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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 23:00

Suite de la lettre apostolique du Pape Jean-Paul II sur le sens chrétien de la souffrance humaine (Salvifici Doloris, le 11 février 1984).

 

22. A la perspective du Royaume de Dieu est liée l'espérance de la gloire dont l'origine se trouve dans la Croix du Christ. La Résurrection a révélé cette gloire – la gloire eschatologique – qui, dans la Croix du Christ, était complètement obscurcie par l'immensité de la souffrance. Ceux qui communient aux souffrances du Christ sont aussi appelés, moyennant leurs propres souffrances, à prendre part à la gloire. C'est ce que Paul exprime en divers endroits. Il écrit aux Romains : « Nous sommes... cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui. J'estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous ». Dans la deuxième lettre aux Corinthiens, nous lisons : « Car la légère tribulation d'un instant nous prépare, jusqu'à l'excès, une masse éternelle de gloire, à nous qui ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles ». L'Apôtre Pierre exprimera cette vérité dans les paroles suivantes de sa première lettre : « Dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l'allégresse ».

 

Le motif de la souffrance et de la gloire a un caractère strictement évangélique qui s'éclaire par la référence à la Croix et à la Résurrection. La Résurrection est devenue avant tout la manifestation de la gloire qui répond à l'élévation du Christ par la Croix. Si en effet la Croix a représenté aux yeux des hommes le dépouillement du Christ, elle a représenté en même temps aux yeux de Dieu son élévation. Sur la Croix, le Christ a atteint et réalisé sa mission en toute plénitude : en accomplissant la volonté de son Père, il s'est réalisé en même temps lui-même. Dans la faiblesse, il a manifesté sa puissance, et dans l'humiliation, toute sa grandeur messianique. Ne trouve-t-on pas une preuve de cette grandeur dans toutes les paroles prononcées durant l'agonie sur le Golgotha, et spécialement celles qui concernent les auteurs de la crucifixion : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu'ils font »? Ces paroles s'imposent comme un exemple suprême à ceux qui communient aux souffrances du Christ. La souffrance est aussi un appel à manifester la grandeur morale de l'homme, sa maturité spirituelle. Les martyrs et les confesseurs du Christ des diverses générations en ont donné la preuve par leur fidélité à ces paroles : « Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme ».

 

La Résurrection du Christ a révélé « la gloire du siècle à venir » et en même temps elle a confirmé « l'exaltation de la Croix » : cette gloire qui est comprise dans la souffrance même du Christ, telle qu'elle s'est bien souvent reflétée et qu'elle se reflète encore dans la souffrance de l'homme comme expression de sa grandeur spirituelle. Il faut rendre témoignage de cette gloire non seulement aux martyrs de la foi mais aussi aux nombreux autres hommes qui parfois, sans avoir la foi au Christ, souffrent et donnent leur vie pour la vérité ou pour une juste cause. Dans leurs souffrances à tous est confirmée d'une manière particulière la haute dignité de l'homme. 

 

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Salvifici Doloris
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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 18:00

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI pour le mercredi des Cendres, le 17 janvier 2010.

 

L'Apôtre Paul nous donne une consigne précise en ces mots : « Nous vous exhortons encore à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu [...] Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du Salut » (2 Co 6, 1-2). En vérité, dans la vision chrétienne de la vie, chaque moment doit se dire favorable et chaque jour doit se dire jour de Salut, mais la liturgie de l'Eglise rapporte ces paroles d'une façon toute particulière au cours du temps de Carême. C'est l'appel qui nous est adressé à travers le rite austère de l'imposition des cendres et qui s'exprime, dans la liturgie, par deux formules : « Convertissez-vous et croyez à l'Evangile! » « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière » qui nous fait justement comprendre que les quarante jours de préparation à Pâques doivent être un temps favorable et un temps de grâce.

 

Le premier appel est un appel à la conversion, un mot qu'il faut prendre dans son extraordinaire gravité, en accueillant sa surprenante nouveauté. L'appel à la conversion, en effet, met à nu et dénonce la superficialité facile qui caractérise très souvent notre façon de vivre. Se convertir signifie changer de direction sur le chemin de la vie : non pas à travers un simple ajustement, mais à travers une véritable inversion de marche. La conversion signifie aller à contre-courant, le « courant » étant le style de vie superficiel, incohérent et illusoire, qui nous entraîne souvent, nous domine et nous rend esclaves du mal, ou tout au moins prisonniers d'une médiocrité morale. Avec la conversion, au contraire, on vise le haut degré de la vie chrétienne, on se confie à l'Evangile vivant et personnel, qui est le Christ Jésus. Sa personne est l'objectif final et le sens profond de la conversion, Il est le chemin sur lequel tous sont appelés à marcher dans la vie, se laissant éclairer par sa lumière et soutenir par sa force qui fait avancer nos pas. De cette façon, la conversion manifeste son visage le plus splendide et fascinant : il ne s'agit pas d'une simple décision morale, qui rectifie notre conduite de vie, mais d'un choix de foi, qui nous touche entièrement dans la communion intime avec la personne vivante et concrète de Jésus. Se convertir et croire à l'Evangile ne sont pas deux choses différentes, ou d'une certaine façon uniquement placées l'une à côté de l'autre, mais elles expriment la même réalité. La conversion est le OUI total de celui qui remet son existence à l'Evangile, en répondant librement au Christ qui s'offre en premier à l'homme comme chemin, vérité et vie, comme celui qui seul le libère et le sauve. C'est précisément là le sens des premières paroles avec lesquelles, selon l'évangéliste Marc, Jésus ouvre la prédication de l'« Evangile de Dieu » : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l'Evangile » (Mc 1, 15).

 

L'appel : « convertissez-vous et croyez à l'Evangile » ne se trouve pas seulement au début de la vie chrétienne, mais il en accompagne tous les pas, il demeure en se renouvelant et il se diffuse en se ramifiant dans toutes ses expressions. Chaque jour est un moment favorable et de grâce, car chaque jour nous invite à nous remettre entre les mains de Jésus, à avoir confiance en Lui, à demeurer en Lui, à en partager son style de vie, à apprendre de Lui l'amour véritable, à le suivre dans l'accomplissement quotidien de la volonté du Père, l'unique grande loi de la vie. Chaque jour, même lorsque ne manquent pas les difficultés et les épreuves, la lassitude et les chutes, même quand nous sommes tentés d'abandonner le chemin à la suite du Christ et de nous renfermer sur nous-mêmes, dans notre égoïsme, sans nous rendre compte de la nécessité que nous avons de nous ouvrir à l'amour de Dieu en Christ, pour vivre la même logique de justice et d'amour (…). Le moment favorable et de grâce du Carême nous montre sa propre signification spirituelle également à travers l'antique formule : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière », que le prêtre prononce lorsqu'il impose un peu de cendres sur notre tête (…). Ici, la parole de Dieu nous rappelle notre fragilité, et même notre mort, qui en est la forme extrême. Face à la peur innée de la fin, et encore davantage dans le contexte d'une culture qui, de tant de manières, tend à censurer la réalité et l'expérience humaine de la mort, la liturgie quadragésimale, d'une part, nous rappelle la mort en nous invitant au réalisme et à la sagesse, mais, d'autre part, nous pousse surtout à saisir et à vivre la nouveauté inattendue que la foi chrétienne transmet à la réalité de la mort elle-même.

 

L'homme est poussière et il retournera à la poussière, mais il est une poussière précieuse aux yeux de Dieu, parce que Dieu a créé l'homme en le destinant à l'immortalité. Ainsi, la formule liturgique : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière » trouve la plénitude de son sens en référence au nouvel Adam, le Christ. Le Seigneur Jésus lui aussi a librement voulu partager avec chaque homme le sort de la fragilité, en particulier à travers sa mort sur la Croix ; mais cette mort précisément, pleine de son amour pour le Père et pour l'humanité, a été le chemin de la glorieuse résurrection, à travers laquelle le Christ est devenu la source d'une grâce donnée à tous ceux qui croient en Lui et participent à la vie divine elle-même. Cette vie qui n'aura pas de fin est déjà en acte dans la phase terrestre de notre existence, mais elle sera portée à son accomplissement après la « résurrection de la chair ». Le petit geste de l'imposition des cendres nous révèle la richesse singulière de sa signification : c'est une invitation à parcourir le temps du Carême comme une immersion plus consciente et plus intense dans le mystère pascal du Christ, dans sa mort et sa résurrection, à travers la participation à l'Eucharistie et à la vie de charité, qui naît de l'Eucharistie et dans laquelle elle trouve son accomplissement. Avec l'imposition des cendres, nous renouvelons notre engagement à suivre Jésus, à nous laisser transformer par son mystère pascal, pour l'emporter sur le mal et faire le bien, pour faire mourir notre « vieil homme » lié au péché et faire naître l'« homme nouveau » transformé par la grâce de Dieu.

 

Chers amis ! (…) nous voulons invoquer avec une confiance particulière la protection et l'aide de la Vierge Marie. Que ce soit elle, la première croyante en Christ, à nous accompagner au cours de ces quarante jours d'intense prière et de sincère pénitence, pour arriver à célébrer, purifiés et entièrement renouvelés dans l'intelligence et dans l'esprit, le grand mystère de la Pâque de son Fils.

 

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 17:46

Extrait de la Lettre Pastorale du Pape Benoît XVI aux Catholiques d’Irlande, publiée le 19 mars 2010 en la Solennité de Saint Joseph.

 

6. Aux victimes d'abus et à leurs familles

 

Vous avez terriblement souffert et j'en suis profondément désolé. Je sais que rien ne peut effacer le mal que vous avez subi. Votre confiance a été trahie, et votre dignité a été violée. Beaucoup d'entre vous, alors que vous étiez suffisamment courageux pour parler de ce qui vous était arrivé, ont fait l'expérience que personne ne vous écoutait. Ceux d'entre vous qui ont subi des abus dans les collèges doivent avoir eu l’impression qu'il n'y avait aucun moyen d'échapper à leurs souffrances. Il est compréhensible que vous trouviez difficile de pardonner ou de vous réconcilier avec l'Eglise. En son nom, je vous exprime ouvertement la honte et le remord que nous éprouvons tous. Dans le même temps, je vous demande de ne pas perdre l'espérance. C'est dans la communion de l'Eglise que nous rencontrons la personne de Jésus Christ, lui-même victime de l'injustice et du péché. Comme vous, il porte encore les blessures de sa souffrance injuste. Il comprend la profondeur de votre peine et la persistance de son effet dans vos vies et dans vos relations avec les autres, y compris vos relations avec l'Eglise. Je sais que certains d'entre vous trouvent également difficile d'entrer dans une église après ce qui s'est passé. Toutefois, les blessures mêmes du Christ, transformées par ses souffrances rédemptrices, sont les instruments grâce auxquels le pouvoir du mal s'est brisé et nous renaissons à la vie et à l'espérance. Je crois fermement dans le pouvoir de guérison de son amour sacrificiel – également dans les situations les plus sombres et sans espérance – qui apporte la libération et la promesse d'un nouveau départ.

 

En m'adressant à vous comme pasteur, soucieux du bien de tous les fils de Dieu, je vous demande avec humilité de réfléchir sur ce que je vous ai dit. Je prie afin que, en vous approchant du Christ et en participant à la vie de son Eglise – une Eglise purifiée par la pénitence et renouvelée dans la charité pastorale – vous puissiez redécouvrir l'amour infini du Christ pour chacun de vous. Je suis confiant dans le fait que, de cette manière, vous serez capables de trouver la réconciliation, une guérison intérieure profonde et la paix.

 

7. Aux prêtres et aux religieux qui ont abusé des enfants

 

Vous avez trahi la confiance placée en vous par de jeunes innocents et par leurs parents. Vous devez répondre de cela devant Dieu tout-puissant, ainsi que devant les tribunaux constitués à cet effet. Vous avez perdu l'estime des personnes en Irlande et jeté la honte et le déshonneur sur vos confrères. Ceux d'entre vous qui sont prêtres ont violé la sainteté du sacrement de l'Ordre sacré, dans lequel le Christ se rend présent en nous et dans nos actions. En même temps que le dommage immense causé aux victimes, un grand dommage a été perpétré contre l'Eglise et la perception publique du sacerdoce et de la vie religieuse.

 

Je vous exhorte à examiner votre conscience, à assumer la responsabilité des péchés que vous avez commis et à exprimer avec humilité votre regret. Le repentir sincère ouvre la porte au pardon de Dieu et à la grâce du véritable rachat. En offrant des prières et des pénitences pour ceux que vous avez offensés, vous devez chercher à faire personnellement amende pour vos actions. Le sacrifice rédempteur du Christ a le pouvoir de pardonner même le plus grave des péchés et de tirer le bien également du plus terrible des maux. Dans le même temps, la justice de Dieu exige que nous rendions compte de nos actions sans rien cacher. Reconnaissez ouvertement vos fautes, soumettez-vous aux exigences de la justice, mais ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu.

 

8. Aux parents

 

Vous avez été profondément bouleversés en apprenant les choses terribles qui eurent lieu dans ce qui aurait dû être le milieu le plus sûr de tous. Dans le monde d'aujourd'hui, il n'est pas facile de construire un foyer domestique et d'éduquer les enfants. Ils méritent de grandir dans un milieu protégé, aimés et désirés, avec un profond sens de leur identité et de leur valeur. Ils ont le droit d'être éduqués aux valeurs morales authentiques, enracinés dans la dignité de la personne humaine, à être inspirés par la vérité de notre foi catholique et à apprendre des manières de se comporter et d'agir qui les conduisent à une saine estime de soi et au bonheur durable. C'est à vous, leurs parents, qu'est confié en premier lieu ce devoir noble et exigeant. Je vous exhorte à accomplir votre part pour assurer le meilleur soin possible des enfants, que ce soit à la maison ou dans la société en général, alors que l'Eglise, pour sa part, continue à mettre en œuvre les mesures adoptées ces dernières années pour protéger les jeunes dans les milieux paroissiaux et éducatifs. Alors que vous exercez vos importantes responsabilités, soyez certains que je suis proche de vous et que je vous assure du soutien de ma prière.

 

9. Aux enfants et aux jeunes d'Irlande

 

Je désire vous offrir une parole particulière d'encouragement. Votre expérience d'Eglise est très différente de celle de vos parents et de vos grands-parents. Le monde a beaucoup changé depuis qu'ils avaient votre âge. Malgré cela, tous, à chaque génération, sont appelés à parcourir le même chemin de vie, indépendamment des circonstances. Nous sommes tous scandalisés par les péchés et les échecs de certains membres de l'Eglise, en particulier de ceux qui furent choisis de manière particulière pour guider et servir les jeunes. Mais c'est dans l'Eglise que vous trouverez Jésus Christ qui est le même hier, aujourd'hui et à jamais (cf. He 13, 8). Il vous aime et c'est pour cela qu'il s'est offert lui-même sur la Croix. Recherchez une relation personnelle avec lui dans la communion de son Eglise, car il ne trahira jamais votre confiance! Lui seul peut satisfaire vos attentes les plus profondes et donner à vos vies leur signification la plus pleine, en les orientant au service des autres. Gardez les yeux fixés sur Jésus et sur sa bonté et protégez dans votre cœur la flamme de la foi. Avec vos frères catholiques en Irlande, je me tourne vers vous pour que vous soyez de fidèles disciples de notre Dieu et que vous contribuiez, avec votre enthousiasme et votre idéalisme si nécessaires, à la reconstruction et au renouveau de notre Eglise bien-aimée.

 

10. Aux prêtres et aux religieux d'Irlande

 

Nous souffrons tous à la suite des péchés de nos confrères qui ont trahi une consigne sacrée ou qui n'ont pas affronté de manière juste et responsable les accusations d'abus. Face à l'outrage et à l'indignation que cela a provoqué, non seulement parmi les laïcs mais également parmi vous et vos communautés religieuses, un grand nombre d'entre vous se sentent personnellement découragés et même abandonnés. En outre, je suis conscient qu'aux yeux de certains vous apparaissez coupables par association, et que vous êtes vus comme si vous étiez en quelque sorte responsables des méfaits d'autres personnes. En ce temps de souffrance, je veux rendre acte du dévouement de votre vie de prêtres et de religieux et de vos apostolats, et je vous invite à réaffirmer votre foi en Christ, votre amour envers son Eglise et votre confiance dans la promesse de rédemption, de pardon et de renouveau intérieur de l'Evangile. De cette manière, vous démontrerez à tous que, là où le péché abonde, la grâce surabonde (cf. Rm 5, 20).

 

Je sais qu'un grand nombre d'entre vous sont déçus, déconcertés et fâchés pour la manière dont ces questions ont été affrontées par certains de vos supérieurs. Malgré cela, il est essentiel que vous collaboriez de près avec ceux qui représentent l'autorité et que vous vous prodiguiez pour faire en sorte que les mesures adoptées pour répondre à la crise soient vraiment évangéliques, justes et efficaces. Je vous exhorte en particulier à devenir de manière toujours plus claire des hommes et des femmes de prière, en suivant avec courage la voie de la conversion, de la purification et de la réconciliation. De cette manière, l'Eglise en Irlande tirera une nouvelle vie et vitalité de votre témoignage au pouvoir rédempteur du Seigneur rendu visible dans votre vie.

 

11. A mes frères évêques

 

On ne peut pas nier que certains d'entre vous et de vos prédécesseurs ont manqué, parfois gravement, dans l'application des normes du droit canonique codifiées depuis longtemps en ce qui concerne les crimes d'abus sur les enfants. De graves erreurs furent commises en traitant les accusations. Je comprends combien il était difficile de saisir l'étendue et la complexité du problème, d'obtenir des informations fiables et de prendre des décisions justes à la lumière de conseils divergents d'experts. Malgré cela, il faut admettre que de graves erreurs de jugement furent commises et que des manquements dans le gouvernement ont eu lieu. Tout cela a sérieusement miné votre crédibilité et efficacité. J'apprécie les efforts que vous avez accomplis pour porter remède aux erreurs du passé et pour assurer qu'elles ne se répètent pas. Outre à mettre pleinement en œuvre les normes du droit canonique en affrontant les cas d'abus sur les enfants, continuez à coopérer avec les autorités civiles dans le domaine de leur compétence. Les supérieurs religieux doivent clairement en faire tout autant. Ils ont, eux aussi, participé aux rencontres récentes, ici à Rome, pour établir une approche claire et cohérente de ces questions. Il est nécessaire que les normes de l'Eglise en Irlande pour la protection des enfants soient constamment revues et mises à jour et qu'elles soient appliquées de manière totale et impartiale, conformément au droit canonique.

 

Seule une action ferme menée de l'avant de manière pleinement honnête et transparente pourra rétablir le respect et l'affection des Irlandais envers l'Eglise, à laquelle nous avons consacré notre vie. Cela doit naître, avant tout, de l'examen de vos propres personnes, de la purification intérieure et du renouveau spirituel. La population irlandaise attend à juste titre que vous soyez des hommes de Dieu, que vous soyez saints, que vous viviez avec simplicité, que vous recherchiez chaque jour la conversion personnelle. Pour elle, selon l'expression de Saint Augustin, vous êtes des évêques, et pourtant avec eux vous êtes appelés à être des disciples du Christ (cf. Discours 340, 1). Je vous exhorte donc à renouveler votre sens des responsabilités devant Dieu, à croître dans la solidarité avec votre peuple et à approfondir votre sollicitude pastorale pour tous les membres de votre troupeau. Soyez en particulier sensibles à la vie spirituelle et morale de chacun de vos prêtres. Soyez un exemple à travers vos vies elles-mêmes, soyez proches d'eux, écoutez leurs préoccupations, offrez-leur votre encouragement en ce moment de difficulté et nourrissez la flamme de leur amour pour le Christ et leur engagement dans le service à leurs frères et sœurs.

 

Les laïcs doivent eux aussi être encouragés à jouer leur rôle dans la vie de l'Eglise. Faites en sorte qu'ils soient formés de telle manière qu'ils puissent rendre raison, de manière articulée et convaincante, de l'Evangile dans la société moderne (cf. 1 P 3, 15), et qu'ils coopèrent plus pleinement à la vie et à la mission de l'Eglise. Cela vous aidera également à recommencer à être des guides et des témoins crédibles de la vérité rédemptrice du Christ.

   

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 09:04

Extrait de la Lettre Pastorale du Pape Benoît XVI aux Catholiques d’Irlande publiée le 19 mars 2010, en la Solennité de Saint Joseph.

 

1. Chers frères et sœurs de l’Eglise en Irlande, c'est avec une profonde préoccupation que je vous écris en tant que Pasteur de l'Eglise universelle. Comme vous, j'ai été profondément bouleversé par les nouvelles apparues concernant l'abus d'enfants et de jeunes vulnérables par des membres de l'Eglise en Irlande, en particulier par des prêtres et des religieux. Je ne peux que partager le désarroi et le sentiment de trahison que nombre d'entre vous ont ressentis en prenant connaissance de ces actes scandaleux et criminels et de la façon dont les autorités de l'Eglise en Irlande les ont affrontés.

 

Comme vous le savez, j'ai récemment invité les évêques irlandais à une rencontre ici, à Rome, pour rendre compte de la façon dont ils ont affronté ces questions par le passé et présenter les mesures qu'ils ont prises pour répondre à cette grave situation. Avec certains prélats de la Curie romaine, j'ai écouté ce qu'ils avaient à dire, tant individuellement qu'en groupe, tandis qu'ils présentaient une analyse des erreurs commises et des leçons apprises, et une description des programmes et des protocoles aujourd'hui mis en place. Nos réflexions ont été franches et constructives. Je nourris l'espoir que, par conséquent, les évêques se trouvent à présent dans une position plus forte pour accomplir le devoir de réparer les injustices du passé et pour affronter les thèmes plus vastes liés à l'abus des mineurs selon des modalités conformes aux exigences de la justice et aux enseignements de l'Evangile.

 

2. Pour ma part, compte tenu de la gravité de ces fautes, et de la réponse souvent inadéquate qui leur a été réservée de la part des autorités ecclésiastiques dans votre pays, j'ai décidé d'écrire cette Lettre pastorale pour vous exprimer ma proximité et vous proposer un chemin de guérison, de renouveau et de réparation.

 

En réalité, comme de nombreuses personnes dans votre pays l'ont observé, le problème de l'abus des mineurs n'est pas propre à l'Irlande, ni à l'Eglise. Toutefois, le devoir qui se présente désormais à vous est celui d'affronter le problème des abus qui ont lieu au sein de la communauté catholique irlandaise et de le faire avec courage et détermination. Personne ne peut imaginer que cette situation douloureuse sera résolue dans de brefs délais. Des progrès positifs ont été accomplis, mais il reste encore beaucoup à faire. La persévérance et la prière sont nécessaires, ainsi qu'une grande confiance dans la force de guérison de la grâce de Dieu.

 

Dans le même temps, je dois également exprimer ma conviction que, pour se reprendre de cette blessure douloureuse, l'Eglise qui est en Irlande doit en premier lieu reconnaître devant le Seigneur et devant les autres, les graves péchés commis contre des enfants sans défense. Une telle reconnaissance, accompagnée par une douleur sincère pour les préjudices portés à ces victimes et à leurs familles, doit conduire à un effort concerté afin d'assurer la protection des enfants contre de tels crimes à l'avenir.

 

Tandis que vous affrontez les défis de ce moment, je vous demande de vous rappeler du « rocher d'où l'on vous a taillés » (Is 51, 1). Réfléchissez aux contributions généreuses, souvent héroïques, offertes à l'Eglise et à l'humanité tout entière par les générations passées d'hommes et de femmes irlandais, et faites en sorte que cela constitue un élan pour un examen de conscience honnête et un programme de renouveau ecclésial et personnel convaincu. Je prie pour que, assistée par l'intercession de ses nombreux saints et purifiée par la pénitence, l'Eglise en Irlande surmonte la crise présente et redevienne un témoin convaincu de la vérité et de la bonté de Dieu tout-puissant, manifestées dans son Fils Jésus Christ.

 

3. Tout au long de l'histoire, les catholiques d'Irlande se sont révélés une immense force de bien tant dans leur patrie qu'à l'étranger. Des moines celtes comme Saint Colomban, diffusèrent l'Evangile en Europe occidentale en jetant les fondements de la culture monastique médiévale. Les idéaux de sainteté, de charité et de sagesse transcendante découlant de la foi chrétienne, ont trouvé une expression dans la construction d'églises et de monastères et dans l'institution d'écoles, de bibliothèques et d'hôpitaux qui contribuèrent à renforcer l'identité spirituelle de l'Europe. Ces missionnaires irlandais ont tiré leur force et leur inspiration de la foi ferme, de la direction solide et des comportements moraux justes de l'Eglise dans leur terre natale.

 

A partir du XVIe siècle, les catholiques d’Irlande ont subi une longue période de persécution, au cours de laquelle ils ont lutté pour maintenir vivante la flamme de la foi dans des circonstances dangereuses et difficiles. Saint Oliver Plunkett, l'archevêque martyr d'Armagh, est l'exemple le plus célèbre d'une multitude de fils et de filles courageux d'Irlande, prêts à donner leur vie pour la fidélité à l'Evangile. Après l'Emancipation catholique, l'Eglise fut libre de croître à nouveau. Des familles et d'innombrables personnes qui avaient préservé leur foi au cours de la période de l'épreuve, devinrent le moteur d'une grande renaissance du catholicisme irlandais au XIXe siècle. L'Eglise offrit l'éducation, en particulier aux pauvres, et cela devait apporter une contribution importante à la société irlandaise. Parmi les fruits des nouvelles écoles catholiques, figura une croissance des vocations : des générations de prêtres, de religieuses et de frères missionnaires quittèrent leur patrie pour servir sur chaque continent, en particulier dans le monde anglophone. Ils furent admirables non seulement en raison de leur grand nombre, mais également en raison de la force de leur foi et de la solidité de leur engagement pastoral. De nombreux diocèses, en particulier en Afrique, en Amérique et en Australie, ont bénéficié de la présence de clergé et de religieux irlandais qui prêchèrent l'Evangile et fondèrent des paroisses, des écoles et des universités, des cliniques et des hôpitaux, qui servirent tant les catholiques, que la société en général, avec une attention particulière pour les besoins des pauvres.

 

Dans presque toutes les familles d'Irlande, il y a eu quelqu'un – un fils ou une fille, une tante ou un oncle – qui a donné sa vie à l'Eglise. Les familles irlandaises nourrissent à juste titre une grande estime et une grande affection pour leurs proches qui ont consacré leur vie au Christ, en partageant le don de la foi avec d'autres et en mettant en pratique cette foi dans le service généreux de Dieu et du prochain.

 

4. Au cours des dernières décennies, toutefois, l'Eglise dans votre pays a dû affronter de nouveaux et graves défis à la foi, découlant de la transformation et de la sécularisation rapides de la société irlandaise. Un changement social très rapide a eu lieu, qui a souvent eu des effets contraires à l’adhésion traditionnelle des personnes à l'égard de l'enseignement et des valeurs catholiques. Très souvent, les pratiques sacramentelles et de dévotion qui soutiennent la foi et lui permettent de croître, comme par exemple la confession fréquente, la prière quotidienne et les retraites annuelles, ont été négligées. Au cours de cette période, apparut également la tendance déterminante, également de la part de prêtres et de religieux, à adopter des façons de penser et à considérer les réalités séculières sans référence suffisante à l'Evangile. Le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican II fut parfois mal interprété et en vérité, à la lumière des profonds changements sociaux qui avaient lieu, il était très difficile de comprendre comment les appliquer de la meilleure façon possible. En particulier, il y eut une tendance, dictée par de justes intentions, mais erronée, une tendance à éviter les approches pénales à l'égard de situations canoniques irrégulières. C'est dans ce contexte général que nous devons chercher à comprendre le problème déconcertant de l'abus sexuel des enfants, qui a contribué de façon très importante à l'affaiblissement de la foi et à la perte de respect pour l'Eglise et pour ses enseignements.

 

Ce n'est qu'en examinant avec attention les nombreux éléments qui ont donné naissance à la crise actuelle qu'il est possible d'entreprendre un diagnostic clair de ses causes et de trouver des remèdes efficaces. Il est certain que parmi les facteurs qui y ont contribué, nous pouvons citer :

- des procédures inadéquates pour déterminer l'aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse ;

- une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats ;

- une tendance dans la société à favoriser le clergé et d'autres figures d'autorité, ainsi qu'une préoccupation déplacée pour la réputation de l'Eglise et pour éviter les scandales, qui a eu pour résultat de ne pas appliquer les peines canoniques en vigueur et de ne pas protéger la dignité de chaque personne.

Il faut agir avec urgence pour affronter ces facteurs, qui ont eu des conséquences si tragiques pour les vies des victimes et de leurs familles et qui ont assombri la lumière de l'Evangile à un degré tel que même des siècles de persécution n'étaient pas parvenus à atteindre.

 

5. En plusieurs occasions depuis mon élection au Siège de Pierre, j'ai rencontré des victimes d'abus sexuels, et je suis disposé à le refaire à l'avenir. Je me suis arrêté pour parler avec eux, j'ai écouté leurs récits, j'ai pris acte de leur souffrance, j'ai prié avec eux et pour eux. Auparavant, au cours de mon pontificat, soucieux d'affronter ce thème, j'avais demandé aux évêques d'Irlande, à l'occasion de leur visite ad limina de 2006, d'« établir la vérité sur ce qui est arrivé par le passé, de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que cela ne se reproduise à l'avenir, d'assurer que les principes de justice soient pleinement respectés et, surtout, de soutenir les victimes et tous ceux qui sont victimes de ces crimes monstrueux » (Discours aux évêques d'Irlande, 28 octobre 2006).

   

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 12:42

 

Cher Michel, je réponds à votre commentaire à mon article sur l'islam.

 

« Il est étrange que l`an 700 à 1960, l`église catholique, ses docteurs et ses papes ont vu en l`islam une doctrine venant de l`ange déchu une doctrine de l`esprit de l`antichrist. Depuis 1960, voilà une grande religion d`amour à respecter alors que l`histoire montre que l`islam est persécutrice par sa doctrine. »

 

Je ne crois pas pour ma part que les choses soient aussi caricaturales… Il me paraît difficile en effet de présenter l’année 1960 comme une année de rupture avec la Tradition catholique, comme si l’Eglise romaine depuis lors errait loin d’elle... La Tradition continue de vivre et de se déployer dans l’Eglise catholique, invinciblement (cf. Mt 16. 18). Si vous en recherchez l’essence, c’est auprès du Souverain Pontife et des évêques, successeurs des Apôtres, unis à lui que vous la trouverez ; nulle part ailleurs. Là où se trouve la communion entre le Pape et les évêques successeurs des Apôtres, là est la Tradition catholique ; là où n’est pas cette communion, là ne peut pas être la Tradition catholique qui englobe cette communion même. Dès lors, toute attaque contre le Magistère catholique est une attaque directe contre la Tradition catholique…

 

Chacun a certes le droit de ne pas être d’accord avec l’Eglise catholique ; mais il faut alors avoir l’honnêteté intellectuelle de ne pas se présenter soi-même comme un « catholique » – au sens où l’Eglise l’entend, depuis plus de 2000 ans.

 

L’Eglise catholique n’a certes pas commencé avec le Concile Vatican II (comme certains n’ont pas manqué de me le rappeler en d’autres lieux). Mais elle n’a pas non plus fini avec le Concile. C’est toujours la même Eglise ; toujours la même communion ecclésiale ininterrompue depuis plus de deux millénaires entre les évêques successeurs des Apôtres et le Pape – que Sainte Catherine de Sienne aimait appeler « le doux Christ sur la terre ». Il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

 

Ce qui vous paraît nouveau, c’est le changement dans le discours de l’Eglise au sujet de l’islam, depuis les années 60. Il est vrai qu’il existe aujourd’hui une autre manière de considérer les fidèles des autres religions qu’à une certaine époque ; d’envisager nos relations avec eux. Mais cela tient au développement de la doctrine catholique sous la conduite de l’Esprit Saint – développement que Jésus lui-même avait annoncé (cf. Jn 16. 13), et que le Cardinal Newman a admirablement théorisé dans son admirable Essai sur le développement de la doctrine chrétienne – ouvrage indispensable dans la bibliothèque de tout fidèle catholique !

 

Le discours de l’Eglise change, parce que son intelligence du Mystère de Dieu et de son Dessein d’amour et de Salut sur tous les hommes s’approfondit à mesure que l’Histoire avance et que l’Esprit pétrit le Corps de l’Eglise, le conduisant vers la Vérité toute entière.

 

Pour autant, ce changement dans le discours ne dénote pas d’une nouveauté dans la doctrine, car en réalité, « la réalisation de l’organisme n’est que la manifestation de ce qui était impliqué dans le germe » (Claude Tresmontant, in Essai sur la Pensée Hébraïque, Cerf 1953, p. 130).

 

On voit ainsi déjà dans l’Evangile le dialogue interreligieux à l’œuvre, à travers le fameux épisode de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (que nous avons récemment réentendu). Vous savez que les Juifs « ne voulaient rien avoir de commun » avec les Samaritains (cf. Jn 4. 9) qu’ils tenaient pour des païens et des hérétiques. Jésus, la Vérité incarnée, n’a pas voulu prendre le parti du mépris et de la condescendance. Bien au contraire : dans cette péricope, c’est lui-même qui prend l’initiative du dialogue, avec beaucoup de délicatesse, de finesse... et d’intelligence ! Non seulement le dialogue avec la Samaritaine ne rabaisse pas la Vérité au niveau de l’erreur et d’une certaine immoralité au risque de s’y perdre, mais ce dialogue va être le lieu même de sa manifestation. Comment la Samaritaine aurait-elle pu recevoir la Bonne Nouvelle de Jésus si le Seigneur l’avait méprisée, condamnée et évitée à l’instar des Juifs – s’il n’avait rien voulu avoir de « commun » avec elle ? Comment aurait-elle pu recevoir son message de grâce et de Salut si elle n’avait pas reçue d’abord sa personne ? Et comment aurait-elle accueillie sa personne si Jésus ne lui avait pas tendu la main, s’il n’était pas venu à sa rencontre, s’il ne lui avait pas proposé un dialogue ?

 

Le dialogue interreligieux me paraît ressortir de la logique même de l’Incarnation : car ce n’est pas d’abord un message que nous proclamons (une vérité abstraite), c’est une personne – la personne de Jésus-Christ, le « Sauveur du monde » (Jn 4. 42).

 

La personne de Jésus-Christ se manifeste aujourd’hui au monde à travers son Corps qui est l'Eglise et dans la personne des fidèles baptisés qui sont les « membres » de son Corps  : c’est-à-dire vous, nous ; toi, moi… C’est nous qui avons aujourd’hui la mission (et la responsabilité) de témoigner du Christ Sauveur du monde, en tendant la main à notre tour aux hérétiques et aux païens de notre temps pour les inviter à une rencontre, un dialogue, bienveillant et amical, emprunt de la douceur même que le Christ manifestât à la Samaritaine. Notre mission est de témoigner d’abord du Christ en personne, de son attitude bienveillante et amicale (quoique sans concession) envers les hérétiques et les païens, avant même son message. Car le message chrétien, en vérité, c'est le Christ lui-même. C’est Lui qui est la Bonne Nouvelle que nous devons annoncer (et manifester par nos gestes et notre attitude). C’est Lui qui est le Salut en personne. C'est Lui que les musulmans, les juifs, les hindoux, les bouddhistes... ont besoin de rencontrer aujourd'hui. C'est Lui qu'ils leur faut découvrir à travers le geste prophétique de notre accueil fraternel et de notre ouverture au dialogue.

 

Proposer un dialogue aux religieux de toutes les traditions, et au-delà, à tout homme, c’est permettre au Christ de s’inviter aujourd’hui chez Zachée (cf. Lc 1-10), chez les publicains et les pécheurs (cf. Mt 9. 9-13), chez les Samaritains (Cf. Jn 4)… Le Christ, fondamentalement, est l’homme de la rencontre et du dialogue – et comment pourrait-il en être autrement, puisqu’il est Dieu, la Deuxième personne de la Trinité, le Logos : il est lui-même, dans l’essence même de sa personne, rencontre (avec le Père) et dialogue : il est la Parole qui vient du Père et qui se donne au Père. L’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu, c’est donc celui qui rencontre et qui dialogue – en un mot, qui aime plutôt qu'il ne méprise ; qui descend vers ses frères, plutôt qu’il ne les toise avec mépris et condescendance du haut de sa supériorité (comme le Christ est descendu et a été « compté avec les pécheurs » – cf. Is 53. 12).

 

Le dialogue interreligieux (comme avec tout homme, qu’il soit "pécheur" ou "publicain") n’est pas contraire à la Tradition catholique, parce qu’il s’enracine dans l’Evangile, et plus profondément, dans le Cœur de Jésus, dans le Mystère de son être, dans l’essence même de la Trinité d’Amour qui est par nature rencontre et dialogue – mouvement incessant vers l’Autre, d’où jaillit l’Esprit de Vérité.

 

Il n’y a pas d’autre manière d’évangéliser qu’en manifestant, par nos gestes et notre comportement, l’Amour indéfectible et inconditionnel que Dieu porte envers tous les hommes, son désir de les rencontrer chacun personnellement et d’entrer en dialogue avec eux.

 

Nous n'avons pas à craindre que notre parole se perde dans le brouhaha des convictions diverses, et que la proposition chrétienne de la foi s'en trouve relativisée, car notre parole (qui s’exprime principalement dans notre attitude, qui est signe en soi) est porteuse de la Parole de Vérité qui ne passera pas (Cf. Mt 24. 35 ; Mc 13. 31 ; Lc 21. 33), qui est éternelle, qui ne reviendra pas à Dieu sans résultat (cf. Is 55. 11) et qui a le pouvoir de transpercer les cœurs (cf. He 4. 12), bien plus sûrement (et efficacement, dans la perspective du Salut) que le glaive des Croisés…

 

« Vous dites que l`Église ne pratique pas la langue de bois!

Allons donc - si l`Église ne pratiquait pas la langue de bois elle aurait gardée le meme enseignement qu`avant 1960. L`Église n`enseigne plus au Québec, les 10 commandements, la damnation, l`enfer, l`existence de Satan, pour ne pas déplaire. Ce n`est pas de la langue de bois ça! »

 

Non, ce n’est pas de la langue de bois ; c’est une trahison pure et simple de l’Evangile – ce qui est beaucoup plus grave. Il y a certainement de l’excès dans votre condamnation de « l’Eglise du Québec » (il doit encore y rester, quand même, des prêtres et des évêques orthodoxes dans la foi !). Mais si ces faits étaient avérés, ils témoigneraient d’une Eglise locale en crise, en rupture grave avec la Tradition catholique. Les points que vous évoquez ne sont pas facultatifs ; ils font partie des vérités que nous devons croire si nous voulons être catholiques (parce qu’ils appartiennent au donné révélé – et que l’Eglise les a toujours enseigné). Les contester reviendrait à se placer de fait en dehors de la communion de l’Eglise dont je parlais plus haut.

 

« L`Église pratique énormément de langue de bois sinon elle ferait enquête pour trouver si la Franc-maçonnerie n`a pas réussi a l`infiltrée et a influencer le concile Vatican 2. Des gens qui ne se questionnent pas sur eux-mêmes pratique la langue de bois et s`aveuglent!

Je pense que l`Église erre sérieusement sur l`islam. »

 

Si vous placez votre opinion personnelle au-dessus de celle de l’Eglise (ce qui est votre droit le plus strict en tant qu’homme libre), vous rejoignez l’attitude des protestants – pour qui l’obéissance au Christ est obéissance à sa conscience personnelle, non à l’autorité de l’Eglise. Je ne dis pas qu’il ne faut pas suivre sa conscience. Mais il faut savoir que notre discernement est altéré par le péché originel – c’est pourquoi il est important de former notre jugement, et de l’éduquer à la lumière de l’enseignement de l’Eglise à qui l’Esprit Saint (l’Esprit même de Dieu) a été donné à la Pentecôte.

 

Jésus nous l’a promis : l’Eglise ne peut pas errer (cf. Mt 16. 18). Les hommes d’Eglise pris individuellement, oui – l’Histoire ne nous le montre que trop ; mais non pas l’Eglise-Corps-du-Christ (dont l’essence, je le répète, réside dans la communion des évêques successeurs des Apôtres avec le Pape) : car elle est directement reliée à la tête qui est Jésus-Christ lui-même (Cf. Rm 12. 5 ; Col 1. 18…), et reçoit de Lui la sève vivifiante de l’Esprit.

 

La foi en Jésus-Christ est aussi foi en l’Eglise catholique. Nous avons confiance en l’Eglise catholique parce que nous avons foi en Jésus-Christ. C’est parce que celui-ci nous a dit que les portes de l’enfer ne prévaudraient pas sur elle que nous pouvons nous appuyer sur elle avec confiance, et régler notre pensée sur sa pensée sans crainte de nous tromper, ni d’errer ; c'est elle qui est la colonne puissante et le soutien de la Vérité (cf. 1 Tm 3. 15).

 

Que l’Eglise soit infiltrée de l’intérieur par une Franc maçonnerie ecclésiastique, c’est fort possible (et même probable…). Mais cela ne doit pas nous inquiéter outre mesure – compte tenu de la foi que nous pouvons placer dans la Parole du Christ. Même s’il existait des bribes d’une doctrine franc-maçonne dans la pensée du Concile Vatican II, cela n’enlèverait rien à l’action providentielle de Dieu qui fait tout concourir au bien de ceux qu’il aime (cf. Rm 8. 28). C’est Lui, le Maître et le Souverain ; c’est Lui qui gouverne l'Eglise, qui enseigne et inspire ses serviteurs le pape et les évêques, particulièrement lorsqu’ils se réunissent solennellement en Concile dans la communion et l’unité : nous savons que l’Esprit Saint est là (cf. Ac 15. 28), dans cette communion, et qu’Il ne peut ni se tromper ni nous tromper parce qu’il est Dieu.

 

Demeurons donc dans la paix, quelque soient les remous existant dans le monde et à l’intérieur même de l’Eglise. Tant que nous resterons greffés sur cette communion des évêques successeurs des Apôtres avec le Pape, le Mauvais ne pourra rien contre nous. Car nous avons l’assurance que Jésus est là, au cœur même cette communion, tous les jours, et jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28. 20).

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 23:00

Dimanche 10 avril 2011 – 5e dimanche de Carême (Année A)

 

Le combat spirituel (5) : se défier de soi, se tourner vers le Seigneur

 

Première lecture : Ez 37. 12-14

« Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir »

 

Psaume 129

« Près du Seigneur est l'amour »

 

Deuxième lecture : Romains 8. 8-11

« L'Esprit est votre vie »

 

Evangile : Jn 11. 1-45

« Tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais  »


***

Message audio du Pape : 2011

Angelus du Pape : 2008 - 2011

Homélie du Père Walter Covens : 2008 - 2011 

Homélie du Père Joseph-Marie Verline : 2011 

Audio de Radio Vatican : 2011

Ce que l’Evangile nous dit et me demande

Jésus a commandé à ses disciples de "ressusciter les morts" (Père Raniero Cantalamessa)

Ces frères qui ne peuvent retrouver la vie que par nous (P. Pierre Desroches, de Montréal)

"Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu" (P. Nicolas)

 

*** 

 

« Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11. 25) 

 

« La mort de Lazare n'a été qu'une parenthèse en quelque sorte dans sa vie terrestre. Sa vie après le miracle de Jésus a repris son cours ordinaire, et elle a dû être à peu de choses près la même après qu'avant. Lazare a eu seulement, en quelque sorte, un supplément de vie terrestre. Son corps n'était pas transformé et il a dû mourir une seconde fois ; sa première mort n'a pas été ce qu'elle sera pour nous, c'est-à-dire le passage vers la vraie vie.

 

« Mais alors, du coup, on peut se demander à quoi bon? En faisant ce miracle, Jésus a pris de grands risques pour lui-même parce qu'il ne s'était déjà que trop fait remarquer... et quant à Lazare, cela n'a fait que reculer l'échéance définitive. »

 

« C'est Saint Jean qui répond à notre question "à quoi bon ce miracle"? Il nous dit que c'est un signe très important : Jésus est manifesté à cette occasion comme celui en qui nous avons la vie sans fin et en qui nous pouvons croire, c'est-à-dire sur qui nous pouvons miser notre vie. Et d'ailleurs, les grands prêtres et les Pharisiens ne s'y sont pas trompés : ils ont fort bien compris la gravité du signe que Jésus avait donné là. D'après Jean toujours, trop de gens se mirent à croire en Jésus à la suite de la résurrection de Lazare, et c'est là qu'ils décidèrent de le faire mourir. C'est donc ce miracle qui a signé l'arrêt de mort de Jésus. » (Marie-Noëlle Thabut)

 


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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 10:47

A quelques semaines de la béatification de Jean-Paul II, le 1er mai prochain, je vous propose le témoignage de Soeur Marie Simon Pierre (sic : on relèvera le "clin Dieu" du Seigneur à travers le nom même de cette humble religieuse...), Petite Sœur des Maternités Catholiques qui était atteinte de la maladie de Parkinson et n’en a plus aucun symptôme depuis le 2 juin 2005.

 

Au cours de l’entretien exclusif qu'elle a bien voulu a accorder à la chaîne de télévision catholique KTO et à la RAI Vaticano, Sœur Marie Simon Pierre raconte sa guérison miraculeuse. Vous en trouverez ci-dessous un court extrait (et pourrez visionner l'intégralité de cet entretien en cliquant sur ce lien).

 



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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 10:24

Discours du Pape Benoît XVI à l’Assemblée plénière de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 15 janvier 2010.

 

Messieurs les cardinaux,

Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,

Très chers fidèles collaborateurs,

 

C'est pour moi un motif de grande joie de vous rencontrer à l'occasion de l'assemblée plénière et de vous manifester mes sentiments de profonde reconnaissance et d'appréciation cordiale pour le travail que vous effectuez au service du Successeur de Pierre dans son ministère de confirmer ses frères dans la foi (cf. Lc 22, 32).

 

(…) Je désire souligner que votre Congrégation participe au ministère de l'unitéqui est confié, de manière particulière, au Pontife Romain, à travers son engagement pour la fidélité doctrinale. En effet, l'unité est en premier lieuunité de foi, soutenue par le dépôt sacré, dont le Successeur de Pierre est le premier gardien et défenseur. Confirmer les frères dans la foi, en les gardant unis dans la confession du Christ crucifié et ressuscité, constitue pour celui qui siège sur la Chaire de Pierre le devoir premier et fondamental que lui a confié Jésus. C'est un service incontournable, dont dépend l'efficacité de l'action évangélisatrice de l'Eglise jusqu'à la fin des siècles.

 

L'Evêque de Rome, à lapotestas docendiduquel participe votre Congrégation, est constamment tenu de proclamer : « Dominus Iesus »« Jésus est le Seigneur ». En effet, lapotestas docendi comporte l'obéissance de la foi, afin que la Vérité qui est le Christ continue à resplendir dans sa grandeur et à retentir pour tous les hommes dans son intégrité et sa pureté, de sorte qu'il n'y ait qu'un unique troupeau, rassemblé autour de l'unique pasteur.

 

Parvenir au témoignage commun de la foi de tous les chrétiens constitue donc la priorité de l'Eglise de chaque époque, dans le but de conduire tous les hommes à la rencontre avec Dieu. Dans cet esprit, je compte en particulier sur l'engagement du dicastère pour que soient surmontés les problèmes doctrinaux qui demeurent encore, afin de parvenir à la pleine communion avec l'Eglise de la part de laFraternité Saint Pie X.

 

Je désire, en outre, me réjouir de l'engagement en faveur de la pleine intégration de groupes de fidèles et de personnes, appartenant auparavant à l'anglicanisme, dans la vie de l'Eglise catholique, selon ce qui est établi dans la Constitution apostolique Anglicanorum coetibus. La fidèle adhésion de ces groupes à la vérité reçue du Christ et proposée par le Magistère de l'Eglise n'est en aucune manière contraire au mouvement œcuménique, mais révèle en revanche son objectif ultime qui consiste à parvenir à la communion pleine et visible des disciples du Seigneur.

 

Dans le précieux service que vous rendez au Vicaire du Christ, j'ai à cœur de rappeler également que la Congrégation pour la doctrine de la foi, en septembre 2008, a publié l'InstructionDignitas personaesur plusieurs questions de bioéthique. Après l'encycliqueEvangelium vitaedu serviteur de DieuJean-Paul II, en mars 1995, ce document doctrinal, centré sur le thème de la dignité de la personne, créée en Christ et pour le Christ, représente un nouveau point de référence dans l'annonce de l'Evangile, en pleine continuité avec l'InstructionDonum vitae, publiée par ce dicastère en février 1987.

 

A propos de thèmes aussi délicats et actuels que ceux concernant la procréation et les nouvelles propositions thérapeutiques qui comportent la manipulation de l'embryon et du patrimoine génétique humain, l'Instruction a rappelé que « la valeur éthique de la science biomédicale se mesure par sa référence tant au respect inconditionné dû à tout être humain, à chaque instant de son existence, qu'à la sauvegarde de la spécificité des actes personnels qui transmettent la vie » (Instr.Dignitas personae, n. 10 ; cf.ORLFn. 51 du 23 décembre 2008). C'est ainsi que le Magistère de l'Eglise entend offrir sa propre contribution à la formation de la conscience non seulement des croyants, mais de tous ceux qui recherchent la vérité et entendent être à l'écoute des arguments qui proviennent de la foi, mais également de la raison elle-même. L'Eglise, en proposant des évaluations morales pour la recherche biomédicale sur la vie humaine, puise en effet à la lumière autant de la raison que de la foi (cf.ibid., n. 3), dans la mesure où sa conviction est que « ce qui est humain est non seulement écouté et respecté par lafoi, mais il est aussi purifié, élevé et porté à la perfection » (ibid., n. 7).

 

Dans ce contexte est également apportée une réponse à la mentalité diffuse selon laquelle la foi est présentée comme un obstacle à la liberté et à la recherche scientifique, car elle serait constituée par un ensemble de préjugés qui empêcheraient la compréhension objective de la réalité. Face à une telle attitude, qui tend à remplacer la vérité par le consensus, fragile et facilement manipulable, la foi chrétienne offre en revanche une contribution de vérité également dans le domaine éthique et philosophique, en ne fournissant pas des solutions préconstituées à des problèmes concrets, comme la recherche et l'expérimentation biomédicale, mais en proposant des perspectives morales fiables au sein desquelles la raison humaine peut rechercher et trouver des solutions valables.

 

En effet, il existe des contenus déterminés de la révélation chrétienne qui éclairent les problématiques bioéthiques : la valeur de la vie humaine, la dimension relationnelle et sociale de la personne, le lien entre l'aspect unifiant et l'aspect procréatif de la sexualité, la place centrale de la famille fondée sur le mariage d'un homme et d'une femme. Ces contenus, inscrits dans le cœur de l'homme, sont compréhensibles également de manière rationnelle comme des éléments de la loi morale naturelle et peuvent trouver un accueil également chez ceux qui ne se reconnaissent pas dans la foi chrétienne.

 

La loi morale naturelle n'est pas exclusivement ou avant tout confessionnelle, même si la Révélation chrétienne et l'accomplissement de l'homme dans le mystère du Christ en illumine et développe en plénitude la doctrine. Comme l'affirme leCatéchisme de l'Eglise catholique, celle-ci « indique les normes primordiales et essentielles qui réglementent la vie morale » (n. 1955). Fondée dans la nature humaine elle-même et accessible à toute créature rationnelle, la loi morale naturelle constitue ainsi la base pour entrer en dialogue avec tous les hommes qui recherchent la vérité et, de manière plus générale, avec la société civile et séculière. Cette loi, inscrite dans le cœur de chaque homme, touche l'un des points essentiels de la réflexion sur le droit et interpelle également la conscience et la responsabilité des législateurs.

 

En vous encourageant à poursuivre votre service exigeant et important, je désire vous exprimer également en cette circonstance ma proximité spirituelle, en donnant de tout cœur à chacun de vous, en gage d'affection et de gratitude, ma Bénédiction apostolique.

 

 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 18:17

Suite de la lettre apostolique du Pape Jean-Paul II sur le sens chrétien de la souffrance humaine (Salvifici Doloris, le 11 février 1984).

 

21. La Croix du Christ jette la lumière salvifique d'une manière aussi pénétrante sur la vie de l'homme, et en particulier sur sa souffrance, parce que grâce à la foi elle le rejoint en même temps que la Résurrection : le mystère de la Passion est contenu dans le mystère pascal. Les témoins de la Passion du Christ sont tout à la fois témoins de sa Résurrection. Paul écrit : « Il s'agit de le connaître, lui, avec la puissance de sa Résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d'entre les morts ».

 

L'Apôtre a vraiment expérimenté d'abord « la puissance de la Résurrection » du Christ, sur le chemin de Damas, et c'est seulement ensuite, dans cette lumière pascale, qu'il est arrivé à la « communion à ses souffrances » dont il parle, par exemple, dans la lettre aux Galates. Le chemin de Paul est clairement pascal : la participation à la Croixdu Christ se réalise à travers l'expérience du Ressuscité, donc grâce à une participation spéciale à la Résurrection. C'est pourquoi dans les expressions de l'Apôtre sur le thème de la souffrance apparaît si souvent le motif de la gloire à laquelle la Croix du Christ donne naissance.

 

Les témoins de la Croix et de la Résurrection étaient convaincus que « il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu ». Et Paul, écrivant aux Thessaloniciens, s'exprime ainsi : « Nous-mêmes sommes fiers de vous..., de votre constance et de votre foi dans toutes les persécutions et tribulations que vous supportez. Par là se manifeste le juste jugement de Dieu, où vous serez trouvés dignes du Royaume de Dieu pour lequel vous souffrez vous aussi ». Ainsi donc, la communion aux souffrances du Christ est en même temps souffrance pour le Royaume de Dieu. Aux yeux du Dieu juste, selon son jugement, tous ceux qui communient aux souffrances du Christ deviennent dignes de ce Royaume. Par leurs souffrances, ils restituent en un sens le prix infini de la Passion et de la mort du Christ, qui est devenu le prix de notre Rédemption : à ce prix, le Royaume de Dieu a été à nouveau consolidé dans l'Histoire de l'homme, en devenant la perspective définitive de son existence terrestre. Le Christ nous a introduits dans ce Royaume par sa souffrance. Et c'est aussi par la souffrance que deviennent mûrs pour lui les hommes plongés dans le mystère de la Rédemption du Christ.

 

 

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 17:43

Homélie du Pape Benoît XVI pour la 14e Journée de la Vie Consacrée, le 2 février 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

(…) La brève lecture tirée de la Lettre aux Hébreux qui vient d'être proclamée unit bien les motifs qui sont à l'origine de cette belle fête significative et nous offre quelques éléments de réflexion. Ce texte – il s'agit de deux versets, mais très denses – ouvre la seconde partie de la Lettre aux Hébreux, introduisant le thème central du Christ grand prêtre. Il faudrait, en vérité, prendre aussi en compte le verset qui précède immédiatement, et qui dit : "Donc, puisque nous avons un grand prêtre qui a pénétré les cieux, Jésus, Fils de Dieu, demeurons fermes dans la profession de notre foi" (He 4, 14). Ce verset montre Jésus qui monte vers le Père ; le suivant le montre qui descend vers les hommes. Le Christ est présenté comme le médiateur : il est vrai Dieu et vrai homme, il appartient par conséquent réellement au monde divin et au monde humain.

 

En réalité, c'est justement et seulement à partir de cette foi, de cette profession de foi en Jésus Christ, le Médiateur unique et définitif, qu'une vie consacrée a son sens dans l'Eglise, une vie consacrée à Dieu à travers le Christ. Elle n'a un sens que s'Il est vraiment médiateur entre Dieu et nous, autrement, il ne s'agirait que d'une forme de sublimation ou d'évasion. Si le Christ n'était pas vraiment Dieu, et s'il n'était pas en même temps pleinement homme, le fondement de la vie chrétienne en tant que telle disparaîtrait, et, de façon tout à fait particulière, le fondement de toute consécration chrétienne de l'homme et de la femme disparaîtrait. En effet, la vie consacrée témoigne et exprime justement de façon "forte" le fait que Dieu et l'homme se cherchent réciproquement, l'amour qui les attire ; la personne consacrée, du fait même qu'elle existe, représente comme un "pont" vers Dieu pour tous ceux qui la rencontrent, un rappel, un renvoi. Et tout cela grâce à la médiation de Jésus Christ, le Consacré du Père. Le fondement, c'est Lui! Lui, qui a partagé notre fragilité, afin que nous puissions participer de sa nature divine.

 

Notre texte insiste, plus que sur la foi, sur la "confiance" avec laquelle nous pouvons nous approcher du "trône de la grâce", du moment que notre grand prêtre a été, Lui-même, "mis à l'épreuve, en toute chose comme nous". Nous pouvons nous approcher pour recevoir "miséricorde", "trouver grâce", et pour "être aidés au moment opportun". Il me semble que ces paroles contiennent une grande vérité et en même temps un grand réconfort pour nous qui avons reçu le don et l'engagement d'une consécration spéciale dans l'Eglise. Je pense en particulier à vous, chers sœurs et frères. Vous vous êtes approchés avec une confiance totale du "trône de la grâce" qui est le Christ, de sa Croix, de son Cœur, de sa divine présence dans l'Eucharistie. Chacun de vous s'est approché de Lui comme de la source de l'Amour pur et fidèle, un amour si grand et si beau qu'il mérite tout, et même plus que notre tout, parce qu'une vie entière ne suffit pas à lui rendre ce que le Christ est et ce qu'il a fait pour nous. Mais vous vous êtes approchés et chaque jour, vous vous approchez de Lui, même pour être aidés au moment opportun et à l'heure de l'épreuve.

 

Les personnes consacrées sont appelées d'une façon particulière à être des témoins de cette miséricorde du Seigneur, dans laquelle l'homme trouve son Salut. Elles maintiennent vivante l'expérience du pardon de Dieu, parce qu'elles ont conscience d'être des personnes sauvées, d'être grandes quand elles se reconnaissent petites, de se sentir renouvelées et enveloppées de la sainteté de Dieu quand elles reconnaissent leur péché. C'est pourquoi, pour l'homme d'aujourd'hui aussi, la vie consacrée reste une école privilégiée de la "componction du cœur", de la reconnaissance humble de sa propre misère, mais pareillement, elle reste une école de la confiance dans la miséricorde de Dieu, dans son amour qui n'abandonne jamais. En réalité, plus on s'approche de Dieu, plus on est proche de Lui, plus on est utile aux autres. Les personnes consacrées font l'expérience de la grâce, de la miséricorde, et du pardon de Dieu non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs frères, en étant appelées à porter dans leur cœur et dans la prière les angoisses et les attentes des hommes, spécialement de ceux qui sont loin de Dieu. En particulier, les communautés qui vivent en clôture, avec leur engagement spécifique de fidélité à "demeurer avec le Seigneur", à "demeurer au pied de la Croix", exercent souvent ce rôle de vicaire, unies au Christ de la Passion, en prenant sur elles les souffrances et les épreuves des autres et en offrant toute chose avec joie pour le Salut du monde.

 

Enfin, chers amis, nous voulons élever au Seigneur un hymne d'action de grâce et de louange pour la vie consacrée elle-même. Si elle n'existait pas, le monde serait tellement plus pauvre! Au-delà des évaluations fonctionnelles superficielles, la vie consacrée est importante justement du fait qu'elle est signe de gratuité et d'amour, et cela d'autant plus dans une société qui risque d'être étouffée dans le tourbillon de l'éphémère et de l'utile (cf. Exhortation apostolique post-synodale Vita consecrata, n. 105). Au contraire, la vie consacrée témoigne de la surabondance d'amour qui pousse à "perdre" sa vie, en réponse à la surabondance d'amour du Seigneur qui, le premier, a "perdu" sa vie pour nous. En ce moment, je pense aux personnes consacrées qui sentent le poids de la fatigue quotidienne pauvre en gratifications humaines, je pense aux religieux et aux religieuses âgés, malades, à ceux qui se sentent en difficulté dans leur apostolat... Aucun d'entre eux n'est inutile, parce que le Seigneur les associe au "trône de la grâce". Ils sont au contraire un don précieux pour l'Eglise et pour le monde, assoiffé de Dieu et de sa Parole.

 

Pleins de confiance et de reconnaissance, nous renouvelons donc nous aussi notre geste d'offrande totale de nous-mêmes en nous présentant au Temple. Que l'Année sacerdotale soit une occasion supplémentaire pour les religieux prêtres, d'intensifier leur chemin de sanctification, et, pour tous les consacrés et les consacrées, un encouragement pour accompagner et soutenir leur ministère à travers leur prière fervente.

 

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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