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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 14:31

 

Extrait du discours du Pape Benoît XVI au Tribunal de la Rote romaine pour l’inauguration de l’année judiciaire, le 29 janvier 2009.

 

Illustres juges, officiaux et collaborateurs du Tribunal de la Rote romaine!

 

(…) Vous attendez du Pape, au début de votre année de travail, une parole qui soit pour vous une lumière et une orientation dans le déroulement de vos tâches délicates. Les thèmes que nous pourrions aborder en cette circonstance pourraient être nombreux, mais vingt ans après l'allocution de Jean-Paul II sur l'incapacité psychique dans les causes de nullité matrimoniale du 5 février 1987(AAS 79 [1987], pp. 1453-1459) et du 25 janvier 1988 (AAS 80 [1988], pp. 1178-1185), il semble opportun de se demander dans quelle mesure ces interventions ont été accueillies comme il se doit dans les tribunaux ecclésiastiques. Le moment n'est pas venu de tracer un bilan, mais aux yeux de tous apparaissent les éléments d'une question qui continue à être d'une grande actualité. Dans certains cas, on peut malheureusement ressentir encore vivement l'exigence dont parlait mon vénéré prédécesseur : celle de préserver la communauté ecclésiale "du scandale de voir, en pratique, détruite la valeur du mariage chrétien par la multiplication exagérée et presque automatique des déclarations de nullité dans le cas d'échec du mariage, sous prétexte d'une quelconque immaturité ou faiblesse psychique des contractants" (Allocution à la Rote romaine, 5.2.1987, cit., n. 9, p. 1458).

 

Au cours de notre rencontre d'aujourd'hui, j'ai à cœur de rappeler l'attention des agents du droit sur l'exigence de traiter les causes avec la profondeur qui leur est due, requise par le ministère de vérité et de charité qui est propre à la Rote romaine. En effet, à cette exigence de la rigueur de la procédure, les allocutions susmentionnées, sur la base des principes de l'anthropologie chrétienne, fournissent les critères de fond non seulement pour les examens des expertises psychiatriques et psychologiques, mais également pour la définition judiciaire même des causes. A cet égard, il est opportun de rappeler encore quelques distinctions qui tracent la ligne de démarcation tout d'abord :

Ø entre "une maturité psychique qui serait le point d'arrivée du développement humain", et "la maturité canonique, qui est par contre le point minimum de départ pour la validité du mariage" (ibid., n. 6, p. 1457) ;

Ø en deuxième lieu, entre les incapacités et les difficultés, dans la mesure où "seule l'incapacité et non pas la difficulté à donner son assentiment et à réaliser une vraie communauté de vie et d'amour rend nul le mariage" (ibid., n. 7, p. 1457) ;

Ø en troisième lieu, entre la dimension canonique de la normalité, qui s'inspirant de la vision intégrale de la personne humaine "comprend également des formes modérées de difficultés psychologiques", et la dimension clinique qui exclut du concept de celle-ci toute limitation de maturité et "toute forme de psychopathologie" (Allocution à la Rote romaine, 25.1.1988; cit., n. 5, p. 1181) ;

Ø enfin, entre la "capacité minimum, suffisante pour un assentiment valable" et la capacité idéalisée "d'une pleine maturité en vue d'une vie conjugale heureuse" (ibid., n. 9, p. 1183).

 

De plus, en raison du rôle des facultés intellectuelles et de la volonté dans la formation de l'assentiment au mariage, le Pape Jean-Paul II, dans l'intervention mentionnée du 5 février 1987, réaffirmait le principe selon lequel une véritable incapacité "peut être hypothétisée seulement en présence d'une sérieuse forme d'anomalie qui, quelle que soit la façon dont on la définit, doit attaquer substantiellement la capacité de comprendre et de vouloir" (Allocution à la Rote romaine, cit., n. 7, p. 1457). A cet égard, il semble opportun de rappeler que la norme du Code de Droit canonique sur l'incapacité psychique, en ce qui concerne son application, a été enrichie et complétée également par la récente Instruction Dignitas connubii du 25 janvier 2005. Celle-ci, en effet, pour pouvoir prendre acte d'une telle incapacité, requiert, déjà à l'époque du mariage, la présence d'une anomalie psychique particulière (art. 209, 1) qui perturbe gravement l'usage de la raison (art. 209, 2, n. 1; can. 1095, n. 1), ou la faculté critique et de choix en relation à de graves décisions, en particulier en ce qui concerne le libre choix de l'état de vie (art. 209, 2, n. 2; can. 1095, n. 2), ou qui provoque chez le contractant non seulement une grave difficulté, mais également l'impossibilité de faire face aux devoirs inhérents aux obligations essentielles du mariage (art. 209, 2, n. 3; can. 1095, n. 3).

 

En cette occasion, toutefois, je voudrais également reprendre en considération le thème de l'incapacité à contracter un mariage, qui est traité au canon 1095, à la lumière de la relation entre la personne humaine et le mariage et rappeler certains principes fondamentaux qui doivent éclairer les agents du droit. Il faut tout d'abord redécouvrir de manière positive la capacité qu'en principe, chaque personne humaine possède de se marier, en vertu de sa nature même d'homme ou de femme. Nous courons en effet le risque de tomber dans un pessimisme anthropologique qui, à la lumière de la situation culturelle actuelle, considère presque impossible de se marier. A part le fait que cette situation n'est pas uniforme dans les différentes régions du monde, on ne peut pas confondre avec la véritable incapacité de consentement les difficultés réelles que connaissent beaucoup de personnes, en particulier les jeunes, qui en arrivent à considérer que l'union matrimoniale est normalement impensable et impraticable. Au contraire, la réaffirmation de la capacité humaine innée au mariage est précisément le point de départ pour aider les couples à découvrir la réalité naturelle du mariage et l'importance qu'il possède sur le plan du Salut. Ce qui est en définitive en jeu est la vérité même sur le mariage et sur sa nature juridique intrinsèque (cf. Benoît XVI, Allocution à la Rote romaine, 27.1.2007, AAS 99 [2007], pp. 86-91), présupposé incontournable pour pouvoir accueillir et évaluer la capacité nécessaire pour se marier.

 

Dans ce sens, la capacité doit être mise en relation avec ce qu'est essentiellement le mariage, c'est-à-dire "la communauté profonde de vie et d'amour que forme le couple [...] fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur" (Concile œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes,n. 48), et, de manière particulière, avec les obligations essentielles qui lui sont inhérentes et que les époux doivent assumer (can. 1095, n. 3). Cette capacité n'est pas quantifiable par rapport à un degré déterminé de réalisation existentielle ou effective de l'union conjugale à travers l'accomplissement des obligations essentielles, mais par rapport à la volonté efficace de chacun des contractants, qui rend possible et active cette réalisation dès le moment du pacte nuptial. Le discours sur la capacité ou l'incapacité n'a donc de sens que dans la mesure où il concerne l'acte même de contracter le mariage, car le lien mis en acte par la volonté des époux constitue la réalité juridique de l'una caro biblique (Gn 2, 24; Mc 10, 8; Ep 5, 31; cf. can. 1061, 1), dont la subsistance valable ne dépend pas du comportement successif des conjoints au cours de leur vie matrimoniale. Inversement, dans l'optique réductionniste qui méconnaît la vérité sur le mariage, la réalisation effective d'une véritable communion de vie et d'amour, idéalisée sur un plan de bien-être purement humain, ne devient essentiellement dépendante que de facteurs accidentels, et non pas en revanche de l'exercice de la liberté humaine soutenue par la grâce. Il est vrai que cette liberté de la nature humaine, "blessée dans ses propres forces naturelles" et "inclinée au péché" (Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 405) est limitée et imparfaite, mais ce n'est pas pour autant qu'elle n'est pas authentique et insuffisante pour réaliser cet acte d'autodétermination des contractants qu'est le pacte conjugal, qui donne vie au mariage et à la famille fondée sur celui-ci.

 

Assurément, certains courants anthropologiques "humanistes", tournés vers l'autoréalisation et l'autotranscendance égocentrique, idéalisent tellement la personne humaine et le mariage qu'ils finissent par nier la capacité psychique de nombreuses personnes, en la fondant sur des éléments qui ne correspondent pas aux exigences essentielles du lien conjugal. Face à ces conceptions, les spécialistes du droit ecclésial ne peuvent pas ne pas tenir compte du sain réalisme auquel faisait référence mon vénérable prédécesseur (cf. Jean-Paul II, Allocution à la Rote romaine, 27.1.1997, n. 4, AAS 89 [1997], p. 488), car la capacité fait référence au minimum nécessaire afin que les futurs époux puissent donner leur être masculin et féminin pour fonder ce lien auquel la plus grande majorité des êtres humains est appelée. Il s'ensuit que les causes de nullité pour incapacité psychique exigent, comme ligne de principe, que le juge se serve de l'aide d'experts pour établir l'existence d'une véritable incapacité (can. 1680; art. 203, 1, D.C.), qui est toujours une exception au principe naturel de la capacité nécessaire pour comprendre, décider et réaliser le don de soi-même, à partir duquel naît le lien conjugal.

  

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 16:42

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI sur Saint Paul (19), le 28 janvier 2009.

 

Chers Frères et Sœurs,

 

On appelle « Lettres pastorales » les dernières lettres du répertoire paulinien, celles dont je voudrais parler aujourd'hui, parce qu'elles ont été adressées personnellement à des pasteurs de l'Église : deux à Timothée et une à Tite, tous deux proches collaborateurs de saint Paul.

 

En Timothée, l'Apôtre voyait presque un alter ego, lui confiant en effet d'importantes missions (en Macédoine : cf. Ac 19, 22 ; à Thessalonique : cf. 1 Th 3, 6-7 ; à Corinthe : cf. 1 Co 4, 17 et 16, 10-11), avant d'écrire de lui un éloge flatteur : « Je n'ai vraiment personne qui saura comme lui s'intéresser d'un cœur sincère à votre situation » (Ph 2, 20). Selon l'Histoire de l'Église d'Eusèbe de Césarée, au IVe siècle, Timothée fut ensuite le premier évêque d'Éphèse (cf. 3, 4). Quant à Tite, lui aussi devait être très cher à l'Apôtre, qui le qualifia explicitement comme « plein de zèle … mon compagnon et collaborateur » (2 Co 8, 17.23), et même « mon véritable enfant en notre foi commune » (Tt 10, 4). C'est à lui que furent confiées quelques très délicates missions auprès de l'Église de Corinthe, dont le résultat fut un réconfort pour Paul (cf. 2 Co 7, 6-7.13 et 8, 6). Par la suite, selon ce qui nous est parvenu, Tite rejoignit Paul à Nicopolis en Épire, en Grèce (cf. Tt 3, 12), avant d'en recevoir mission pour la Dalmatie (cf. 2 Tm 4, 10). Selon la Lettre qui lui fut envoyée, il finit par être ensuite évêque de Crête (cf. Tt 1, 5).

 

Les Lettres adressées à ces deux pasteurs occupent une place tout à fait particulière dans l'ensemble du Nouveau Testament. L'avis de la majorité des exégètes d'aujourd'hui est qu'elles n'auraient pas été écrites par Paul lui-même, mais que leur origine se trouverait dans « l'école de Paul » et qu'elles seraient le reflet de son héritage par une nouvelle génération, intégrant peut-être quelque bref écrit ou brève parole de l'Apôtre lui-même. Par exemple, certaines paroles de la seconde Lettre à Timothée apparaissent tellement authentiques qu'elles ne peuvent venir que de la bouche et du cœur de l'Apôtre.

 

Il ne fait pas de doute que la situation ecclésiale qui apparaît dans ces Lettres est bien différente de ce qu'elle était dans les années centrales de la vie de Paul. Celui-ci se définit rétrospectivement comme « héraut, apôtre et maître » dans la foi et la vérité pour les païens (cf. 1 Tm 2, 7« ; 2 Tm 1, 11) ; il se présente comme ayant obtenu la miséricorde parce que, écrit-il, si Jésus-Christ « m'a pardonné, c'est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle » (1 Tm 1, 16). Il est donc essentiel qu'en Paul, persécuteur converti par la présence du Ressuscité, apparaisse réellement la magnanimité du Seigneur qui, en dépit de notre petitesse, peut faire de grandes choses.

 

En plus des années centrales de la vie de Paul, apparaissent également en arrière-plan les nouveaux contextes culturels. En effet, on trouve des allusions à l'apparition d'enseignements que l'on doit considérer comme erronés et faux (cf. 1 Tm 4, 1-2 ; 2 Tm 3, 1-5), tels ceux qui prétendaient que le mariage n'est pas une bonne chose (cf. Tm 4, 34). Nous voyons combien cette préoccupation est toujours moderne, puisque, aujourd'hui encore, on lit parfois l'Écriture comme un objet de curiosité historique, et non pas comme la parole de l'Esprit Saint à travers laquelle nous pouvons entendre la voix du Seigneur et reconnaître sa présence dans l'histoire. Nous pourrions dire que, avec cette brève liste d'erreurs présente dans les trois Lettres, apparaissaient en anticipation quelques-unes des tendances de l'orientation qui allaient ensuite se développer et qu'on connaît sous le nom de « gnosticisme » (cf. 1 Tm 2, 5-6 ; 2 Tm 3, 6-8).

 

L'auteur fait front à ces doctrines par deux rappels de fond. L'un consiste à s'en tenir à une lecture spirituelle de l'Écriture Sainte (cf. Tm 3,14-17), c'est-à-dire à une lecture qui la considère réellement comme « inspirée » et provenant de l'Esprit Saint, de telle sorte que nous soyons « instruits pour le Salut ». La façon correcte de lire l'Écriture est de se mettre en colloque avec l'Esprit Saint de manière à en recevoir lumière « pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice » (2 Tm 3, 16). Dans ce sens, la Lettre ajoute : « Grâce à elle, l'homme de Dieu sera bien armé, il sera pourvu de tout ce qu'il faut pour un bon travail » (3, 17). L'autre rappel fait allusion au bon « dépôt » (paratheke) ; c'est là un mot spécifique aux Lettres pastorales qui y désigne la Tradition de la foi apostolique qui est à conserver avec l'aide du Saint Esprit habitant en nous. Ce « dépôt » doit donc être considéré comme la somme de la Tradition apostolique et comme le critère de fidélité à l'annonce de l'Évangile. Ici, il nous faut avoir présent à l'esprit que, dans les Lettres pastorales comme dans tout le Nouveau Testament, le terme « Écriture » désigne explicitement l'Ancien Testament, puisque les écrits du Nouveau Testament ou bien n'existaient pas encore ou bien ne relevaient pas d'un canon des Écritures. Il en découle que la Tradition de l'annonce apostolique, ce « dépôt », est la clef de lecture pour la compréhension de l'Écriture, le Nouveau Testament. Dans ce sens, Écriture et Tradition, Écriture et Annonce apostolique comme clef de lecture, sont proches l'une de l'autre, et se fondent presque, pour former ensemble « les solides fondations posées par Dieu » (2 Tm 2, 19). L'annonce apostolique, c'est-à-dire la Tradition, est nécessaire pour s'introduire dans la compréhension de l'Écriture et en recueillir la voix du Christ. Il convient en effet, d'être « attaché à la parole sûre et conforme à la doctrine » (Tt 1, 9). À la base de tout se trouve précisément la foi dans la révélation historique de la bonté de Dieu, lequel en Jésus-Christ a manifesté concrètement son « amour des hommes », un amour qui, dans le texte grec original, est de manière significative appelé « philanthropia » (Tt 3, 4 ; cf. 2 Tm 1, 9-10) ; Dieu aime l'humanité.

 

Dans l'ensemble, on voit clairement que la communauté chrétienne se dessine en termes très nets, selon une identité qui non seulement prend ses distances avec des interprétations erronées, mais surtout affirme son ancrage sur les points essentiels de la foi, laquelle est ici synonyme de « vérité » (1 Tm 2, 4.7 ; 4, 3 ; 6,5 ; 2 Tm 2, 15.18.25 ; 3, 7.8 ; 4, 4 ; Tt 1, 1.14). Dans la foi apparaît la vérité essentielle sur ce que nous sommes, nous, sur ce qu'est Dieu, sur comment il nous faut vivre. Et l'Église est définie « pilier et soutien » (1 Tm 3, 15) de cette vérité (la vérité de la foi). Elle reste dans tous les cas une communauté ouverte, à la respiration universelle, une communauté qui prie pour tous les hommes de tout ordre et de toute origine, pour qu'ils arrivent à la connaissance de la vérité : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité », parce que « Jésus-Christ s'est donné lui-même en rançon pour tous les hommes » (1 Tm 2, 4-5). Il en résulte que, dans ces Lettres, même si les communautés sont encore petites, le sentiment de l'universalité est fort et déterminant. De plus, une telle communauté chrétienne « n'outrage jamais autrui », et « fait preuve d'une douceur constante à l'égard de tous les hommes » (Tt 3, 2). Voilà une première et importante composante de ces Lettres ; l'universalité, et la foi comme vérité, comme clef de lecture de la Sainte Écriture, de l'Ancien Testament, dessinant ainsi une unité d'annonce et d'Écriture, et une foi vivante ouverte à tous, témoignage de l'amour de Dieu pour tous.

 

Une seconde composante typique de ces Lettres est leur réflexion sur la structure ministérielle de l'Église. Ce sont elles qui présentent pour la première fois la triple subdivision d'évêques, presbytres et diacres (cf. 1 Tm 3, 1-13 ; 4, 13 ; 2 Tm 1, 6 ; Tt 1, 5-9). Nous pouvons constater dans les Lettres pastorales la confluence de deux structures ministérielles différentes, et par là la constitution de ce qui sera la forme définitive du ministère dans l'Église. Dans les Lettres pauliniennes des années centrales de sa vie, Paul parle de « responsables et ministres (episkopos, diakonos) » (Ph 1, 1) : c'est la structure typique de l'Église telle que formée à l'époque du monde païen. Par conséquent, c'est la figure de l'apôtre lui-même qui reste dominante, et donc ce n'est que peu à peu que se développeront les autres ministères.

 

Si, comme je viens de le dire, dans les Églises formées au milieu du monde païen, nous avons des épiscopes et des diacres, et non pas des presbytres, dans les Églises formées au sein du monde judéo-chrétien, les presbytres constituent la structure dominante. À la fin, dans les Lettres pastorales les deux structures s'unissent : apparaît désormais l'évêque (cf. 1 Tm 3, 2 ; Tt 1, 7), sous un nom toujours au singulier et accompagné de l'article défini : « l'évêque ». À côté de l'évêque, nous trouvons les prêtres et les diacres. La figure de l'Apôtre reste encore déterminante, mais les trois Lettres sont, comme je l'ai dit, adressées non plus à des communautés, mais à des personnes, Timothée et Tite, lesquels, d'une part, apparaissent comme évêques, d'autre part, commencent à tenir le rôle de l'Apôtre.

 

On notera ainsi, dès le début, la réalité que l'on appellera par la suite la « succession apostolique » ; Paul dit à Timothée sur un ton très solennel : « Ne néglige pas le don de Dieu qui est en toi, ce don que tu as reçu grâce à l'intervention des prophètes, quand l'Assemblée des Anciens (presbyteriou) a imposé les mains sur toi » (1 Tm 4, 14). Nous pouvons dire qu'apparaît ici pour la première fois aussi le caractère sacramentel du ministère. Et nous avons là l'essentiel de la structure catholique : Écriture et Tradition, Écriture et annonce, forment un ensemble, mais à cette structure, pour ainsi dire doctrinale, doit s'ajouter la structure personnelle, les successeurs des Apôtres, comme témoins de l'annonce apostolique.

 

 

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 17:06

Extrait de l’Audience Générale du 21 janvier 2009 du Pape Benoît XVI.

 

Chers frères et soeurs!

 

La "Semaine de prière pour l'unité des chrétiens" [est] initiative spirituelle plus que jamais précieuse, qui s'étend toujours plus parmi les chrétiens, en harmonie, et pourrait-on dire, en réponse à l'invocation suppliante que Jésus adressa au Père au Cénacle, avant sa Passion : « Afin que tous soient un, afin que le monde croie que tu m'as envoyé » (Jn 17, 21). A quatre reprises, dans cette prière sacerdotale, le Seigneur demande que ses disciples soient UN, selon l'image de l'unité entre le Père et le Fils. Il s'agit d'une unité qui ne peut croître que sur l'exemple du don de soi du Fils au Père, c'est-à-dire, en sortant de soi et en s'unissant au Christ. En outre, par deux fois au cours de cette prière, Jésus ajoute comme but de cette unité : afin que le monde croie. La pleine unité est donc liée à la vie et à la mission même de l'Eglise dans le monde. Celle-ci doit vivre une unité qui ne peut dériver que de son unité avec le Christ, avec sa transcendance, comme signe que le Christ est la Vérité. Telle est notre responsabilité : que soit visible dans le monde le don d'une unité en vertu de laquelle notre foi devient crédible. C'est pourquoi il est important que chaque communauté chrétienne prenne conscience de l'urgence d'oeuvrer de toutes les façons possibles pour atteindre ce grand objectif. Mais, sachant que l'unité est avant tout un "don" du Seigneur, il faut dans le même temps l'implorer par une prière inlassable et confiante. C'est uniquement en sortant de nous-mêmes et en allant vers le Christ, c'est uniquement dans notre relation avec lui, que nous pouvons réellement nous unir entre nous. Telle est l'invitation qui, à travers cette "Semaine", est adressée aux croyants dans le Christ de chaque Eglise et communauté ecclésiale ; nous y répondons, chers frères et soeurs, avec une prompte générosité.

 

Cette année, la "Semaine de prière pour l'unité" propose à notre méditation et à notre prière ces paroles, tirées du livre du prophète Ezéchiel : « Qu'ils ne fassent qu'un dans ta main » (37, 17). (…) Dans le passage du livre du prophète Ezéchiel, dont est tiré le thème, le Seigneur ordonne au prophète de prendre deux morceaux de bois, l'un comme symbole de Juda et de ses tribus, et l'autre comme symbole de Joseph et de toute la maison d'Israël unie à lui, et il lui demande de "les rapprocher", de façon à ne former qu'un seul morceau de bois, à "ne faire qu'un" dans sa main. La parabole de l'unité est transparente. Aux "fils du peuple", qui demanderont des explications, Ezéchiel, illuminé par le Très-Haut, dira que le Seigneur lui-même prend les deux morceaux de bois et les rapproche, de façon à ce que les deux royaumes, avec leurs tribus respectives, divisées entre elles, ne fassent "qu'une dans sa main". La main du prophète, qui rapproche les deux morceaux de bois, est considérée comme la main même de Dieu, qui rassemble et unifie son peuple et, enfin, toute l'humanité. Nous pouvons appliquer les paroles du prophète aux chrétiens, dans le sens d'une exhortation à prier, à oeuvrer en faisant tout notre possible afin que s'accomplisse l'unité de tous les disciples du Christ, à oeuvrer afin que notre main soit instrument de la main unificatrice de Dieu. Cette exhortation devient particulièrement émouvante et suppliante dans les paroles de Jésus après la Dernière Cène. Le Seigneur désire que son peuple tout entier marche – et il voit en lui l'Eglise du futur, des siècles à venir – avec patience et persévérance vers l'objectif de la pleine unité. Un engagement qui comporte l'adhésion humble et docile au commandement du Seigneur, qui le bénit et le rend fécond. Le prophète Ezéchiel nous assure que ce sera précisément Lui, notre unique Seigneur, l'unique Dieu, qui nous rassemblera dans "sa main".

 

Dans la seconde partie de la lecture biblique sont approfondies la signification et les conditions de l'unité des diverses tribus en un seul royaume. Dans la dispersion entre les nations, les Israélites avaient connu des cultes erronés, avaient développé des conceptions de vie fausses, avait adopté des coutumes étrangères à la loi divine. A présent, le Seigneur déclare qu'ils ne seront plus contaminés par les idoles des peuples païens, avec leurs horreurs, avec toutes leurs injustices (cf. Ez 37, 23). Il rappelle la nécessité de les libérer du péché, de purifier leur coeur. « Je les sauverai des infidélités qu'ils ont commises – affirme-t-il – et je les purifierai ». Et ainsi, ils « seront mon Peuple et je serai leur Dieu » (ibid.). Dans cette condition de renouveau intérieur, ils « obéiront à mes coutumes, ils observeront mes lois et les mettront en pratique ». Et le texte prophétique se conclut par la promesse définitive et pleinement salvifique : « Je conclurai avec eux une alliance de paix... J'établirai mon sanctuaire au milieu d'eux à jamais » (Ez 37, 26).

 

La vision d'Ezéchiel devient particulièrement éloquente pour tout le mouvement oecuménique, car elle met en lumière l'exigence incontournable d'un authentique renouveau intérieur chez tous les membres du Peuple de Dieu, que seul le Seigneur peut opérer. Nous devons nous aussi être ouverts à ce renouveau, car nous aussi, disséminés parmi les peuples du monde, nous avons appris des usages très éloignés de la Parole de Dieu. « Toute rénovation de l'Eglise – lit-on dans le décret sur l'oecuménisme du Concile Vatican II – consistant essentiellement dans une fidélité plus grande à sa vocation, c'est dans cette rénovation que se trouve certainement le ressort du mouvement vers l'unité » (Unitatis redintegratio, n. 6), c'est-à-dire la plus grande fidélité à la vocation de Dieu. Le décret souligne ensuite la dimension intérieure de la conversion du coeur. « Il n'y a pas de véritable oecuménisme sans conversion intérieure. En effet – ajoute-t-il –, c'est du renouveau de l'âme, du renoncement à soi-même et d'une libre effusion de charité que partent et mûrissent les désirs de l'unité » (UR, n. 7). De cette manière, la "Semaine de prière pour l'unité" devient pour nous tous une incitation à une conversion sincère et à une écoute toujours plus docile de la Parole de Dieu, à une foi toujours plus profonde (…).

 

Chers Frères et Sœurs, [demandons] au Seigneur que se poursuivent et, si possible, s'intensifient le dialogue et l'engagement œcuméniques. Dans le contexte de l'année paulinienne, qui célèbre le bimillénaire de la naissance de saint Paul, nous ne pouvons pas ne pas nous en référer à ce que l'apôtre Paul nous a laissé par écrit à propos de l'unité de l'Église. Tous les mercredis, je consacre ma réflexion à ses lettres et à son précieux enseignement. Je reprends ici simplement ce qu'il écrivait en s'adressant à la communauté d'Éphèse : « Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il n'y a qu'un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Ep 4, 4-5). Faisons nôtre le désir de Paul qui a dépensé sa vie entièrement pour l'unique Seigneur et pour l'unité de son Corps mystique, l'Église, rendant, par le martyre, un suprême témoignage d'amour et de fidélité au Christ.

 

En suivant son exemple et en comptant sur son intercession, que chaque communauté croisse dans l'engagement pour l'unité, grâce aux diverses initiatives spirituelles et pastorales et aux assemblées de prière commune qui, souvent, se font plus nombreuses et plus intenses en cette « Semaine », faisant déjà goûter, d'une certaine façon, le jour de la pleine unité. Prions pour qu'entre les Églises et les Communautés ecclésiales se poursuive le dialogue de la vérité, qui est indispensable pour résoudre les divergences, et celui de la charité, qui conditionne le dialogue théologique lui-même et aide à vivre ensemble un témoignage commun. Le désir qui habite notre cœur est que se hâte le jour de la pleine communion, quand tous les disciples de notre unique Seigneur pourront finalement célébrer ensemble l'Eucharistie, sacrifice divin pour la vie et le salut du monde. L’œcuménisme nous invite à un échange de don généreux et fraternels, bien conscients que la pleine communion dans la foi, dans les sacrements et dans le ministère demeure le but et l’objectif de tout le mouvement œcuménique (cf. 12 décembre 2008, devant l’Assemblée plénière du Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des chrétiens).

 

Invoquons la maternelle intercession de Marie, pour qu'elle aide tous les chrétiens à développer une écoute plus attentive de la Parole de Dieu et une prière plus intense pour l'Unité.

 

 

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 08:48

Extrait de l’homélie de clôture de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens prononcée par le Pape Benoît XVI, le 25 janvier 2009.

 

 Chers frères et sœurs,

 

 (…) La conversion de Saint Paul nous offre le modèle et nous indique la voie pour aller vers la pleine unité. L'unité demande en effet une conversion : de la division à la communion, de l'unité blessée à l'unité rétablie et pleine. Cette conversion est un don du Christ ressuscité, comme cela eut lieu pour Saint Paul. Nous l'avons entendu dans les paroles mêmes de l'Apôtre, dans la lecture qui vient d'être proclamée : « Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu » (1 Co 15, 10). Le Seigneur, le même qui appela Saul sur le chemin de Damas, s'adresse aux membres de son Eglise – qui est une et sainte – et, appelant chacun par son nom, il demande : pourquoi m'as-tu divisé? Pourquoi as-tu blessé l'unité de mon corps?

 

La conversion implique deux dimensions. A la première étape, on identifie et on reconnaît les fautes à la lumière du Christ, et cette reconnaissance devient douleur et repentir, désir d'un nouveau début. A la deuxième étape, on reconnaît que ce nouveau chemin ne peut pas venir de nous-mêmes. Il consiste à se laisser saisir par le Christ. Comme le dit Saint Paul : « ...je poursuis ma course pour saisir tout cela, comme j'ai moi-même été saisi par le Christ » (Ph 3, 12). La conversion exige notre oui, notre "course" ; ce n'est pas, en dernière analyse, une activité personnelle, mais un don, le fait de se laisser former par le Christ ; elle est mort et résurrection. C'est pourquoi saint Paul ne dit pas : « Je me suis converti », mais il dit : « j'ai cessé de vivre » (Ga 2, 19), je suis une nouvelle créature. En réalité, la conversion de Saint Paul ne fut pas un passage de l'immoralité à la moralité, d'une foi erronée à une foi correcte, mais elle fut le fait d'être conquis par l'amour du Christ : le renoncement à sa propre perfection, elle fut l'humilité de celui qui se met sans réserve au service du Christ pour ses frères. Et ce n'est que dans ce renoncement à nous-mêmes, dans cette conformité au Christ que nous sommes unis également entre nous, que nous devenons "un" dans le Christ. C'est la communion avec le Christ ressuscité qui nous donne l'unité.

 

Nous pouvons observer une analogie intéressante avec la dynamique de la conversion de Saint Paul, également en méditant sur le texte biblique du prophète Ezéchiel (37, 15-28) choisi cette année comme base de notre prière. Dans celui-ci, en effet, est présenté le geste symbolique des deux morceaux de bois réunis en un seul dans la main du prophète, qui par ce geste représente l'action future de Dieu. C'est la deuxième partie du chapitre 37, qui dans la première partie contient la célèbre vision des os desséchés et de la résurrection d'Israël, effectuée par l'Esprit de Dieu. Comment ne pas remarquer que le signe prophétique de la réunification du peuple d'Israël est placé après le grand symbole des os desséchés vivifiés par l'Esprit? Il en découle un schéma théologique semblable à celui de la conversion de Saint Paul : à la première place se trouve la puissance de Dieu qui, avec son Esprit, accomplit la résurrection comme une nouvelle Création. Ce Dieu, qui est le Créateur et qui est en mesure de ressusciter les morts, est également capable de reconduire à l'unité le peuple divisé en deux. Paul – comme Ezéchiel et plus que lui – devient un instrument élu de la prédication de l'unité conquise par Jésus à travers la Croix et la résurrection : l'unité entre les juifs et les païens, pour former un seul peuple nouveau. La résurrection du Christ étend le périmètre de l'unité : non seulement l'unité des tribus d'Israël, mais l'unité des juifs et des païens (cf. Ep 2; Jn 10, 16) ; l'unification de l'humanité dispersée par le péché et encore plus l'unité de tous les croyants dans le Christ.

 

Nous devons le choix de ce passage du prophète Ezéchiel à nos frères de Corée, qui se sont sentis profondément interpellés par cette page biblique, aussi bien en tant que Coréens, qu'en tant que chrétiens. Dans la division du peuple juif en deux royaumes, ils se sont reflétés comme des fils d'une unique terre, que les événements politiques ont séparés, une partie au nord et une partie au sud. Et leur expérience humaine les a aidés à mieux comprendre le drame de la division entre chrétiens. A présent, à la lumière de cette Parole de Dieu que nos frères coréens ont choisie et proposée à tous, apparaît une vérité pleine d'espérance : Dieu promet à son peuple une nouvelle unité, qui doit être signe et instrument de réconciliation et de paix, également au niveau historique, pour toutes les nations. L'unité que Dieu donne à son Eglise, et pour laquelle nous prions, est naturellement la communion au sens spirituel, dans la foi et dans la charité ; mais nous savons que cette unité dans le Christ est un ferment de fraternité également sur le plan social, dans les relations entre les nations et pour toute la famille humaine. C'est le levain du Royaume de Dieu qui fait croître toute la pâte (cf. Mt 13, 33). Dans ce sens, la prière que nous élevons en ces jours, qui se réfère au prophète Ezéchiel, s'est également faite intercession pour les différentes situations de conflit qui à l'heure actuelle frappent l'humanité. Là où les paroles humaines deviennent impuissantes, car domine le fracas tragique de la violence et des armes, la force prophétique de la Parole de Dieu est présente et nous répète que la paix est possible, et que nous devons être des instruments de réconciliation et de paix. C'est pourquoi notre prière pour l'unité et pour la paix demande toujours d'être soutenue par des gestes courageux de réconciliation entre nous chrétiens. Je pense encore à la Terre Sainte : combien il est important que les fidèles qui vivent là, ainsi que les pèlerins qui s'y rendent, offrent à tous le témoignage que la diversité des rites et des traditions ne devrait pas constituer un obstacle au respect mutuel et à la charité fraternelle. Dans les diversités légitimes de positions, nous devons chercher l'unité dans la foi, dans notre OUI fondamental au Christ et à son unique Eglise. Et ainsi, les différences ne seront plus un obstacle qui nous sépare, mais une richesse dans la multiplicité des expressions de la foi commune.

 

 

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 17:56

 

 

19 avril 2005 - 19 avril 2010

 

 

 Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? »

Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais. »

Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »

(Jn 21. 15)

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 12:05

Extrait du Message du Pape Benoît XVI pour la 43e Journée Mondiale des Communications Sociales, en mai 2009.

 

Chers frères et sœurs,

 

A l’approche de la Journée Mondiale des Communications Sociales, c'est avec joie que je m’adresse à vous pour vous exposer quelques-unes de mes réflexions sur le thème choisi cette année : « Nouvelles technologies, nouvelles relations. Promouvoir une culture de respect, de dialogue, d'amitié. » En effet, les nouvelles technologies numériques déterminent des changements fondamentaux dans les modèles de communication et dans les rapports humains. Ces changements sont particulièrement évidents chez les jeunes dont la croissance est étroitement liée à ces nouvelles techniques de communication. Ils sont donc à leur aise dans un monde numérique qui, par contre, semble souvent étranger à ceux d’entre nous, adultes, qui ont dû apprendre à comprendre et à apprécier les opportunités que ce monde offre à la communication. Dans le message de cette année, j’ai donc pensé m’adresser en particulier à ceux qui font partie de cette génération numérique : je voudrais partager avec eux quelques idées sur l’extraordinaire potentiel que détiennent les nouvelles technologies quand elles sont utilisées pour favoriser la compréhension et la solidarité humaine. Ces technologies sont un véritable don pour l'humanité : par conséquent, nous devons faire en sorte que les avantages qu'elles offrent soient mis au service de tous les êtres humains, surtout de ceux qui sont dans le besoin et sont vulnérables, et de toutes les communautés.

 

L'accessibilité des téléphones portables et des ordinateurs, unie à la portée globale et à la capillarité d'internet, a créé une multiplicité de canaux à travers lesquels il est possible d’envoyer, de manière instantanée, des mots et des images aux endroits les plus éloignés et les plus isolés du monde : c’est bien sûr une possibilité qui, pour les générations précédentes, était impensable. Les jeunes, en particulier, ont compris l’énorme capacité des nouveaux médias de favoriser la connexion, la communication et la compréhension entre les individus et les communautés, et ils les utilisent pour communiquer avec leurs propres amis, pour en rencontrer de nouveaux, pour créer des communautés et des réseaux, pour chercher des informations et des nouvelles, pour partager leurs idées et leurs opinions. De nombreux avantages dérivent de cette nouvelle culture de la communication : les familles peuvent rester en contact, même si elles sont séparées par d'énormes distances, les étudiants et les chercheurs peuvent accéder plus facilement et immédiatement aux documents, aux sources et aux découvertes scientifiques et ils peuvent, par conséquent, travailler en équipe à partir de différents lieux ; en outre, la nature interactive des nouveaux médias facilite des formes plus dynamiques d'instruction et de communication, qui contribuent au progrès social.

 

Bien que soit un motif d’étonnement la vitesse avec laquelle les nouvelles technologies se sont développées eu égard à leur fiabilité et à leur efficacité, leur popularité parmi les usagers ne devrait pas nous surprendre, puisqu'elles répondent au désir fondamental des personnes d'entrer en relation les unes avec les autres. Ce désir de communication et d'amitié est enraciné dans notre propre nature d'êtres humains et ne peut être compris de façon adéquate uniquement comme une réponse aux innovations technologiques. À la lumière du message biblique, ce désir doit plutôt être considéré comme un reflet de notre participation à l’amour communicatif et unifiant de Dieu, qui veut faire de l'humanité entière une seule famille. Lorsque nous sentons le besoin de nous rapprocher d’autres personnes, lorsque nous voulons mieux les connaître et nous faire connaître, nous répondons à l'appel de Dieu - appel qui est inhérent à notre nature d'êtres créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, le Dieu de la communication et de la communion.

 

Le désir de connexion et l'instinct de communication, qui sont tellement évidents dans la culture contemporaine, ne sont en vérité que des manifestations modernes de la disposition fondamentale et constante des êtres humains à sortir d’eux-mêmes pour entrer en relation avec les autres. En réalité, lorsque nous nous ouvrons aux autres, nous accomplissons entièrement nos besoins les plus profonds et nous devenons plus pleinement humains. Aimer c’est, en effet, ce pour quoi nous avons été engendrés par le Créateur. Naturellement, il ne s’agit pas de relations passagères, superficielles, mais du véritable amour, qui constitue le centre de l'enseignement moral de Jésus : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (cf. Mc 12, 30-31). Sous ce jour, en réfléchissant sur le sens des nouvelles technologies, il est important de considérer non seulement leur indéniable capacité de favoriser le contact entre les personnes, mais aussi la qualité des contenus qu'elles sont appelées à mettre en circulation. Je désire encourager toutes les personnes de bonne volonté qui travaillent dans le monde émergent de la communication digitale, afin qu'elles s'engagent à promouvoir une culture du respect, du dialogue, de l'amitié.

 

C’est pourquoi, ceux qui opèrent dans le secteur de la production et de la diffusion de contenus des nouveaux médias, ne peuvent pas ne pas se sentir tenus au respect de la dignité et de la valeur de la personne humaine. Si les nouvelles technologies doivent servir au bien des individus et de la société, ceux qui les utilisent doivent éviter l’emploi de mots et d’images dégradants pour l'être humain, et donc exclure ce qui alimente la haine et l'intolérance, avilit la beauté et l'intimité de la sexualité humaine, exploite les personnes faibles et sans défenses.

 

Les nouvelles technologies ont également ouvert la voie au dialogue entre des personnes de différents pays, cultures et religions. La nouvelle arène numérique, le soi-disant cyberespace, permet de se rencontrer et de connaître les valeurs et les traditions des autres. Toutefois, pour être fécondes, de telles rencontres requièrent des formes d'expression honnêtes et correctes, ainsi qu’une écoute attentive et respectueuse. Le dialogue doit s’enraciner dans une recherche sincère et réciproque de la vérité, afin de promouvoir le développement dans la compréhension et la tolérance. La vie n'est pas une simple succession de faits et d'expériences : elle est plutôt la recherche du vrai, du bien et du beau. C’est précisément dans ce but que nous faisons nos choix, exerçons notre liberté et en eux, c'est-à-dire dans la vérité, dans le bien et dans le beau, nous trouvons bonheur et joie. Encore faut-il ne pas se laisser duper par ceux qui cherchent tout bonnement des consommateurs sur un marché de possibilités indifférenciées, où le choix en lui-même devient le bien, la nouveauté se fait passer pour beauté, l'expérience subjective remplace la vérité.

 

Le concept d'amitié a bénéficié d’une relance renouvelée dans le vocabulaire des réseaux sociaux numériques apparus ces dernières années. Ce concept est une des plus nobles conquêtes de la culture humaine. Dans nos amitiés et à travers elles, nous grandissons et nous nous développons en tant qu’êtres humains. C’est précisément pour cela que la véritable amitié a été considérée depuis toujours comme l’une des plus grandes richesses dont puisse jouir l'être humain. C’est pourquoi il faut être attentif à ne pas banaliser le concept et l'expérience de l'amitié. Il serait regrettable que notre désir de consolider et développer des amitiés on-line se réalise au détriment de notre disponibilité envers la famille, envers les voisins et envers ceux que nous rencontrons dans notre existence quotidienne, sur notre lieu de travail, à l’école, pendant nos loisirs. En effet, lorsque le désir de connexion virtuelle devient obsessif, la conséquence en est que la personne s’isole, interrompant ainsi l’interaction sociale réelle. Cela finit par perturber aussi les habitudes de repos, de silence et de réflexion nécessaires à un développement humain sain.

 

(…) Je voudrais conclure ce message en m’adressant, en particulier, aux jeunes catholiques, pour les exhorter à porter au monde numérique le témoignage de leur foi. Très chers jeunes, engagez-vous à introduire dans la culture de ce nouvel environnement de communication et d’information les valeurs sur lesquelles repose votre vie ! Dans les premiers temps de l’Eglise, les Apôtres et leurs disciples ont répandu la Bonne Nouvelle de Jésus dans le monde gréco-romain : comme alors, pour être fructueuse, l’Évangélisation requérait la compréhension attentive de la culture et des coutumes des peuples païens afin d'en toucher les esprits et les cœurs, de même, à présent, l'annonce du Christ dans le monde des nouvelles technologies suppose une connaissance approfondie de ce monde pour que ces techniques servent notre mission de manière. C’est à vous, jeunes, qui vous trouvez presque spontanément en syntonie avec ces nouveaux moyens de communication, que revient en particulier le devoir d’évangélisation de ce « continent numérique ». Sachez prendre en charge avec enthousiasme l’annonce de l'Évangile à vos contemporains ! Vous connaissez leurs peurs et leurs espoirs, leurs enthousiasmes et leurs déceptions : le don le plus précieux que vous pouvez leur faire est celui de partager avec eux la « Bonne Nouvelle » d'un Dieu qui s’est fait homme, a souffert, est mort et est ressuscité pour sauver l'humanité. Le cœur humain aspire à un monde où règne l'amour, où les dons sont partagés, où se construit l'unité, où la liberté trouve son sens dans la vérité et où l'identité de chacun se réalise dans une communion respectueuse. À ces attentes, la foi peut apporter la réponse : soyez-en les hérauts ! Le Pape est à vos côtés avec sa prière et avec sa bénédiction.

 

Du Vatican, le janvier 2009.

BENEDICTUS PP. XVI

 

 

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 16:12

Texte de la Newsletter n°4 (publiée le 31 mars 2010) du Groupe Facebook consacré à l'oeuvre de Claude Tresmontant, l'un des plus grands métaphysiciens du siècle passé – qui réfuta magistralement l'athéisme.

 

Dans l’histoire de la pensée humaine, il existe selon Claude Tresmontant, trois grands courants philosophiques. Le courant matérialiste, le courant idéaliste, le courant monothéiste.

 

Ces trois courants se distinguent par leur rapport au réel (l’existence de l’univers et de la multiplicité des êtres qui le composent). Autant le courant idéaliste proclame ce réel illusoire – la seule réalité étant l’Unité de l’Être –, autant les courants matérialistes et monothéistes entendent se fonder sur l’expérience, notamment scientifique, pour asseoir leur pensée (nous verrons ci-dessous que le matérialisme – tel celui d'Haeckel – constitue davantage une forme dérivée d’idéalisme, qu'un authentique réalisme).

 

« Certaines philosophies dévaluent, déprécient l’existence de l’univers : l’univers ne serait qu’une apparence, un songe, une représentation. La multiplicité des êtres ne serait qu’une illusion. La diversité des êtres, la spatialité et la temporalité, le devenir, tout cela relèverait de l’apparence. En réalité, il n’y a que l’Un, seul l’Un existe, et la sagesse consiste à le retrouver, en surmontant les apparences, cette unité originelle du tout » (Claude Tresmontant, Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu, Livre de Vie, page 50). On aura reconnu ici la matrice des « spiritualités » orientales, de l’ésotérisme, du spiritisme, de l’occultisme... La philosophie moniste est très prégnante dans les sectes et autres mouvements issus du Nouvel Âge.

 

« Les métaphysiques qui enseignent [l’existence de l’Un] se heurtent [toutefois] à un certain nombre de difficultés. Elles récusent l’expérience, elles nous disent que l’expérience, qui nous propose une multiplicité d’êtres, un devenir, des naissances et des morts, - elles nous disent que cette expérience est fausse, illusoire ; l’enseignement métaphysique qui professe la seule existence de l’Un serait, lui, vérité » (op.cit.).

 

Un exemple fameux nous est donné avec Ernest Haeckel (19e). Haeckel partageait avec Parménide la même conception d’un univers éternel, infini et illimité. Commentant le principe de la thermodynamique de Carnot-Clausius (sur lequel nous reviendrons), il écrivait : « si cette théorie de l’entropie était exacte, il faudrait qu’à cette fin du monde qu’on admet corresponde aussi un commencement (…). Ces deux idées, d’après notre conception moniste et rigoureusement logique du processus cosmogénétique éternel, sont aussi inadmissibles l’une que l’autre ; toutes deux sont en contradiction avec la loi de substance [professée par Haeckel, selon laquelle la Nature toute entière est un individu unique dont les parties varient selon une infinité de modes sans qu’il y ait aucune modification de l’Individu total]. Le monde n’a pas plus commencé qu’il ne finira. De même que l’univers est infini, de même il restera éternellement en mouvement. La seconde proposition de la théorie mécanique de la chaleur contredit la première et doit être sacrifiée » (in « Les énigmes de l’univers », 1899) !

 

Tout savant qu’il était – Haeckel était professeur de zoologie à l’université de Iena –, Haeckel considérait que les découvertes scientifiques devaient être sacrifiées dès lors qu’elles n’entraient pas dans le cadre de sa « conception moniste » de la Substance posée a priori !

 

Son raisonnement (schématiquement résumé) était le suivant : l’Être ne peut pas avoir commencé ; or l’univers est l’Être, puisque (par hypothèse), il n’y en a pas d’autre ; donc l’univers n’a pas commencé. Identiquement : l’être ne peut pas s’user ni périr ; or, l’Univers physique est le seul être existant (selon la conception moniste posée a priori) ; donc l’univers ne peut s’user, ni vieillir, ni périr.

 

« Et lorsque Haeckel rencontre sur sa route des données expérimentales, celles qui ont été dégagées et formulées par Carnot, Clausius et d’autres,données qui aboutissent à une vue d’ensemble, à une théorie générale que l’on appelle le second principe de la thermodynamique, Haeckel déclare que cette découverte, ce principe, doivent être sacrifiés ! Il faut donc sacrifier des données expérimentales à une métaphysique constituée a priori ! C’est déjà ce que faisait Parménide. C’est ce que fera Spinoza lorsqu’il déclarera que la Nature est un système statique, ce qui est évidemment faux » (Claude Tresmontant, Les Métaphysiques principales, F.X. de Guibert, pp. 154-155).

 

 

 

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 18:21

 

Chers amis, au lendemain de la fête de la Divine Miséricorde, célébrée hier 11 avril 2010 dans toute l'Eglise comme en chaque deuxième dimanche de Pâques, j’ai eu dans le cœur de créer un petit groupe de lecture et de prière (de 5-6 personnes) autour du Petit Journal de Sainte Faustine.

 

L’objectif est de découvrir l’œuvre de cette Sainte polonaise – canonisée par Jean-Paul II l’année du Grand Jubilé de l’an 2000 – à qui Jésus a confié une grande et belle mission : celle de témoigner de l’insondable miséricorde de Dieu envers tous les hommes, spécialement les pécheurs.

 

Le Petit Journal comprend 1828 paragraphes. L’idée est d’en lire 1 par jour à compter… d’hier (jour de la fête de la Divine Miséricorde) - nous en sommes donc aujourd’hui, lundi 12 avril, au 2e paragraphe. Tous les 50 paragraphes, nous nous réunirons pour un partage fraternel autour de cette lecture, et pour un temps de prière auprès de Jésus Miséricordieux.

 

Je souhaite étendre cette expérience à tous les internautes qui aimeraient lire le Petit Journal - qui l’ont peut-être déjà dans leur bibliothèque mais n’ont pas encore réussi à l’ouvrir, ou qui ressentent le désir de l’acquérir mais ne l’ont pas encore fait. Bien entendu, il ne sera pas envisageable de nous rencontrer tous, mais rien ne vous empêche de créer autour de vous des petits groupes de lecture et de prière de 5-6 personnes à l’image de celui que je suis en train de fonder.

 

A mesure que nous avancerons dans le Petit Journal, nous pourrons partager le fruit de nos lectures ; faire état de nos questionnements, de nos découvertes ; témoigner de notre expérience personnelle de la Miséricorde ou du Petit Journal. Nous pourrons également nous confier des intentions de prière.

 

Pour l’heure, je vous invite à entrer dans cette lecture du Petit Journal et à parcourir les 50 premiers paragraphes. Nous pourrons alors nous livrer à un premier partage d’ici fin mai. Les plus impatients peuvent poster des commentaires à cet article. Je lance également un groupe sur Facebook afin que le Message de la Miséricorde parvienne au plus grand nombre !

 

Que le Seigneur vous bénisse et vous garde en son infinie Miséricorde !

 

9782915086003(2)

 

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 12:21

Homélie du Jour de Pâques prononcée par le Père Walter Covens, le dimanche 4 avril 2010.

 

Jésus, le crucifié, est maintenant ressuscité des morts. Il est vivant. La défaite la plus radicale a été transformée en une victoire irréversible. La mort s’est acharnée contre l’Oint de Dieu, le Messie. Elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour réduire à néant le courage et la fidélité du Sauveur. Elle a tiré toutes ses flèches, tout son arsenal de haine, d’injustice, d’humiliation, de douleur. Elle a livré une bataille impressionnante, sanglante, mais le Messie de Dieu est sorti vainqueur du tombeau.

 

Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ? Cela veut tout dire, absolument tout. La résurrection est le sceau qui valide tout ce que Jésus a dit et fait : sa prétention d’être Fils de Dieu, d’avoir autorité pour pardonner les péchés et pour rétablir la communion entre Dieu et l’homme ; son appel universel à nous défaire de l’égocentrisme pour aimer Dieu et notre prochain comme une voie vers le bonheur véritable ; sa promesse de donner sa grâce par l’Eglise qui demeurera jusqu’à la fin. Si Jésus n’était pas ressuscité de morts, aucune de ces prétentions ne mériterait que l’on s’y arrête. Dans ce cas, Jésus aurait été l’un de ces hommes, un de plus, bien intentionné sans doute, mais un doux rêveur dont les rêves auraient été anéantis par la dure réalité de la vie.

 

Avez-vous remarqué que chaque fois que des gens se mettent à vivre en ignorant les enseignements et l’exemple du Christ, ils finissent toujours par mettre en doute le réalisme de sa résurrection? Après tout, si le Christ n’est pas ressuscité des morts, il n’a pas plus d’autorité sur nous que Socrate ou Confucius ou Bouddha ou Mohammet, ou même le docteur Rufo…

 

Mais Jésus est bel et bien ressuscité des morts. Sa victoire sur le mal et le mensonge, sur l’injustice et la souffrance est totale, irréfutable, et irréversible. Personne ne peut nier qu’en vingt siècles d’histoire on a pu voir un flot ininterrompu de saints, une croissance durable de l’Eglise catholique et une vitalité chrétienne qui ne se dément pas, quoi qu'en disent les médias en Occident...

 

***

 

Tous les grands conquérants de l’histoire auraient aimé vivre pour toujours, mais aucun d’entre eux n’a pu vaincre son plus grand ennemi : la mort. Le Christ seul l’a fait. L’un des plus fameux d’entre eux a essayé, d’une certaine manière, de le faire. Il s’appelait Napoléon Bonaparte. Il était un officier militaire qui a pris le pouvoir en France pour rétablir l’ordre après la Révolution française. Mais il avait des ambitions qui dépassaient les frontières françaises. Il se considérait comme une sorte de Messie, destiné à établir un Empire français aussi étendu et durable que l’Empire romain.


Pendant un certain temps, il semblait pouvoir réussir. En l’espace de seulement trois années son armée avait conquis toute l’Europe continentale, depuis la frontière russe jusqu’à la Grande Bretagne. Mais la Russie et l’Angleterre résistaient. En 1812 Napoléon entreprit une nouvelle campagne et envahissait la Russie avec une armée de 600.000 hommes venant de toute l’Europe. Cette campagne fut un désastre, et bientôt une alliance des nations conquises repoussera les armées impériales pour envoyer l’Empereur en exil. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes…

 

Durant les douze mois qui ont suivi, le général encore jeune arrange secrètement une évasion de son exil, rassemble son ancienne armée et reconquiert la ville de Paris. Sans prendre le temps de se reposer et de savourer son succès, il lance une nouvelle attaque contre ses adversaires internationaux. Il semble alors renouer avec son invincibilité. Et voilà que toute l’Europe tremble à nouveau devant l’ombre de l’Empereur. C’était comme une résurrection.

 

Mais au centième jour après son retour, Napoléon connaît une lourde défaite, lourde et défintive, cette fois, lors de la bataille de Waterloo. Il est renvoyé en exil, et meurt six années plus tard, âgé de 52 ans.

 

C’est le sort de tous les royaumes terrestres, qu’ils soient militaires, politiques, académiques, économiques ou sportifs. Après une centaine de jours, ils s’évanouissent comme la fumée. Seul le Christ a fait un retour gagnant définitif, lui seul a remporté une victoire irréversible. De lui seul on peut dire : "Son règne n’aura pas de fin".

 

***


Aujourd’hui savourons donc cette joie pascale, et rendons grâce à Dieu de nous permettre d’avoir part à cette victoire, pour le don de l’espérance. Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Ne nous contentons pas de nous réjouir, mais changeons nos cœurs. La résurrection du Christ n’est pas seulement une belle idée ; c’est la puissance de la vie éternelle qui est à l’œuvre en chacun de nous. Alors pourquoi ne pas prendre une bonne résolution pour les huit semaines du Temps pascal pour nous connecter à cette source d'énergie durable?

 

Nous avons à peu près tous, je pense, pris des résolutions de Carême. Nous avons pu faire des sacrifices. C’était un moyen pratique de permettre à Dieu d’agir par sa grâce dans nos cœurs. Alors, si nous avons fait des sacrifices, si nous avons renoncé à quelque chose durant le temps de pénitence du Carême, pourquoi ne pas maintenant accueillir quelque chose comme une façon de vivre la joie du Temps pascal ?

 

Dans la deuxième lecture, saint Paul nous a encourages à tendre vers « les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre ». Pourquoi ne pas prendre une résolution pascale qui pourra nous aider à le faire, qui nous aidera à garder en mémoire la vie éternelle dans le Christ qui nous attend, si nous lui sommes fidèles ? Pas besoin de compliquer les choses : par exemple, en invitant un(e) ami(e) ou un membre de notre famille qui a oublié la victoire du Christ à venir à la messe un dimanche, et ensuite à déjeuner à la maison ; ou bien en regardant un beau film ensemble, en famille, chaque dimanche jusqu’à la Pentecôte, un film joyeux, qui fait du bien ; ou bien encore en prenant le temps de lire ou de relire un bon livre, un livre qui est une nourriture pour l'âme et pour l'esprit…


Si nous demandons au Saint Esprit de nous éclairer, il ne manquera pas de le faire. Il suffit de décider de faire quelque chose pour permettre à la grâce pascale de transformer nos cœurs. Cette grâce de Pâques, nous en avons besoin autant que de la grâce du Carême, celle de la pénitence et de la contrition. L’Eglise est une maman qui fait preuve de sagesse en nous donnant six semaines de Carême et huit semaines de Temps pascal. Aujourd’hui, en communiant au Christ ressuscité dans l’Eucharistie, promettons-lui de trouver un moyen de bénéficier de cette sagesse.

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 09:00

Extrait du discours du Pape Benoît XVI aux membres de la Commission théologique internationale, le 5 décembre 2008.

 

(...) Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'affirmer précédemment, je répète la nécessité et l'urgence, dans le contexte actuel, de créer dans la culture et dans la société civile et politique, les conditions indispensables pour une pleine prise de conscience de la valeur incontournable de la loi morale naturelle. Grâce à l'étude que vous avez entreprise sur ce thème fondamental également, il apparaîtra clairement que la loi naturelle représente la véritable garantie offerte à chacun pour vivre libre et respecté dans sa dignité de personne, et pour se sentir défendu contre toute manipulation idéologique et tout abus perpétré sur la base de la loi du plus fort. Nous savons tous bien que dans un monde formé par les sciences naturelles, le concept métaphysique de la loi naturelle est quasiment absent, incompréhensible. En considérant son importance fondamentale pour nos sociétés, et pour la vie humaine, il est d'autant plus nécessaire que ce concept soit à nouveau reproposé et rendu compréhensible dans le cadre de notre pensée : c'est-à-dire le fait que l'être lui-même porte en soi un message moral et une indication pour les voies du droit.

 

(…) Dans une "société planétaire", telle que celle qui se développe aujourd'hui, l'opinion publique demande en particulier aux théologiens de promouvoir le dialogue entre les religions et les cultures, de contribuer au développement d'une éthique qui ait comme bases fondamentales la paix, la justice, la défense de l'environnement naturel. Et il s'agit véritablement de biens fondamentaux. Mais une théologie qui se limiterait à ces nobles objectifs perdrait non seulement son identité, mais le fondement même de ces biens. La première priorité de la théologie, comme l'indique déjà son nom, est de parler de Dieu, de penser Dieu. Et la théologie ne parle pas de Dieu comme d'une hypothèse de notre pensée. Elle parle de Dieu parce que Dieu lui-même a parlé avec nous. Le véritable travail de la théologie consiste à entrer dans la parole de Dieu, à chercher à la comprendre dans la mesure du possible et à la faire comprendre à notre monde, et à trouver ainsi les réponses à nos grandes questions. Dans ce travail, il apparaît également que la foi non seulement n'est pas contraire à la raison, mais qu'elle ouvre les yeux de la raison, élargit notre horizon et nous permet de trouver les réponses nécessaires aux défis des diverses époques.

 

Du point de vue objectif, la vérité est la Révélation de Dieu dans le Christ Jésus, qui demande comme réponse l'obéissance de la foi en communion avec l'Eglise et son Magistère. L'identité de la théologie, entendue comme réflexion argumentée, systématique et méthodique sur la Révélation et sur la foi ayant ainsi été retrouvée, la question de la méthode s'en trouve elle aussi éclairée. En théologie, la méthode ne pourra pas se constituer uniquement sur la base de critères et de normes communes aux autres sciences, mais devra observer avant tout les principes et les normes qui dérivent de la Révélation et de la foi, du fait que Dieu a parlé.

 

Du point de vue subjectif, c'est-à-dire du point de vue de celui qui fait la théologie, la vertu fondamentale du théologien consiste à rechercher l'obéissance à la foi, l'humilité de la foi qui ouvre nos yeux : cette humilité qui fait du théologien le collaborateur de la vérité. De cette façon, ce n'est pas de lui-même qu'il parlera; intérieurement purifié par l'obéissance à la vérité, il arrivera au contraire à faire en sorte que la Vérité elle-même, que le Seigneur, puisse parler à travers le théologien et la théologie. Dans le même temps, il obtiendra que, par son intermédiaire, la vérité puisse être apportée au monde.

 

D'autre part, l'obéissance à la vérité ne signifie pas renoncer à la recherche et à la difficulté de penser ; au contraire, l'inquiétude de la pensée, qui indubitablement ne pourra jamais être totalement apaisée dans la vie des croyants, à partir du moment où ils sont eux aussi sur un chemin de recherche et d'approfondissement de la Vérité, sera toutefois une inquiétude qui les accompagne et les stimule dans le pèlerinage de la pensée vers Dieu, et elle sera ainsi féconde. Je souhaite donc que votre réflexion sur ces thèmes parvienne à ramener à la lumière les principes authentiques et la signification solide de la véritable théologie, afin de percevoir et de comprendre toujours mieux les réponses que la Parole de Dieu nous offre et sans lesquelles nous ne pouvons pas vivre de façon sage et juste, car ce n'est qu'ainsi que s'ouvre l'horizon universel infini de la vérité.

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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