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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 15:48

 

Cher Miky,

 

En relisant mes articles d’il y a 5 ans, je remarque qu’il existe quelques commentaires auxquels je n’ai pas répondu. Dont le tien à l'article La Bible... ou les astres. J’y réponds donc aujourd’hui – il n'est jamais trop tard pour bien faire! 

 

« tu dis que finalement, c'est l'Eglise (catholique romaine, I presume ;-) ) qui a nécessairement LA bonne interprétation des Ecritures. Bref, que c'est ultimement LA référence en matière de foi. Mais qu'est-ce qui garantie que c'est forcément elle qui voit juste ? » Le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte. C’est lui qui garantit que l’Eglise fondée sur Pierre (cf. Mt 16. 18) « voit juste » pour interpréter les Ecritures, puisque c’est ce même Esprit Saint qui a présidé à leur rédaction. Seul l’auteur d’une œuvre peut nous dévoiler en vérité ce qu’il a voulu dire à travers son œuvre.

 

« Comment peut-on qualifier d'inspirée par l'Esprit Saint une Eglise qui à une époque a vendu des Indulgences pour racheter les âmes du Purgatoire, a fait brûler des innocents sous l'Inquisition, a blanchi l'argent de la mafia dans les années 80 (???), a condamné Gallilé puis Darwin, avant de changer d'avis et de reconnaître l'héliocentrisme et l'évolution des êtres vivants, etc. ? » En contemplant le dynamisme de son développement qui a conduit précisément toutes ces pratiques à disparaître au fil du temps. C’est ce qu’est devenu l’Eglise après 2000 ans d’histoire qui atteste la présence active de l’Esprit Saint en son sein.

 

J’ajoute que dans tous les exemples que tu cites, l’infaillibilité de l’Eglise (et par suite, son « inspiration » divine) n’est pas en cause, puisque l’infaillibilité ne joue pas en tous temps, en tous lieu, en toutes matières ; elle signifie pas que l’Eglise ne se trompe jamais, ni que ces membres ne commettent plus de péchés (l’infaillibilité – du corps – ne signifie pas l’impeccabilité – de ses membres). L’infaillibilité est un charisme que Dieu donne à l’Eglise pour les questions de foi et de morale – et elles seules, parce qu’elles concernent tout ce que nous devons croire et pratiquer pour accéder au salut éternel. Si l’Eglise s’aventurait à prendre position sur une question scientifique ou politique (par exemple), elle s’exposerait au risque d’erreur comme tout un chacun – d’où l’on voit que la laïcité se trouve inscrite dans la constitution même de son être.

 

« Dans le deuxième point, tu qualifies (par citations interposées) de superstitions : la magie, la divination, la nécromancie, l'horoscope, la croyances aux contacts avec des extra-terrestres, le spiritisme et l'occultisme. En quoi ce que la Père Cantalamassa qualifie de "vraie foi" se différencie-t-il de ces croyances et pratiques ? (…) Du côté de la "vraie foi" moi je vois pas mal de superstitions : les "miracles" de Lourdes, les "apparitions" de la Vierge, la transsubstantation, etc. » Si tu étudies de près les évènements de Lourdes ou Fatima, par exemple, tu verras que les « miracles » et « apparitions » sont entourées de garanties très solides de leur authenticité – et qu’il n’est pas aisé de les réfuter, si ce n’est comme tu le fais, d’un simple haussement d’épaules (mais contester n’est pas réfuter).

 

La question toutefois n’est pas là… Il ne s’agit pas d’opposer la foi – qui serait vraie et qui « marcherait » – aux pratiques occultes – qui seraient « fausses » et qui ne « marcheraient » pas. Car le spiritisme et l’occultisme, ça « marche » aussi, malheureusement… on peut l’expérimenter facilement (ce que je déconseille fortement à quiconque en serait tenté), et c’est ce qui en fait toute la dangerosité.

 

La différence fondamentale entre la foi en Jésus-Christ et les pratiques occultes, c’est que la première nous relie à Dieu qui est Amour et veut faire de nous des hommes et des femmes vraiment libres, et que les secondes nous relient à des entités spirituelles mauvaises, qui ont l’art de se faire passer pour bonnes, mais dont l’unique objectif est de nous asservir et de nous perdre.

 

Voilà pourquoi Dieu ne peut pas nous parler dans les pratiques occultes : puisqu’elles sont le terrain d’action privilégié de ses ennemis les plus irréductibles (les démons).

 

« Scientifiquement, la doctrine de l'Eglise ne tient pas la route. Rien n'indique que la prière intercessoire ait le moindre effet (excepté placebo lorsque la personne pour qui l'on prie sait que l'on prie pour elle), rien n'indique que les soi-disant miracles de Lourdes ne pourrait pas, en principe, recevoir une explication naturaliste, quant aux apparitions de la Vierge, cela pourrait très bien être des hallucinations, etc. Les progrès des neurosciences tendent à expliquer l'esprit, l'âme et les états mystiques en termes naturalistes. »

 

Cher Miky, la laïcité marche dans les deux sens. Ce n’est pas à la science de nous dire si la doctrine de l’Eglise « tient la route » ou pas. Car la doctrine de l’Eglise n’est pas d’ordre scientifique. Elle ne concerne que ce que nous devons croire et pratiquer pour être sauvés – toutes choses étrangères aux sciences.

 

La doctrine catholique de la prière n’affirme pas l’efficacité physique de toute prière – car la prière, qui peut influer sur le monde physique, les personnes, ou sur le déroulement des évènements, agit essentiellement dans l’âme du priant. La prière est un acte spirituel qui développe d’abord des effets dans la sphère spirituelle. Elle agit dans les profondeurs de notre être, à un niveau qui n’est pas accessible aux sciences  – celui de notre esprit. Le principal effet de la prière, dirais-je, c’est l’acquisition du Saint Esprit ; notre justification, et notre sanctification. Dis-moi comment la science pourrait infirmer – ou confirmer – cette infusion au profond de notre âme du Saint Esprit de Dieu ? comment elle pourrait mesurer notre avancée sur le chemin de la sainteté ?

 

Quant aux miracles, ils sont trop massifs pour être valablement considérés comme de simples hallucinations – la notion même d’hallucination collective est d’ailleurs contestée sur le plan scientifique. La science, en revanche, joue elle-même un rôle important dans la reconnaissance d’un miracle – comme à Lourdes par exemple, où de nombreux médecins et chercheurs (y compris athées) exercent leur compétence au Bureau des Constatations médicales ou au Comité Médical International. On ne peut donc réduire le miracle à un simple phénomène subjectif, puisqu’il s’enracine dans une réalité objective (ex. la guérison d’une maladie) que beaucoup peuvent observer aujourd’hui – grâce aux instruments de mesure et d’analyse dont nous bénéficions désormais. Chose curieuse : ils se produisent principalement dans le sillage de l’Eglise catholique… (que l’on songe par exemple à la nécessité de constater au moins deux miracles pour canoniser un Saint, et que l’on prenne ainsi conscience de l’importance – quantitative et qualitative – du phénomène miraculeux dans la vie de l’Eglise).

 

« rien n'indique qu'il y a quelque chose d'autre qui transcende le cerveau, le corps, et leurs relations avec l'environnement. » Eh bien… si : le cerveau lui-même justement, qui n’a pu se faire tout seul (car le néant ne peut produire de l’être, et le hasard aveugle ne peut produire de l’intelligence – sauf à renoncer à l’exercice de la raison…).

 

C’est très bien de vouloir tout réduire à l’action de la nature. Mais cela n’explique pas tout : cela n’explique pas en particulier l’être même de cette nature : le fait quelle existe, et qu’elle existe comme elle est, avec toutes ces propriétés merveilleuses qui ont conduit… le néant à produire de l’être, et le hasard aveugle à produire de l’ordre et de l’intelligence ! 

 

L’existence même du cerveau, de notre corps et d’un environnement propice à leur surgissement soudain du néant (puisqu’ils n’ont pas toujours existé) postule nécessairement (parce qu’il n’y a pas d’alternative) l’existence d’un Être transcendant qui les ait créé (voilà une meilleure explication que le néant), et d’un être souverainement intelligent pour fonder l’ordre cosmique et susciter un cerveau intelligent (voilà une meilleure explication que le hasard aveugle).

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 00:00

- QU’EST-CE QUE LE CARÊME ?
On appelle Carême la période de quarante jours (quadragesima) réservée à la préparation de Pâques, et marquée par l’ultime préparation des catéchumènes qui doivent recevoir le baptême le jour de Pâques.

- DEPUIS QUAND VIT-ON LE CARÊME ?
Depuis le IVème siècle, on commence à le constituer comme temps de pénitence et de renouvellement pour toute l’Eglise, avec la pratique du jeûne et de l’abstinence. Conservée avec vigueur dans les débuts dans les églises d’Orient, la pratique pénitentielle du Carême s’est assouplie chaque fois plus en Occident, mais on doit continuer à y observer un esprit de pénitence et de conversion.

- POURQUOI LE CARÊME DANS L’EGLISE CATHOLIQUE ?
« L’Eglise s’unit chaque année par les quarante jours du Grand Carême au mystère de Jésus dans le désert » (Catéchisme de l'Eglise catholique, n° 540)

- QUEL EST DONC L’ESPRIT DU CARÊME ?
C’est comme une retraite collective de quarante jours pendant lesquels l’Eglise propose à ses fidèles l’exemple du Christ pendant sa période au désert, se prépare à la célébration des solennités pascales, dans la purification du coeur, la pratique parfaite de la vie chrétienne et une attitude de pénitence.

- QU’EST-CE QUE LA PENITENCE ?
La pénitence, traduction latine du mot grec metanoia qui signifie « conversion » (littéralement « changement d’esprit ») du pécheur, désigne tout un ensemble d’actes intérieurs et extérieurs en vue de la réparation du péché commis, et l’état de fait qui en résulte pour le pécheur.

Littéralement « changement de vie » se dit de l’acte du pécheur qui revient vers Dieu après s’être éloigné de lui, ou de l’incroyant qui reçoit la foi...

- QUELLES SONT LES MANIFESTATIONS DE LA PENITENCE ?
La pénitence intérieure du chrétien peut avoir des expressions très variées. « L’Ecriture et les Pères insistent surtout sur trois formes : le jeûne, la prière et l’aumône, qui expriment la conversion par rapport à soi-même, par rapport à Dieu et par rapport aux autres. A côté de la purification radicale opérée par le Baptême ou par le martyr, ils citent comme moyen d’obtenir le pardon des péchés, les efforts accomplis pour se réconcilier avec son prochain, les larmes de pénitence, le souci du salut du prochain, l’intercession des saints et la pratique de la charité « qui couvre une multitude de péchés » (1 P 4, 8) » (Catéchisme de l'Eglise catholique, n° 1434)

- SOMMES-NOUS OBLIGES A FAIRE PENITENCE ?
« Tous les fidèles, chacun à sa manière, sont obligés par la loi divine à faire pénitence ; cependant, afin que tous s’unissent à une pratique commune de pénitence, on a fixé certains jours pénitentiels pendant lesquels les fidèles se dédient de manière particulière à la prière, réalisent des oeuvres de piété et de charité, et s’oublient soi-même en accomplissant ses propres obligation avec la plus grande fidélité et, surtout, en observant le jeûne et l’abstinence. » (Code de droit canonique, 1249)

- QUELS SONT LES JOURS ET LES TEMPS PENITENTIELS ?
« Dans l’Eglise universelle, tous les vendredis de l’année et le temps de carême sont des jours et des temps de pénitence. » (Code de droit canonique, 1250)

- QUE DOIT-ON FAIRE PENDANT LES VENDREDIS DE L’ANNEE ?
« En souvenir du jour de la mort de Jésus-Christ sur la sainte Croix, « pendant tous les vendredis, à moins qu’ils ne coïncident avec une solennité, on doit observer l’abstinence de viande, ou de tout autre aliment déterminé par la Conférence épiscopale ; on gardera jeûne et abstinence le mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. » (Code de droit canonique, 1251)

- QU’EST-CE QUE LE MERCREDI DES CENDRES ?
C’est le début du Carême ; un jour particulièrement pénitentiel, dans lequel on manifeste notre désir personnel de conversion à Dieu. En recevant l’imposition des Cendres dans les églises, on exprime avec humilité et sincérité de coeur que nous voulons nous convertir et croire vraiment à l’Evangile.

- QUAND A LIEU L’ORIGINE DE LA PRATIQUE DES CENDRES ?
L’origine de l’imposition des cendres appartient à la structure de la pénitence canonique. Elle commence à être obligatoire pour toute la communauté chrétienne à partir du Xème siècle. La liturgie actuelle conserve les éléments traditionnels : imposition des cendres et jeûne rigoureux.

- QUAND SE FONT LA BENEDICTION ET IMPOSITION DES CENDRES ?
La bénédiction et imposition des cendres se fait pendant la Messe, après l’homélie ; en des circonstances particulières, on peut les faire pendant une célébration de la Parole. Les formules de l’imposition des cendres sont inspirées des Ecritures : Gen 3, 19 et Mc 1, 15.

- D’OU VIENNENT LES CENDRES ?
Les cendres viennent des rameaux bénis pendant le Dimanche des rameaux de l’année précédente, suivant une tradition qui remonte au XIIème siècle. La formule de bénédiction rappelle la condition de pécheur de qui la reçoit.

- QUEL EST LE SYMBOLE DES CENDRES ?
Le symbolisme des cendres est le suivant :
a) condition de faiblesse et de vanité de l’homme, qui avance vers la mort ;
b) condition pécheresse de l’homme ;
c) Prière et supplication ardente pour que Dieu lui vienne en aide ;
d) Résurrection, étant donné que tout hommes est appelé à participer au triomphe du Christ.

- A QUOI NOUS INVITE L’EGLISE PENDANT LE CARÊME ?
L’Eglise nous invite à faire du Carême un temps de retraite spirituelle dans lequel l’effort de méditation et de prière doit être soutenu d’un effort de mortification personnelle, laissée à la libre générosité de chacun.

- QUELS SONT LES CONSEQUENCE D’UN BON CARÊME ?
Si on vit bien le Carême, on doit obtenir une authentique et profonde conversion personnelle, et nous préparer de cette manière à la plus grande fête de l’année : le dimanche de la Résurrection du Seigneur.

- QU’EST-CE QUE LA CONVERSION ?
Se convertir veut dire se réconcilier avec Dieu, s’éloigner du mal, pour établir une relation d’amitié avec le Créateur. Cela suppose de se laisser aller au repentir et à la Confession de tous et chacun de nos péchés. Une fois rétablis dans la grâce (sans conscience de péché mortel), nous devons prendre la résolution de changer de l’intérieur (dans les attitudes) tout ce qui ne plaît pas à Dieu.

- POURQUOI DIT-ON QUE LE CARÊME EST UN « TEMPS FORT » ET UN « TEMPS PENITENTIEL » ?
« Les temps et jours de pénitence au cours de l’année liturgique (le temps du carême, chaque vendredi en mémoire de la mort du Seigneur) sont des moments forts de la pratique pénitentielle de l’Eglise. Ces temps sont particulièrement appropriés pour les exercices spirituels, les liturgies pénitentielles, les pèlerinages en signe de pénitence, les privations volontaires comme le jeûne et l’aumône, le partage fraternel (oeuvres caritatives et missionnaires) ». (Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 1438)

- COMMENT CONCRETISER MON DESIR DE CONVERSION ?
De diverses manières, mais toujours en réalisant des oeuvres de conversion, comme par exemple :
1. S’approcher du Sacrement de Réconciliation (Sacrement de la Pénitence ou Confession) et faire une bonne confession : claire, concise, concrète et complète.
2. Dépasser les divisions par le pardon, et grandir dans l’esprit fraternel.
3. Pratiquer les oeuvres de miséricorde.

- QUELLES SONT LES OEUVRES DE MISERICORDE ?
Les oeuvres de miséricorde spirituelles sont :
- Enseigner l’ignorant.
- Conseiller celui qui en a besoin.
- Corriger l’égaré.
- Pardonner les injures.
- Consoler le triste.
- Souffrir avec patience les adversités et les faiblesses du prochain.
- Prier Dieu pour les vivants et pour les morts.

Les oeuvres de miséricorde corporelles sont :
- Visiter le malade.
- Donner à manger à celui qui a faim.
- Donner à boire à celui qui a soif.
- Secourir le captif.
- Vêtir celui qui est sans vêtement.
- Accueillir le pèlerin.
- Enterrer les morts.

- QUELLES SONT LES OBLIGATIONS D’UN CATHOLIQUE PENDANT LE CARÊME ?
Il doit accomplir le précepte du jeûne et de l’abstinence, ainsi que la confession et communion annuelle.

- EN QUOI CONSISTE LE JEÛNE ?
Le jeûne consiste à faire un seul repas pendant la journée, avec une alimentation frugale le matin et le soir. On ne doit rien manger entre les repas, sauf cas de maladie.

- QUI EST OBLIGE AU JEÛNE ?
La loi du jeûne oblige tous ceux qui sont majeurs, jusqu’à l’âge de 59 ans. (cfr. CIC, n° 1252)

- QU’EST-CE QUE L’ABSTINENCE ?
L’abstinence est le fait de se priver de viande (rouge, blanche ou dérivée).

- QUI EST OBLIGE À L’ABSTINENCE ?
La loi de l’abstinence oblige tous ceux qui ont accompli 14 ans (CIC, n° 1252).

- PEUT-ON CHANGER LA PRATIQUE DU JEÛNE ET DE L’ABSTINENCE ?
On ne doit pas vivre le jeûne ou l’abstinence comme une imposition, mais plutôt comme un moyen concret par lequel l’Eglise nous invite à croître dans le véritable esprit de pénitence.

- QUELS SONT LES ASPECTS PASTORAUX QU’IL CONVIENT DE SOULIGNER PENDANT LE CARÊME ?
Le temps du Carême est un temps liturgique fort, dans lequel toute l’Eglise se prépare à la célébration des fêtes pascales. La Pâque du Seigneur, le Baptême et l’invitation à la réconciliation, moyennant le sacrement de la Pénitence, sont ses grandes coordonnées. Il est conseillé d’utiliser comme moyen pastoral :
1) la catéchèse du Mystère pascal et des sacrements ;
2) l’exposition et la célébration abondante de la Parole de Dieu ;
3) la participation, si possible quotidienne, à la liturgie de carême, aux célébrations pénitentielles et, surtout, à la réception du sacrement de pénitence ;
4) les exercices spirituels, les pèlerinages en signe de pénitence, les privations volontaires comme le jeûne et l’aumône et les oeuvres caritatives et missionnaires.

- L'ESPRIT
Attention enfin à ne pas nous scléroser dans une loi stricte et restrictive, mais bien de rentrer dans l'esprit de la loi en Jésus-Christ. Ne rien imposer aux autres et chercher de tout son coeur l'union et la communion avec notre Dieu qui est Amour.


Source : La Bonne Nouvelle

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 20:23

Chers amis, un an après notre vive discussion sur l’islam (et les trois articles que nous avons publié ici, ici et ), le débat rebondit ! Esperanza s’interroge en effet sur la conformité de ma position au regard du Magistère catholique (l’autorité enseignante de l’Eglise). Compte tenu de l’importance de cette question et de sa permanente actualité – pour rendre aussi cette nouvelle discussion plus accessible et plus lisible – j’ai souhaité répondre par un article. Le voici donc, avec en bleu clair les paroles du dernier commentaire d’Esperanza, et en noir, mes réponses.

 

1. « Je pense (…) apporter (…) la preuve que vous vous écartez de la ligne orthodoxe de l'Église catholique en son Magistère sur l'islam. »

 

Je ne crois pas, cher Esperanza, que vous ayez administré cette preuve dans votre dernier commentaire, et je vais vous dire pourquoi.

 

Mais si je m’éloigne, ainsi que vous le pensez, de la « ligne orthodoxe de l’Eglise catholique en son Magistère sur l’islam », pourquoi ne produisez-vous pas, tout simplement, un texte du Magistère infirmant ma position – et confirmant la vôtre ?

 

2. « Nous avons le droit d'être excessif dans l'amour envers les musulmans, mais non pas dans nos conceptions envers l'islam, dans un sens comme dans l'autre... »

 

Ce qui est donc en question : c’est notre conception de l’islam ; c’est ce que pense l’Eglise de l’islam.

 

La parole que vous me reprochez (fraternellement) d’avoir écrite – et qui vous paraît contraire à la doctrine catholique – est la suivante : « On ne saurait mieux dire que la religion (toute religion, dont l’islam) n’est jamais considérée en elle-même comme facteur de violence et de haine ; que la violence et la haine ne viennent pas des religions elles-mêmes, mais du péché de leurs adeptes, de leur « pauvreté morale », de leur « fondamentalisme ».

 

Cette conclusion me paraissait s’imposer à la lecture du discours du Pape Benoît XVI au Corps diplomatique le 8 janvier 2009Mais elle vous est « apparue erronée dans sa sur-interprétation ».

 

Il serait erroné et « excessif » selon vous, d’un point de vue catholique, d'exonérer l’islam de toute responsabilité dans la violence et la haine de ses fidèles. Car la violence des musulmans, selon vous, s’origine non seulement dans la pauvreté matérielle ou morale des fanatiques, mais plus fondamentalement dans « les passages coraniques appelant à tuer, discriminer et haïr les non musulmans ».

 

Soit dit en passant, vous me faites le grief de sur-interpréter les propos du Pape, mais je constate en l’espèce que c’est très précisément ce que vous faites, en ajoutant au discours du Pape quelque chose qu’il n’a pas dit…

 

Car Benoît XVI, dans son discours au Corps diplomatique le 8 janvier 2009, oppose très clairement la « pauvreté morale » (c’est-à-dire en clair : le péché des hommes) dans laquelle les exactions commises contre les chrétiens « plongent leur racine », et les « religions » (dans la catégorie desquelles l’islam se range) dont la « haute contribution (…) à la lutte contre la pauvreté et à la construction de la paix » est fortement soulignée.

 

La racine du mal – dont les chrétiens, en particulier, sont les victimes –, ne se trouve donc pas, si l’on décrypte sans préjugé le discours de Benoît XVI, dans l’islam, mais dans le cœur des hommes qui est plein de malice et de péché – on entend ici raisonner l’enseignement du Christ sur le pur et l’impur (cf. Mt 15. 19 ; Mc 7. 21-23…).

 

Alors, certes, les musulmans fanatiques qui martyrisent les chrétiens, et les kamikazes qui se font exploser sur les places des marchés, le font au nom de l’islam. Mais cela ne signifie pas pour autant que l’islam soit en lui-même facteur de violence et de haine – que la violence et la haine appartiennent à l’essence de l’islam. Car alors, tout musulman désireux de vivre sa foi serait potentiellement violent et dangereux…

 

Si vous me permettez une analogie : ce n’est pas parce que quelqu’un procède à un avortement ou à une euthanasie au nom de l’amour qu’il agit effectivement selon l’amour – qu’il est dans l’amour ; car l’essence de l’amour n’est pas de donner la mort – mais la vie. Eh bien pareillement : l’essence de l’islam ne réside pas dans la destruction physique des chrétiens, ou dans l’élimination sanglante des femmes et des enfants ; l’essence de l’islam, c’est la foi en un Dieu unique qui est Amour et miséricorde.

 

Vous allez sans doute me dire (avec charité ) : « Qui êtes-vous donc, pour affirmer cela ? Que savez-vous, vous, de la réalité de l’islam, vous qui reconnaissez ne pas en être un spécialiste ? Qu’est-ce qui vous permet d’être aussi affirmatif sur l’essence de l’islam ? N’est-ce pas aux musulmans de nous dire ce qu’est l’islam ? Et ceux-ci ne montrent-ils pas assez, par leurs actes, spécialement dans le monde islamique, combien la violence est une donnée rémanente dans leur religion ? »

 

A cela, je répondrais que ce qui est en question dans notre débat, ce n’est pas la réalité de l’islam in abstracto, mais la réalité de l’islam en tant qu’elle est perçue par l’Eglise catholique. Ce qui est en question, c’est la position de l’Eglise catholique sur l’islam. Etant bien entendu que j’ai la faiblesse de penser, de par ma foi en l’Eglise, que cette position est conforme à la vérité objective…

 

Or, que dit l’Eglise sur l’islam ? Quel est son enseignement ? Au concile Vatican II, le 28 octobre 1965, l’Eglise a proclamé solennellement sa position sur l’islam dans un texte devenu célèbre (Nostra Aetate, 3) : « L’Eglise regarde (…) avec estime les musulmans qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes ». C’est donc sur cette portée (pour employer une parabole musicale) qu’il faut écrire notre partition sur l’islam et déployer notre pensée – si on la veut, en tous les cas, authentiquement catholique.

 

S’il existe des musulmans violents dans le monde, trop heureux sans doute de trouver dans le Coran une noble justification à l’assouvissement de leurs pulsions de haine et de mort, cela ne fait pas de l’islam une religion violente par nature – au sens où la renonciation à toute violence ferait perdre à l’islam sa nature ; où l’islam ne serait plus vraiment l’islam sans la violence (et où, par conséquent, les musulmans non-violents ne pourraient pas être considérés comme de vrais musulmans) : la violence n’est pas une composante essentielle de l’islam.

 

Vous pouvez n’être pas d’accord avec cela. Mais vous devez reconnaître que c’est là pourtant la pensée de l’Eglise sur l’islam. Si l’islam était, pour l’Eglise, criminogène par nature, elle l’aurait dit ; elle l’enseignerait officiellement. Elle distinguerait les musulmans de l’islam, comme elle distingue le pécheur de son péché. Et elle condamnerait l’islam, ouvertement, comme intrinsèquement pervers et irréformable – au sens où on ne pourrait le réformer sans le dénaturer substantiellement ; au sens où sans la violence, l’islam ne serait plus l’islam.

 

3. « Le saint-Père a une fonction diplomatique, et ne peut se permettre de mettre trop en avant les points polémiques. Il ne peut que choisir scrupuleusement ses mots, ceux que ses interlocuteurs seront capables d'entendre, afin de ne pas mettre non plus en danger la vie de chrétiens sur place... Ce serait naïf de croire qu'il a une totale liberté de parole. Toute proportion gardée, un peu comme Pie 12 avec Hitler... »

 

Oui, sauf que l’Eglise catholique a tout de même sévèrement condamné le nazisme, et qu’elle en a fait de même pour le communisme ! L’Eglise n’a aucun enseignement secret ou caché – elle ne fait pas dans l’ésotérisme… Tout ce qu’elle dit et pense, elle l’exprime au grand jour. Si l’Eglise considérait l’islam comme irrémédiablement vicié par la violence en son essence profonde, elle l’aurait dit. Or, non seulement elle ne le dit pas, mais elle nous invite au contraire à respecter l’islam, et elle nous en fait un devoir !

 

(Si le discours de Benoît XVI au corps diplomatique vous paraît trop… diplomatique, allez donc voir celui qu’il a tenu devant la curie romaine, le 22 décembre 2006 : « La visite en Turquie m’a offert l’occasion d’exprimer (…) publiquement mon respect de la Religion musulmane, un respect d’ailleurs que le Concile Vatican II nous a indiqué comme devoir » Propos réitéré dans « Lumière du Monde » : « Lors de ma visite en Turquie, j’ai pu témoigner de mon respect pour l’islam, montrer que je le reconnais comme une grande réalité religieuse avec laquelle nous devons être en dialogue » p. 133.)

 

4. « L'islam porte malheureusement dans ses textes fondateurs les ordres de violence explicites et nominatifs envers les non musulmans, et il est le seul de ce point de vue à le faire. La glorification par l'islam de la violence en vue de sa victoire est hélas sa spécificité. Et ne la comparez pas avec l'AT, car les juifs ont depuis des siècles réinterprété le sens de leur texte, du fait du statut différent de leur Livre Saint ; leurs ennemis bibliques n'ont d'ailleurs plus leur équivalent contemporain, et le judaïsme ne connait pas l'esprit de domination expansionniste et prosélyte, jusqu'à la fin des temps et en tous lieux, du Coran et de l'islam... »

 

Je trouve au contraire le rapprochement avec le judaïsme extrêmement pertinent, car il n’est pas douteux par exemple que le conflit israélo-palestinien s’enracine, très profondément, dans des motivations religieuses… La violence que l’Etat d’Israël fait subir à des populations palestiniennes innocentes (des civils : des femmes, des enfants…) dans les territoires occupés, au mépris des règles du droit international et des résolutions de l’ONU, est soutenue et portée par des religieux extrémistes et fanatiques qui invoquent l’autorité de la Bible. La justification biblique des exactions de l'Etat hébreu disqualifie-t-il pour autant le judaïsme, comme intrinsèquement violent (au moins dans cette région du monde) ? Non bien sûr, et vous le reconnaissez vous-même (implicitement tout du moins). Vous reconnaissez que le terrorisme israélien n’appartient pas à l’essence du judaïsme ; que le judaïsme n’est pas en soi facteur de violence et de guerre. Que la cause première de la violence et de la guerre en Terre Sainte, ce n’est pas le judaïsme, mais la « pauvreté morale » des dirigeants israéliens – en clair : leur péché (leur esprit de domination, de conquête et de vengeance).

 

L’essence du judaïsme (comme de l’islam), ce n’est pas la violence : c’est la foi en un Dieu unique qui est Amour et miséricorde. S’il y a un là « message commun » à la Bible et au Coran et aux trois grandes religions monothéistes, c’est bien celui-là. Et c’est cette particularité, qui nous unit et nous distingue du reste du monde, qui fonde et justifie le dialogue interreligieux.

 

Vous dites que « les juifs ont depuis des siècles réinterprété le sens de leur texte » Vous avez raison, mais vous devriez préciser que cela a pris... des siècles ; qu’il en a fallu du temps pour expurger le judaïsme de toute violence… Souvenez-vous par exemple du prophète Elie, qui égorgea les 450 prophètes de Baal sur le mont Carmel (cf. 1 R 18. 20-40 – essayez un instant de vous représenter la scène…). Ce geste est-il condamné par les « textes fondateurs » du judaïsme ? Non point. Tout au contraire, la figure du prophète Elie fait l’objet d’une grande vénération, dans le judaïsme tout comme dans le christianisme (cf. par ex. l’apparition du prophète aux côtés de Moïse lors de la transfiguration de Jésus). Un regard extérieur non averti pourrait tout aussi bien parler de « glorification de la violence » par le judaïsme et le christianisme…

 

N’oubliez pas que l’islam n’a que 14 siècles d’existence… Où en étaient le judaïsme et le christianisme dans leur rapport à la violence, après 14 siècles d’existence ?... 

 

Mon propos n’est donc pas d’affirmer qu’il n’y a pas de problème de violence actuellement dans l’islam (impliqué en partie par un certain rapport aux textes sacrés) ; mais de soutenir que la violence qui s’exerce actuellement dans l’islam n’est pas la violence de l’islam ; que ce problème n’est donc pas insurmontable – parce que l’essence de l’islam, je le répète, n’est pas la violence, mais la foi en un Dieu unique qui est Amour et miséricorde (et que les textes sacrés peuvent être lus aussi dans un sens pacifique – en considération notamment de la loi de « l’abrogeant-abrogé » que vous avez vous-même évoqué – cf. Commentaire n° 56 et 58).

 

Si l’islam a aujourd’hui un problème avec la violence, il peut le dépasser ; et le christianisme, de par son histoire et son expérience propre, peut l’y aider – de l’importance du dialogue entre chrétiens et musulmans. Non seulement l’islam ne perdra pas son identité en renonçant à toute violence, mais il l’approfondira en grandissant dans la foi au Dieu unique qui est Amour et miséricorde – ce qui est bien l’essentiel de ce que recherche tout croyant musulman. Voilà un message (parmi d’autres) que les chrétiens pourraient faire passer dans le dialogue interreligieux.

 

5. « [L’islam] a certes des germes de paix à condition d'une réforme profonde et inédite, mais on ne peut pas le considérer ainsi pour l'instant, bien au contraire! Le déni de la réalité mène dans le mur, quoique différemment de la haine et de la diabolisation... »

 

Le déni de la réalité, c’est ne pas voir qu’il existe de par le monde, en France, en Europe, en Afrique noire,… un islam pacifique et tolérant, notamment vis-à-vis des chrétiens (« Lorsque je reçois des évêques [africains], explique Benoît XVI dans « Lumière du Monde », ils me racontent que célébrer leurs fêtes ensemble est une vieille habitude »).

 

Le déni de la réalité, c’est ne pas voir qu’il existe en Occident des millions de musulmans qui sont d’excellents citoyens, sincèrement attachés à la démocratie, respectueux des lois et de tous : croyants et non croyants.

 

Le déni de la réalité, c’est ne pas voir qu’il existe des intellectuels musulmans (dont un certain nombre a pris l’initiative publique de proposer au Pape un dialogue – fait unique dans l’Histoire des deux religions!), qui travaillent à une « réforme profonde de l’islam » (dans le respect de son essence – je pense à un homme comme Tariq Ramadan, dont j’ai déjà ici parlé).

 

C’est cela aussi « la nature présente de l'islam ». Qui ne se réduit pas, vous le voyez bien, aux Talibans encagoulés d’Afghanistan ou aux séides de Ben Laden.

 

La montée du fondamentalisme dans beaucoup de pays et la menace que font peser les courants extrémistes sur la paix du monde représentent un danger pour tous : les chrétiens évidemment, mais aussi les musulmans. Voilà pourquoi il est important d’être ensemble pour lutter contre la violence et faire reculer la haine ; apprendre à nous connaître et nous apprécier tels que nous sommes, dans le respect de nos cheminements respectifs ; et partager nos trésors spirituels, dans l’assurance que nous sommes, nous chrétiens, que ceux-ci sont porteurs de la puissance salvifique de l’Evangile.

 

Ce n’est pas en stigmatisant l’islam en son entier, au risque de faire passer tout musulman pratiquant pour un terroriste potentiel, que l’on fera grandir la cause de la paix dans le monde – ni celle de l’Evangile. C’est le respect de l’islam et des musulmans (dont l’Eglise fait un devoir aux fidèles catholiques), la recherche d’un dialogue et d’une amitié, la découverte de ce qu’il peut y avoir de bon dans l’islam (car dans l’islam aussi, il existe des « semences du Verbe »!) et de ce que nous pouvons réaliser ensemble au nom de ce qui nous rassemble (la foi au Dieu unique qui est Amour et miséricorde) pour bâtir une cité de justice et de paix, qui édifiera la civilisation de l’amour que l’Eglise catholique appelle de ses vœux – et qui n’est pas une utopie, puisque c’est l’Esprit lui-même qui nous y incite !

 

De même qu’il existe des portes ouvertes à l’action du démon, de même il existe des portes ouvertes à l’action de l’Esprit Saint. Le dialogue fraternel interreligieux en est une. Nul doute que le Seigneur bénira tous nos efforts d’entente cordiale et de paix ; qu’Il fera grandir l’amour dans le cœur des hommes qui s’ouvriront les uns aux autres, les faisant progresser chacun dans la connaissance du vrai Dieu – car celui qui aime connaît Dieu (cf. 1 Jn 4. 7) ; et qui connaît Dieu sera capable de discerner et reconnaître, au moment favorable, l'expression parfaite de son être en la personne de Jésus-Christ (cf. He 1. 3), le Verbe de Dieu venu en notre chair, le Rédempteur des hommes.

 

6. « Tous ces bons sentiments catholiques, ces naïvetés erronées, ne seraient pas dramatiques s'ils n'avaient pas concrètement des conséquences néfastes : relativisme religieux poussant de plus en plus d'urbains et de couples mixtes à se convertir à l'islam, minoration du danger d'expansion islamique à long terme en Europe, et réticence à évangéliser les musulmans et à les baptiser etc. » Telle n’est pas la position, je vous rassure tout de suite, du blog Totus Tuus qui sait témoigner de la vérité de l’Evangile quand il le faut

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 12:40

Un lecteur m’envoie ce message en privé :

 

« Bonjour, je lis régulièrement ce blog dont j'apprécie la qualité des articles. Pouvez-vous m'aider pour les questions qu'un ami musulman me pose pour en fait contester ma foi en Christ ? Je suis catholique.

 

Pourquoi il n'y a aucun passage où Jésus dit "je suis votre Dieu adorez moi", alors que c'est le dogme principal chez les chrétiens aujourd'hui ? (et ne me dites pas qu'il avait peur des juifs).

 

Pourquoi les autres nations (ceux qui sont venu avant le Christ, dont les prophètes) ne croyaient pas à la Trinité ; seraient il envoyé en enfer pour cela?

 

Si Jésus est venu pour délivrer l'humanité du péché originel commis par Adam, pourquoi ne l'a-t-il jamais dit ? Vu que la bible ne contient aucune parole du Christ parlant du péché originel, on signale là que cette doctrine a été développée bien après au début du Ve siècle par un prêtre nommé Augustin.

 

Pourquoi Dieu le Tout Puissant devait-il faire descendre son prétendu fils pour pardonner aux gens leurs péchés ; ne pouvait-il pas simplement pardonner ces péchés?

 

Comment Dieu peut-il être trois en 1 et un en trois (sans donner l'exemple de l'œuf ou celui de la pomme qui n'y correspondent pas) ?

 

Si le Christ est Dieu, pourquoi le Christ affirmait-il que c'est Dieu qui l'a envoyé ?

 

Si le Christ était d'accord sur ce qui lui arrivait et qu'il était Dieu, pourquoi priait-il sur la croix "eli eli lama chabaktani" : mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ?

 

Quand Dieu, le Créateur était sur la croix (gloire à lui de ce qu'il prétendent), qui c'est qui s'occupait de la terre et des sept cieux, qui répondait aux prières de gens, qui.... ?

 

Pourquoi la libération des péchés n’a pas été faite au temps d'Adam?

 

Merci. »

 

Ce sont là de belles et vastes questions qui peuvent intéresser le plus grand nombre. C’est pourquoi je me propose d’y répondre publiquement sur ce blog, au moyen du présent article.

 

Bien sûr, je ne vais faire qu’effleurer les points soulevés. N’hésitez donc pas à m’interroger si vous souhaitez voir approfondi tel ou tel aspect de la foi catholique que je vais m’efforcer d’exposer là en quelques mots.

 

Je suis heureux en tous les cas de commencer cette année sous les mêmes auspices que l’année dernière – en proposant un dialogue avec nos frères musulmans (par l’intermédiaire de l’un d’entre vous).

 

1. « Pourquoi il n'y a aucun passage où Jésus dit "je suis votre Dieu adorez moi", alors que c'est le dogme principal chez les chrétiens aujourd'hui ? (et ne me dites pas qu'il avait peur des juifs) ».

 

Pour des raisons pédagogiques. Si Jésus s’était présenté immédiatement à ses Apôtres, souriant et bras ouverts, en leur disant : « Je suis votre Dieu, adorez-moi ! », tout le monde l’aurait pris pour un fou, et il n’aurait pas tenu trois ans (n’oublions pas que c’est pour ce motif qu’il a été crucifié… cf. Jn 10. 33).

 

Il fallait donc que Jésus manifestât sa divinité autrement, de telle manière que les Apôtres en viennent à comprendre par eux-mêmes quelque chose du mystère de sa personne. D’où sa prédication puissante (« jamais homme n’a parlé comme celui-là ! » – cf. Jn 7. 46 ; « d’où lui vient cette sagesse ? » – cf. Mt 13. 54…) et ses nombreux miracles.

 

Cela dit, la parole la plus explicite de Jésus sur sa divinité se trouve certainement en Jn 8. 58 : « Avant qu’Abraham fut, moi, JE SUIS ». Jésus ne pouvait pas être plus clair. Non seulement il affirme ici l’éternité de son existence, mais il s’attribue le Nom même que Dieu révéla à Moïse dans le Buisson ardent : « JE SUIS » (cf. Ex 3. 14). C’est donc bien une manière de dire : « Je suis votre Dieu, adorez-moi ! ». Et c’est ainsi d’ailleurs que les Juifs l’ont entendu - en témoigne, leur réaction à cette parole : « Ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter » (Jn 8. 59). On sait comment tout cela finira…

 

Cf. Sur la divinité du Christ, voir les deux très belles vidéos de Mgr André-Joseph Léonard : Je suis la Vérité, et Je suis la Vie.

 

2. « Pourquoi les autres nations (ceux qui sont venu avant le Christ, dont les prophètes) ne croyaient pas à la Trinité ; seraient-il envoyé en enfer pour cela? »

 

Parce que la Trinité n’était pas pensable... avant qu’elle se révélât elle-même aux hommes.

 

La Trinité n’est pas une réalité accessible à la seule raison humaine. Il n’est possible d’y croire que dans la mesure où Jésus-Christ nous l’a révélé – en manifestant sa propre divinité (1) ; en se référant sans cesse à un autre que lui, qu’il nommait son « Père » (2) ; et en promettant l’envoi d’un mystérieux Paraclet qu’il appelait le « Saint Esprit » (3) ; trois réalités distinctes donc, mais désignant un seul et même mystère : le mystère même de Dieu, au nom duquel Jésus envoie ses Apôtres baptiser les nations (« baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » – cf. Mt 28. 19 : on remarquera ici que l’expression « au nom » est au singulier et que les trois « réalités » divines désignées par les mots « Père » « Fils » et « Saint Esprit » sont placées sur un pied d’égalité – quoiqu’elles soient citées dans un certain ordre…).

 

Personne bien évidemment n’ira en enfer parce qu’il n’a pas cru à un mystère non révélé par Dieu, qu’il ne pouvait connaître par lui-même ! Dieu n’est pas injuste.

 

Cf. Sur le salut des hommes ayant précédé le Christ, voir cette vidéo de Arnaud Dumouch.

 

3. « Si Jésus est venu pour délivrer l'humanité du péché originel commis par Adam, pourquoi ne l'a-t-il jamais dit ? Vu que la Bible ne contient aucune parole du Christ parlant du péché originel, on signale là que cette doctrine a été développée bien après au début du Ve siècle par un prêtre nommé Augustin. »

 

Jésus n’emploie pas, il est vrai, l’expression « péché originel » – pas plus que celle de « Trinité », ou de « Nouveau Testament » ! Ce n’est pas pour cela que ces trois réalités n’existent pas.

 

Cela dit, Jésus, en bon juif, connaît parfaitement le récit de la Création en Genèse 1, puis en Genèse 2 ; il connaît aussi le récit de la chute d’Adam et Eve – que Saint Augustin désignera plus tard par l’expression « péché originel ». Jésus évoque lui-même, dans une célèbre controverse avec les pharisiens, cette mystérieuse « origine » antérieure à la Chute, où la volonté de Dieu n’était pas contrecarrée par l’endurcissement du cœur de l’homme (cf. Mt 19. 2 et s). Et lorsqu’il veut dévoiler à ses disciples le secret de sa messianité, il le fait en annonçant sa Passion prochaine (cf. Mt 16. 21 ; 17. 12…), se présentant comme le Serviteur Souffrant prophétisé par Isaïe en certains passages de son Livre faisant explicitement référence à une rédemption universelle (consécutive à une perdition universelle « Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. » – cf. Is. 53.  6 ) : « C'est à cause de nos fautes qu'il a été transpercé, c'est par nos péchés qu'il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c'est par ses blessures que nous sommes guéris […]. Parce qu'il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés. » (Is. 53. 5. 11).

 

Tous les péchés des hommes sont donc assumés par ce Serviteur qui nous obtient la paix – la réconciliation avec Dieu : en lui, la faute originelle (qui est à la source de tous les péchés des hommes) est définitivement expiée et l’humanité peut envisager un avenir d’amour et de paix avec Dieu – où le péché n'existera plus. « En effet, si la mort a frappé la multitude des hommes par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu a-t-elle comblé la multitude, cette grâce qui nous est donnée en un seul homme, Jésus-Christ » (Rm 5. 15). « De même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation, de même, l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie » (Rm. 5. 18 – mais c’est tout le chapitre 5 de la lettre aux Romains qu’il faudrait relire).

 

4. « Pourquoi Dieu le Tout Puissant devait-il faire descendre son prétendu fils pour pardonner aux gens leurs péchés ; ne pouvait-il pas simplement pardonner ces péchés? »

 

Non. Le pardon extérieur des péchés ne suffisait pas, car l’humanité était viciée de l’intérieur. Il fallait donc plus qu’un pardon : il fallait une véritable guérison, une transformation radicale du cœur de l’homme, une ré-génération. Il fallait que l’humanité soit purifiée de l’intérieur – jusqu’à la racine de l’être. Or, puisque l’homme (en Adam) avait dit NON à Dieu, il fallait qu’un autre homme (un nouvel Adam – principe d’une nouvelle humanité) soit capable de dire OUI à Dieu – et d’emporter toute l’humanité dans ce OUI. C’est pourquoi Dieu a envoyé son Fils : pour qu’un homme enfin, en la personne de Jésus de Nazareth, soit capable de dire OUI à Dieu jusqu’au bout, jusqu’au don suprême de sa vie… – ce que l’homme seul, livré à ses propres forces, n’aurait jamais été capable de faire (à cause du péché originel). Et parce que Jésus, qui est vraiment homme, est aussi vraiment Dieu, il a le pouvoir de communiquer à tous les hommes (par le canal de sa propre humanité) la grâce de dire OUI à Dieu à leur tour.

 

Depuis l’évènement de la Croix, quelque chose de profond est changé dans l’humanité. Les effets du péché originel demeurent certes pour un peu de temps encore, mais nous avons dorénavant le remède dans la Croix du Christ et la grâce sanctifiante qu’elle nous obtient – que nous pouvons aller puiser dans les sacrements de l’Eglise que Jésus a fondée précisément pour porter son Salut au monde entier. Ce remède, en 2000 ans d’Histoire, a engendré une multitude de saints. Ceux-ci sont les témoins de la Victoire de la Croix sur le mal et le péché ; le signe annonciateur qu'un monde nouveau est en germe, qui éclora à la fin des temps, lorsque le Christ viendra inaugurer son règne. C’est alors toute l’humanité qui sera transfigurée, en sorte qu’il n’y aura plus jamais de mal ni de péché, car le cœur de l’homme aura été régénéré à ce point qu’il ne pourra plus désirer le mal ni le commettre.

 

Encore faut-il que nous acceptions d’entrer dans ce Salut promis… car il existe pour chaque homme la possibilité du refus (et de la séparation définitive avec Dieu – ce que l’on appelle l’Enfer…)

 

5. « Comment Dieu peut-il être trois en 1 et un en trois (sans donner l'exemple de l'œuf ou celui de la pomme qui n'y correspondent pas) ? »

 

Ah, c’est un fameux mystère, je le reconnais! Mais il existe dans le monde créé des exemples d’unité dans la triplicité qui peuvent nous aider à comprendre : c’est l’homme avec ses trois composantes : le corps, l’esprit et l’âme ; la nature, avec ses trois règnes : minéral, végétal, animal ; la matière, avec ses trois états : solide, liquide, gazeux ; l’espace, avec ses trois dimensions : longueur, largeur, profondeur ; le temps avec son passé, son présent, et son avenir ; l’arbre avec ses trois parties : racines, tronc, branches ; etc…

 

Cf. Relire notre article sur la Très Sainte Trinité.

 

6. « Si le Christ est Dieu, pourquoi le Christ affirmait-il que c'est Dieu qui l'a envoyé ? »

 

Parce que c’est Dieu le Père qui l’a envoyé Lui, Dieu le Fils.

 

7. « Si le Christ était d'accord sur ce qui lui arrivait et qu'il était Dieu, pourquoi priait-il sur la croix "eli eli lama chabaktani" : mon Dieu, mon Dieu pourquoi m 'as-tu abandonné? »

 

Parce que Jésus, en bon juif, avait l’habitude de prier les psaumes ; et que la parole que vous citez est le premier verset du psaume 21 (ou 22, selon la numérotation de votre Bible). En priant ce psaume sur la Croix, Jésus s’approprie le cri de l’homme souffrant s’exprimant par la bouche du psalmiste ; il le fait sien. Il va ainsi jusqu'au bout de l’Incarnation en se faisant « homme de douleur » – et en portant en sa chair suppliciée et son âme torturée la souffrance de tous les hommes. Il accomplit ainsi parfaitement en sa personne la prophétie d’Isaïe que nous avons évoquée plus haut (au point 3).

 

Si vous lisez le psaume 21 en son entier, vous serez surpris d’y voir une description détaillée (et donc : prophétique) de la crucifixion de Jésus (« Des chiens me cernent, une bande de vauriens m'entoure. Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent. Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. »…) De même que vous serez étonné de lire, dans la deuxième partie du texte, l’annonce de la Victoire finale, le Salut universel et le surgissement d’un monde nouveau. « Tu m'as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le Seigneur, glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob, vous tous, redoutez-le, descendants d'Israël. Car il n'a pas rejeté, il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s'est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte (…). Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ; ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent : « A vous, toujours, la vie et la joie! » La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, chaque famille de nations se prosternera devant lui : « Oui, au Seigneur la royauté, le pouvoir sur les nations ! » (…) On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son oeuvre ! »

 

C’est tout cela que Jésus évoque sur la Croix – même si, dans son asphyxie, il ne peut articuler que le premier verset du psaume... Comme pour nous dire : « Cette parole de l’Ecriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit »… (cf. Lc 4. 21).

 

On sait ce qu’il adviendra ensuite : trois jours plus tard, Jésus ressuscitera, inaugurant ainsi la victoire définitive sur la mort et le péché – victoire dans laquelle nous sommes tous invités aujourd’hui à entrer, en nous agrégeant à ce peuple nouveau, né de la Croix, qu’est l’Eglise, rassemblée autour du successeur de Pierre (sur lequel Jésus avait annoncé qu’il bâtirait son Eglise – cf. Mt 16. 18) et des Apôtres : le Pape et les Evêques.

 

8. « Quand Dieu, le Créateur était sur la croix (gloire à lui de ce qu'ils prétendent), qui c'est qui s'occupait de la terre et des sept cieux, qui répondait aux prières de gens, qui.... ? »

 

Eh bien… la Trinité, mon général ! 

 

Quant au Logos-Créateur (le Verbe), c’est de la Croix précisément – son trône de Gloire – qu’il « s’occupait » le mieux de la terre et des cieux, en sauvant l’humanité et en la régénérant jusqu’à la racine ; c’est de la Croix qu’il répondait à toutes « les prières des gens », bien au-delà de ce qu’ils pouvaient imaginer, espérer et oser demander – en leur ouvrant toutes grandes les portes du Royaume céleste et de la Vie éternelle…

 

9. « Pourquoi la libération des péchés n’a pas été faite au temps d'Adam? »

 

Parce que Dieu voulait susciter un peuple capable de l’accueillir, et que c’est une entreprise qui prend du temps si l’on considère que Dieu compose toujours avec notre liberté et notre intelligence. C’est un aspect de notre Dieu qu’il est difficile de comprendre – et qui fait toujours scandale (on le voit encore aujourd’hui avec l’affaire du préservatif) – mais qu’il est essentiel de bien percevoir : Dieu agit toujours avec patience et pédagogie. Il prend son temps pour nous amener là où Il veut parce qu’il sait que notre nature créée a besoin de temps. En cela, il manifeste qu’il est vraiment un Père pour nous…

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 17:00

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"Il fut un temps où l'athéisme prétendait avoir partie liée avec la science.

"Il faut bien en convenir aujourd'hui : l'athéisme a partie liée avec la mythologie et avec les philosophies de l'irrationnel.

"Ce n'est plus une philosophie, c'est l'expression d'une préférence subjective, c'est une foi irrationnelle."

(Claude Tresmontant, in L'histoire de l'Univers et le sens de la Création).

 

1 - L'athéisme n'existe pas

2 - L'athéisme : une impasse philosophique (1)

3 - L'athéisme : une impasse philosophique (2)

4 - L'athéisme : une impasse philosophique (3)

5 - L'athéisme : une impasse philosophique (4)

6 - L'univers a besoin d'un Créateur

(une esquisse de réponse au conte mythologique de Stephen Hawking)

7 - L'athéisme, ou la négation de la raison

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 12:42

Chers amis,

 

Je souhaiterais achever aujourd’hui ma série d’articles sur l’athéisme en réponse à un commentaire de notre ami Hervé, suite à la publication d’un texte de Claude Tresmontant affirmant avec force que l’athéisme n’existe pas.

 

L’athéisme n’existe pas, nous dit Tresmontant, parce qu’il n’a jamais été véritablement pensé. Oh, certes : il existe de nombreux penseurs athées – et ils sont même majoritaires parmi les philosophes actuels. Mais leur athéisme est le résultat d’une préférence, non d’une analyse rationnelle du réel objectif – que les philosophes de l’ère moderne snobent délibérément.

 

Lorsque l’athéisme essaye de se penser lui-même jusqu’au bout, on observe qu’il ne se survit pas à lui-même ; qu’il mute en une autre espèce de pensée… qui n’est plus une philosophie athée.

 

OU BIEN l’affirmation selon laquelle l’univers est le seul être existant conduit au panthéisme antique des métaphysiciens grecs antérieurs à Socrate et de l’Inde ancienne – mais alors, il n’y a plus d’a-théisme, puisque le pan-théisme, qui divinise l’univers, est une forme de croyance religieuse (c’est ce que nous avons examiné la dernière fois avec la pensée de Marx et Engels – qui resurgit aujourd’hui sous la plume d’un Stephen Hawking…).

 

OU BIEN la négation de toute divinité (y compris la Nature) conduit à l’absurde – mais alors, il n’y a plus de philosophie au sens antique du terme (c’est-à-dire : d’amour de la sagesse ; d’exercice rationnel de la pensée). C’est ce qu’il nous reste à examiner maintenant.

 

Mais quoiqu’il en soit, on notera qu’il n’existe pas de philosophie athée ; que les deux termes sont antinomiques.

 

L’athée qui s’efforcera de penser l'athéisme jusqu’au bout sera irrésistiblement contraint, par la force des choses, à :

 - renoncer à l'athéisme pur pour demeurer dans la pensée rationnelle (i.e dans la philosophie : il optera alors pour le pan-théisme – qu’il soit assumé ou non importe peu) ;

 - ou renoncer à la pensée rationnelle pour sauvegarder son athéisme (il se réfugiera alors dans l’absurde – qui est le contraire de la philosophie).

 

Mais il n'aura guère d'autre alternative...

 

Le philosophe capable de concilier l’athéisme et la pensée rationnelle n’est pas encore né – et pour cause : l’athéisme pur, compte tenu de ce que nous savons aujourd’hui de l’univers (de manière certaine et irréversible), est impensable.

 

Après avoir examiné la pensée des matérialistes marxistes (reprise par Stephen Hawking et tant d’autres penseurs modernes) – qui dégénère inéluctablement, avons-nous dit, en pan-théisme –, il nous faut réfléchir maintenant à la position de ceux qui n’ont pour le panthéisme – pas plus que pour le théisme ou le déisme – la moindre sympathie ou affinité. Ce sont les athées purs et durs, qui refusent toute divinité, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre.

 

Le spécimen le plus représentatif de cette espèce d’athéisme est sans aucun doute Jean-Paul Sartre, disciple du philosophe allemand Martin Heidegger.

 

Après une expérience sensible réalisée dans sa jeunesse – l’expérience psychologique de ce que c’est que d'exister – Sartre va professer activement l’athéisme. Un athéisme radical, qui refuse à tout prix de se muer en panthéisme.

 

Pour notre auteur, il n’est point de Dieu. Le Dieu du monothéisme est une vue de l’esprit ; et la Nature n’est absolument pas divine.

 

Par tempérament et par culture (Sartre appartient à l’école cartésienne), notre auteur ne ressent pas la moindre attirance pour le panthéisme. Il n’est pas porté à diviniser la nature. Il rejette avec dédain l’animisme cosmique. Il refuse de voir l’Univers Physique comme l’Absolu ; il va enseigner sa radicale contingence.

 

Pour Sartre : « l’existence est contingente ». Ou dit autrement : « la contingence, c’est l’absolu ». Il n’y a donc pas pour Sartre d’absolu, absolument parlant. Car tout ce qui est est contingent. S’il y a un absolu, c’est la contingence elle-même (qui est précisément ce qui n’est pas absolu, ce qui n’est pas nécessaire, ce qui ne se suffit pas à soi-même…). Sartre retire donc à l’Univers la suffisance ontologique que lui accordent les matérialistes de tous les temps – et que les théologiens monothéistes attribuent à Dieu seul.

 

« L’essentiel, écrit Sartre dans La Nausée, c’est la contingence. Je veux dire que, par définition, l’existence n’est pas la nécessité. Exister, c’est être là, simplement : les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire. Il y a des gens, je crois, qui ont compris ça. Seulement, ils ont essayé de surmonter cette contingence en inventant un être nécessaire et cause de soi. Or, aucun être nécessaire ne peut expliquer l’existence : la contingence n’est pas un faux semblant, une apparence qu’on peut dissiper ; c’est l’absolu, par conséquent la gratuité parfaite. ».

 

« Aucun être nécessaire, dit Sartre, ne peut expliquer l’existence »… L’existence ne vient ni de Dieu, ni d’elle-même (elle ne s’est pas auto-créée, ainsi que l’affirment les disciples de Marx ou de Hawking). D’où vient elle alors ? Sartre répond : de nulle part ; elle n’a pas de cause. L’existence existe, c’est tout. Elle n’a pas de cause. Elle n’est pas l’Absolu (cela reviendrait à la diviniser) ; elle ne tire pas non plus son être d’un autre Absolu qu’elle-même. Elle est radicalement, foncièrement, « absolument » contingente.

 

Sartre va avoir l’honnêteté intellectuelle de ne pas s’arrêter en chemin, et de tirer toutes les conséquences de son raisonnement. Si l’univers est contingent, et s’il n’a pas de cause (ni en Dieu, ni en lui-même), bref : s’il n’est pas lui-même l’être nécessaire ; si l’être nécessaire n’existe pas ; si l’être (tout être, tous les êtres) n’est pas (ne sont pas) nécessaire(s), alors… on ne comprend pas pourquoi l’être (tout être, tous les êtres) existe(nt). Puisque l’être est contingent, et nullement nécessaire, il devrait en réalité ne pas exister. Comment donc l’être qui n’est pas nécessaire peut-il venir à l’existence si aucun être nécessaire n’est à l’origine – si aucun être n’est nécessaire ? Si aucun être n’est nécessaire, comment se fait-il qu’il y ait quand même de l’être ? D’où vient qu’il y ait de l’être plutôt que du néant ? Pour Sartre, s'il y a de l’être – alors que l’être devrait ne pas exister – c’est que l’être est absurde. C’est qu’il est « en trop ». Normalement, il ne devrait pas exister (puisqu’il n’est pas nécessaire, et qu’il ne tire son existence d’aucun être nécessaire). Mais il existe (comme être contingent). Syntax error.

 

« Nous étions un tas d’existants gênés, embarrassés de nous-mêmes, nous n’avions pas la moindre raison d’être là, ni les uns ni les autres, chaque existant confus, vaguement inquiet, se sentait de trop par rapport aux autres. De trop… De trop, le marronnier, là en face de moi… Et moi – veule, alangui, obscène, digérant, ballotant de mornes pensées – moi aussi j’étais de trop… J’étais de trop pour l’éternité (…). L’existence partout, à l’infini, de trop, toujours et partout (…).

 

« Tout existant naît sans raison, se prolonge par faiblesse et meurt par rencontre (…). Est-ce que je l’ai rêvée, cette énorme présence ? Elle était là… toute molle, poissant tout, toute épaisse, une confiture… Je haïssais cette ignoble marmelade. Il y en avait, il y en avait ! Ca montait jusqu’au ciel, ça s’en allait partout, ça remplissait tout de son affalement gélatineux… Je savais bien que c’était le monde, le monde tout nu qui se montrait tout d’un coup, et j’étouffais de colère contre ce gros être absurde. On ne pouvait même pas se demander d’où ça sortait, tout ça, ni comment il se faisait qu’il existât un monde plutôt que rien… Bien sûr il n’y avait aucune raison pour qu’elle existât, cette larve coulante. Mais il n’était pas possible qu’elle n’existât pas. C’était impensable : pour imaginer le néant, il fallait qu’on se trouve déjà là, en plein monde et les yeux grands ouverts et vivant : le néant ça n’était qu’une idée dans ma tête… Je criais « Quelle saleté, quelle saleté ! » et je me secouai pour me débarrasser de cette saleté poisseuse. » (cf. La Nausée).

 

Mêmes affirmations dans L’Être et le Néant : « L’être-en-soi n’est jamais ni ‘possible’ ni ‘impossible’, il est. C’est ce que la conscience exprimera – en termes anthropomorphiques – en disant qu’il est de trop, c’est-à-dire qu’elle ne peut absolument le dériver de rien, ni d’un autre être, ni d’un ‘possible’, ni d’une loi nécessaire. Incréé, sans raison d’être, sans rapport aucun avec un autre être, l’être-en-soi est de trop pour l’éternité. »

 

C’est cela l’absurdité qui donne la nausée à Jean-Paul Sartre : l’être, qui est « en trop ».

 

Le monde est en trop. L’existence est absurde. Voilà toute la philosophie de Sartre. Evidemment, avec des conclusions aussi renversantes, aussi… novatrices dans l’histoire de la pensée, on serait en droit de s’attendre à ce que notre auteur nous livre une démonstration magistrale, à la hauteur de ses si audacieuses affirmations. On s’attendrait à ce qu’il développe amplement sa théorie, à ce qu’il l’étaye par une argumentation solide et charpentée, pour nous conduire à la partager. Malheureusement, on cherchera vainement dans toute son œuvre le moindre début de commencement d’explication…

 

Sartre proclame la radicale contingence du monde – et son absurdité foncière – mais… il "omet" de nous expliquer pourquoi il affirme cela ; il "oublie" de nous donner des raisons. Il ne fonde son assertion sur aucune analyse rationnelle, ni aucune démarche logique ; il ne nous donne aucune justification intelligible, compréhensible pour le commun des mortels. Toute sa pensée repose sur des impressions subjectives, des sentiments, des sensations. Mais d'explication rationnelle, on ne trouve nulle part aucune trace. Sartre nous jette ses oracles et proclamations à la figure... et à bon entendeur, salut ! Il serait peut-être absurde dans son esprit de vouloir expliquer l’absurde… par des raisons ! Et c’est sans doute pour cela qu’il conclut sans avoir argumenté – ce que feront à sa suite sans l'ombre d'un scrupule nombre de philosophes des temps modernes. Mais il faut reconnaître alors que nous sortons de la démarche philosophique en tant que telle ; que nous n’avons plus affaire à une démarche rationnelle.

 

Sartre se distingue, dans sa méthode, des grands penseurs juifs, chrétiens et musulmans tels que Maïmonide, Albert le Grand, Thomas d’Aquin, Duns Scot ou Ibn Sina – qui n’essayaient pas, n’en déplaise à notre auteur, de « surmonter » la contingence du réel en « inventant un être nécessaire et cause de soi », mais qui recherchaient, au moyen d’une analyse rigoureuse de l’univers existant et de ses différentes caractéristiques, ce qui est impliqué et pré-requis rationnellement pour qu’il soit ce qu’il est comme il est. Ils n’ajoutaient rien au réel, n’inventaient rien, mais s’efforçaient simplement de comprendre le donné, et de l’analyser jusqu’au bout. Ils constataient certes, comme Sartre, que notre univers ne peut pas, de par ses caractéristiques, être l’Être nécessaire – ils confessaient, tout comme Sartre, sa radicale contingence. Mais ils affirmaient au nom de la raison que l’univers provient nécessairement d’un autre Être qui, lui, est nécessaire (nécessairement nécessaire, pourrions-nous dire, afin de demeurer dans la rationalité et refuser l’absurde) : cet Être nécessaire qui est l’Unique existant incréé et que les traditions monothéistes appellent « Dieu ».

 

A la différence des docteurs du monothéisme, Jean-Paul Sartre fait de la philosophie a priori. Il part du principe que l’athéisme est la vérité. C’est chose acquise pour lui, au départ, que Dieu n’existe pas – quel qu’Il soit : Dieu personnel ou ‘divin’ impersonnel. Et c'est de ce postulat posé au départ qu'il déduit toute sa philosophie – et élabore toute sa pensée. A aucun moment, il ne lui viendra à l’esprit de remettre en cause cet athéisme de principe, posé au départ de manière arbitraire ; à aucun moment il ne le soumettra à l'analyse critique. Pourtant, ses conclusions philosophiques auraient dût l’alerter ! Quand un mathématicien arrive, au terme de ses calculs, à un résultat absurde, il sait qu’il s’est trompé quelque part ; il recommence alors son travail jusqu’à ce qu’il obtienne un résultat satisfaisant. Sartre, lui, ne recommence pas le travail. Il part d’un principe : l’athéisme pur – qu’il ressent comme vrai. Et il confronte cet athéisme au réel objectif qu’il observe et expérimente ; il s’efforce de comprendre le réel avec les lunettes de son athéisme. Il ressort de cette confrontation que… l’univers est en trop ; qu’il est absurde. Et il s’en tient là, tout heureux de sa trouvaille. Telle sera sa philosophie : la philosophie de l’absurde (ce qui est un non sens et une contradiction dans les termes – car en réalité, Sartre s’exclut de la pensée rationnelle et de ce qui mérite le beau nom de « philosophie »).

 

En rejetant à la fois le panthéisme et la doctrine de la Création – au nom d’un athéisme radical arbitrairement proclamé – Sartre prive l’univers de toute raison d’être, celle-ci ne se trouvant ni en Dieu, ni en lui-même. Comme l’univers n’a pas de raison d’être du tout, il devrait, pour bien faire, c’est-à-dire pour être conforme à la déduction de Sartre, ne pas exister. Le problème, le tout petit problème, c’est qu'il existe… La conclusion s’impose donc : l’univers est en trop, il est absurde ; il a tort d’exister « ce gros être absurde » ; elle a tort de se manifester à notre perception, « cette larve coulante ».

 

Mais au fait : par rapport à quoi l’univers serait-il « en trop » ? Par rapport à Sartre, bien sûr ! Par rapport à sa philosophie, et aux principes arbitrairement posés au départ ; par rapport à son a priori athée hérité de son enfance.

 

Aussi, comme l’écrit Tresmontant : « La philosophie de Sartre ou l’univers : il faut choisir, l’un des deux est en trop »… (in Les métaphysiques principales, p. 76).

 

« Car enfin, poursuit Tresmontant, dire que l’univers est en trop, c’est un mot d’enfant qui ne parvient pas à faire son problème et qui déclare que le livre de mathématique est en trop. Le monde, c’est ce que nous avons à penser, tous et quelle que soit notre philosophie. Nous ne devrions d’ailleurs pas avoir de philosophie avant de nous être efforcés de penser le monde existant. Déclarer que le monde est « en trop » et « absurde » parce qu’on ne parvient pas à le faire entrer dans la philosophie qu’on s’est fabriquée auparavant, c’est un mot essentiellement comique » (in Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu, p. 150).

 

La philosophie de Jean-Paul Sartre produit donc une conséquence inattendue (un "dommage collatéral" que son auteur n'avait certainement pas imaginée!), puisqu'elle nous fournit en définitive une preuve supplémentaire et tout à fait valable… de l’existence de Dieu ! Une preuve par l’absurde. « En effet, ce que Sartre a très bien établi (…), c’est que si l’on part, comme il le fait, de l’hypothèse athée posée en principe, on aboutit à un résultat véritablement absurde, à savoir que le monde est en trop. C’est-à-dire que, dans cette hypothèse, on ne sait plus quoi faire de l’univers. On l’a, si j’ose dire, sur les bras (…). Pour que l’athéisme fût pensable, il eût fallu que l’univers n’existât pas. Or, il existe (…). La démonstration est sans réplique. L’athéisme pur est incompatible avec l’existence du monde, ou, ce qui revient au même, l’existence du monde est incompatible avec l’athéisme pur que veulent promouvoir Sartre et ses disciples. Ce que Sartre a établi d’une manière décisive, c’est non pas que l’univers soit absurde, ce qui n’a aucun sens (seul un raisonnement peut être absurde) – mais que l’hypothèse athée est absurde et inutilisable, à cause de l’univers. Dont acte. » (in Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu, p. 150-151).

 

Tel est bien le cœur du propos de Claude Tresmontant – qui a fait l’objet de cette série d’articles sur l’athéisme, et que l’auteur développe admirablement dans tous ses ouvrages : « L’athéisme pur est impensable. Il n’a jamais été pensé par personne. Sartre s’y essaie : il obtient un résultat absurde. » (in Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu, p. 151).

 

Tout homme qui cherche à penser rationnellement l’univers devra donc faire son choix entre deux métaphysiques croyantes (qui sont les deux seules métaphysiques rationnelles existantes) : la métaphysique panthéiste ou la métaphysique de la Création. Mais l’athéisme lui-même ne constitue pas une alternative rationnelle, une troisième voix métaphysique, une solution de rechange – puisqu’il est impensable... à cause de l’univers : « c’est le monde existant et contingent qui constitue tout le nerf de la preuve » (in Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu, p. 151).

 

Laissons donc conclure le maître : « L’athéisme pur est impossible, impensable, et il n’a jamais en fait été pensé. Si des hommes comme Sartre et ses disciples pensent pouvoir se dire athées, c’est qu’ils n’ont pas en fait traité le problème que pose l’existence du monde. Ils ont négligé de traiter ce petit problème. Leur athéisme est donc purement verbal. Ce n’est pas un athéisme philosophique. Ce n’est pas un athéisme qui résulte d’une analyse sérieuse, solide, rationnelle, tenant compte du donné. Un tel athéisme n’existe pas encore. Personne n’a jamais montré comment on pouvait penser l’existence du monde dans la perspective de l’athéisme » (in Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu, p. 151).

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 17:13

Le 15 août dernier, en la fête de l’Assomption de la Vierge Marie, notre ami Claude – avec qui j’ai engagé un long débat sur la question du péché originel (voir partie 1 et partie 2) – m’envoie un nouveau message.

 

(Je rappelle pour mémoire que Claude est un jeune chercheur de Dieu qui s’interroge beaucoup sur la foi, et dont la pensée est en chemin).

 

Claude : Mon cher Matthieu, c'est en ce jour saint que je viens t'offrir une réflexion qui me hante sur la Vierge et quelques bribes de réponses sur le péché originel pour clore notre débat. Sur Marie, voici mes interrogations :

 

Si Marie a été pré-sanctifiée, dépourvue du péché originel, alors elle est sainte sans l'avoir choisie. Or, elle coopère à la venue du Christ, elle accepte de le porter. La sainteté est aussi liberté.

 

En fait, sainteté = liberté ; nous n'avons qu'une autonomie relative – pour parler comme Girard, nous transcendons le déterminisme du péché originel par l'alliance avec l'Eglise et l'imitation du Christ. C'est ce que Girard nomme "la médiation intime".

 

Mais ce que je ne comprends pas c'est : il est injuste, il serait injuste que nous allions en enfer car nous avons le péché originel ; alors que Marie, elle, ne l'a pas, ni le Christ ; c'est "facile" d'être pré sanctifié – de même, il est facile d'avoir tout tout de suite. Il semble impossible d'avoir tout tout de suite, l'homme doit faire l'apprentissage.

 

Je pense que Marie comme le Christ étaient des modèles pensés, voulus par Dieu, en vue d'opérer une rédemption et un achèvement de notre humanité.

 

Voilà, je crois que je commence à comprendre – s'il y a de l'hérésie dans ma pensée, n'hésite pas à corriger, Matthieu, la question m'est importante.

 

Ainsi, les protestants jansénistes qui parlent d'élection par la grâce de Dieu nient totalement que le Christ n'est pas QUE rédemption, il est aussi médiateur qui permet d'achever notre Humanité, le Modèle parfait de l'Etre créé à l'Etre incréé en union, sans confusion de nature.

 

Mais voici mes questions :

 

- Marie est-elle créée ou engendrée ?

- Le Christ est-il créé ou engendré ?

- Pourquoi le Seigneur se fait-il baptiser s'il est déjà saint ?

- Pourquoi le titre de "Dieu des armées" si Dieu agit en douceur ?

 

Ces questions me hantent terriblement...

 

Si l'Homme n'était pas devenu criminel, il n'y aurait pas eu de Christ ? Et donc, dans cette hypothèse, dans cette conjecture, le Chef d'oeuvre de Dieu, le Summum opus Dei, serait un accident, un fait qui résulte d'un accident, occasionatum. En somme, dans cette conjecture, le plus grand des biens, le Christ, proviendrait, résulterait de la faute de l'Homme. C'est tout à fait déraisonnable, irrationnel.

 

"Avant qu'Abraham ne naisse, c'est Moi !" (Jean 8, 58)

 

Pourquoi les Juifs n'ont-ils pas la conception du péché originel ? Pourtant, ils sont strictement orthodoxes.

 

Ma vision de la chose désormais est celle-ci : je crois au péché originel – qui n'est pas concupiscence mais criminalité. L'homme est criminel, c'est une vérité acquise dans l'expérience.

 

Matthieu : Bonjour Claude. Il y a beaucoup de questions dans ton dernier message ! Je vais tenter d’y apporter réponse.

 

1. « Si Marie a été pré-sanctifiée, dépourvue du péché originel, alors elle est sainte sans l'avoir choisie. Or, elle coopère à la venue du Christ, elle accepte de le porter. La sainteté est aussi liberté. »

 

Marie était sainte sans l’avoir choisie… comme Eve, et comme Adam. Ce qui ne les a pas empêché de chuter ! Preuve s’il en est que leur liberté n’était pas entamée par leur conception immaculée.

 

La Vierge Marie était libre, et sans doute plus que nous – puisque n’éprouvant aucune concupiscence : la sainteté donne une grande liberté par rapport au péché (que Jésus définit comme un esclavage – cf. Jn 8. 34) ; il n’empêche que la Vierge a été éprouvée (l’Evangile le montre bien) – comme Adam et Eve le furent – et qu’elle aurait pu pécher. Tous les démons étaient à l’origine des créatures immaculées…

 

La « pré-sanctification » ne réduit donc pas la liberté, mais elle l’accroît, comme elle accroît la responsabilité du sujet et la gravité du péché commis (celui-ci étant plus facilement résistible dans l’état de grâce immaculée que dans l’état de péché originel).

 

2. « Mais ce que je ne comprends pas c'est : il est injuste, il serait injuste que nous allions en enfer car nous avons le péché originel ; alors que Marie, elle, ne l'a pas, ni le Christ ; c'est "facile" d'être pré-sanctifié – de même, il est facile d'avoir tout tout de suite. Il semble impossible d'avoir tout tout de suite, l'homme doit faire l'apprentissage. »

 

S’il est facile comme tu dis d’être « pré-sanctifié » – puisque cela est un don gratuit de Dieu, indépendant de tout mérite de notre part – cela donne une responsabilité immense et peut provoquer in fine la damnation éternelle (l’exemple des démons en atteste).

 

Ce qui provoque la damnation, ce n’est pas le péché originel – même si celui-ci nous y conduit « naturellement » : c’est le péché personnel. On ne va pas en enfer si on ne commet aucun péché personnel – si notre responsabilité personnelle n’est pas directement engagée. Certes, le péché originel nous prédispose au péché personnel, et donc : à l’enfer éternel, alors que nous n’avons pas demandé à naître dans cet état. De ce point de vue, cela peut paraître une injustice. Mais en réalité, Adam récapitulait en lui toute l’humanité, y compris la nôtre, en sorte que si nous avions été à sa place, nous aurions commis la même faute (Adam était, comme dirait Chirac, « le meilleur d’entre nous » ! ). C’est pourquoi on doit considérer le péché originel non seulement comme un péché historiquement situé, le péché d’un autre, mais aussi comme le péché de l’humanité (le tien donc, comme le mien). Autrement dit : nous ne sommes pas totalement étrangers au péché d’Adam et Eve (comme je peux l’être du tien par exemple et comme tu l’es du mien) ; le récit de leur chute est aussi en quelque manière le récit de la chute de Claude et de Matthieu. Quoique nous n’ayons pas commis personnellement le péché originel, nous l’avons commis en Adam et Eve. C’est en cela que je rejoins d’une certaine manière la pensée de Girard (que je connais très mal) qui voit dans le péché originel (semble-t-il) un péché actuel.

 

Maintenant, une créature immaculée n’a pas « tout tout de suite ». Tout : c’est Dieu, qui est Amour (cf. 1 Jn 4. 8). Or, une créature créée immaculée n’a pas Dieu tout de suite ; elle n’est pas en elle-même plénitude d’Amour – Dieu seul l’est. Ontologiquement, elle reste une créature. Elle le restera pour l’éternité, mais elle a vocation à connaître une divinisation (qui implique une « métamorphose », comparable à celle de la chrysalide qui devient papillon), c’est-à-dire : une communion d’amour telle avec Dieu qu’elle deviendra entièrement transparente de Dieu (sans rien perdre de sa consistance propre)« J’ai vu Dieu dans un homme » disait un jour quelqu’un au sujet du Curé d’Ars (qui n’était pas encore divinisé, mais c’est l’idée). C’est en vertu de cette divinisation que la Créature sera pleine de « tout », c’est-à-dire de Dieu. On ne pourra plus alors séparer la créature de son Créateur car tous deux ne feront plus qu’UN. Dieu sera en elle, et elle en Dieu – sans pour autant que la créature ne soit absorbée en Dieu : elle demeurera pour toujours une créature, mais une créature pleinement achevée en Dieu ; une créature « divine » peut-on dire (à l’instar de St Louis Marie Grignion de Montfort qui aimait appeler la Sainte Vierge la « divine » Marie : non qu’elle soit divine par nature, bien évidemment, mais par grâce, en vertu de cette divinisation dont nous venons de parler qui a rendu Marie toute transparente de Dieu – ce processus ayant commencé pour elle dès ici-bas à raison de son Fiat quotidien au Seigneur).

 

La naissance immaculée n’exempte donc pas la créature d’un « apprentissage », parce qu’on n’accède pas à la divinisation (et à l’Amour total) de manière automatique, mais par l’exercice de sa liberté, celui-ci impliquant une mise à l'épreuve. La réussite de l’épreuve (le OUI à Dieu) nous fait grandir dans la connaissance de Dieu (et donc : dans l’Amour), tandis que son échec (le NON à Dieu) nous fait régresser dans les ténèbres.

 

3. « Je pense que Marie comme le Christ étaient des modèles pensés, voulus par Dieu, en vue d'opérer une rédemption et un achèvement de notre humanité. Voilà, je crois que je commence à comprendre – s'il y a de l'hérésie dans ma pensée, n'hésite pas à corriger, Matthieu, la question m'est importante. ».

 

Je ne vois pas très bien ce que tu sous-entends par « modèles pensés ». Mais il est vrai que la conception immaculée de la Vierge Marie était ordonnée, de fait, à la rédemption et à l’achèvement de notre humanité – puisque sa raison d’être fut la venue du Christ sur la terre. Comme il est vrai aussi que l’Incarnation a été voulue, de fait, pour le Salut de tous les hommes et l’accomplissement de leur être dans le Christ. En affirmant cela, tu n’es absolument pas hérétique.

 

Soit dit en passant : on n’est pas hérétique quand on commet une erreur d’appréciation théologique ; on le devient quand adhère à cette erreur au point de vouloir l’opposer à la doctrine catholique – c’est-à-dire : quand on pense avoir raison contre tous, y compris contre l’Eglise catholique.

 

4. « Voici mes questions :

 - Marie est-elle créée ou engendrée ?

 - Le Christ est-il créé ou engendré ?

 - Pourquoi le Seigneur se fait-il baptiser s'il est déjà saint ?

 - Pourquoi le titre de "Dieu des armées" si Dieu agit en douceur ?

 Ces questions me hantent terriblement... »

 

Eh bien, je vais m'efforcer d’y répondre.

 

4.1. « Marie est-elle créée ou engendrée ? » Créée, bien sûr ! Marie est une créature humaine. Sa divinisation ne l’a pas fait changer de nature.

 

4.2. « Le Christ est-il créé ou engendré ? » Les deux mon général ! Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. Il est le Fils éternel du Père, et sous ce rapport : engendré de toute éternité par le Père. Il est le Fils incarné en notre chair, et sous ce rapport : il est une créature.

 

Le Fils existe de toute éternité ; mais Jésus-Christ (qui est le Fils incarné) est né à Béthléem, il y a environ 2000 ans. Sa nature humaine est créée.

 

En Jésus-Christ, l’éternité est entrée dans notre Histoire. Dieu s’est fait homme, vraiment homme, sans jamais cesser d’être Dieu.

 

4.3. « Pourquoi le Seigneur se fait-il baptiser s'il est déjà saint ? » Le baptême que Jésus reçoit n’est pas le baptême chrétien, qui remet les péchés. C’est le baptême de Jean-Baptiste : un baptême de pénitence. En recevant le baptême de Saint Jean, on se reconnaissait publiquement pécheur – c’était en quelque sorte une confession publique. Pourquoi donc Jésus a-t-il accompli ce rite ? Non parce qu’il était pécheur, bien sûr – puisqu’il est sans péché : cf. Jn 8. 46 (d’ailleurs, Jean-Baptiste ne comprends pas le geste de Jésus…). Mais parce que Jésus veut être identifié au pécheur. Il veut, par cet acte symbolique, assumer personnellement notre péché ; manifester sa solidarité avec les pécheurs. « Il a été compté avec les pécheurs » écrivait le prophète Isaïe à propos du Serviteur souffrant (Is. 53. 12). Saint Paul dira la même chose : « Celui qui n'a pas connu le péché, Dieu l'a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu. » (2 Co 5. 21). Tel est l’admirable échange : Jésus reçoit le baptême de pénitence de St Jean et prends sur lui nos péchés pour pouvoir un jour nous communiquer le baptême de grâce qui remet les péchés et nous rend juste devant Dieu.

 

C’est Origène je crois qui écrivait cette parole magnifique (je la cite de mémoire) : « Jésus n’a pas reçu le baptême pour être sanctifié par l’eau, mais pour sanctifier l’eau ».

 

4.4. « Pourquoi le titre de "Dieu des armées" si Dieu agit en douceur ? » Sans doute parce que Dieu qui est le tout proche est aussi le Tout Autre…

 

Dieu des armées : cela renvoie aux armées célestes, aux anges, aux astres et à toute la Création. Tout obéit à la Parole de Dieu – même les démons (on le voit dans l’Evangile quand Jésus exorcise), même le flot impétueux des tempêtes... Rien ne résiste à Dieu ; il est le Tout-Puissant. Dieu gouverne le monde avec Sagesse et Sa Providence conduit irrésistiblement l’humanité vers la pleine réalisation des promesses – cela, en dépit du péché des hommes.

 

L’Ecriture dit par ailleurs que Dieu a libéré Israël du joug égyptien « par la force de sa main et la vigueur de son bras » (Deut 5. 15). La mention « Dieu des Armées » me paraît donc aussi une référence directe à cet évènement fondateur pour Israël que fut la traversée de la mer rouge (préfiguration biblique du baptême), et par suite : à la bonté de Dieu pour son peuple – où l’on voit que le titre guerrier de « Dieu des Armées » a quelque chose à voir quand même avec l’Amour de Dieu : la douceur du berger envers ses brebis peut se muer en violence à l’égard des loups qui cherchent à les dévorer.

 

5. « Si l'Homme n'était pas devenu criminel, il n'y aurait pas eu de Christ ? Et donc, dans cette hypothèse, dans cette conjecture, le Chef d'oeuvre de Dieu, le Summum opus Dei, serait un accident, un fait qui résulte d'un accident, occasionatum. En somme, dans cette conjecture, le plus grand des biens, le Christ, proviendrait, résulterait de la faute de l'Homme. C'est tout à fait déraisonnable, irrationnel. »

 

Je suis tout-à-fait d’accord avec toi : je pense que l’Incarnation du Verbe aurait quand même eu lieu en l’absence de la faute d’Adam, puisqu’elle était le moyen le plus excellent de permettre à l’humanité d’accéder à l’intimité de Dieu, au sein de la Trinité.

 

« Dieu s’est fait homme, disent les Pères, pour que l’homme devienne Dieu » – cela peut valoir avec ou sans le péché originel.

 

Mais c’est de la théologie-fiction ! 

 

6. « Pourquoi les Juifs n'ont-ils pas la conception du péché originel ? Pourtant, ils sont strictement orthodoxes. »

 

Etonnante question à la vérité que celle-ci, de la part d’un ardent défenseur de la théorie de l’évolution de la Création, de l’humanité, des pensées et des doctrines ! Si l’on admet que la Révélation s’est manifestée progressivement, d’abord au peuple juif, puis en Jésus-Christ à l’Eglise fondée sur l’Apôtre Pierre, il ne faut pas s’étonner que ceux qui n’adhèrent pas au Christ n’adhèrent pas non plus à la théologie qui s’est développée dans son sillage. L’orthodoxie des juifs est donc parfaitement orthodoxe, mais elle reste… inachevée ; l’Eglise, elle, se trouve (je dis cela sans vouloir blesser quiconque : c’est ma foi catholique) à un stade ultérieur de l’évolution de la Révélation.

 

Maintenant : le récit de la Création et de la Chute d’Adam et Eve se trouve dans la Bible hébraïque, en Genèse 1 à 3. Je pense donc que le judaïsme a une certaine idée du péché originel, même si leur doctrine n’est pas formulée à la manière de St Paul ou de St Augustin. (St Paul était juif : il est donc probable que sa théologie du péché originel – cf. Rm 5 – était partagée par les Juifs de son temps, au moins parmi les pharisiens dont il était l’un des plus ardents sectateurs).

 

7. « Ma vision de la chose désormais est celle-ci : je crois au péché originel – qui n'est pas concupiscence – mais criminalité. L'homme est criminel, c'est une vérité acquise dans l'expérience. »

 

Cela dépend ce que tu entends par criminel. Si cela implique de tuer des gens, je ne connais pour ma part (fort heureusement !) aucune personne dans mon entourage qui soit atteint par cette espèce-là de « péché originel ». Et moi-même, je ne dois pas être très normal... 

 

Quoiqu’il en soit de la tendance homicide de nombreux être humains, l’homme n’a pas été créé criminel par Dieu.

 

S’il l’est devenu, c’est qu’il s’est passé quelque chose pour qu'il en arrive là.

 

Ce quelque chose, c’est précisément la chute de nos premiers parents : le péché originel, qui a infusé dans notre humanité le poison mortel de la concupiscence et du péché sous toutes ses formes (y compris criminelles)…

 

(Nous reviendrons dans un prochain article sur l’importante question de l’historicité du péché originel).

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 16:44

Suite de notre discussion avec Claude sur la question du péché origine. Je précise que Claude n’est pas catholique, mais qu’il réfléchit à le devenir. D’où ses positions très hétérodoxes qui témoignent d’une intelligence en recherche – en dépit des certitudes affichées.

 

Claude : Mon cher ami, j'ai bien lu, j'ai bien cherché, en long et en large. Je crois être arrivé à une vérité fulgurante et définitive. Je t'annonce que je vais te répondre très clairement sur le sujet du péché originel dans quelque temps, dans la plus grande clarté possible.

 

Matthieu : Tu me fais peur....... Mais bon, je suis curieux (et impatient malgré tout!) de voir où ta réflexion t'a menée !

 

Claude : C'est parti ! Si l'on considère que la perfection était au début, il n'y aurait jamais eu de Christ car sa vocation de rédempteur telle que la conçoit Saint Augustin (mais aussi Luther, les jansénistes), n'avait plus lieu d'être. Il s'agit donc d'une aberration. Avec la connaissance du Bon et du Mauvais, l'homme a besoin d'un médiateur. Et nous n'étions pas non plus des Christ puisque, sinon, nous aurions repoussé Satan – et Eve n'était pas une figura Mariam puisqu'elle a été tentée.

 

Saint Irénée de Lyon, IIe siècle, dans son grand traité contre les gnostiques, développe la pensée de Paul : le premier homme a été inachevé. La plénitude, la perfection, n'est pas au commencement (comme le disaient les deux frères de ta vidéo), à l'origine, mais au terme, à la fin.

 

Le péché originel est l'état qui précède la sainteté.

 

Dans la pensée de Paul, qui est la pensée de l'Eglise de Rome depuis les origines jusqu'à aujourd'hui, la perfection, la plénitude, n'était pas du tout à l'origine. Elle sera réalité à la fin, grâce au Christ, celui qui a reçu l'onction royale, prophétique, sacerdotale.

 

Comme l’écrit Tresmontant : « Ce que l'Eglise entend par ou sous l'expression empruntée à Augustin, peccatum originale, c'est l'état qui précède l'entrée dans l'économie de la grâce, qui est la nouvelle Création, qui est l'Eglise, l'état qui précède l'entrée dans l'économie de la sainteté ; qui est la transformation totale, la métamorphose de l'homme ancien en Homme nouveau par l'Esprit saint, qui est l'Esprit de Dieu, qui est Dieu qui est Esprit. »

 

« Pour Paul, Genèse 1,26 et 1,27 est un texte PROPHETIQUE qui porte sur l'Homme qui va venir, l'Homme qui est dans le dessein de Dieu depuis les origines, l'Homme véritable. Pour Paul, le premier Homme était fait de la terre, il était une âme vivante. L'homme spirituel viendra après, plus tard. Ce n'est pas le spirituel qui est premier, c'est l'animal. La perfection n'est pas dans le passé, mais au temps de l'histoire de la Création, dans l'avenir. »

 

« Pour Saint Augustin, c'est la concupiscence (désir, semence qui la contient) qui effectue la transmission du péché originel. Saint Thomas a corrigé cette conception ; l'Eglise aussi : "La concupiscentia : l'Eglise catholique n'a jamais compris qu'il y ait lieu de l'appeler péché" (Concile de Trente) "Tous les hommes ont perdu l'innocence dans la transgression d'Adam" ».

 

Sainteté = Création de l'Homme nouveau et véritable en nous, avec notre consentement et notre coopération.

 

Conclusion : L'expression "péché originel" désigne tout simplement l'état dans lequel nous naissons tous, état qui précède la nouvelle naissance, la Création en nous de l'homme nouveau. Saint Augustin a cru, comme presque tout le monde de son temps chez les Latins, que le mot hébreu Adam désignait au signifiait un nom propre, alors que l'hébreu ha-adam signifie l'homme, purement et simplement.

 

Le récit de Genèse 3 est donc un Maschal, un texte prophétique. De là découle toute la compréhension de la mystique chrétienne. Je ne sais pas ce que tu en penses, mais c'est fulgurant Matthieu. Remarquable de clarté et de vérité.

 

On peut d'autant plus faire confiance aux Hébreux qui ont compris ce texte : ils ne parlent pas de "péché originel" dans le sens augustinien.

 

Matthieu : Cher Claude, j'essaye de répondre rapidement à ton dernier post.

 

1. "Si l'on considère que le perfection était au début, il n'y aurait jamais eu de Christ car sa vocation de rédempteur (...) n'avait plus lieu d'être. Il s'agit donc d'une aberration." Mais le Christ aurait eu alors une autre vocation : celle de récapituler toute la Création en Lui par son Incarnation et le don eucharistique de sa vie (qui aurait pu se produire sans le sacrifice de la Croix – comme au soir du Jeudi Saint).

 

2. "Avec la connaissance du Bon et du Mauvais, l'homme a besoin d'un médiateur." En fait, je pense exactement l'inverse : avec la connaissance du Bon et du Mauvais (je suppose que tu veux dire par là : une certaine expérience du mal), l'homme a besoin d'un Rédempteur. Sans cette expérience, le Rédempteur n'a plus lieu d'être, mais le Médiateur, lui, garde tout son sens, puisque du fait de la distance infinie, ontologique, qui sépare l'homme de Dieu, on peut penser qu'il y aurait eu de toute façon besoin d'un "pont" entre l'homme et Dieu : ce pont ne pouvant être (parce que c’est le plus excellent) que le Verbe incarné unissant parfaitement en sa personne la divinité et l'humanité – et récapitulant tout en lui. N’oublions pas que tout a été créé POUR lui, le Fils bien-aimé (avant même donc qu’il fût question de Chute – car tel était le dessein originel du Père, cf. Col 1. 16).

 

3. "Le premier homme a été inachevé. La plénitude, la perfection, n'est pas au commencement (comme le disaient les deux frères de ta vidéo), à l'origine, mais au terme, à la fin." Il faut distinguer ici la perfection naturelle et la perfection divine. La créature originelle était parfaite sur le plan naturel, mais elle était inachevée... car c'est en Dieu que l'homme trouve son plein accomplissement. Autrement dit : l'homme est inachevé tant qu'il n'est pas divinisé – quelque parfaite que puisse être sa nature. Regarde la Vierge Marie : elle était parfaite ici-bas sur la terre (toute immaculée, et vierge de tout péché personnel tout au long de sa vie). Mais sa perfection était celle d’une créature qui ne possède pas en elle-même toute la connaissance, et qui, de ce fait, tâtonne dans l’obscurité et cherche, au point de se cogner parfois (comme lors de la disparition de Jésus à l’âge de 12 ans, au moment du pèlerinage familial à Jérusalem, où Jésus adresse le doux reproche à sa Mère de ne pas avoir su qu’il devait être aux affaires de son père – cf. Lc 2. 41-52 ; ou encore lorsqu’elle se joint au reste de la famille pour tenter de « récupérer » Jésus, hâpé par les exigences de son ministère public, et dont ses proches estiment qu’il a perdu la tête… - cf. Mc 3. 21 & Mt 46. 50). Ce n'est qu'après son Assomption-divinisation qu'elle est entrée dans son plein achèvement – dont le rayonnement glorieux transparaît dans chacune de ses Apparitions sur la terre.

 

4. "Le péché originel est l'état qui précède la sainteté." Pas forcément – il n'y a pas de déterminisme. La damnation aussi est une possibilité... Le péché originel est donc un état qui peut précéder la damnation.

 

5. "Dans la pensée de Paul, qui est la pensée de l'Eglise de Rome depuis les origines jusqu'à aujourd'hui, la perfection, la plénitude, n'était pas du tout à l'origine. Elle sera réalité à la fin, grâce au Christ, celui qui a reçu l'onction royale, prophétique, sacerdotale." Mais dans la pensée de Paul, il est aussi question d'une Chute. Paul raisonne à partir du présupposé (justifié par la Révélation) de la Chute originelle. Il intègre à sa doctrine toute l'économie du Salut – et il faut loyalement en tenir compte si l'on veut rendre compte avec justesse de sa pensée – qui est effectivement la pensée de l'Eglise de Rome depuis les origines.

 

6. "Pour Saint Augustin, c'est la concupiscence qui effectue la transmission du péché originel. Saint Thomas a corrigé cette conception ; l'Eglise aussi : "La concupiscentia : l'Eglise catholique n'a jamais compris qu'il y ait lieu de l'appeler péché" (Concile de Trente)". Attention à ne pas confondre. Le péché originel a introduit une faille dans notre humaine nature : c'est la concupiscence. La concupiscence n'est pas le péché, mais cette mystérieuse inclinaison vers le mal que le péché originel a inoculé dans notre nature. Cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas de péché en amont (le péché originel) ni en aval (notre péché personnel). La transmission de l'état de péché est un effet du péché originel, non de la concupiscence en quoi réside précisément cet état de péché.

 

7. "Tous les hommes ont perdu l'innocence dans la transgression d'Adam" : c'est bien pour cela que l'on parle d'une Chute.

 

8. "Saint Augustin a cru, comme presque tout le monde de son temps chez les Latins, que le mot hébreu Adam désignait au signifiait un nom propre, alors que l'hébreu ha-adam signifie l'homme, purement et simplement." Le nom de Jésus signifie "Dieu sauve" : cela ne veut pas dire que Jésus n'est pas une personne…

 

Si l'état de péché était notre état brut après la Création divine sans connotation morale de faute, de transgression, de désobéissance, alors... cela voudrait dire que Dieu a partie liée avec le mal et la souffrance qui sévissent sur la terre (puisqu'il les aurait créés avec la matière brute) et on ne comprend plus dès lors la théologie catholique : de quoi Jésus est-il venu nous sauver ? Pourquoi est-il mort sur la Croix (n’y avait-il pas un moyen moins onéreux de nous conduire vers notre plein achèvement) ? Et puis : pourquoi les hommes n'ont-ils pas été créés saints et immaculés à l'instar de la Vierge Marie, puisque Dieu le pouvait ? De quoi celle-ci a-t-elle été préservée, et pourquoi ? Et encore : pourquoi les hommes qui ont été régénérés dans l'eau du baptême continuent-ils de pécher, puisqu'ils sont devenus des hommes nouveaux dans le Christ (alors que théoriquement, leur Création est achevée)? etc, etc, etc.

 

Ma conclusion à moi est que tu dois absolument lire l'ouvrage de Mgr Léonard (qui fut, pour mémoire, le prédicateur de la retraite de Carême du pape Jean-Paul II l’année du Grand Jubilé de l’Incarnation, en 2000), ainsi que l'enseignement du Catéchisme de l'Eglise catholique sur le sujet.

 

Claude : Le mot de rédemption veut dire "libérer" / Rédemption = guérison (comme le Christ guérit un aveugle, il re-créé à partir de l'aveugle), libération, re-création et achèvement, divinisation de l'humanité ; de Makar = vendre / Racheter, libérer = padah ou gaal. Le Christ libère si on suit son ontologie mystique. Avec Tresmontant, ce qui est bien, est sa justesse sur l'hébreu. "Il sait l'hébreu" comme disait le rabbin Képlan à son sujet.

 

La théorie du péché originel a une histoire, tu le sais ; d'abord, c'est saint Augustin qui, pour répondre aux manichéens (et je n'en fais pas partie !), a posé la question de ce "peccatum originale" et il croyait que le monde était déjà achevé. Nous savons que cette vision-là est fausse. De même, nous savons que les Pères ont travaillé cette notion, ont cherché à la comprendre. Saint Thomas lui même a remis en question cette théorie : "ce qui est naturel à l'homme ni n'est ôté ni n'est ajouté à l'homme par le péché" (somme théologique, I q. 98, a 2) Dieu ne "punit" pas l'homme, il présente les conséquences de l'acte.

 

J'ai une question polémique à te poser (mais elle se veut salvatrice) : Quelle est la différence entre la théorie luthérienne du péché originel et la tienne ?

 

Ce que tu nommes Rédempteur est à mon avis le bon Médiateur. Mais tu penses le rédempteur en terme de "rachats" quand je le conçois en terme de "libérateur". Le Christ prend sur lui le péché du monde, il prend l'état originel, le vieil homme sur lui (que l'Eglise nomme "péché originel") et il le montre à la face de l'humanité qui, sans lui, est pécheresse et ne peut être en union avec Dieu.

 

Mais ce fait de l'évolution constatée nous invite à suivre le Christ pour nous libérer du vieil homme. Jean Duns Scot a très bien montré que le Christ était bien plus que rédempteur. Il était surtout la finalité ultime de la Création.

 

Concernant l'Enfer, je suis très optimiste, je pense être très chrétien à ce sujet : je vis dans l'espérance. Il a existé des hommes honorables qui ont pardonné. Pourquoi Dieu ne le ferait-il pas ? Attention, cette espérance ne doit pas nous libérer de toute responsabilité, bien au contraire. Elle nous invite à la clémence, l'humilité et l'enthousiasme même. Une de mes devises favorites du Christ : "Ne crains pas, crois seulement" Marc 5,35.

 

J'aimerais que tu me donnes un seul passage où Paul parle de Chute. Car justement, Paul dit le contraire d'Origène (pour qui le premier homme était céleste, parfait puis chute) = le premier homme, la première humanité, elle est terrestre, animale (le vieil homme) pour Saint Paul. La conception de Chute vient d'une erreur de traduction selon Tresmontant. Mais tu sais, nous ne sommes pas loin d'être d'accord, selon moi. En définitive, ce que tu considères comme Chute est pour moi un état (que Dieu n'a pas voulu mais qui a été possible, car l'arbre était là) ; comme dit René Girard : "Bienheureuse faute d'Adam" ; cette "concupiscentia" est à la fois bonne car elle nous fait voir Dieu, à la fois mauvaise, car elle peut nous inviter à nous prendre pour des dieux. Tout le mystère est là, selon moi.

 

Matthieu : 1. "La théorie du péché originel a une histoire, tu le sais ; d'abord, c'est saint Augustin qui, pour répondre aux manichéens (et je n'en fais pas partie !), a posé la question de ce "peccatum originale" et il croyait que le monde était déjà achevé. Nous savons que cette vision-là est fausse." Saint Augustin, en bon lecteur de l’Ecriture, était paulinien. Il croyait donc que la perfection de l’homme est en Dieu, et que cette perfection ne sera pleinement réalisée qu’au ciel (cf. Ep. 4. 13) – quoiqu’il nous soit déjà donné d’en goûter les arrhes ici-bas à travers les sacrements qui nous configurent peu à peu au Royaume.

 

2."J'ai une question polémique à te poser (mais elle se veut salvatrice) : Quelle est la différence entre la théorie luthérienne du péché originel et la tienne ?" Sauf erreur (je ne suis pas un spécialiste de Luther), et ainsi que le rappelait Bruno dans son commentaire au précédent article (cf. commentaire n°1), Luther considérait que le péché originel avait infecté la nature au point de s’en trouver viscéralement corrompue. La nature issue du péché originel, pour Luther, est mauvaise en soi (il rejoint en cela Origène, les gnostiques et le puritanisme que tu abhorres – à juste titre). Il n’y a rien à en attendre lorsqu’elle est livrée à elle-même, à ses seules ressources. Il n’y a que l’action de la grâce surnaturelle qui peut la sauver. Ainsi : si un homme se convertit et devient chrétien, il n’y est pour rien ; il ne peut en retirer aucun mérite, puisque sa liberté est incapable par elle-même de choisir le Christ ; s’il choisit le Christ, c’est par l’effet de sa grâce et d’elle seule (on connaît la maladie protestante de la « solite aigüe » ! ).

 

La vision catholique est moins pessimiste : elle considère que la Chute n’a pas fait perdre à la nature sa bonté primordiale. Elle reste bonne en elle-même, quoique viciée et altérée. D’où la confiance de l’Eglise, par exemple, dans la raison naturelle de l’homme qui demeure un authentique chemin vers Dieu. D’où la notion de mérite aussi que l’Eglise reconnaît aux hommes qui se convertissent et s’efforcent de demeurer fidèles aux promesses de leur baptême – notion parfaitement biblique au demeurant, qui s’accorde parfaitement avec celle de grâce rédemptrice (le Salut est à la fois l’œuvre de la grâce et l’œuvre de l’homme : il est premièrement l’œuvre de la grâce et secondement l’œuvre de l’homme ; mais il ne peut y avoir de Salut sans l’œuvre seconde de l’homme qui a sa consistance propre).

 

3. "Le Christ prend sur lui le péché du monde, il prend l'état originel, le vieil homme sur lui (que l'Eglise nomme "péché originel") et il le montre à la face de l'humanité qui, sans lui, est pécheresse et ne peut être en union avec Dieu." Jésus ne fait pas que « montrer » l’horreur du péché aux hommes : il rachète en sa chair l’humanité pécheresse de l’intérieur. Parce qu’il est vraiment homme, il peut sauver tous les hommes avec qui il partage, de par son Incarnation, la même nature. Celle-ci n’est donc plus irrémédiablement viciée par le péché ; en Jésus, pour la première fois, un homme a dit OUI a Dieu, jusqu’au bout ; en Jésus, le péché est vaincu ; l’humanité recouvre sa splendeur originelle ; bien plus : elle trouve le chemin de la communion trinitaire et de la divinisation – qui devait procéder du OUI libre de l’homme à Dieu. Par sa mort et sa résurrection, Jésus a ouvert une brèche dans notre humanité blessée qui donne accès à l’humanité accomplie, à l’Homme nouveau – dont il est le Principe. Pour s’engouffrer dans cette brèche, il faut se greffer sur Lui. C’est dans les sacrements – spécialement le baptême et l’eucharistie – que s’opère cette greffe de l’homme ancien à l’Homme nouveau ; que l’homme ancien peut recevoir de l’Homme nouveau l’eau pure de la vie éternelle qui assainit les eaux mortes du péché et fait tout reverdir (cf. Ez 47. 1-12).

 

4. "Concernant l'Enfer, je suis très optimiste, je pense être très chrétien à ce sujet : je vis dans l'espérance. Il a existé des hommes honorables qui ont pardonné. Pourquoi Dieu ne le ferait-il pas ?" Ce n’est pas une question de pardon de Dieu. Le pardon, il est acquis du côté de Dieu (cf. Col 2. 13-14). La question, elle se trouve du côté du pécheur. Va-t-il oui ou non entrer dans ce pardon pour consentir dorénavant à ne plus vivre par et pour lui-même, mais à recevoir sa vie de Dieu ? L’Eglise catholique a tant de respect pour la liberté des hommes qu’elle se garde bien de répondre à leur place : elle invite à espérer pour tous, il est vrai ; mais aussi à considérer l’enfer comme une réelle possibilité pour chacun de nous, en vertu de cette liberté qui nous est donnée – et que personne ne peut exercer à notre place –, et de l’expérience des anges rebelles – les démons – qui nous révèlent que la liberté d’une créature peut malheureusement se dévoyer… jusqu’au refus éternel de Dieu – ce qu’est précisément la damnation.

 

5. "J'aimerais que tu me donnes un seul passage où Paul parle de Chute." Eh bien, relis la lettre aux Romains, au chapitre 5. Certes, le mot « Chute » n’est pas employé par Paul, mais la réalité, elle, s’y trouve indiscutablement. Ainsi, au verset 12, quand l’Apôtre écrit : « Par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché. » St Paul montre bien ici que le péché d’Adam a eu comme conséquence : 1°) la prolifération du péché et 2°) l’apparition de la mort ; deux choses qui n’étaient pas prévues originellement dans le projet créateur de Dieu, mais qui affecte substantiellement la Création… à cause d’Adam. Autrement dit : si Dieu est la cause première de la Création, Adam, lui, est la cause première de la prolifération du péché dans le monde et de la mort – qui n’était pas la destinée d’une humanité ayant accès à l’arbre de vie. Il y a donc bien une « Chute », en ce sens que le monde que nous voyons et dans lequel nous vivons n’est pas le Paradis terrestre innocent et immaculé tout droit sorti des mains de Dieu, mais un monde cassé, profondément marqué par le péché et par le mal ; un monde où la mort paraît triompher – puisque notre seule certitude ici-bas, comme disait Pascal, est que nous devions mourir…

 

« Tous sont devenus pécheurs parce qu'un seul homme a désobéi » dit St Paul au verset 19. Non pas : « parce que c’est l’état brut et primordial de l’homme ancien avant son complet achèvement dans le Christ ». Mais : « parce qu’un seul homme a désobéi ». C’est donc bien une désobéissance humaine qui a provoqué la régression du Paradis terrestre (dans lequel l’homme vivait à la fois dans un état de perfection naturelle et d’inachèvement dans l’attente de sa divinisation – de sa transfiguration en Dieu) à ce monde marqué par le péché, la mort, l’absurdité, le mal et la souffrance ; ce monde que le Christ Sauveur est venu assumer et restaurer dans son Incarnation, sa Passion et sa résurrection, de sorte que « si, à cause d'un seul homme, par la faute d'un seul homme, la mort a régné, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en plénitude le don de la grâce qui les rend justes. » (v. 17).

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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 15:06

Chers amis, je voudrais vous faire partager aujourd’hui un échange que j’ai récemment pu avoir avec un très sympathique interlocuteur, admirateur fervent de Claude Tresmontant (c’est pourquoi nous l’appellerons ici Claude), sur la question du péché originel. Outre que cet échange nous fait réfléchir sur l’un des aspects les plus mystérieux (et les plus fondamentaux !) de la doctrine chrétienne, il a le mérite de pointer les limites de la théologie de celui qui est certainement par ailleurs comme l’un des plus grands métaphysiciens des temps modernes.

 

Claude (citant Tresmontant) : "la conception luthérienne du péché originel est typiquement gnostique. C'est en effet un caractère constant de la Gnose à travers les siècles que de raconter des histoires tragiques qui n'ont aucun fondement dans l'expérience. La conception luthérienne du péché originel est typiquement gnostique parce qu'elle raconte une histoire tragique et épouvantable qui n'a aucun fondement dans aucune expérience objective scientifiquement explorée, - ce que Luther concède et même proclame ; - ni dans la Révélation objective, car jamais l'Ecriture sainte n'a raconté une histoire de corruption intégrale de la nature humaine. C'est une histoire pour faire peur aux petits enfants."

 

"Si donc l'Humanité n'était pas devenue librement criminelle comme elle l'est devenue de FAIT, elle était tenue en toute hypothèse à cette nouvelle naissance, à cette nouvelle Création, pour être en mesure d'entrer dans l'économie de la nouvelle Création, de la durée à venir, la participation à la vie personnelle de Dieu."

 

"Ce n'est donc pas une affaire de Chute, ni une histoire de Chute. Il s'agit d'une étape dans l'histoire de la Création."

 

Matthieu : J'émets beaucoup de réserves pour ma part sur l'appréciation du péché originel par Claude Tresmontant. C'est là à mon avis que sa théologie trouve ses limites. Car il me paraît difficile de faire l'économie d'une Chute dans l'Histoire du Salut.

 

D'une manière générale, j'ai envie de dire : confiance absolue dans le Tresmontant métaphysicien ; mais grande prudence (grande prudence !) avec le Tresmontant théologien.

 

Claude : Je me permets d'insister, tu me répondras quand tu le souhaiteras. Cette question du péché originel me hante beaucoup et j'en suis venu à en faire un Maschal : Imaginons un petit garçon qui tombe, il grandit, il fait des erreurs. Ensuite, une fois homme, il a un petit garçon avec sa femme. Ce qu'il va lui transmettre, c'est cette liberté : ou bien il lui montre les erreurs que lui même a commises dans le passé ou bien il ne les voit pas et il les tait. S'il les tait, l'enfant va avoir l'habitude du "péché" comme dirait saint Augustin. Mais si le père qui était petit garçon rappelle à son enfant ce qu'il a fait, l'enfant en prend conscience. Ensuite, c'est à l'enfant, libre, de choisir. Mais il est prévenu. Dans tous les cas, je trouve que ça peut rejoindre cette affaire du péché originel. Oui, il y a eu faute, c'est un fait. Mais Dieu a laissé libre. Adam s'est nourri de cette faute, de manière consciente sûrement (l'arbre de la connaissance) mais au fil des ans, par génération, cette faute s'est oubliée. C'est l'éducation qui la constitue qui est ou dangereuse ou salvatrice. Mais dans tous les cas, l'être qui la reçoit est libre de la refuser ou pas.

 

Si tu veux, la conception du péché originel selon Tresmontant me paraît la plus lucide, il comprend l'évolution de celui-ci dans la pensée chrétienne. Surtout, ce qui me ravit (et ne me ravit que la vérité), c'est de s'écarter de ce puritanisme. L'Eglise n'est pas puritaine, ne l'a jamais été et je ne veux pas qu'elle le soit. Comment concilier liberté et habitude du péché dans ce cas ? Il y a contradiction. Nous ne naissons pas saints, mais saints en devenir si nous le voulons. Mais nous ne naissons pas "mauvais" non plus.

 

Matthieu : Claude, le problème vient précisément de ce que l'on n’est pas libre de refuser ou non le péché originel. Notre liberté s'exerce au niveau de nos actes ; pas au niveau de notre état. Or, nous naissons tous en état de péché, bien avant qu'émerge en nous une conscience lucide du bien et du mal ("j'étais pécheur dès le sein de ma mère" dit le psalmiste – Ps 50. 7).

 

La Bible nous révèle que cette situation n'a pas été voulue par Dieu, mais qu'elle est la conséquence de la Chute de nos premiers parents.

 

Le monde issu du péché originel (qui est celui dans lequel nous vivons) n'est pas mauvais : il conserve la bonté foncière de la Création ("Et Dieu vit que cela était BON" dit l'auteur du récit de Gn 1). Mais il est abîmé ("livré au pouvoir du néant", dit St Paul – en Rm 8. 20) et a besoin d'être régénéré pour recouvrer sa beauté originelle (encore plus originelle que le péché!). Le Principe de la régénération de l'homme et du cosmos tout entier, c'est le Christ Seigneur.

 

Claude : Je te rejoins sur tout ce que tu as dit et ... Tresmontant dit la même chose, je t'assure ! Il parle d'état ; c'est le "vieil homme" en somme. Mais si tu veux, pour Tresmontant, la divinisation se situe au terme de l'existence, pas à rebours. Ce n'est pas une recherche du temps perdu. Regarde : "Techniquement parlant, le péché originel désigne l'état qui précède la sanctification, c'est à dire l'entrée dans l'économie de la grâce et de la divinisation, c'est à dire encore l'entrée dans l'Eglise (…). Le baptême [est le mode d’] entrée dans l'économie de la grâce et de la divinisation, l'entrée dans l'Eglise, [où] le peccatum originale est proprement éliminé. L'enfant est entré dans l'économie de la sanctification. L'état de péché originel (vieil homme), c'est l'état qui précède la nouvelle Création, la Création de l'Homme nouveau. Ce n'est pas donc pas une histoire gnostique (…) Ce n'est pas une affaire de Chute, ni une histoire de Chute. Il s'agit d'une ETAPE dans l'histoire de la Création (…). La Création de l'Univers, de la nature, de l'Homme, s'effectue par étapes, parce qu'il n'est pas possible qu'il en soit autrement."

 

N'est-ce pas sublime ?

 

Matthieu : Ce qu’enseigne la théologie catholique, c’est que la divinisation devait originellement se produire à partir de l'état de grâce de nos premiers parents – non à partir du péché.

 

On est d'accord sur la notion de l'évolution. Elle est présente dans toute l'oeuvre de la Création, et même dans l'oeuvre de la Révélation. Mais là où je ne suis pas d'accord avec Tresmontant, c'est lorsqu'il nie l'idée de Chute.

 

Dieu a créé l'homme en état de grâce (non en état de péché) pour le faire évoluer vers la divinisation. Le péché est un "accident" que Dieu n'a pas voulu et dont il est totalement innocent. De cela, Tresmontant ne rend absolument pas compte.

 

L'évolution devait se produire dans le dessein divin à partir de l'état de grâce originelle de nos premiers parents. Si elle doit se réaliser à partir d'une situation de péché, c'est qu'il s'est glissé un grain de sable qui a fait in-voluer l'humanité – relis à cet égard Romains 5. 12-21.

 

Quand Tresmontant écrit "L'état de péché originel (vieil homme), c'est l'état qui précède la nouvelle Création, la Création de l'Homme nouveau." il n'explique pas comment l'homme est arrivé à cet état de péché originel. Est-il sorti ainsi des mains de Dieu? Dieu a-t-il créé l'homme "vieux" et pécheur? – auquel cas Il porterait l'entière responsabilité de notre situation misérable actuelle. La Bible répond que non ; que c'est le résultat d'une Chute.

 

Autrement dit : le péché n'est pas une étape obligée sur le chemin de notre divinisation ! Nous aurions pu faire l'économie du péché, du mal, de la souffrance et de la mort si nos premiers parents avaient écouté Dieu ; s'ils ne lui avaient pas désobéi.

 

Claude : Merci Matthieu pour ton attention, ton écoute. Je me permets de renchérir sur des pensées que je te fais partager. Légitimer l'idée de Chute nous invite à légitimer la Gnose avec tout ce que cela impose. L'oeuvre de la Création est bonne en soi. L'acte de Création est une grâce. Elle met en oeuvre la liberté qui est amour. Cette liberté, infinie, a rendu possible l'existence du Mal comme un corps (bon) peut engendrer des bactéries ou des virus. Ce n'est pas Dieu qui a créé le mal – il faut éviter tout manichéisme. Dans l'histoire de la Création, c'est la liberté de Dieu qui a rendu possible l'expression du Mauvais. J'ai lu récemment "Introduction à la pensée de Teilhard de Chardin" de Claude Tresmontant, et voici ce que j'ai lu à ce sujet :

 

"Si (comme il est inévitable de l'admettre, je pense) il n'y a au regard de la raison qu'une seule façon possible pour Dieu de créer, - à savoir évolutivement, par voie d'unification -, le Mal est un sous-produit inévitable, il apparaît comme une peine inséparable de la Création (…). Le mérite de Teilhard, c'est de nous montrer, dans toute son oeuvre, que l'échec, la mort, le mal, sont physiquement inévitables, tout simplement parce que la Création est temporelle, évolutive, et qu'elle procède par tâtonnement, par grands nombres, par échecs successifs corrigés, par essais et erreurs rectifiées. Imaginer une Création sans échec, sans mal, sans péché, c'est donc pure utopie, pur verbalisme. La Création n'est pas INSTANTANEE. Dieu ne peut pas communiquer instantanément sa propre perfection à la créature qu'Il fait émerger progressivement du néant. Teilhard ne fait que retrouver, souvent dans les mêmes termes, la thèse de saint Irénée, exprimée dans le livre IV de l'Adversus Haereses.

 

"Nous nous représentons souvent Dieu comme pouvant tirer du néant un Monde sans douleurs, sans fautes, sans risques, sans "casse". C'est là une fantaisie conceptuelle, Dieu malgré sa puissance ne peut pas obtenir une créature unie à Lui sans entrer nécessairement en lutte avec du mal, car le Mal apparaît inévitablement avec le premier atome d'être que la Création "déchaîne" dans l'existence. Création et impeccabilité (absolue ou générale) sont des termes dont l'association répugne autant (physiquement ou métaphysiquement, peu importe ici) à la Puissance et à la Sagesse divines que l'accouplement de créature et unicité...

 

"Notons-le en passant : dans la Révélation, nous ne trouvons aucune trace d'une tentative d'"explication" du mal. Le livre de Job semble écrit exprès pour nous dire qu'il est impossible d'expliquer ni de justifier le mal. Job, c'est le refus de toute théodicée à la Leibnitz. Certains textes du Nouveau Testament sont également formels à cet égard : si tel homme est aveugle ou paralytique, ce n'est pas parce que lui ou ses pères ont péché.

 

"Sur ce point encore, Teilhard refuse justement une idée qui n'est pas, quoi qu'on pense, d'origine chrétienne. "Suivant les vues "classiques", la souffrance est avant tout une "punition" ; son efficacité est celle d'un sacrifice ; née d'un péché, elle le répare" (La vie cosmique, Teilhard) Selon l'idée chère à Teilhard au contraire, "la souffrance, avant tout, est la conséquence et le prix d'un travail de développement." 

 

"C'est la souffrance d'un Monde qui s'enfante laborieusement et qui gémit, comme l'écrit Saint Paul, d'une manière unanime, attendant que l'humanité soit parvenue à la taille parfaite du Christ.

 

"La Rédemption, dans ces conditions, n'apparaît pas comme la réparation d'un accident survenu dans le plan Créateur de Dieu : l'Incarnation et la Rédemption, font partie intégrante du dessein créateur de Dieu : le monde est créé dans le Verbe, et le Verbe s'incarne pour porter la Création à son terme. En s'incarnant, le Verbe assume "le péché du monde", et la Croix manifeste cette loi inévitable : la Création se fait à travers l'échec et la douleur. Le Christ, par la Croix, assume la loi de toute Création, de toute la Création. Création, Incarnation, Rédemption sont indissociables en fait."

 

En fait, Tresmontant nous dit que la Gnose confond la Création et la Chute. L'homme a d'abord été créé inachevé. La Création de l'homme n'était pas achevée à l'origine. L'homme devait croître et se développer, et faire l'apprentissage de la liberté (sublime remarque!), afin de devenir pour Dieu unique un authentique vis à vis.

 

Quand on voit une punition, il s'agit en fait une conséquence de l'acte. Seule la connaissance rend possible le crime, la destruction, l'auto-destruction, et il ne faut pas oublier que Genèse est un Maschâl au même titre qu'une fable de la Fontaine contient son secret. La connaissance du bien et du mal constitue une étape dans cette genèse de l'homme, elle n'est pas en soi mauvaise. C'est aussi un risque mortel. Mais il faut dire que le crime n'est possible que s'il y a connaissance. Le crime et la sainteté.

 

Autre chose que remarque très justement Tresmontant : L'homme, selon le récit biblique du paradis et de la chute, n'est pas créé immortel mais capable d'immortalité, ce qui est tout différent. Ce n'est pas un ange, "elohim" qui tournent autour de l'arbre de la vie.

 

Matthieu : Claude, il y a beaucoup de choses dans ton dernier message. Je vais essayer de te répondre.

 

Tu dis "Légitimer l'idée de chute nous invite à légitimer la Gnose avec tout ce que cela impose." C'est là à mon avis une première erreur de perspective qui explique le mauvais aiguillage de Tresmontant sur cette question là.

 

La gnose a été condamnée par l'Eglise – et la gnose condamne l'Eglise : les deux options sont objectivement incompatibles. Cela ne signifie pas que tout dans la gnose doive être rejeté! La doctrine catholique enseigne qu'il existe dans toutes les traditions religieuses et philosophiques ce qu'elle appelle des "semences du Verbe", c'est-à-dire des bribes de Vérité. L'intuition de la Chute que l'on retrouve chez Platon et chez nombre de penseurs gnostiques peut donc être régulièrement admise en dépit du fait qu’elle connaît chez ces auteurs des développements contraires à la pensée chrétienne.

 

Le propre d'une hérésie, c'est de choisir (la racine grecque du mot hérésie signifie : "choix") un élément de l'orthodoxie au détriment des autres qui le complètent et à la lumière desquels il doit être reçu et interprété. L'élément isolé n'est pas faux en lui-même, mais c'est son isolement du reste de la doctrine orthodoxe qui le rend faux et qui conduit à des conclusions erronées. C'est un peu, il me semble, ce que fait Tresmontant en choisissant la Création contre la Chute alors qu’il n’y a pas lieu d’opposer ces deux vérités, mais de les tenir ensemble conformément à la doctrine révélée.

 

Tresmontant écrit : "l'échec, la mort, le mal, sont physiquement inévitables, tout simplement parce que la Création est temporelle, évolutive, et qu'elle procède par tâtonnement, par grands nombres, par échecs successifs corrigés, par essais et erreurs rectifiées." C'est confondre la finitude de l'être créé avec le mal – un échec lié à notre incomplétude avec le péché lié à notre malice.

 

Une chose est de chercher et de ne pas trouver du premier coup ; une autre est de faire volontairement le mal, de désobéir à Dieu et de faire souffrir l'homme. La première est inhérente à notre condition de créature (et donc : inévitable) ; l'autre est la conséquence d'une liberté qui s'est dévoyée (elle était donc évitable). Car l'essence de la liberté, ce n'est pas le libre choix de faire le mal (car alors paradoxalement : Dieu serait moins libre que nous!) ; c'est la pleine capacité de choisir le bien et de l'accomplir conformément à notre vocation (j'avais écrit un article sur cette question de la liberté et du mal).

 

Autrement dit, il n'est pas juste d'affirmer que le mal était inévitable. Dire cela, c'est reconnaître quelque responsabilité à Dieu dans le mal qui nous ronge et qui défigure l'homme.

 

Tu as le droit par exemple de considérer que le génocide juif a permis de faire avancer la conscience de l'humanité sur la dignité de chaque être humain, et contribué à l'édification d'un avenir de paix fondé sur la justice et le droit (quelque soit par ailleurs les imperfections de la construction européenne). Mais cela n'autorise pas à penser que Dieu est à l'origine de la Shoah et qu'il l'a voulu de quelque manière. Non : Dieu intervient pour créer et restaurer ; jamais pour détruire. Si Dieu a permis à l'homme de surmonter ce drame humain absolu, c'est en vertu de sa Providence qui reçoit l'action de notre liberté (même lorsqu'elle est pécheresse et criminelle) pour la faire tourner en notre faveur pour Sa plus grande gloire,... et l'éternelle confusion des damnés.

 

Il y a un très beau livre sur le mal et la providence divine que je te recommande tout spécialement (clique sur le lien et la chevillette cherra ).

 

"Dieu ne peut pas communiquer instantanément sa propre perfection à la créature qu'Il fait émerger progressivement du néant. (...) Création et impeccabilité (absolue ou générale) sont des termes dont l'association répugne autant (physiquement ou métaphysiquement, peu importe ici) à la Puissance et à la Sagesse divines que l'accouplement de créature et unicité.." : Mais il ne faut pas confondre l'état de grâce et d'amitié avec Dieu avec la perfection. La Vierge Marie par exemple était immaculée – préservée des conséquences du péché originel ; elle n'a jamais commis le moindre péché. Elle n'était pas pour autant parfaite – ou plutôt : sa perfection, avant son Assomption-divinisation, était celle, limitée, d’une créature. Nous la voyons ainsi dans l'Evangile ne pas toujours comprendre le sens des paroles de son Fils, ni celui du cours des évènements. Elle n'a pas la science infuse : elle reçoit l'information (pour parler comme Tresmontant) dans son coeur, et c'est en la méditant longuement qu’elle parvient peu à peu à grandir dans la connaissance de Dieu et de son dessein d'amour. Le prototype de l'évolution créatrice telle que Dieu la désirait dans son projet originel, ce n'est pas Adam et Eve, ni l'humanité pécheresse ; c'est la Vierge Marie.

 

Il me vient une distinction que nous pourrions établir entre la faute et le péché. On pourrait dire qu'une Créature non achevée, en cours d'évolution, est sujet à la faute. Et qu'il est dans l'ordre de sa nature que de commettre des fautes. Dans un sens, peut-être, la faute est inévitable pour une créature en cours d'évolution – cela, je veux bien le concéder. Mais cela n'implique nullement ni nécessairement le péché ! Ce n'est pas un péché par exemple de faire des fautes d'orthographes ; ni de se tromper sur ce que le Seigneur attend de nous ("ce que nous serons ne paraît pas encore clairement" dit Saint Jean en 1 Jn 3. 2). C'en est un en revanche que de décider volontairement de faire le contraire de ce que Dieu attend de nous. Autant la faute paraît inévitable – puisque nous n'avons pas en nous la plénitude de la connaissance ; nous sommes sujets à l'erreur, aux tâtonnements. Autant le péché, lui, n'a rien d'inévitable. Il n'est pas nécessaire au mûrissement de notre liberté ; l'affirmation du contraire est très précisément l'objet du mensonge de Satan à nos premiers parents (pour être comme des dieux, suggère le perfide Serpent, il faut désobéir à Dieu ; donc : prendre sa place). Seul Dieu est nécessaire au mûrissement de notre liberté. Seule sa Parole (le Verbe) est nécessaire pour nous faire entrer dans la vie, et la vie en plénitude (cf. Jn 10. 10).

 

"le monde est créé dans le Verbe, et le Verbe s'incarne pour porter la création à son terme. En s'incarnant, le Verbe assume "le péché du monde", et la Croix manifeste cette loi inévitable : la Création se faire à travers l'échec et la douleur. Le Christ, par la Croix, assume la loi de toute création, de toute la Création".

 

C'est parfaitement exact. Mais c'est le scénario qui résulte du péché originel. Sans le péché originel, l'Incarnation aurait peut-être quand même eu lieu – de l'avis de certains théologiens. En la personne de Jésus-Christ, toute la Création aurait été assumée et transfigurée, divinisée dans son offrande eucharistique au Père. Et c'est ainsi que l'humanité – qui n'a pas été créée immortelle mais capable d'immortalité, ainsi que tu le dis très bien – aurait reçu la vie éternelle... qui est in fine de connaître Dieu et son Fils Jésus-Christ (cf. Jn 17. 3) : "connaître" étant pris ici au sens le plus fort de connaissance intime et de communion.

 

Ce qui me gène, vois-tu, dans la position de Tresmontant sur cette question du péché originel, c'est qu'elle est fondamentalement contradictoire avec tout le reste de son oeuvre philosophique. D'un côté, il démontre l'existence de Dieu ; il établi le fait de la Révélation ; il nous donne toutes les raisons de croire et de penser que la Révélation a été confiée au peuple Juif, puis, après Jésus-Christ, à l'Eglise de Rome ; que la pensée orthodoxe se trouve donc dans l'Eglise catholique. Et ceci posé, il développe toute une théorie du péché originel parfaitement hétérodoxe, sans prendre la peine de réfuter frontalement la pensée de l'Eglise sur ce point (et pour cause, cela l'enfoncerait dans des contradictions encore plus patentes...). Il se contente de dire au sujet de la Chute : c'est la pensée de la gnose – sans voir que c'est aussi la pensée de l'Eglise catholique depuis les origines (les écrits de St Paul en atteste).

 

Dès lors : je t'invite Claude à approfondir cette question non plus à partir de Tresmontant ni même de ton intime conviction, mais à partir de l'enseignement de l'Eglise catholique, dont Tresmontant lui-même affirme qu’il est le seul recevable – après l'avoir établit rationnellement.

 

Je te recommande pour cela la lecture du Catéchisme de l'Eglise catholique (ouvrage de base à avoir dans sa bibliothèque!) et celle du très beau livre de Mgr André Léonard : "Les raisons de croire". Au stade de ta réflexion, ce dernier ouvrage me paraît comme un chemin obligé. Tu m'en diras des nouvelles!

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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 09:32

Cher Tiago,

 

Je reviens à notre disputatio sur la Bible et l’Eglise.

 

Vous revenez dans vos commentaires à mon précédent article sur la question de la Sola Scriptura. C’est une question qui a été longuement débattue dans ces colonnes, et je renvois mes lecteurs aux articles et débats qui se sont développés sur ce thème :

 

1. La Sola Scriptura est-elle bibliquement fondée ?

2. La Sola Scriptura, ou tradition contre Tradition

3. La Sola Scriptura à l’épreuve des Ecritures.

 

1. Vous m’opposez une phrase que j’ai écrite (« Paul ne demande pas aux chrétiens de s’en tenir aux seuls écrits ») à une parole de Saint Paul en 1 Co. 4. 6 qui nous exhorte à « ne pas aller au delà de ce qui est écrit » (selon votre traduction qui n’est pas la mienne, mais passons).

 

Et bien entendu, entre Matthieu Boucart et Saint Paul, votre cœur ne balance pas… 

 

Mais si vous aviez lu la phrase en son entier, vous vous seriez aperçu que moi aussi, je faisais allusion à Saint Paul, en 2 Thess. 2. 15, lorsqu’il nous invite à tenir bon et à garder fidèlement « les traditions que vous avez apprises de nous, de vive voix ou par lettre ». « Dans ce passage, écrivais-je (dans ce passage, Tiago), Paul ne demande pas aux chrétiens de s’en tenir aux seuls écrits ».

 

Ce n’est donc pas Matthieu Boucart qu’il faut confronter à Saint Paul, mais… Saint Paul lui-même !

 

Vous pourrez peut-être voir une contradiction dans les propos de Paul, entre 2 Thess 2. 15 et 1 Co 4. 6. Mais en réalité, il n’y en a pas : car « ne pas aller au-delà des Ecritures » signifie aussi entendre 2 Thess. 2. 15 ; et recevoir les deux sources de la Tradition apostolique évoquées par Saint Paul (orales et écrites) ; consentir par conséquent, au nom même des Ecritures, à ce qu’il n’y ait pas seulement les Ecritures.

 

La Sola Scriptura n’est pas biblique parce que nulle part dans la Bible il n’est affirmé qu’il n’y ait que les Ecritures ; que l’Ecriture seule suffit. C’est pourquoi la Sola Scriptura va « au-delà des Ecritures ». Même 1 Co 4. 6, voyez-vous, condamne la Sola Scriptura…

 

Je suis donc d’accord avec Saint Paul pour dire : « rien de plus que ce qui est écrit ». Reste maintenant à examiner ce qui est écrit… particulièrement en 2 Thess 2. 15.

 

2. Vous allez me dire que je pousse le bouchon un peu trop loin. Qu’il n’y a pas de meilleur fondement à la Sola Scriptura qu’un texte de l’Ecriture affirmant la nécessité de ne pas aller au-delà de ce qui est écrit.

 

Pourtant, il faut nous interroger sur la nature même de ces écrits au-delà desquels il ne faut pas aller. De quels écrits Saint Paul parle-t-il ? De notre Bible actuelle ? Non pas ! Elle n’existait pas en sa version définitive à l’époque où Saint Paul écrivait sa lettre… Alors… de quels écrits peut-il donc s’agir ? Eh bien : des seuls Ecrits faisant autorité pour un Juif, à savoir : la Loi, les Prophètes, les Livres de Sagesse et les Psaumes ; autrement dit : la Bible hébraïque – notre Ancien Testament.

 

Dès lors : OU BIEN la parole de Saint Paul en 1 Co 4. 6 fonde la Sola Scriptura – et dans ce cas, il faut reconnaître qu’elle s’applique aux seuls textes de l’Ancien Testament : le Nouveau Testament doit donc être rejeté au nom même de la Sola Scriptura, en ce qu’il va au-delà (ô combien !) des Ecritures hébraïques. OU BIEN : la parole de Saint Paul en 1 Co 4. 6 ne fonde pas la Sola Scriptura…

 

En affirmant que 1 Co 4. 6 fonde la Sola Scriptura au sens où ce principe s’étendrait à l’ensemble de notre Bible actuelle, vous faites dire à Saint Paul ce qu’il n’a pas dit : vous sur-interprétez ses propos et faites dire à l’Ecriture plus qu’elle n’en dit : vous allez donc « au-delà » des Ecritures. Ce qu’il ne faut pas faire, selon St Paul.

 

3. Sur Jude 3 et Apocalypse 22. 18-19 : je vous renvoie au commentaire n°25 de mon premier article sur la Sola Scriptura. Vous dites que j’oppose à ces textes une « défense extrêmement faible » : les lecteurs jugeront. Ils relèveront en tous les cas votre tendance à extrapoler les paroles des auteurs sacrés – et à leur faire dire autre chose qu’ils n’ont voulu dire.

 

4. « Si vous voulez dire que c'est l'Eglise Catholique qui a fixé le canon des Ecritures, vous vous trompez. C'est le Saint-Esprit, par Son rôle de Consolateur, de Gardien et d'Enseignant, qui a déterminé quels seraient les écrits qui allaient être nécessaires à l'enseignement, l'exhortation, la consolation et le développement de Son Eglise. »

 

Le Saint Esprit ? Fort bien ! Nous sommes entièrement d’accord. Mais de quelle manière ? Selon quelles médiations humaines ? Vous allez sans doute me dire : aucune. Mais la Bible n’est pas un aérolite descendu tout fait du ciel. Elle a été écrite de mains d’hommes, après une longue histoire ; elle est destinée à être lue et interprétée par des hommes ; et ce sont des hommes qui ont eu à reconnaître les livres qui la composent comme inspirés de Dieu, pour les proposer comme tels à d’autres hommes. On ne peut donc séparer l’Esprit Saint et les hommes puisque l’Esprit Saint agit à travers des hommes.

 

D’où vient que l’Evangile de Matthieu a été considéré comme inspiré, et non pas l’Evangile de Thomas ? Et comment se fait-il que l’Evangile de Marc a été reçu comme Parole de Dieu, au contraire de l’Evangile de Pierre ? Les rédacteurs des Evangiles dits apocryphes, eux aussi pourtant, revendiquaient l’inspiration divine pour eux-mêmes ! Comment le tri s’est-il donc fait entre des textes authentiquement inspirés et d’autres qui ne l’étaient pas ? La réponse est : par l’Eglise. C’est l’Eglise qui a autorité pour reconnaître et discerner ce qui vient de l’Esprit Saint et ce qui lui est étranger, parce que c’est sur l’Eglise que l’Esprit Saint est descendu au jour de la Pentecôte. Depuis ce jour béni, l’Eglise est devenue la demeure du Saint Esprit, en sorte que quiconque trouve l’Eglise du Christ trouve l’Esprit Saint. Comment s’étonner que l’Esprit qui habite Jésus habite aussi l’Eglise, qui est son Corps ? « L'Église est l'accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude » nous dit Saint Paul (Ep 1. 23). C’est donc l’Eglise, unie à son Maître duquel elle reçoit la sève vivifiante de l’Esprit, qui a autorité pour enseigner au nom du Christ, reconnaître l’inspiration des textes sacrés, leur donner la juste interprétation et apprécier leur exacte portée.

 

Le Canon des Ecritures a été fixé de fait par l’Eglise très tôt dans son histoire, porté par une tradition orale avant d’être fixé de droit par écrit, à l’occasion de décisions conciliaires (cf. Carthage 4e siècle ; Florence 15esiècle ; Trente 16e siècle).

 

C’est donc par l’Eglise que nous recevons la Bible. Sans l’Eglise, il est impossible de savoir infailliblement ce qui est inspiré et ce qui ne l’est pas. Sans l’autorité de l’Eglise, nous sommes abandonnés à nos propres préjugés, et ne pouvons dire avec certitude si ces préjugés nous mènent dans la bonne direction. « Je ne croirais pas à l’Evangile, disait Saint Augustin, si l’autorité de l’Eglise catholique ne me poussait pas à le faire ».

 

Un protestant en revanche ne possède aucun moyen sûr de savoir quels livres appartiennent à la Bible… Il ne peut faire appel à la Bible pour prouver quoi que ce soit – puisque la Bible elle-même ne définit pas son contenu. Il n’y a aucune façon pour lui de savoir quels sont les livres inspirés… La Sola Scriptura en laquelle il croit dur comme fer, et qui influence tant sa manière d’interpréter les Ecritures, repose donc, on le voit, sur des bases extrêmement fragiles...

 

5. « Matthieu, il ne sert à rien de me fournir comme "preuve" que la "Tradition catholique" est "vraie" en me citant le CEC. Je vous l'ai déjà dit, cela relève du raisonnement circulaire. »

 

Quand j’use de références au catéchisme de l’Eglise catholique, ce n’est pas pour vous imposer un argument d’autorité, mais un argument d’intelligence, car le Catéchisme exprime mieux que je ne saurai le faire la doctrine catholique. Et compte tenu de votre méconnaissance du catholicisme (qu’a pointée fort justement Armel dans ses commentaires à l’article précédent), il ne me paraît pas tout à fait inutile d’y avoir recours. Mais il semble que vous soyiez foncièrement allergique à la pensée catholique, au point que vous considériez toute citation catholique (du CEC ou du Pape Benoît XVI) nulle et non avenue. Si les seules sources recevables pour vous sont celles du protestantisme, il va être difficile de dialoguer…

 

6. « A un moment donné – la fin du premier siècle ap. JC – tous les enseignements qui avaient préalablement existé sous une forme purement orale, avaient été mis par écrit et, par conséquent, la tradition orale s'éteignit progressivement au fur et à mesure qu'apparut la tradition écrite. »

 

Je serais curieux de savoir d’où vous tirez cette information. Certainement pas de l’Ecriture en tout cas ! Car rien dans la Bible ne plaide en faveur d’une substitution de la source écrite à la source orale, et d’une disparition progressive de la tradition orale.

 

Votre raisonnement montre bien que la Sola Scriptura est fondée sur une certaine interprétation de l’histoire ; et d’une interprétation erronée, compte tenu de ce que nous avons dit plus haut au sujet de la Bible canonique – qui a longtemps été portée par une tradition orale ; et même, selon la théologie protestante (qui ne reconnaît pas les Conciles catholiques), par une tradition seulement orale. La Sola Scriptura elle-même est une doctrine qui provient d’une tradition orale d’origine protestante – qui n’existait pas avant la Réforme et qui n’a jamais été la doctrine de l’Eglise issue de la Pentecôte.

 

« L'erreur que vous commettez Matthieu, est de croire à et de défendre l'idée que, la tradition orale vient compléter, éclairer, la tradition écrite alors que la tradition écrite, comme elle nous est parvenue sous la forme des écrits néo-testamentaires, est l'aboutissement, la fin, de la tradition orale. »


C'est vous qui le dites Tiago. Mais cette affirmation n’a aucune justification dans les Ecritures. Nulle part dans la Bible il n’est indiqué que l’écrit est « l’aboutissement, la fin de la tradition orale ». Si tel était le cas, on se demande bien pourquoi Jésus n’a rien écrit. Si Dieu avait voulu faire prédominer l’écriture sur les traditions orales, il avait un moyen très simple à sa disposition : c’est de demander à son Fils incarné d’écrire lui-même son propre Evangile.

 

Rien donc dans la Bible ne confère à l’écriture le statut que vous lui conférez. Bien au contraire, l’Ecriture atteste elle-même qu’elle ne suffit pas. Ainsi, dans le livre des Actes des Apôtres, nous voyons un eunuque, haut fonctionnaire de la reine d'Ethiopie, lisant le prophète Isaïe. « Comprends-tu vraiment ce que tu lis ? » lui demande Philippe. Réponse de l’eunuque : « Comment pourrais-je comprendre s’il n’y a personne pour me guider ? » (Actes 8. 30-31) Dans le récit évangélique des pèlerins d’Emmaüs, on voit Jésus expliquer et faire comprendre les Ecritures à ses interlocuteurs (Lc 24. 27 et 32).

 

L’Ecriture elle-même nous révèle donc… que l’Ecriture ne suffit pas ; il faut encore quelqu’un pour guider le lecteur ; pour expliquer et faire comprendre ses textes. Ce quelqu’un, c’est Jésus lui-même. Et depuis son Ascension et l’évènement fondateur de la Pentecôte : c’est l’Eglise, en tant qu'elle est son Corps habité par son Esprit ; en tant qu'elle est « l'accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude » (Ep 1. 23). La même Eglise qui authentifie la Bible, qui en définit infailliblement le canon et qui garantit l’inspiration de ses livres, est donc aussi l’autorité établie (et conduite) par Jésus-Christ pour guider les hommes dans leur lecture, leur expliquer et leur faire comprendre le sens et la véritable portée de ses textes.

 

7. « Cela pose la question épistémologique : qu'est-ce que la vérité ? Je ne fais pas uniquement allusion à Jean 14v6; 17v17. Je veux dire par là, quelle est l'aune, quel est l'étalon, le calibre, le gabarit, avec lequel nous devons mesurer, peser et vérifier si ce que l'on nous dit est la vérité ? Autrement dit, comment pouvons-nous savoir, pouvons-nous déterminer, vous et moi Matthieu, que ce que nous croyons et professons/déclarons est vrai ? Etant donné que l'Ecriture sacrée représente l'aboutissement, l'achèvement, la clôture, de la phase orale de la tradition apostolique initiale, j'affirme catégoriquement, péremptoirement que, la seule, l'unique et suffisante autorité, en matière de foi christique, est l'Ecriture comme elle nous a été transmise par le don du Saint-Esprit. »

 

Je vous confirme en effet que c'est une affirmation… péremptoire. Car depuis les premiers temps de l’Eglise, la seule manière de savoir si ce que nous croyons/professons/déclarons est vrai, est de vérifier si cela est conforme ou non à la pensée de l’Eglise – c’est-à-dire à la pensée du peuple de Dieu en communion avec les Apôtres et leurs successeurs, eux-mêmes unis à Saint Pierre et à ses successeurs. La vérité est dans la communion, et c’est une chose excellente, car on ne peut avoir raison seul contre le monde entier : l’Eglise de ce point de vue est une véritable école d’humilité pour l’homme. La vérité est dans l’Eglise, puisque c’est sur elle qu’a été répandue l’Esprit de Vérité au jour de la Pentecôte. La colonne de la vérité – son pilier et son soutien –, ce n’est pas la Bible – de l’aveu même de la Bible! ; c’est l’Eglise (cf. 1 Tim 3. 15).

 

La seule, l’unique et suffisante autorité en matière de foi chrétienne (je préfère ce terme à celui de « christique ») est l’Eglise en laquelle a été répandue la plénitude des dons de l’Esprit au jour de la Pentecôte, et qui nous présente la Bible – sa Bible – comme l’authentique Parole de Dieu à garder et à méditer dans la communion de la foi.

 

8. Je passe sur vos considérations sur l’Eglise catholique, qui ne mettrait pas selon vous l’accent « sur une relation personnelle, intime, profonde, avec le seul vrai Dieu théiste, personnel, proche de la Bible » ; mais qui ferait passer « en avant ses sacrements, ses rituels, sa liturgie, son faste, sa pompe, son cérémoniel, ses coutumes, ses traditions humaines et son prestige. » Armel vous a exactement répondu ce qu’il convenait. La vie spirituelle est essentielle dans la vie chrétienne. Elle est au cœur de la vie de l’Eglise. Les Saints canonisés attestent de ce primat de la vie intérieure : il n’en est pas un (je dis bien : pas UN) qui n’ait été une « bête » de prière (si vous me passez l’expression). Même parmi les plus « actifs » : je pense à une Mère Térésa, ou à un Saint Vincent de Paul qui passait 3 heures par jour à adorer le Seigneur dans le St Sacrement avant d’œuvrer en faveur des plus pauvres et des plus miséreux. Sans parler de la vie consacrée et du monachisme, tout entier basés sur la prière et la contemplation du mystère de Dieu.

 

« Il est nécessaire d'apprendre à prier, recevant pour ainsi dire toujours de nouveau cet art des lèvres mêmes du divin Maître, comme les premiers disciples : « Seigneur, apprends-nous à prier! » (Lc 11. 1). Dans la prière se développe ce dialogue avec le Christ qui fait de nous ses intimes : « Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15. 4). Cette réciprocité est la substance même, l'âme, de la vie chrétienne et elle est la condition de toute vie pastorale authentique. » (Jean-Paul II, Novo Millennio Ineunte, n°32).

 

9. « Posez-vous, Matthieu, la question, à mon sens très pertinente : pourquoi le catholicisme ne transforme-t-il que si peu de gens (comparativement au nombre de personnes qui se réclament de l'EC) ? Parce que l'EC n'enseigne pas 1) la repentance personnelle en Jésus-Christ 2) la conversion personnelle en Jésus-Christ 3) la justification personnelle en Jésus-Christ et 4) la sanctification personnelle en, pour et par Jésus-Christ. »

 

Les catholiques qui liront ses lignes n’en croiront pas leurs yeux. Avez-vous lu ne serait-ce qu’une seule vie de saint ? Avez-vous songé au nombre (considérable et croissant !) de saints que l’Eglise canonise ? Vous êtes-vous intéressé à ce que fut leur rayonnement et la fécondité de leur vie dans l’histoire du monde et de l’Eglise ? Connaissez-vous autant d’exemples de vies transformées dans le monde protestant ? Bref, savez-vous vraiment ce que vous dites ??? On en doute, à lire la suite de votre prose.

 

Vous dites que l’Eglise catholique n’enseigne pas la repentance personnelle en Jésus-Christ ? Mais c’est faux !

Que l’Eglise catholique n’enseigne pas la conversion personnelle en Jésus-Christ ? Mais c’est faux !

Que l’Eglise catholique n’enseigne pas la justification personnelle en Jésus-Christ ? Mais c’est encore faux !

Que l’Eglise catholique n’enseigne pas la sanctification personnelle en, pour et par Jésus-Christ ? Mais c’est toujours faux !

 

Du coup Tiago, je me pose une question. Est-ce bien de l’Eglise catholique que vous faites le procès, ou de l’image déformée (jusqu’à la caricature) que vous vous en faites, et en laquelle aucun catholique ne se reconnaîtra ?

 

10. « Le Dieu catholique est un Dieu déiste, lointain, inaccessible si ce n'est par le biais d'intermédiaires (saints, Marie, …). Le chrétien peut appeler affectueusement et respectueusement Dieu, le Créateur des cieux et de la Terre, Abba, Père (Rom. 8v15). »

 

Le Dieu catholique est un Dieu proche, qui s’est incarné en Jésus-Christ et ce faisant, s’est uni à tout homme. Au point que chaque homme est devenu en quelque sorte un sacrement de la présence de Jésus-Christ. « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger… » dit Jésus à ses interlocuteurs éberlués. « Quand avais-tu faim et t’avons-nous donné à manger ? » l’interrogent-ils. « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à MOI que vous l’avez fait » leur répond Jésus (cf. Mt 25. 35 ; 37 ; 40) « Pourquoi ME persécutes-tu » dira encore le Seigneur à Saul de Tarse qui martyrisait… les chrétiens !

 

Notre Dieu n’est donc pas lointain dans son Ciel inaccessible : il est présent sur la terre ; présent dans le cœur des croyants ; présent dans l’Eglise et dans l’Eucharistie qu’elle célèbre ; présent dans la personne des plus pauvres ; présent en chaque homme.

 

Cette proximité de Dieu dont l’Eglise catholique a grande conscience explique la grande confiance qu’elle a – par delà la faiblesse de ses membres – en son infaillibilité doctrinale : parce qu’elle sait bien que son Seigneur est vivant et qu’il gouverne l’Eglise – et qu’il le fait de telle manière que « les portes de l’enfer ne l’emporte pas sur elle » (Mt 16. 18).

 

11. « Matthieu, Dieu ne change pas. Il est le même, hier, aujourd'hui et éternellement (Hébr. 13V8). Les termes de Son Alliance ne changent pas non plus. Le dépôt de la foi est terminé, achevé, clôturé. Libre à vous de croire aux enseignements anti-bibliques que l'EC dispense à ses ouailles depuis des siècles. »

 

C’est vrai Tiago : le dépôt de la foi est terminé, achevé, clotûré. Mais… il reste aux hommes à en saisir toute la compréhension et la richesse de sens.

 

Dieu nous a tout donné, c’est entendu ; cela ne signifie pas que l’on ait tout compris – notre disputatio en est le témoignage. L’Ecriture atteste que Dieu se révèle progressivement dans l’histoire, avec grande pédagogie ; et qu’il répugne à révéler à quiconque des vérités qu’il ne peut porter (cf. Jn 16. 12). Ce sont nos humaines maturations qui sont lentes, et qui font que l’on n’entre pas de plain-pied dans le mystère de Dieu et des vérités révélées.

 

Alors oui : Dieu nous a tout dit. Mais nous avons encore beaucoup de choses à découvrir. Et c’est rassurant au fond : car cela témoigne que la Parole de Dieu est infinie ; qu’elle n’est pas simplement d’origine humaine, mais qu’elle vient bien de Dieu.

 

 

(à suivre…)

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