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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 12:29


Deuxième Partie
: LA RAISON


UNE FOI TRANS-RATIONNELLE
 

 

 


Chers amis,

Trop souvent, l’on a opposé la Foi et la Raison. Sans doute parce que la Foi n’est pas affaire de Raison. « C’est le cœur qui sent Dieu, disait Pascal, et non la Raison. Voilà ce que c’est que la Foi. Dieu sensible au cœur, et non à la Raison ».

Il est donc bien entendu que la Foi n’est pas le produit naturel de la Raison. On ne rencontre pas le Dieu de la Révélation à la suite d’un processus intellectuel, d’une réflexion rationnelle aussi brillante et magistrale soit-elle. C’est dans le fond du cœur que se joue notre adhésion au Dieu qui se révèle ; c’est là le siège de la Foi.

Dieu se rencontre comme une personne vivante, dans une expérience spirituelle que l’Esprit nous donne de vivre, dont beaucoup témoignent, mais dont tous les croyants n’ont peut-être pas toujours conscience (je pense aux chrétiens de « naissance » qui n’ont pas eu leur chemin de Damas, mais dont l’humble vie de foi est authentique expérience de Dieu).

Saint Paul disait ainsi : « Personne ne peut dire Jésus est Seigneur si ce n’est dans l’Esprit Saint » (1 Co 12. 3). Personne… Ce n’est donc pas dans les livres (ou sur le Blog Totus Tuus...) que l’on découvre la Seigneurerie de Jésus-Christ sur le monde et sur soi ; mais dans le fond de son cœur, sous l’action du Saint Esprit. Le croyant est celui qui, éclairé par la divine lumière du Saint-Esprit, reçoit l’intime certitude de la vérité de la Révélation en Jésus-Christ et peut ainsi confesser du fond de son cœur que Jésus-Christ est Seigneur.


Ou pour dire autrement : la Foi est le fruit d’une grâce surnaturelle infusée en nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous est donné ; elle n’est pas le résultat mécanique d’un raisonnement intellectuel.


Lorsque Paul Claudel se convertit à la cathédrale de Notre Dame de Paris, l’après-midi de Noël 1886, son cœur fut saisi par la présence de Dieu, lors même que son esprit restait envahi d’innombrables objections contre les vérités de la foi : « C’est vrai. Dieu existe, il est là. C’est quelqu’un, c’est un être aussi personnel que moi. Il m’aime, Il m’appelle. Les larmes et les sanglots étaient venus et le chant si tendre de l’Adeste ajoutait encore à mon émotion. Emotion bien douce où se mêlait cependant un sentiment d’épouvante et presque d’horreur. Car mes convictions philosophiques étaient entières. Dieu les avait laissées dédaigneusement où elles étaient, je ne voyais rien à y changer, la religion catholique me semblait toujours le même trésor d’anecdotes absurdes, ses prêtres et ses fidèles m’inspiraient la même aversion qui allait jusqu’à la haine et au dégoût ».


Témoignage édifiant où l’on voit le cœur touché dans ses profondeurs devant l’évidence soudaine de la présence de Dieu, lors même que l’intelligence n’est pas encore convertie : « la religion catholique me semblait toujours le même trésor d’anecdotes absurdes » écrivait Claudel.


La Foi n’est donc pas affaire de Raison, au sens où elle n’en est pas le fruit naturel. Nul ainsi ne peut se donner la Foi ; elle est une grâce surnaturelle, un don de Dieu, le fruit d’une effusion de l’Esprit Saint qui nous donne de percevoir ce que nul œil n’a pu voir ; d’entendre ce que nulle oreille n’a jamais entendue (cf. 1 Co 2. 9).


Est-ce à dire pour autant que la Foi s’oppose à la Raison ? Qu’elle est irrationnelle ? Non point. Car si la Foi n'est pas affaire de Raison, elle a à faire avec la Raison. Elle est en vérité un acte de la Raison humaine elle-même – mue par l’action de la grâce, et non par ses seuls ressorts internes.


Dans la démarche de Foi, le cœur est touché d’abord. Mais la Raison est sollicitée, et c'est elle en dernière instance qui donne son adhésion aux vérités révélées. Il ne peut y avoir de Foi authentique si notre Raison n’est pas accordée avec notre cœur profond, si notre être tout entier n’est pas unifié en Dieu. Une foi purement sentimentale qui ne chercherait pas ses racines dans la Raison ne serait pas véritablement humaine – puisque l’homme est un être doué de Raison ; c’est pourquoi elle ne mériterait pas le nom de Foi, puisque la Foi implique et engage tout l’homme – « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit » (cf. Deut 6. 5 ; Mt 22. 37 ; Mc 12. 30 ; Lc 10. 27).


C’est ce qu’avait compris Paul Claudel qui, après avoir été touché par la grâce, entrepris un important travail intellectuel pour évangéliser peu à peu sa pensée. Comme beaucoup d’autres convertis ayant vécu une expérience spirituelle similaire, Paul Claudel se plongea dans les livres pour amener son intelligence, sa Raison, à croire sans réticence : « L’étude de la Religion était devenue mon intérêt dominant (…). Les livres qui m’ont le plus aidé à cette époque sont d’abord les Pensées de Pascal, ouvrage inestimable pour ceux qui cherchent la Foi, bien que son influence ait souvent été funeste ; les Elévations sur les mystères et les méditations sur les Evangiles de Bossuet et ses autres traités philosophiques ; le poème de Dante, et les admirables récits de Sœur Emmerich. La métaphysique d’Aristote m’avait nettoyé l’esprit et m’introduisait dans les domaines de la véritable Raison ».


Pour être pleinement croyant, il ne suffit donc pas d’avoir le cœur touché par la grâce, d’avoir reçu une révélation ineffable. Il faut encore que la Lumière de Dieu pénètre peu à peu l’intelligence et que sa force transforme notre volonté. Comme le disait Michel Etcheverry : « Le Seigneur n’est pas un locataire comme les autres. Il occupe toute la place ». Dieu nous aime trop pour ne pas avoir préparé à notre intelligence la nourriture dont elle a besoin pour éliminer ses doutes. C’est Dieu Lui-même qui a suscité dans l’esprit humain des exigences critiques, le besoin de ne rien affirmer sans raison, le besoin de vérifier ses intuitions. Nous ne cédons donc pas à l’orgueil lorsque nous cherchons à donner à notre Foi des fondements solides. C’est le mouvement interne à la Foi elle-même qui le requiert.

« Jamais Dieu ne demande à l'homme de faire le sacrifice de sa raison! 
affirmait avec force le Pape Benoît XVI lors de son dernier passage en France. Jamais la Raison n'entre en contradiction réelle avec la Foi » (homélie sur l'Esplanade des Invalides à Paris, le 13 septembre 2008).

La Foi n’est donc pas une attitude irrationnelle, puisqu’elle sollicite le consentement de la Raison humaine. Elle n’est pas non plus une attitude purement rationnelle, puisque l’essence de la Foi – qui est rencontre personnelle avec le Dieu d’Amour – réside précisément… dans l’Amour, qui est affaire de cœur, non d’intelligence. Je pense que c’est ainsi qu’il faut entendre la phrase de Pascal que nous citions plus haut, en début d’article.


La Foi est un processus qui implique une intervention divine (une grâce, qui est première et sans laquelle nous ne pourrions rien) ; une intervention divine touchant le cœur de l’homme (c’est-à-dire son être profond, et non pas nécessairement ni exclusivement sa sensibilité, le « cœur » n’étant pas simplement la « sensibilité ») ; lequel homme, en vertu même de cet Amour qui le touche, se trouve conduit à faire don à Dieu de tout son être, et de sa Raison en particulier.


Si la Foi n’est donc pas à proprement parler rationnelle, elle n’est pas davantage irrationnelle ; elle est, selon la belle expression de Mgr Léonard, trans-rationnelle, au sens où elle s’appuie sur la Raison, mais la dépasse. Sans jamais perdre le lien avec la Raison ! Ou comme disait le Cardinal Barbarin aux JMJ de Cologne en 2005 : « Nous ne croyons pas pour des raisons, mais nous avons nos raisons de croire ». Car si la Foi n’est pas purement rationnelle, il est raisonnable de croire.


L’objection qui vient alors immédiatement à l’esprit est la suivante : un homme raisonnable peut-il accorder du crédit à une Foi trans-rationnelle ? Est-il raisonnable de croire à quelque chose qui dépasse la Raison ? N’est-il pas plus raisonnable et prudent au contraire de s’en tenir aux strictes limites de la Raison ? Est-il véritablement légitime de transgresser les frontières de la Raison pure ?


Pour ma part, je pense que OUI et cela pour trois… raisons.


Premièrement : parce que l’homme raisonnable franchit quotidiennement les limites de sa raison, bien qu’il n’en ait pas conscience.
Il est dans la nature même de l’homme raisonnable de poser des actes de Foi transrationnels. Et de même que Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, de même le rationaliste athée le plus intransigeant pose chaque jour des acte de foi transrationnels sans qu'il le soupçonne.


Ainsi, lorsqu’il est amoureux.


L’amour humain lui-même est transrationnel… et heureusement ! Pauvre amitié que celle qui serait entièrement contrôlée par la Raison et se présenterait comme la conclusion logique d’un raisonnement contraignant ou d’un calcul rigoureux : « Ca + ça + ça = je t’aime ». Non, ce n’est pas cela l’Amour. Pourtant, même si l’amour est plus qu’une question de clairvoyance rationnelle, son idéal n’est pas d’être aveugle ou inintelligent. L’amour n’est donc pas irrationnel : sa vérité ne se réduit pas à un coup de tête déraisonnable. Celui qui aime authentiquement sait pourquoi il aime, même si son amour déborde ce savoir. Ou pour dire autrement : le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, mais… ces raisons du cœur qui transgressent l’ordre purement rationnel de la Raison sont malgré tout… des raisons !


Mais, allez-vous me dire, notre rationaliste athée n’est peut-être pas amoureux… Qu’à cela ne tienne ! Il communique quand même avec les autres ! Il leur parle, et les écoutent quand ils s'adressent à lui. Et de fait : le langage parlé constitue le mode de communication le plus direct et le plus efficace entre les hommes. Toutefois, si la parole rend possible des échanges d’expériences et d’idées qu’aucun autre moyen d’expression ne pourrait traduire, elle permet aussi le pire des mensonges puisque mon interlocuteur ne peut vérifier du dehors si les mots que j’exprime sont conformes ou non à ma pensée intime. C’est pourquoi, chez l’homme, le langage le plus révélateur, celui de la parole, prend toujours la forme d’un témoignage, c’est-à-dire d’une affirmation qui, ne pouvant être immédiatement vérifiée de l’extérieur, appelle de la part de l’auditeur une certaine attitude de confiance… et de foi.


Toute communication authentiquement humaine est donc transrationnelle, en ce qu’elle échappe à une vérification extérieure exhaustive. Je dois « croire » au « témoignage » de mon interlocuteur. Pour autant, cette confiance que je fais à autrui ne doit pas être aveugle, et si j’ai des raisons de penser que l’autre pourrait se tromper ou me tromper, il m’est loisible d’entreprendre les quelques vérifications limitées qui me sont accessibles du dehors, en procédant par exemple à certains recoupements avec d’autres sources d’information.


Ainsi, toute « révélation » interpersonnelle appelle une attitude de « foi » transrationnelle en un « témoignage » ; mais en même temps, pour être digne de notre raison autant que de la liberté de l’autre, cette confiance doit être éclairée, s’appuyer sur des raisons. Il devient alors raisonnable de croire en la parole de l’autre, même si cette « foi » dépassera de toujours le strict cadre de ce que ma Raison pourra vérifier par elle-même.


Dans toute relation humaine authentique, il y a donc, comme dans la Foi religieuse, un mélange de confiance transrationnelle et de clairvoyance raisonnable. Voilà pourquoi il n’est pas déraisonnable d’adhérer à une Foi religieuse transrationnelle ; voilà pourquoi la Foi trans-rationnelle est profondément digne de l’homme, et conforme à sa nature : il est humain de communiquer et d’aimer ; il est humain de croire.


D’autant plus – et c’est le second argument – qu’il est raisonnable de reconnaître des limites à la Raison humaine.


Il est vrai que la Foi dépassant la Raison, elle nous conduit inexorablement à des mystères humainement incompréhensibles. Que l’on songe par exemple à la Sainte Trinité : la conception d’un Dieu unique en trois personnes. Ou au fait que Jésus soit né d’une vierge ; ou encore que dans l’Eucharistie, le Christ nous donne réellement à manger son Corps et son Sang. Voilà bien des mystères insondables auxquels le chrétien est appelé à adhérer par la Foi. Alors ? Cela fait-il de lui un homme insensé ? Est-il vraiment raisonnable de croire en des réalités qui dépassent notre Raison ?


Eh bien… OUI selon Pascal ! Pour le philosophe, il est tout à fait raisonnable d’affirmer l’existence de vérités incompréhensibles. Pourquoi ? Parce que si vous n’en reconnaissez pas l’existence, il vous faut alors admettre quelque chose d’encore plus incompréhensible, à savoir : l’existence de réalités sans cause. Ce qui est la définition même de l’absurde. Le mot « absurde » ne désigne pas ici une réalité dénuée de sens, dont on ne découvre pas le but, la finalité, mais une réalité qui surgirait toute seule, sans être produite par une Cause. Or, selon Pascal, il est plus raisonnable d’affirmer l’existence d’une Cause, fût-elle mystérieuse, pour rendre compte des réalités bien concrètes qui s’imposent à nos yeux, plutôt que de les laisser sans explications, sans raison suffisante. Il ne s’agit pas là d’une démarche du cœur, mais de l’intelligence ; d’une exigence intrinsèque à la Raison elle-même qui postule que tout ici-bas a une… raison d’exister. Ou comme disait Emmanuel Mounier, il est absurde que l’absurde soit ! Il est donc tout à fait raisonnable, selon Pascal, de préférer le mystère à l’absurde ; de croire en un Dieu Créateur plutôt qu’en une auto-création spontanée de l’univers.


Ainsi, lorsque vous affirmez que le monde dans lequel nous vivons a été créé par Dieu, vous confessez certes l’existence d’une réalité incompréhensible, dont le mystère nous dépasse totalement. Mais si vous en niez l’existence, vous laissez sans explication l’existence et l’ordre du monde bien concret que vous avez sous les yeux : le monde devient absurde, sans raison d’être. Ce qui est absurde du point de vue de la Raison. Il est mystérieux que Dieu soit ; mais il serait absurde qu’Il ne soit pas. C’est pourquoi la Raison elle-même, de son propre mouvement, requiert d’aller au-delà d’elle-même ; c’est pourquoi il est plus raisonnable de croire que de ne pas croire.


Comme le dit Pascal dans ses Pensées : « Il n’y a rien de si conforme à la Raison que ce désavoeu de la Raison ». Pour le philosophe, c’est une exigence de la Raison elle-même que de reconnaître l’existence de réalités qui la dépassent. « La dernière démarche de la Raison, écrit Pascal, est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent : elle n’est que faible si elle ne va pas jusqu’à connaître cela ».


Le premier réflexe de la Raison humaine est certes de vouloir tout saisir, tout comprendre, tout expliquer ; mais, le sommet de la démarche philosophique – et le secret de la Sagesse selon Pascal –, c’est d’accepter d’avoir l’esprit dépassé par la richesse inépuisable du réel. La Raison reste « faible », peu intelligente et… raisonnable, si elle ne va pas jusqu’à cette humble soumission au mystère de l’être qui la dépasse ; de l’être de l’univers et de tout ce qui le compose... et a fortiori de l’être de Dieu ; car si les réalités de notre univers surpassent notre intelligence, à plus forte raison faut-il s’attendre aussi à être dépassé par le mystère de Dieu.


Bref, puisque les êtres sont infiniment plus riches que ce que l’esprit humain peut en saisir, l’humilité de l’esprit devant cette richesse inépuisable du réel est Sagesse. Elle est, dit Pascal, « la dernière démarche de la Raison ».


Le troisième argument en faveur de l’idée selon laquelle un homme raisonnable peut légitimement avoir recours à une foi transrationnelle réside dans l’examen même des assises rationnelles de notre Foi.
Si la Foi n’est pas stricto sensu rationnelle, il existe des raisons de croire. Quelles sont ces raisons ? C’est ce que nous verrons dans un prochain article.

(à suivre…)



Bibliographie de cette partie consacrée à la foi transrationnelle :

- Abbé Pierre DESCOUVEMONT, « Guide des difficultés de la foi catholique », 1989

- Mgr André-Mutien LEONARD, « Les raisons de croire », Communio Fayard, 1987

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 09:30

... le 1.000ème Post du Blog Totus Tuus!

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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 12:52

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI au nouvel ambassadeur d’Israël près le Saint Siège, le 12 mai 2008.

Je comprends que les difficultés des chrétiens en Terre Sainte sont également liées à la tension permanente entre les communautés juive et palestinienne.
Le Saint-Siège reconnaît la légitime nécessité de sécurité et d'autodéfense d'Israël et condamne profondément toutes les formes d'antisémitisme. Il soutient également que tous les peuples ont le droit de recevoir d'égales opportunités de prospérer. C'est précisément pour cela que j'exhorte urgemment votre gouvernement à accomplir tous les efforts possibles pour résoudre les difficultés dont souffre la communauté palestinienne, en lui accordant la liberté nécessaire pour accomplir ses activités légitimes, y compris rejoindre les lieux de culte afin qu'elle puisse jouir de la paix et d'une plus grande sécurité.

Il est évident que ces problèmes ne peuvent être affrontés que dans le plus large cadre du processus de paix au Moyen-Orient. Le Saint-Siège accueille l'engagement exprimé par votre gouvernement de soutenir l'élan retrouvé à Annapolis et il prie afin que les espérances et les attentes suscitées en ce lieu ne soient pas déçues. Comme je l'observais dans mon récent discours aux Nations unies à New York, il est nécessaire de parcourir toutes les voies possible de la diplomatie et de prêter attention au plus petit signe de dialogue ou de désir de réconciliation si l'on veut résoudre les conflits qui durent depuis de nombreuses années.
Lorsque toutes les personnes de Terre Sainte vivront en paix et en harmonie, dans deux Etats souverains indépendants, le bénéfice pour la paix du monde sera inestimable et Israël sera réellement "lumière des nations" (Is 42, 6), un exemple lumineux de résolution du conflit que le reste du monde pourra suivre.


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 17:54

Extrait de l’homélie du Pape Benoît XVI prononcée sur la place de la Victoire à Gènes (Italie), le 18 mai 2008.

Chers frères et sœurs,

(…) Nous avons écouté, dans la première Lecture (Ex 34, 4b-6.8-9), un texte biblique qui nous présente la révélation du Nom de Dieu. C'est Dieu lui-même, l'Eternel et l'Invisible, qui le proclame, en passant devant Moïse dans une nuée, sur le mont Sinaï. Son nom est : "Yahvé, Yahvé, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité". Saint Jean, dans le nouveau Testament, résume cette expression en un seul mot :
"Amour" (cf. 1 Jn 4, 8.16). L'Evangile d'aujourd'hui l'atteste également : "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique" (Jn 3, 16). Ce Nom exprime donc clairement que le Dieu de la Bible n'est pas une sorte de monade fermée sur elle-même et satisfaite de sa propre autosuffisance, mais Il est la vie qui veut se communiquer, Il est ouverture, relation. Des expressions comme "Dieu de tendresse", "de pitié", "riche en grâce" nous parlent tous d'une relation, en particulier d'un Etre vital qui s'offre, qui veut combler chaque lacune, chaque manque, qui veut donner et pardonner, qui désire établir un lien stable et durable. L'Ecriture Sainte ne connaît pas d'autre Dieu que le Dieu de l'Alliance, qui a créé le monde pour répandre son amour sur toutes les créatures (cf. Missel romain, Prière eucharistique, IV) et qui s'est choisi un peuple pour établir avec lui un pacte nuptial, le faire devenir une bénédiction pour toutes les nations et former ainsi une grande famille de toute l'humanité (cf. Gn 12, 1-3 ; Ex 19, 3-6).

Cette révélation de Dieu s'est pleinement définie dans le Nouveau Testament, grâce à la parole du Christ. Jésus nous a manifesté le visage de Dieu, un dans l'essence et trine dans les personnes : Dieu est Amour, Amour Père – Amour Fils – Amour Esprit Saint. Et c'est précisément au nom de ce Dieu que l'apôtre Paul salue la communauté de Corinthe : "Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l'amour de Dieu et la communion de l'Esprit Saint soient avec vous tous" (2 Co 13, 13). C'est un salut qui est devenu, comme vous le savez, une formule liturgique.

Il y a donc, dans ces lectures, un contenu principal qui concerne Dieu et, en effet, la fête d'aujourd'hui nous invite à Le contempler, Lui, le Seigneur, elle nous invite à monter dans un certain sens "sur le mont", comme le fit Moïse.
Cela semble à première vue nous conduire loin du monde et de ses problèmes, mais en réalité on découvre que c'est précisément en connaissant Dieu de plus près que l'on reçoit également des indications pratiques précieuses pour la vie : un peu comme cela arriva à Moïse qui, en montant sur le Sinaï et en restant en présence de Dieu, reçut la loi gravée sur les tables de pierre, dont le peuple tira la direction pour aller de l'avant, pour ne pas redevenir esclave mais croître dans la liberté. Du Nom de Dieu dépend notre histoire ; de la lumière de son visage, notre chemin.

De cette réalité de Dieu, qu'Il nous a lui-même fait connaître en nous révélant son "Nom" dérive une certaine image d'homme, c'est-à-dire le concept exact de personne. Comme on le sait, ce concept s'est formé dans notre culture d'Occident au cours du débat enflammé qui s'est développé précisément autour de la vérité de Dieu, et en particulier de Jésus Christ. Si Dieu est une unité dialogique, substance en relation, la créature humaine, faite à son image et ressemblance, reflète cette constitution : elle est donc appelée à se réaliser dans le dialogue, dans le colloque, dans la rencontre. Jésus nous a en particulier révélé que l'homme est essentiellement "fils", créature qui vit dans la relation avec Dieu le Père. L'homme ne se réalise pas dans une autonomie absolue, en ayant l'illusion d'être Dieu, mais, au contraire, en se reconnaissant en tant que fils, créature ouverte, tendue vers Dieu et vers ses frères, dans le visage desquels il retrouve l'image du Père commun. On voit bien que cette conception de Dieu et de l'homme se trouve à la base d'un modèle correspondant de communauté humaine, et donc de société. C'est un modèle qui existe avant toute réglementation législative, juridique, institutionnelle, mais je dirais également avant les particularités culturelles. Un modèle de famille humaine commun à toutes les civilisations, que nous chrétiens avons l'habitude d'exprimer dès l'enfance en affirmant que les hommes sont tous des fils de Dieu et donc tous frères. Il s'agit d'une vérité qui se trouve dès le début derrière nous et, dans le même temps, qui est toujours devant nous, comme un projet auquel aspirer toujours dans chaque construction sociale. C'est une conception qui se fonde sur l'idée de Dieu Trinité, de l'homme comme personne – non comme pur individu – et de la société comme communauté – non comme pure collectivité.

(…) J'ai plaisir à souligner comment deux choix de fond, indiqués par vos évêques (…) s'accordent avec ce que la Parole de Dieu vient de nous suggérer. Tout d'abord, le choix du "primat de Dieu" : toute la vie et l'œuvre de l'Eglise dépendent du fait de placer Dieu au premier plan ; pas un Dieu générique, mais bien le Seigneur avec son Nom et son visage, le Dieu de l'Alliance qui a fait sortir le peuple de l'esclavage d'Egypte, qui a ressuscité Jésus des morts et qui veut conduire l'humanité à la liberté dans la paix et dans la justice. L'autre choix est celui de placer au centre la personne et l'unité de son existence, dans les divers milieux où elle déploie son activité : la vie affective, le travail et la fête, sa propre fragilité, la tradition, la citoyenneté. Le Dieu un et trine et la personne en relation : ce sont les deux références que l'Eglise à la tâche d'offrir à chaque génération humaine, comme service à l'édification d'une société libre et solidaire. L'Eglise le fait certainement avec sa doctrine, mais surtout à travers le témoignage, qui n'est pas pour rien le troisième choix fondamental de l'épiscopat italien : témoignage personnel et communautaire, dans lequel convergent vie spirituelle, mission pastorale et dimension culturelle.

Dans une société tendue entre la mondialisation et l'individualisme, l'Eglise est appelée à offrir le témoignage de la koinonia, de la communion. Cette réalité ne vient pas "du bas" mais est un mystère qui a, pour ainsi dire, ses racines au ciel : précisément en Dieu un et trine.
C'est Lui, en lui-même, l'éternel dialogue d'amour qui en Jésus Christ s'est communiqué à nous, qui est entré dans le tissu de l'humanité et de l'histoire pour le conduire à la plénitude. Et voilà alors la grande synthèse du Concile Vatican II : l'Eglise, mystère de communion, "est dans le Christ comme un sacrement, c'est-à-dire signe et instrument de l'intime union avec Dieu et de l'unité de toute le genre humain" (Const. Lumen gentium, n. 1). Ici aussi, dans cette grande ville, ainsi que sur son territoire, avec la variété des problèmes humains et sociaux respectifs, la Communauté ecclésiale, aujourd'hui comme hier, est avant tout le signe, pauvre mais véritable, de Dieu Amour, dont le Nom est imprimé dans l'être profond de chaque personne et dans chaque expérience d'authentique socialité et solidarité.

Chers frères, après ces réflexions je vous laisse plusieurs exhortations particulières.

Ayez soin de la formation spirituelle et catéchétique
, une formation "substantielle", plus que jamais nécessaire pour bien vivre la vocation chrétienne dans le monde d'aujourd'hui.

Je le dis aux adultes et aux jeunes :
cultivez une foi pensée, capable de dialoguer en profondeur avec tous, avec nos frères non catholiques, avec les non-chrétiens et les non-croyants.

Poursuivez votre généreux partage avec les pauvres et les plus faibles
, selon la pratique originaire de l'Eglise, en puisant toujours votre inspiration et votre force à l'Eucharistie, source éternelle de la charité.

J'encourage avec une affection spéciale les séminaristes et les jeunes engagés dans un chemin vocationnel : n'ayez pas peur, au contraire, éprouvez l'attraction des choix définitifs, d'un itinéraire de formation sérieux et exigeant.
Seule la mesure élevée de la condition de disciple fascine et procure de la joie.

J'exhorte chacun à croître dans la dimension missionnaire
, qui est co-essentielle à la communion. En effet, la Trinité est dans le même temps unité et mission : plus l'amour est intense, plus l'élan à se diffuser, à s'élargir, à se communiquer est fort (…).

Chers amis, envisagez l'avenir avec confiance et cherchez à le construire ensemble, en évitant les attitudes factieuses et les particularismes, en plaçant le bien commun avant les intérêts personnels même légitimes.

 


Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 18:27

Le combat n’est pas tant pour la destruction du mal que pour la croissance du bien. A travers lui, notre foi superficielle (…) doit se creuser, descendre dans l’intelligence et le cœur, devenir cette foi que la charité brûle assez pour qu’elle puisse traverser les flammes.

Le diable sans le vouloir sert à chasser le diabolique (…). Et c’est bien l’attention d’un Dieu de tendresse qui en dispose ainsi, non l’amusement d’un génie dramaturge. Car
on pourrait croire, à la manière d’un Sénèque, que le Seigneur se donne un spectacle et prend plaisir à damer des pions. Ce serait le confondre avec l’Adversaire. Dieu ne manipule personne. Sa Providence n’est obscure qu’à force de lumière. En elle, point de ténèbres. Seulement, par un don sans repentance, il a voulu des créatures libres et capables de mérite : que ces créatures s’adonnent volontairement au mal, il n’y peut rien, mais il fait tout pour que ces maux puissent se corriger l’un l’autre (tandis que l’Adversaire fait tout pour que, l’un l’autre, ils s’excitent) : les cailloux ternes et tranchants qu’on secoue dans un sac finissent par se polir et devenir brillants et lisses.

Fabrice HADJADJ, in "La Foi des démons ou l'athéisme dépassé", Salvator 

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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 08:50

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 4 juin 2009.

Chers frères et sœurs,

Je reviendrai aujourd'hui, à l'occasion de notre rencontre du mercredi, sur la figure extraordinaire du Pape Grégoire le Grand, pour tirer quelques lumières supplémentaires de la richesse de son enseignement. Malgré les multiples engagements liés à sa fonction d'évêque de Rome, il nous a laissé de nombreuses œuvres, auxquelles l'Eglise a puisé à pleines mains au cours des siècles suivants (…).

En passant rapidement ces œuvres en revue, nous devons tout d'abord noter que, dans ses écrits, Grégoire ne se montre jamais préoccupé de tracer une doctrine qui soit "la sienne", qui soit originale. Il entend plutôt se faire l'écho de l'enseignement traditionnel de l'Eglise, il veut simplement être la bouche du Christ et de son Eglise, sur le chemin qu'il faut parcourir pour arriver à Dieu. Ses commentaires exégétiques sont exemplaires à ce propos. Il fut un lecteur passionné de la Bible, dont il s'approcha avec des intentions qui n'étaient pas simplement spéculatives : il pensait que le chrétien ne devait pas tellement tirer des connaissances théoriques de l'Ecriture Sainte, mais plutôt la nourriture quotidienne pour son âme, sa vie d'homme dans ce monde. Dans ses Homélies sur Ezéchiel, par exemple, il insiste fortement sur cette fonction du texte sacré : approcher l'Ecriture uniquement pour satisfaire son propre désir de connaissance signifie céder à la tentation de l'orgueil et s'exposer ainsi au risque de glisser dans l'hérésie. L'humilité intellectuelle est la première règle pour celui qui cherche à pénétrer les réalités surnaturelles en partant du livre sacré. L'humilité n'exclut pas du tout, bien sûr, l'étude sérieuse ; mais si l'on veut que celle-ci soit spirituellement bénéfique, en permettant d'entrer réellement dans la profondeur du texte, l'humilité demeure indispensable. Ce n'est qu'avec cette attitude intérieure que l'on écoute réellement et que l'on perçoit enfin la voix de Dieu. D'autre part, lorsqu'il s'agit de la Parole de Dieu, comprendre n'est rien, si la compréhension ne conduit pas à l'action. Dans ces Homélies sur Ezéchiel on trouve également cette belle expression selon laquelle "le prédicateur doit tremper sa plume dans le sang de son cœur ; il pourra ainsi arriver également jusqu'à l'oreille de son prochain". En lisant ses homélies on voit que Grégoire a réellement écrit avec le sang de son cœur et c'est la raison pour laquelle il nous parle encore aujourd'hui.

Grégoire développe également ce discours dans le Commentaire moral à Job. Suivant la tradition patristique, il examine le texte sacré dans les trois dimensions de son sens : la dimension littérale, la dimension allégorique et la dimension morale, qui sont des dimensions du sens unique de l'Ecriture Sainte. Grégoire attribue toutefois une nette priorité au sens moral. Dans cette perspective, il propose sa pensée à travers plusieurs binômes significatifs – savoir-faire, parler-vivre, connaître-agir – dans lesquels il évoque deux aspects de la vie humaine qui devraient être complémentaires, mais qui finissent souvent par être antithétiques. L'idéal moral, commente-t-il, consiste toujours à réaliser une intégration harmonieuse entre la parole et l'action, la pensée et l'engagement, la prière et le dévouement aux devoirs de son propre état : telle est la route pour réaliser cette synthèse grâce à laquelle le divin descend dans l'homme et l'homme s'élève jusqu'à l'identification avec Dieu. Le grand Pape trace ainsi pour le croyant authentique un projet complet de vie ; c'est pourquoi le Commentaire moral à Job constituera au cours du Moyen-âge une sorte de Summa de la morale chrétienne.

D'une grande importance et d'une grande beauté sont également les Homélies sur les Evangiles (…). Le principe inspirateur, qui lie les diverses interventions ensemble, peut être synthétisé dans le terme "praedicator" :
non seulement le ministre de Dieu, mais également chaque chrétien, a la tâche de devenir le "prédicateur" de ce dont il a fait l'expérience en lui-même, à l'exemple du Christ qui s'est fait homme pour apporter à tous l'annonce du Salut. L'horizon de cet engagement est l'horizon eschatologique : l'attente de l'accomplissement en Christ de toutes les choses est une pensée constante du grand Pontife et finit par devenir un motif inspirateur de chacune de ses pensées et de ses activités. C'est de là que naissent ses rappels incessants à la vigilance et à l'engagement dans les bonnes œuvres.

Le texte peut-être le plus organique de Grégoire le Grand est la Règle pastorale, écrite au cours des premières années de pontificat. Dans celle-ci, Grégoire se propose de tracer la figure de l'évêque idéal, maître et guide de son troupeau. Dans ce but, il illustre la gravité de la charge de pasteur de l'Eglise et les devoirs qu'elle comporte : c'est pourquoi, ceux qui n'ont pas été appelés à cette tâche ne doivent pas la rechercher avec superficialité, et ceux qui en revanche l'ont assumée sans la réflexion nécessaire doivent sentir naître dans leur âme une juste inquiétude. Reprenant un thème privilégié, il affirme que l'évêque est tout d'abord le "prédicateur" par excellence ; comme tel il doit être, en premier lieu, un exemple pour les autres, de manière à ce que son comportement puisse constituer un point de référence pour tous. Une action pastorale efficace demande ensuite qu'il connaisse ses destinataires et qu'il adapte ses interventions à la situation de chacun : Grégoire s'arrête pour illustrer les différentes catégories de fidèles avec des annotations judicieuses et précises, qui peuvent justifier l'évaluation de ceux qui ont également vu dans cette œuvre un traité de psychologie. On comprend à partir de cela qu'il connaissait réellement son troupeau et parlait de tout avec les personnes de son temps et de sa ville.

Ce grand Pape insiste cependant sur le devoir que le pasteur a de reconnaître chaque jour sa propre pauvreté, de manière à ce que l'orgueil ne rende pas vain, devant les yeux du Juge suprême, le bien accompli. C'est pourquoi le chapitre final de la Règle est consacré à l'humilité : "Lorsqu'on se complaît d'avoir atteint de nombreuses vertus, il est bon de réfléchir sur ses propres manquements et de s'humilier : au lieu de considérer le bien accompli, il faut considérer celui qu'on a négligé d'accomplir". Toutes ces précieuses indications démontrent la très haute conception que saint Grégoire se fait du soin des âmes, qu'il définit "ars artium", l'art des arts.
La Règle connut un grand succès, au point que, chose plutôt rare, elle fut rapidement traduite en grec et en anglais (…).

Avant de conclure, il est juste de prononcer un mot sur les relations que le Pape Grégoire cultiva avec les patriarches d'Antioche, d'Alexandrie et de Constantinople elle-même. Il se soucia toujours d'en reconnaître et d'en respecter les droits, en se gardant de toute interférence qui en limitât l'autonomie légitime. Si toutefois saint Grégoire, dans le contexte de sa situation historique, s'opposa au titre d'"oecuménique" que voulait le Patriarche de Constantinople, il ne le fit pas pour limiter ou nier cette autorité légitime, mais parce qu'il était préoccupé par l'unité fraternelle de l'Eglise universelle. Il le fit surtout en raison de sa profonde conviction que l'humilité devrait être la vertu fondamentale de tout évêque, et plus encore d'un Patriarche. Grégoire était resté un simple moine dans son cœur, et c'est pourquoi il était absolument contraire aux grands titres. Il voulait être – telle est son expression – servus servorum Dei. Ce terme forgé par lui n'était pas dans sa bouche une formule pieuse, mais la manifestation véritable de son mode de vivre et d'agir. Il était intimement frappé par l'humilité de Dieu, qui en Christ s'est fait notre serviteur, qui a lavé et lave nos pieds sales. Par conséquent, il était convaincu que notamment un évêque devrait imiter cette humilité de Dieu et suivre ainsi le Christ. Son désir fut véritablement de vivre en moine, dans un entretien constant avec la Parole de Dieu, mais par amour de Dieu il sut se faire le serviteur de tous à une époque pleine de troubles et de souffrances, se faire "serviteur des serviteurs". C'est précisément parce qu'il le fut qu'il est grand et qu'il nous montre également la mesure de la vraie grandeur.


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 12:26

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 28 mai 2009.

Chers frères et sœurs,

(…) Je voudrais aujourd'hui présenter la figure de l'un des plus grands Pères dans l'histoire de l'Eglise,
un des quatre docteurs de l'Occident, le Pape saint Grégoire, qui fut évêque de Rome entre 590 et 604, et auquel la tradition attribua le titre de Magnus/Grand. Grégoire fut vraiment un grand Pape et un grand Docteur de l'Eglise! Il naquit à Rome vers 540, dans une riche famille patricienne de la gens Anicia, qui se distinguait non seulement par la noblesse de son sang, mais également par son attachement à la foi chrétienne et par les services rendus au Siège apostolique (…).

Grégoire entra très tôt dans la carrière administrative que son père avait également suivie et, en 572, il en atteint le sommet, devenant préfet de
la ville. Cette fonction, compliquée par la difficulté des temps, lui permit de se consacrer à large échelle à chaque type de problèmes administratifs, en en tirant des lumières pour ses futures tâches. Il lui resta en particulier un profond sens de l'ordre et de la discipline : devenu Pape, il suggérera aux évêques de prendre pour modèle dans la gestion des affaires ecclésiastiques la diligence et le respect des lois propres aux fonctionnaires civils.

Toutefois, cette vie ne devait pas le satisfaire car, peu après,
il décida de quitter toute charge civile, pour se retirer dans sa maison et commencer une vie de moine, transformant la maison de famille dans le monastère Saint André au Celio. De cette période de vie monastique, vie de dialogue permanent avec le Seigneur dans l'écoute de sa parole, il lui restera toujours la nostalgie, qui apparaît toujours à nouveau et toujours davantage dans ses homélies : face aux assauts des préoccupations pastorales, il la rappellera plusieurs fois dans ses écrits comme un temps heureux de recueillement en Dieu, de consécration à la prière, d'immersion sereine dans l'étude. Il put ainsi acquérir cette profonde connaissance de l'Ecriture Sainte et des Pères de l'Eglise dont il se servit ensuite dans ses œuvres.

Mais la retraite dans la clôture de Grégoire ne dura pas longtemps. La précieuse expérience mûrie dans l'administration civile à une époque chargée de graves problèmes, les relations entretenues dans cette charge avec les byzantins, l'estime universelle qu'il avait acquise, poussèrent le Pape Pélage à le nommer
diacre et à l'envoyer à Constantinople comme son "apocrisaire", on dirait aujourd'hui "Nonce apostolique", pour permettre de surmonter les dernières séquelles de la controverse monophysite et, surtout, pour obtenir l'appui de l'empereur dans son effort pour contenir la poussée lombarde (…).

Après quelques années, il fut rappelé à Rome par le Pape, qui le nomma son secrétaire. Il s'agissait d'années difficiles : les pluies incessantes, le débordement des fleuves, la famine qui frappait de nombreuses zones d'Italie et Rome elle-même. A la fin, la peste éclata également, faisant de nombreuses victimes, parmi lesquelles le Pape Pélage II. Le clergé, le peuple et le sénat furent unanime en choisissant précisément lui, Grégoire, pour être son Successeur sur le Siège de Pierre. Il chercha à résister, tentant également la fuite, mais il n'y eut rien à faire : à la fin il dut céder. C'était l'année 590.

Reconnaissant la volonté de Dieu dans ce qui était arrivé, le nouveau Pontife se mit immédiatement au travail avec zèle. Dès le début, il révéla une vision particulièrement clairvoyante de la réalité avec laquelle il devait se mesurer, une extraordinaire capacité de travail pour affronter les affaires ecclésiastiques et civiles, un équilibre constant dans les décisions, parfois courageuses, que sa charge lui imposait. On possède une vaste documentation sur son gouvernement grâce au Registre de ses lettres (environ 800), dans lesquelles se reflète la confrontation quotidienne avec les problèmes complexes qui affluaient sur sa table. Il s'agissait de questions qui provenaient des évêques, des abbés, des clercs, et également des autorités civiles de tout ordre et degré.
Parmi les problèmes qui affligeaient l'Italie et Rome à cette époque, il y en avait un d'une importance particulière dans le domaine civil et ecclésial : la question lombarde. Le Pape y consacra toutes les énergies possibles en vue d'une solution vraiment pacificatrice. A la différence de l'empereur byzantin qui partait du présupposé que les Lombards étaient seulement des individus grossiers et prédateurs à vaincre ou à exterminer, saint Grégoire voyait ces personnes avec les yeux du bon pasteur, préoccupé de leur annoncer la parole du Salut, établissant avec eux des relations fraternelles en vue d'un avenir de paix fondé sur le respect réciproque et sur la coexistence sereine entre les italiens, les impériaux et les lombards. Il se préoccupa de la conversion des jeunes peuples et de la nouvelle organisation civile de l'Europe : les Wisigoths d'Espagne, les Francs, les Saxons, les immigrés en Britannia et les Lombards furent les destinataires privilégiés de sa mission évangélisatrice (…).

C'était un homme immergé en Dieu : le désir de Dieu était toujours vivant au fond de son âme et c'est précisément pour cela qu'il était toujours très proche de son prochain, des besoins des personnes de son époque.
A une époque désastreuse, et même désespérée, il sut établir la paix et donner l'espérance. Cet homme de Dieu nous montre où sont les véritables sources de la paix, d'où vient la véritable espérance et il devient ainsi un guide également pour nous aujourd'hui.


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 07:03

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 14 mai 2008.

Chers frères et sœurs,

Je voudrais aujourd'hui, au cours des catéchèses sur les Pères de l'Eglise, parler d'une figure très mystérieuse : un théologien du sixième siècle, dont le nom est inconnu, qui a écrit sous le pseudonyme de
Denys l'Aréopagite. Avec ce pseudonyme, il fait allusion au passage de l'Ecriture que nous venons d'entendre, c'est-à-dire à l'histoire racontée par saint Luc dans le chapitre XVII des Actes des Apôtres, où il est rapporté que Paul prêcha à Athènes sur l'Aréopage, pour une élite du grand monde intellectuel grec, mais à la fin la plupart des auditeurs montrèrent leur désintérêt et s'éloignèrent en se moquant de lui ; pourtant certains, un petit nombre nous dit saint Luc, s'approchèrent de Paul en s'ouvrant à la foi. L'évangéliste nous donne deux noms : Denys, membre de l'Aréopage, et une certaine femme, Damaris.

Si l'auteur de ces livres a choisi cinq siècles plus tard le pseudonyme de Denys l'Aréopagite, cela veut dire que son intention était de mettre la sagesse grecque au service de l'Evangile, d'aider la rencontre entre la culture et l'intelligence grecque et l'annonce du Christ ; il voulait faire ce qu'entendait ce Denys, c'est-à-dire que la pensée grecque rencontre l'annonce de saint Paul ; en étant grec, devenir le disciple de saint Paul et ainsi le disciple du Christ.

(…) La théologie de cet auteur, tout en étant donc pour ainsi dire "suprapersonnelle", réellement ecclésiale, peut être située au VIe siècle. Pourquoi? Il rencontra dans les livres d'un certain Proclus, mort à Athènes en
485, l'esprit grec qu'il plaça au service de l'Evangile : cet auteur appartenait au platonisme tardif, un courant de pensée qui avait transformé la philosophie de Platon en une sorte de religion, dont le but à la fin était de créer une grande apologie du polythéisme grec et de retourner, après le succès du christianisme, à l'antique religion grecque. Il voulait démontrer que, en réalité, les divinités étaient les forces en œuvre dans le cosmos. La conséquence était que l'on devait considérer le polythéisme plus vrai que le monothéisme, avec un unique Dieu créateur. C'était un grand système cosmique de divinités, de forces mystérieuses, celui que nous montre Proclus, pour qui dans ce cosmos déifié l'homme pouvait trouver l'accès à la divinité. Il distinguait cependant les voies pour les simples, qui n'étaient pas en mesure de s'élever aux sommets de la vérité – pour eux certains rites même superstitieux pouvaient suffire – et les voies pour les sages, qui en revanche devaient se purifier pour arriver à la pure lumière.

Cette pensée, comme on le voit, est profondément antichrétienne. C'est une réaction tardive contre la victoire du christianisme. Un usage antichrétien de Platon, alors qu'était déjà en cours un usage chrétien du grand philosophe.
Il est intéressant que ce Pseudo-Denys ait osé se servir précisément de cette pensée pour montrer la vérité du Christ ; transformer cet univers polythéiste en un cosmos créé par Dieu, dans l'harmonie du cosmos de Dieu où toutes les forces sont une louange à Dieu, et montrer cette grand harmonie, cette symphonie du cosmos qui va des séraphins, aux anges et aux archanges, à l'homme et à toutes les créatures qui ensemble reflètent la beauté de Dieu et sont une louange à Dieu. Il transformait ainsi l'image polythéiste en un éloge du Créateur et de sa créature. Nous pouvons de cette manière découvrir les caractéristiques essentielles de sa pensée : elle est tout d'abord une louange cosmique. Toute la Création parle de Dieu et est un éloge de Dieu. La créature étant une louange de Dieu, la théologie de Pseudo-Denys devient une théologie liturgique : Dieu se trouve surtout en le louant, pas seulement en réfléchissant ; et la liturgie n'est pas quelque chose que nous avons construit, quelque chose d'inventé pour faire une expérience religieuse au cours d'une certaine période de temps ; elle est un chant avec le chœur des créatures et l'entrée dans la réalité cosmique elle-même. Et c'est précisément ainsi que la liturgie n'apparaît plus seulement ecclésiastique mais devient vaste et grande, devient notre union avec le langage de toutes les créatures. Il dit : on ne peut pas parler de Dieu de manière abstraite ; parler de Dieu est toujours – dit-il avec un mot grec – un "hymnein", un chant pour Dieu avec le grand chant des créatures, qui se reflète et se concrétise dans la louange liturgique.

Toutefois, bien que sa théologie soit cosmique, ecclésiale et liturgique, elle est également profondément personnelle. Il créa la première grande théologie mystique. Le mot "mystique" acquiert même avec lui une nouvelle signification. Jusqu'à cette époque, pour les chrétiens ce mot était équivalent au mot "sacramentel", c'est-à-dire ce qui appartient au "mysterion", au sacrement. La parole "mystique" devient avec lui plus personnelle, plus intime : elle exprime le chemin de l'âme vers Dieu. Et comment trouver Dieu? Nous observons de nouveau ici un élément important dans son dialogue entre la philosophie grecque et le christianisme, en particulier la foi biblique. Apparemment, ce que dit Platon et ce que dit la grande philosophie sur Dieu est beaucoup plus élevé, est beaucoup plus vrai ; la Bible apparaît assez "barbare", simple, précritique dirait-on aujourd'hui ; mais lui remarque que c'est justement ce qui est nécessaire parce qu'ainsi nous pouvons comprendre que les concepts les plus élevés sur Dieu n'arrivent jamais jusqu'à sa vraie grandeur ; ils sont toujours inappropriés. En réalité, ces images nous font comprendre que
Dieu est au delà de tous les concepts ; dans la simplicité des images, nous trouvons plus de vérité que dans les grands concepts. Le visage de Dieu est notre incapacité d'exprimer réellement ce qu'Il est. Aussi parle-t-on – comme le fait Pseudo-Denys – d'une "théologie négative". Nous pouvons plus facilement dire ce que Dieu n'est pas, plutôt que d'exprimer ce qu'Il est véritablement. Ce n'est qu'à travers ces images que nous pouvons deviner son vrai visage, et de l'autre côté ce visage de Dieu est très concret : c'est Jésus Christ. Et bien que Denys nous montre, en suivant en cela Proclus, l'harmonie des chœurs célestes, de telle façon qu'il nous semble que tous dépendent de tous, il reste vrai que notre chemin vers Dieu demeure fort éloigné de Lui ; Pseudo-Denys nous montre que, finalement, la route vers Dieu est Dieu lui-même, Lequel se rapproche de nous en Jésus Christ.

C'est ainsi qu'une théologie tellement grande et mystérieuse devient également très concrète autant dans l'interprétation de la liturgie que dans le discours tenu sur Jésus Christ : avec tout cela, Denys l'Aréopagite eut une grande influence sur toute la théologie médiévale, sur toute la théologie mystique autant en Orient qu'en Occident, il fut presque redécouvert au treizième siècle notamment par saint Bonaventure, le grand théologien franciscain qui dans cette théologie mystique trouva le moyen conceptuel d'interpréter l'héritage tellement simple et profond de saint François : le "poverello", avec Denys, nous dit finalement que l'amour voit plus que la raison. Là où se trouve la lumière de l'amour on ne souffre plus des ténèbres de la raison ; l'amour voit, l'amour est un œil et l'expérience nous donne plus que la réflexion. Quelle que soit cette expérience, Bonaventure le vit en saint François : c'est l'expérience d'un cheminement très humble, très réaliste, jour après jour, c'est cela aller avec le Christ, en acceptant sa croix. Dans cette pauvreté et dans cette humilité, dans l'humilité que l'on éprouve également dans la vie ecclésiale, on fait une expérience de Dieu qui est plus élevée que celle que l'on atteint par la réflexion : à travers elle, nous touchons réellement le cœur de Dieu.

Il existe aujourd'hui une nouvelle actualité de Denys l'Aréopagite : il apparaît comme un grand médiateur dans le dialogue moderne entre le christianisme et les théologies mystiques de l'Asie, dont la caractéristique la plus connue est la conviction selon laquelle on ne peut pas dire qui est Dieu ; on ne peut parler de Lui que sous forme négative ; on ne peut parler de Dieu qu'avec le "ne pas", et ce n'est qu'en entrant dans cette expérience du "ne pas" qu'on Le rejoint. On voit ici une proximité entre la pensée de l'Aréopagite et celle des religions asiatiques : il peut être aujourd'hui un médiateur comme le il fut entre l'esprit grec et l'Evangile. On voit ainsi que le dialogue n'accepte pas
la superficialité. C'est justement quand quelqu'un entre dans la profondeur de la rencontre avec le Christ que s'ouvre également le vaste espace pour le dialogue. Quand quelqu'un rencontre la lumière de la vérité, on s'aperçoit qu'il est une lumière pour tous ; les polémiques disparaissent et il devient possible de se comprendre l'un l'autre ou au moins de parler l'un avec l'autre, de se rapprocher. Le chemin du dialogue est justement la proximité dans le Christ à Dieu dans la profondeur de la rencontre avec Lui, dans l'expérience de la vérité qui nous ouvre à la lumière et nous aide à aller à la rencontre des autres : la lumière de la vérité, la lumière de l'amour. Et il nous dit en fin de compte : empruntez la voie de l'expérience, de l'expérience humble de la foi, chaque jour. Le cœur devient alors grand et peut voir et illuminer également la raison pour qu'elle voie la beauté de Dieu.


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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 17:36

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 7 mai 2008.

Ce que Jésus promit aux disciples pendant les derniers jours de sa mission terrestre, comme nous venons de l'entendre dans le passage de l'Evangile, c’est l'assistance de l'Esprit Saint, qu'Il enverrait pour qu'il continue à leur faire sentir sa présence (cf. Jn 14, 16-17). Cette promesse devint une réalité quand, après la résurrection, Jésus entra au Cénacle, salua les disciples avec les paroles : "Que la paix soit avec vous" et, soufflant sur eux, dit : "Recevez l'Esprit Saint" (Jn 20, 22). Il les autorisait à remettre les péchés. L'Esprit Saint apparaît donc ici comme force du pardon des péchés, du renouveau de nos cœurs et de notre existence ; et ainsi Il renouvelle la terre et crée l'unité où se trouvait la division.

Ensuite, lors de la fête de Pentecôte, l'Esprit Saint se montre à travers d'autres signes : à travers le signe d'un vent vif, de langues de feu, et les apôtres qui parlent toutes les langues. C'est le signe que la dispersion de Babylone, fruit de l'orgueil qui sépare les hommes, est dépassée dans l'Esprit qui est charité et qui donne l'unité dans la diversité. Depuis le premier instant de son existence, l'Eglise parle toutes les langues – grâce à la force de l'Esprit Saint et aux langues de feu – et vit dans toutes les cultures, elle ne détruit rien des divers dons, des divers charismes, mais elle synthétise tout dans une grande et nouvelle unité qui réconcilie : unité et multiformité.

L'Esprit Saint, qui est la charité éternelle, le lien de l'unité dans la Trinité, unit par sa force dans la charité divine les hommes dispersés, créant ainsi la grande communauté multiforme de l'Eglise dans le monde entier. Les jours qui suivirent l'Ascension du Seigneur jusqu'au dimanche de Pentecôte, les disciples étaient réunis avec Marie au Cénacle pour prier. Ils savaient qu'ils ne pouvaient pas eux-mêmes créer, organiser l'Eglise : l'Eglise doit naître et être organisée par l'initiative divine, elle n'est pas notre créature, mais elle est un don de Dieu. Et ce n'est qu'ainsi qu'elle crée aussi l'unité, une unité qui doit croître. A chaque époque, l'Eglise – en particulier pendant ces neufs jours entre l'Ascension et la Pentecôte – s'unit spirituellement dans le Cénacle avec les Apôtres et avec Marie pour implorer sans cesse l'effusion de l'Esprit Saint. Poussée par son vent vif, elle ne craint pas d'annoncer l'Evangile jusqu'aux extrémités de la terre.


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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 13:43
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