucoup étaient « davantage portés à admirer les faits qu’à en rechercher les causes ». Le véritable progrès de l’humanité est servi au mieux justement par cette alliance de la sagesse de la foi et de l’intuition de la raison. Que le peuple Tchèque puisse toujours jouir des bénéfices qui proviennent de cette heureuse synthèse !

 

Il ne me reste qu’à renouveler à chacun de vous mes remerciements, et à vous dire que j’ai attendu avec impatience de passer ces quelques jours parmi vous, dans la République Tchèque, que vous êtes fiers d’appeler : « Žemĕ Česká, domov můj ». Merci beaucoup.

 

 

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 17:05

Extraits de l’interview du Pape Benoît XVI donnée dans l'avion le conduisant à Prague, le 26 septembre 2009, pour son voyage apostolique en République Tchèque.

 

Première question : comme vous l'avez dit au cours de l'Angelus dimanche dernier, la République tchèque se trouve non seulement sur le plan géographique, mais également historique, au cœur de l'Europe. Voulez-vous nous expliquer plus en détails cette place "historique" et nous dire dans quelles mesures et pourquoi vous pensez que cette visite peut être significative pour le continent dans son ensemble, dans son parcours culturel et éventuellement également politique, de construction de l'Union européenne?

 

Avion PragueBenoît XVI : Pendant tous les siècles, la République tchèque, le territoire de la République tchèque, a été un lieu de rencontre des cultures. Commençons par le IXe siècle : d'une part, en Moravie, nous avons la grande mission des frères Cyrille et Méthode, qui de Byzance, ont apporté la culture byzantine, mais ont créé également une culture slave, avec les caractères cyrilliques et une liturgie en langue slave ; d'autre part, en Bohème, ce sont les diocèses limitrophes de Ratisbonne et de Passau qui ont apporté l'Evangile en langue latine, et, dans le lien avec la culture romano-latine, se rencontrent ainsi les deux cultures. Chaque rencontre est difficile, mais également féconde. Cela pourrait facilement se démontrer par cet exemple. Je fais un saut en avant : au XIVe siècle, c'est Charles IV qui crée ici, à Prague, la première Université d'Europe centrale. L'Université est en soi un lieu de rencontre de cultures ; dans ce cas, elle devient en outre un lieu de rencontre entre cultures slave et germanophone. Comme au siècle et aux temps de la Réforme, précisément dans ce territoire, les rencontres et les oppositions deviennent décisives et fortes, nous le savons tous. Je fais à présent un saut dans notre époque actuelle : au cours du siècle dernier, la République tchèque a souffert sous une dictature communiste particulièrement rigoureuse, mais elle a également connu une résistance de très haut niveau tant de la part des catholiques que des laïcs. Je pense aux textes de Václav Havel, du cardinal Vlk, à des personnalités comme le cardinal Tomásek, qui ont réellement donné à l'Europe un message de ce qu'est la liberté et de la façon dont nous devons vivre et travailler dans la liberté. Et je pense qu'à partir de cette rencontre de cultures au cours des siècles, et précisément à partir de cette dernière phase de réflexion et également de souffrance en raison d'un concept nouveau de liberté et de société libre, naissent pour nous de nombreux messages importants, qui peuvent et doivent être féconds pour la construction de l'Europe. Nous devons être très attentifs précisément au message de ce pays.

 

Vingt ans se sont écoulés depuis la chute des régimes communistes en Europe de l'Est ; en visitant divers pays ayant survécu au communisme, Jean-Paul II les encourageait à utiliser avec responsabilité la liberté recouvrée. Quel est aujourd'hui votre message pour les peuples de l'Europe de l'Est dans cette nouvelle étape historique?

 

Benoît XVI : Comme je l'ai dit, ces pays ont souffert particulièrement sous la dictature, mais dans la souffrance, ils ont également développé des concepts de liberté qui sont actuels et qui doivent à présent être ultérieurement élaborés et réalisés. Je pense, par exemple, à un texte de Václav Havel qui dit : "La dictature est fondée sur le mensonge et si le mensonge était dépassé, si personne ne mentait plus, et si la vérité venait à la lumière, il y aurait également la liberté". Il a ainsi développé ce lien entre vérité et liberté, où la liberté n'est pas libertinage, arbitraire, mais liée et conditionnée par les grandes valeurs de la vérité et de l'amour et de la solidarité et du bien en général. Ainsi, je pense que ces concepts, ces idées mûries à l'époque de la dictature ne doivent pas être perdues ; nous devons à présent précisément y revenir! Et dans la liberté parfois un peu vide et sans valeurs, il faut reconnaître à nouveau que liberté et valeur, liberté et bien, liberté et vérité vont de pair, sinon, l'on détruit également la liberté. Cela me semble être le message qui provient de ces pays et qui doit être actualisé en ce moment.

 

Votre Sainteté, la République tchèque est un pays très sécularisé dans lequel l'Eglise catholique représente une minorité. Dans cette situation, comment l'Eglise peut-elle contribuer effectivement au bien commun du pays?

 

Benoît XVI : Je dirais que normalement ce sont les minorités créatives qui déterminent l'avenir, et en ce sens l'Eglise catholique doit se sentir comme une minorité créative qui possède un héritage de valeurs qui ne sont pas les choses du passé, mais qui sont une réalité très vivante et actuelle. L'Eglise doit être présente dans le débat public, dans notre lutte pour un concept véritable de liberté et de paix. Ainsi, elle peut apporter sa contribution dans différents domaines. Je dirais que le premier est précisément le dialogue intellectuel entre agnostiques et croyants. Tous les deux ont besoin de l'autre : l'agnostique ne peut pas être content de ne pas savoir si Dieu existe ou non, mais il doit être en quête et sentir le grand héritage de la foi ; le catholique ne peut pas se contenter d'avoir la foi, mais il doit être à la recherche de Dieu, encore davantage et, dans le dialogue avec les autres, ré-apprendre Dieu de manière plus profonde. Tel est le premier niveau : le grand dialogue intellectuel, éthique et humain. Ensuite, dans le domaine éducatif, l'Eglise a beaucoup à faire et à donner, en ce qui concerne la formation. En Italie, nous parlons du problème de l'urgence éducative. C'est un problème commun à tout l'Occident : ici, l'Eglise doit de nouveau actualiser, concrétiser, ouvrir son grand héritage à l'avenir. Un troisième domaine est la "Caritas". L'Eglise a toujours ce signe comme caractéristique de son identité : celui de venir en aide aux pauvres, d'être l'instrument de la charité. La Caritas dans la République tchèque accomplit beaucoup dans les différentes communautés, dans les situations de besoin, et elle offre également beaucoup à l'humanité qui souffre dans les divers continents, donnant ainsi un exemple de responsabilité pour les autres, de solidarité internationale, qui est également la condition de la paix.

 

Votre Sainteté, votre dernière encyclique, "Caritas in veritate" a eu un large écho dans le monde. Comment évaluez-vous cet écho? En êtes-vous satisfait? Pensez-vous qu'effectivement la récente crise mondiale représente une occasion où l'humanité est plus prête à réfléchir sur l'importance des valeurs morales et spirituelles, pour affronter les grands problèmes de son avenir? Et l'Eglise continuera-t-elle à offrir des orientations dans cette direction?

 

Benoît XVI : Je suis très heureux de ce grand débat. C'était précisément le but : encourager et motiver un débat sur ces problèmes, ne pas laisser aller les choses telles qu'elles sont, mais trouver de nouveaux modèles pour une économie responsable, que ce soit dans chaque pays, ou pour la totalité de l'humanité unifiée. Il me semble réellement visible, aujourd'hui, que l'éthique n'est pas quelque chose d'extérieur à l'économie, qui pourrait fonctionner toute seule comme une technique, mais qu'elle est un principe intérieur de l'économie, qui ne fonctionne pas si elle ne tient pas compte des valeurs humaines de la solidarité, des responsabilités réciproques et si elle n'intègre pas l'éthique dans la construction de l'économie elle-même : tel est le grand défi du moment. J'espère avoir contribué à ce défi avec l'encyclique. Le débat en cours me semble encourageant. Nous voulons certainement continuer à répondre aux défis du moment et aider afin que le sens de la responsabilité soit plus fort que la volonté du profit, que la responsabilité à l'égard des autres soit plus forte que l'égoïsme ; c'est dans ce sens que nous voulons contribuer à une économie humaine également à l'avenir.

 

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 18:12

Dans son introduction à l’« Essai sur le développement de la doctrine chrétienne », le Bienheureux John Henry Newman part du constat que le christianisme constitue un fait historique objectif : « Le christianisme a derrière lui un assez long passé pour que nous soyons en droit de le considérer comme un fait de l’histoire du monde. Son génie et son caractère, ses doctrines, ses préceptes, ses buts, ne peuvent être regardés comme matière d’opinion personnelle ou de simple déduction (…). Il a eu dès l’origine une existence objective et s’est lancé dans la grande mêlée des hommes. Sa demeure, c’est le monde ; pour savoir ce qu’il est, nous devons le chercher dans le monde, et écouter le témoignage que le monde porte sur lui. »

 

Il en est du christianisme comme de l’univers. De même que l’on ne peut connaître véritablement notre univers qu’à partir de l’analyse scientifique du donné (objective et sans préjugé), de même : l’on ne peut connaître véritablement le christianisme qu’à partir de l’étude (objective et sans préjugé) de son histoire. C’est l’analyse du donné (physique pour l’univers ; historique pour le christianisme) qui va nous communiquer les informations sur son essence ; en matière religieuse comme en matière scientifique, le raisonnement a priori est proscrit.

 

Concernant le christianisme, qu’observe-t-on ? On remarque qu’il naît (évidemment) avec le Christ et les premiers apôtres ; et qu’il continue son chemin par delà les siècles. Qu’il a existé au IIe siècle, au IIIe siècle, puis au IVe siècle ; et encore aux VIIe, XIIe, XVIe siècles ; aux siècles intermédiaires et aux siècles suivants, jusqu’à nous. On est donc frappé tout d’abord par cette continuité historique, bimillénaire, « du nom, de la profession de foi, de la communion ». Et sans doute aussi de la doctrine.

 

Ce dernier point cependant est fortement contesté. On connaît le jugement sévère du théologien protestant William Chillingworth : « Les papes se dressent contre les papes, les conciles contre les conciles, certains Pères en contredisent les autres et se contredisent eux-mêmes ; les Pères d’une époque sont d’accord entre eux contre ceux d’une autre époque, l’Eglise d’un siècle contre celui d’un autre siècle. » « On [serait] donc forcé, poursuit Newman dans la logique de l’auteur précité, d’en revenir à la Bible comme source unique de révélation, et au jugement personnel de chacun comme seul interprète de la doctrine. »

 

L’exagération de Chillingworth est telle toutefois que son propos en devient faux. Il reste qu’il faut bien prendre acte du fait objectif qu’un certain nombre de nouveautés sont apparues dans la doctrine du christianisme au fil de son Histoire – dont il est légitime de se demander s’il ne s’agit pas de corruptions de la doctrine primitive enseignée par les Apôtres. « En théorie, écrit Newman, on peut supposer qu’une contrefaçon s’est substituée au christianisme originel, grâce à d’habiles innovations de temps, de lieux, de personnes, jusqu’à ce que, selon la comparaison connue, la ‘lame’ et le ‘manche’ aient été tour à tour remplacés ; il y aurait eu perte d’identité sans perte de continuité ».

 

Comment savoir alors si le christianisme historique est conforme au christianisme apostolique ? Si celui-là est vraiment fidèle à celui-ci, ou s’il le trahit au contraire dans les grandes largeurs ? La question est d’importance, car il s’agit de « déterminer si le christianisme peut encore représenter pour nous un enseignement défini, venu d’en haut, ou si ses étranges variations d’expression à travers les âges nous réduisent nécessairement à notre jugement personnel pour décider ce qu’est la révélation de Dieu, ou plus exactement s’il y a eu une révélation, ou s’il n’y en a pas eu du tout. »

 

Newman renvoie alors à la méthode de discernement des théologiens anglicans qui « rejettent comme corruptions tous les usages, coutumes, opinions et dogmes qui ne portent pas le sceau de la primitive Eglise. Selon eux, l’histoire nous présente d’abord, en Orient comme en Occident, un christianisme pur, et dans la suite un christianisme corrompu. Leur devoir est alors, naturellement, de tracer la ligne de démarcation entre les deux, et de déterminer à quelle date sont apparus les changements en bien et en mal. » Le moyen retenu pour séparer le bon grain de l’ivraie est le Canon de Vincent de Lérins, en vertu duquel ne doit être considéré conforme à la vérité révélée que « ce qui a été cru, toujours, partout et par tous ».

 

Le principe semble de bon sens, et paraît fournir le moyen de « distinguer infailliblement, dans tout le champ de l’histoire, la doctrine qui fait autorité de ce qui n’est qu’une opinion ; de rejeter les erreurs, et d’organiser une théologie ». La concordance des témoignages des auteurs anciens en faveur de tel article de foi, aussi loin que l’on puisse remonter dans le temps, attesterait de son origine apostolique ; tandis que tel autre article de foi qui ne serait pas repérable dans l’histoire des premiers siècles de l’Eglise devrait être tenu pour une corruption, une altération du message évangélique – et par suite écarté du champ de la foi orthodoxe.

 

Ce principe de bon sens montre toutefois ses limites dans sa mise en pratique sur des cas concrets.

 

Newman prend ainsi l’exemple de la Sainte Trinité – qui est au cœur de la foi chrétienne. Force est de constater qu’avant le concile de Nicée (325), aucun témoignage explicite en faveur d’un Dieu unique en trois personnes n’existe ! On trouve certes des auteurs professant la divinité du Christ – mais les macédoniens et les sabelliens aussi le professaient. On trouve certes des témoignages en faveur de la distinction du Père et du Fils – mais les ariens aussi l’enseignaient. On trouve encore des traces d’une croyance en l’égalité du Père et du Fils – qui était partagée par les trithéistes ; et d’une affirmation de l’unicité de Dieu – qui était la doctrine des unitariens. Or, nous dit Newman : « Pour prouver (…) que tous les pères anténicéens [c’est-à-dire : d’avant le Concile de Nicée] enseignaient le dogme de la Sainte Trinité, il ne suffit pas de démontrer que chacun d’eux est allé assez loin… pour être simplement un hérétique » ! Il faudrait pouvoir trouver un énoncé clair et complet de la doctrine telle que nous la concevons aujourd’hui. Faute de quoi, son origine apostolique (et par suite : son inspiration divine) pourrait être suspectée.

 

Or, nous ne trouvons rien…

 

Le constat est accablant : il ne se trouve avant 325 aucun auteur exprimant de manière pure et orthodoxe la doctrine de la Sainte Trinité telle que nous la professons aujourd’hui dans l’Eglise catholique, l’Eglise orthodoxe et la plupart des communautés protestantes.

 

L’application du Canon de Vincent de Lérins nous conduirait donc à exclure purement et simplement la doctrine trinitaire du champ de la foi chrétienne orthodoxe ! Car, même s’il est parfois question d’une « Trinité » dans les professions de foi de l’époque primitive, ou dans les écrits des évêques, des théologiens et des saints de la période anténicéenne, « qu’il y ait là un mystère ; que les Trois ne soient qu’un ; qu’ils soient égaux, coéternels, tous incréés, tout-puissants et incompréhensibles, cela n’y est aucunement énoncé, et on ne saurait l’en tirer ».

 

Bien entendu, on peut penser que la doctrine de la Sainte Trinité en sa forme actuelle était implicitement contenue dans toutes ces professions de foi et divers écrits de l’époque. Ce sera même le cœur de la pensée de Newman que de considérer la doctrine chrétienne comme devant inévitablement connaître un développement dans le temps, non par l’effet de l’introduction de corps étrangers à la doctrine des premiers temps apostoliques, mais précisément : pour déployer toutes ses potentialités cachées – déjà présentes à l’origine, mais non encore manifestées.

 

Cela dit, si le Canon de Vincent de Lérins nous conduit à écarter le dogme de la Sainte Trinité, il nous invite tout au contraire à retenir celui du Purgatoire, largement évoqué par les Pères (Tertullien, Sainte Perpétue, Saint Cyrille, Saint Hilaire, Saint Jérôme, Saint Grégoire de Nysse…) « L’idée de souffrances, de peines, ou de punitions auxquelles seraient soumis après cette vie les fidèles défunts, et d’autres vagues formes de la doctrine du Purgatoire, ont en leur faveur un consentement presque universel des quatre premiers siècles ».

 

Mais le point de doctrine le plus fortement affirmé par les Pères anténicéens, qui bénéficie des témoignages les plus nombreux et les plus nets, est sans nul doute la primauté du Pape. « Les témoignages que l’on peut citer, avant Nicée, en faveur de l’autorité du Saint-Siège ne craignent pas la comparaison. Pris séparément, ils peuvent paraître faibles ; mais au moins, nous pouvons en compter 17 ; ils sont variés, et proviennent de siècles et de pays différents ; par-là, ils s’éclairent les uns les autres, et forment un corps de preuve (…). En bloc, ils constituent un argument cumulatif en faveur de l’autorité œcuménique et doctrinale de Rome ». Newman observe « que les auteurs [postérieurs] des IVe et Ve siècles affirment sans crainte que les prérogatives de Rome remontent aux temps apostoliques, et cela parce que c’était le siège de Saint Pierre ».

 

De l’application du Canon de Vincent de Lérins aux points de doctrine susvisés, et à quelques autres, le Bienheureux John Henry Newman tire deux grands enseignements :

 

1°) que le christianisme de l’Histoire n’est pas le protestantisme : « Approfondir l’Histoire, écrit-il, c’est cesser d’être protestant ».

 

2°) que le Canon de Vincent de Lérins ne donne pas de résultats satisfaisants, puisqu’il nous conduirait à rejeter la doctrine de la Sainte Trinité – qui est l’affirmation centrale de notre foi, la plus universellement professée dans le christianisme depuis 16 siècles !

 

Il faut donc trouver autre chose... puisque l’on voit, avec cet exemple de la Trinité, qu’une "nouveauté" doctrinale n’est pas nécessairement le signe d’une corruption de la doctrine apostolique, mais peut être la manifestation d’un développement de cette même doctrine – qui exprime progressivement ce qu’elle contenait en germe dès l’origine.

 

Newman nous invite à intégrer l’idée de "développement", qu’il est inévitable de rencontrer dans une doctrine qui trace son chemin dans l’Histoire des hommes : « La croissance et l’extension du Credo et du rituel chrétiens et les variations qui en marquent le cours, chez les écrivains particuliers comme dans les Eglises, sont le sort inévitable de toute idée philosophique ou politique qui s’empare de l’intelligence du coeur, et dont l’empire a pris une large extension. En vertu même de la nature de l’espèce humaine, le temps est nécessaire pour atteindre l’intelligence pleine et parfaite des grandes idées. Les vérités les plus hautes et les plus merveilleuses, même communiquées aux hommes une fois pour toutes par des maîtres inspirés, ne peuvent être comprises d’un coup par ceux qui les reçoivent ; car reçues et transmises par des esprits non inspirés et par des moyens humains, elles requièrent un temps prolongé, une réflexion plus profonde, pour être pleinement élucidées. »

 

Il faut donc se garder de condamner trop vite une doctrine, au seul motif de sa "nouveauté" ; et prendre le temps de l’examiner en son origine, en sa genèse, afin de vérifier son lien organique avec la doctrine des premiers temps apostoliques - dont l'Ecriture Sainte conserve le témoignage.

 

« Il semble, conclut Newman dans son Introduction à l’« Essai sur le développement de la doctrine chrétienne », que l’on pourra (…) trouver dans cet Essai l’explication d’un nombre assez grand de prétendues corruptions doctrinales et pratiques de Rome, pour nous donner le droit de faire confiance à cette Eglise sur des questions parallèles qui sont restées en dehors de nos recherches. »

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 00:00

 

Dimanche 28 novembre 2010 – 1er dimanche de l’Avent (Année A)

 

Entrée dans le temps de l'Avent - Message audio du Pape Benoît XVI

 

Première lecture : Isaïe 2. 1-5

« C’est de Sion que vient la Loi, de Jérusalem, la Parole du Seigneur ».

 

Psaume 121

« Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais »

 

Deuxième lecture : Romains 13. 11-14

« La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche »

 

Evangile : Matthieu 24. 37-44

« C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le fils de l’homme viendra »

 

***

Message audio du Pape : 2010

Angelus du Pape : 2007 – 2010

Homélie du Père Walter Covens : 2007 – 2010 

Homélie du Père Joseph-Marie Verlinde : 2010 

Homélie des serviteurs de Jésus et de Marie : 2010

Audio de Radio Vatican : 2010

Retraite de l'Avent en vidéo (1) 

Ce que l’Evangile nous dit et me demande

Pourquoi Dieu nous cache-t-il l'heure de notre mort? (P. Raniero Cantalamessa)

 

***


« Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra » (Mt 24. 42)

 

« Loin de vouloir entretenir un climat de peur, Jésus veut susciter des hommes "debout", des "veilleurs", des guetteurs. Le "risque" dans la vie économique, sociale, familiale, invite à la prévoyance et aux préparations minutieuses. Le chef d’entreprise qui "s’endort" condamne son entreprise. Le jeune qui ne prépare pas son avenir prend lui-même la responsabilité de rater sa vie, selon toute vraisemblance. L’homme ou la femme qui ne pense jamais à Dieu pourrait bien rater Sa visite »… (P. Noël Quesson).

 

« Quand, à la fenêtre du ciel, Dieu regarde notre monde, il doit penser que les hommes sont de grands enfants qui jouent avec des hochets et qui passent à côté de l'essentiel, sans prendre le temps de se poser la seule question digne d'un être pensant : "Mais qu'est-ce que je fais donc sur cette terre?" » (P. Denis Sonet).

 

« Nous partons donc pour une nouvelle année liturgique. Nous partons avec confiance, parce que nous savons que la grâce de Dieu nous y précède. Nous savons surtout que Dieu, en nous donnant son Eglise, nous a confectionné cette arche protectrice qui va nous permettre de franchir toutes les turbulences et les déluges d'un monde déboussolé. Signe merveilleux de sa présence parmi nous, l'Eglise est cette barque qui ne saurait sombrer. Et tant pis si, parfois, nous avons le mal de mer!  »… (P. Denis Sonet).

 

 

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 11:16

Fabrice Hadjadj, l'un des plus brillants philosophes catholiques de ce temps, nous parle de l'athéisme et du démon... qui ne se trouve peut-être pas là où l'on croit. A entendre et méditer longuement... 

 

CroireTV : Fabrice Hadjadj

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 10:59

 

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI sur Saint Odon de Cluny, le 2 septembre 2009.

 

Chers frères et sœurs,

 

Après une longue pause, je voudrais reprendre la présentation des grands écrivains de l'Eglise d'Orient et d'Occident à l'époque médiévale, car, comme dans un miroir, nous voyons dans leur vie et dans leurs écrits ce que signifie être chrétiens. Je vous propose aujourd'hui la figure lumineuse de Saint Odon, abbé de Cluny : celle-ci se situe dans le Moyen-Age monastique qui vit la surprenante diffusion en Europe de la vie et de la spiritualité inspirées par la Règle de Saint Benoît (…).

 

Odon fut le deuxième abbé de Cluny. Il était né aux environs de 880, à la frontière entre le Maine et la Touraine, en France. Il fut consacré par son père au saint évêque Martin de Tours, à l'ombre bénéfique et dans la mémoire duquel Odon vécut ensuite toute sa vie, la concluant à la fin auprès de son tombeau. Le choix de la consécration religieuse fut précédé chez lui par l'expérience d'un moment spécial de grâce, dont il parla lui-même à un autre moine, Jean l'Italien, qui fut par la suite son biographe. Odon était encore adolescent, âgé environ de 16 ans, lorsque, au cours d'une veillée de Noël, il sentit s'élever spontanément de ses lèvres cette prière à la Vierge : "Notre Dame, Mère de miséricorde qui en cette nuit as donné à la lumière le Sauveur, prie pour moi. Que ton enfantement glorieux et singulier soit, ô Très pieuse, mon refuge". L'appellation "Mère de miséricorde", avec laquelle le jeune Odon invoqua alors la Vierge, sera celle avec laquelle il aimera ensuite s'adresser à Marie, l'appelant également "unique espérance du monde,... grâce à laquelle nous ont été ouvertes les portes du paradis". Il lui arriva à cette époque de lire la Règle de Saint Benoît et de commencer à en observer certaines indications, "portant, pas encore moine, le joug léger des moines". Dans l'un de ses sermons, Odon célébrera Benoît comme "une lampe qui brille dans le stade ténébreux de cette vie", et le qualifiera de "maître de discipline spirituelle". Il soulignera avec affection que la piété chrétienne "fait mémoire avec une plus grande douceur" de lui, dans la conscience que Dieu l'a élevé "parmi les Pères suprêmes et élus de la Sainte Eglise".

 

Fasciné par l'idéal bénédictin, Odon quitta Tours et entra en tant que moine dans l'abbaye bénédictine de Baume, pour ensuite passer à celle de Cluny, dont il devint abbé en 927. De ce centre de vie spirituelle, il put exercer une vaste influence sur les monastères du continent. En Italie également, différents ermitages bénéficièrent de sa direction et de sa réforme, parmi lesquels celui de Saint-Paul-hors-les-Murs. Odon se rendit plus d'une fois à Rome, allant jusqu'à Subiaco, le Mont Cassin et Salerne. Ce fut précisément à Rome que, pendant l'été 942, il tomba malade. Se sentant proche de la fin, il voulut à tout prix revenir auprès de Saint Martin à Tours, où il mourut pendant l'octavaire du saint, le 18 novembre 942 (…).

 

Dans un passage d'un sermon en l'honneur de Marie de Magdala, l'abbé de Cluny nous révèle comment il concevait la vie monastique : "Marie qui, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole avec l'esprit attentif, est le symbole de la douceur de la vie contemplative, dont la saveur, plus on la goûte, pousse l'âme à se détacher encore davantage des choses visibles et des tumultes des préoccupations du monde". C'est une conception qu'Odon confirme et développe dans ses autres écrits, desquels transparaissent l'amour de l'intériorité, une vision du monde comme étant une réalité fragile et précaire dont il faut se détacher, une inclination constante au détachement des choses ressenties, comme étant source d'inquiétude, une sensibilité aiguë pour la présence du mal chez les différentes catégories d'hommes, une profonde aspiration eschatologique. Cette vision du monde peut apparaître assez éloignée de la nôtre, toutefois celle d'Odon est une conception qui, voyant la fragilité du monde, valorise la vie intérieure ouverte à l'autre, à l'amour du prochain, et précisément ainsi transforme l'existence et ouvre le monde à la lumière de Dieu.

 

Une attention particulière doit être portée à la "dévotion" au Corps et au Sang du Christ qu'Odon, face à une négligence répandue qu'il déplorait vivement, cultiva toujours avec conviction. Il était en effet fermement convaincu de la présence réelle, sous les espèces eucharistiques, du Corps et du Sang du Seigneur, en vertu de la transformation "substantielle" du pain et du vin. Il écrivait : "Dieu, le Créateur de tout, a pris le pain, en disant qu'il était son Corps et qu'il l'aurait offert pour le monde et il a distribué le vin, en l'appelant son sang" ; or, "c'est une loi de nature que la transformation ait lieu selon le commandement du Créateur", et voilà donc qu'"immédiatement, la nature change sa condition habituelle : sans retard, le pain devient chair, et le vin devient sang" ; à l'ordre du Seigneur "la substance se transforme". Malheureusement, remarque notre abbé, ce "sacro-saint mystère du Corps du Seigneur, qui constitue tout le Salut du monde" est célébré avec négligence. "Les prêtres, avertit-il, qui accèdent à l'autel de manière indigne, entachent le pain, c'est-à-dire le Corps du Christ". Seul celui qui est uni spirituellement au Christ peut participer dignement à son Corps eucharistique : dans le cas contraire, manger sa chair et boire son sang ne serait pas un bienfait, mais une condamnation. Tout cela nous invite à croire avec une force et une profondeur nouvelles à la vérité de la présence du Seigneur. La présence du Créateur parmi nous, qui se remet entre nos mains et nous transforme comme il transforme le pain et le vin, transforme ainsi le monde.

 

Saint Odon a été un véritable guide spirituel tant pour les moines que pour les fidèles de son temps. Devant "le grand nombre des vices" répandus dans la société, le remède qu'il proposait avec fermeté était celui d'un changement de vie radical, fondé sur l'humilité, l'austérité, le détachement des choses éphémères et l'adhésion aux choses éternelles. Malgré le réalisme de son diagnostic sur la situation de son temps, Odon n'est pas tenté par le pessimisme : "Nous ne disons pas cela – précise-t-il – pour précipiter dans le désespoir ceux qui voudront se convertir. La miséricorde divine est toujours disponible; elle attend l'heure de notre conversion". Et il s'exclame : "O ineffables entrailles de la piété divine! Dieu poursuit les fautes et protège toutefois les pécheurs". Soutenu par cette conviction, l'abbé de Cluny aimait s'arrêter en contemplation devant la miséricorde du Christ, le Sauveur, qu'il qualifiait de manière suggestive d'"amant des hommes" : "amator hominum Christus". Jésus a pris sur lui les fléaux qui auraient dû nous être réservés – observe-t-il – pour sauver ainsi la créature qui est son œuvre et qu'il aime.

 

Ici apparaît un trait du saint abbé presque caché à première vue sous la rigueur de son austérité de réformateur : la profonde bonté de son âme. Il était austère, mais surtout il était bon, un homme d'une grande bonté, une bonté qui provient du contact avec la bonté divine. Odon, comme nous le disent ses contemporains, diffusait autour de lui la joie dont il était empli. Son biographe atteste n'avoir jamais entendu sortir de bouche d'homme "tant de douceur en paroles". Il avait l'habitude, rappelle son biographe, d'inviter au chant les jeunes enfants qu'il rencontrait sur la route pour ensuite leur faire quelque petit don, et il ajoute : "ses paroles étaient pleines de joie..., son hilarité communiquait à notre cœur un joie intime". De cette manière, le vigoureux et aimable abbé médiéval, passionné de réforme, à travers une action incisive alimentait chez les moines, comme aussi chez les fidèles laïcs de son temps, l'intention de progresser d'un pas vif sur le chemin de la perfection chrétienne.

 

Nous voulons espérer que sa bonté, la joie qui provient de la foi, unies à l'austérité et à l'opposition aux vices du monde, toucheront aussi notre cœur, afin que nous aussi puissions trouver la source de la joie qui jaillit de la bonté de Dieu.

 

 

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 17:25

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de l’ordination épiscopale de cinq nouveaux prélats, le 12 septembre 2009.

  

Chers frères et sœurs!

 

Nous saluons avec affection et nous nous unissons cordialement à la joie de nos cinq frères prêtres, que le Seigneur a appelés à être successeurs des Apôtres (…). Je suis reconnaissant à chacun d'eux pour le service fidèle qu'ils ont rendu à l'Eglise en travaillant à la Secrétairerie d'Etat ou à la Congrégation pour la doctrine de la foi ou au Gouvernorat de l'Etat de la Cité du Vatican, et je suis certain que, avec le même amour pour le Christ et le même zèle pour les âmes, ils accompliront dans leurs nouveaux domaines d'action pastorale le ministère qui leur est confié aujourd'hui à travers l'ordination épiscopale. Selon la Tradition apostolique, ce Sacrement est conféré à travers l'imposition des mains et la prière. L'imposition des mains se déroule en silence. La parole humaine se tait. L'âme s'ouvre en silence à Dieu, dont la main se tend vers l'homme, l'attire à lui et, dans le même temps, le couvre pour le protéger, afin que par la suite, il soit entièrement la propriété de Dieu, il lui appartienne entièrement et introduise les hommes dans les mains de Dieu. Mais, comme deuxième élément fondamental de l'acte de consécration, vient ensuite la prière. L'ordination épiscopale est un événement de prière. Aucun homme ne peut faire d'un autre un prêtre ou un évêque. C'est le Seigneur lui-même qui, à travers la parole de la prière et le geste de l'imposition des mains, prend cet homme entièrement à son service, l'attire dans son propre Sacerdoce. C'est lui qui consacre les évêques. C'est lui qui consacre les élus. C'est lui, l'unique Prêtre suprême, qui a offert l'unique sacrifice pour nous tous, qui lui accorde la participation à son Sacerdoce, afin que sa Parole et que son œuvre soient présentes en tout temps.

 

En vertu de ce lien entre la prière et l'action du Christ sur l'homme, l'Eglise a développé dans sa Liturgie un signe éloquent. Au cours de la prière d'ordination, on ouvre sur le candidat l'Evangéliaire, le Livre de la Parole de Dieu. L'Evangile doit pénétrer en lui, la Parole vivante de Dieu doit, pour ainsi dire, l'imprégner. L'Evangile, au fond, n'est pas seulement parole – le Christ lui-même est l'Evangile. A travers la Parole, la vie même du Christ doit imprégner l'homme, afin qu'il devienne entièrement un avec Lui, que le Christ vive en Lui et donne à sa vie sa forme et son contenu. De cette manière, doit se réaliser en lui ce qui dans les lectures de la Liturgie d'aujourd'hui apparaît comme l'essence du ministère sacerdotal du Christ. Le consacré doit être empli de l'Esprit de Dieu et vivre à partir de Lui. Il doit apporter aux pauvres l'annonce joyeuse, la liberté véritable et l'espérance qui fait vivre l'homme et le guérit. Il doit établir le Sacerdoce du Christ au milieu des hommes, le Sacerdoce à la façon de Melchisedek, c'est-à-dire le royaume de la justice et de la paix. Comme les 72 disciples envoyés par le Seigneur, il doit être une personne qui apporte la guérison, qui aide à guérir la blessure intérieure de l'homme, son éloignement de Dieu. Le premier bien essentiel dont l'homme a besoin est la proximité de Dieu lui-même. Le royaume de Dieu, dont il est question dans le passage évangélique d'aujourd'hui, n'est pas quelque chose "à côté de Dieu", une condition quelconque du monde : c'est tout simplement la présence de Dieu lui-même, qui est la force véritablement guérissante.

 

Jésus a résumé tous ces multiples aspects de son Sacerdoce dans cette unique phrase : "Le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir" (Mc 10, 45). Servir et à travers cela se donner soi-même ; être non pour soi-même, mais pour les autres, de la part de Dieu et en vue de Dieu : tel est le cœur le plus profond de la mission de Jésus Christ et également la véritable essence de son Sacerdoce. Ainsi, il a fait du terme "serviteur" son titre honorifique le plus élevé. A travers cela, il a accompli un renversement des valeurs, il nous a donné une nouvelle image de Dieu et de l'homme. Jésus ne vient pas comme l'un des maîtres de ce monde, mais c'est Lui, qui est le véritable Maître, qui vient comme serviteur. Son Sacerdoce n'est pas domination, mais service : tel est le nouveau Sacerdoce de Jésus Christ à la façon de Melchisedek.

 

Saint Paul a formulé l'essence du ministère apostolique et sacerdotal de façon très claire. Face aux disputes qui existaient au sein de l'Eglise de Corinthe entre des courants divers qui se référaient à des apôtres divers, il demande : Mais qu'est-ce qu'un Apôtre? Qu'est-ce qu'Apollos? Qu'est-ce que Paul? Ce sont des serviteurs, chacun d'eux selon ce que le Seigneur lui a donné (cf. 1 Co 3, 5). "Qu'on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu. Or, ce qu'en fin de compte on demande, c'est que chacun soit trouvé fidèle" (1 Co 4, 1sq). A Jérusalem, au cours de sa dernière semaine de vie, Jésus lui-même a parlé dans deux paraboles de ces serviteurs auxquels le Seigneur confie ses biens dans le temps du monde, et y a relevé trois caractéristiques qui distinguent la façon juste de servir, dans lesquelles se concrétise aussi l'image du ministère sacerdotal. Jetons un bref regard sur ces caractéristiques, pour contempler, avec les yeux de Jésus lui-même, le devoir que vous, chers amis, êtes appelés à assumer en cette heure.

 

La première caractéristique que le Seigneur demande au serviteur est la fidélité. Il lui a été confié un grand bien, qui ne lui appartient pas. L'Eglise n'est pas notre Eglise, mais son Eglise, l'Eglise de Dieu. Le serviteur doit rendre compte de la façon dont il a géré le bien qui lui a été confié. Ne lions pas les hommes à nous ; ne recherchons pas le pouvoir, le prestige, l'estime pour nous-mêmes. Conduisons les hommes vers Jésus Christ, et ainsi, vers le Dieu vivant. A travers cela, nous les introduisons dans la vérité et la liberté, qui découle de la vérité. La fidélité est altruisme, et précisément ainsi, elle est libératrice pour le ministre lui-même et pour tous ceux qui lui sont confiés. Nous savons que dans la société civile, et souvent, même dans l'Eglise, les affaires souffrent du fait que beaucoup de personnes, auxquelles a été confiée une responsabilité, œuvrent pour elles-mêmes et non pas pour la communauté, pour le bien commun. Le Seigneur trace en quelques lignes une image du mauvais serviteur qui se met à faire ripaille et à frapper ses employés, trahissant ainsi l'essence de sa charge. En grec, le mot qui indique la "fidélité" coïncide avec celui qui indique la "foi". La fidélité du serviteur de Jésus Christ consiste précisément également dans le fait qu'il ne cherche pas à adapter la foi aux modes du temps. Seul le Christ possède les paroles de vie éternelle, et nous devons apporter ces paroles aux personnes. Elles sont le bien le plus précieux qui nous a été confié. Une telle fidélité n'a rien de stérile, ni de statique ; elle est créative. Le maître réprimande le serviteur, qui avait caché sous terre le bien qui lui avait été confié pour éviter tout risque. Avec cette apparente fidélité, le serviteur a en réalité laissé de côté le bien du maître, pour pouvoir se consacrer uniquement à ses propres affaires. La fidélité ne signifie pas la peur, mais elle est inspirée par l'amour et par son dynamisme. Le maître loue le serviteur qui a fait fructifier ses biens. La foi exige d'être transmise : elle ne nous a pas été confiée uniquement pour nous-mêmes, pour le salut personnel de notre âme, mais pour les autres, pour ce monde et pour notre temps. Nous devons la situer dans ce monde, afin qu'elle devienne en lui une force vivante; pour faire croître en lui la présence de Dieu.

 

La deuxième caractéristique, que Jésus demande à son serviteur, est la prudence. Il faut tout de suite écarter un malentendu. La prudence est quelque chose de différent de l'astuce. La prudence, selon la tradition philosophique grecque, est la première des vertus cardinales ; elle indique le primat de la vérité, qui à travers la "prudence" devient le critère de notre action. La prudence exige la raison humble, disciplinée et vigilante, qui ne se laisse pas éblouir par des préjugés ; elle ne juge pas selon les désirs et les passions, mais elle recherche la vérité – également la vérité qui dérange. La prudence signifie se mettre à la recherche de la vérité et agir d'une manière qui lui soit conforme. Le serviteur prudent est tout d'abord un homme de vérité et un homme à la raison sincère. Dieu, au moyen de Jésus Christ, nous a ouvert la fenêtre de la vérité qui, face à nos seules forces, reste souvent étroite et seulement en partie transparente. Il nous indique dans l'Ecriture Sainte et dans la foi de l'Eglise la vérité essentielle sur l'homme, qui imprime la juste direction à notre action. Ainsi, la première vertu cardinale du prêtre ministre de Jésus Christ consiste à se laisser façonner par la vérité que le Christ nous montre. De cette manière, nous devenons des hommes vraiment raisonnables, qui jugent à partir de l'ensemble et non à partir de détails au hasard. Ne nous laissons pas guider par la petite fenêtre de notre astuce personnelle, mais par la grande fenêtre, que le Christ nous a ouverte sur la vérité tout entière, regardons le monde et les hommes et reconnaissons ainsi ce qui compte vraiment dans la vie.

 

La troisième caractéristique dont Jésus parle dans les paraboles du serviteur est la bonté : "Très bien, serviteur bon et fidèle... entre dans la joie de ton maître" (Mt 25, 21.23). Ce que l'on entend par la caractéristique de la "bonté" peut nous devenir clair, si nous pensons à la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche. Cet homme s'était adressé à Jésus en l'appelant : "Bon Maître" et il reçut une réponse surprenante : "Pourquoi m'appelles-tu bon? Personne n'est bon, sinon Dieu seul" (Mc 10, 17sq). Seul Dieu est bon au sens plénier. Il est le Bien, le Bon par excellence, la Bonté en personne. Chez une créature – chez l'homme – être bon se fonde donc nécessairement sur une profonde orientation intérieure vers Dieu. La bonté s'accroît avec l'union intérieure au Dieu vivant. La bonté présuppose surtout une communion vivante avec le Bon Dieu, une union intérieure croissante avec Lui. Et de fait : de qui d'autre pourrait-on apprendre la véritable bonté sinon de Celui qui nous a aimés jusqu'à la fin, jusqu'au bout (cf. Jn 13, 1)? Nous devenons des serviteurs bons à travers notre rapport vivant avec Jésus Christ. C'est seulement si notre vie se déroule dans le dialogue avec Lui, seulement si son être, ses caractéristiques pénètrent en nous et nous façonnent, que nous pouvons devenir des serviteurs vraiment bons.

 

 

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 18:51

Audience Générale du Pape Benoît XVI sur Saint Jean Eudes, le 19 août 2009.

  

Chers frères et sœurs!

 

C'est aujourd'hui la mémoire liturgique de Saint Jean Eudes, apôtre inlassable de la dévotion aux Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, qui vécut en France à la fin du XVIIe siècle, un siècle marqué par des courants religieux opposés et également par de graves problèmes politiques. C'est l'époque de la guerre de Trente ans, qui a non seulement dévasté une grande partie du centre de l'Europe, mais qui a également dévasté les âmes. Pendant que se diffusait le mépris pour la foi chrétienne de la part de certains courants de pensée alors dominants, l'Esprit Saint suscitait un renouveau spirituel plein de ferveur, avec des personnalités de grande envergure comme de Bérulle, Saint Vincent de Paul, Saint Louis Marie Grignon de Montfort et Saint Jean Eudes. Cette grande "école française" de sainteté porta parmi ses fruits également Saint Jean-Marie Vianney. Par un mystérieux dessein de la providence, mon vénéré prédécesseur Pie XI proclama saints ensemble, le 31 mai 1925, Jean Eudes et le curé d'Ars, offrant à l'Eglise et au monde entier deux exemples extraordinaires de sainteté sacerdotale.

 

Dans le contexte de l'Année sacerdotale, j'ai à cœur de m'arrêter pour souligner le zèle apostolique de saint Jean Eudes, particulièrement tourné vers la formation du clergé diocésain. Les Saints sont la véritable interprétation de l'Ecriture Sainte. Les Saints ont éprouvé, dans l'expérience de leur vie, la vérité de l'Evangile ; ainsi, ils nous introduisent dans la connaissance et la compréhension de l'Evangile. En 1563, le Concile de Trente avait promulgué des normes pour l'érection des séminaires diocésains et pour la formation des prêtres, dans la mesure où le Concile était tout à fait conscient que toute la crise de la Réforme était également conditionnée par une formation insuffisante des prêtres, qui n'étaient pas préparés pour le sacerdoce de manière juste, intellectuellement et spirituellement, dans leur cœur et dans leur âme. Nous étions en 1563 ; mais comme l'application et la réalisation des normes tardaient aussi bien en Allemagne qu'en France, Saint Jean Eudes comprit les conséquences de ce retard. Animé par la conscience lucide du grave besoin d'aide spirituelle, dont les âmes étaient victimes également en raison du manque de préparation d'une grande partie du clergé, le Saint, qui était un curé, institua une Congrégation consacrée de manière spécifique à la formation des prêtres. Il fonda son premier séminaire dans la ville universitaire de Caen, une expérience extrêmement appréciée, qui se diffusa très vite dans d'autres diocèses. Le chemin de sainteté, qu'il parcourut et qu'il proposa à ses disciples, avait pour fondement une solide confiance dans l'amour que Dieu a révélé à l'humanité dans le Cœur sacerdotal du Christ et dans le Cœur maternel de Marie. A cette époque de cruauté, de perte d'intériorité, il s'adressa au cœur, pour dire au cœur une parole des Psaumes très bien interprétée par saint Augustin. Il voulait attirer à nouveau au cœur les personnes, les hommes et surtout les futurs prêtres, en montrant le Cœur sacerdotal du Christ et le Cœur maternel de Marie. Chaque prêtre doit être témoin et apôtre de cet amour du cœur du Christ et de Marie. Et nous arrivons ainsi à notre époque.

 

Aujourd'hui aussi, on ressent le besoin que les prêtres témoignent de l'infinie miséricorde de Dieu à travers une vie entièrement "conquise" par le Christ, et apprennent cela dès les années de leur préparation dans les séminaires. Le Pape Jean-Paul II, après le synode de 1990, a publié l'Exhortation apostolique Pastores dabo vobis dans laquelle il reprend et met à jour les règles du Concile de Trente et souligne en particulier la nécessaire continuité entre le moment initial et celui permanent de la formation ; pour lui, pour nous, cela est un véritable point de départ pour une authentique réforme de la vie et de l'apostolat des prêtres, et c'est également le point central afin que la "nouvelle évangélisation" ne soit pas simplement un slogan attrayant, mais se traduise dans la réalité. Les fondements établis dans la formation au séminaire, constituent l'"humus spirituale" irremplaçable, dans lequel on peut "apprendre le Christ" en se laissant progressivement configurer à Lui, unique prêtre suprême et bon pasteur. Le temps du séminaire doit donc être considéré comme la réalisation du moment où le Seigneur Jésus, après avoir appelé les apôtres et avant de les envoyer prêcher, leur demande de rester avec Lui (cf. Mc 3, 14). Lorsque Saint Marc raconte la vocation des douze Apôtres, il nous dit que Jésus avait un double objectif : le premier était qu'ils soient avec Lui, le second qu'ils soient envoyés pour prêcher. Mais, allant toujours avec Lui, ils annoncent réellement le Christ et apportent la réalité de l'Evangile au monde.

 

Au cours de cette Année sacerdotale, je vous invite à prier, chers frères et sœurs, pour les prêtres et pour tous ceux qui se préparent à recevoir le don extraordinaire du sacerdoce ministériel. Pour conclure, j'adresse à tous l'exhortation de saint Jean Eudes qui dit ceci aux prêtres : "Donnez-vous à Jésus, pour entrer dans l'immensité de son grand Cœur, qui contient le Cœur de sa Sainte Mère et de tous les saints, et pour vous perdre dans cet abîme d'amour, de charité, de miséricorde, d'humilité, de pureté, de patience, de soumission et de sainteté" (Le Cœur admirable, III, 2).

 

 

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 14:22

Audience Générale du Pape Benoît XVI sur « Marie, mère de tous les prêtres », le 12 août 2009.

 

Chers frères et soeurs,

 

(…) Je voudrais parler du lien entre la Vierge et le sacerdoce. Il s'agit d'un lien profondément enraciné dans le mystère de l'Incarnation. Lorsque Dieu décida de se faire homme dans son Fils, il avait besoin du OUI libre de l'une de ses créatures. Dieu n'agit pas contre notre liberté. Et une chose véritablement extraordinaire a lieu : Dieu devient dépendant de la liberté, du OUI de l'une de ses créatures ; il attend ce OUI. Saint Bernard de Clairvaux, dans l'une de ses homélies, a expliqué de façon dramatique ce moment décisif de l'histoire universelle, où le ciel, la terre et Dieu lui-même attendent ce que dira cette créature.

 

Le OUI de Marie est donc la porte à travers laquelle Dieu a pu entrer dans le monde, se faire homme. Ainsi, Marie participe réellement et profondément au mystère de l'Incarnation, de notre Salut. Et l'Incarnation, le fait que le Fils s'est fait homme, était dès le début finalisée au don de soi ; au don de soi plein d'amour sur la Croix, pour se faire pain pour la vie du monde. Ainsi, sacrifice, sacerdoce et Incarnation vont de pair et Marie est au centre de ce mystère.

 

Allons à présent à la Croix. Avant de mourir, Jésus voit sa Mère au pied de la Croix; et il voit le fils bien-aimé et ce fils bien-aimé est certainement une personne, un individu très important, mais il est davantage : c'est un exemple, une préfiguration de tous les disciples bien-aimés, de toutes les personnes appelées par le Seigneur à être "le disciple qu'il aimait" et par conséquent, de façon particulière, également des prêtres. Jésus dit à Marie : "Mère, voici ton fils" (Jn 19, 26). Il s'agit d'une sorte de testament : il confie sa Mère au soin du fils, du disciple. Mais il dit également au disciple : "Voici ta mère" (Jn 19, 27). L'Evangile nous dit qu'à partir de ce moment, Saint Jean, le fils bien-aimé, accueillit la mère, Marie, "chez lui". C'est ce que dit la traduction française ; mais le texte grec est beaucoup plus profond, beaucoup plus riche. Nous pourrions le traduire de la façon suivante : il prit Marie dans l'intimité de sa vie, de son être, "eis tà ìdia", dans la profondeur de son être. Prendre avec soi Marie, signifie l'introduire dans le dynamisme de son existence tout entière – il ne s'agit pas d'une chose extérieure – et dans tout ce qui constitue l'horizon de son apostolat. Il me semble que l'on comprend donc que le rapport particulier de maternité existant entre Marie et les prêtres constitue la source primaire, le motif fondamental de la prédilection qu'elle nourrit pour chacun d'eux. Marie les aime en effet pour deux raisons : car ils sont davantage semblables à Jésus, amour suprême de son coeur et parce qu'eux aussi, comme Elle, sont engagés dans la mission de proclamer, témoigner et apporter le Christ au monde. En vertu de son identification et conformation sacramentelle à Jésus, Fils de Dieu et Fils de Marie, chaque prêtre peut et doit se sentir véritablement le fils bien-aimé de cette très noble et très humble Mère.

 

Le Concile Vatican II invite les prêtres à voir en Marie le modèle parfait de leur existence, en l'invoquant comme "Mère du Grand prêtre éternel, Reine des Apôtres, soutien des prêtres dans leur ministère". Et elle a droit – poursuit le Concile – "à la dévotion filiale des prêtres, à leur vénération et à leur amour" (cf. Presbyterorum ordinis, n. 18). Le Saint curé d'Ars, vers lequel notre pensée se tourne de façon particulière en cette année, aimait répéter : "Jésus Christ, après nous avoir donné tout ce qu'il pouvait nous donner, veut encore faire de nous les héritiers de ce qu'il a de plus précieux, c'est-à-dire sa Sainte Mère". Cela vaut pour tout chrétien, pour nous tous, mais en particulier pour les prêtres.

 

Chers frères et soeurs, prions afin que Marie rende tous les prêtres, face à tous les problèmes du monde d'aujourd'hui, conformes à l'image de son Fils Jésus, dispensateurs du trésor inestimable de son amour de bon Pasteur. Marie, Mère des prêtres, prie pour nous!

 

 

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 11:43
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