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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 15:58

voyage portugalVoyage Apostolique du Pape Benoît XVI au Portugal – Homélie prononcée lors de la Messe au Terreiro do Paço à Lisbonne, le 11 mai 2010.

   

Messe au Terreiro do Paço (Lisbonne)

 

Chers Frères et Sœurs,

Chers jeunes amis!

 

« Allez donc ! de toutes les nations faites des disciples, […] apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20). Ces paroles du Christ ressuscité revêtent une signification particulière en cette ville de Lisbonne, d’où sont parties en grand nombre des générations et des générations de chrétiens – évêques, prêtres, personnes consacrées et laïcs, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes –, obéissant à l’appel du Seigneur et armés simplement de cette certitude qu’il leur a laissée : « Moi, je suis avec vous tous les jours ». La place que le Portugal s’est acquise parmi les nations pour le service offert à la diffusion de la foi est glorieuse : dans les cinq parties du monde, il y a des Églises locales qui ont tiré leur origine de l’action missionnaire portugaise.

 

Dans le passé, votre départ à la recherche des autres peuples n’a ni empêché ni détruit les liens avec ce que vous étiez et croyiez ; au contraire, avec sagesse chrétienne, vous avez réussi à transplanter expériences et particularités, en vous ouvrant à la contribution des autres pour être vous-mêmes, dans une apparente faiblesse qui est une force. Aujourd’hui, en participant à l’édification de la Communauté européenne, vous apportez la contribution de votre identité culturelle et religieuse. En effet, de même que Jésus Christ s’est joint aux disciples sur la route d’Emmaüs, de même marche-t-il aussi avec nous selon sa promesse : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Même si elle est différente de celle des Apôtres, nous avons nous aussi une expérience vraie et personnelle du Seigneur ressuscité. La distance des siècles est dépassée et le Ressuscité se présente vivant et agissant, par notre intermédiaire, dans l’aujourd’hui de l’Église et du monde. C’est cela notre grande joie. Dans le fleuve vivant de la Tradition ecclésiale, le Christ ne se trouve pas à 2000 ans de distance, mais il est réellement présent parmi nous et il nous offre la Vérité, il nous donne la lumière qui nous fait vivre et trouver le chemin vers l’avenir. Présent dans sa Parole, dans l’assemblée du peuple de Dieu avec ses Pasteurs et, de façon éminente, dans le sacrement de son Corps et de son Sang, Jésus est ici avec nous (…).

 

Lisbonne mon amie, port et abri de tant d’espérances qui t’étaient confiées par celui qui partait et que désirait celui qui te rendait visite, j’aimerais aujourd’hui me servir de ces clés que tu m’a remises pour que tu puisses fonder tes espérances humaines sur l’Espérance divine. Dans la lecture qui vient d’être proclamée, tirée de la Première Lettre de saint Pierre, nous avons entendu : « Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse, et celui qui se confie en elle ne sera pas déçu ». Et l’Apôtre explique : Approchez-vous du Seigneur, il est « la pierre vivante, rejetée par les hommes, mais que Dieu a choisie parce qu’il en connaît la valeur » (1 P 2, 6.4). Frères et sœurs, celui qui croit en Jésus ne sera pas déçu : il est la Parole de Dieu, qui ne se trompe pas et ne peut pas nous tromper. Parole confirmée par une « foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues » contemplée par l’auteur de l’Apocalypse « en vêtements blancs, avec des palmes à la main » (Ap 7, 9). Dans cette foule immense il n’y a pas seulement les Saints Verissimo, Maxima et Julia, martyrisés ici pendant la persécution de Dioclétien, ou Saint Vincent, diacre et martyr, patron principal du Patriarcat ; Saint Antoine et Saint Jean de Brito qui sont partis d’ici pour semer le bon grain de Dieu auprès d’autres terres et d’autres peuples, ou Saint Nuno de Santa María que, depuis un peu plus d’un an, j’ai inscrit au livre des Saints. Mais elle est formée des « serviteurs de notre Dieu » de tous les temps et de tous les lieux, sur le front desquels a été tracé le signe de la croix avec « le sceau du Dieu vivant » (Ap 7, 2) : l’Esprit Saint. Il s’agit du rite initial accompli sur chacun de nous dans le sacrement du Baptême, par lequel l’Église conduit les ‘saints’ à la lumière.

 

Nous savons que des enfants récalcitrants et même rebelles ne lui manquent pas, mais c’est dans les saints que l’Église reconnaît ses propres traits caractéristiques et c’est vraiment en eux qu’elle savoure sa joie la plus profonde. Ce qui les unit tous, c’est la volonté d’incarner l’Évangile dans leur propre existence, mus par l’Esprit-Saint, âme éternelle du Peuple de Dieu. Fixant son regard sur ses saints, cette Église locale a justement conclu qu’aujourd’hui la priorité pastorale est de faire de chaque chrétien une présence rayonnante de la perspective évangélique au milieu du monde, dans la famille, dans la culture, dans l’économie, dans la politique. Souvent nous nous préoccupons fébrilement des conséquences sociales, culturelles et politiques de la foi, escomptant que cette foi existe, ce qui malheureusement s’avère de jour en jour moins réaliste. On a peut-être mis une confiance excessive dans les structures et dans les programmes ecclésiaux, dans la distribution des responsabilités et des fonctions ; mais qu’arrivera-t-il si le sel s’affadit ?

 

Pour que cela n’arrive pas, il faut de nouveau annoncer avec vigueur et joie l’événement de la mort et de la résurrection du Christ, cœur du christianisme, fondement et soutien de notre foi, levier puissant de nos certitudes, vent impétueux qui balaie toute peur et toute indécision, tout doute et tout calcul humain. La résurrection du Christ nous assure qu’aucune puissance adverse ne pourra jamais détruire l’Église. Par conséquent notre foi a un fondement, mais il faut que cette foi devienne vie en chacun de nous. Il y a donc un vaste effort capillaire à accomplir afin que tout chrétien se transforme en témoin capable de rendre compte à tous et toujours de l’espérance qui l’anime (cf. 1 P 3, 15) : seul le Christ peut satisfaire pleinement les profondes aspirations de tout cœur humain et répondre à ses interrogations les plus inquiètes sur la souffrance, l’injustice et le mal, sur la mort et sur la vie dans l’Au-delà.

 

Chers Frères et jeunes amis, le Christ est toujours avec nous et il marche toujours avec son Église, il l’accompagne et la garde, comme il nous l’a dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Ne doutez jamais de sa présence ! Cherchez toujours le Seigneur Jésus, grandissez dans l’amitié avec lui, recevez-le dans la communion. Apprenez à écouter sa parole et aussi à le reconnaître dans les pauvres. Vivez votre existence avec joie et enthousiasme, sûrs de sa présence et de son amitié gratuite, généreuse, fidèle jusqu’à la mort de la Croix. Témoignez à tous la joie de sa présence forte et douce, en commençant par ceux qui ont votre âge. Dites-leur qu’il est beau d’être l’ami de Jésus et qu’il vaut la peine de le suivre. Par votre enthousiasme montrez que, parmi tant de modes de vie que le monde aujourd’hui semble nous offrir – tous apparemment du même niveau –, l’unique dans lequel se trouve le vrai sens de la vie et donc la joie véritable et durable est de suivre Jésus.

 

Cherchez chaque jour la protection de Marie, Mère du Seigneur et miroir de toute sainteté. Elle, la toute Sainte, vous aidera à être de fidèles disciples de son Fils Jésus Christ.

 

 

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 23:00

Dimanche 15 mai 2011 – 4e dimanche de Pâques (Année A)

 

Journée Mondiale de prière pour les vocations : et si Dieu t'appelait à devenir prêtre?

 

Première lecture : Actes 2. 14a. 36-41

« Détournez-vous de cette génération égarée, et vous serez sauvés »

 

Psaume 22

« Le Seigneur est mon berger »

 

Deuxième lecture : 1 Pierre 2. 20-25

« C'est par ses blessures que vous avez été guéris »

 

Evangile : Jn 10. 1-10

« Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé » 

 

***

Message audio du Pape : 2011

Regina Caeli du Pape : 2008 - 2011

Homélie du Père Walter Covens : 2008 - 2011

Homélie de Frère Dominique (Famille de Saint Joseph) : 2011 

Audio de Radio Vatican : 2011

Ce que l’Evangile nous dit et me demande

Comment reconnaître les vrais des faux prophètes (P. Raniero Cantalamessa)

Un bon pasteur qui prend le temps de connaître ses brebis une à une (P. Pierre Desroches, de Montréal)

5 manières de prendre soin de son prochain (P. Nicolas)

 

*** 

 

« Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et pour qu'ils l'aient en abondance » (Jn 10. 10)

 

« L'ordination est un don de soi à Dieu en vue de se donner aux hommes. Le Seigneur imprime au plus intime de l'être un caractère indélébile qui qualifie le prêtre pour tenir (...) (mais sans jamais la prendre), la place du Christ - prêtre, serviteur de ses frères.

 

« La beauté unique du sacerdoce tient à cette configuration intime du prêtre à son Seigneur. Elle le rend capable de faire ce qui, à vue humaine, est impossible à réaliser : rendre le Christ présent en personne au milieu des siens et agir en son nom (...).

 

« 'Le monde a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance' (Paul VI). Chaque artiste est témoin de l'espérance lorsqu'il transfigure la matière et la forme. Chaque prêtre est aussi ministre de l'espérance. En effet, chaque sacrement qu'il administre énonce l'avènement d'un monde nouveau : un monde eucharistique par la conversion du pain ; un royaume de liberté parce qu'au baptême, le Christ nous a lavés ; un règne de miséricorde parce que le pardon a triomphé de la haine... Chaque acte ministériel du prêtre nous fait accéder à ce nouvel ordre des choses, à une nouvelle Création, à une humanité réconciliée avec Dieu et avec elle-même. Chaque geste sacramentel du prêtre nous rajeunit, nous transfigure, nous embellit, nous rapporte à la beauté de notre vocation première, nous conforme à l'image du Fils unique. Chaque sacrement nous fait entrer dans l'espérance. Chaque sacrement refuse le fatalisme (...).

 

« La mission du prêtre est de faire accéder chacun à une qualité d'être, qui se définit par l'amour de charité. En définitive, le ministère du prêtre est d'aider chacun à faire de sa vie une oeuvre d'art, à retrouver l'estime de soi, car quelles que soient les tribulations de la vie, le Christ nous espère toujours. » (Mgr Dominique Rey, in Le prêtre).

        


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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 23:00

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 16:38

voyage portugalVoyage Apostolique du Pape Benoît XVI au Portugal – Discours à l’aéroport international de Lisbonne, le 11 mai 2010.

 

Monsieur le Président de la République,

Illustres Autorités de la Nation,

Chers Frères dans l’Episcopat,

Mesdames, Messieurs,

 

C’est aujourd’hui seulement que je puis répondre aux aimables invitations de Monsieur le Président et de mes Frères Evêques, à visiter cette antique et bien-aimée Nation, qui célèbre cette année le premier centenaire de la proclamation de la République. En foulant son sol pour la première fois depuis que la Divine Providence m’a appelé sur le Siège de Pierre, je suis grandement honoré et reconnaissant pour votre présence à tous, respectueuse et accueillante. Je vous remercie, Monsieur le Président, de me recevoir avec tant de cordialité, en vous faisant l’interprète des sentiments et des espérances du peuple portugais. A tous, indépendamment de leur foi et de leur religion, j’adresse un salut amical, en particulier à ceux qui n’ont pas pu venir à ma rencontre. J’arrive en pèlerin de la Vierge de Fatima, chargé par le Très-Haut de conforter mes frères qui progressent dans leur pèlerinage vers le Ciel.

 

Dès l’aube de son histoire, le peuple portugais s’est tourné vers le Successeur de Pierre pour faire reconnaître son existence comme Nation ; ensuite, l’un de mes Prédécesseurs a honoré le Portugal, en conférant à son Roi le titre de « très fidèle » (cf. Pie II, Bulle Dum tuam, 25/I/1460), en raison de grands et durables services rendus à la cause de l’Evangile. Quant à l’événement qui s’est produit voici 93 ans, quand le Ciel s’est littéralement ouvert sur le Portugal – comme une fenêtre d’espérance ouverte par Dieu lorsque l’homme Lui ferme la porte – pour rétablir, au sein de la famille humaine, les liens de la solidarité fraternelle fondés sur la reconnaissance mutuelle du même et unique Père, il s’agit d’un dessein d’amour de Dieu ; il ne dépend ni du Pape, ni d’aucune autre autorité ecclésiastique : “Ce n’est pas l’Eglise qui a imposé Fatima – dira le Cardinal Manuel Cerejeira, de vénérée mémoire –, mais c’est Fatima qui s’est imposé à l’Eglise”.

 

La Vierge Marie est venue du Ciel pour nous rappeler les vérités de l’Evangile qui constituent, pour l’humanité privée d’amour et sans espérance du salut, une source d’espérance. Certes, cette espérance a comme dimension première et radicale, non pas une relation horizontale, mais une relation verticale et transcendante. La relation avec Dieu est constitutive de l’être humain : créé et ordonné à Dieu, celui-ci cherche la vérité par ses facultés cognitives, il tend vers le bien par sa volonté, et il est attiré vers la beauté par son sens esthétique. La conscience est chrétienne dans la mesure où elle s’ouvre à la plénitude de la vie et de la sagesse que nous avons en Jésus-Christ. La visite, que je commence maintenant sous le signe de l’espérance, entend être une proposition de sagesse et de mission.

 

Une vision sage de la vie et du monde engendre un juste ordonnancement de la société. Se situant dans l’Histoire, l’Eglise est prête à collaborer avec quiconque ne marginalise pas ou ne réduit pas au domaine privé la question essentielle du sens humain de la vie. Il ne s’agit pas d’une opposition éthique entre un système laïc et un système religieux, mais bien de la question du sens que nous donnons à notre liberté. Ce qui importe, c’est la valeur attribuée au problème du sens et à son implication dans la vie publique. Le passage au régime républicain, qui s’est produit voici un siècle au Portugal, a ouvert, dans la distinction entre l’Eglise et l’Etat, un nouvel espace de liberté pour l’Eglise, espace auquel les deux Concordats de 1940 et 2004 ont pu donner forme, dans des cadres culturels et dans des perspectives ecclésiales très marquées par des changements rapides. Les souffrances provoquées par les transformations ont généralement été affrontées avec courage. Vivre dans la pluralité des systèmes de valeurs et de repères moraux requiert d’aller jusqu’au fond de son être et au cœur du christianisme, pour renforcer la qualité de son propre témoignage jusqu’à la sainteté, trouver des sentiers de mission jusqu’à la radicalité du martyre.

 

Chers frères et amis portugais, je vous remercie encore une fois pour la cordialité de votre accueil. Que Dieu bénisse ceux qui se trouvent ici et tous les habitants de cette noble et bien-aimée Nation que je confie à la Vierge de Fatima, image sublime de l’amour de Dieu qui vous embrasse tous comme des fils.

 

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 16:01

Entretien du Pape Benoît XVI accordé aux journalistes au cours du vol vers le Portugal, le 11 mai 2010.

 

Benoît XVI au cours du vol vers le Portugal

 

Père Lombardi : Sainteté, quelles préoccupations et quels sentiments ressentez-vous à l’égard de la situation de l’Église au Portugal ? Que peut-on dire au Portugal, dans le passé profondément catholique et porteur de la foi dans le monde, mais aujourd’hui en voie de profonde sécularisation, aussi bien dans la vie quotidienne, qu’au niveau juridique et culturel ? Comment annoncer la foi dans un contexte indifférent et hostile à l’Église ?

 

Saint-Père : D’abord, bonne journée à vous tous et nous nous souhaitons un bon voyage, malgré le fameux nuage sous lequel nous sommes. En ce qui concerne le Portugal, j’éprouve surtout des sentiments de joie, de gratitude pour tout ce qu’a fait et fait ce pays dans le monde et dans l’Histoire et pour la profonde humanité de ce peuple, que j’ai pu expérimenter lors d’une visite et auprès de beaucoup d’amis portugais. Je dirais que c’est vrai, très vrai, que le Portugal a été une grande force de la foi catholique, il a porté cette foi dans toutes les parties du monde ; une foi courageuse, intelligente et créative ; il a su créer une grande culture, nous le voyons au Brésil, au Portugal même, mais aussi la présence de l’esprit portugais en Afrique, en Asie.

 

D’autre part, la présence du sécularisme n’est pas une chose totalement nouvelle. La dialectique entre sécularisme et foi au Portugal a une longue histoire. Déjà au dix-huitième siècle, il y a une forte présence des Lumières, il suffit de penser au nom de Pombal. Ainsi nous voyons qu’en ces siècles, le Portugal a toujours vécu dans cette dialectique, qui naturellement aujourd’hui s’est radicalisée et se manifeste avec tous les signes de l’esprit européen d’aujourd’hui. Et cela me semble un défi et aussi une grande possibilité. En ces siècles de dialectique entre l’esprit des Lumières, le sécularisme et la foi, il n’a jamais manqué de personnes qui voulaient construire des ponts et créer un dialogue, mais malheureusement la tendance dominante fut celle de l’opposition et de l’exclusion réciproque. Aujourd’hui nous voyons justement que cette dialectique est une chance, que nous devons trouver la synthèse et un dialogue précurseur et profond. Dans la situation multiculturelle dans laquelle nous sommes tous, on voit qu’une culture européenne qui serait seulement rationaliste n’aurait pas la dimension religieuse transcendante, et ne serait pas en mesure d’entrer en dialogue avec les grandes cultures de l’humanité, qui ont toutes cette dimension transcendante, qui est une dimension de l’être humain. Et donc penser qu’il y aurait une raison pure, anhistorique, existant seulement en elle-même et que ce serait cela « la » raison, est une erreur ; nous découvrons toujours plus qu’elle touche seulement une partie de l’homme, qu’elle exprime une certaine situation historique, qu’elle n’est pas LA raison comme telle. La raison comme telle est ouverte à la transcendance et c’est seulement dans la rencontre entre la réalité transcendante, la foi et la raison que l’homme se trouve lui-même. Je pense donc que justement la tâche et la mission de l’Europe en cette situation est de trouver le chemin de ce dialogue, d’intégrer la foi et la rationalité moderne dans une vision anthropologique unifiée, qui rend compte complètement de l’être humain et ainsi rend également les cultures humaines communicantes. Par conséquent, je dirais que la présence du sécularisme est une chose normale, mais la séparation, l’opposition entre le sécularisme et la culture de la foi est anormale et doit être dépassée. Le grand défi de ce moment est que les deux se rencontrent, et trouvent ainsi leur véritable identité. Cela, comme je l’ai dit, est une mission de l’Europe et une nécessité humaine pour notre Histoire.

 

Père Lombardi : Merci Sainteté ! Nous continuons alors sur le thème de l’Europe. La crise économique s’est récemment aggravée en Europe et elle implique aussi en particulier le Portugal. Certains leaders européens pensent que l’avenir de l’Union européenne est à risque. Quelles leçons tirer de cette crise, aussi sur le plan éthique et moral ? Quelles sont les clés pour consolider l’unité et la coopération des Pays européens à l’avenir ?

 

Saint-Père : Je dirais que justement cette crise économique, avec sa composante morale, que personne ne peut nier, est un cas d’application, de concrétisation de ce que je viens de dire, c'est-à-dire que deux courants culturels séparés doivent se rencontrer, autrement nous ne trouverons pas un chemin d’avenir. Ici aussi nous constatons un faux dualisme, c'est-à-dire un positivisme économique qui pense pouvoir se réaliser sans la composante éthique, un marché qui serait régulé seulement par lui-même, par les pures forces économiques, par la rationalité positiviste et pragmatique de l’économie – l’éthique serait quelque chose d’autre, étrangère à ceci. Dans les faits, nous voyons maintenant qu’un pur pragmatisme économique, qui fait abstraction de la réalité de l’homme – qui est un être éthique –, n’aboutit pas positivement, mais crée des problèmes insolubles. Par conséquent, c’est maintenant le moment de voir que l’éthique n’est pas une réalité extérieure, mais intérieure à la rationalité et au pragmatisme économique.

 

D’autre part, nous devons aussi confesser que la foi catholique, chrétienne, était souvent trop individualiste, qu’elle abandonnait les choses concrètes, économiques, au monde et qu’elle pensait seulement au Salut individuel, aux actes religieux, sans voir que ceux-ci impliquent une responsabilité globale, une responsabilité pour le monde. Donc, ici aussi nous devons entrer dans un dialogue concret. Dans mon encyclique Caritas in veritate – et toute la tradition de la Doctrine sociale de l’Église va dans ce sens –, j’ai cherché à élargir l’aspect éthique et de la foi au dessus de l’individu, à la responsabilité envers le monde, à une rationalité « dimensionnée » par l’éthique. D’autre part, les derniers événements sur le marché, ces deux, trois dernières années, ont montré que la dimension éthique est intérieure et doit entrer à l’intérieur de l’agir économique, parce que l’homme est UN et qu’il s’agit de l’homme, d’une saine anthropologie, qui englobe tout, et c’est seulement ainsi que le problème se résout, c’est seulement ainsi que l’Europe remplit et réalise sa mission.

 

Père Lombardi : Merci, et maintenant venons à Fatima, qui sera un peu le sommet spirituel de ce voyage ! Sainteté, quelle signification ont pour nous aujourd’hui les apparitions de Fatima ? Quand vous avez présenté le texte du troisième secret à la Salle de presse du Vatican, en juin 2000, certains d’entre nous et d’autres collègues d’alors y étaient, il vous fut demandé si le message pouvait aussi être étendu, au-delà de l’attentat contre Jean-Paul II, à d’autres souffrances des Papes. Est-il possible, selon vous, de situer aussi dans cette vision les souffrances de l’Église d’aujourd’hui, liées aux péchés des abus sexuels sur les mineurs ?

 

Saint-Père : Avant tout je voudrais exprimer ma joie d’aller à Fatima, de prier devant la Vierge de Fatima, qui est pour nous un signe de la présence de la foi, que c’est des petits proprement que naît une nouvelle force de la foi, qui ne se limite pas aux seuls petits, mais qui a un message pour tout le monde et rejoint le cours de l’Histoire dans son présent et l’éclaire. En 2000, dans la présentation, j’avais dit qu’une apparition, c’est-à-dire un événement surnaturel, qui ne vient pas seulement de l’imagination de la personne, mais en réalité de la Vierge Marie, du surnaturel, qu’un tel événement entre dans un sujet et s’exprime dans les possibilités du sujet. Le sujet est déterminé par ses conditions historiques, personnelles, de tempérament, et donc traduit ce grand événement surnaturel dans ses possibilités de voir, d’imaginer, d’exprimer, mais dans ses expressions, formées par le sujet, se cache un contenu qui va au-delà, plus profondément, et c’est seulement dans le cours de l’Histoire que nous pouvons voir toute la profondeur, qui était – disons – « vêtue » dans cette vision possible aux personnes concrètes. Je dirais donc, ici aussi, au-delà de cette grande vision de la souffrance du Pape, que nous pouvons en premier lieu rapporter au Pape Jean-Paul II, sont indiquées des réalités de l’avenir de l’Église qui au fur et à mesure se développent et se manifestent. Par conséquent, il est vrai que au-delà du moment indiqué dans la vision, on parle, on voit la nécessité d’une Passion de l’Église, qui naturellement se reflète dans la personne du Pape, mais le Pape est pour l’Église et donc ce sont des souffrances de l’Église qui sont annoncées. Le Seigneur nous a dit que l’Église aura toujours à souffrir, de diverses façons, jusqu’à la fin du monde. L’important est que le message, la réponse de Fatima, ne réside pas substantiellement dans des dévotions particulières, mais dans la réponse de fond, c’est-à-dire la conversion permanente, la pénitence, la prière et les trois vertus théologales : foi, espérance et charité. Ainsi voyons-nous ici la réponse véritable et fondamentale que l’Église doit donner, que nous, chacun de nous, devons donner dans cette situation. Quant aux nouveautés que nous pouvons découvrir aujourd’hui dans ce message, il y a aussi le fait que les attaques contre le Pape et contre l’Église ne viennent pas seulement de l’extérieur, mais les souffrances de l’Église viennent proprement de l’intérieur de l’Église, du péché qui existe dans l’Église. Ceci s’est toujours su, mais aujourd’hui nous le voyons de façon réellement terrifiante : que la plus grande persécution de l’Église ne vient pas de ses ennemis extérieurs, mais naît du péché de l’Église et que donc l’Église a un besoin profond de ré-apprendre la pénitence, d’accepter la purification, d’apprendre d’une part le pardon, mais aussi la nécessité de la justice. Le pardon ne remplace pas la justice. En un mot, nous devons ré-apprendre cet essentiel : la conversion, la prière, la pénitence et les vertus théologales. Nous répondons ainsi, nous sommes réalistes en nous attendant que le mal attaque toujours, qu’il attaque de l’intérieur et de l’extérieur, mais aussi que les forces du bien sont toujours présentes et que, à la fin, le Seigneur est plus fort que le mal, et pour nous la Vierge est la garantie visible, maternelle, de la bonté de Dieu, qui est toujours la parole ultime dans l’Histoire.

 

Père Lombardi : Merci, Sainteté, de la clarté, de la profondeur de vos réponses et de cette parole conclusive d’espérance que vous nous avez donnée. Nous vous souhaitons vraiment de pouvoir accomplir sereinement ce voyage si prenant et de pouvoir aussi le vivre avec toute la joie et la profondeur spirituelle que la rencontre avec le mystère de Fatima nous inspire. Bon voyage à vous, et nous chercherons à bien faire notre tâche et à relayer objectivement ce que vous ferez.

 

 

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 16:39

Discours du Pape Benoît XVI à la Communauté luthérienne de Rome, le 14 mars 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

Je souhaite remercier de tout cœur toute la communauté, vos responsables, en particulier le pasteur Kruse, pour m'avoir invité à célébrer avec vous ce dimanche Laetare, en ce jour où l'élément déterminant est l'espérance, tournée vers la lumière qui, à travers la résurrection du Christ, déchire les ténèbres de notre quotidien, des questions irrésolues de notre vie. Cher pasteur Kruse, vous nous avez exposé le message d'espérance de Saint Paul. L'Evangile, tiré du douzième chapitre de Jean, que je voudrais essayer d'expliquer, est aussi un Evangile de l'espérance et, dans le même temps, c'est un Evangile de la Croix. Ces deux dimensions vont de pair : puisque l'Evangile se réfère à la Croix, il parle de l'espérance, et puisqu'il donne l'espérance, il doit parler de la Croix.

 

Jean nous raconte que Jésus était monté à Jérusalem pour célébrer la Pâque, puis il dit : "Il y avait là aussi quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête". Il s'agissait certainement d'hommes du groupe que l'on appelle phoboumenoi ton Theon, les "Craignants-Dieu" qui, au-delà du polythéisme de leur monde, étaient à la recherche du Dieu authentique qui est vraiment Dieu, à la recherche de l'unique Dieu, auquel appartient le monde entier et qui est le Dieu de tous les hommes. Et ils avaient trouvé ce Dieu, qu'ils réclamaient et qu'ils recherchaient, auquel tout homme aspire en silence, dans la Bible d'Israël, en y reconnaissant ce Dieu qui a créé le monde. Il est le Dieu de tous les hommes et, dans le même temps, il a choisi un peuple concret et un lieu pour être, à partir de là, présent parmi nous. Ce sont des chercheurs de Dieu, et ils sont venus à Jérusalem pour adorer l'unique Dieu, pour savoir quelque chose de son mystère. En outre, l'Evangéliste nous raconte que ces personnes entendent parler de Jésus, vont voir Philippe, l'Apôtre originaire de Bethsaïde, où pour moitié l'on parlait en grec, et disent : "Nous voulons voir Jésus". Leur désir de connaître Dieu les pousse à vouloir voir Jésus et, à travers lui, connaître Dieu de plus près. "Nous voulons voir Jésus" : une expression qui nous émeut, car nous tous voudrions toujours plus véritablement le voir et le connaître. Je pense que ces Grecs nous intéressent pour deux motifs : d'une part, leur situation est aussi la nôtre, nous aussi nous sommes des pèlerins porteurs de la question sur Dieu, à la recherche de Dieu. Et nous aussi nous voudrions connaître Jésus de plus près, le voir vraiment. Toutefois, il est aussi vrai que, comme Philippe et André, nous devrions être amis de Jésus, des amis qui le connaissent et peuvent ouvrir aux autres le chemin qui porte jusqu'à lui. Et c'est pour cette raison que je pense qu'en cette heure, nous devrions prier ainsi : Seigneur, aide-nous à être des hommes en chemin vers toi. Seigneur, donne-nous de pouvoir te voir toujours davantage. Aide-nous à être tes amis, qui ouvrent aux autres la porte vers toi.

 

Cela conduisit-il effectivement à une rencontre entre Jésus et ces Grecs? Jean ne le dit pas. La réponse de Jésus, qu'il nous rapporte, va bien au-delà de ce moment précis. Il s'agit d'une double réponse : il parle de la glorification de Jésus qui commençait alors : "Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme" (Jn 12, 23). Le Seigneur explique ce concept de la glorification avec la parabole du grain de blé : "En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit" (v. 24). En effet, le grain de blé doit mourir, s'ouvrir d'une certaine manière dans le terrain, pour absorber en soi la force de la terre et devenir ainsi tige et fruit. En ce qui concerne le Seigneur, c'est la parabole de son propre mystère. Lui-même est le grain de blé venu de Dieu, le grain de blé divin, qui se laisse tomber sur la terre, qui se laisse ouvrir, briser dans la mort et, précisément à travers cela, il s'ouvre et peut ainsi porter du fruit dans l'immensité du monde. Il ne s'agit plus seulement d'une rencontre avec telle ou telle personne pour un moment. A présent, en tant que ressuscité, il est "nouveau" et il dépasse les limites du temps et de l'espace. A présent, il parvient véritablement jusqu'aux Grecs. A présent, il se montre à eux et parle avec eux, et ceux-ci parlent avec lui et c'est ainsi que naît la foi, que grandit l'Eglise à partir de tous les peuples, la communauté de Jésus Christ ressuscité, qui deviendra son corps vivant, fruit du grain de blé. Dans cette parabole nous pouvons également trouver une référence au mystère de l'Eucharistie : Lui, qui est le grain de blé, tombe dans la terre et meurt. Ainsi naît la sainte multiplication du pain de l'Eucharistie, dans laquelle il devient pain pour les hommes en tous temps et en tous lieux.

 

Ce qu'ici, dans cette parabole, le Seigneur dit de lui, il l'applique à nous dans deux autres versets : "Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle" (v. 25). Je pense que lorsque nous entendons cela, dans un premier moment, cela ne nous plaît pas. Nous voudrions dire au Seigneur : Mais qu'es-tu en train de nous dire, Seigneur? Nous devons haïr notre vie, nous-mêmes? Notre vie n'est-elle donc pas un don de Dieu? N'avons-nous pas été créés à ton image? Ne devrions-nous pas être emplis de reconnaissance et de joie parce que tu nous as donné la vie? Mais la parole de Jésus a une autre signification. Naturellement, le Seigneur nous a donné la vie, et nous en sommes reconnaissants. Gratitude et joie sont des attitudes fondamentales de l'existence chrétienne. Oui, nous pouvons être heureux parce que nous savons que cette vie qui est la mienne vient de Dieu. Elle n'est pas un hasard privé de sens. Je suis désiré et je suis aimé. Lorsque Jésus dit que nous devrions haïr notre propre vie, il entend dire tout autre chose. Je pense ici à deux attitudes fondamentales. L'une est celle pour laquelle je voudrais conserver ma vie pour moi-même, pour laquelle je considère ma vie comme ma propriété, je me considère moi-même comme ma propriété, pour laquelle je voudrais exploiter le plus possible cette vie présente, afin d'avoir vécu beaucoup en vivant pour moi-même. Celui qui le fait, qui vit pour lui-même et s'intéresse uniquement à lui-même, ne se trouve pas, il se perd. C'est précisément le contraire : ne pas prendre la vie, mais la donner. C'est ce que nous dit le Seigneur. Et ce n'est pas en gardant notre vie pour nous que nous la recevons, mais c'est en la donnant, en allant au-delà de nous-mêmes, en ne nous regardant pas nous-mêmes, mais en nous donnant à l'autre dans l'humilité de l'amour, en lui donnant notre vie et en la donnant aux autres. Nous nous enrichissons en nous éloignant de nous-mêmes, en nous libérant de nous-mêmes. En donnant la vie, et non en la gardant, nous recevons véritablement la vie.

 

Le Seigneur poursuit et affirme, dans un deuxième verset : "Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera" (v. 26). Ce don de soi, qui en réalité est l'essence de l'amour, est identique à la Croix. En effet, la Croix n'est rien d'autre que cette loi fondamentale du grain de blé mort, la loi fondamentale de l'amour : nous ne devenons nous-mêmes que lorsque nous nous donnons. Mais le Seigneur ajoute que ce don de soi, cette acceptation de la Croix, cet éloignement de soi, signifie aller à sa rencontre, en tant que "nous", en le suivant et en prenant le chemin du grain de blé, nous trouvons le chemin de l'amour, qui semble tout d'abord un chemin de tribulation et de fatigue, mais précisément pour cette raison, c'est le chemin du Salut. Au chemin de la Croix, qui est le chemin de l'amour, de la perte de soi et du don de soi, appartient la sequela, le fait d'aller avec lui qui est, lui-même, le chemin, la vérité et la vie. Ce concept inclut aussi le fait que cette sequela se réalise dans le "nous", que personne d'entre nous n'a son propre Christ, son propre Jésus, que nous ne pouvons le suivre que si nous marchons tous ensemble avec lui, en entrant dans ce "nous" et en apprenant avec lui son amour qu'il donne. La sequela se réalise dans ce "nous". Cela fait partie du fait d'être chrétiens, cet "être nous" dans la communauté de ses disciples. Et cela nous pose la question de l'œcuménisme : la tristesse d'avoir brisé ce "nous", d'avoir subdivisé l'unique chemin en tant de voies, et ainsi s'en trouve voilé le témoignage que nous devrions rendre de cette manière, et l'amour ne peut pas trouver sa pleine expression.

 

Que devrions-nous dire à cet égard? Nous entendons aujourd'hui beaucoup de plaintes sur le fait que l'œcuménisme piétinerait, d'accusations réciproques ; je pense toutefois que nous devrions rendre grâce pour la grande unité existante. Il est beau qu'aujourd'hui, dimanche Laetare, nous puissions prier ensemble, entonner les mêmes hymnes, écouter la même parole de Dieu, l'expliquer ensemble et essayer de la comprendre : que nous regardions vers l'unique Christ que nous voyons et auquel nous voulons appartenir et que, de cette manière, nous rendions déjà témoignage qu'il est l'Unique, celui qui nous a tous appelés et auquel, au plus profond, nous appartenons tous. Je crois que nous devrions montrer au monde surtout cela : non pas des litiges et des conflits de toute sorte, mais la joie et la gratitude pour le fait que le Seigneur nous donne cela et qu'il existe une réelle unité, qui peut devenir toujours plus profonde, et qui doit devenir toujours plus un témoignage de la parole du Christ, du chemin du Christ dans ce monde. Naturellement, nous ne devons pas nous contenter de cela, même si nous devons être emplis de gratitude pour cette proximité. Toutefois, le fait que sur des choses essentielles, dans la célébration de l'Eucharistie, nous ne puissions pas boire à la même coupe, nous ne puissions pas nous rassembler autour du même autel, doit nous remplir de tristesse parce que nous portons cette faute, parce que nous portons atteinte à ce témoignage. Cela doit nous motiver intérieurement, sur le chemin vers une plus grande unité, dans la conscience qu'au fond, seul le Seigneur peut nous la donner parce qu'une unité accomplie par nous serait une œuvre humaine et donc fragile, comme tout ce que les hommes réalisent. Nous nous donnons à lui, nous cherchons toujours davantage à le connaître et à l'aimer, à le voir, et nous le laissons nous conduire ainsi, véritablement, à l'unité pleine, pour laquelle nous le prions urgemment en ce moment.

 

 

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 16:56

Audience Générale du Pape Benoît XVI, le 10 février 2010, sur Saint Antoine de Padoue.

 

Chers frères et sœurs,

 

Il y a deux semaines, j'ai présenté la figure de saint François d'Assise. Ce matin, je voudrais parler d'un autre saint, appartenant à la première génération des Frères mineurs : Antoine de Padoue ou, comme il est également appelé, de Lisbonne, en référence à sa ville natale. Il s'agit de l'un des saints les plus populaires de toute l'Eglise catholique, vénéré non seulement à Padoue, où s'élève une splendide basilique qui conserve sa dépouille mortelle, mais dans le monde entier. Les images et les statues qui le représentent avec le lys, symbole de sa pureté, ou avec l'Enfant Jésus dans les bras, en souvenir d'une apparition miraculeuse mentionnée par certaines sources littéraires, sont chères aux fidèles. Antoine a contribué de façon significative au développement de la spiritualité franciscaine, avec ses dons marqués d'intelligence, d'équilibre, de zèle apostolique et principalement de ferveur mystique.

 

Il naquit à Lisbonne dans une famille noble, aux alentours de 1195, et fut baptisé sous le nom de Fernando. Il entra chez les chanoines qui suivaient la Règle monastique de Saint Augustin, d'abord dans le monastère Saint-Vincent à Lisbonne, et successivement dans celui de la Sainte-Croix à Coïmbra, centre culturel de grande renommée au Portugal. Il se consacra avec intérêt et sollicitude à l'étude de la Bible et des Pères de l'Eglise, acquérant une science théologique qu'il mit à profit dans son activité d'enseignement et de prédication.

 

A Coïmbra eut lieu l'épisode qui marqua un tournant décisif dans sa vie : c'est là qu'en 1220, furent exposés les reliques des cinq premiers missionnaires franciscains, qui s'étaient rendus au Maroc, où ils avaient subi le martyre. Leur vie suscita chez le jeune Fernando le désir de les imiter et d'avancer sur le chemin de la perfection chrétienne : il demanda alors de quitter les chanoines augustins et de devenir Frère mineur. Sa requête fut acceptée et, ayant pris le nom d'Antoine, il partit lui aussi pour le Maroc, mais la Providence divine en décida autrement. A la suite d'une maladie, il fut contraint de rentrer en Italie et, en 1221, participa au célèbre « Chapitre des nattes » à Assise, où il rencontra également Saint François. Par la suite, il vécut pendant quelques temps caché de la manière la plus totale dans un couvent près de Forli, au nord de l'Italie, où le Seigneur l'appela à une autre mission. Invité, dans des conditions fortuites, à prêcher à l'occasion d'une ordination sacerdotale, il se révéla être doté d'une telle science et éloquence que ses supérieurs le destinèrent à la prédication. C'est ainsi que commença en Italie et en France une activité apostolique si intense et efficace qu'elle conduisit de nombreuses personnes qui s'étaient détachées de l'Eglise à revenir sur leurs pas. Antoine fut également parmi les premiers maîtres de théologie des Frères mineurs, sinon le premier. Il commença son enseignement à Bologne, avec la bénédiction de Saint François, qui, reconnaissant les vertus d'Antoine, lui envoya une brève lettre qui commençait par ces paroles : « Il me plaît que tu enseignes la théologie aux frères ». Antoine posa les bases de la théologie franciscaine qui, cultivée par d'autres éminentes figures de penseurs, devait connaître son apogée avec Saint Bonaventure de Bagnoregio et le bienheureux Duns Scot.

 

Devenu supérieur provincial des Frères mineurs du nord de l'Italie, il poursuivit son ministère de la prédication, l'alternant avec des charges de gouvernement. Ayant conclu la charge de provincial, il se retira près de Padoue, où il s'était déjà rendu trois fois. A peine un an après, il mourut aux portes de la Ville, le 13 juin 1231. Padoue, qui l'avait accueilli avec affection et vénération pendant sa vie, lui rendit pour toujours honneur et dévotion. Le Pape Grégoire IX lui-même, qui, après l'avoir écouté prêcher, l'avait défini « Arche du Testament », le canonisa un an seulement après sa mort, en 1232, notamment à la suite de miracles survenus par son intercession.

 

Au cours de la dernière période de sa vie, Antoine écrivit deux cycles de « Sermons », intitulés respectivement « Sermons du dimanche » et « Sermons sur les saints », destinés aux prêcheurs et aux enseignants des études théologiques de l'Ordre franciscain. Dans ces Sermons, il commente les textes de l'Ecriture présentés par la Liturgie, en utilisant l'interprétation patristique et médiévale des quatre sens, le sens littéral ou historique, le sens allégorique ou christologique, le sens tropologique ou moral, et le sens anagogique, qui conduit vers la vie éternelle. Aujourd'hui, on redécouvre que ces sens sont des dimensions de l'unique sens de l'Ecriture Sainte et qu'il est juste d'interpréter l'Ecriture Sainte en recherchant les quatre dimensions de sa parole. Ces Sermons de Saint Antoine sont des textes théologiques et homilétiques, qui rappellent la prédication vivante, dans lesquels Antoine propose un véritable itinéraire de vie chrétienne. La richesse d'enseignements spirituels contenue dans les « Sermons » est telle que le vénérable Pape Pie XII, en 1946, proclama Antoine Docteur de l'Eglise, lui attribuant le titre de « Docteur évangélique », car de ces écrits émanent la fraîcheur et la beauté de l'Evangile ; aujourd'hui encore, nous pouvons les lire avec un grand bénéfice spirituel.

 

Dans ces Sermons, Saint Antoine parle de la prière comme d'une relation d'amour, qui pousse l'homme à un dialogue affectueux avec le Seigneur, créant une joie ineffable, qui enveloppe doucement l'âme en prière. Antoine nous rappelle que la prière a besoin d'une atmosphère de silence, qui ne coïncide pas avec le détachement du bruit extérieur, mais qui est une expérience intérieure, qui vise à éliminer les distractions provoquées par les préoccupations de l'âme, en créant le silence dans l'âme elle-même. Selon l'enseignement de cet éminent Docteur franciscain, la prière s'articule autour de quatre attitudes indispensables, qui, dans le latin d'Antoine, sont définies ainsi : obsecratio, oratio, postulatio, gratiarum actio. Nous pourrions les traduire de la façon suivante : ouvrir avec confiance son cœur à Dieu ; tel est le premier pas de la prière : pas simplement saisir une parole, mais ouvrir son cœur à la présence de Dieu ; puis s'entretenir affectueusement avec Lui, en le voyant présent avec moi ; et – chose très naturelle – lui présenter nos besoins ; enfin, le louer et lui rendre grâce.

 

Dans cet enseignement de Saint Antoine sur la prière, nous saisissons l'un des traits spécifiques de la théologie franciscaine, dont il a été l'initiateur, c'est-à-dire le rôle assigné à l'amour divin, qui entre dans la sphère affective, de la volonté, du cœur et qui est également la source d'où jaillit une connaissance spirituelle, qui dépasse toute connaissance. En effet, lorsque nous aimons, nous connaissons.

 

Antoine écrit encore : « La charité est l'âme de la foi, elle la rend vivante ; sans l'amour, la foi meurt ». Seule une âme qui prie peut accomplir des progrès dans la vie spirituelle : tel est l'objet privilégié de la prédication de Saint Antoine. Il connaît bien les défauts de la nature humaine, notre tendance à tomber dans le péché, c'est pourquoi il exhorte continuellement à combattre la tendance à l'avidité, à l'orgueil, à l'impureté, et à pratiquer au contraire les vertus de la pauvreté et de la générosité, de l'humilité et de l'obéissance, de la chasteté et de la pureté.

 

Aux débuts du XIIIe siècle, dans le cadre de la renaissance des villes et du développement du commerce, le nombre de personnes insensibles aux besoins des pauvres augmentait. Pour cette raison, Antoine invite à plusieurs reprises les fidèles à penser à la véritable richesse, celle du cœur, qui rend bons et miséricordieux, fait accumuler des trésors pour le Ciel. « O riches – telle est son exhortation – prenez pour amis... les pauvres, accueillez-les dans vos maisons : ce seront eux, les pauvres, qui vous accueilleront par la suite dans les tabernacles éternels, où résident la beauté de la paix, la confiance de la sécurité, et le calme opulent de l'éternelle satiété » (ibid., n. 29).

 

N'est-ce pas là, chers amis, un enseignement très important aujourd'hui également, alors que la crise financière et les graves déséquilibres économiques appauvrissent de nombreuses personnes et créent des conditions de pauvreté? Dans mon encyclique Caritas in veritate, je rappelle : « Pour fonctionner correctement, l'économie a besoin de l'éthique; non pas d'une éthique quelconque, mais d'une éthique amie de la personne » (n. 45).

 

Antoine, à l'école de François, place toujours le Christ au centre de la vie et de la pensée, de l'action et de la prédication. Il s'agit d'un autre trait typique de la théologie franciscaine : le christocentrisme. Celle-ci contemple volontiers, et invite à contempler les mystères de l'humanité du Seigneur, l'homme Jésus, de manière particulière le mystère de la Nativité, Dieu qui s'est fait Enfant, qui s'est remis entre nos mains : un mystère qui suscite des sentiments d'amour et de gratitude envers la bonté divine.

 

D'une part la Nativité, un point central de l'amour du Christ pour l'humanité, mais également la vision du Crucifié inspire à Antoine des pensées de reconnaissance envers Dieu et d'estime pour la dignité de la personne humaine, de sorte que tous, croyants et non croyants, peuvent trouver dans le crucifié et dans son image une signification qui enrichit la vie. Saint Antoine écrit : « Le Christ, qui est ta vie, est accroché devant toi, pour que tu regardes dans la Croix comme dans un miroir. Là tu pourras voir combien tes blessures furent mortelles, aucune médecine n'aurait pu les guérir, si ce n'est celle du sang du Fils de Dieu. Si tu regardes bien, tu pourras te rendre compte à quel point sont grandes ta dignité humaine et ta valeur... En aucun autre lieu l'homme ne peut mieux se rendre compte de ce qu'il vaut, qu'en se regardant dans le miroir de la Croix » (Sermones Dominicales et Festivi III, pp. 213-214).

 

En méditant ces paroles nous pouvons mieux comprendre l'importance de l'image du Crucifix pour notre culture, pour notre humanisme né de la foi chrétienne. C'est précisément en regardant le Crucifié que nous voyons, comme le dit Saint Antoine, à quel point est grande la dignité humaine et la valeur de l'homme. En aucun autre lieu on ne peut comprendre combien vaut l'homme, pourquoi précisément Dieu nous rend aussi importants, nous voit aussi importants, au point d'être, pour Lui, dignes de sa souffrance ; ainsi toute la dignité humaine apparaît dans le miroir du Crucifié et le regard vers Lui est toujours une source de reconnaissance de la dignité humaine.

 

Chers amis, puisse Antoine de Padoue, si vénéré par les fidèles, intercéder pour l'Eglise entière, et surtout pour ceux qui se consacrent à la prédication ; prions le Seigneur afin qu'il nous aide à apprendre un peu de cet art de Saint Antoine. Que les prédicateurs, en tirant leur inspiration de son exemple, aient soin d'unir une solide et saine doctrine, une piété sincère et fervente, une communication incisive. En cette année sacerdotale, prions afin que les prêtres et les diacres exercent avec sollicitude ce ministère d'annonce et d'actualisation de la Parole de Dieu aux fidèles, en particulier à travers les homélies liturgiques. Que celles-ci soient une présentation efficace de l'éternelle beauté du Christ, précisément comme Antoine le recommandait : « Si tu prêches Jésus, il libère les cœurs durs ; si tu l'invoques, il adoucit les tentations amères ; si tu penses à lui, il illumine ton cœur ; si tu le lis, il comble ton esprit » (Sermones Dominicales et Festivi, p. 59). 

 

 

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 21:19

Qui est la Vierge Marie? Quelle place occupe-t-elle dans le Plan divin du Salut? A-t-elle encore un rôle à jouer aujourd'hui, ou sa Mission est-elle définitivement achevée ? Quel rapport les croyants, disciples du Christ, doivent-ils entretenir avec elle?

 

Pour nous éclairer sur toutes ces questions, prenons le temps de méditer cet important passage de l'Evangile de Saint Jean, au chapitre 19 versets 25 à 27. Et laissons-nous instruire par l'Esprit de Vérité.


ND-de-France

 

1- Dialogue sur Marie avec un frère protestant

2- Jean 19. 25-27 : le texte fondateur du culte marial (1)

3- Jean 19. 25-27 : le texte fondateur du culte marial (2)

4- Jean 19. 25-27 : le texte fondateur du culte marial (3)

 


"Tous les âges me diront bienheureuse!" (Lc 1. 48)

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 23:00

Dimanche 8 mai 2011 – 3e dimanche de Pâques (Année A)

 

Première lecture : Actes 2. 14. 22b-33

« Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoin »

 

Psaume 15

« Tu m'apprends le chemin de la vie »

 

Deuxième lecture : 1 Pierre 1. 17-21

« Ce qui vous a libérés, ce n'est pas l'or ni l'argent ; c'est le sang précieux du Christ »

 

Evangile : Lc 24. 13-35

« C'est vrai! Le Seigneur est ressuscité  » 

 

***

Message audio du Pape : 2011

Regina Caeli du Pape : 2008 - 2011

Homélie du Père Walter Covens : 2008 - 2011

Homélie du Père Joseph-Marie Verlinde : 2011 

Audio de Radio Vatican : 2011

Ce que l’Evangile nous dit et me demande

La Bible se résume en trois mots : Dieu est Amour (P. Raniero Cantalamessa)

Jésus disparaît de nos yeux pour rester une présence toute proche (P. Pierre Desroches, de Montréal)

La Parole de Dieu comme un miroir (P. Nicolas)

 

*** 

 

« Partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Ecriture, ce qui le concernait » (Lc 24. 27)

 

« De même que dans le Nouveau Testament, la Parole était couverte du voile de la chair, l'Ancien Testament la couvre du voile de la lettre. Ici, on voit la lettre, comme là on voit la chair, mais dans les deux cas, on reconnaît que la réalité profonde, cachée sous les apparences, c'est la divinité. Bienheureux les yeux qui voient l'Esprit divin caché sous le voile de la lettre! » (Origène)

 

« Tout l'Ancien Testament se présente à nous voilé comme Moïse, le type de toute prophétie. Derrière ce voile, étendu sur les livres des prophètes, apparaît le Christ, auguste Juge, siégeant sur son Trône de gloire. Notre Seigneur a soulevé ce voile lorsqu'il expliqua les mystères à l'univers entier. Par sa venue, le Fils de Dieu a découvert le visage de Moïse voilé jusqu'alors, paroles inintelligibles. La Nouvelle Alliance est venue éclairer l'Ancienne, le monde peut enfin saisir ce paroles que plus rien ne recouvre. Le Seigneur, notre Soleil, s'est levé sur le monde et a illuminé toute créature ; mystère, énigme sont enfin éclaircis. Le voile qui recouvrait les livres a été soulevé et le monde contemple le Fils de Dieu à découvert. » (Jacques de Saroug, Homélie sur le voile de Moïse).

 

« Dieu, qui est l'inspirateur et l'auteur des livres de l'un et l'autre Testaments, a fait avec Sagesse en sorte que le Nouveau Testament fût caché dans l'Ancien, et que l'Ancien Testament fût dévoilé dans le Nouveau. » (Saint Augustin)

 

« C'est Jésus lui-même qui nous invite à une lecture christologique des Prophètes. » (P. Joseph-Marie Verlinde, in Initiation à la lectio divina).

 

« Jésus se comprenait lui-même et se révélait lui-même, parce qu'il avait médité ces textes et qu'il les vivait, et parce qu'en lui, ils étaient accomplis. En même temps que son esprit était éclairé par la connaissance directe que le Père lui donnait de sa volonté, ainsi, il parvenait, par la méditation, à comprendre plus profondément la signification des textes qui parlaient de lui. » (P. Yves Congar, Jésus-Christ).

 

  



 

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 11:00

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