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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 14:48

Amy-Winehouse 

Amy Winehouse est morte.

 

Je l’avais connue à Hollywood lors d’un récent voyage. Elle était aussi belle qu’elle le paraissait à l’écran, avec un sourire très jeune et des cheveux qui nimbaient son visage comme une lumière.

 

Au retour j’avais montré sa photo à un ami :

 

- Dire qu’il y a une femme derrière cela, m’avait-il dit, en me montrant du doigt le maquillage exagéré.

 

Il y avait en effet une femme « derrière cela », une femme dont la vie était orageuse, dont l’âme n’était certes pas aussi claire que l’auréole des cheveux platinés.

 

Parmi les centaines de milliers de spectateurs qui l'ont admirée à l’écran, combien auront l’idée de prier pour elle ? Pour que les divines splendeurs de l’au-delà ne lui soient pas refusées, à elle qui possédait la beauté du corps.

 

Hollywood, malgré tous ses mirages, est une terre sans étoiles, où une humanité physiquement admirable oublie qu’elle a une âme.

 

Dans le calme d’une petite église de campagne, j’ai longuement prié pour Amy Winehouse que j’avais vue, il y a quelques mois, dans la gaieté factice des studios.

 

Il me semble que le Bon Dieu doit être très miséricordieux pour ces âmes d’enfants terribles. Une fleur, un bel animal, chantent les louanges du Seigneur par leur seule splendeur de créatures.

 

Amy Winehouse était, elle aussi, une louange du Créateur parce que toute beauté est un reflet lointain du Dieu qui l’a créée.

 

Sans doute serait-ce simplement charité chrétienne que ceux qui prennent plaisir aux jeux de l’écran, songent parfois devant Dieu à ces pauvres étoiles qui ne connaissent pas la vraie lumière.

 

 

Adaptation d'un texte de Guy de Larigaudie au sujet de Joan Harlow, une jeune artiste décédée à l'âge de 26 ans (un grand merci au Père Louis de Villoutreys, pour l'inspiration!). Source : Scoutwiki

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 13:00

Dimanche 24 juillet 2011 – 17e dimanche du temps ordinaire (Année A)

 

Première lecture : 1 R 3. 5. 7-12

« Seigneur, donne à ton serviteur un coeur qui écoute »

 

Psaume 118

« Déchiffrer ta parole illumine »

 

Deuxième lecture : Rm 8. 28-30

« Quand les hommes aiment Dieu, Lui-même fait tout contribuer à leur bien »

 

Evangile : Mt 13. 44-52

« Les anges viendront séparer les méchants des justes, et les jetteront dans la fournaise » 

 

***

Message audio du Pape : 2011

Angelus du Pape : 2011

Homélie du Père Walter Covens : 2008

Homélie du Père Joseph-Marie Verlinde : 2011 

Audio de Radio Vatican : 2011

Ce que l’Evangile nous dit et me demande

Il y a un trésor gratuit qui vous attend (P. Raniero Cantalamessa)

La grande qualité d'un croyant est d'être un chercheur (P. Pierre Desroches, de Montréal)

Le vrai trésor (P. Nicolas)

 

*** 

 

« Le Royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ » (Mt 13. 44)

 

« Il y a des moments dans notre vie - il y en a eu dans votre vie - où nous pressentons le Royaume des Cieux. Imaginez un homme qui a vécu dans un pays merveilleux jusqu'à trois ou quatre ans, ne l'a jamais revu et qui, l'espace d'une seconde, respire un parfum qui lui rappelle ce pays - quelque chose de très fugitif, de très secret, mais de très fort quand même... C'est comme quand on s'approche de la mer : l'air n'est plus le même - c'est le vent du Ciel, le souffle du Saint-Esprit.

 

« Tous, nous l'avons senti passer un jour : il n'y a que cela qui puisse nous attirer vers Dieu. Ce n'est pas avec des coups de bâton qu'Il nous attire, ni avec des raisonnements : on ne devient pas chrétien parce qu'on est convaincu que c'est plus parfait, mais parce qu'on ne peut pas faire autrement.

 

« On peut comprendre alors pourquoi le combat spirituel est à la fois tellement simple et tellement compliqué. Le secret de l'Evangile, c'est quelque chose d'extrêmement simple parce que c'est la vie divine : nous n'avons pas à la fabriquer ni même à courir après, il suffit de la laisser grandir en nous, de la laisser faire - de se laisser faire par la puissance formidable qui la pousse à grandir [...] Ce n'est pas un idéal, c'est une réalité : c'est un fait que la Parole retentit dans notre coeur pour demander la "sortie", comme un poussin demande à sortir de la coquille lorsque son heure est venue. Et en même temps, la vie chrétienne sur la terre est quelque chose d'effroyablement compliqué, à cause précisément du vase de terre et du coeur de pierre dans lequel doit vivre la vie divine. On peut dire que la vie chrétienne, ce sont les mésaventures de la vie divine égarée dans le coeur de l'homme.  » (P. M.-D Molinié, Le courage d'avoir peur, Cerf 1994, p. 22)

        


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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 11:44



 

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 10:41

Discours du Pape Benoît XVI aux participants à l’Assemblée Générale des Œuvres Pontificales Missionnaires, le 21 mai 2010.

 

Monsieur le cardinal,

Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,

Chers frères et sœurs!

 

[…] C'est une mission immense que celle de l'évangélisation, en particulier à notre époque, où l'humanité souffre d'une certaine absence de pensée axée sur la réflexion et la sagesse (cf. Caritas in veritate, nn. 19. 31) et où se diffuse un humanisme qui exclut Dieu (cf. ibid. n. 78). C'est pourquoi il est encore plus urgent et nécessaire d'éclairer les nouveaux problèmes qui apparaissent avec la lumière de l'Evangile qui ne change pas. Nous sommes en effet convaincus que le Seigneur Jésus Christ, témoin fidèle de l'amour du Père, « par sa mort et sa résurrection, est la force dynamique et essentielle du vrai développement de chaque personne et de l'humanité entière » (ibid. n. 1). Au début de mon ministère comme Successeur de l'Apôtre Pierre, j'ai affirmé avec force : « Nous existons pour montrer Dieu aux hommes. Seulement là où on voit Dieu commence véritablement la vie... Il n'y a rien de plus beau que de le connaître et de communiquer aux autres l'amitié avec lui » (Homélie au début du ministère pétrinien, 24 avril 2005; cf. ORLF n. 17 du 26 avril 2005). La prédication de l'Evangile est un service inestimable que l'Eglise peut offrir à toute l'humanité qui est en marche dans l'Histoire. Provenant de diocèses du monde entier, vous êtes un signe éloquent et vivant de la catholicité de l'Eglise, qui se concrétise dans le souffle universel de la mission apostolique « jusqu'aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8), « jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20), pour qu'aucun peuple ou milieu de vie ne soit privé de la lumière et de la grâce du Christ. Tel est le sens, la trajectoire historique, la mission et l'espérance de l'Eglise.

 

La mission d'annoncer l'Evangile à toutes les nations est un jugement critique sur les transformations planétaires qui sont en train de changer de manière substantielle la culture de l'humanité. L'Eglise, présente et agissante sur les frontières géographiques et anthropologiques, est porteuse d'un message qui s'insère dans l'Histoire, où elle proclame les valeurs inaliénables de la personne, avec l'annonce et le témoignage du plan salvifique de Dieu, rendu visible et actif dans le Christ. La prédication de l'Evangile est l'appel à la liberté des fils de Dieu, également pour la construction d'une société plus juste et solidaire et pour nous préparer à la vie éternelle. Celui qui participe à la mission du Christ doit inévitablement affronter des épreuves, des oppositions et des souffrances, car il se heurte aux résistances et aux pouvoirs de ce monde. Et nous, comme l'apôtre Paul, nous ne possédons comme armes que la parole du Christ et de sa Croix (cf. 1 Co 1, 22-25). La mission ad gentes demande à l'Eglise et aux missionnaires d'accepter les conséquences de leur ministère : la pauvreté évangélique qui leur confère la liberté de prêcher l'Evangile avec courage et franchise ; la non-violence, selon laquelle ils répondent au mal par le bien (cf. Mt 5, 38-42; Rm 12, 17-21); la disponibilité à donner sa propre vie au nom du Christ et par amour des hommes.

 

De même que l'Apôtre Paul démontrait l'authenticité de son apostolat à travers les persécutions, les blessures et les tourments subis (cf. 2 Co 6-7), la persécution est également la preuve de l'authenticité de notre mission apostolique. Mais il est important de rappeler que l'Evangile « prend corps dans les consciences et dans les cœurs humains et ne se diffuse dans l'Histoire que dans la puissance de l'Esprit Saint » (Jean-Paul II, Enc. Dominum et vivificantem, n. 64) et grâce à Lui l'Eglise et les missionnaires sont aptes à accomplir la mission qui leur est confiée (cf. ibid. n. 25). C'est l'Esprit Saint (cf. 1 Co 14) qui unit et préserve l'Eglise, en lui donnant la force de se diffuser, en comblant les disciples du Christ d'une richesse débordante de charismes. C'est de l'Esprit Saint que l'Eglise reçoit l'autorité de l'annonce et du ministère apostolique. C'est pourquoi, je désire réaffirmer avec force ce que j'ai déjà dit à propos du développement. (cf. Caritas in veritate, n. 79), à savoir que l'évangélisation a besoin de chrétiens qui ont les bras levés vers Dieu selon le geste de la prière, de chrétiens animés par la conscience que la conversion du monde au Christ n'est pas notre fait personnel, mais nous est donnée. En vérité, la célébration de l'Année sacerdotale nous a aidés à prendre davantage conscience que l'œuvre missionnaire demande une union toujours plus profonde avec Celui qui est l'Envoyé de Dieu le Père pour le Salut de tous ; elle demande le partage de ce « nouveau style de vie » qui a été inauguré par le Seigneur Jésus et qui a été repris par les Apôtres (cf. Discours aux participants à l'assemblée plénière de la Congrégation pour le clergé, 16 mars 2009; cf. ORLF n. 14 du 7 avril 2009).

 

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 17:45

Discours du Pape Benoît XVI lors de sa rencontre avec le jeunes dans la Cathédrale de Sulmona (Abruzzes), le 4 juillet 2010.

 

Chers jeunes!

 

Je désire avant tout vous dire que je suis très heureux de vous rencontrer! Je rends grâce à Dieu de cette possibilité qui me permet de passer un peu de temps avec vous, comme un père de famille, avec votre évêque et vos prêtres. Je vous remercie de l’affection que vous me manifestez avec tant de chaleur! Mais je vous remercie également pour ce que vous m’avez dit, à travers vos deux « porte-parole », Francesca et Cristian. Vous m’avez posé des questions, avec beaucoup de franchise, et, dans le même temps, vous avez démontré avoir des points de référence, des convictions. Et cela est très important. Vous êtes des jeunes garçons et des jeunes filles qui réfléchissent, qui s’interrogent, et qui possèdent également le sens de la vérité et du bien. C’est-à-dire que vous savez utiliser votre esprit et votre cœur, et cela n’est pas rien! Je dirais même que c’est la chose principale dans ce monde : apprendre à bien utiliser l’intelligence et la sagesse que Dieu nous a données! Par le passé, la population de votre terre n’avait pas beaucoup de moyens pour étudier, ni même pour s’affirmer dans la société, mais elle possédait ce qui rend vraiment riches un homme et une femme : la foi et les valeurs morales. Voilà ce qui construit les personnes et la coexistence civile!

 

De vos paroles ressortent deux aspects fondamentaux : l’un positif et l’autre négatif. L’aspect positif est donné par votre vision chrétienne de la vie, une éducation que vous avez évidemment reçue de vos parents, de vos grands-parents, des autres éducateurs : prêtres, enseignants, catéchistes. L’aspect négatif se trouve dans les ombres qui obscurcissent votre horizon : ce sont les problèmes concrets, qui rendent difficile d’envisager l’avenir avec sérénité et optimisme ; mais ce sont également les fausses valeurs et les modèles illusoires, qui vous sont proposés et qui promettent de combler la vie, alors qu’en revanche ils la vident. Que faire, alors, pour que ces ombres ne deviennent pas trop lourdes? Tout d’abord, je vois que vous êtes jeunes et que vous avez une bonne mémoire! Oui, j’ai été frappé par le fait que vous ayez rapporté des paroles que j’ai prononcées à Sydney, en Australie, au cours de la Journée mondiale de la Jeunesse de 2008. Et ensuite, vous avez rappelé que les JMJ sont nées il y a vingt-cinq ans. Mais vous avez surtout démontré que vous avez une mémoire historique liée à votre terre : vous m’avez parlé d’un personnage né il y a huit siècles, Saint Pietro Celestino V, et vous avez dit que vous le considérez encore très actuel! Voyez-vous, chers amis, de cette manière vous possédez, comme le dit l’expression, « une longueur d’avance ». Oui, avoir une mémoire historique, c’est avoir une « longueur d’avance » dans la vie car, sans mémoire, il n’y a pas d’avenir. On disait autrefois que l’histoire est maîtresse de vie! La culture consumériste actuelle tend en revanche à enfermer l’homme dans le présent, à lui faire perdre le sens du passé, de l’histoire ; mais en agissant ainsi, elle le prive également de la capacité de se comprendre lui-même, de percevoir les problèmes et de construire le lendemain. Chers jeunes, je veux donc vous dire cela : le chrétien est quelqu’un qui a une bonne mémoire, qui aime l’Histoire et qui cherche à la connaître.

 

C’est pourquoi je vous remercie car vous me parlez de Saint Pietro del Morrone, Célestin V, et vous êtes capables de valoriser son expérience aujourd’hui, dans un monde si différent, mais qui a précisément pour cela besoin de redécouvrir certaines choses qui sont toujours valables, qui sont éternelles, par exemple la capacité d’écouter Dieu dans le silence extérieur et surtout intérieur. Il y a quelques instants, vous m’avez demandé : comment peut-on reconnaître l’appel de Dieu? Eh bien, le secret de la vocation se trouve dans la capacité et dans la joie de reconnaître, d’écouter et de suivre sa voix. Mais pour ce faire, il est nécessaire d’habituer notre cœur à reconnaître le Seigneur, à le sentir comme une Personne qui est proche de moi et qui m’aime. Comme je l’ai dit ce matin, il est important d’apprendre à vivre des moments de silence intérieur au cours des journées pour être capables d’entendre la voix du Seigneur. Soyez certains que si quelqu’un apprend à écouter cette voix et à la suivre avec générosité, il n’a peur de rien, il sait et il sent que Dieu est avec lui, avec elle, qu’il est l’Ami, le Père et le Frère. En un mot : le secret de la vocation se trouve dans la relation avec Dieu, dans la prière qui grandit précisément dans le silence intérieur, dans la capacité de sentir que Dieu est proche. Et cela est vrai aussi bien avant le choix, c’est-à-dire au moment de décider et de partir, qu’après, si l’on veut être fidèles et persévérer sur le chemin. Saint Pietro Celestino a été avant tout cela : un homme d’écoute, de silence intérieur, un homme de prière, un homme de Dieu. Chers jeunes : trouvez toujours une place pour Dieu au cours de vos journées, pour l’écouter et lui parler!

 

Et ici je voudrais vous dire une deuxième chose : la véritable prière n’est pas du tout étrangère à la réalité. Si prier vous emprisonnait, vous éloignait de votre vie réelle, prenez garde : ce ne serait pas une véritable prière! Au contraire, le dialogue avec Dieu est une garantie de vérité, de vérité avec soi- même et avec les autres, et ainsi de liberté. Etre avec Dieu, écouter sa Parole, dans l’Evangile, dans la liturgie de l’Eglise, défend des éblouissements de l’orgueil et de la présomption, des modes et des conformismes, et donne la force d’être vraiment libres, également de certaines tentations masquée sous forme de bonnes choses. Vous m’avez demandé : comment pouvons-nous être dans le monde mais pas du monde? Je vous réponds, précisément grâce à la prière, au contact personnel avec Dieu. Il ne s’agit pas de multiplier les mots — Jésus le disait déjà —, mais d’être en présence de Dieu, en faisant siennes, dans l’esprit et dans le cœur, les expressions du « Notre Père », qui embrasse tous les problèmes de notre vie, ou bien en adorant l’Eucharistie, en méditant l’Evangile dans notre chambre, ou en participant avec recueillement à la liturgie. Tout cela ne distrait pas de la vie, mais aide en revanche à être vraiment soi-même dans chaque milieu, fidèles à la voix de Dieu qui parle à la conscience, libres des conditionnements du moment! Il en fut ainsi pour Saint Célestin V : il sut agir selon sa conscience, en obéissance à Dieu, et donc sans peur et avec un grand courage, même dans les moments difficiles, comme ceux liés à son bref pontificat, en ne craignant pas de perdre sa propre dignité, mais en sachant que celle-ci consiste à être dans la vérité. Et le garant de la vérité est Dieu. Celui qui le suit n’a pas même peur de renoncer à lui-même, à sa propre idée, car « il ne manque rien à celui qui a Dieu », comme le disait sainte Thérèse d’Avila.

 

Chers amis! La foi et la prière ne résolvent pas les problèmes, mais elles permettent de les affronter avec une lumière et une force nouvelle, d’une manière digne de l’homme, et également de manière plus sereine et efficace. Si nous regardons l’Histoire de l’Eglise, nous voyons qu’elle est riche de figures de saints et de bienheureux qui, précisément en partant d’un dialogue intense et constant avec Dieu, illuminés par la foi, ont su trouver des solutions créatives, toujours nouvelles, pour répondre aux besoins humains concrets au cours de tous les siècles : la santé, l’instruction, le travail, etc. Leur esprit d’entreprise était animé par l’Esprit Saint et par un amour fort et généreux pour leurs frères, en particulier pour les plus faibles et démunis. Chers jeunes, laissez-vous conquérir totalement par le Christ! Empruntez vous aussi, de manière décidée, la route de la sainteté, c’est-à-dire en demeurant en contact entre vous, conformément à Dieu — une route qui est ouverte à tous — car cela vous fera devenir également plus créatifs dans la recherche de solutions aux problèmes que vous rencontrez, et en recherchant ces solutions ensemble! Voilà un autre signe distinctif du chrétien : il n’est jamais individualiste. Peut-être me direz vous : mais si nous regardons par exemple Saint Pietro Celestino, dans son choix de vivre en ermite, n’y avait-il pas de l’individualisme, une fuite des responsabilités? Assurément, cette tentation existe. Mais dans les expériences approuvées par l’Eglise, la vie solitaire de prière et de pénitence est toujours au service de la communauté, elle ouvre aux autres, elle n’est jamais en opposition avec les besoins de la communauté. Les ermitages et les monastères sont des oasis et des sources de vie spirituelle où tous peuvent puiser. Le moine ne vit pas pour lui, mais pour les autres, et c’est pour le bien de l’Eglise et de la société qu’il cultive la vie contemplative, pour que l’Eglise et la société puissent toujours être irriguées par des énergies nouvelles, par l’action du Seigneur. Chers jeunes! Aimez vos communautés chrétiennes, n’ayez pas peur de vous engager à vivre ensemble l’expérience de foi! Aimez l’Eglise : elle vous a donné la foi, elle vous a fait connaître le Christ! Et aimez votre évêque, vos prêtres, avec toutes nos faiblesses, les prêtres sont des présences précieuses dans la vie!

 

Le jeune homme riche de l’Evangile, après que Jésus lui ait proposé de tout quitter et de le suivre — comme nous le savons — s’en alla attristé, car il était trop attaché à ses biens (cf. Mt 19, 22). En revanche, je lis la joie en vous! Et cela est également un signe que vous êtes chrétiens : que pour vous, Jésus vaut beaucoup, même si cela est exigeant de le suivre, il vaut plus que tout autre chose. Vous avez cru que Dieu est la perle précieuse qui donne de la valeur à tout le reste : à la famille, aux études, au travail, à l’amour humain... à la vie elle-même. Vous avez compris que Dieu ne vous enlève rien, mais qu’il vous donne le « centuple » et rend votre vie éternelle, car Dieu est Amour infini : l’unique qui rassasie notre cœur. J’ai plaisir à rappeler l’expérience de Saint Augustin, un jeune qui a cherché avec de grandes difficultés, longuement, en dehors de Dieu, quelque chose qui puisse rassasier sa soif de vérité et de bonheur. Mais à la fin de ce chemin de recherche, il a compris que notre cœur est sans paix tant qu’il ne trouve pas Dieu, tant qu’il ne repose pas en Lui (cf. Les confessions, 1, 1). Chers jeunes! Conservez votre enthousiasme, votre joie, celle qui naît de la rencontre avec le Seigneur et sachez la communiquer également à vos amis, aux jeunes de votre âge! A présent, je dois repartir et je dois vous dire que cela m’attriste de vous quitter! Avec vous, je sens que l’Eglise est jeune! Mais je repars content, comme un père qui est serein car il a vu que ses enfants grandissent et grandissent bien. Chers garçons et chères filles, marchez! Marchez sur le chemin de l’Evangile ; aimez l’Eglise, notre mère ; soyez simples et purs de cœur ; soyez doux et forts dans la vérité ; soyez humbles et généreux. Je vous confie tous à vos saints patrons, à Saint Pietro Celestino et surtout à la Vierge Marie et je vous bénis avec une grande affection. Amen. 

 

 

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 23:00

Dimanche 17 juillet 2011 – 16e dimanche du temps ordinaire (Année A)

 

Première lecture : Sg. 12. 13. 16-19

« Toi Seigneur, qui disposes de la force, tu juges avec indulgence »

 

Psaume 85

« Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d'amour pour tous ceux qui t'appellent, écoute ma prière »

 

Deuxième lecture : Rm 8. 26-27

« L'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons prier comme il faut »

 

Evangile : Mt 13. 13-35

« C'est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines » 

 

***

Message audio du Pape : 2011

Angelus du Pape : 2011

Homélie du Père Walter Covens : 2008

Homélie du Frère Dominique (Famille de St Joseph) : 2011 

Audio de Radio Vatican : 2011

Ce que l’Evangile nous dit et me demande

L'homme ne s'est jamais habitué à l'injustice, mais Dieu est juste (P. Raniero Cantalamessa)

Le Maître nous invite à attendre le temps du moissonneur (P. Pierre Desroches, de Montréal)

Faire grandir l'enfant du Royaume (P. Nicolas)

 

*** 

 

« Les justes replendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père » (Mt 13. 43)

 

« Nous vivons dans une société de plus en plus permissive, et d'ailleurs, d'un groupe social à l'autre, il y a des différences considérables au sujet des lois morales. Il faut alors poser une question extrêmement grave : y a-t-il quelque chose d'absolu dans ces lois morales? Si vous viviez au milieu de gens qui ne croient plus au bien et au mal, ou s'en font une idée complètement différente, continueriez-vous à penser qu'il y a des choses à ne pas faire, même s'ils le font tous?

 

« En partant du fait même que les lois morales sont bafouées, la doctrine chrétienne enseigne que nous sommes tous pécheurs. Montalembert disait : "Je ne sais pas ce qu'est la conscience d'un malfaiteur, mais je connais la conscience d'un honnête homme, et c'est horrible." Le premier combat (le plus dur et le plus décisif que la foi nous demande sur ce point), c'est de ne pas accepter que la notion de péché disparaisse de notre esprit, de reconnaître qu'une faute est une faute.

 

« [Comme disait le philosophe] Max Scheler : "Il y a au fond de nous-même une sorte de juge infini, bien plus terrible que ceux qui peuvent nous juger du dehors". L'illusion du jeune homme, l'illusion de Caïn, l'illusion que le serpent a introduite dans la conscience d'Eve, c'est que la loi morale nous juge du dehors et non pas du dedans : il suffirait alors de s'en affranchir pour être libre. Voilà le problème qu'il faut résoudre à tout prix : la loi morale vient-elle de la société, ou du plus profond de nous-même?

 

« La conscience morale ne se démontre pas. Il y a des actes qui nous construisent et des actes qui nous détruisent : mais on peut toujours dire - on est libre - que ce qui nous construit nous détruit, et que ce qui nous détruit nous construit. Dire cela, ce sont les ténèbres, et je n'ai aucun moyen de le démontrer. Vous écoutez le juge infini ou vous ne l'écoutez pas...

 

« Ceux qui écoutent le juge infini souffrent plus que les autres : mais ils connaissent la joie et la véritable intensité de la vie. Pour eux, les choses sont belles ou horribles, elles ne sont pas neutres : et les choses horribles elles-mêmes témoignent à leur façon de la beauté de la vie, de l'amitié, de l'amour. Cette perception intense n'est pas seulement un état subjectif, c'est une lumière et cette lumière est l'âme du sens moral : je dois respecter la vie humaine, cela résulte à l'évidence de la perception de sa splendeur. Ce devoir est un absolu parce que cette splendeur est un absolu. Ceux qui ne perçoivent pas la beauté d'une vie innocente, comment comprendraient-ils que l'avortement est un mal absolu? Nous sommes loin des interdits et d'un complexe de cupabilité. On ne peut pas percevoir une certaine beauté sans que cela entraîne une exigence parfois écrasante, mais qui n'a rien à voir avec des interdits.

 

« Aller au-delà du bien et du mal est donc une contradiction : ne plus avoir de sens moral est un sommeil mortel, que l'on peut animer de façon imaginative ou poétique pour se donner l'illusion d'aller plus loin que le bien et le mal - mais quelle illusion! Un enfant qui prend plaisir à tuer les oiseaux ne comprend rien à la beauté des oiseaux... ou alors il est déjà satanique : j'espère plutôt qu'il est aveugle - mais être aveugle n'est pas une supériorité. » (P. M.-D Molinié, Adoration ou désespoir, CLD 1983, p. 102 à 106)

        


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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 08:16


 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 16:10

Troisième et dernière Audience générale du Pape Benoît XVI sur Saint Thomas d'Aquin, le 23 juin 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

Je voudrais aujourd’hui compléter, par une troisième partie, mes catéchèses sur Saint Thomas d’Aquin. Même à 700 ans de sa mort, nous pouvons beaucoup apprendre de lui. C’est ce que rappelait également mon prédécesseur, le Pape Paul VI, qui, dans un discours prononcé à Fossanova le 14 septembre 1974, à l’occasion du septième centenaire de la mort de Saint Thomas, se demandait : « Maître Thomas, quelle leçon peux-tu nous donner? ». Et il répondit ainsi : « La confiance dans la vérité de la pensée religieuse catholique, telle qu’il la défendit, l’exposa, l’ouvrit à la capacité cognitive de l’esprit humain » (Insegnamenti di Paolo VI, XII [1974], pp. 833-834). Et, le même jour, à Aquin, se référant toujours à Saint Thomas, il affirmait : « Tous, nous qui sommes des fils fidèles de l'Eglise, nous pouvons et nous devons, au moins dans une certaine mesure, être ses disciples! » (ibid., p. 836).

 

Mettons-nous donc nous aussi à l’école de Saint Thomas et de son chef-d’œuvre, la Summa Theologiae. Celle-ci, bien qu’étant inachevée, est une œuvre monumentale : elle contient 512 questions et 2669 articles. Il s’agit d’un raisonnement serré, dans lequel l’application de l’intelligence humaine aux mystères de la foi procède avec clarté et profondeur, mêlant des questions et des réponses, dans lesquelles Saint Thomas approfondit l’enseignement qui vient de l'Ecriture Sainte et des Pères de l'Eglise, en particulier Saint Augustin. Dans cette réflexion, dans la rencontre de vraies questions de son époque, qui sont aussi et souvent des questions de notre temps, Saint Thomas, utilisant également la méthode et la pensée des philosophes antiques, en particulier Aristote, arrive à des formulations précises, lucides et pertinentes des vérités de la foi, où la vérité est don de la foi, où elle resplendit et nous devient accessible, ainsi qu’à notre réflexion. Cependant, cet effort de l’esprit humain — rappelle Saint Thomas à travers sa vie elle-même — est toujours éclairé par la prière, par la lumière qui vient d’En-haut. Seul celui qui vit avec Dieu et avec ses mystères peut comprendre ce que ces mystères signifient.

 

Dans la Summa de théologie, Saint Thomas part du fait qu’il existe trois différentes façons de l'être et de l’essence de Dieu : Dieu existe en lui-même, il est le principe et la fin de toute chose, c’est pourquoi toutes les créatures procèdent et dépendent de Lui ; ensuite, Dieu est présent à travers sa Grâce dans la vie et dans l’activité du chrétien, des saints ; enfin, Dieu est présent d’une manière toute particulière en la Personne du Christ et dans les Sacrements, qui naissent de son œuvre rédemptrice. Par conséquent, la structure de cette œuvre monumentale qui recherche la plénitude de Dieu avec un « regard théologique » (cf. Summa Theologiae, Ia, q. 1, a. 7) est articulée en trois parties, et est illustrée par le Doctor Communislui-même — Saint Thomas — avec ces mots : « Le but principal de la sainte doctrine est celui de faire connaître Dieu, et pas seulement en lui-même, mais également en tant que principe et fin des choses, et spécialement de la créature raisonnable. Dans l’intention d’exposer cette doctrine, nous traiterons en premier de Dieu ; en deuxième du mouvement de la créature vers Dieu ; et en troisième du Christ, qui, en tant qu’homme, est pour nous le chemin pour monter vers Dieu » (ibid., i, q. 2). C’est un cercle : Dieu en lui-même, qui sort de lui-même et nous prend par la main, afin qu’avec le Christ nous retournions à Dieu, nous soyons unis à Dieu, et Dieu sera tout en tous.

 

La première partie de la Summa Theologiaeenquête donc sur Dieu en lui-même, sur le mystère de la Trinité et sur l’activité créatrice de Dieu. Dans cette partie, nous trouvons également une profonde réflexion sur la réalité authentique de l’être humain en tant que sorti des mains créatrices de Dieu, fruit de son amour. D’une part nous sommes un être créé, dépendant, nous ne venons pas de nous-mêmes, mais de l’autre, nous avons une véritable autonomie, ainsi nous ne sommes pas seulement quelque chose d’apparent — comme disent certains philosophes platoniciens — mais une réalité voulue par Dieu comme telle, et qui possède une valeur en elle-même.

 

Dans la deuxième partie, Saint Thomas considère l’homme, animé par la grâce, dans son aspiration à connaître et à aimer Dieu pour être heureux dans le temps et pour l’éternité. L’auteur présente tout d’abord les principes théologiques de l’action morale, en étudiant comment, dans le libre choix de l’homme d’accomplir des actes bons, s’intègrent la raison, la volonté et les passions, auxquelles s’ajoute la force que donne la Grâce de Dieu à travers les vertus et les dons de l’Esprit Saint, ainsi que l’aide qui est offerte également par la loi morale. Ainsi, l'être humain est un être dynamique qui se cherche lui-même, qui aspire à être lui-même et cherche, de cette manière, à accomplir des actes qui l’édifient, qui le font devenir vraiment homme ; et celui qui pénètre dans la loi morale, pénètre dans la grâce, dans sa propre raison, sa volonté et ses passions. Sur ce fondement, Saint Thomas trace la physionomie de l’homme qui vit selon l’Esprit et qui devient, ainsi, une icône de Dieu. Saint Thomas s’arrête ici pour étudier les trois vertus théologales — la foi, l’espérance et la charité —, suivies de l’examen approfondi de plus de cinquante vertus morales, organisées autour des quatre vertus cardinales : la prudence, la justice, la tempérance et la force. Il termine ensuite par une réflexion sur les différentes vocations dans l'Eglise.

 

Dans la troisième partie de la Summa, Saint Thomas étudie le Mystère du Christ — le chemin et la vérité — au moyen duquel nous pouvons rejoindre Dieu le Père. Dans cette section, il écrit des pages presque uniques sur le Mystère de l’Incarnation et de la Passion de Jésus, en ajoutant ensuite une vaste réflexion sur les sept Sacrements, car en eux le Verbe divin incarné étend les bénéfices de l’Incarnation pour notre Salut, pour notre chemin de foi vers Dieu et la vie éternelle et demeure presque présent matériellement avec la réalité de la Création et nous touche ainsi au plus profond de nous-mêmes.

 

En parlant des Sacrements, Saint Thomas s’arrête de manière particulière sur le Mystère de l’Eucharistie, pour lequel il eut une très grande dévotion, au point que, selon ses antiques biographes, il avait l’habitude d’approcher son visage du Tabernacle comme pour sentir battre le Cœur divin et humain de Jésus. Dans l’une de ses œuvres de commentaire de l'Ecriture, Saint Thomas nous aide à comprendre l’excellence du Sacrement de l’Eucharistie, lorsqu’il écrit : « L’Eucharistie étant le Sacrement de la Passion de notre Seigneur, elle contient Jésus Christ qui souffrit pour nous. Et donc, tout ce qui est l’effet de la Passion de notre Seigneur, est également l’effet de ce sacrement, n’étant autre que l’application en nous de la Passion du Seigneur » (In Ioannem, c.6, lect. 6, n. 963). Nous comprenons bien pourquoi Saint Thomas et d’autres saints ont célébré la Messe en versant des larmes de compassion pour le Seigneur, qui s’offre en sacrifice pour nous, des larmes de joie et de gratitude.

 

Chers frères et sœurs, à l'école des saints, tombons amoureux de ce Sacrement! Participons à la Messe avec recueillement, pour en obtenir des fruits spirituels, nourrissons-nous du Corps et du Sang du Seigneur, pour être sans cesse nourris par la Grâce divine! Entretenons-nous volontiers et fréquemment, familièrement, avec le Très Saint Sacrement!

 

Ce que Saint Thomas a illustré avec une grande rigueur scientifique dans ses œuvres théologiques majeures, comme justement la Summa Theologiae, et également la Summa contra Gentilesa été exposé dans sa prédication, adressée aux étudiants et aux fidèles. En 1273, un an avant sa mort, pendant toute la période du Carême, il tint des prédications dans l'église San Domenico Maggiore à Naples. Le contenu de ces sermons a été recueilli et conservé : ce sont les Opuscules, où il explique le Symbole des Apôtres, interprète la prière du Notre Père, illustre le Décalogue et commente l'Ave Maria. Le contenu des prédications du Doctor Angelicus correspond presque tout entier à la structure du Catéchisme de l'Eglise catholique. En effet, dans la catéchèse et dans la prédication, à une époque comme la nôtre d'engagement renouvelé pour l'évangélisation, ces arguments fondamentaux ne devraient jamais faire défaut : ce que nous croyons, et voici le Symbole de la foi ; ce que nous prions, et voici le Notre Père et l'Ave Maria; et ce que nous vivons comme nous l'enseigne la Révélation biblique, et voici la loi de l'amour de Dieu et du prochain et les Dix Commandements comme explication de ce mandat de l’amour.

 

Je voudrais proposer quelques exemples du contenu, simple, essentiel et convaincant, de l'enseignement de Saint Thomas. Dans son Opuscule sur le Symbole des Apôtres, il explique la valeur de la foi. Par l'intermédiaire de celle-ci, dit-il, l'âme s'unit à Dieu, et il se produit comme un bourgeon de vie éternelle ; la vie reçoit une orientation sûre, et nous dépassons avec aisance les tentations. A qui objecte que la foi est une stupidité, parce qu’elle fait croire en quelque chose qui n'appartient pas à l'expérience des sens, Saint Thomas offre une réponse très articulée, et il rappelle que cela est un doute inconsistant, parce que l'intelligence humaine est limitée et ne peut pas tout connaître. Ce n'est que dans le cas où nous pourrions connaître parfaitement toutes les choses visibles et invisibles, que ce serait alors une authentique sottise d'accepter des vérités par pure foi. Par ailleurs, il est impossible de vivre, observe Saint Thomas, sans se fier à l'expérience des autres, là où la connaissance personnelle n'arrive pas. Il est donc raisonnable de prêter foi à Dieu qui se révèle et au témoignage des Apôtres : ils étaient un petit nombre, simples et pauvres, bouleversés par la Crucifixion de leur Maître ; pourtant beaucoup de personnes sages, nobles et riches se sont converties en peu de temps à l'écoute de leur prédication. Il s'agit, en effet, d'un phénomène historiquement prodigieux, auquel on peut difficilement donner une autre réponse raisonnable, sinon celle de la rencontre des Apôtres avec le Christ ressuscité.

 

En commentant l'article du Symbole sur l'Incarnation du Verbe divin, Saint Thomas fait certaines considérations. Il affirme que la foi chrétienne, si l'on considère le mystère de l'Incarnation, se trouve renforcée ; l'espérance s'élève plus confiante, à la pensée que le Fils de Dieu est venu parmi nous, comme l'un de nous pour communiquer aux hommes sa divinité ; la charité est ravivée, parce qu'il n'y a pas de signe plus évident de l'amour de Dieu pour nous, que de voir le Créateur de l'univers se faire lui-même créature, un de nous. Enfin, si l'on considère le mystère de l'Incarnation de Dieu, nous sentons s'enflammer notre désir de rejoindre le Christ dans la gloire. Pour faire une comparaison simple mais efficace, Saint Thomas observe : « Si le frère d'un roi était loin, il brûlerait certainement de pouvoir vivre à ses côtés. Eh bien, le Christ est notre frère : nous devons donc désirer sa compagnie, devenir un seul cœur avec lui » (Opuscoli teologico-spirituali, Rome 1976, p. 64).

 

En présentant la prière du Notre Père, Saint Thomas montre qu'elle est en soit parfaite, ayant les cinq caractéristiques qu'une oraison bien faite devrait posséder : l'abandon confiant et tranquille ; un contenu convenable, car — observe Saint Thomas — « il est très difficile de savoir exactement ce qu'il est opportun de demander ou non, du moment que nous sommes en difficulté face à la sélection des désirs » (Ibid., p. 120) ; et puis l'ordre approprié des requêtes, la ferveur de la charité et la sincérité de l'humilité.

 

Saint Thomas a été, comme tous les saints, un grand dévot de la Vierge. Il l'a appelée d'un nom formidable : Triclinium totius Trinitatis, triclinium, c'est-à-dire lieu où la Trinité trouve son repos, parce qu'en raison de l'Incarnation, en aucune créature comme en elle, les trois Personnes divines habitent et éprouvent délice et joie à vivre dans son âme pleine de Grâce. Par son intercession nous pouvons obtenir tous les secours.

 

Avec une prière qui est traditionnellement attribuée à Saint Thomas et qui, quoi qu'il en soit, reflète les éléments de sa profonde dévotion mariale, nous disons nous aussi : « Ô bienheureuse et très douce Vierge Marie, Mère de Dieu..., je confie à ton cœur miséricordieux toute ma vie... Obtiens-moi, ô ma très douce Dame, la véritable charité, avec laquelle je puisse aimer de tout mon cœur ton très Saint Fils et toi, après lui, par dessus toute chose, et mon prochain en Dieu et pour Dieu ». 

 

 

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 13:16

Deuxième Audience générale du Pape Benoît XVI sur Saint Thomas d'Aquin, le 16 juin 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

Je voudrais aujourd'hui continuer la présentation de Saint Thomas d'Aquin, un théologien d'une telle valeur que l'étude de sa pensée a été explicitement recommandée par le Concile Vatican II dans deux documents, le décret Optatam totius, sur la formation au sacerdoce, et la déclaration Gravissimum educationis, qui traite de l'éducation chrétienne. Du reste, déjà en 1880, le Pape Léon XIII, son grand amateur et promoteur des études thomistes, voulut déclarer Saint Thomas Patron des écoles et des universités catholiques.

 

La principale raison de cette estime réside non seulement dans le contenu de son enseignement, mais aussi dans la méthode qu'il a adoptée, notamment sa nouvelle synthèse et distinction entre philosophie et théologie. Les Pères de l'Eglise se trouvaient confrontés à diverses philosophies de type platonicien, dans lesquelles était présentée une vision complète du monde et de la vie, y compris la question de Dieu et de la religion. En se confrontant avec ces philosophies, eux-mêmes avaient élaboré une vision complète de la réalité, en partant de la foi et en utilisant des éléments du platonisme, pour répondre aux questions essentielles des hommes. Cette vision, basée sur la révélation biblique et élaborée avec un platonisme corrigé à la lumière de la foi, ils l’appelaient « notre philosophie ». Le terme de « philosophie » n'était donc pas l'expression d'un système purement rationnel et, en tant que tel, distinct de la foi, mais indiquait une vision d'ensemble de la réalité, construite à la lumière de la foi, mais faite sienne et pensée par la raison ; une vision qui, bien sûr, allait au-delà des capacités propres de la raison, mais qui, en tant que telle, était aussi satisfaisante pour celle-ci. Pour Saint Thomas, la rencontre avec la philosophie pré-chrétienne d'Aristote (mort vers 322 av. J.-C.) ouvrait une perspective nouvelle. La philosophie aristotélicienne était, évidemment, une philosophie élaborée sans connaissance de l’Ancien et du Nouveau Testament, une explication du monde sans révélation, par la raison seule. Et cette rationalité conséquente était convaincante. Ainsi, l'ancienne formule de « notre philosophie » des Pères ne fonctionnait plus. La relation entre philosophie et théologie, entre foi et raison, était à repenser. Il existait une « philosophie » complète et convaincante en elle-même, une rationalité précédant la foi, et puis la « théologie », une pensée avec la foi et dans la foi. La question pressante était celle-ci : le monde de la rationalité, la philosophie pensée sans le Christ, et le monde de la foi sont-ils compatibles? Ou bien s'excluent-ils? Il ne manquait pas d'éléments qui affirmaient l'incompatibilité entre les deux mondes, mais Saint Thomas était fermement convaincu de leur compatibilité — et même que la philosophie élaborée sans la connaissance du Christ attendait en quelque sorte la lumière de Jésus pour être complète. Telle a été la grande « surprise » de saint Thomas, qui a déterminé son parcours de penseur. Montrer cette indépendance entre la philosophie et la théologie et, dans le même temps, leur relation réciproque a été la mission historique du grand maître. Et on comprend ainsi que, au XIXe siècle, alors que l'on déclarait avec force l'incompatibilité entre la raison moderne et la foi, le Pape Léon XIII indiqua Saint Thomas comme guide dans le dialogue entre l'une et l'autre. Dans son travail théologique, Saint Thomas suppose et concrétise cette relation. La foi consolide, intègre et illumine le patrimoine de vérité que la raison humaine acquiert. La confiance que Saint Thomas accorde à ces deux instruments de la connaissance — la foi et la raison — peut être reconduite à la conviction que toutes deux proviennent de l'unique source de toute vérité, le Logos divin, qui est à l'œuvre aussi bien dans le domaine de la Création que dans celui de la Rédemption.

 

En plus de l'accord entre la raison et la foi, il faut reconnaître, d'autre part, que celles-ci font appel à des processus de connaissance différents. La raison accueille une vérité en vertu de son évidence intrinsèque, médiate ou immédiate ; la foi, en revanche, accepte une vérité sur la base de l'autorité de la Parole de Dieu qui est révélée. Saint Thomas écrit au début de sa Summa Theologiae : « L'ordre des sciences est double ; certaines procèdent de principes connus à travers la lumière naturelle de la raison, comme les mathématiques, la géométrie et équivalents ; d'autres procèdent de principes connus à travers une science supérieure, c'est-à-dire la science de Dieu et des saints » (I, q. 1, a. 2).

 

Cette distinction assure l'autonomie autant des sciences humaines que des sciences théologiques. Celle-ci n'équivaut pas toutefois à une séparation, mais implique plutôt une collaboration réciproque et bénéfique. La foi, en effet, protège la raison de toute tentation de manquer de confiance envers ses propres capacités, elle l'encourage à s'ouvrir à des horizons toujours plus vastes, elle garde vivante en elle la recherche des fondements et, quand la raison elle-même s'applique à la sphère surnaturelle du rapport entre Dieu et l'homme, elle enrichit son travail. Selon Saint Thomas, par exemple, la raison humaine peut sans aucun doute parvenir à l’affirmation de l'existence d'un Dieu unique, mais seule la foi, qui accueille la Révélation divine, est en mesure de puiser au mystère de l'Amour du Dieu Un et Trine.

 

Par ailleurs, ce n'est pas seulement la foi qui aide la raison. La raison elle aussi, avec ses moyens, peut faire quelque chose d'important pour la foi, en lui rendant un triple service que Saint Thomas résume dans le préambule de son commentaire au De Trinitate de Boèce : « Démontrer les fondements de la foi ; expliquer à travers des similitudes les vérités de la foi ; repousser les objections qui sont soulevées contre la foi » (q. 2, a. 2). Toute l'histoire de la théologie est, au fond, l'exercice de cet engagement de l'intelligence, qui montre l'intelligibilité de la foi, son articulation et son harmonie interne, son caractère raisonnable, sa capacité à promouvoir le bien de l'homme. La justesse des raisonnements théologiques et leur signification réelle de connaissance se basent sur la valeur du langage théologique, qui est, selon Saint Thomas, principalement un langage analogique. La distance entre Dieu, le Créateur, et l'être de ses créatures est infinie ; la dissimilitude est toujours plus grande que la similitude (cf. DS 806). Malgré tout, dans toute la différence entre le Créateur et la créature, il existe une analogie entre l'être créé et l'être du Créateur, qui nous permet de parler avec des paroles humaines sur Dieu.

 

Saint Thomas a fondé la doctrine de l'analogie, outre que sur des thèmes spécifiquement philosophiques, également sur le fait qu'à travers la Révélation, Dieu lui-même nous a parlé et nous a donc autorisés à parler de Lui. Je considère qu'il est important de rappeler cette doctrine. En effet, celle-ci nous aide à surmonter certaines objections de l'athéisme contemporain, qui nie que le langage religieux soit pourvu d'une signification objective, et soutient au contraire qu'il a uniquement une valeur subjective ou simplement émotive. Cette objection découle du fait que la pensée positiviste est convaincue que l'homme ne connaît pas l'être, mais uniquement les fonctions qui peuvent être expérimentées par la réalité. Avec Saint Thomas et avec la grande tradition philosophique, nous sommes convaincus qu'en réalité, l'homme ne connaît pas seulement les fonctions, objet des sciences naturelles, mais connaît quelque chose de l'être lui-même, par exemple, il connaît la personne, le Toi de l'autre, et non seulement l'aspect physique et biologique de son être.

 

A la lumière de cet enseignement de Saint Thomas, la théologie affirme que, bien que limité, le langage religieux est doté de sens — car nous touchons l'être — comme une flèche qui se dirige vers la réalité qu'elle signifie. Cet accord fondamental entre raison humaine et foi chrétienne est présent dans un autre principe fondamental de la pensée de Saint Thomas d'Aquin : la Grâce divine n'efface pas, mais suppose et perfectionne la nature humaine. En effet, cette dernière, même après le péché, n'est pas complètement corrompue, mais blessée et affaiblie. La grâce, diffusée par Dieu et communiquée à travers le Mystère du Verbe incarné, est un don absolument gratuit avec lequel la nature est guérie, renforcée et aidée à poursuivre le désir inné dans le cœur de chaque homme et de chaque femme : le bonheur. Toutes les facultés de l'être humain sont purifiées, transformées et élevées dans la Grâce divine.

 

Une application importante de cette relation entre la nature et la Grâce se retrouve dans la théologie morale de Saint Thomas d'Aquin, qui apparaît d'une grande actualité. Au centre de son enseignement dans ce domaine, il place la loi nouvelle, qui est la loi de l'Esprit Saint. Avec un regard profondément évangélique, il insiste sur le fait que cette loi est la Grâce de l'Esprit Saint donnée à tous ceux qui croient dans le Christ. A cette Grâce s'unit l'enseignement écrit et oral des vérités doctrinales et morales, transmises par l'Eglise. Saint Thomas, en soulignant le rôle fondamental, dans la vie morale, de l'action de l'Esprit Saint, de la Grâce, dont jaillissent les vertus théologales et morales, fait comprendre que chaque chrétien peut atteindre les autres perspectives du « Sermon sur la montagne » s’il vit un rapport authentique de foi dans le Christ, s'il s'ouvre à l'action de son Saint Esprit. Mais — ajoute saint Thomas d'Aquin — « même si la grâce est plus efficace que la nature, la nature est plus essentielle pour l'homme » (Summa Theologiae, Ia, q.29. a. 3), c'est pourquoi, dans la perspective morale chrétienne, il existe une place pour la raison, qui est capable de discerner la loi morale naturelle. La raison peut la reconnaître en considérant ce qu'il est bon de faire et ce qu'il est bon d'éviter pour atteindre le bonheur qui tient au cœur de chacun, et qui impose également une responsabilité envers les autres, et donc, la recherche du bien commun. En d'autres termes, les vertus de l'homme, théologales et morales, sont enracinées dans la nature humaine. La Grâce divine accompagne, soutient et pousse l'engagement éthique, mais, en soi, selon Saint Thomas, tous les hommes, croyants et non croyants, sont appelés à reconnaître les exigences de la nature humaine exprimées dans la loi naturelle et à s'inspirer d'elle dans la formulation des lois positives, c'est-à-dire de celles émanant des autorités civiles et politiques pour réglementer la coexistence humaine.

 

Lorsque la loi naturelle et la responsabilité qu'elle implique sont niées, on ouvre de façon dramatique la voie au relativisme éthique sur le plan individuel et au totalitarisme de l'Etat sur le plan politique. La défense des droits universels de l'homme et l'affirmation de la valeur absolue de la dignité de la personne présupposent un fondement. Ce fondement n'est-il pas la loi naturelle, avec les valeurs non négociables qu'elle indique? Le vénérable Jean-Paul II écrivait dans son encyclique Evangelium vitae des paroles qui demeurent d'une grande actualité : « Pour l'avenir de la société et pour le développement d'une saine démocratie, il est donc urgent de redécouvrir l'existence de valeurs humaines et morales essentielles et originelles, qui découlent de la vérité même de l'être humain et qui expriment et protègent la dignité de la personne : ce sont donc des valeurs qu'aucune personne, aucune majorité ni aucun Etat ne pourront jamais créer, modifier ou abolir, mais que l'on est tenu de reconnaître, respecter et promouvoir » (n. 71).

 

En conclusion, Thomas nous propose un concept de la raison humaine ample et confiant : ample, car il ne se limite pas aux espaces de la soi-disant raison empirique-scientifique, mais il est ouvert à tout l'être et donc également aux questions fondamentales auxquelles on ne peut renoncer de la vie humaine ; et confiant, car la raison humaine, surtout si elle accueille les inspirations de la foi chrétienne, est promotrice d'une civilisation qui reconnaît la dignité de la personne, le caractère intangible de ses droits et le caractère coercitif de ses devoirs. Il n'est pas surprenant que la doctrine sur la dignité de la personne, fondamentale pour la reconnaissance du caractère inviolable de l'homme, se soit développée dans des domaines de pensée qui ont recueilli l'héritage de Saint Thomas d'Aquin, qui avait une conception très élevée de la créature humaine. Il la définit, à travers son langage rigoureusement philosophique, comme « ce qui se trouve de plus parfait dans toute la nature, c'est-à-dire un sujet subsistant dans une nature rationnelle » (Summa Theologiae, Ia, q. 29, a. 3).

 

La profondeur de la pensée de Saint Thomas d'Aquin découle — ne l'oublions jamais — de sa foi vivante et de sa piété fervente, qu'il exprimait dans des prières inspirées, comme celle où il demande à Dieu : « Accorde-moi, je t'en prie, une volonté qui te recherche, une sagesse qui te trouve, une vie qui te plaît, une persévérance qui t'attend avec patience et une confiance qui parvienne à la fin à te posséder ».

 

 

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 17:04

Première Audience générale du Pape Benoît XVI sur Saint Thomas d'Aquin, le 2 juin 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

Après quelques catéchèses sur le sacerdoce et mes derniers voyages, nous revenons aujourd'hui à notre thème principal, c'est-à-dire la méditation de certains grands penseurs du Moyen-Age. Nous avions vu dernièrement la grande figure de Saint Bonaventure, franciscain, et je voudrais aujourd'hui parler de celui que l'Eglise appelle le Doctor communis : c'est-à-dire Saint Thomas d'Aquin. Mon vénéré prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, dans son encyclique Fides et ratio, a rappelé que Saint Thomas "a toujours été proposé à juste titre par l'Eglise comme un maître de pensée et le modèle d'une façon correcte de faire de la théologie" (n. 43). Il n'est donc pas surprenant que, après Saint Augustin, parmi les écrivains ecclésiastiques mentionnés dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, Saint Thomas soit cité plus que tout autre, pas moins de soixante et une fois! Il a également été appelé Doctor Angelicus, sans doute en raison de ses vertus, en particulier le caractère sublime de sa pensée et la pureté de sa vie.

 

Thomas naquit entre 1224 et 1225 dans le château que sa famille, noble et riche, possédait à Roccasecca, près d'Aquin, à côté de la célèbre abbaye du Mont Cassin, où il fut envoyé par ses parents pour recevoir les premiers éléments de son instruction. Quelques années plus tard, il se rendit dans la capitale du Royaume de Sicile, Naples, où Frédéric II avait fondé une prestigieuse Université. On y enseignait, sans les limitations imposées ailleurs, la pensée du philosophe grec Aristote, auquel le jeune Thomas fut introduit, et dont il comprit immédiatement la grande valeur. Mais surtout, c'est au cours de ces années passées à Naples, que naquit sa vocation dominicaine. Thomas fut en effet attiré par l'idéal de l'Ordre fondé quelques années auparavant par Saint Dominique. Toutefois, lorsqu'il revêtit l'habit dominicain, sa famille s'opposa à ce choix, et il fut contraint de quitter le couvent et de passer un certain temps auprès de sa famille.

 

En 1245, désormais majeur, il put reprendre son chemin de réponse à l'appel de Dieu. Il fut envoyé à Paris pour étudier la théologie sous la direction d'un autre saint, Albert le Grand, dont j'ai récemment parlé. Albert et Thomas nouèrent une véritable et profonde amitié, et apprirent à s'estimer et à s'aimer, au point qu'Albert voulut que son disciple le suivît également à Cologne, où il avait été envoyé par les supérieurs de l'Ordre pour fonder une école de théologie. Thomas se familiarisa alors avec toutes les œuvres d'Aristote et de ses commentateurs arabes, qu'Albert illustrait et expliquait.

 

A cette époque, la culture du monde latin avait été profondément stimulée par la rencontre avec les œuvres d'Aristote, qui étaient demeurées longtemps inconnues. Il s'agissait d'écrits sur la nature de la connaissance, sur les sciences naturelles, sur la métaphysique, sur l'âme et sur l'éthique, riches d'informations et d'intuitions, qui apparaissaient de grande valeur et convaincants. Il s'agissait d'une vision complète du monde, développée sans et avant le Christ, à travers la raison pure, et elle semblait s'imposer à la raison comme "la" vision elle-même : cela était donc une incroyable attraction pour les jeunes de voir et de connaître cette philosophie. De nombreuses personnes accueillirent avec enthousiasme, et même avec un enthousiasme acritique, cet immense bagage de savoir antique, qui semblait pouvoir renouveler avantageusement la culture, ouvrir des horizons entièrement nouveaux. D'autres, toutefois, craignaient que la pensée païenne d'Aristote fût en opposition avec la foi chrétienne, et se refusaient de l'étudier. Deux cultures se rencontrèrent : la culture pré-chrétienne d'Aristote, avec sa rationalité radicale, et la culture chrétienne classique. Certains milieux étaient conduits au refus d'Aristote également en raison de la présentation qui était faite de ce philosophe par les commentateurs arabes Avicenne et Averroès. En effet, c'était eux qui avaient transmis la philosophie d'Aristote au monde latin. Par exemple, ces commentateurs avaient enseigné que les hommes ne disposaient pas d'une intelligence personnelle, mais qu'il existe un unique esprit universel, une substance spirituelle commune à tous, qui œuvre en tous comme "unique" : par conséquent, une dépersonnalisation de l'homme. Un autre point discutable véhiculé par les commentateurs arabes était celui selon lequel le monde est éternel comme Dieu. De façon compréhensible, des discussions sans fin se déchaînèrent dans le monde universitaire et dans le monde ecclésiastique. La philosophie d'Aristote se diffusait même parmi les personnes communes.

 

Thomas d'Aquin, à l'école d'Albert le Grand, accomplit une opération d'une importance fondamentale pour l'histoire de la philosophie et de la théologie, je dirais même pour l'histoire de la culture : il étudia à fond Aristote et ses interprètes, se procurant de nouvelles traductions latines des textes originaux en grec. Ainsi, il ne s'appuyait plus seulement sur les commentateurs arabes, mais il pouvait également lire personnellement les textes originaux, et commenta une grande partie des œuvres d'Aristote, en y distinguant ce qui était juste de ce qui était sujet au doute ou devant même être entièrement rejeté, en montrant la correspondance avec les données de la Révélation chrétienne et en faisant un usage ample et précis de la pensée d'Aristote dans l'exposition des écrits théologiques qu'il composa. En définitive, Thomas d'Aquin démontra qu'entre foi chrétienne et raison, subsiste une harmonie naturelle. Et telle a été la grande œuvre de Thomas qui, en ce moment de conflit entre deux cultures – ce moment où il semblait que la foi devait capituler face à la raison – a montré que les deux vont de pair, que ce qui apparaissait comme une raison non compatible avec la foi n'était pas raison, et que ce qui apparaissait comme foi n'était pas la foi, si elle s'opposait à la véritable rationalité ; il a ainsi créé une nouvelle synthèse, qui a formé la culture des siècles qui ont suivi.

 

En raison de ses excellentes capacités intellectuelles, Thomas fut rappelé à Paris comme professeur de théologie sur la chaire dominicaine. C'est là aussi que débuta sa production littéraire, qui se poursuivit jusqu'à sa mort, et qui tient du prodige : commentaires des Saintes Ecritures, parce que le professeur de théologie était surtout un interprète de l'Ecriture, commentaires des écrits d'Aristote, œuvres systématiques volumineuses, parmi elles l'excellente Summa Theologiae, traités et discours sur divers sujets. Pour la composition de ses écrits, il était aidé par des secrétaires, au nombre desquels Réginald de Piperno, qui le suivit fidèlement et auquel il fut lié par une amitié sincère et fraternelle, caractérisée par une grande proximité et confiance. C'est là une caractéristique des saints : ils cultivent l'amitié, parce qu'elle est une des manifestations les plus nobles du cœur humain et elle a quelque chose de divin, comme Thomas l'a lui-même expliqué dans certaines quaestiones de la Summa Theologiae, où il écrit : "La charité est l'amitié de l'homme avec Dieu principalement, et avec les êtres qui lui appartiennent" (II, q. 23, a. 1).

 

Il ne demeura pas longtemps ni de façon stable à Paris. En 1259, il participa au Chapitre général des Dominicains à Valenciennes, où il fut membre d'une commission qui établit le programme des études dans l'Ordre. De 1261 à 1265, ensuite, Thomas était à Orvieto. Le Pape Urbain IV, qui nourrissait à son égard une grande estime, lui commanda la composition de textes liturgiques pour la fête du Corpus Domini, que nous célébrons demain, instituée suite au miracle eucharistique de Bolsena. Thomas eut une âme d'une grande sensibilité eucharistique. Les très beaux hymnes que la liturgie de l'Eglise chante pour célébrer le mystère de la présence réelle du Corps et du Sang du Seigneur dans l'Eucharistie sont attribués à sa foi et à sa sagesse théologique. De 1265 à 1268, Thomas résida à Rome où, probablement, il dirigeait un Studium, c'est-à-dire une maison des études de l'ordre, et où il commença à écrire sa Summa Theologiae.

 

En 1269, il fut rappelé à Paris pour un second cycle d'enseignement. Les étudiants – on les comprend – étaient enthousiastes de ses leçons. L'un de ses anciens élèves déclara qu'une très grande foule d'étudiants suivaient les cours de Thomas, au point que les salles parvenaient à peine à tous les contenir et il ajoutait dans une remarque personnelle que "l'écouter était pour lui un profond bonheur". L'interprétation d'Aristote donnée par Thomas n'était pas acceptée par tous, mais même ses adversaires dans le domaine académique, comme Godefroid de Fontaines, par exemple, admettaient que la doctrine du frère Thomas était supérieure à d'autres par son utilité et sa valeur et permettait de corriger celles de tous les autres docteurs. Peut-être aussi pour le soustraire aux vives discussions en cours, les supérieurs l'envoyèrent encore une fois à Naples, pour être à disposition du roi Charles I, qui entendait réorganiser les études universitaires.

 

Outre les études et l'enseignement, Thomas se consacra également à la prédication au peuple. Et le peuple aussi venait volontiers l'écouter. Je dirais que c'est vraiment une grande grâce lorsque les théologiens savent parler avec simplicité et ferveur aux fidèles. Le ministère de la prédication, d'autre part, aide à son tour les chercheurs en théologie à un sain réalisme pastoral, et enrichit leur recherche de vifs élans.

 

Les derniers mois de la vie terrestre de Thomas restent entourés d'un climat particulier, mystérieux dirais-je. En décembre 1273, il appela son ami et secrétaire Réginald pour lui communiquer sa décision d'interrompre tout travail, parce que, pendant la célébration de la Messe, il avait compris, suite à une révélation surnaturelle, que tout ce qu'il avait écrit jusqu'alors n'était qu'"un monceau de paille". C'est un épisode mystérieux, qui nous aide à comprendre non seulement l'humilité personnelle de Thomas, mais aussi le fait que tout ce que nous réussissons à penser et à dire sur la foi, aussi élevé et pur que ce soit, est infiniment dépassé par la grandeur et par la beauté de Dieu, qui nous sera révélée en plénitude au Paradis. Quelques mois plus tard, absorbé toujours davantage dans une profonde méditation, Thomas mourut alors qu'il était en route vers Lyon, où il se rendait pour prendre part au Concile œcuménique convoqué par le Pape Grégoire X. Il s'éteignit dans l'Abbaye cistercienne de Fossanova, après avoir reçu le Viatique avec des sentiments de grande piété.

 

La vie et l'enseignement de Saint Thomas d'Aquin pourrait être résumés dans un épisode rapporté par les anciens biographes. Tandis que le saint, comme il en avait l'habitude, était en prière devant le crucifix, tôt le matin dans la chapelle "San Nicola" à Naples, Domenico da Caserta, le sacristain de l'Eglise, entendit un dialogue. Thomas demandait inquiet, si ce qu'il avait écrit sur les mystères de la foi chrétienne était juste. Et le Crucifié répondit : "Tu as bien parlé de moi, Thomas. Quelle sera ta récompense?". Et la réponse que Thomas donna est celle que nous aussi, amis et disciples de Jésus, nous voudrions toujours lui dire : "Rien d'autre que Toi, Seigneur!" (Ibid., p. 320).

 

 

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