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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 12:11

En ce jour où l'Eglise universelle célèbre la fête de la Sainte Trinité, nous poursuivons notre réflexion sur le mystère de Dieu avec le Père Guy Pagès.

Le Père Pagès nous emmène aujourd'hui dans les profondeurs de la contemplation de l'intimité de Dieu.

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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 11:41

Extrait de la lettre du Pape Benoît XVI aux participants du 26e Chapitre général des salésiens de Saint Jean Bosco.

(…) Le charisme de Don Bosco est un don de l'Esprit pour tout le Peuple de Dieu, mais ce n'est que dans l'écoute docile et dans la disponibilité à l'action divine qu'il est possible de l'interpréter et de le rendre actuel et fécond à notre époque également.

(…) Les fils de Don Bosco appartiennent à la foule nombreuse des disciples que le Christ a consacrés à Lui par l'intermédiaire de son Esprit, à travers un acte d'amour particulier. Il les a réservés pour lui; c'est pourquoi le primat de Dieu et de son initiative doit resplendir dans leur témoignage. Lorsqu'on renonce à tout pour suivre le Seigneur, lorsqu'on Lui donne ce que l'on a de plus cher en affrontant tous les sacrifices, alors on ne doit pas être surpris si, comme il est advenu pour le divin Maître, l'on devient un "signe de contradiction", parce que la manière de penser et de voir de la personne consacrée finit par se trouver souvent en opposition à la logique du monde. En réalité, c'est un motif de réconfort car cela témoigne que son style de vie est alternatif par rapport à la culture du temps et qu'elle peut accomplir au sein de celle-ci une fonction en quelque sorte prophétique (…).

Le thème choisi pour ce Chapitre général est précisément le programme de vie spirituelle et apostolique que Don Bosco avait fait sien : "Da mihi animas, cetera tolle". Celui-ci contient toute la personnalité de ce grand Saint; une profonde spiritualité, une force de travail créative, le courage pastoral et surtout la consécration de soi sans réserves à Dieu et aux jeunes. Il fut un Saint qui ne connut qu'une passion : "la gloire de Dieu et le salut des âmes". Il est d'une importance vitale que tout salésien tire continuellement inspiration de Don Bosco : qu'il le connaisse, qu'il l'étudie, qu'il l'aime, qu'il l'imite, qu'il l'invoque, qu'il s'approprie sa passion apostolique, qui jaillit du cœur du Christ. Cette passion est une capacité à se donner, à se passionner pour les âmes, à souffrir par amour, à accepter avec sérénité et joie les exigences quotidiennes et les sacrifices liés à la vie apostolique. La devise "Da mihi animas, cetera tolle" exprime de manière synthétique la mystique et l'ascèse du salésien. Il ne peut pas y avoir de mystique ardente sans une robuste ascèse qui la soutienne ; et, inversement, personne n'est disposé à payer un prix élevé et exigeant, s'il n'a pas découvert un trésor fascinant et inestimable. A une époque de fragmentation et de fragilité comme la nôtre, il est nécessaire de surmonter la dispersion de l'activisme et de cultiver l'unité de la vie spirituelle à travers l'acquisition d'une mystique profonde et d'une solide ascèse. Cela nourrit l'engagement apostolique et garantit l'efficacité pastorale. C'est en cela que doit consister le chemin de sainteté de tout salésien, sur cela que doit se concentrer la formation des nouvelles vocations à la vie consacrée salésienne. La lectio divina et l'Eucharistie, vécue de manière quotidienne, sont la lumière et la force de la vie spirituelle du salésien consacré. Il doit nourrir sa journée d'écoute et de méditation de la Parole de Dieu, en aidant également les jeunes et les fidèles laïcs à la mettre en valeur dans leur vie quotidienne et en s'efforçant ensuite de traduire en témoignage ce qu'indique la Parole. L'Eucharistie nous attire dans l'acte d'offrande de Jésus. Nous ne recevons pas seulement le Logos incarné de manière statique, mais nous sommes entraînés dans la dynamique de son offrande (cf. Enc.  Deus  caritas  est, n. 13). Conduire une vie simple, sobre, essentielle et austère : cela aidera les salésiens à affermir leur réponse vocationnelle, face aux risques et aux menaces de la médiocrité et de l'embourgeoisement, cela les conduira à être plus proches des personnes dans le besoin et des laissés-pour-compte (…).

Que l'évangélisation soit le champ d'action principal et prioritaire de leur mission aujourd'hui. Celle-ci présente de nombreux engagements, des défis urgents, de vastes champs d'action, mais sa tâche fondamentale est en fin de compte de proposer à tous de vivre l'existence humaine comme l'a vécue Jésus.
Dans les situations plurireligieuses et sécularisées il faut trouver des voies inédites pour faire connaître, notamment aux jeunes, la figure de Jésus, afin qu'ils perçoivent la fascination éternelle qu'il exerce. Pour cela, l'annonce de Jésus Christ et de son Evangile doit être centrale dans leur action apostolique, tout comme l'appel à la conversion, à l'accueil de la foi et à l'insertion dans l'Eglise ; c'est de là que naissent ensuite les chemins de foi et de catéchèse, la vie liturgique, le témoignage de la charité active. Leur charisme les place dans la situation privilégiée de pouvoir mettre en valeur la contribution de l'éducation dans le domaine de l'évangélisation des jeunes. Sans éducation, en effet, il n'y a pas d'évangélisation durable et profonde, il n'y a pas de croissance et de maturité, on ne parvient à changer les mentalités et les cultures. Les jeunes ont de profonds désirs d'une vie pleine, d'un amour authentique, d'une liberté constructive ; mais malheureusement leurs attentes sont souvent trahies et ils ne parviennent pas à les réaliser. Il est indispensable d'aider les jeunes à mettre en valeur les ressources qu'ils portent à l'intérieur d'eux-mêmes comme le dynamisme et le désir positif ; de les mettre au contact de propositions riches en humanité et en valeurs évangéliques; de les pousser à s'insérer dans la société en y prenant une part active à travers le travail, la participation et l'engagement pour le bien commun (…).

(…) A une époque où, en Europe, les vocations diminuent, et les défis de l'évangélisation augmentent, la Congrégation salésienne doit être attentive à renforcer la proposition chrétienne, la présence de l'Eglise et le charisme de Don Bosco sur ce continent. De même que l'Europe a été généreuse avec l'envoi de nombreux missionnaires dans le monde entier, qu'à présent toute la Congrégation, en faisant appel notamment aux régions riches de vocations, soit disponible à son égard (…). Il faut proposer à ces jeunes la fascination de la vie consacrée, la radicalité de la sequela du Christ obéissant, pauvre et chaste, le primat de Dieu et de l'Esprit, la vie fraternelle en communautés, l'engagement à se mettre totalement au service de la mission. Les jeunes sont sensibles à des propositions d'engagement exigeant, mais ils ont besoin de témoins et de guides qui sachent les accompagner dans la découverte et dans l'accueil de ce don (…).

Puisse la Vierge Marie, que Don Bosco vous a appris à invoquer comme Mère de l'Eglise et Secours des chrétiens, vous soutenir dans vos intentions. "C'est Elle qui a tout fait", répétait Don Bosco au terme de sa vie, en faisant référence à Marie. Ce sera donc encore elle qui sera votre guide et votre maître. Elle vous aidera à communiquer "le charisme de Don Bosco". Elle sera pour votre Congrégation et pour toute la Famille salésienne, pour les éducateurs et surtout pour les jeunes, la Mère et l'Etoile de l'espérance.


Lire le texte intégral de la lettre du Pape Benoît XVI

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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 23:00

Chers amis lecteurs,

Voici le top 10 des articles de ce Blog les plus lus durant le mois de mai 2009. C'est la neuvaine à l'Esprit Saint qui remporte largement la palme, ce mois-ci. 



1. Neuvaine à l'Esprit Saint 293
2. Pourquoi la luxure est-elle un péché grave? 226
3. Péché mortel et péché véniel 204
4. Prière à l'Esprit Sanctificateur (1/9) 173
5. Eros, Philia et Agapè 138
6. Prière pour obtenir le don de Crainte (2/9) 93
7.  Prière pour obtenir le don de Piété (3/9) 85
8. Test : Êtes-vous catholique? 70
9. Témoignage du Père Joseph-Marie Verlinde (2) 68
10.  Dieu peut-il souffrir et mourir? 67
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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 08:43

En cette veille de la fête de la Sainte Trinité, nous poursuivons notre réflexion sur le mystère de Dieu avec le Père Guy Pagès.

Le Père Pagès réfléchit aujourd'hui sur la personne du Fils, le Verbe de Dieu, la seconde personne de la Sainte Trinité, par lequel Dieu se connaît lui-même.




Revoir les précédentes vidéos
 :

1. 
La Trinité, au coeur de tous les mystères de la Foi
2.
 Les chrétiens sont-ils polythéistes?
3. Le dogme de la Sainte Trinité est-il biblique?
4. Au coeur du mystère de la Trinité (la Trinité dans la Tradition catholique)
5. La Trinité, selon ce que la Raison humaine peut comprendre
6. Trinité divine et Raison humaine

Relire également :

1. 
Le mystère de la Très Sainte Trinité

 

 

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 19:01

Extrait de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI, du 9 avril 2008.

Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd'hui de Saint Benoît, fondateur du monachisme occidental, et aussi Patron de mon pontificat. Je commence par une parole de saint Grégoire le Grand, qui écrit à propos de Saint Benoît : "L'homme de Dieu qui brilla sur cette terre par de si nombreux miracles, ne brilla pas moins par l'éloquence avec laquelle il sut exposer sa doctrine" (Dial. II, 36). Telles sont les paroles que ce grand Pape écrivit en l'an 592 ; le saint moine était mort à peine 50 ans auparavant et il était encore vivant dans la mémoire des personnes et en particulier dans le florissant Ordre religieux qu'il avait fondé.
Saint Benoît de Nursie, par sa vie et par son œuvre, a exercé une influence fondamentale sur le développement de la civilisation et de la culture européenne. La source la plus importante à propos de la vie de ce Saint est le deuxième livre des Dialogues de saint Grégoire le Grand. Il ne s'agit pas d'une biographie au sens classique. Selon les idées de son temps, il voulut illustrer à travers l'exemple d'un homme concret – précisément Saint Benoît – l'ascension au sommet de la contemplation, qui peut être réalisée par celui qui s'abandonne à Dieu. Il nous donne donc un modèle de la vie humaine comme ascension vers le sommet de la perfection. Saint Grégoire le Grand raconte également dans ce livre des Dialogues de nombreux miracles accomplis par le Saint, et ici aussi il ne veut pas raconter simplement quelque chose d'étrange, mais démontrer comment Dieu, en admonestant, en aidant et aussi en punissant, intervient dans les situations concrètes de la vie de l'homme. Il veut démontrer que Dieu n'est pas une hypothèse lointaine placée à l'origine du monde, mais qu'il est présent dans la vie de l'homme, de tout homme.

Cette perspective du "biographe" s'explique également à la lumière du contexte général de son époque : entre le Ve et le VIe siècle, le monde était bouleversé par une terrible crise des valeurs et des institutions, causée par la chute de l'Empire romain, par l'invasion des nouveaux peuples et par la décadence des mœurs. En présentant Saint Benoît comme un "astre lumineux", Grégoire voulait indiquer dans cette situation terrible, précisément ici dans cette ville de Rome, l'issue de la "nuit obscure de l'histoire" (Jean-Paul II, Insegnamenti, II/1, 1979, p. 1158). De fait,
l'œuvre du Saint et, en particulier, sa Règle se révélèrent détentrices d'un authentique ferment spirituel qui allait changer le visage de l'Europe au cours des siècles, bien au-delà des frontières de sa patrie et de son temps, suscitant après la chute de l'unité politique créée par l'empire romain une nouvelle unité spirituelle et culturelle, celle de la foi chrétienne partagée par les peuples du continent. C'est précisément ainsi qu'est née la réalité que nous appelons "Europe".

La naissance de saint Benoît se situe autour de l'an 480. Il provenait, comme le dit saint Grégoire, "ex provincia Nursiae" – de la région de la Nursie. Ses parents, qui étaient aisés, l'envoyèrent suivre des études à Rome pour sa formation. Il ne s'arrêta cependant pas longtemps dans la Ville éternelle. Comme explication, pleinement crédible, Grégoire mentionne le fait que le jeune Benoît était écoeuré par le style de vie d'un grand nombre de ses compagnons d'étude, qui vivaient de manière dissolue, et qu'il ne voulait pas tomber dans les mêmes erreurs. Il voulait ne plaire qu'à Dieu seul, "soli Deo placere desiderans" (II  Dial.  Prol. 1). Ainsi,
avant même la conclusion de ses études, Benoît quitta Rome et se retira dans la solitude des montagnes à l'est de Rome. Après un premier séjour dans le village d'Effide (aujourd'hui Affile), où il s'associa pendant un certain temps à une "communauté religieuse" de moines, il devint ermite dans la proche Subiaco. Il vécut là pendant trois ans complètement seul dans une grotte qui, depuis le Haut Moyen-âge, constitue le "coeur" d'un monastère bénédictin appelé "Sacro Speco". La période à Subiaco, une période de solitude avec Dieu, fut un temps de maturation pour Benoît. Il dut supporter et surmonter en ce lieu les trois tentations fondamentales de chaque être humain : la tentation de l'affirmation personnelle et du désir de se placer lui-même au centre, la tentation de la sensualité et, enfin, la tentation de la colère et de la vengeance. Benoît était en effet convaincu que ce n'était qu'après avoir vaincu ces tentations qu'il aurait pu adresser aux autres une parole pouvant être utile à leur situation de besoin. Et ainsi, son âme désormais pacifiée était en mesure de contrôler pleinement les pulsions du "moi" pour être un créateur de paix autour de lui. Ce n'est qu'alors qu'il décida de fonder ses premiers monastères dans la vallée de l'Anio, près de Subiaco.

En l'an 529, Benoît quitta Subiaco pour s'installer à Montecassino (…). Cette décision s'imposa à lui car il était entré dans une nouvelle phase de sa maturation intérieure et de son expérience monastique. Selon Grégoire le Grand, l'exode de la lointaine vallée de l'Anio vers le Mont Cassio – une hauteur qui, dominant la vaste plaine environnante, est visible de loin – revêt un caractère symbolique :
la vie monastique cachée a sa raison d'être, mais un monastère possède également une finalité publique dans la vie de l'Eglise et de la société, il doit donner de la visibilité à la foi comme force de vie. De fait, lorsque Benoît conclut sa vie terrestre le 21 mars 547, il laissa avec sa Règle et avec la famille bénédictine qu'il avait fondée un patrimoine qui a porté des fruits dans le monde entier jusqu'à aujourd'hui.

Dans tout le deuxième livre des Dialogues, Grégoire nous montre la façon dont la vie de Saint Benoît était plongée dans une atmosphère de prière, fondement central de son existence. Sans prière l'expérience de Dieu n'existe pas. Mais la spiritualité de Benoît n'était pas une intériorité en dehors de la réalité. Dans la tourmente et la confusion de son temps, il vivait sous le regard de Dieu et ne perdit ainsi jamais de vue les devoirs de la vie quotidienne et l'homme avec ses besoins concrets. En voyant Dieu, il comprit la réalité de l'homme et sa mission. Dans sa Règle, il qualifie la vie monastique d'"école du service du Seigneur" (Prol. 45) et il demande à ses moines de "ne rien placer avant l'Œuvre de Dieu [c'est-à-dire l'Office divin ou la Liturgie des Heures]" (43, 3). Il souligne cependant que la prière est en premier lieu un acte d'écoute (Prol. 9-11), qui doit ensuite se traduire par l'action concrète. "Le Seigneur attend que nous répondions chaque jour par les faits à ses saints enseignements", affirme-t-il (Prol. 35). Ainsi, la vie du moine devient une symbiose féconde entre action et contemplation "afin que Dieu soit glorifié en tout" (57, 9). En opposition avec une réalisation personnelle facile et égocentrique, aujourd'hui souvent exaltée, l'engagement premier et incontournable du disciple de Saint Benoît est la recherche sincère de Dieu (58, 7) sur la voie tracée par le Christ humble et obéissant (5, 13), ne devant rien placer avant l'amour pour celui-ci (4, 21 ; 72, 11) et c'est précisément ainsi, au service de l'autre, qu'il devient un homme du service et de
la paix.  Dans l'exercice de l'obéissance mise en acte avec une foi animée par l'amour (5, 2), le moine conquiert l'humilité (5, 1), à laquelle la Règle consacre un chapitre entier (7). De cette manière, l'homme devient toujours plus conforme au Christ et atteint la véritable réalisation personnelle comme créature à l'imag
e et à la ressemblance de Dieu.

A l'obéissance du disciple doit correspondre la sagesse de l'Abbé, qui dans le monastère remplit "les fonctions du Christ" (2, 2; 63, 13). Sa figure, définie en particulier dans le deuxième chapitre de la Règle, avec ses qualités de beauté spirituelle et d'engagement exigeant, peut-être considérée comme un autoportrait de Benoît, car – comme l'écrit Grégoire le Grand – "le Saint ne put en aucune manière enseigner différemment de la façon dont il vécut" (Dial. II, 36). L'Abbé doit être à la fois un père tendre et également un maître sévère (2, 24), un véritable éducateur. Inflexible contre les vices, il est cependant appelé à imiter en particulier la tendresse du Bon Pasteur (27, 8), à "aider plutôt qu'à dominer" (64, 8), à "accentuer davantage à travers les faits qu'à travers les paroles tout ce qui est bon et saint" et à "illustrer les commandements divins par son exemple" (2, 12). Pour être en mesure de décider de manière responsable, l'Abbé doit aussi être un personne qui écoute "le conseil de ses frères" (3, 2), car "souvent Dieu révèle au plus jeune la solution la meilleure" (3, 3). Cette disposition rend étonnamment moderne une Règle écrite il y a presque quinze siècles! Un homme de responsabilité publique, même à une petite échelle, doit toujours être également un homme qui sait écouter et qui sait apprendre de ce qu'il écoute.

Benoît qualifie la Règle de "Règle minimale tracée uniquement pour le début" (73, 8) ; en réalité, celle-ci offre cependant des indications utiles non seulement aux moines, mais également à tous ceux qui cherchent un guide sur leur chemin vers Dieu. En raison de sa mesure, de son humanité et de son sobre discernement entre ce qui est essentiel et secondaire dans la vie spirituelle, elle a pu conserver sa force illuminatrice jusqu'à aujourd'hui.
Paul VI, en proclamant saint Benoît Patron de l'Europe le 24 octobre 1964, voulut reconnaître l'œuvre merveilleuse accomplie par le Saint à travers la Règle pour la formation de la civilisation et de la culture européenne. Aujourd'hui, l'Europe – à peine sortie d'un siècle profondément blessé par deux guerres mondiales et après l'effondrement des grandes idéologies qui se sont révélées de tragiques utopies – est à la recherche de sa propre identité. Pour créer une unité nouvelle et durable, les instruments politiques, économiques et juridiques sont assurément importants, mais il faut également susciter un renouveau éthique et spirituel qui puise aux racines chrétiennes du continent, autrement on ne peut pas reconstruire l'Europe. Sans cette sève vitale, l'homme reste exposé au danger de succomber à l'antique tentation de vouloir se racheter tout seul – une utopie qui, de différentes manières, a causé dans l'Europe du XX siècle, comme l'a remarqué le Pape Jean-Paul II, "un recul sans précédent dans l'histoire tourmentée de l'humanité" (Insegnamenti, XIII/1, 1990, p. 58).


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 23:00

Discours prononcé par le Pape Benoît XVI à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la Culture, le 8 mars 2008.

Je suis heureux de vous accueillir, à l'occasion de l'Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la Culture, et je me réjouis du travail que vous accomplissez et, en particulier, du sujet choisi pour cette session :
« L'Eglise et le défi de la sécularisation ». C'est une question fondamentale pour l'avenir de l'humanité et de l'Eglise. La sécularisation, qui souvent se transforme en sécularisme en abandonnant le sens positif de sécularité, met à dure épreuve la vie chrétienne des fidèles et des pasteurs et, durant vos travaux, vous l'avez interprétée et transformée également en un défi providentiel afin de proposer des réponses convaincantes aux questions et aux espérances de l'homme, notre contemporain.

(…) Je vous suis à tous reconnaissant de votre travail efficace qui vise à ce que l'Eglise entre en dialogue avec les mouvements culturels de notre temps, et afin de faire connaître plus largement l'intérêt que le Saint-Siège nourrit pour le vaste monde de la culture dans toute sa diversité. Aujourd'hui plus que jamais, en effet,
l'ouverture réciproque entre les cultures est un terrain privilégié pour le dialogue entre les hommes et les femmes engagés dans la recherche d'un humanisme authentique, au-delà des divergences qui les séparent.

La sécularisation, qui se présente dans les cultures comme une organisation du monde et de l'humanité sans référence à la Transcendance, gagne tous les aspects de la vie quotidienne et développe une mentalité où, de fait, Dieu est absent, entièrement ou en partie, de l'existence et de la conscience humaine. Cette sécularisation n'est pas seulement une menace extérieure pour les croyants, mais elle se manifeste depuis longtemps déjà au sein de l'Eglise elle-même. Elle dénature de l'intérieur et en profondeur la foi chrétienne et, en conséquence, le style de vie et le comportement quotidien des croyants. Ceux-ci vivent dans le monde et sont souvent marqués, sinon conditionnés, par la culture de l'image qui impose ses modèles et ses sollicitations contradictoires, dans la négation concrète de Dieu : on n'a plus besoin de Dieu, de penser à Lui, ou de revenir vers Lui. De plus, la mentalité hédoniste et la culture de la consommation prédominantes favorisent, chez les fidèles comme chez les pasteurs, une dérive vers la superficialité et un égocentrisme qui nuit à la vie ecclésiale.


La "mort de Dieu" annoncée, dans les décennies passées par beaucoup d'intellectuels, cède la place à une culture stérile de l'individu. Dans ce contexte culturel, on risque de tomber dans une atrophie spirituelle et dans un vide du cœur, caractérisés parfois par des formes succédanées d'appartenance religieuse et de vague spiritualisme. Il est plus que jamais urgent de réagir à de telles dérives par le rappel des valeurs les plus élevées de l'existence, qui donnent un sens à la vie et peuvent apaiser l'inquiétude du cœur humain à la recherche du bonheur : la dignité de la personne humaine et sa liberté, l'égalité entre tous les hommes, le sens de la vie et de la mort et de ce qui nous attend au terme de notre existence terrestre.


Dans cette perspective mon prédécesseur, le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, conscient des changements radicaux et rapides de la société, rappela avec insistance l'urgence d'aller à la rencontre de l'homme sur le terrain de la culture pour lui transmettre le Message évangélique.
C'est justement pour cela qu'il institua le Conseil pontifical pour la Culture, afin de donner un nouvel élan à l'action de l'Eglise et susciter la rencontre entre l'Evangile et la pluralité des cultures dans les différentes parties du monde (cf. Lettre au Cardinal Casaroli, dans : AAS LXXIV, 6, pp. 683-688). La sensibilité intellectuelle et la charité pastorale du Pape Jean-Paul II le poussèrent à souligner que la révolution industrielle et les découvertes scientifiques ont permis de répondre à des questions qui n'étaient auparavant partiellement résolues que par la religion. La conséquence fut que l'homme contemporain a souvent l'impression de ne plus avoir besoin de personne pour comprendre, expliquer et maîtriser l'univers, il se sent au centre de tout, et la mesure de tout.

Plus récemment, la mondialisation, à travers les nouvelles technologies de l'information, a eu souvent et également comme résultat la diffusion dans toutes les cultures d'éléments matérialistes et individualistes de l'Occident. La formule "Etsi Deus non daretur" devient toujours plus un mode de vie qui tire ses origines dans une sorte de "vanité" de la raison – réalité pourtant créée et aimée par Dieu – qui se considère suffisante à elle-même et se ferme à la contemplation et à la recherche d'une Vérité qui la dépasse. La lumière de la raison, exaltée, mais en réalité appauvrie, par la philosophie des Lumières, se substitue radicalement à la lumière de la foi, à la lumière de Dieu
(cf. Benoît XVI, Allocution que le Pape aurait dû prononcer à l'Université "La Sapienza", du 17 janvier 2008). C'est pourquoi les enjeux que doit affronter la mission de l'Eglise dans ce domaine sont importants.

Tout aussi important est l'engagement du Conseil pontifical pour la Culture en vue d'un dialogue entre science et foi. C'est un débat que l'Eglise attend, mais la communauté scientifique également, et je vous encourage à le poursuivre. Dans ce dialogue, la foi suppose la raison et la perfection, et la raison, éclairée par la foi, trouve la force de s'élever à la connaissance de Dieu et des réalités spirituelles. Dans ce sens, la sécularisation ne favorise pas le but ultime de la science qui est au service de l'homme, "imago dei". Que ce dialogue se poursuive dans la distinction des caractéristiques particulières de la science et de la foi. En effet, chacune a ses propres méthodes, ses domaines, ses objets de recherche, ses finalités et ses limites, et doit respecter et reconnaître à l'autre la possibilité légitime de son exercice autonome selon ses propres principes (cf.
Gaudium et spes, n. 36) ; toutes deux sont appelées à servir l'homme et l'humanité, en favorisant le développement et la croissance intégrale de chacun et de tous.


J'invite surtout les pasteurs du peuple de Dieu à une mission inlassable et généreuse pour affronter, sur le terrain du dialogue et de la rencontre avec les cultures, sur le terrain de l'annonce de l'Evangile et du témoignage, l'inquiétant phénomène de la sécularisation, qui affaiblit la personne et fait obstacle à son désir inné de Vérité tout entière. Puissent les disciples du Christ, grâce au service rendu en particulier par votre dicastère, continuer et annoncer le Christ au sein des cultures, car il est la lumière qui éclaire la raison, l'homme et le monde.



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 21:09

« Je ne comprends pas comment Marie, qui est la mère de Jésus, peut être l'épouse de Jésus. On appelle cela l'inceste, je crois » faisait récemment observer Martine.

Cette remarque – déjà formulée par Miky et Jonas – revient souvent sur ce Blog. C’est pourquoi je voudrais synthétiser dans cet article mes différentes réponses, en sorte que je puisse y renvoyer le prochain lecteur qui me la posera.

Comment la Vierge Marie, la maman de Jésus, que nous confessons comme « Mère de Dieu », peut-elle être en même temps considérée comme l’Epouse de Jésus-Christ, son propre fils ?

Voilà une question qui peut paraître impertinente à des oreilles catholiques, mais qui a toute sa pertinence et légitimité. Nous savons tous en effet qu’une maman ne peut pas être l’épouse de son fils. Ce serait là chose profondément immorale, et porterait effectivement un nom : l’inceste.

Ne faut-il donc pas voir dans cette conception de « Marie, Epouse de Jésus-Christ » une dérive de la théologie mariale ? Ou tout simplement : une absurdité ?

Il faut reconnaître tout d’abord que la Vierge Marie est plus volontiers nommée dans l’Eglise « Epouse de l’Esprit-Saint » qu’Epouse de Jésus-Christ. Elle est même considérée parfois comme « l’Epouse du Père ». Mais plus rarement comme l’« Epouse du Christ ». Cette appellation ne fait d’ailleurs guère l’unanimité – le Père Guillaume de Menthière, dans son admirable somme sur la Vierge Marie, la rejette ainsi purement et simplement. Mais la notion s’impose lorsqu’on évoque la figure de Marie Nouvelle Eve. La figure même du Nouvel Adam – qu’est Jésus-Christ, selon l’Ecriture (cf. 1 Co 15. 45) – appelle naturellement celle de la Nouvelle Eve. Or, qui d’autre que la Vierge Marie peut bien remplir ce rôle de Nouvelle Eve ?

Le rapprochement de la Vierge Marie avec la « mère des vivants » (signification du nom de Eve) s’enracine dans l’Ecriture et la Tradition.

Ainsi, dans le récit des noces de Cana, Jésus appelle sa mère « Femme », ce qui n’est pas sans signification théologique dans l’Evangile de Jean, et paraît, de l’avis de nombreux exégètes, renvoyer à la figure de Eve. De même que celle-ci avait « poussé » Adam au premier péché, de même, à Cana, la Nouvelle Eve « pousse » le Nouvel Adam à se manifester pour le Salut du monde. 
Plus loin dans l’Evangile de Jean, dans l’épisode du Calvaire, Jésus appelle encore sa maman du nom de « Femme », comme pour signifier l’accomplissement sur la Croix de la prophétie de Gn 3. 15 (« Je mettrai une hostilité entre la Femme et toi, entre sa descendance et ta descendance : sa descendance te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »). En faisant de Marie la Mère de tous ses disciples (« Voici ta Mère »), Jésus la consacre comme Nouvelle Eve, c’est-à-dire comme Mère de tous les Vivants régénérés en son sang.

Comme l’écrivait Irénée :
« De même que ce fut par le fait d’une vierge qui avait désobéi que l’homme fut frappé, tomba et mourut, de même aussi, c’est par le fait de la Vierge qui a obéi à la Parole de Dieu que l’homme a reçu la vie. » Au jardin d’Eden comme à l’Annonciation, on est frappé du fait que, dans les deux cas, une vierge pose un acte moral engageant le salut du monde ; que si l’acte essentiel appartient à l’homme (à Adam, puis au Christ), c’est la femme qui est d’abord introduite ; et que c’est elle qui, dans les deux cas, enclenche le processus (de perdition pour l’une, de salut pour l’autre). L’Ecriture nous suggère ainsi que Dieu ne se contente pas d’un simple raccommodage de l’œuvre initiale corrompue par le péché, mais qu’il la reprend intégralement à sa racine, dans son principe. Dès lors, la re-création d’Adam dans le Christ appelait aussi la re-création de Eve en Marie ; autrement, la nouvelle humanité n’aurait pu marcher sur ses deux pieds, puisque « homme et femme, il les créa » (Gn 1. 27). C’est donc en Marie que le mystère du Christ s’accomplit et parvient à son plein achèvement.

Toute la tradition patristique opéra ce rapprochement du récit de la Chute dans le livre de la Genèse, avec le récit de l'Annonciation et celui de la Passion de Jésus, suivant le schéma comparatif suivant :
Ange                Serpent
Marie               Eve
Obéissance      Désobéissance
Croix               Arbre
Fruit béni         Fruit défendu
Salut                Perte
Jésus                Adam


Certains auteurs du Moyen-Age firent quant-à-eux astucieusement remarquer que dans la langue latine, le mot « AVE » était l’exact contraire du nom latin « EVA », et qu’il était aussi l’anagramme du mot « VAE », qui signifie « malheur »…

Dans la Tradition séculaire de l’Eglise, Jésus est donc regardé comme le Nouvel Adam, et Marie comme la Nouvelle Eve. Dès lors, la question du lien sponsal existant entre les deux se pose inévitablement, ainsi que le faisait remarquer l’ami Jonas :
« J'avoue que je suis toujours un peu gêné par l'assimilation de Marie à Eve et à l'ambiguïté que cela génère en faisant de Marie la mère et l'épouse de son fils Jésus ».

Pour comprendre cette théologie toutefois, il nous faut "naître de nouveau" (cf. Jn 3. 3-12). C’est-à-dire raisonner selon l’Esprit, et non selon la chair. Autrement, nous risquons de nous trouver dans la même situation que Nicodème, qui ne saisissait pas le sens de cette invitation de Jésus à "naître de nouveau" : « Comment est-il possible de naître quand on est déjà vieux? Est-ce qu'on peut rentrer dans le sein de sa mère pour naître une seconde fois ? » (Jn 3. 4). Ce qui lui valut cette réponse cinglante de Jésus : « Toi, tu es chargé d'instruire Israël, et tu ne connais pas ces choses-là ? (…) Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? » (Jn 3. 10-12)...

Que Marie soit l'épouse du Christ ne doit pas être entendu au sens charnel et humain, mais en un sens spirituel, mystique.

Jésus lui-même dans l'Evangile se présente comme l'Epoux. Ainsi, aux disciples de Jean-Baptiste qui l’interrogent afin de savoir pourquoi ses disciples ne jeûnent pas, quand eux-mêmes et les pharisiens jeûnent : « Les invités de la noce pourraient-ils donc faire pénitence pendant le temps où l'Époux est avec eux ? leur répond-il. Mais un temps viendra où l'Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. » (Mt 9. 15)

Pour des oreilles juives, cette référence à l’Epoux évoque immédiatement la Sainte Ecriture, dans laquelle Dieu lui-même se présente comme
l'Epoux de "Jérusalem", de la "fille de Sion" (dont la Vierge Marie est la personnification) :

« Ton époux, c'est ton Créateur, Seigneur de l'univers est son nom. Ton Rédempteur, c'est le Dieu Saint d'Israël, il se nomme Dieu de toute la terre »
(Is. 54. 14)

« On ne t'appellera plus La délaissée,
on n'appellera plus ta contrée Terre déserte, mais on te nommera Ma préférée, on nommera ta contrée Mon épouse, car le Seigneur met en toi sa préférence et ta contrée aura un époux. » (Is 62. 4)

« En ce jour-là, déclare le Seigneur, voici ce qui arrivera : Tu m'appelleras Mon époux et non plus Mon maître »
(
Os. 2. 18...)

C’est à Israël ici que Dieu s’adresse, c’est-à-dire au Peuple Saint, qui va devenir en Jésus-Christ un peuple aux dimensions du monde entier, dans lequel toute l’humanité sera invitée à entrer par le baptême, lieu de la « nouvelle naissance ». C’est donc ultimement à l’Eglise – qui forme un seul Corps avec son Seigneur (cf. Ep 4 et 5 ; Col 1. 18…) – que s’adressent ces paroles, et à chacune de nos âmes en particulier. Car c'est chacun de nous que le Seigneur vient épouser! Les Noces de l'Agneau sont avec l'humanité toute entière! Pourquoi donc la Vierge Marie devrait-elle en être exclue? Si l'Eglise est l'épouse du Christ, si chacune de nos âmes est épouse du Christ, à plus forte raison celle de la Vierge Marie, si particulièrement unie à Jésus dans sa maternité divine.

Certains d’entre vous allez certainement demeurer interdits devant cette explication, et peut-être allez-vous dire en vous-même : "Mais moi, je ne suis pas l'épouse du Christ"! Surtout si vous êtes un homme…  Je vous renverrai alors à 2 Co 11. 1-3 : "Pourriez-vous supporter que je sois un peu fou dans mes paroles ? Oui, vous allez le supporter (...). Car je vous ai fait rencontrer le seul Epoux : vous êtes l'épouse vierge et sainte que j'ai présentée au Christ".



Miky revient alors sur cette notion d’inceste en faisant observer :
« De deux choses l'une : ou bien il s'agit d'une métaphore (en ce cas elle est inappropriée, semble-t-il, puisqu'elle sème la confusion) ; ou bien c'est réellement (quoique spirituellement et mystiquement) que Marie est l'épouse du Christ. Mais dans ce dernier cas, tu ne pourras pas faire l'économie que de considérer cette relation comme incestueuse : d'après la doctrine (chère à l'Eglise, et que je partage également) de l'hylémorphisme, l'âme et le corps forment une unité harmonieuse et indissoluble dans chacun de nos actes. Par conséquent, l'union spirituelle trouve son expression naturelle dans l'union charnelle... »

C’est tout à fait juste. Sauf que cette union charnelle s’accomplit ici non dans l’acte sexuel, mais dans… l’Eucharistie – dont l’étreinte sexuelle, pourrait-on dire, est la figure. Dans l’Eucharistie, l’Epoux se donne, corps et âme, à son épouse – et donc, à chacun de nous, puisque chacun de nous communions personnellement au corps du Christ – tandis que l’épouse se donne, corps et âme, à son époux (de la nécessité, on le voit, d’aller à la messe, qui est le lieu où l’épouse vient se donner, corps et âme, à son époux – qui ne se satisferait nullement d’une relation platonique…).

Telle fut l'expérience même de la Vierge Marie – dès l’Incarnation, mais plus encore après l’institution de la Sainte Eucharistie. Il est touchant à ce sujet d’imaginer Marie recevoir la communion des mains de Saint Jean :
« Recevoir l’eucharistie devait être pour Marie comme si elle accueillait de nouveau en son sein ce cœur qui avait battu à l’unisson du sien et comme si elle revivait ce dont elle avait personnellement fait l’expérience au pied de la Croix » (Jean Paul II, « Ecclesia de Eucharistia », 2003) ; comme il est beau de songer que cette communion se prolonge au Ciel où elle règne Corps et Âme en Souveraine depuis son Assomption. Ainsi, « Marie est présente, avec l’Eglise et comme mère de l’Eglise, en chacune de nos célébrations eucharistiques. Si Eglise et eucharistie constituent un binôme inséparable, il faut en dire autant du binôme Marie et Eucharistie. » (Jean-Paul II, op. cit).

Eh bien laissons-nous toucher par le visage de notre époux, et apprenons à vivre avec Jésus cette relation nuptiale qu’il souhaite instaurer avec chacun de nous. Apprenons à lui dire « Je t’aime » avec notre cœur d’épouse et à nous laisser visiter par lui dans chaque eucharistie, au plus intime de notre être. Alors, comme Marie – et comme l’Eglise, dont l’essence est mariale –, nous ne ferons plus qu’une seule chair avec lui, un seul Corps, et nous serons parfaitement unis à Dieu et entre nous : « moi en eux, et toi en moi » comme disait Jésus à son Père, dans son ultime prière le soir du Jeudi Saint, quelques heures avant de donner sa chair pour la vie du monde (Jn 17. 23 ; 6. 51).

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 13:39
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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 09:16

Homélie du Pape Benoît XVI pour le IIIe anniversaire de la mort de Jean-Paul II, le 2 avril 2008.

Chers frères et sœurs!

La date du 2 avril est restée gravée dans la mémoire de l'Eglise comme le jour du départ de ce monde du serviteur de Dieu le Pape Jean-Paul II. Nous revivons avec émotion les heures de ce samedi soir, lorsque la nouvelle de sa mort fut accueillie par une grande foule en prière qui remplissait la Place Saint-Pierre. Pendant plusieurs jours la Basilique vaticane et cette Place ont véritablement été le cœur du monde. Un fleuve ininterrompu de pèlerins rendit hommage à la dépouille mortelle du vénérable Pape et ses funérailles marquèrent un témoignage supplémentaire de l'estime et de l'affection qu'il avait conquises dans l'âme de très nombreux croyants et de personnes de tous les lieux de la terre.

Comme il y a trois ans, aujourd'hui aussi peu de temps s'est écoulé depuis Pâques. Le cœur de l'Eglise est encore profondément plongé dans le mystère de la Résurrection du Seigneur. En vérité,
nous pouvons lire toute la vie de mon bien-aimé Prédécesseur, en particulier son ministère pétrinien, dans le signe du Christ Ressuscité. Il nourrissait une foi extraordinaire en Lui, et il entretenait avec Lui une conversation profonde, singulière et ininterrompue. Parmi ses nombreuses qualités humaines et surnaturelles, il possédait en effet celle d'une exceptionnelle sensibilité spirituelle et mystique. Il suffisait de l'observer lorsqu'il priait : il se plongeait littéralement en Dieu et il semblait que tout le reste lui était étranger en ces moments. Les célébrations liturgiques le voyaient attentif au mystère-en-acte, avec une profonde capacité de saisir l'éloquence de la Parole de Dieu dans le devenir de l'histoire, au niveau profond du dessein de Dieu. La Messe, comme il l'a souvent répété, était pour lui le centre de chaque journée et de l'existence tout entière. La réalité "vivante et sainte" de l'Eucharistie lui donnait l'énergie spirituelle pour guider le Peuple de Dieu sur le chemin de l'histoire.

Jean-Paul II s'est éteint à la veille du deuxième Dimanche de Pâques, au terme du "jour que le Seigneur a fait". Son agonie s'est déroulée pendant tout ce "jour", dans cet espace-temps nouveau qui est le "huitième jour", voulu par la Très Sainte Trinité à travers l'œuvre du Verbe incarné, mort et ressuscité. Le Pape Jean-Paul II a donné plusieurs fois la preuve, au cours de sa vie, de se trouver déjà plongé d'une certaine manière dans cette dimension spirituelle, en particulier dans l'accomplissement de sa mission de Souverain Pontife.
Son pontificat, dans son ensemble et dans de nombreux moments spécifiques, nous apparaît en effet comme un signe et un témoignage de la Résurrection du Christ. Le dynamisme pascal, qui a fait de l'existence de Jean-Paul II une réponse totale à l'appel du Seigneur, ne pouvait pas s'exprimer sans une participation aux souffrances et à la mort du divin Maître et Rédempteur. "Voici une parole sûre - affirme l'apôtre Paul : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons" (2 Tm 2, 11-12). Dès son enfance Karol Wojtyla avait fait l'expérience de la vérité de ces mots, en rencontrant la Croix sur son chemin, dans sa famille et au sein de son peuple. Il décida très vite de la porter avec Jésus, en suivant ses traces. Il voulut être son fidèle serviteur jusqu'à accueillir l'appel au sacerdoce comme le don et l'engagement de toute sa vie. Il vécut avec Lui et il voulut également mourir avec Lui. Et tout cela à travers la singulière médiation de la Très Sainte Vierge Marie, Mère de l'Eglise, Mère du Rédempteur intimement et effectivement associée à son mystère salvifique de mort et de résurrection.

Les lectures bibliques évocatrices qui viennent d'être proclamées nous guident dans cette réflexion : "Soyez sans crainte!" (Mt 28, 5). Les paroles de l'ange de la résurrection, adressées aux femmes près du tombeau vide, que nous venons d'entendre, sont devenues une sorte de devise sur les lèvres du Pape Jean-Paul II, dès le début solennel de son ministère pétrinien. Il les a répétées plusieurs fois à l'Eglise et à l'humanité en marche vers l'an 2000, et ensuite à travers ce seuil historique et encore au-delà, à l'aube du troisième millénaire. Il les a toujours prononcées avec une inflexible fermeté, tout d'abord en brandissant le bâton pastoral qui se terminait par la Croix et ensuite, lorsque ses forces physiques commencèrent à diminuer, en s'accrochant presque à celui-ci, jusqu'au dernier Vendredi Saint, au cours duquel il participa à la Via Crucis dans sa Chapelle privée en serrant la Croix entre ses bras. Nous ne pouvons pas oublier ce dernier témoignage silencieux d'amour pour Jésus. Cette scène éloquente de souffrance humaine et de foi, en ce dernier Vendredi Saint, indiquait aussi aux croyants et au monde le secret de toute la vie chrétienne. Son "N’ayez pas peur " n'était pas fondé sur les forces humaines, ni sur les succès obtenus, mais uniquement sur la Parole de Dieu, sur la Croix et sur la Résurrection du Christ. A mesure qu'il était dépouillé de tout, et même à la fin de la parole, cet acte de confiance au Christ est apparu avec une évidence croissante. Comme ce fut le cas pour Jésus, pour Jean-Paul II aussi les paroles ont laissé place à la fin au sacrifice extrême, au don de soi. Et la mort a été le sceau d'une existence entièrement donnée au Christ, se conformant à Lui également physiquement sous les traits de la souffrance et de l'abandon confiant entre les bras du Père céleste. "Laissez-moi aller au Père" furent ses dernières paroles – dont témoignèrent ceux qui furent proches de lui -, au terme d'une vie entièrement consacrée à connaître et à contempler le visage du Seigneur.

(…) La miséricorde de Dieu – il le dit lui-même – est une clef de lecture privilégiée de son pontificat. Il voulait que le message de l'amour miséricordieux de Dieu atteigne tous les hommes et il exhortait les fidèles à en être les témoins (cf.
Homélie à Cracovie-Lagiewniki, 18 août 2002). C'est pourquoi il voulut élever aux honneurs des autels sœur Faustine Kowalska, humble sœur devenue par un mystérieux dessein divin la messagère prophétique de la divine Miséricorde. Le serviteur de Dieu Jean-Paul II avait connu et vécu personnellement les terribles tragédies du XXe siècle, et il se demanda pendant longtemps ce qui pouvait freiner la montée du mal. La réponse ne pouvait se trouver que dans l'amour de Dieu. Seule la divine Miséricorde est en effet en mesure d'imposer une limite au mal ; seul l'amour tout-puissant de Dieu peut vaincre la violence des méchants et le pouvoir destructeur de l'égoïsme et de la haine. C'est pourquoi, au cours de sa dernière visite en Pologne, revenant dans sa terre natale, il dit : "Il n'y a pas d'autre source d'espérance pour l'homme que la miséricorde de Dieu" (ibid.).

Nous rendons grâce au Seigneur d'avoir donné à l'Eglise ce fidèle et courageux serviteur. Nous louons et nous bénissons la Bienheureuse Vierge Marie pour avoir veillé sans cesse sur sa personne et sur son ministère, au bénéfice du Peuple chrétien et de l'humanité tout entière. Et alors que nous offrons pour son âme élue le Sacrifice rédempteur, nous le prions de continuer à intercéder du Ciel pour chacun de nous, et de manière particulière pour moi que la Providence a appelé à recueillir son inestimable héritage spirituel. Puisse l'Eglise, en suivant ses enseignements et ses exemples, poursuivre fidèlement et sans compromis sa mission évangélisatrice, en diffusant sans se lasser l'amour miséricordieux du Christ, source de paix véritable pour le monde entier. Amen.


Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 18:02

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI au Congrès International "Femme et Homme, l'humanum dans son intégralité", le 9 février 2008.

Chers frères et sœurs,

Je suis très heureux de vous accueillir et de vous saluer, vous qui participez au congrès international sur le thème ; "Femme et homme, l'humanum dans son intégralité", organisé à l'occasion du XX anniversaire de la publication de la Lettre apostolique Mulieris dignitatem (…).

Le thème sur lequel vous réfléchissez est d'une grande actualité : depuis la deuxième moitié du XXe siècle jusqu'à nos jours, le mouvement de valorisation de la femme dans les différentes instances de la vie sociale a suscité d'innombrables réflexions et débats, et a vu se multiplier les initiatives que l'Eglise catholique a suivies et souvent accompagnées avec un grand intérêt.
La relation homme-femme dans leur spécificité respective, leur réciprocité et leur complémentarité, constitue sans aucun doute un point central de la "question anthropologique", particulièrement décisive dans la culture contemporaine et en définitive pour toute culture. De nombreuses interventions et documents pontificaux ont abordé la réalité naissante de la question de la femme. Je me limite à rappeler ceux de mon bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II qui, en juin 1995, voulut écrire une Lettre aux femmes, et qui le 15 août 1988, il y a exactement vingt ans, publia la Lettre apostolique Mulieris dignitatem. Ce texte sur la vocation et la dignité de la femme, d'une grande richesse théologique, spirituelle et culturelle, a, à son tour, inspiré la Lettre aux évêques de l'Eglise catholique sur la collaboration de l'homme et de la femme dans l'Eglise et dans le monde, de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Dans Mulieris dignitatem, Jean-Paul II a voulu approfondir les vérités anthropologiques fondamentales de l'homme et de la femme, l'égale dignité et l'unité de tous deux, la diversité enracinée et profonde entre l'homme et la femme et leur vocation à la réciprocité et à la complémentarité, à la collaboration et à la communion (cf. n. 6). Cette unité-dualité de l'homme et de la femme se base sur le fondement de la dignité de toute personne, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu, qui "les créa homme et femme" (Gn 1, 27), évitant aussi bien une uniformité indistincte et une égalité aplatie et appauvrie qu'une différence abyssale et conflictuelle (cf. Jean-Paul II,
Lettre aux femmes, n. 8). Cette unité-dualité porte en elle, inscrite dans les corps et dans les âmes, la relation avec l'autre, l'amour pour l'autre, la communion interpersonnelle qui indique que "dans la création de l'homme a été inscrite aussi une certaine ressemblance de la communion divine" (n. 7). Par conséquent, lorsque l'homme et la femme prétendent être autonomes et entièrement autosuffisants, ils risquent de s'enfermer dans une autoréalisation qui considère comme une conquête de liberté le dépassement de tout lien naturel, social ou religieux, mais qui de fait les réduit à une solitude opprimante. Pour favoriser et soutenir la réelle promotion de la femme et de l'homme, on ne peut pas ne pas tenir compte de cette réalité.

Nous avons assurément besoin d'une recherche anthropologique renouvelée qui, sur la base de la grande tradition chrétienne, intègre les nouveaux progrès de la science et les données concernant les sensibilités culturelles d'aujourd'hui, contribuant ainsi à approfondir non seulement l'identité féminine mais aussi masculine qui est également souvent l'objet de réflexions partiales et idéologiques. Face à des courants culturels et politiques qui cherchent à éliminer ou au moins à voiler et confondre les différences sexuelles inscrites dans la nature humaine, les considérant une construction culturelle, il est nécessaire de rappeler le dessein de Dieu qui a créé l'être humain homme et femme, avec une unité et dans le même temps une différence originelle et complémentaire. La nature humaine et la dimension culturelle s'intègrent dans un processus ample et complexe qui constitue la formation de l'identité, où les deux dimensions, la dimension féminine et la dimension masculine, correspondent l'une à l'autre et se complètent.

En ouvrant les travaux de la Ve Conférence générale de l'épiscopat latino-américain et des Caraïbes, en mai dernier au Brésil, j'ai eu l'occasion de rappeler combien persiste encore une mentalité machiste, qui ignore la nouveauté du christianisme qui reconnaît et proclame l'égale dignité et responsabilité de la femme par rapport à l'homme. Il y a des lieux et des cultures où la femme est discriminée et sous-évaluée pour le seul fait d'être femme, où l'on a même recours à des arguments religieux et à des pressions familiales, sociales et culturelles pour soutenir la disparité des sexes, où sont perpétrés des actes de violence à l'égard de la femme, faisant d'elle un objet de mauvais traitements et d'exploitation dans la publicité et dans l'industrie de la consommation et du divertissement. Face à des phénomènes aussi graves et persistants, l'engagement des chrétiens apparaît encore plus urgent, afin qu'ils deviennent partout les promoteurs d'une culture qui reconnaisse à la femme, dans le droit et dans la réalité des faits, la dignité qui lui revient.

Dieu confie à la femme et à l'homme, selon leurs spécificités, une vocation et une mission particulière dans l'Eglise et dans le monde. Je pense ici à la famille, communauté d'amour ouverte à la vie, cellule fondamentale de la société. Dans la famille, la femme et l'homme, grâce au don de la maternité et de la paternité, jouent ensemble un rôle irremplaçable à l'égard de la vie. Dès le moment de leur conception, les enfants ont le droit de pouvoir compter sur le père et la mère qui prennent soin d'eux et les accompagnent dans leur croissance. L'Etat, quant à lui, doit soutenir, par des politiques sociales appropriées, tout ce qui promeut la stabilité et l'unité du mariage, la dignité et la responsabilité des conjoints, leur droit et leur devoir irremplaçable d'éducateurs de leurs enfants. Par ailleurs, il est nécessaire que la femme ait également la possibilité de collaborer à la construction de la société, en valorisant son "génie féminin" caractéristique. 


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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