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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 00:00

LE POINT (Existence de Dieu)Nous poursuivons ici notre critique du numéro spécial du Point consacré à l’existence de Dieu - publiée simultanément sur le blog Claude Tresmontant.

 

A l'instar de l'éditorial de Franz-Olivier Giesbert, l'article de Jean d'Ormesson commence plutôt bien : "Dieu n'est pas seulement le rêve le plus grand et le plus beau qui ait jamais hanté l'esprit des hommes. Il est peut être la seule réalité, celle auprès de qui l'Histoire, l'existence, l'Univers, l'espace et le temps, vous et moi et tout le reste ne sont qu'un brouillard qui se dissipe, un cauchemar passager, une illusion, un néant. Il est l'origine de tout, la cause de tout, le but final et l'explication dernière. Il ne tolère ni discussion, aucune hésitation, pas la moindre réserve. Il est toutes les réponses et ne pose aucune question." On peut ne pas être d'accord avec toutes ces formules, mais la transcendance de Dieu est ici exaltée – ainsi que son absoluité.

 

"Il est toutes les réponses et ne pose aucune question. Sauf une (poursuit d'Ormesson) : existe-t-il?" C'est en effet la première question. Il ne faut pas la minimiser ni la mépriser. Car Dieu n'est pas évident. Il ne l'est "ni quant à son existence ni quant à sa nature ; de sorte que, avant de le contempler, pour arriver à le contempler, des raisonnements sont nécessaires." (Roger Verneaux, in Introduction générale et logique, Editions Beauchesne 1997, p. 16)

 

D'Ormesson narre ensuite la genèse de l'idée de Dieu dans l'humanité jusque vers "le début du siècle écoulé", et constate qu'après 19 siècles de domination sans partage de Dieu (ou du moins de l'idée de Dieu)"qui régnait en souverain absolu (...), la science prend le pouvoir et l'emporte sur l'Eglise, sur l'armée, sur les politiques ; Dieu est mis en question." D'Ormesson exacerbe la tension entre "Dieu" et la science, en considérant que "Dieu mène contre la science triomphante un combat d'arrière-garde"... Il est dommage ici que d'Ormesson, qui commençait son article par un hommage à l'absolue transcendance de Dieu, ne l'ait pas situé au dessus de toutes ces contingences historiques... Cela dit, son exposé, pour aussi rapide et caricatural qu'il soit (qui s'explique sans doute par le format d'un bref article dans une revue grand public), n'est pas complètement faux.

 

La suite est franchement décevante. "On ne se donnera pas ici le ridicule d'entrer dans le grand débat POUR ou CONTRE son existence auquel tant de grands esprits, de Platon et Saint Augustin à Spinoza et Leibniz, de Jaspers et Teilhard de Chardin à Jacques Monod et François Jacob, ont donné tant d'éclat". Cela part sans doute d'un bon sentiment de la part de l'auteur – qui ne se sent pas de la dimension des penseurs précités pour entrer lui-même dans la mêlée. Il n'empêche… on serait en droit d'attendre d'un reportage portant sur "les questions et réponses sur l'existence de Dieu" un exposé loyal et objectif des diverses positions exprimées sur le sujet – une entrée, précisément, dans le débat. Au lieu de quoi, l'auteur nous livre un tableau de 8 lignes et 2 colonnes POUR et CONTRE censé résumer les arguments des partisans et détracteurs de l'existence de Dieu – mais qui trahit surtout sa méconnaissance des termes actuels de la discussion.

 

d'Ormesson

POUR : Le Big Bang créateur de l'espace et du temps.

CONTRE : Le Big Bang se produisant dans le temps.

 

Pour d'Ormesson, si le Big Bang est à l'origine du temps et de l'espace – et si ceux-ci n'existaient pas "avant" –, ce serait un argument fort en faveur de l'existence d’un Dieu créateur. D'Ormesson ne croit donc pas en la génération spontanée de l'univers – sur ce point, il est rationnel. Comme tous les grands philosophes de l'Histoire de la pensée (à quelques rares exceptions), il considère que le temps et l'espace n’ont pu jaillir du néant absolu ; que s'ils sont venus à l'existence, c'est qu'ils le doivent à un autre Être existant qui, Lui, est en dehors du temps et de l'espace ; au-delà de l’Univers physique et matériel.

 

Le CONTRE en revanche est contestable. Car même à supposer qu'il y ait eu du temps et de l'espace avant le Big Bang – ce que la science réfute aujourd'hui – cela ne démontrerait pas que Dieu n'existe pas (l'éternité du temps pouvant être un corollaire de l'éternité de Dieu). Il faudrait encore rendre compte des étonnantes propriétés de l’univers connu (le nôtre) – caractérisé par une succession de créations se manifestant dans une évolution irrésistiblement orientée vers la complexité, jusqu’au seuil critique de l’apparition de la vie puis de la pensée, tout cela à partir d'un point 0 et avec la seule matière (qui n'existait pas au point 0…). Comme disait Tresmontant : on aurait tort de se focaliser sur le seul Big Bang, comme si cette première "création" était la seule dans l’Histoire de l’univers. Il faut aussi considérer l’apparition continue, tout au long de l’Histoire de l’univers, d’informations nouvelles qui ne pré-existaient en aucune manière et qui ont surgit "spontanément" au fil du temps – ce que Bergson appelait la "création continue d’imprévisible nouveauté".

 

POUR : Une certaine idée de la transcendance.

CONTRE : Les progrès de la science, l'évolution, le transformisme.

 

Autrement dit : l'idée contre les faits. Là, d'Ormesson a clairement un siècle de retard – sa présentation est surannée dans les largeurs. Les progrès de la science accréditent plus que jamais l'existence de Dieu, puisque les thèses de l'éternité de la matière et du hasard ne sont plus recevables aujourd'hui. Dieu est donc plus nécessaire aujourd’hui que jamais.

 

Quant à l'évolution, nous dit Tresmontant, elle "n'est pas un principe d'explication – elle est ce qu'il s'agit d'expliquer". Elle est la création en train de se faire.

 

POUR : La tradition, une intime conviction.

CONTRE : La raison. La régression à l'infini exigée par la notion de Dieu.

 

Autrement dit : la subjectivité irrationnelle et mécanique contre l'objectivité rationnelle. Affligeant... Où l'on se prend à regretter que d'Ormesson n'ait pas lu une ligne de Claude Tresmontant... C'est précisément la raison qui postule l'idée d'un Être transcendant, éternel et absolu – un Être nécessaire qui ne doit son existence à rien ni à personne. Car le néant ne peut être absolument premier. S'il y a de l'être, c'est que de l'être a toujours existé – car autrement, cela reviendrait à affirmer la primauté du néant sur toute chose, ce qui n'est pas une pensée rationnelle. Entre le néant et l’Être, la raison tend vers l’Être. Or, cet Être ne peut être l'Univers – puisqu'il n'est pas éternel, et que ses caractéristiques ne sont pas celles d'un Être auto-suffisant. Dès lors : nous pouvons savoir avec certitude par la raison qu'il existe un autre Être que l'Univers, qui existe de toute éternité, qui est incréé, et qui donne à l'Univers d'exister. Cet Univers évoluant par ailleurs dans un sens déterminé (celui de la complexité croissante jusqu'à l'apparition de la vie et de la pensée) ; et la matière étant structurée de manière mathématique (donc : intelligente) ; nous pouvons entrevoir l'existence d'une Intelligence organisatrice à l'oeuvre conduisant l'évolution jusqu'à son terme, et communiquant à l'Univers les informations nouvelles dont il a besoin (et qu'il ne peut se donner lui-même) pour franchir chaque nouvelle étape de son développement.

 

POUR : Le réglage d'une précision inouïe observé dans l'Univers.

CONTRE : Le jeu du hasard et de la nécessité.

 

Reconnaissons que l'objection du hasard est devenue inoffensive – maintenant que nous connaissons l'Histoire de l'univers (qui rétrécit considérablement le champ des possibles) et l'abîme de complexité de la plus petite cellule vivante.

 

POUR : Un Univers ayant un début et une fin.

CONTRE : Des multiunivers se succédant en accordéon.

 

Cette dernière thèse étant un pur roman, sans le moindre fondement dans la réalité objective...

 

POUR : La dignité de l'homme mêlée à sa misère.

CONTRE : La misère de l'homme mêlée à sa grandeur.

 

C'est la seule objection recevable du point de vue de la raison. L’objection du mal. Comment croire en l’existence de Dieu dans un monde aussi profondément marqué par le mal (guerres, génocides, maladies, handicaps,…) ? Comment Dieu, le Créateur souverainement puissant et intelligent que nous découvre la raison, a-t-il pu créer un tel monde – théâtre de tant d’horreurs ?

 

Pour recevoir une lumière sur ce grand mystère, il faut écouter ce que Dieu lui-même nous en dit. Car s’il en est un qui peut nous dire ce qui ne "fonctionne" pas dans la Création, c’est bien le Créateur lui-même ! Cela suppose évidemment que l'on ait préalablement résolu la question de son existence. Tresmontant fait remarquer à ce sujet que la question du mal renvoie immanquablement au mystère du bien ; que celui-ci est premier, quoiqu’on en dise. Qu'est-ce que le mal en effet, sinon la privation d'un bien? (la mort : la privation de la vie... la maladie : la privation de la santé... la servitude : la privation de la liberté...). En rigueur de terme, le mal n’existe pas – il n’est pas un être, mais un défaut d’être, un manque d’être, un mal être. Ce qui existe, c’est le bien. La question du bien doit donc être traitée en premier, et c'est elle qui nous conduit irrésistiblement à Dieu – du moins, à son existence. La question du mal vient après. Elle ne remet pas en cause l’existence de Dieu (démontrée à partir du bien qui est premier), mais toute tentative d’explication du mal sans Dieu. Pour savoir pourquoi il y a du mal dans le monde, il faut interroger le Créateur et accueillir sa réponse. Il faut donc s’intéresser de près à la notion de "révélation", ainsi qu’à son contenu.

 

POUR : L'esprit humain seul capable d'essayer de comprendre l'Univers.

CONTRE : L'existence statistiquement inéluctable d'autres intelligences dans l'Univers".

 

D'abord, on ne voit pas pourquoi l'existence d'autres intelligences dans l'Univers serait un obstacle à l'existence de Dieu. Dieu n'aurait pas le droit de créer d'autres êtres ailleurs que sur la terre? Ensuite, statistiquement, il est douteux que d'autres intelligences existent dans l'Univers – car les conditions pour qu'elles existent sont si nombreuses qu'il est hautement improbable de les trouver toutes réunies ensemble ailleurs (compte tenu, finalement, de la "petitesse" de notre univers – qui n'est pas le Cosmos infini imaginé par nos Anciens, mais un espace fini et limité). Et quand bien même les statistiques seraient favorables, on ne sait toujours pas d'où vient la vie. On sait quelles sont les conditions nécessaires à son émergence – on ne sait pas si ces conditions sont suffisantes. On n'a toujours pas réussi à "fabriquer" de la vie en laboratoire à partir de la matière inerte (même en maximisant les chances)... La vie relève davantage du "miracle" et du "mystère" que d'un simple processus physico-chimique. Dès lors : quand bien même nous découvririons une autre planète terre quelque part dans l’Univers, rien ne dit que l'on y trouverait de la vie – et encore moins de "l'intelligence"...

 

POUR : La résignation ou mystère.

CONTRE : La résignation à l'absurde.

 

C'est en effet ici que tout se joue. Il y a un choix fondamental à faire – on ne peut y échapper. OU BIEN Dieu existe, et nous devons consentir au mystère – admettre qu'il existe une Vérité au-delà de notre Raison. OU BIEN Dieu n'existe pas et nous devons consentir à l’absurde – admettre qu’il existe des vérités contraires à la Raison.

 

Mais comme disait avec grande sagesse Jean Guiton, dans une inspiration pascalienne : "L'absurdité de l'absurde me conduit au mystère"...

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 14:35

« Entre l'inconvénient de se répéter, et celui de ne pas être entendu,

il n'y a pas à balancer. »

 

(Louis de Bonald)

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Published by Matthieu BOUCART - dans Citations
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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 13:45

La Foi prise au mot nous propose de nous pencher sur le mystère du Mal et des figures qui l'habitent. D'où-vient le mal ? Comment Dieu permet-il son existence dans le monde ? Que sait-on de la chute de l'Ange ? Ce Satan ou diable aux mille noms, qui est-il et comment s'implique-t-il dans nos vies ? Est-il un ou multiple ? Bref que nous dit l'Église sur ce mystère qui nous terrifie autant qu'il nous fascine ? Pour en parler, Régis Burnet reçoit le Père Maxime d'Arbaumont, prêtre exorciste du diocèse de Paris, et le Père Laurent Sentis, directeur des études du séminaire de La Castille à Toulon. Diffusé le 15/01/2012 / Durée 52 mn

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Enseignements vidéos
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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 13:15

Lettre apostolique du Pape Benoît XVI en forme de Motu Proprio à propos du Conseil Pontifical pour la Nouvelle Evangélisation, le 21 septembre 2010.

 

L’Eglise a le devoir d’annoncer toujours et partout l’Evangile de Jésus-Christ. Premier et suprême évangélisateur, le jour de son ascension au Père, il donna ce commandement aux disciples : « Allez donc! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés » (Mt 28, 19-20). Fidèle à ce commandement, l’Eglise, peuple que Dieu a acquis afin qu’il proclame ses œuvres admirables (cf. 1 P 2, 9), depuis le jour de la Pentecôte où elle a reçu en don l’Esprit Saint (cf. Ac 2, 14), ne s’est jamais lassée de faire connaître au monde entier la beauté de l’Evangile, en annonçant Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, le même « hier, aujourd’hui et pour toujours » (He13, 8), qui, à travers sa mort et sa résurrection, a réalisé le Salut, accomplissant l’antique promesse. C’est pourquoi, la mission évangélisatrice, continuation de l’œuvre voulue par le Seigneur Jésus, est pour l’Eglise nécessaire et irremplaçable, expression de sa nature même.

 

Cette mission a revêtu dans l’Histoire des formes et des modalités toujours nouvelles, selon les lieux, les situations et les moments historiques. A notre époque, l’une de ses caractéristiques particulières a été de se mesurer au phénomène du détachement de la foi, qui s’est manifesté progressivement au sein de sociétés et de cultures qui, depuis des siècles, apparaissaient imprégnées de l’Evangile. Les transformations sociales auxquelles nous avons assisté au cours des dernières décennies ont des causes complexes, dont les racines remontent loin dans le temps et qui ont profondément modifié la perception de notre monde. Il suffit de penser aux progrès gigantesques de la science et de la technique, à l’accroissement des possibilités de vie et des espaces de liberté individuelle, aux profonds changements dans le domaine économique, au processus de mélange d’ethnies et de cultures provoqué par les phénomènes de migrations de masse, à l’interdépendance croissante entre les peuples. Tout cela n’a pas été sans conséquences également pour la dimension religieuse de la vie de l’homme. Et si, d’un côté, l’humanité a tiré des bénéfices incomparables de ces transformations et l’Eglise a reçu des encouragements supplémentaires pour rendre raison de l’espérance qu’elle porte (cf. 1 P 3, 15), de l’autre, est apparue une perte préoccupante du sens du sacré, arrivant jusqu’à remettre en question les fondements qui apparaissent indiscutables, comme la foi dans un Dieu Créateur et providentiel, la révélation de Jésus-Christ unique sauveur, et la compréhension commune des expériences fondamentales de l’homme comme la naissance, la mort, la vie au sein d’une famille, la référence à une loi morale naturelle.

 

Si tout cela a été salué par certains comme une libération, on s’est très tôt rendu compte du désert intérieur qui naît là où l’homme, voulant devenir l’unique créateur de sa propre nature et de son propre destin, se trouve privé de ce qui constitue le fondement de toutes les choses.

 

Le Concile œcuménique Vatican II adopta déjà parmi ses thèmes centraux la question de la relation entre l’Eglise et ce monde contemporain. Dans le sillage de l’enseignement conciliaire, mes prédécesseurs ont ensuite réfléchi ultérieurement sur la nécessité de trouver des formes adéquates pour permettre à nos contemporains d’entendre encore la Parole vivante et éternelle du Seigneur.

 

Avec clairvoyance, le Serviteur de Dieu Paul VI observe que l’engagement de l’évangélisation « s’avère toujours plus nécessaire également, à cause des situations de déchristianisation fréquentes de nos jours, pour des multitudes de personnes qui ont reçu le baptême mais vivent totalement en dehors de la vie chrétienne, pour des gens simples ayant une certaine foi mais connaissant mal les fondements de cette foi, pour des intellectuels qui sentent le besoin de connaître Jésus-Christ sous une lumière autre que l’enseignement reçu dans leur enfance, et pour beaucoup d’autres » (Evangelii nuntiandi, n. 52). Puis, adressant sa pensée vers ceux qui sont éloignés de la foi, il ajoutait que l’action évangélisatrice de l’Eglise « doit chercher constamment les moyens et le langage adéquats pour leur proposer ou leur re-proposer la révélation de Dieu et la foi en Jésus-Christ » (ibid., n. 56). Le vénérable Serviteur de Dieu Jean-Paul II fit de ce devoir exigeant l’un des points centraux de son vaste Magistère, en résumant dans le concept de « nouvelle évangélisation », qu’il approfondit de façon systématique dans de nombreuses interventions, le devoir qui attend l’Eglise aujourd’hui, en particulier dans les régions d’antique christianisation. Un devoir qui, s’il concerne directement sa façon de se rapporter avec l’extérieur, présuppose toutefois, avant tout, un renouveau constant en son sein, un passage permanent, pour ainsi dire, de la condition d’évangélisée à évangélisatrice. Il suffit de rappeler ce qui était affirmé dans l’Exhortation post-synodale Christifideles laici : « Des pays et des nations entières où la religion et la vie chrétienne étaient autrefois on ne peut plus florissantes et capables de faire naître des communautés de foi vivante et active sont maintenant mises à dure épreuve et parfois sont même radicalement transformées, par la diffusion incessante de l'indifférence religieuse, de la sécularisation et de l'athéisme. Il s'agit en particulier des pays et des nations de ce qu'on appelle le Premier Monde, où le bien-être économique et la course à la consommation, même s'ils côtoient des situations effrayantes de pauvreté et de misère, inspirent et alimentent une vie vécue “comme si Dieu n'existait pas”. Actuellement l'indifférence religieuse et l'absence totale de signification qu'on attribue à Dieu, en face des problèmes graves de la vie, ne sont pas moins préoccupantes ni délétères que l'athéisme déclaré. La foi chrétienne, même lorsqu'elle survit en certaines de ses manifestations traditionnelles et rituelles, tend à être arrachée des moments les plus importants de l'existence, comme les moments de la naissance, de la souffrance et de la mort [...] En d'autres pays ou nations, au contraire, on conserve encore beaucoup de traditions très vivantes de piété et de sentiment chrétien; mais ce patrimoine moral et spirituel risque aussi de disparaître sous la poussée de nombreuses influences, surtout celles de la sécularisation et de la diffusion des sectes. Seule une nouvelle évangélisation peut garantir la croissance d'une foi claire et profonde, capable de faire de ces traditions une force de réelle liberté. Assurément il est urgent partout de refaire le tissu chrétien de la société humaine. Mais la condition est que se refasse le tissu chrétien des communautés ecclésiales elles-mêmes qui vivent dans ces pays et ces nations » (n. 34).

 

Faisant donc mienne la préoccupation de mes vénérés prédécesseurs, je considère opportun d’offrir des réponses adéquates afin que l’Eglise tout entière, se laissant régénérer par la force de l’Esprit Saint, se présente au monde contemporain avec un élan missionnaire en mesure de promouvoir une nouvelle évangélisation. Celle-ci se réfère en particulier aux Eglises d’antique fondation, qui vivent toutefois des réalités très diverses, auxquelles correspondent des besoins différents, et qui attendent des impulsions d’évangélisation différentes : dans certains territoires, en effet, même dans le cadre de la diffusion de la sécularisation, la pratique chrétienne manifeste encore une bonne vitalité et un profond enracinement dans l’âme de populations entières ; dans d’autres régions, en revanche, on observe une prise de distance plus évidente de la société dans son ensemble à l’égard de la foi, avec un tissu ecclésial plus faible, bien que non privé d’une certaine vivacité, que l’Esprit Saint ne manque pas de susciter ; nous connaissons malheureusement également des régions qui apparaissent pratiquement entièrement déchristianisées, dans lesquelles la lumière de la foi est confiée au témoignage de petites communautés : ces terres, qui auraient besoin d’une première annonce renouvelée de l’Evangile semblent être particulièrement réfractaires à de nombreux aspects du message chrétien.

 

La diversité des situations exige un discernement attentif ; parler de « nouvelle évangélisation» ne signifie pas, en effet, devoir élaborer une unique formule identique pour toutes les circonstances. Et, toutefois, il n’est pas difficile de percevoir que ce dont ont besoin toutes les Eglises qui vivent dans des territoires traditionnellement chrétiens est un élan missionnaire renouvelé, expression d’une nouvelle ouverture généreuse au don de la grâce. En effet, nous ne pouvons oublier que le premier devoir sera toujours celui de nous rendre dociles à l’œuvre gratuite de l’Esprit du Ressuscité, qui accompagne tous ceux qui sont porteurs de l’Evangile et ouvre le cœur de ceux qui écoutent. Pour proclamer de façon féconde la Parole de l’Evangile, il faut avant tout faire une expérience profonde de Dieu.

 

Comme j’ai eu l’occasion de l’affirmer dans ma première Encyclique Deus caritas est : « A l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (n. 1). De même, à l’origine de toute évangélisation, il n’y a pas un projet humain d’expansion, mais le désir de partager le don inestimable que Dieu a voulu nous faire, en nous faisant participer à sa vie même.

 

Par conséquent, à la lumière de ces réflexions, après avoir examiné avec soin toute chose et avoir demandé l’opinion de personnes expertes, j’établis et décrète ce qui suit :

 

Art. 1

§ 1. Le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation est constitué comme dicastère de la Curie romaine, selon la Constitution apostolique Pastor bonus.

§ 2. Le Conseil poursuit son objectif tant en encourageant la réflexion sur les thèmes de la nouvelle évangélisation qu’en identifiant et en promouvant les formes et les instruments aptes à la réaliser.

 

Art. 2

L’action du Conseil, qui s’exerce en collaboration avec les autres dicastères et organismes de la Curie romaine, dans le respect des compétences réciproques, est au service des Eglises particulières, en particulier dans les territoires de tradition chrétienne où se manifeste avec une plus grande évidence le phénomène de la sécularisation.

 

Art. 3

Parmi les devoirs spécifiques du Conseil figurent :

1. l’approfondissement du sens théologique et pastoral de la nouvelle évangélisation;

2. la promotion et l’encouragement, en étroite collaboration avec les Conférences épiscopales concernées, qui pourront avoir un organisme ad hoc, de l’étude, la diffusion et la mise en œuvre du Magistère pontifical relatif aux thèmes liés à la nouvelle évangélisation ;

3. la divulgation et le soutien des initiatives liées à la nouvelle évangélisation déjà en cours dans les différentes Eglises particulières et la promotion de la mise en œuvre de nouvelles initiatives, en sollicitant également la participation active des ressources présentes dans les Instituts de vie consacrée et dans les Sociétés de vie apostolique, ainsi que dans les rassemblements de fidèles et dans les communautés nouvelles ;

4. l’étude et l’encouragement de l’utilisation des formes modernes de communication, comme instruments pour la nouvelle évangélisation ;

5. la promotion de l’utilisation du Catéchisme de l’Eglise catholique, comme formulation essentielle et complète du contenu de la foi pour les hommes de notre temps.

 

Art. 4

§ 1. Le Conseil est dirigé par un président archevêque, assisté par un secrétaire, un sous-secrétaire et un nombre approprié d’officiaux, selon les normes établies par la Constitution apostolique Pastor Bonus et par le Règlement général de la Curie romaine.

§ 2. Le Conseil possède ses propres membres et peut disposer de ses propres consulteurs.

 

J’ordonne que tout ce que j’ai décidé dans le présent Motu proprio, ait une valeur pleine et ferme, nonobstant toute disposition contraire, même digne de mention particulière, et j’établis qu’il soit promulgué au moyen de sa publication dans le journal « L’Osservatore Romano », et qu’il entre en vigueur le jour de la promulgation.

 

Donné à Castel Gandolfo, le 21 septembre 2010, fête de Saint Matthieu, Apôtre et Evangéliste, sixième année de mon pontificat.

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 18:44

Homélie du Pape Benoît XVI pour l’ouverture de l’Assemblée spéciale du Synode des Evêques pour le Moyen-Orient, le 10 octobre 2010.

 

Vénérés frères,

Mesdames et Messieurs,

Chers frères et sœurs!

 

La Célébration eucharistique, action de grâce à Dieu par excellence, est marquée aujourd’hui pour nous, réunis auprès de la Tombe de Saint Pierre, par un motif extraordinaire : la grâce de voir réunis pour la première fois au sein d’une Assemblée synodale, autour de l’Evêque de Rome et Pasteur universel, les évêques de la région du Moyen-Orient. Cet événement si singulier démontre l’intérêt de l’Eglise tout entière pour la précieuse et bien-aimée portion du Peuple de Dieu qui vit en Terre Sainte et dans tout le Moyen-Orient.

 

Rendons grâce tout d’abord au Seigneur de l’Histoire parce qu’Il a permis que, malgré des vicissitudes souvent difficiles et tourmentées, le Moyen-Orient voit toujours, depuis le temps de Jésus jusqu’à nos jours, la continuité de la présence des chrétiens. En ces terres, l’unique Eglise du Christ s’exprime dans la variété des traditions liturgiques, spirituelles, culturelles et disciplinaires des six vénérables Eglises orientales catholiques sui iuris, ainsi que dans la Tradition latine. Le salut fraternel que j’adresse avec une grande affection aux Patriarches de chacune d’entre elles, veut s’étendre en ce moment à tous les fidèles confiés à leur charge pastorale dans leurs pays respectifs ainsi qu’au sein de la diaspora.

 

En ce 28e Dimanche du temps per annum, la Parole de Dieu offre un thème de méditation qui se rapproche de manière significative de l’événement synodal que nous inaugurons aujourd’hui. La lecture continue de l’Evangile selon Saint Luc nous conduit à l’épisode de la guérison des dix lépreux, dont un seul, un samaritain, revient sur ses pas pour remercier Jésus. En relation avec ce texte, la première lecture, extraite du Second Livre des Rois, raconte la guérison de Naamân, chef de l’armée araméenne, lui aussi lépreux, qui est guéri en s’immergeant par sept fois dans les eaux du Jourdain suivant l’ordre du prophète Elisée. Naamân retourne lui aussi auprès du prophète et, reconnaissant en lui le médiateur de Dieu, professe la foi en l’unique Seigneur. Nous nous trouvons donc face à deux malades de la lèpre, deux non juifs, qui guérissent parce qu’ils croient à la parole de l’envoyé de Dieu. Ils guérissent dans leur corps, mais s’ouvrent à la foi, et celle-ci les guérit dans leur âme, c’est-à-dire qu’elle les sauve.

 

Le Psaume responsorial chante cette réalité : « Yahvé a fait connaître son salut, aux yeux des païens révélé sa justice, se rappelant son amour et sa fidélité pour la maison d'Israël » (Ps 98, 2-3). Voici alors le thème : le Salut est universel, mais il passe par une médiation déterminée, historique : la médiation du peuple d’Israël qui devient ensuite celle de Jésus Christ et de l’Eglise. La porte de la vie est ouverte pour tous, mais il s’agit bien d’une « porte », c’est-à-dire d’un passage défini et nécessaire. C’est ce qu’affirme de manière synthétique la formule paulinienne que nous avons écoutée dans la Seconde Lettre à Timothée : « Le Salut qui est dans le Christ Jésus » (2 Tm 2, 10). C’est le mystère de l’universalité du Salut et, en même temps, de son lien nécessaire avec la médiation historique de Jésus Christ, précédée par celle du peuple d’Israël et prolongée par celle de l’Eglise. Dieu est amour et veut que tous les hommes participent de Sa vie. Pour réaliser ce dessein, Lui qui est Un et Trine, crée dans le monde un mystère de communion humain et divin, historique et transcendant : Il le crée à travers la « méthode » pour ainsi dire de l’alliance, se liant d’un amour fidèle et inépuisable aux hommes, se formant un peuple saint qui devienne une bénédiction pour toutes les familles de la terre (cf. Gn 12, 3). Ainsi, il se révèle comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (cf. Ex 3, 6) qui veut conduire son peuple à la « terre » de la liberté et de la paix. Cette « terre » n’est pas de ce monde ; tout le dessein divin dépasse l’Histoire, mais le Seigneur veut le construire avec les hommes, pour les hommes et dans les hommes, à partir des critères d’espace et de temps dans lesquels ils vivent et que Lui-même a donnés.

 

Ce que nous appelons le Moyen-Orient fait partie, avec sa propre spécificité, de tels critères. Cette région du monde, Dieu la voit aussi dans une perspective différente, nous pourrions dire « d’en haut » : c’est la terre d’Abraham, d’Isaac et de Jacob; la terre de l’exode et du retour de l’exil ; la terre du temple et des prophètes ; la terre dans laquelle le Fils Unique est né de Marie, où il a vécu, est mort et est ressuscité ; le berceau de l’Eglise, constituée afin d’apporter l’Evangile du Christ jusqu’aux frontières du monde. Et nous aussi, en tant que croyants, nous regardons vers le Moyen-Orient avec ce même regard, dans la perspective de l’Histoire du salut. C’est cette optique intérieure qui m’a guidé dans les voyages apostoliques en Turquie, en Terre Sainte — Jordanie, Israël, Palestine — et à Chypre, où j’ai pu connaître de près les joies et les préoccupations des communautés chrétiennes. C’est aussi pour cela que j’ai accueilli volontiers la proposition des Patriarches et des Evêques de convoquer une Assemblée synodale afin de réfléchir ensemble, à la lumière de l’Ecriture Sainte et de la Tradition de l’Eglise, sur le présent et sur l’avenir des fidèles et des populations du Moyen-Orient.

 

Regarder cette partie du monde dans la perspective de Dieu signifie reconnaître en elle le « berceau » d’un dessein universel de Salut dans l’amour, un mystère de communion qui se réalise dans la liberté et demande par conséquent aux hommes une réponse. Abraham, les prophètes, la Vierge Marie sont les protagonistes de cette réponse qui a toutefois son accomplissement en Jésus Christ, fils de cette même terre, mais descendu du Ciel. De Lui, de son Cœur et de son Esprit, est née l’Eglise, qui est pèlerine en ce monde, mais lui appartient pourtant. L’Eglise est constituée pour être, au milieu des hommes, signe et instrument de l’unique et universel projet salvifique de Dieu ; elle accomplit cette mission en étant simplement elle-même, c’est-à-dire « communion et témoignage », comme le rappelle le thème de l’Assemblée synodale qui s’ouvre aujourd’hui et qui fait référence à la célèbre définition de Luc de la première communauté chrétienne : « La multitude de ceux qui étaient croyants avait un seul cœur et une seule âme » (Ac 4,32). Sans communion, il ne peut pas y avoir de témoignage : le grand témoignage est précisément la vie de la communion. Jésus le dit clairement : « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). Cette communion est la vie même de Dieu qui se communique dans l’Esprit Saint, par Jésus Christ. Il s’agit donc d’un don, et non de quelque chose que nous devons avant tout construire nous-mêmes avec nos propres forces. Et c’est précisément pour cela qu’elle interpelle notre liberté et attend notre réponse : la communion requiert toujours la conversion, comme un don qui réclame d’être toujours mieux accueilli et réalisé. Les premiers chrétiens, à Jérusalem, étaient peu nombreux. Personne n’aurait pu imaginer ce qui s’est réalisé par la suite. Et l’Eglise vit toujours de cette même force qui l’a fait partir puis croître. La Pentecôte est l’événement originaire, mais est aussi un dynamisme permanent, et le Synode des Evêques est un moment privilégié dans lequel peut se renouveler, dans le chemin de l’Eglise, la grâce de la Pentecôte, afin que la Bonne Nouvelle soit annoncée avec franchise et puisse être accueillie par toutes les foules.

 

Par conséquent, le but de cette Assemblée synodale est principalement pastoral. Même en ne pouvant pas ignorer la situation sociale et politique délicate et parfois dramatique de certains pays, les Pasteurs des Eglises au Moyen-Orient désirent se concentrer sur les aspects propres à leur mission. A cet égard, le Document de travail, élaboré par un Conseil pré-synodal dont je remercie vivement les membres pour le travail accompli, a souligné cette finalité ecclésiale de l’Assemblée, en relevant qu’il est de son intention, sous la conduite de l’Esprit Saint, de raviver la communion de l’Eglise catholique au Moyen-Orient. Avant tout, au sein de chaque Eglise, parmi tous ses membres : patriarche, évêques, prêtres, religieux, consacrés et laïcs. Et puis, dans les rapports avec les autres Eglises. La vie ecclésiale, ainsi affermie, verra se développer des fruits très positifs sur le chemin œcuménique avec les autres Eglises et Communautés ecclésiales présentes au Moyen-Orient.

 

Cette occasion est également propice pour poursuivre de façon constructive le dialogue avec les juifs auxquels nous lie de manière indissoluble la longue Histoire de l’Alliance, tout comme celui avec les musulmans. Les travaux de l’Assemblée synodale sont en outre orientés vers le témoignage des chrétiens aux niveaux personnel, familial et social. Cela requiert le renforcement de leur identité chrétienne par l’intermédiaire de la Parole de Dieu et des Sacrements. Nous souhaitons tous que les fidèles sentent la joie de vivre en Terre Sainte, terre bénie par la présence et par le glorieux mystère pascal du Seigneur Jésus Christ. Tout au long des siècles, ces Lieux ont attiré des multitudes de pèlerins, ainsi que des communautés religieuses masculines et féminines, qui ont considéré comme un grand privilège le fait de pouvoir vivre et rendre témoignage en Terre de Jésus. Malgré les difficultés, les chrétiens de Terre Sainte sont appelés à raviver la conscience d’être des pierres vivantes de l’Eglise au Moyen-Orient, auprès des Lieux Saints de notre Salut. Mais vivre dignement dans sa propre patrie est avant tout un droit humain fondamental : c’est pourquoi il faut favoriser des conditions de paix et de justice, indispensables pour un développement harmonieux de tous les habitants de la région. Tous sont donc appelés à apporter leur propre contribution : la communauté internationale, en soutenant un chemin fiable, loyal et constructif vers la paix ; les religions majoritairement présentes dans la région, en promouvant les valeurs spirituelles et culturelles qui unissent les hommes et excluent toute expression de violence. Les chrétiens continueront à offrir leur contribution non seulement par le biais d’œuvres de promotion sociale, comme les instituts d’éducation et de santé, mais surtout avec l’esprit des Béatitudes évangéliques qui anime la pratique du pardon et de la réconciliation. Dans cet engagement, ils auront toujours le soutien de toute l’Eglise, comme cela est ici solennellement attesté par la présence des délégués des épiscopats d’autres continents.

 

 

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 17:51

Méditation du Pape Benoît XVI lors de la première Assemblée spéciale du Synode des Evêques pour le Moyen-Orient, le 11 octobre 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

Le 11 octobre 1962, voici 48 ans, le Pape Jean XXIII inaugurait le Concile Vatican II. Le 11 octobre voyait alors la célébration de la fête de la Divine Maternité de Marie et, par ce geste, le Pape Jean XXIII voulait confier l'ensemble du Concile aux mains maternelles, au cœur maternel de la Sainte Vierge. Nous aussi, nous commençons le 11 octobre et nous aussi, nous voulons confier ce Synode, avec tous les problèmes, avec tous les défis, avec toutes les espérances, au cœur maternel de la Vierge Marie, Mère de Dieu.

 

Pie XI, en 1931, avait introduit cette fête, 1.500 ans après le Concile d'Ephèse, qui avait légitimé pour Marie le titre de Theotókos, Dei Genitrix. Dans ce grand mot de Dei Genitrix, de Theotókos, le Concile d'Ephèse avait résumé toute la doctrine du Christ, de Marie, toute la doctrine de la rédemption. Et il vaut donc la peine de réfléchir un peu, pendant un instant, sur ce dont parle le Concile d'Ephèse, ce dont il parle en ce jour.

 

En réalité, Theotókos est un titre audacieux. Une femme est la Mère de Dieu. On pourrait dire : comment est-ce possible? Dieu est éternel, il est le Créateur. Nous sommes des créatures, nous sommes dans le temps : comment une personne humaine pourrait-elle être la Mère de Dieu, de l'Eternel, étant donné que nous sommes tous dans le temps, que nous sommes tous des créatures? L'on comprend donc qu'il existait une forte opposition, en partie, contre ce mot. Les nestoriens disaient : on peut parler de Christotokos, oui, mais pas de Theotókos. Théos, Dieu, est au-delà, au-dessus des événements de l'Histoire. Mais le Concile a décidé cela et précisément ainsi, il a mis en lumière l'aventure de Dieu, la grandeur de ce qu'Il a fait pour nous. Dieu n'est pas demeuré en lui : il est sorti de lui, il s'est tellement uni, de manière si radicale avec cet homme, Jésus, que cet homme Jésus est Dieu, et si nous parlons de Lui, nous pouvons toujours également parler de Dieu. Ce n'est pas seulement un homme qui avait à faire avec Dieu qui est né mais, en Lui, Dieu est né sur la terre. Dieu est sorti de Lui-même. Mais nous pouvons également dire le contraire : Dieu nous a attirés en Lui, de sorte que nous ne sommes plus hors de Dieu, mais que nous sommes en Lui, dans l'intimité de Dieu même.

 

La philosophie aristotélicienne, nous le savons bien, nous dit qu'entre Dieu et l'homme existe seulement une relation non réciproque. L'homme se réfère à Dieu, mais Dieu, l'Eternel, est en Lui, Il ne change pas : Il ne peut avoir aujourd'hui cette relation et demain une autre. Il demeure en lui, Il n'a pas de relation ad extra. C'est un terme très logique mais qui conduit au désespoir : donc Dieu n'a pas de relation avec moi. Avec l'Incarnation, avec l'événement de la Theotókos, ceci a été modifié de manière radicale parce que Dieu nous a attirés en Lui-même et Dieu en tant que tel est relation, et nous fait participer de sa relation intérieure. Ainsi, nous sommes dans son être Père, Fils et Saint-Esprit, nous sommes à l'intérieur de son être en relation, nous sommes en relation avec Lui et Lui a réellement créé une relation avec nous. En ce moment, Dieu voulait être né d'une femme et être toujours Lui-même : tel est le grand événement. Ainsi, nous pouvons comprendre la profondeur de l'acte du Pape Jean XXIII qui confia l'assemblée conciliaire, synodale, au mystère central, à la Mère de Dieu qui est attirée par le Seigneur en Lui-même et ainsi nous tous avec Elle.

 

Le Concile a commencé avec l'icône de la Theotókos. A la fin, le Pape Paul VI reconnaît à la même Vierge Marie le titre de Mater Ecclesiae. Et ces deux icônes, qui débutent et clôturent le Concile, sont intrinsèquement liées, constituant à la fin une seule icône. Parce que le Christ n'est pas né comme un individu parmi d'autres. Il est né pour se créer un corps : Il est né – ainsi que le dit Saint Jean au chapitre 12 de son Evangile – pour attirer tous les hommes à Lui et en Lui. Il est né – comme le disent les Epîtres aux Colossiens et aux Ephésiens – pour récapituler le monde entier, Il est né comme premier né d'une multitude de frères, Il est né pour réunir en Lui l’univers, de telle sorte qu'Il est la Tête d'un grand Corps. Là où naît le Christ, commence le mouvement de la récapitulation, commence le moment de l'appel, de la construction de son Corps, de Sa Sainte Eglise. La Mère de Théos, la Mère de Dieu, est Mère de l'Eglise parce qu'Elle est Mère de Celui qui est venu pour nous réunir tous dans Son Corps ressuscité.

 

Saint Luc nous fait comprendre cela dans le parallélisme entre le premier chapitre de son Evangile et le premier chapitre des Actes des Apôtres, qui répètent, sur deux niveaux, le même mystère. Dans le premier chapitre de l'Evangile, l'Esprit Saint se pose sur Marie et ainsi elle enfante et nous donne le Fils de Dieu. Dans le premier chapitre des Actes des Apôtres, Marie est au centre des disciples de Jésus qui prient tous ensemble, implorant la nuée de l'Esprit Saint. Et ainsi, de l'Eglise croyante, avec Marie en son centre, naît l'Eglise, le Corps du Christ. Cette double naissance est l'unique naissance du Christus totus, du Christ qui embrasse le monde et nous tous.

 

Naissance à Bethléem, naissance au Cénacle. Naissance de l'Enfant Jésus, naissance du Corps du Christ, de l'Eglise. Ce sont deux événements ou bien un unique événement. Mais, entre les deux, se trouvent réellement la Croix et la Résurrection. Et c'est seulement par la Croix qu'advient le chemin vers la totalité du Christ, vers Son Corps ressuscité, vers l'universalisation de Son être dans l'unité de l'Eglise. Et ainsi, en tenant compte du fait que seul du grain tombé en terre naît ensuite la grande récolte, du Seigneur transpercé sur la Croix provient l'universalité de ses disciples en Son Corps, mort et ressuscité.

 

En tenant compte de ce lien entre Theotókos et Mater Ecclesiae, notre regard va vers le dernier livre de l'Ecriture Sainte, l'Apocalypse, dans lequel au chapitre 12, apparaît justement cette synthèse. La femme revêtue de soleil, avec douze étoiles sur la tête et la lune sous les pieds, enfante. Et elle enfante avec un cri de douleur, elle enfante avec une grande douleur. Ici, le mystère marial est le mystère de Bethléem élargi au mystère de l’univers. Le Christ naît toujours de nouveau en toutes les générations et ainsi il assume, il rassemble en Lui-même l'humanité. Et cette naissance cosmique se réalise dans le cri de la Croix, dans la douleur de la Passion. Et à ce cri de la Croix appartient le sang des martyrs.

 

Ainsi, en ce moment, nous pouvons jeter un regard sur le deuxième Psaume de la prière du milieu du jour, le Psaume 81, où l'on voit une partie de ce processus. Dieu est parmi les dieux – ils sont encore considérés comme dieux en Israël. Dans ce psaume, dans une grande concentration, en une vision prophétique, on voit la perte de puissance des dieux. Ceux qui apparaissaient tels ne sont pas des dieux et perdent leur caractère divin, tombant à terre. Dii estis et moriemini sicut nomine (cf. Ps 81, 6-7) : la perte de puissance, la chute des divinités.

 

Ce processus qui se réalise dans le long chemin de la foi d'Israël et qui est ici résumé dans une vision unique, est un processus véritable de l'Histoire de la religion : la chute des dieux. Et ainsi la transformation du monde, la connaissance du vrai Dieu, l’affaiblissement des forces qui dominent la terre, est un processus de douleur. Dans l'Histoire d'Israël, nous voyons comment cette libération du polythéisme, cette reconnaissance – « Lui seul est Dieu » – se réalise au milieu de nombreuses souffrances, en commençant par le chemin d'Abraham, l'exil, les Macchabées, jusqu'au Christ. Et dans l'Histoire, ce processus de perte de pouvoir dont parle l'Apocalypse au chapitre 12 se poursuit ; il parle de la chute des anges qui ne sont pas des anges, qui ne sont pas des divinités sur la terre. Et il se réalise réellement, justement dans le temps de l'Eglise naissante où nous voyons comment les divinités, en commençant par le divin empereur de toutes ces divinités, perdent leur pouvoir par le sang des martyrs. C'est le sang des martyrs, la douleur, le cri de la Mère Eglise qui les fait tomber et transforme ainsi le monde.

 

Cette chute n'est pas seulement la connaissance qu'elles ne sont pas Dieu ; c'est le processus de transformation du monde, qui coûte le sang, qui coûte la souffrance des témoins du Christ. Et, à bien regarder, nous voyons que ce processus n'est jamais fini. Il se réalise dans les différentes périodes de l'Histoire de manières toujours nouvelles ; aujourd'hui encore, au moment où le Christ, l'unique Fils de Dieu, doit naître pour le monde avec la chute des dieux, avec la douleur, le martyr des témoins. Pensons aux grandes puissances de l'Histoire d'aujourd'hui, pensons aux capitaux anonymes qui réduisent l'homme en esclavage, qui ne sont plus chose de l'homme, mais constituent un pouvoir anonyme que les hommes servent, par lequel les hommes sont tourmentés et même massacrés. Il s'agit d'un pouvoir destructeur, qui menace le monde. Pensons ensuite au pouvoir des idéologies terroristes. La violence est apparemment pratiquée au nom de Dieu, mais ce n'est pas Dieu: ce sont de fausses divinités qui doivent être démasquées, qui ne sont pas Dieu. Pensons ensuite à la drogue, ce pouvoir qui, telle une bête féroce, étend ses mains sur toutes les parties de la terre et détruit : c'est une divinité mais une fausse divinité qui doit tomber. Pensons encore à la manière de vivre répandue par l'opinion publique: aujourd'hui, on fait comme ça, le mariage ne compte plus, la chasteté n'est plus une vertu, et ainsi de suite.

 

Ces idéologies dominantes, qui s'imposent avec force, sont des divinités. Et dans la douleur des saints, dans la douleur des croyants, de la Mère Eglise dont nous faisons partie, doivent tomber ces divinités, doit se réaliser ce que disent les Epîtres aux Colossiens et aux Ephésiens : les dominations, les pouvoirs tombent et deviennent sujets de l'unique Seigneur Jésus Christ. Cette lutte dans laquelle nous nous trouvons, cette perte de puissance de dieu, cette chute des faux dieux, qui tombent parce qu'ils ne sont pas des divinités mais des pouvoirs qui détruisent le monde, est évoquée par l'Apocalypse au chapitre 12 à travers une image mystérieuse pour laquelle, il me semble, existent différentes belles interprétations. Il est dit que le dragon vomit un grand fleuve d'eau contre la Femme en fuite pour l'entraîner dans ses flots. Et il semble inévitable que la Femme soit noyée dans ce fleuve. Mais la bonne terre absorbe ce fleuve et il ne peut lui nuire. Je pense que le fleuve peut être facilement interprété : ce sont ces courants qui dominent tout et qui veulent faire disparaître la foi de l'Eglise, qui ne semble plus avoir de place face à la force de ces courants qui s'imposent comme la seule rationalité, comme la seule manière de vivre. Et la terre qui absorbe ces courants est la foi des simples, qui ne se laisse pas emporter par ces fleuves et sauve la Mère et sauve le Fils. C'est pourquoi le Psaume dit – le premier psaume du milieu du jour – la foi des simples est la vraie sagesse (cf. Ps 118, 130). Cette véritable sagesse de la foi simple qui ne se laisse pas dévorer par les eaux, est la force de l'Eglise. Et nous en sommes revenus au mystère marial.

 

Et il y a également un dernier mot dans le Psaume 81, movebuntur omnia fundamenta terrae (Ps 81, 5), les fondements de la terre vacillent. Nous le voyons aujourd'hui, avec les problèmes climatiques, combien sont menacés les fondements de la terre, mais ils sont menacés par notre comportement. Les fondements extérieurs vacillent parce que vacillent les fondements intérieurs, les fondements moraux et religieux, la foi dont découle la droite manière de vivre. Et nous savons que la foi est le fondement et, en définitive, les fondements de la terre ne peuvent vaciller si la foi, la vraie sagesse demeure ferme.

 

Et puis le Psaume dit : « Lève-Toi Seigneur, et juge la terre » (Ps 81, 8). Ainsi, disons, nous aussi, au Seigneur : « Lève-toi en ce moment, prends la terre entre tes mains, protège ton Eglise, protège l'humanité, protège la terre ». Et remettons-nous à nouveau à la Mère de Dieu, à Marie et prions : « Toi la grande croyante, toi qui as porté la terre au ciel, aide-nous, ouvre aujourd'hui encore les portes pour que soit victorieuse la vérité, la volonté de Dieu, qui est le vrai bien, le vrai salut du monde ». Amen. 

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 14:37

Cher ami Sauvage (ça fait bizarre de commencer ainsi, mais c’est votre pseudo…),

 

Je vous remercie de votre long commentaire à mon article "Marie, médiatrice et co-rédemptrice… avec toute l’Eglise!" Vos observations sont très intéressantes, c’est pourquoi je souhaite leur consacrer un article entier (le présent) pour y répondre.

 

Tout d’abord, je veux vous dire ma joie de dialoguer avec un frère chrétien. Particulièrement en ce jour où nous sommes au cœur de la grande Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Je pense, de ce point de vue, que votre intervention sur ce blog est providentielle, et je rends grâce à Dieu de pouvoir échanger avec vous sur ce qui fait notre bonheur commun, à savoir : notre foi en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, mort et ressuscité pour le Salut de tous les hommes.

 

Je suis souvent admiratif de l’ardeur que déploient les chrétiens non catholiques à défendre l’honneur de Jésus – et sa Seigneurie universelle ; de l’amour jaloux qu’ils manifestent envers Lui, notre unique Sauveur. Je suis sûr, en tant que catholique, que cela touche profondément le Cœur de Jésus, et je ne m’étonne pas que des grâces nombreuses soient accordées à des communautés protestantes qui célèbrent avec ferveur son Saint Nom de Gloire, le seul par lequel nous puissions être sauvés (cf. Ac 4. 12).

 

Je loue donc votre foi et votre amour pour le Seigneur Jésus, ainsi que la qualité de votre argumentation, fondée sur la Révélation et la raison – qui soulève des interrogations que je trouve légitimes, du point de vue qui est le vôtre. Voilà pourquoi je souhaiterais vous répondre ici. Non pas tant pour vous convaincre de devenir catholique (quoique tel est mon secret désir ) que pour vous assurer que l’Eglise catholique partage avec vous le même amour pour Jésus-Christ, et le même souci de demeurer fidèle à l’Evangile de Dieu transmis par les Apôtres et de préserver son intégrité face à la tentation, sans cesse, renaissante, de l’idôlatrie.

 

Dans notre échange, vous me faisiez part de votre incompréhension au sujet de la place qu’occupe la Vierge Marie dans le christianisme catholique. Pour vous, elle est « décédée ». Elle n’a donc aucun titre, selon vous, à être « médiatrice » au sens que j’évoquais dans mon article. Je vous rappelais en réponse que « L'Eglise a toujours affirmé, depuis les origines, que la Sainte Vierge a été élevée au ciel, corps et âme » ; que « Marie est donc bien vivante auprès de Dieu. Et [que] ses apparitions en attestent. Croyez-vous, vous demandais-je, que Lourdes, Fatima, Beauraing... soient des manifestations diaboliques? »

 

Cela m’a valu votre longue réponse, articulée en 5 remarques que je voudrais maintenant reprendre et discuter.

 

« Première remarque : Les apparitions de croyants décédés sont rares dans la Bible.

(Vous me direz que Marie n'est pas décédée, j'ai bien entendu. Mais puisque la Bible ne dit pas cela, et n'annonçait pas même cela...)

Dans la Bible, il y a beaucoup d’apparitions de Dieu sous forme d’une théophanie comme avec l’ange de l’Eternel. Il y a également des apparitions d’anges comme par exemple avec l’ange Gabriel dans le livre de Daniel ou dans les Évangiles. On peut encore citer les apparitions de Jésus-Christ après la résurrection. Mais les apparitions de croyants décédés peuvent se compter sur les doigts d’une seule main. Ce sont de réelles exceptions qui ne sont pas la règle. On peut recenser une seule apparition de croyant décédé dans l’ancien testament et seulement deux dans le nouveau testament. Dans l’ancien testament, la seule apparition est celle du prophète Samuel (…) (Cf 1 Samuel 28.) C’est l’unique apparition d’un mort dans l’ancien testament. Dans le nouveau testament les apparitions d’êtres humains décédés sont également très rares. Les plus connues sont celles de la transfiguration où Jésus a emmené avec lui ses disciples les plus proches, Pierre, Jacques et Jean. Et la Bible nous dit que : « Jésus fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici, Moïse et Elie leur apparurent, s’entretenant avec Lui. » Les disciples ont donc vu une apparition de Moïse et Elie. Ces deux apparitions sont les seules des Évangiles. Il n’y en a aucune dans le livre des Actes en dehors de celle Jésus au début du livre. Il n’y en a aucune dans les épîtres. Et lorsque l’on arrive dans le dernier livre de la Bible, l’apocalypse, il nous est parlé « des deux témoins. » Une interprétation possible et probable serait que ces deux témoins soient Moïse et Elie. Si c’est le cas, cela voudrait dire qu’ils réapparaitront dans la période de la fin des temps. Ce sont les seules apparitions de « saints » dans tout le nouveau testament. Cela fait donc cinq apparitions dans toute la Bible. Ceci nous souligne clairement que l’apparition est d’un caractère très exceptionnel quand il s’agît de croyants décédés. Ce n’est pas là la manière d’agir de Dieu. »

 

Eh bien… je suis d’accord avec vous ! Je nuancerais simplement en distinguant les « visions » des « apparitions ». On ne parle d’apparitions que pour les manifestations des corps glorieux de Jésus et Marie, qui sont les deux seules personnes à être ressuscitées. Les manifestations des saints et des anges sont des « visions ». Les saints sont vivants auprès de Dieu (et ont, croyons-nous, la possibilité d’agir sur la terre au moyen de leur prière) – mais ils ne sont pas ressuscités. Ils le seront à la fin des temps, avec vous et moi, lorsque le Christ reviendra dans sa Gloire pour établir son Règne.

 

Ce petit point technique étant précisé, je m’empresse d’affirmer que les apparitions ont un rôle mineur dans la foi catholique. Objectivement parlant, elles sont un phénomène très important, puisque nous n’avons jamais rien vu de semblable auparavant. Si les apparitions à Medjugorje, par exemple, sont authentiques – ainsi que, personnellement, je le crois –, alors cela veut dire que la Vierge apparaît tous les jours depuis plus de 30 ans ! C’est vraiment une première et un évènement considérable, dont il convient de mesurer toute la portée. Malgré tout, pour l’Eglise catholique, les apparitions n’ont qu’une importance relative. Car là n’est pas l’essentiel de notre foi. Pour ceux qui y croient et qui y trouvent une source de motivation pour vivre l’Evangile, tant mieux. Pour les autres qui sont sceptiques, ce n’est pas grave : il ne leur est pas demandé d’y croire. L’Eglise vit de l’Eucharistie, elle ne vit pas des apparitions. L’Eglise pourrait vivre, et vivre bien, sans les apparitions. Mais lorsqu’une apparition est authentifiée, alors elle trouve sa joie à la célébrer dans sa liturgie – car les manifestations de Dieu sont toujours source de réjouissance pour elle ; la preuve tangible que Dieu est proche – preuve dont elle n’a pas besoin, mais qu’elle se plaît à recevoir.

 

Donc : je suis d’accord avec vous pour dire que les apparitions restent exceptionnelles (même si elles se multiplient depuis deux siècles, les apparitions de la Vierge ne concernent que quelques lieux précis ; elles ne se généralisent pas sur toute la surface de la terre) ; bien plus : qu’elles sont marginales du point de vue de la foi catholique et de la vie de l’Eglise ; et qu’elle ne sont pas, en effet, la manière habituelle d’agir de Dieu.

 

Cela dit, vous relevez vous-même dans la Bible le témoignage de quelques manifestations surnaturelles – des « visions » de saints. Le seul fait suffit à démontrer que la chose n’est pas impossible et que le Seigneur peut y avoir recours, si bon Lui semble. On ne peut donc exclure a priori la possibilité pour la Sainte Vierge de se manifester.

 

« Deuxième remarque : Les apparitions sont quelque chose de très tardif dans l’histoire de l’Eglise Catholique.

Aucun père de l’église n’a vécu ou ne relate d’apparition dans les premiers siècles de l’Eglise. Et personne ne relate d’apparition dans le premier millénaire. La totalité des apparitions mariales sont situées à la fin du deuxième millénaire, c’est-à-dire dans les 19eme et 20eme siècles (à part quatre ou cinq exceptions situées après le moyen âge.) Les apparitions sont donc un phénomène des derniers temps. »

 

Eh bien là encore, je suis d’accord avec vous. Dans l’Histoire de l’Eglise – et a fortiori dans l’Histoire Sainte – les apparitions mariales sont un phénomène récent. Ce qui est peut-être le signe en effet (je partage votre avis sur ce point) que nous sommes entrés dans les tous derniers temps (ceux-ci pouvant encore durer quelques siècles cependant). Je dis les « tous derniers temps », car à la vérité, nous sommes dans les derniers temps déjà depuis la venue du Christ (cf. Heb. 1.2).

 

« Troisième remarque : Les apparitions de Marie enseignent des fausses doctrines. »

 

Ah, c’est maintenant que nous n’allons plus être d’accord… 

 

« Pour expliquer ce point, il est nécessaire de citer les paroles de quelques apparitions. Certains ne seront peut-être pas d’accord avec les explications données, mais gardons en arrière plan que l’autorité suprême pour nous permettre de comprendre quelque chose de spirituel, c’est la parole inspirée par Dieu : La Bible. »

 

Bon, cela ne commence pas très bien. L’autorité suprême « pour nous permettre de comprendre quelque chose de spirituel », ce n’est pas la Bible – même si la Bible, bien entendu, joue là un rôle essentiel. C’est le sujet institué par le Christ pour donner la Parole au monde, à savoir : l’Eglise. C’est elle qui est la « colonne de la vérité » ; elle qui est « l'accomplissement total du Christ » selon les termes mêmes de la Bible (cf. 1 Tm 3. 15 ; Ep 1. 23) ! C’est elle, d’ailleurs, qui nous donne la Bible, en définit le contenu, et la déclare inspirée de Dieu. Je serais ainsi assez curieux de savoir comment vous savez, vous, cher Sauvage, que la Bible est la Parole de Dieu – si vous ne croyez pas en l’autorité de l’Eglise ?

 

Vous dites, dans votre propos liminaire que l’Assomption de la Vierge est inexistant dans la Bible. Oui, dans la mesure où il n’en est pas explicitement question. Pas davantage qu’il n’est question dans la Bible de la Trinité, ou de la… Sola Scriptura. En revanche, ainsi que je le disais plus haut, c’est un fait historique que l’Eglise du Christ a toujours cru depuis les origines et partout dans le monde que Marie a été élevée au ciel, dans son corps et dans son âme. En Occident, on parle d’Assomption ; en Orient, plutôt de « dormition ». Mais partout, l’on professe la glorification de Marie, dans son corps et dans son âme. La contestation du fait est récente. Elle date des 15e et 16e siècle. Elle est une nouveauté, en rupture avec l’enseignement de l'Eglise indivise depuis plusieurs siècles. On peut donc légitimement douter qu’elle soit conforme à la doctrine chrétienne – car on ne peut avoir raison contre l’Eglise, contre ce qu'elle a toujours cru et enseigné.

 

Je poursuis…

 

« 1° Catherine Labouré a eu plusieurs apparitions qu’elle identifie à la vierge Marie au début du 19eme siècle. Marie lui serait apparue à droite du maître-autel. Ses mains rayonnaient d’un éclat merveilleux. Et Catherine Labouré a entendu ses mots : "Ces rayons sont le symbole des grâces que Marie obtient aux hommes". Mais ces mots sont contraires à l’enseignement de la Bible. Et Dieu ne peut pas se contredire. Dire que Marie était pleine de grâces, et qu’elle obtient des grâces pour les hommes n’est pas biblique. C’est une déformation de Luc 1:28 qui dit : « L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi. » Ou du verset 30 « L’ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. » Nulle part dans les Saintes Écritures, nous lisons que Marie obtient des grâces pour les hommes. Elle fut bénie de recevoir une grâce, ou de trouver grâce devant Dieu pour porter le Fils unique de Dieu. Mais la Bible enseigne clairement qu’elle est dans la position de celle qui reçoit la grâce de Dieu, et non dans la position de celle qui en obtient pour les autres. »

 

Plusieurs choses ici… D’abord, sauf erreur, l’Eglise n’a pas reconnu les apparitions de la rue du Bac, aussi invraisemblable que cela puisse paraître. Mais bon, je reconnais que c’est tout comme, puisque Catherine Labouré a été canonisée, et que le Pape Jean-Paul II s’est rendu lui-même à la chapelle de la rue du Bac.

 

Ensuite, l’Ange ne dit pas à Marie qu’elle a reçu une grâce, mais qu’elle est comblée de grâce. Le verbe, employé au participe parfait dans le grec évangélique, induit une idée de permanence. La Bible de Jérusalem suggère qu'il faudrait traduire le mot « kécharitôménè » par la périphrase « Toi qui as été et demeure remplie de la faveur divine ». Comme l'écrivait Saint Jérôme : « Nulle part ailleurs dans l'Ecriture je n'ai pu trouver une telle formule de salutation : « Salut, pleine de grâce! » Où aurais-je pu lire cela ailleurs dans l'Ecriture? Je ne m'en souviens pas. Jamais cette formule ne fut adressée à un homme : « Salut, plein de grâce ». A Marie seule, cette salutation était réservée. »

 

Maintenant : il n’est pas douteux que chacun d’entre nous peut obtenir des grâces en faveur de ses frères. Ainsi, quand je prie pour vous, je demande au Seigneur qu’il vous comble de ses grâces. Et je suis assuré dans la foi qu’Il le fait (cf. par ex. Mc 11. 24). Si moi, misérable pécheur, je peux vous obtenir des grâces par ma prière, à combien plus forte raison la Vierge Marie, la Mère de Jésus, à qui Jésus ne peut rien refuser (ainsi qu’on le voit à Cana - cf. Jn 2. 1-11).

 

« 2° En 1932, en Belgique, 5 enfants de 9 à 15 ans ont une apparition qui semble être celle de Marie. L’apparition dit alors : « JE CONVERTIRAI LES PÉCHEURS... JE SUIS LA MÈRE DE DIEU, LA REINE DES CIEUX. PRIEZ TOUJOURS. ADIEU ! » Il est tout d’abord étonnant que l’apparition dise que c’est elle qui convertira les pécheurs. Si l’on considère ce que la Bible dit de Marie, elle ne l’a décrit pas comme ayant ce pouvoir de convertir les pécheurs. En fait, personne ne peut convertir quelqu’un, si ce n’est Dieu seul qui peut conduire à la conversion. »

 

C’est vrai… et ce n’est pas vrai, tout en même temps ! C’est vrai, en ce sens que la foi est une grâce, et que Dieu seul a le pouvoir de la dispenser. Lui seul agit au profond des cœurs au point de pouvoir les convertir. Mais il est vrai aussi de dire que chacun de nous participe à la conversion des pécheurs, par ses dons, ses talents et ses charismes reçus de Dieu. Si je parviens par exemple, à toucher une âme par mon apostolat ; si celle-ci, après cela, reçoit le baptême, et change sa vie pour accueillir le Christ ; alors je pourrai dire en toute vérité que je l’ai convertie – au sens où sa conversion est passée par moi. Je sais bien qu’au fond, ce n’est pas moi ; que c’est le Seigneur qui a tout fait ; et que sans l’action de son Esprit, tous mes efforts auraient été vains. Mais je sais aussi que c’est par l’intermédiaire de mon action que cette personne s’est convertie. Je peux donc dire, en raccourci (sachant que ce n’est pas la totalité de la vérité), que je l’ai convertie.

 

Deux passages de l’Ecriture pour appuyer mon propos. Dans l’Ancien Testament, en Ezechiel 3. 21, Dieu dit : « Si tu avertis le juste de ne pas pécher, et qu'en effet il ne pèche pas, il vivra PARCE QU’IL AURA ETE AVERTI [sous-entendu : par toi], et toi, tu auras sauvé ta vie. » J'ai donc le pouvoir de faire qu'un juste ne pèche pas – alors même que c'est une grâce de Dieu. Je suis moi-même en ce cas un instrument de cette grâce ; non pas un instrument passif, mais un instrument actif ; voilà pourquoi mon mérite ne restera pas sans récompense : je sauverai ma vie, dit le Seigneur.

 

Dans l’Evangile de Matthieu, en 18. 15 : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S'il t'écoute, TU AURAS GAGNE TON FRERE. » TU auras gagné ton frère… Or, qu’est-ce que « gagner un frère », si ce n’est le convertir (« S'il t'écoute... » ) et le sauver ?

 

Chaque chrétien a donc le pouvoir de sauver ou de perdre, selon qu’il annonce Jésus-Christ ou s’en abstient. Nous avons, dans la conversion des pécheurs, une part active à prendre, même si cette part serait vaine, bien entendu, si le Christ n’avait pas livré sa vie pour nous. Si le Seigneur nous envoie, c’est pour sauver le monde ! Si nous restons à la maison et ignorons cet appel, le monde ne sera pas sauvé. Voilà pourquoi le Salut des hommes dépend aussi de notre action ; voilà pourquoi nous sommes nous aussi, en un sens, des Sauveurs.

 

Dès lors : si nous, chrétiens, mais ô combien pécheurs, nous pouvons, par notre prédication ou notre exemple, convertir des âmes – avec les nuances que j’ai apportées plus haut –, à combien plus forte raison la Vierge Marie, par la puissance de sa prière sur le Cœur de Jésus. Marie nous dit qu’elle convertira des pécheurs, en ce sens que : par sa prière, son intercession toute-puissante et ses manifestations sur la terre, elle aura une part active à leur conversion au Seigneur Jésus.

 

« Ensuite, l’apparition se présente comme la mère de Dieu. Or la Bible nous enseigne que Marie mit l’enfant Jésus au monde, mais elle ne dit nulle part que Marie mit Dieu au monde. »

 

Mais comme l’enfant Jésus est Dieu, l'un signifie l'autre. Marie est Mère de Dieu, parce qu'elle est la Mère de Jésus qui est Dieu.

 

D'ailleurs, dans l’Evangile, Elisabeth n’appelle-t-elle pas Marie « la mère de son Seigneur » (cf. Lc 1. 43) ?

 

« Dieu existe de toute éternité. Il n’a pas de mère, et encore moins une mère humaine. Avec le titre de mère de Dieu, il y a la notion que l’apparition est supérieure à Dieu. Cela laisserait sous-entendre que Marie est supérieure à Dieu, étant la mère de Dieu ! » Mais ce n’est pas ainsi que l’Eglise entend l’expression « Mère de Dieu ».

 

« (...) le titre suivant que l’apparition se donne vient jeter de la lumière sur son origine. Elle dit être : La reine des cieux. La Bible nous parle 5 fois de la reine du ciel. Mais qu’en dit-elle ? Jérémie 7:18 « Les enfants ramassent du bois, Les pères allument le feu, Et les femmes pétrissent la pâte, Pour préparer des gâteaux à la reine du ciel, et pour faire des libations à d’autres dieux, afin de m’irriter. » La reine du ciel était une idole parmi toutes les autres. Elle était une occasion de chute pour Israël parce qu’elle détournait le peuple de Dieu de Dieu Lui-même. Cette reine du ciel, ou des cieux, est clairement une imposture. »

 

C’est moins simple qu’il n’y paraît. La reine du ciel dont Ezéchiel parle est une idôle païenne. Elle est dite reine du ciel, comme d’autres sont reine de la terre, reine des eaux, reine du vent, etc… Dire de Marie qu'elle est reine du ciel, c’est dire qu’elle est reine dans le ciel – c'est-à-dire dans le monde de Dieu. Elle n’est pas reine d’un élément du cosmos. Elle est reine dans le Royaume de Dieu – reine du Royaume de Dieu. Et elle est reine parce qu’elle est la Mère du Roi de l’Univers qu’est le Christ – et que la mère du roi est elle-même reine.

 

Tout ce que Marie reçoit comme grâces et privilèges est toujours, vous le voyez, en relation directe avec son Fils. Marie est Mère de Dieu parce que son Fils est Dieu. Elle est Reine du Ciel parce que son Fils est Roi du Ciel… Affirmer les qualités de Marie, c’est confesser celles du Christ, duquel Marie tient tout ce qu’elle a et tout ce qu’elle est.

 

« Quatrième remarque : Les apparitions ressemblent à une tromperie du diable, qui est l’ennemi de Dieu.

(…) Satan a la puissance de se déguiser, de se maquiller, de se faire passer pour quelqu’un d’autre. Comme il peut se faire passer pour un être venant de Dieu, un ange de lumière, il a la puissance de se faire passer pour n’importe quelle personne enveloppée d’une lumière éclatante (…). Les apparitions sont un phénomène de la fin des temps où le diable a une activité intense. »

 

Deux choses ici. Il faut toujours être prudent, en présence d'une manifestation céleste, avant de dire : « C’est du diable ». N’oublions pas en effet que le péché contre l’Esprit – ce terrible péché qui est irrémiscible, selon Jésus – consiste précisément à voir l’action du diable là même où Dieu agit. Bien sûr, la prudence s’exerce aussi dans l’autre sens. Vous dites très justement que le diable a des pouvoirs tout à fait extraordinaires – et qu’il a l’art de se faire passer pour un ange de lumière. Il faut donc discerner. Mais c’est une chose grave de dire d’une action surnaturelle qu’elle vient du diable – surtout lorsqu’elle est confirmée par de nombreux miracles...

 

Deuxième point important : quelle est la caractéristique des évènements de la fin des temps ? Vous l’avez dit : c’est l’« activité intense » du diable. Mais contre qui cette  « activité intense » est-elle dirigée ? Saint Jean nous le révèle dans le livre de l’Apocalypse, au Chapitre 12 : CONTRE la Femme et le reste de sa descendance – les disciples de Jésus. Bien sûr, ce passage s’applique principalement à l’Eglise, dont la Femme est la figure. Mais de cette Femme, nous savons par ailleurs qu’elle « mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les menant avec un sceptre de fer. » (Ap. 12. 5) Il s’agit donc aussi très explicitement de la Vierge Marie. Or, dans son Evangile, Saint Jean évoque Marie en l’appelant la « Femme » ; et il la présente comme la « Mère » des disciples que Jésus aime. Tout se tient donc ! Je vous invite à lire à ce sujet ma série d’article sur ce très important passage de l’Evangile de Jean, au chapitre 19 versets 25 à 27, qui est le fondement biblique du culte marial dans l’Eglise.

 

« il convient d’ajouter une dernière remarque qui est très importante.

Cinquième remarque : Les apparitions détournent de celui qui nous appelle à ne venir qu’à Lui.

Il faut comprendre que les apparitions de Marie ne sont pas un moyen pour les témoins de se rapprocher de Dieu, mais au contraire de s’en éloigner. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les lieux de pèlerinages (Ex Lourdes, La Salette…) où, sans conteste, le personnage principal est Marie, « mère de Dieu ». Tous les regards se tournent vers elle, représentée sous forme de statue. Et les prières montent vers elle, qui pourrait les aider, les guérir, les sauver, ou leur obtenir des grâces particulières. C’est elle que l’on prie et que l’on invoque. C’est elle que l’on remercie et que l’on recherche (…). Les apparitions élèvent Marie et la mettent sur le devant de la scène, chose que ni le Fils ni le Père n’ont voulu (…). C’est vers Jésus que Dieu veut que nous tournions les regards. C’est Lui seul qui doit recevoir nos prières et notre attention. »

 

Eh bien je me permets de reproduire ici ce que je vous répondais déjà lorsque vous avez soulevé une première fois l’objection.

 

Marie ne remplace pas Jésus dans sa fonction de Rédempteur universelle – nous sommes sauvés par Jésus, et par Jésus seul. Cela, l'Eglise catholique le professe sans la moindre ambiguïté. Si un croyant pensait le contraire, il serait évidemment dans l'erreur – et invité par la Sainte Eglise à rectifier son rapport à la Sainte Vierge.

 

Il reste que la Sainte Vierge a un rôle essentiel dans le Plan de Dieu. Sa mission sur la terre est de donner le Christ au monde. C'était vrai au jour de l'Annonciation et à Noël ; cela reste vrai aujourd'hui, quoique d'une autre manière et sous une autre forme.

 

Nous ne prions pas Marie comme nous prions Jésus. A Jésus, nous demandons le Salut et la Paix. A Marie, nous lui demandons qu'elle veuille bien prier pour nous – et porter notre supplication de pauvre pécheur dans sa prière personnelle au Christ, son Fils. « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort ».

 

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 18:42

Lettre du Pape Benoît XVI aux séminaristes, le 18 octobre 2010.

 

Chers Séminaristes,

 

En décembre 1944, lorsque je fus appelé au service militaire, le commandant de la compagnie demanda à chacun de nous quelle profession il envisageait pour son avenir. Je répondis que je voulais devenir prêtre catholique. Le sous-lieutenant me répondit : « Alors vous devrez chercher quelque chose d’autre. Dans la nouvelle Allemagne, il n’y a plus besoin de prêtres. » Je savais que cette « nouvelle Allemagne » était déjà sur le déclin, et qu’après les énormes dévastations apportées par cette folie dans le pays, il y aurait plus que jamais besoin de prêtres. Aujourd’hui, la situation est complètement différente. Mais, de diverses façons, beaucoup aujourd’hui aussi pensent que le sacerdoce catholique n’est pas une « profession » d’avenir, mais qu’elle appartient plutôt au passé.

 

Vous, chers amis, vous vous êtes décidés à entrer au séminaire, et vous vous êtes donc mis en chemin vers le ministère sacerdotal dans l’Église catholique, à l’encontre de telles objections et opinions. Vous avez bien fait d’agir ainsi. Car les hommes auront toujours besoin de Dieu, même à l’époque de la domination technique du monde et de la mondialisation ; de Dieu qui s’est rendu visible en Jésus Christ et qui nous rassemble dans l’Église universelle pour apprendre avec lui et par lui la vraie vie et pour tenir présents et rendre efficaces les critères de l’humanité véritable. Là où l’homme ne perçoit plus Dieu, la vie devient vide ; tout est insuffisant. L’homme cherche alors refuge dans la griserie ou dans la violence qui menacent toujours plus particulièrement la jeunesse. Dieu est vivant. Il a créé chacun de nous et nous connaît donc tous. Il est si grand qu’il a du temps pour nos petites choses : « Les cheveux de votre tête sont tous comptés ». Dieu est vivant, et il a besoin d’hommes qui vivent pour lui et qui le portent aux autres. Oui, cela a du sens de devenir prêtre : le monde a besoin de prêtres, de pasteurs, aujourd’hui, demain et toujours, tant qu’il existera.

 

Le séminaire est une communauté en chemin vers le service sacerdotal. Avec cela, j’ai déjà dit quelque chose de très important : on ne devient pas prêtre tout seul. Il faut « la communauté des disciples », l’ensemble de ceux qui veulent servir l’Église. Par cette lettre, je voudrais mettre en évidence – en jetant aussi un regard en arrière sur ce que fut mon temps au séminaire – quelques éléments importants pour ces années où vous êtes en chemin.

 

1. Celui qui veut devenir prêtre doit être par-dessus tout « un homme de Dieu », comme le décrit Saint Paul (1 Tm 6, 11). Pour nous, Dieu n’est pas une hypothèse lointaine, il n’est pas un inconnu qui s’est retiré après le Big Bang. Dieu s’est montré en Jésus Christ. Sur le visage de Jésus Christ, nous voyons le visage de Dieu. Dans ses paroles, nous entendons Dieu lui-même nous parler. C’est pourquoi, le plus important dans le chemin vers le sacerdoce et durant toute la vie sacerdotale, c’est la relation personnelle avec Dieu en Jésus Christ. Le prêtre n’est pas l’administrateur d’une quelconque association dont il cherche à maintenir et à augmenter le nombre des membres. Il est le messager de Dieu parmi les hommes. Il veut conduire à Dieu et ainsi faire croître aussi la communion véritable des hommes entre eux. C’est pour cela, chers amis, qu’il est si important que vous appreniez à vivre en contact constant avec Dieu. Lorsque le Seigneur dit : « Priez en tout temps », il ne nous demande pas naturellement de réciter continuellement des prières, mais de ne jamais perdre le contact intérieur avec Dieu. S’exercer à ce contact est le sens de notre prière. C’est pourquoi il est important que la journée commence et s’achève par la prière. Que nous écoutions Dieu dans la lecture de l’Ecriture. Que nous lui disions nos désirs et nos espérances ; nos joies et nos souffrances, nos erreurs et notre action de grâce pour chaque chose belle et bonne et que, de cette façon, nous l’ayons toujours devant nos yeux comme point de référence de notre vie. Nous prenons alors conscience de nos erreurs et apprenons à travailler pour nous améliorer ; mais nous devenons aussi sensibles à tout le bien et à tout le beau que nous recevons chaque jour comme quelque chose allant de soi et ainsi la gratitude grandit en nous. Et avec la gratitude, grandit la joie pour le fait que Dieu nous est proche et que nous pouvons le servir.

 

2. Dieu n’est pas seulement une parole pour nous. Dans les sacrements il se donne à nous en personne, à travers les choses corporelles. Le centre de notre rapport avec Dieu et de la configuration de notre vie, c’est l’Eucharistie. La célébrer en y participant intérieurement et rencontrer ainsi le Christ en personne doit être le centre de toutes nos journées. Saint Cyprien a interprété la demande de l’Evangile : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien », en disant, entre autre, que « notre » pain, le pain que nous pouvons recevoir en chrétiens dans l’Eglise, est le Seigneur eucharistique lui-même. Dans la demande du Notre Père, nous prions donc pour qu’il nous donne chaque jour « notre » pain ; qu’il soit toujours la nourriture de notre vie. Que le Christ ressuscité, qui se donne à nous dans l’Eucharistie modèle vraiment toute notre vie par les splendeurs de son amour divin. Pour la juste célébration eucharistique, il est nécessaire aussi que nous apprenions à connaître, à comprendre et à aimer la liturgie de l’Église dans sa forme concrète. Dans la liturgie, nous prions avec les fidèles de tous les siècles – passé, présent et avenir s’unissent en un unique grand chœur de prière. Comme je puis l’affirmer à propos de mon propre chemin, c’est une chose enthousiasmante que d’apprendre à comprendre peu à peu comment tout cela a grandi, quelle expérience de foi se trouve dans la structure de la Liturgie de la Messe, combien de générations ont contribué à la former en priant !

 

3. Le Sacrement de Pénitence aussi est important. Il m’enseigne à me regarder du point de vue de Dieu, et m’oblige à être honnête envers moi-même. Il me conduit à l’humilité. Le Curé d’Ars a dit une fois : « Vous pensez que cela n’a pas de sens d’obtenir l’absolution aujourd’hui, sachant que demain vous ferez de nouveau les mêmes péchés. Mais, – a-t-il dit – Dieu lui-même oublie en cet instant vos péchés de demain pour vous donner sa grâce aujourd’hui. » Bien que nous ayons à combattre continuellement contre les mêmes erreurs, il est important de s’opposer à l’abrutissement de l’âme, à l’indifférence qui se résigne au fait d’être ainsi fait. Il est important de continuer à marcher, sans être scrupuleux, dans la conscience reconnaissante que Dieu me pardonne toujours de nouveau. Mais aussi sans l’indifférence qui ne ferait plus lutter pour la sainteté et pour l’amélioration. Et en me laissant pardonner, j’apprends encore à pardonner aux autres. Reconnaissant ma misère, je deviens plus tolérant et compréhensif devant les faiblesses du prochain.

 

4. Maintenez en vous la sensibilité pour la piété populaire, qui est différente selon les cultures, mais qui est aussi toujours très semblable, parce que le cœur de l’homme est, en fin de compte, toujours le même. Certes, la piété populaire tend vers l’irrationalité, parfois même vers l’extériorité. Pourtant l’exclure est une grande erreur. A travers elle, la foi est entrée dans le cœur des hommes, elle a fait partie de leurs sentiments, de leurs habitudes, de leur manière commune de sentir et de vivre. C’est pourquoi la piété populaire est un grand patrimoine de l’Eglise. La foi s’est faite chair et sang. La piété populaire doit certainement être toujours purifiée, recentrée, mais elle mérite notre amour et elle nous rend nous-mêmes de façon pleinement réelle « Peuple de Dieu ». 

 

5. Le temps du séminaire est aussi et par-dessus tout un temps d’étude. La foi chrétienne a une dimension rationnelle et intellectuelle qui lui est essentielle. Sans elle, la foi ne serait pas elle-même. Paul parle d’« une forme d’enseignement » à laquelle nous avons été confiés dans le baptême (Rm 6, 17). Vous connaissez tous la parole de Saint Pierre, considérée par les théologiens médiévaux comme la justification d’une théologie rationnelle et scientifiquement élaborée : « Toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande 'raison' (logos) de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15). Apprendre à devenir capable de donner de telles réponses est l’un des principaux buts des années de séminaire. Je ne peux que vous prier avec insistance : Etudiez avec sérieux ! Mettez à profit les années d’étude ! Vous ne vous en repentirez pas. Certes, souvent la matière des études semble très éloignée de la pratique de la vie chrétienne et du service pastoral. Toutefois il est complètement erroné de poser toujours immédiatement la question pragmatique : est-ce que cela pourra me servir plus tard ? Est-ce-que cela sera d’une utilité pratique, pastorale ? Il ne s’agit pas justement d’apprendre seulement ce qui est évidemment utile, mais de connaître et de comprendre la structure interne de la foi dans sa totalité, pour qu’elle devienne ainsi réponse aux demandes des hommes, lesquels changent du point de vue extérieur de générations en générations, tout en restant au fond les mêmes. C’est pourquoi il est important d’aller au-delà des questions changeantes du moment pour comprendre les questions vraiment fondamentales et ainsi comprendre aussi les réponses comme de vraies réponses. Il est important de connaître à fond la Sainte Ecriture en entier, dans son unité d’Ancien et de Nouveau Testament : la formation des textes, leur particularité littéraire, leur composition progressive jusqu’à former le canon des livres sacrés, leur unité dynamique intérieure qui ne se trouve pas en surface, mais qui, seule, donne à tous et à chacun des textes leur pleine signification. Il est important de connaître les Pères et les grands Conciles, dans lesquels l’Eglise a assimilé, en réfléchissant et en croyant, les affirmations essentielles de l’Ecriture. Je pourrais continuer encore : ce que nous appelons la dogmatique, c’est la manière de comprendre les contenus de la foi dans leur unité, et même dans leur ultime simplicité : chaque détail unique est finalement simple déploiement de la foi en l’unique Dieu qui s’est manifesté et se manifeste à nous. Je n’ai pas besoin de dire expressément l’importance de la connaissance des questions essentielles de la théologie morale et de la doctrine sociale catholique. Combien est importante aujourd’hui la théologie œcuménique ; la connaissance des différentes communautés chrétiennes est une évidence ; pareillement, la nécessité d’une orientation fondamentale sur les grandes religions, sans oublier la philosophie : la compréhension de la quête des hommes et des questions qu’ils se posent, auxquelles la foi veut apporter une réponse. Mais apprenez aussi à comprendre et – j’ose dire – à aimer le droit canon dans sa nécessité intrinsèque et dans les formes de son application pratique : une société sans droit serait une société privée de droits. Le droit est condition de l’amour. Je ne veux pas maintenant poursuivre cette énumération, mais seulement redire encore : aimez l’étude de la théologie et poursuivez-la avec une sensibilité attentive pour enraciner la théologie dans la communauté vivante de l’Eglise, laquelle, avec son autorité, n’est pas un pôle opposé à la science théologique, mais son présupposé. Sans l’Eglise qui croit, la théologie cesse d’être elle-même et devient un ensemble de diverses disciplines sans unité intérieure.

 

6. Les années de séminaire doivent être aussi un temps de maturation humaine. Pour le prêtre, qui devra accompagner les autres le long du chemin de la vie et jusqu’aux portes de la mort, il est important qu’il ait lui-même mis en juste équilibre le cœur et l’intelligence, la raison et le sentiment, le corps et l’âme, et qu’il soit humainement « intègre ». C’est pour cela que la tradition chrétienne a toujours uni aux « vertus théologales », « les vertus cardinales », dérivées de l’expérience humaine et de la philosophie, et en général la saine tradition éthique de l’humanité. Paul le dit aux Philippiens de façon très claire : « Enfin, frères, tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable, tout ce qu’il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaines, voilà ce qui doit vous préoccuper » (4, 8). L’intégration de la sexualité dans l’ensemble de la personnalité fait aussi partie de ce contexte. La sexualité est un don du Créateur, mais aussi une tâche qui regarde le développement de l’être humain. Lorsqu’elle n’est pas intégrée dans la personne, la sexualité devient quelque chose de banal et en même temps destructive. Nous le voyons aujourd’hui dans notre société à travers de nombreux exemples. Récemment, nous avons dû constater avec une grande peine que des prêtres ont défiguré leur ministère par l’abus sexuel d’enfants et de jeunes. Au lieu de conduire les personnes vers une humanité mature, et d’en être l’exemple, ils ont provoqué, par leurs abus, des destructions dont nous éprouvons une profonde douleur et un profond regret. A cause de tout cela peut surgir en beaucoup, peut-être aussi en vous-mêmes, la question de savoir s’il est bien de devenir prêtre ; si le chemin du célibat est raisonnable comme vie humaine. Mais l’abus, qui est à réprouver absolument, ne peut discréditer la mission sacerdotale, laquelle demeure grande et pure. Grâce à Dieu, nous connaissons tous des prêtres convaincants, pleins de foi, qui témoignent que dans cet état et précisément dans la vie du célibat, on peut parvenir à une humanité authentique, pure et mature. Ce qui est arrivé doit toutefois nous rendre plus vigilants et attentifs, justement pour nous interroger soigneusement nous-mêmes, devant Dieu, dans le chemin vers le sacerdoce, pour comprendre si c’est sa volonté pour moi. Les confesseurs et vos supérieurs ont cette tâche de vous accompagner et de vous aider dans ce parcours de discernement. Pratiquer les vertus humaines fondamentales est un élément essentiel de votre chemin, en gardant le regard fixé sur le Dieu qui s’est manifesté dans le Christ, en se laissant toujours de nouveau purifier par Lui.

 

7. Aujourd’hui, les débuts de la vocation sacerdotale sont plus variés et différents que par le passé. La décision de devenir prêtre naît aujourd’hui souvent au sein d’une expérience professionnelle séculière déjà commencée. Elle mûrit souvent dans la communauté, spécialement dans les mouvements, qui favorisent une rencontre communautaire avec le Christ et son Eglise, une expérience spirituelle et la joie dans le service de la foi. La décision mûrit aussi dans les rencontres tout à fait personnelles avec la grandeur et la misère de l’être humain. Ainsi, les candidats au sacerdoce vivent souvent sur des continents spirituels extrêmement divers. Il pourra être difficile de reconnaître les éléments communs du futur envoyé et de son itinéraire spirituel. C’est vraiment pour cela que le séminaire est important comme communauté en chemin au-dessus des diverses formes de spiritualité. Les mouvements sont une chose magnifique. Vous savez combien je les apprécie et les aime comme don de l’Esprit Saint à l’Eglise. Ils doivent toutefois être évalués selon la manière avec laquelle ils sont tous ouverts à la réalité catholique commune, à la vie de l’unique et commune Eglise du Christ qui, dans toute sa variété demeure toutefois une. Le séminaire est la période où vous apprenez les uns avec les autres, les uns des autres. Dans la vie en commun, peut-être difficile parfois, vous devez apprendre la générosité et la tolérance non seulement en vous supportant mutuellement, mais en vous enrichissant les uns les autres, si bien que chacun puisse apporter ses dons particuliers à l’ensemble, tandis que tous servent la même Eglise, le même Seigneur. Cette école de tolérance, bien plus, d’acceptation et de compréhension mutuelles dans l’unité du Corps du Christ, fait partie des éléments importants de vos années de séminaire.

 

Chers séminaristes ! J’ai voulu vous montrer par ces lignes combien je pense à vous surtout en ces temps difficiles et combien je vous suis proche par la prière. Priez aussi pour moi, pour que je puisse bien remplir mon service, tant que le Seigneur le veut. Je confie votre cheminement de préparation au sacerdoce à la protection de la Vierge Marie, dont la maison fut une école de bien et de grâce. Que Dieu tout-puissant vous bénisse tous, le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

 

 

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 19:25

Discours du Pape Benoît XVI lors de sa rencontre avec les prêtres, les religieux et les séminaristes en la cathédrale de Palerme (Italie), le 3 octobre 2010.

 

Vénérés frères dans l'épiscopat,

Chers frères et sœurs!

 

A l'occasion de cette visite pastorale sur votre terre, je ne pouvais manquer de vous rencontrer. Merci de votre accueil! J'ai beaucoup apprécié dans les paroles de l'archevêque, l’analogie entre la beauté de la cathédrale et celle de l’édifice de « pierres vivantes » que vous constituez. Oui, en ce moment bref mais intense avec vous, je peux admirer le visage de l'Eglise, dans la variété de ses dons. Et, en tant que Successeur de Pierre, j'ai la joie de vous confirmer dans l'unique foi et dans la profonde communion que le Seigneur Jésus Christ nous a obtenues […].

 

L'adoration eucharistique que nous avons la grâce et la joie de partager, nous a révélé et nous a fait ressentir le sens profond de ce que nous sommes : membres du Corps du Christ qui est l'Eglise. Prostré devant Jésus, ici au milieu de vous, je lui ai demandé d'enflammer vos cœurs avec sa charité, afin que vous soyez assimilés à lui et que vous puissiez l'imiter dans le don le plus complet et le plus généreux à l'Eglise et aux frères.

 

Chers prêtres, je voudrais m'adresser avant tout à vous. Je sais que vous travaillez avec zèle et intelligence, sans épargner vos énergies. Le Seigneur Jésus, auquel vous avez consacré votre vie, est avec vous! Soyez toujours des hommes de prière, pour être aussi des maîtres de prière. Que vos journées soient rythmées par les temps de la prière, durant lesquels, sur le modèle de Jésus, vous vous entretenez dans un dialogue régénérant avec le Père. Il n'est pas facile de rester fidèles à ces rendez-vous quotidiens avec le Seigneur, surtout de nos jours, où le rythme de la vie est devenu frénétique et les occupations absorbent toujours davantage. Nous devons toutefois en être convaincus, le moment de la prière est fondamental : en elle, la grâce divine agit avec plus d'efficacité, en donnant fécondité au ministère. Beaucoup de choses nous pressent, mais si nous ne sommes pas intérieurement en communion avec Dieu, nous ne pouvons rien donner non plus aux autres. Nous devons toujours réserver le temps nécessaire pour « être avec lui » (cf. Mc 3, 14).

 

Le Concile Vatican II affirme à propos des prêtres : « C’est dans le culte ou synaxe eucharistique que s’exerce par excellence leur charge sacrée » (Const. dogm. Lumen gentium, n. 28). L'Eucharistie est la source et le sommet de toute la vie chrétienne. Chers frères prêtres, pouvons-nous dire qu'elle l'est pour nous, pour notre vie sacerdotale? Quel soin consacrons-nous à la préparation de la Messe, à sa célébration, à demeurer en adoration? Nos églises sont-elles vraiment une « maison de Dieu », où sa présence attire les personnes, qui malheureusement aujourd'hui sentent souvent l'absence de Dieu?

 

Le prêtre trouve toujours, et de manière immuable, la source de son identité dans le Christ Prêtre. Ce n'est pas le monde qui définit notre statut, selon les besoins et les conceptions des rôles sociaux. Le prêtre est marqué par le sceau du Sacerdoce du Christ, pour participer à sa fonction d'unique Médiateur et Rédempteur. En vertu de ce lien fondamental, s'ouvre au prêtre le champ immense du service des âmes, pour leur Salut dans le Christ et dans l'Eglise. Un service qui doit être entièrement inspiré par la charité du Christ. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, qu'aucun ne se perde. Le saint Curé d'Ars disait : « Le prêtre doit être toujours prêt à répondre aux besoins des âmes. Il n'est pas pour lui-même, il est pour vous ». Le prêtre est pour les fidèles : il les anime et les soutient dans l'exercice du sacerdoce commun des baptisés, dans leur chemin de foi, à cultiver l'espérance, à vivre la charité, l'amour du Christ. Chers prêtres, ayez toujours une attention particulière également pour le monde des jeunes. Comme le dit sur cette terre le Vénérable Jean-Paul II, ouvrez grand les portes de vos paroisses aux jeunes, pour qu'ils puissent ouvrir les portes de leur cœur au Christ! Qu'ils ne les trouvent jamais fermées!

 

Le prêtre ne peut pas demeurer éloigné des préoccupations quotidiennes du Peuple de Dieu ; au contraire, il doit être très proche, mais en tant que prêtre, toujours dans la perspective du Salut et du Royaume de Dieu. Il est le témoin et le dispensateur d'une vie différente de la vie terrestre (cf. Décr. Presbyterorum Ordinis, n. 3). Il est porteur d'une espérance forte, d'une « espérance fiable », celle du Christ, avec laquelle affronter le présent, même s'il est souvent difficile (cf. Enc. Spe salvi, n. 1). Il est essentiel pour l'Eglise que l'identité du prêtre soit sauvegardée, dans sa dimension « verticale ». La vie et la personnalité de Saint Jean-Marie Vianney, mais aussi de tant de saints de votre terre, comme Saint Annibale Maria di Francia, le bienheureux Giacomo Cusmano ou le bienheureux Francesco Spoto, en sont des exemples particulièrement forts et éclairants.

 

L'Eglise de Palerme a rappelé récemment l'anniversaire du barbare assassinat de Don Giuseppe Puglisi, qui appartenait à ce presbyterium, tué par la mafia. Il avait un cœur qui brûlait d’une authentique charité pastorale ; dans son ministère zélé, il a accordé une large place à l'éducation des enfants et des jeunes, et il a également œuvré pour que chaque famille chrétienne vive la vocation fondamentale de première éducatrice de la foi des enfants. Le peuple confié à ses soins pastoraux a pu lui-même se nourrir de la richesse spirituelle de ce bon pasteur, dont la cause de béatification est en cours. Je vous exhorte à conserver un souvenir vivant de son témoignage sacerdotal fécond en imitant son exemple héroïque.

 

C'est avec beaucoup d'affection que je m'adresse également à vous, qui sous diverses formes et dans divers instituts, vivez la consécration à Dieu dans le Christ et dans l'Eglise. J'adresse une pensée particulière aux moines et aux moniales de clôture, dont le service de prière est si précieux pour la communauté ecclésiale. Chers frères et sœurs, continuez à suivre Jésus sans compromis, comme cela est proposé dans l'Evangile, en témoignant ainsi de la beauté d'être chrétiens de manière radicale. Il vous revient en particulier de conserver vivante chez les baptisés la conscience des exigences fondamentales de l'Evangile. En effet, votre présence elle-même et votre style insufflent à la communauté ecclésiale un élan précieux vers la « haute mesure » de la vocation chrétienne ; et nous pourrions même dire que votre existence constitue une sorte de prédication, très éloquente, même si elle est souvent silencieuse. Très chers amis, votre style de vie est à la fois antique et toujours nouveau, malgré la diminution du nombre et des forces. Mais ayez confiance : nos temps ne sont pas ceux de Dieu et de sa Providence. Il faut prier et croître dans la sainteté personnelle et communautaire. Ensuite le Seigneur pourvoit!

 

Chers séminaristes, je vous salue avec affection et prédilection et je vous exhorte à répondre avec générosité à l'appel du Seigneur et aux attentes du Peuple de Dieu, en croissant dans l'identification avec le Christ, le Souverain Prêtre, en vous préparant à la mission avec une solide formation humaine, spirituelle, théologique et culturelle. Le séminaire est plus que jamais précieux pour votre avenir, parce que, à travers une expérience complète et un travail patient, il vous conduit à être des pasteurs d'âmes et des maîtres de foi, des ministres des saints mystères et des porteurs de la charité du Christ. Vivez avec engagement ce temps de grâce et conservez dans le cœur la joie et l'élan du premier moment de l'appel et de votre OUI lorsque, en répondant à la voix mystérieuse du Christ, vous avez donné un tournant décisif à votre vie. Soyez dociles aux directives des supérieurs et des responsables de votre croissance en Christ, et apprenez de Lui l'amour pour chaque enfant de Dieu et de l'Eglise.

 

Chers frères et sœurs, tout en vous remerciant encore de votre affection, je vous assure de mon souvenir dans la prière, pour que vous poursuiviez avec un élan renouvelé et avec une forte espérance le chemin de fidèle adhésion au Christ et de service généreux à l'Eglise. 

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 00:00

Chers amis lecteurs,

Il est d'usage dans certaines communautés chrétiennes de tirer au sort chaque année le nom d'un Saint, qui sera notre compagnon de route tout au long de l'année.

Les Saints sont des vivants auprès de Dieu. Le Catéchisme de l'Eglise catholique nous enseigne que "les témoins qui nous ont précédés dans le Royaume (cf. He 12, 1), spécialement ceux que l’Église reconnaît comme "saints", participent à la tradition vivante de la prière, par le modèle de leur vie, par la transmission de leurs écrits et par leur prière aujourd’hui.

"Ils contemplent Dieu, ils le louent et ne cessent pas de prendre soin de ceux qu’ils ont laissé sur la terre.

"
En entrant "dans la joie" de leur Maître, ils ont été "établis sur beaucoup" (cf. Mt 25, 21). Leur intercession est leur plus haut service du Dessein de Dieu. Nous pouvons et devons les prier d’intercéder pour nous et pour le monde entier." (CEC § 2683)

"Est-il bon et utile de recourir à l’intercession des Saints ? Il est très utile de prier les Saints et tout chrétien doit le faire. Nous devons prier particulièrement nos Anges Gardiens, la Vierge Marie, la Très Sainte Mère de Dieu, saint Joseph, Patron de l’Eglise, les saints Apôtres, les Saints dont nous portons le nom et les Saints Protecteurs du diocèse et de la paroisse.

"Quelle différence y a-t-il entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints? Entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints, il y a cette différence que nous prions Dieu afin que, comme auteur des grâces, il nous donne les biens et nous délivre des maux, et nous prions les Saints afin qu’ils intercèdent pour nous comme nos avocats auprès de Dieu.

Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, que voulons-nous dire ?Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, nous voulons dire que ce Saint l’a obtenue de Dieu."

(
Extraits du Catéchisme de St Pie X)

Ce sont les Saints qui nous choisissent plus que nous ne les choisissons. Une pieuse tradition consiste à invoquer le Saint-Esprit par une hymne ou une prière spontanée, et à demander à Dieu de nous bénir par la puissante intercession des Saints. Celui qui le désire peut alors tirer au sort le nom d'un Saint qui sera son compagnon invisible de prière tout au long de l'année. Sous le nom du Saint, on peut lire aussi une parole caractéristique le concernant -souvent tirée de l'Ecriture- ainsi qu'une intention de prière pour l'année. En recevant le nom du Saint, chacun prend à coeur de mieux connaître la vie de son protecteur et compagnon pour l'année afin d'en tirer un profit spirituel et de développer une profonde amitié avec ce céleste ami.

Je viens pour ma part de tirer au sort mon saint patron pour l'année. Il s'agit en l'occurrence d'une sainte "patronne" : la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich. La parole à vivre et méditer : "Ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi". L'intention de prière : prier pour l'amour de la Parole de Dieu.

Vous aussi, chers amis lecteurs, pouvez, si vous le souhaitez, tirer au sort un saint patron pour l'année. Vous pouvez le faire en ligne sur Internet à l'adresse suivante : 
http://www.mariereine.com/un-saint-pour-Lannee.php3

Mais n'oubliez pas de le faire dans un esprit de prière afin que votre compagnon vous soit vraiment un don de Dieu pour cette année 2012.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Saints
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