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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 14:08

« Je voudrais demander à la communauté juive de ne pas condamner l'Eglise catholique sur des propos extrêmement minoritaires de quelqu'un qui n'a aucun statut et aucune mission dans notre Eglise. Le chemin que nous avons parcouru ensemble et qui s'ouvre devant nous est trop important pour que nous nous laissions manipuler par des ultras. »

Mgr André Vingt-Trois, Cardinal Archevêque de Paris.



Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint Pie X (in Famille Chrétienne) :

"Nous condamnons évidemment tout acte de mise à mort de l’innocent. C’est un crime qui crie contre le ciel! D’autant plus quand il s’agit d’un peuple. Nous rejetons toute accusation d’antisémitisme. Totalement et absolument. Nous rejetons toute forme d’approbation de ce qui s’est passé sous Hitler. Cela est quelque chose d’abominable. Le christianisme pousse jusqu’à un degré suprême la charité. Saint Paul, parlant des Juifs, s’exclame : ‘je désirerais être anathème pour mes frères !’ (Rom. 9,3). Les juifs sont « nos frères aînés » dans le sens où nous avons quelque chose de commun, à savoir l’ancienne Alliance. Il est vrai que la reconnaissance de la venue du Messie nous sépare.

"C
’est très intéressant de voir que l’Eglise n’a pas attendu le Concile pour donner des lignes de conduite par rapport aux Juifs
. Dès les années 30, même pendant la guerre, plusieurs textes de Rome donnent une position très juste : il faut réprouver les abominations du régime hitlérien ! « Spirituellement, nous sommes des sémites » avait dit le pape Pie XI. C’est une vérité qui vient de l’Ecriture sainte elle-même, ‘nous sommes des fils d’Abraham’ affirme encore saint Paul."

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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 00:00

Samedi 17 février 2007, le Pape Benoît XVI a effectué une visite au Séminaire romain Majeur à l’occasion de la Fête de la Vierge de la Confiance. Le Saint Père a répondu aux questions de six séminaristes. Extrait.

Question d’un séminariste du diocèse de Nicopoli :

« Très Saint-Père, en commentant le Chemin de croix de 2005 vous avez parlé des souillures qu'il existe dans l'Eglise, et dans l'homélie pour l'ordination des prêtres romains de l'année, vous nous avez mis en garde contre le risque du « carriérisme, de vouloir arriver “en haut”, de se procurer une position grâce à l'Eglise ». Comment nous situer par rapport à ces problématiques de la manière la plus sereine et la plus responsable possible ? »

Réponse du Pape
Benoît XVI :

Ce n’est pas une question facile, mais il me semble avoir déjà dit, et c'est un point important, que le Seigneur sait, il savait dès le commencement, que dans l'Eglise le péché existe aussi, et pour notre humilité il est important de reconnaître cela, et de ne pas seulement voir le péché chez les autres, dans les structures, dans les hautes responsabilités hiérarchiques, mais également en nous-mêmes, pour être ainsi plus humbles et apprendre que devant le Seigneur, la position ecclésiale ne compte pas. Ce qui compte est d'être dans son amour et de faire briller son amour.

Personnellement j'estime que, sur ce point, la prière de saint Ignace est d'une grande importance, lorsqu'il dit : « Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon entendement et toute ma volonté; tout ce que j'ai et tout ce que je possède. Vous me l'avez donné, Seigneur, je vous le rends; tout est à vous, disposez-en selon votre bon plaisir. Donnez-moi votre amour; donnez-moi votre grâce: elle me suffit ».

Cette dernière partie justement me semble très importante : comprendre que le vrai trésor de notre vie est d'être dans l'amour du Seigneur et ne jamais perdre cet amour. Alors nous sommes véritablement riches.
Un homme qui a trouvé un grand amour se sent véritablement riche et sait que cela est la véritable perle, que cela est le trésor de sa vie et non toutes les autres choses qu'il possède peut-être.

Nous avons trouvé, plus encore, nous avons été trouvés par l'amour du Seigneur, et plus nous nous laissons toucher par son amour dans la vie sacramentelle, dans la vie de prière, dans la vie du travail, du temps libre, plus nous pouvons comprendre que oui, j'ai trouvé la perle véritable, tout le reste ne compte pas, tout le reste n'est important que dans la mesure où l'amour du Seigneur m'attribue ces choses. Je ne suis riche, je ne suis réellement riche et « en haut » que si je suis dans cet amour. Trouver là le centre de la vie, la richesse. Puis laissons-nous guider, laissons la Providence décider de ce qu'elle fera de nous.

Il me vient à l'esprit une petite histoire de sainte Bakhita. Cette belle sainte africaine, qui était esclave au Soudan, puis a trouvé la foi en Italie, est devenue religieuse, et alors qu’elle était déjà âgée, l'évêque effectua une visite dans son monastère, dans sa maison religieuse. Il ne la connaissait pas. Il vit cette petite sœur africaine, déjà courbée, et il dit à Bakhita : « Mais vous, que faites-vous ma sœur ? » ; Bakhita répondit : « Je fais la même chose que vous, Excellence ». L'évêque surpris, demanda : « Mais quoi donc ? » et Bakhita répondit : « Mais Excellence, nous voulons tous deux faire la même chose, faire la volonté de Dieu ».

Cela me semble une très belle réponse. L'évêque, et la petite sœur qui ne pouvait pratiquement plus travailler, faisaient, dans des situations différentes, la même chose. Ils essayaient de faire la volonté de Dieu et ils étaient ainsi à leur juste place.

Il me vient aussi à l'esprit une parole de saint Augustin qui dit : Nous sommes tous toujours uniquement des disciples du Christ et sa chaire est la plus élevée, parce que sa chaire est la Croix et seule cette hauteur est la véritable hauteur, la communion avec le Seigneur, même dans sa Passion. Il me semble que si nous commençons à comprendre cela, dans une vie de dévouement, pour le service du Seigneur, nous pouvons nous libérer de ces tentations très humaines.



Lire le texte de la réponse du Pape Benoît XVI sur Zenit.org

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 12:23

Chers amis,

Samedi 24 janvier 2009, le Pape Benoît XVI faisait publier par la Congrégation romaine pour les évêques un décret levant les excommunications prononcées en 1988 par le Pape Jean-Paul II à l’encontre des quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X ordonnés sans autorisation pontificale par Mgr Marcel Lefebvre.

Cf. le dossier complet du schisme sur le site Jésusmarie.com

Cette décision a suscité de nombreuses réactions dans le monde entier – jusques et y compris dans l’Eglise catholique –, réactions dont la violence s’est intensifiée après que l’on ait appris que l’un des évêques de la Fraternité avait tenu publiquement des propos négationnistes sur le génocide juif durant la Seconde guerre mondiale.

Aujourd’hui, nombre d’observateurs estiment que l’Eglise traverse une très violente tempête, une « secousse » de très-très grande magnitude…

1.
Je voudrais d’abord inviter les personnes qui se déclarent indignées par la décision du Pape à se calmer. La colère n’est pas bonne conseillère. Elle n’accomplit pas ce que le Seigneur attend du juste (Jc 1. 19-20). Elle peut nous conduire à affirmer aujourd’hui des choses que nous pourrions regretter demain – et je m’adresse ici spécialement à certains jeunes auteurs qui ont commis l’imprudence de flétrir le beau nom de « catholique »…

Aussi difficile que cela puisse être, nous devons nous efforcer de surmonter notre émotion première et chercher à réfléchir sereinement ; à comprendre le sens et la portée véritable du geste du Saint Père. Nous devons pour cela retrouver le sens de la prière, de l’intimité avec Dieu. La virulence de certaines réactions au sein même de l’Eglise me paraissent trahir un manque d’intériorité chez certains fidèles, et donc : de prière. Cela est d’autant plus regrettable que nous sortons tout juste d’une semaine de prière précisément, et d’une semaine de prière pour l’unité des chrétiens ! A croire que cette semaine n’ait pas porté tous ses fruits dans le cœur des croyants…

D’une manière générale – je parle bien sûr pour les catholiques : les actes d’un Pape doivent être reçus dans un esprit de foi et de paisible confiance. Lui qui est le « doux Christ sur la terre » – selon l’expression fameuse de Sainte Catherine de Sienne –, il est le pasteur universel de toutes les Eglises, établi par Jésus-Christ lui-même. Nous devons accueillir chacun de ses actes avec bienveillance, comme un acte du Seigneur en personne, dans une humble et filiale obéissance. Si nous ne comprenons ou n’acceptons pas telle ou telle de ses initiatives, nous pouvons toujours interroger nos prêtres ou nos évêques. Mais la critique ouverte du Pape – ou d’un évêque en communion avec le Pape – est un acte grave pour un catholique, qui sape l’esprit fraternel devant régner entre chrétiens, et constitue un germe de division dont nous aurons à assumer la responsabilité devant le Seigneur de la communion et de l’unité. Cela ne signifie pas bien sûr que le Pape ou les évêques soient toujours exempts de tous reproches ! Cela signifie qu’avant de critiquer le Pape ou les évêques, il faut sans doute beaucoup réfléchir et beaucoup prier ; et qu'en tout état de cause, il convient d'agir avec douceur et respect (cf. 1 P 3. 16), en ayant l’humilité de considérer les personnes que nous critiquons supérieures à nous (cf. Phi. 2. 3).

2.
Considérons maintenant l’acte du Saint Père. Il s’agit d’une levée d’excommunication concernant quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X. Qu’entend-on par levée d’excommunication ? Contrairement à ce que beaucoup ont pu croire – sans doute abusés de bonne foi par des journalistes peu rompus au vocabulaire juridique de l’Eglise – il ne s’agit pas de réintégration ! Les quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X n'ont pas été réintégrés dans l’Eglise catholique ; ils demeurent encore à ce jour en dehors de la communion ecclésiale.

Mgr Hippolyte Simon nous aide à comprendre le sens de ces levées d'excommunications : « Pour prendre une comparaison familière, je dirai ceci : quand Mgr Lefebvre est sorti, c’est-à-dire quand il a désobéi en ordonnant quatre évêques malgré l’avis formel du Pape, c’est comme s’il y avait eu, automatiquement, une barrière qui était tombée et un feu qui s’était mis au rouge pour dire qu’il était sorti. Cela voulait dire que si, un jour, il voulait rentrer, il faudrait qu’il fasse d’abord amende honorable. Mgr Lefebvre est mort. Paix à son âme ! Aujourd’hui, ses successeurs, vingt ans après, disent au Pape : « Nous sommes prêts à reprendre le dialogue, mais il faut un geste symbolique de votre part. Levez la barrière et mettez le feu au clignotant orange ! » Le Pape, pour mettre toutes les chances du côté du dialogue, a donc levé la barrière et a mis le feu au clignotant orange. Reste à savoir maintenant si ceux qui demandent à rentrer vont le faire. Est-ce qu’ils vont rentrer tous ? Quand ? Dans quelles conditions ? On ne sait pas. »

3.
L’acte du Pape est donc comparable à une main tendue.

Après l’élection de Benoît XVI au siège pontifical, la Fraternité Saint Pie X avait exprimé son désir de renouer le dialogue avec l’Eglise catholique moyennant deux préalables : la libéralisation du Missel de 1962 et la levée des excommunications. Le Pape a répondu à cette invitation en promulguant en juillet 2007 le Motu Proprio Summorum Pontificum, puis en levant le 24 janvier dernier les excommunications pesant sur les quatre Evêques de la Fraternité. Peut-on reprocher au Saint Père de chercher à renouer le dialogue avec des frères chrétiens égarés hors de l’Eglise ? N’est-il pas dans sa mission de chercher à rassembler tous les chrétiens en un seul peuple, autour d’un seul banquet eucharistique ? N’a-t-on pas prié intensément en ce début d’année 2009 pour l’unité des chrétiens ? Cette unité, la voulons-nous vraiment ?

L’unité des chrétiens implique que soit rassemblées dans l’Unique Eglise du Christ des personnes d’origines diverses, de toutes sensibilités et de tous horizons. Sommes-nous prêts à « cohabiter » en frères avec des personnes différentes de nous, qui, tout en adhérant à la même confession de foi, n’ont pas la même manière de penser ou de vivre la foi? Voulons-nous vraiment vivre ensemble, dialoguer et rechercher les voies de l’unité, de la concorde et du respect mutuel (cf. Phi 2. 2) ? Ou bien sommes-nous de ceux qui raillons volontiers ceux qui ne sont pas comme nous, qu’il s’agisse des « charismatiques-dévisseurs-d’ampoules », des « cathos de gauche » ou des « intégristes de Saint-Nicolas-du-Chardonnet ».

La division entre chrétiens est une profonde blessure, et le plus grand frein à l’évangélisation du monde (cf. Jn 17. 23). Voilà pourquoi il est important d’y remédier, et d’encourager tous les gestes de réconciliation entre frères séparés.

Pourquoi vouloir rejeter a priori toute discussion avec la Fraternité Saint Pie X ? Parce qu’ils sont « intégristes » ? Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Que leur reproche-t-on exactement – mis à part bien sûr l’acte schismatique de 1988. D’être attachés à la Tradition ? Mais un catholique par définition est attaché à la Tradition ! D’aimer la liturgie selon le Missel de 1962 ? Mais de nombreux catholiques dans l’Eglise aiment célébrer la Messe selon l’ancien rite ! De critiquer le Concile Vatican II ? Mais Mgr Lefebvre avait signé tous les textes du Concile ! Leur critique n’est donc pas un rejet, et jusqu’à preuve du contraire, ils ne sont pas hérétiques. Dès lors, puisque nous partageons la même foi, pourquoi devrions-nous laisser perdurer plus longtemps ce scandale de la division ?

Ayant moi-même été converti en 1998, soit 10 ans après le schisme de Mgr Lefebvre, je n’ai pas vécu les déchirures et les souffrances de ce terrible évènement. Je n’ai donc, concernant la Fraternité Saint Pie X, aucune rancœur particulière, ni aucun préjugé défavorable, sinon celui lié à leur positionnement volontaire en dehors des structures de l’Eglise catholique. Mais à partir du moment où la Fraternité manifeste son intention de renouer le dialogue rompu avec Rome, je ne vois pas pour quelle raison l’Eglise devrait s’interdire d’y répondre positivement. J’ai tendance à penser pour ma part que des chrétiens amoureux de la Messe, de l’adoration eucharistique ou de la prière du Rosaire, ne peuvent pas être tout à fait mauvais. Il n’existe plus à ce jour aucun obstacle objectif à l’instauration d’un dialogue fraternel avec les « traditionalistes ».

4.
Certains estiment que le Pape fait là un bien mauvais calcul. Qu’en essayant de récupérer quelques centaines de brebis égarées, il risque d’en effaroucher un nombre bien plus important. Pis encore : qu’il risque de compromettre le travail œcuménique réalisé avec d’autres chrétiens, profondément choqués par cette initiative.

A ceci je répondrais d’abord qu’il semblerait que la main tendue aux « traditionalistes » soit plutôt bien vue par nos frères orthodoxes. Ce qui serait un bon point pour le dialogue œcuménique.

Ensuite, je dirais qu’il faut se méfier des réactions épidermiques de masse. Souvenons-nous par exemple du discours du Pape à Ratisbonne en 2006 et des violentes réactions qu’il avait suscitées dans le monde musulman. Qu’en est-il aujourd’hui du dialogue avec les musulmans ? Non seulement il n’est pas compromis, mais encore 138 intellectuels et responsables religieux venus de tous les horizons de l'islam ont récemment écrit une lettre au Pape pour l’inviter à entrer en dialogue avec eux ! Jamais, de part et d’autre, on n’avait autant exprimé le désir de se rencontrer, de se connaître et de s’aimer que depuis la conférence de Ratisbonne ! Eh bien pareillement : nous verrons dans deux ans ce qu’il en sera du dialogue œcuménique et interreligieux. Ne jugeons pas la main tendue du Pape à l’aune des premières réactions constatées parmi les croyants. Laissons les passions s’apaiser, la raison et la foi reprendre le dessus, et nous verrons bien... Ne préjugeons pas de l’issue des discussions avec la Fraternité Saint Pie X, et de ses répercussions sur l’ensemble du dialogue œcuménique. Croyons que le Seigneur bénira tous les efforts entrepris pour tendre à l’unité, et que l’Esprit Saint agira le moment venu, pour peu que les parties soient de bonne volonté.

Et puis je crois qu’il faut se départir de tout esprit de calcul et de stratégie dans notre recherche de l’unité. Ce n’est pas avec des comptes d’apothicaire que l’on fera l’unité (« si je donne tant aux protestants, je perds tant avec les orthodoxes et les traditionalistes ; et si je donne tant aux traditionalistes, je gagne tant avec les orthodoxes mais je perds tant avec les protestants… »). L’unité des chrétiens ne se trouve pas au bout de nos efforts et de nos plans savamment conçus. Elle n’est pas une œuvre à portée humaine ; elle est une grâce à demander. A vue humaine, l’unité est impossible à réaliser. Nous ne pouvons qu’y tendre et y travailler du mieux que nous pouvons. Ce qui nous appartient, ce sont les gestes d’unité que nous pouvons poser. Mais l’unité elle-même ne peut être qu’un don de Dieu. Dans cette recherche de l’unité, le Seigneur attend aussi de nous que nous comptions sur Lui, que nous faisons appel à Lui, que nous sollicitions de Lui son intervention et sa grâce, que nous croyions avec foi en l’efficacité de notre prière. Si Dieu ne veut pas faire l’unité sans nous et compte sur nos efforts, nous ne ferons pas non plus l’unité sans Dieu et le secours de sa sainte grâce.

5.
Dernière remarque. Toute l’agitation – légitime ! – autour des propos – révoltants ! – de Mgr Williamson laisse à penser que le démon aussi se manifeste en ces temps. Signe sans doute que le Pape est sur la très bonne voie ; qu’il a touché là un point « sensible »…

« A qui profite le scandale provoqué par des propos d’une telle obscénité ? »
demandait Mgr Hippolyte Simon dans sa Lettre ouverte. Aux opposants à la réconciliation bien sûr, dont semble-t-il Mgr Williamson lui-même... Mais plus encore, à celui-là même qui est désigné dans la Bible comme le « Diviseur », le « Satan ». Ne nous laissons donc pas impressionner par ses basses manœuvres – et encore moins dicter par lui notre conduite ! Réjouissons-nous bien plutôt de l’expression visible de sa colère, de sa tentative – vouée à l’échec ! – de déstabiliser l’Eglise par la technique – bien éprouvée – de l’amalgame, et opposons à ses flèches furibondes le bouclier de notre humilité, de notre foi et de notre amour pour l’Eglise et pour le Pape.

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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 00:00

Samedi dernier, 24 janvier 2009 : le Pape Benoît XVI fait publier un décret levant les excommunications des quatre évêques de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, irrégulièrement ordonnés par Mgr Lefebvre à Ecône dans le Valais suisse (diocèse de Sion), le 30 juin 1988.

Que penser de cette initiative du Pape? Quel est le sens et la réelle portée de ce geste? Faut-il s'en réjouir ou bien s'en inquiéter? Mgr Nicolas Brouwer, évêque auxiliaire de Nanterre et Gérard Leclerc, journaliste et éditorialiste à France Catholique, tentent de nous éclairer en répondant aux questions de Louis Daufresne, sur Radio Notre Dame - à noter également : l'intervention téléphonique de M. l'abbé Alain Lorans, porte-parole de la Fraternité Saint Pie X.

[A lire également sur le sujet la Lettre ouverte à ceux qui veulent bien réfléchir de Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont.]


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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 12:21

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de la concélébration eucharistique avec les nouveaux cardinaux – au cours de laquelle leur fut remise l’anneau cardinalice, le 25 novembre 2007.

Messieurs les Cardinaux,
vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Mesdames et messieurs,
chers frères et sœurs!

(…) La fête liturgique du Christ Roi offre à notre célébration un fond très significatif, défini et illuminé par les lectures bibliques. Nous nous trouvons comme face à une fresque imposante composée de trois grandes scènes : au centre, la Crucifixion, selon le récit de l'évangéliste Luc; avec d'un côté, l'onction royale de David par les anciens d'Israël ; de l'autre, l'hymne christologique par laquelle saint Paul introduit la Lettre aux Colossiens.
La figure du Christ domine l'ensemble, l'unique Seigneur devant lequel nous sommes tous frères. Toute la hiérarchie de l'Eglise, chaque charisme et ministère, tout et tous, nous sommes au service de sa grandeur.

Nous devons partir de l'événement central :
la Croix. Le Christ manifeste ici sa royauté singulière. Sur le Calvaire, deux attitudes opposées sont confrontées. Plusieurs personnages au pied de la croix, ainsi que l'un des deux larrons, s'adressent avec mépris au Crucifié : Si tu es le Christ, le Roi Messie – disent-ils –, sauve-toi toi-même et descends de la potence. Jésus, en revanche, révèle sa gloire en demeurant là, sur la Croix, comme Agneau immolé. D'une manière inattendue, l'autre larron se range de son côté et confesse implicitement la royauté du juste innocent et implore : "Souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton royaume" (Lc 23, 42). Saint Cyrille d'Alexandrie commente : "Tu le vois crucifié et tu l'appelles roi. Tu crois que celui qui supporte les railleries et la souffrance parviendra à la gloire divine" (Commentaire de Luc, homélie 153). Selon l'évangéliste Jean, la gloire divine est déjà présente, bien que cachée et défigurée par la Croix. Mais dans le langage de Luc aussi le futur est anticipé dans le présent quand Jésus promet au bon larron : "Aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis" (Lc 23, 43). Saint Ambroise observe : "Celui-là priait pour que le Seigneur se rappelât de lui, une fois entré dans son Royaume, mais le Seigneur lui répondit : en vérité, en vérité je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis. La vie consiste à demeurer avec le Christ, car là où est le Christ, là est le Royaume" (Démonstration de l'Evangile selon Luc, 10, 121). L'accusation : "Celui-là est le roi des Juifs", inscrite sur un écriteau cloué au-dessus de la tête de Jésus, devient ainsi la proclamation de la vérité. Saint Ambroise fait encore remarquer : "A juste titre l'inscription se trouve au-dessus de la croix, car bien que le Seigneur fût en croix, toutefois il resplendissait du haut de la croix avec une majesté royale" (ibid., 10, 113).

Dans les quatre Evangiles, la scène de la crucifixion constitue le moment de la vérité, lorsque le "voile du temple" se déchire et qu'apparaît le Saint des Saints.
En Jésus crucifié advient la plus haute révélation possible de Dieu en ce monde, car Dieu est amour et la mort sur la croix de Jésus est le plus grand acte d'amour de toute l'histoire. Or, sur l'anneau cardinalice, que je remettrai d'ici peu aux nouveaux membres du sacré Collège, la crucifixion est précisément représentée. Ceci, chers Frères nouveaux Cardinaux, sera toujours pour vous une invitation à vous souvenir de quel Roi vous êtes les serviteurs, sur quel trône il a été élevé et de la façon dont il a été fidèle jusqu'à la fin pour vaincre le péché et la mort par la force de la miséricorde divine. Notre mère l'Eglise, épouse du Christ, vous donne ce signe en mémoire de son Epoux, qui l'a aimée et qui s'est livré lui-même pour elle (cf. Ep 5, 25). Ainsi, en portant l'anneau cardinalice, vous êtes constamment invités à vous souvenir de donner votre vie pour l'Eglise.

Si nous tournons maintenant notre regard vers la scène de l'onction royale de David, présentée par la première lecture, nous sommes frappés par un aspect important de la royauté, à savoir sa dimension "corporative". Les anciens d'Israël vont à Hébron, scellent un pacte d'alliance avec David, en déclarant se considérer unis à lui et ne vouloir former qu'un avec lui. Si nous rapportons cette figure au Christ, il me semble que cette même profession d'alliance se prête très bien à être faite par vous précisément, chers Frères Cardinaux. Vous aussi, qui formez le "sénat" de l'Eglise, vous pouvez dire à Jésus : "Nous sommes de tes os et de ta chair" (2 S 5, 1). Nous T'appartenons et nous ne voulons former qu'un avec Toi. Tu es le berger du Peuple de Dieu, Tu es le chef de l'Eglise (cf. 2 S 5, 2). Au cours de cette célébration eucharistique solennelle, nous voulons renouveler notre pacte avec Toi, notre amitié, car ce n'est que dans cette relation intime et profonde avec Toi, Jésus notre Roi et Seigneur, que la dignité qui nous a été conférée et la responsabilité qu'elle comporte prennent leur sens et leur valeur.

Il nous reste maintenant à admirer la troisième partie du "triptyque" devant lequel nous place la Parole de Dieu : l'hymne christologique de la Lettre aux Colossiens. Avant tout, faisons nôtre le sentiment de joie et de gratitude d'où elle jaillit (…). Cette action de grâce ouvre l'esprit de saint Paul à la contemplation du Christ et de son mystère dans ses deux dimensions principales : la Création de toutes les choses et leur réconciliation. Pour le premier aspect, la grandeur du Christ consiste dans le fait que "c'est en lui qu'ont été créées toutes choses... et pour lui.... et tout subsiste en lui" (Col 1, 16). La seconde dimension est centrée sur le mystère pascal : par la mort du Fils sur la Croix, Dieu s'est réconcilié toute créature, il a fait la paix entre le ciel et la terre ; en le ressuscitant d'entre les morts, il en a fait la prémisse de la nouvelle création, "plénitude" de toute réalité et "tête du corps" mystique qu'est l'Eglise (cf. Col 1, 18-20).
Nous sommes à nouveau devant la Croix, événement central du mystère du Christ. Dans la vision paulinienne, la Croix est encadrée à l'intérieur de l'ensemble de l'économie du salut, où la royauté de Jésus se déploie dans toute son ampleur cosmique.

Ce texte de l'Apôtre exprime une synthèse de vérité et de foi si puissante que nous ne pouvons pas ne pas être profondément admiratifs.
L'Eglise est dépositaire du mystère du Christ : elle l'est en toute humilité et sans ombre d'orgueil ou d'arrogance, car il s'agit du don le plus élevé qu'elle a reçu sans aucun mérite et qu'elle est appelée à offrir gratuitement à l'humanité de chaque époque, comme horizon de sens et de salut. Ce n'est pas une philosophie, ce n'est pas une gnose, bien qu'elle comprenne aussi la sagesse et la connaissance. C'est le mystère du Christ ; c'est le Christ lui-même, le Logos incarné, mort et ressuscité, constitué Roi de l'univers. Comment ne pas éprouver un élan d'enthousiasme rempli de gratitude pour avoir été admis à contempler la splendeur de cette Révélation? Comment ne pas ressentir en même temps la joie et la responsabilité de servir ce Roi, de témoigner de sa grandeur par la vie et par la parole? Tel est, de façon particulière, notre devoir, vénérés Frères Cardinaux : annoncer au monde la vérité du Christ, espérance pour chaque homme et pour la famille humaine tout entière (…).

En conclusion, étroitement lié à cette mission, se trouve un aspect que je voudrais aborder et confier à votre prière : la paix entre tous les disciples du Christ, comme signe de la paix que Jésus est venu instaurer dans le monde. Nous avons écouté dans l'hymne christologique la grande nouvelle : il a plu à Dieu de "réconcilier" l'univers par la croix du Christ (cf. Col 1, 20)! Eh bien, l'Eglise est cette portion d'humanité où se manifeste déjà la royauté du Christ, dont la paix est la manifestation privilégiée. C'est la Jérusalem nouvelle, encore imparfaite car pèlerine dans l'histoire, mais en mesure d'anticiper, en quelque sorte, la Jérusalem céleste (…). Selon une étymologie populaire, Jérusalem était interprétée comme la "cité de la paix", cette paix que le Messie, fils de David, aurait instaurée dans la plénitude des temps. En Jérusalem, nous reconnaissons la figure de l'Eglise, sacrement du Christ et de son Royaume.

Chers Frères Cardinaux (…), vous avez consacré votre vie au service de l'Eglise et vous êtes désormais appelés à assumer en elle une tâche d'une plus haute responsabilité (…). Que la prière pour la paix et l'unité constitue votre première et principale mission, afin que l'Eglise soit "ferme et compacte" (v. 3), signe et instrument d'unité pour tout le genre humain (cf. Lumen gentium, n. 1).


Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI
 

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 19:06

Extrait de l’homélie du Pape Benoît XVI prononcée lors du Consistoire public qui s’est tenu le 24 novembre 2007 au Vatican.




Messieurs les Cardinaux,
Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs!




Dans cette Basilique vaticane, cœur du monde chrétien, se renouvelle aujourd'hui un événement ecclésial significatif et solennel : le Consistoire ordinaire public pour la création de 23 nouveaux Cardinaux, avec l'imposition de la barrette et l'assignation du titre. C'est un événement qui suscite à chaque fois une émotion particulière, et pas seulement chez ceux qui, à travers ces rites, sont admis à faire partie du Collège cardinalice, mais dans toute l'Eglise, heureuse de ce signe éloquent de l'unité catholique. Dans sa structure, la cérémonie elle-même met en évidence la valeur de la tâche que les nouveaux Cardinaux sont appelés à accomplir en collaborant étroitement avec le Successeur de Pierre, et elle invite le peuple de Dieu à prier afin que, dans leur service, ces frères restent toujours fidèles au Christ, jusqu'au sacrifice de la vie si nécessaire, et qu'ils se laissent guider uniquement par son Evangile. Nous nous rassemblons donc avec foi autour d'eux et nous élevons avant tout vers le Seigneur notre prière d'action de grâce.

Chers frères, dans ce climat de joie et d'intense spiritualité, je salue avec affection chacun de vous, qui à partir d'aujourd'hui êtes membres du Collège cardinalice, choisis pour être, selon une antique institution, les plus proches conseillers et collaborateurs du Successeur de Pierre dans la direction de l'Eglise (…).
La célébration du Consistoire est toujours une occasion providentielle pour offrir urbi et orbi, à la ville de Rome et au monde entier, le témoignage de cette singulière unité qui rassemble les Cardinaux autour du pape, Evêque de Rome (…).

Chers frères, la célébration d'aujourd'hui vous insère de plein droit dans la vénérable Eglise de Rome, dont le Successeur de Pierre est le Pasteur.
Dans le Collège des Cardinaux revit ainsi l'antique presbyterium de l'Evêque de Rome, dont les membres, alors qu'ils exerçaient des fonctions pastorales et liturgiques dans les différentes églises, ne lui faisaient pas manquer leur précieuse collaboration en ce qui concerne l'accomplissement des devoirs liés à son ministère apostolique universel. Les temps ont changé et la grande famille des disciples du Christ est aujourd'hui présente sur chaque continent jusqu'aux lieux les plus reculés de la terre, elle parle pratiquement toute les langues du monde et des peuples de chaque culture lui appartiennent. La diversité des membres du Collège cardinalice, que ce soit en raison de leur origine géographique ou culturelle, met en relief cette croissance providentielle et souligne dans le même temps les exigences pastorales différentes auxquelles le Pape doit répondre. L'universalité, la catholicité de l'Eglise se reflète donc bien dans la composition du Collège des Cardinaux : un grand nombre d'entre eux sont pasteurs de communautés diocésaines, d'autres sont au service direct du Siège apostolique, et d'autres encore ont rendu des services méritoires dans des domaines pastoraux spécifiques.

Chers et vénérés frères qui venez d'être créés Cardinaux, chacun de vous représente donc une partie du Corps mystique articulé du Christ, qui est l'Eglise présente en chaque lieu.
Je sais combien de fatigue et de sacrifice comporte aujourd'hui le soin des âmes, mais je connais la générosité qui soutient votre activité apostolique quotidienne. C'est pourquoi, en la circonstance que nous vivons, j'ai à cœur de vous réaffirmer ma sincère appréciation pour le service que vous avez fidèlement prêté au cours de tant d'années de travail dans les différents milieux du ministère ecclésial, un service qu'à présent, avec l'élévation au cardinalat, vous êtes appelés à accomplir avec une plus grande responsabilité encore, en étroite communion avec l'Evêque de Rome (…).

Nous venons d'entendre la Parole de Dieu qui nous aide à mieux comprendre le moment solennel que nous vivons. Dans le passage évangélique, Jésus vient de rappeler pour la troisième fois le sort qui l'attend à Jérusalem, mais l'arrivisme des disciples l'emporte sur la peur qui les avait assaillis l'espace d'un instant. Après la confession de Pierre à Césarée et la discussion le long de la route sur lequel d'entre eux était le plus grand, l'ambition pousse les fils de Zébédée à revendiquer pour eux-mêmes les meilleures places dans le royaume messianique, à la fin des temps. Dans la course aux privilèges, tous les deux savent ce qu'ils veulent, ainsi que les dix autres, malgré leur "vertueuse" indignation. Mais en réalité ils ne savent pas ce qu'ils demandent. C'est Jésus qui le leur fait comprendre, en parlant en des termes bien différents du "ministère" qui les attend. Il corrige la conception édulcorée du mérite qu'ils ont, selon laquelle l'homme peut acquérir des droits à l'égard de Dieu.

Chers et vénérés frères, l'évangéliste Marc nous rappelle que chaque véritable disciple du Christ ne peut aspirer qu'à une seule chose : partager sa Passion, sans revendiquer aucune récompense. Le chrétien est appelé à assumer la condition de "serviteur" en suivant les traces de Jésus, c'est-à-dire en donnant sa vie pour les autres de manière gratuite et désintéressée. Ce n'est pas la recherche du pouvoir et du succès, mais l'humble don de soi pour le bien de l'Eglise qui doit caractériser chacun de nos gestes et chacune de nos paroles. En effet, la véritable grandeur chrétienne ne consiste pas à dominer, mais à servir. Jésus répète aujourd'hui à chacun de nous qu'Il "n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour une multitude" (Mc 10, 45). Voilà l'idéal qui doit orienter votre service.

Chers frères, en entrant dans le Collège des Cardinaux, le Seigneur vous demande le service de l'amour et il vous le confie : amour pour Dieu, amour pour son Eglise, amour pour nos frères dans le plus grand et inconditionnel dévouement usque ad sanguinis effusionem, comme le récite la formule pour l'imposition de la barrette et comme le montre la couleur rouge des vêtements que vous portez.

Soyez les apôtres de Dieu qui est Amour et les témoins de l'espérance évangélique : c'est ce que le peuple chrétien attend de vous. La cérémonie d'aujourd'hui souligne la grande responsabilité qui, à cet égard, pèse sur chacun de vous, vénérés et chers frères, et qui trouve confirmation dans les paroles de l'apôtre Pierre que nous venons d'entendre : "Sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous" (1 P 3, 15). Une telle responsabilité n'exempte pas des risques mais, rappelle encore saint Pierre, "mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si telle était la volonté de Dieu, qu'en faisant le mal" (1 P 3, 17). Le Christ vous demande de confesser devant les hommes sa vérité, d'embrasser et de partager sa cause et d'accomplir tout cela "avec douceur et respect, en possession d'une bonne conscience" (1 P 3, 15-16), c'est-à-dire avec cette humilité intérieure qui est le fruit de la coopération avec la grâce de Dieu.


Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 12:24

Voici le texte (que nous publions quasi-intégralement compte tenu de sa portée historique) du discours que le Pape Benoît XVI aurait dû prononcer à l'Université "La Sapienza" de Rome, le 17 janvier 2008 – la visite a finalement été annulée le 15 janvier 2008, suite à des manifestations d'étudiants et d'enseignants contre la venue du Saint Père.


M. le Recteur Magnifique,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Autorités politiques et civiles,
Illustres professeurs et membres du personnel technique et administratif,
Chers jeunes étudiants!

C'est pour moi un motif de profonde joie de rencontrer la communauté de la "Sapienza - Université de Rome", à l'occasion de l'inauguration de l'Année académique. Depuis des siècles, cette université marque le chemin et la vie de la ville de Rome, faisant fructifier les meilleures énergies intellectuelles dans tous les domaines du savoir. Que ce soit à l'époque où, après sa fondation voulue par le Pape Boniface VIII, l'institution dépendait directement de l'Autorité ecclésiastique, ou par la suite, lorsque le Studium Urbis s'est développé comme institution de l'Etat italien, votre communauté universitaire a conservé un haut niveau scientifique et culturel, qui l'inscrit parmi les universités les plus prestigieuses du monde.
L'Eglise de Rome regarde depuis toujours avec sympathie et admiration ce centre universitaire, reconnaissant son engagement, parfois difficile et laborieux, dans la recherche et pour la formation des nouvelles générations (…).

Je suis heureux aujourd'hui d'exprimer ma gratitude pour l'invitation qui m'a été adressée à venir dans votre université pour y tenir une leçon. Dans cette perspective, je me suis tout d'abord posé la question :
Que peut et que doit dire un Pape en une telle occasion? Dans ma leçon à Ratisbonne, j'ai bien sûr parlé en tant que Pape, mais j'ai surtout parlé en qualité d'ancien professeur de cette université qui fut la mienne, en cherchant à relier souvenirs et actualité. A l'université de la "Sapienza", l'antique université de Rome, je suis cependant invité en tant qu'Evêque de Rome, et je dois donc parler comme tel. Certes, la "Sapienza" était autrefois l'université du Pape, mais aujourd'hui c'est une université laïque avec l'autonomie qui, en fonction du concept même de sa fondation, a toujours fait partie de la nature de l'Université, laquelle doit être exclusivement liée à l'autorité de la vérité. C'est dans sa liberté à l'égard de toute autorité politique et ecclésiastique que l'Université trouve sa fonction particulière, même pour la société moderne, qui a besoin d'une institution de ce genre.

Je reviens à ma question de départ : Que peut et que doit dire le Pape au cours de la rencontre avec l'université de sa ville? En réfléchissant à cette question, il m'a semblé qu'elle en contenait deux autres, dont l'éclaircissement devrait à lui seul conduire à la réponse. En effet,
il faut se demander : Quelle est la nature et la mission de la papauté? Et encore : Quelle est la nature et la mission de l'Université? Je ne voudrais pas, en ce lieu, vous retenir par de longs discours sur la nature de la papauté. Une brève explication suffira. Le Pape est tout d'abord l'Evêque de Rome et, comme tel, en vertu de la succession de l'Apôtre Pierre, il a une responsabilité épiscopale à l'égard de l'Eglise catholique tout entière. Le terme "évêque-episkopos" qui, dans sa première signification, renvoie à l'idée de "surveillant", a déjà été assimilé, dans le Nouveau Testament, au concept biblique de Pasteur : il est celui qui, d'un point d'observation élevé, a une vision d'ensemble, s'assurant du juste chemin et de la cohésion de l'ensemble. En ce sens, la tâche ainsi définie oriente tout d'abord le regard vers l'intérieur de la communauté des croyants. L'Evêque – le Pasteur – est l'homme qui prend soin de cette communauté ; celui qui la maintient unie, la gardant sur le chemin vers Dieu, chemin qui, selon la foi chrétienne, est montré par Jésus – et non seulement montré : pour nous, Il est lui-même le chemin. Mais cette communauté, dont l'Evêque prend soin – qu'elle soit grande ou petite – vit dans le monde ; ses conditions, son chemin, son exemple et sa parole influent inévitablement sur la totalité de la communauté humaine. Plus elle est importante, plus ses bonnes conditions ou sa dégradation éventuelle se répercuteront sur l'ensemble de l'humanité. Nous voyons aujourd'hui très clairement de quelle manière les conditions des religions et la situation de l'Eglise – ses crises et ses renouveaux – agissent sur l'ensemble de l'humanité. De ce fait, le Pape, précisément comme Pasteur de sa communauté, est également devenu toujours plus une voix de la raison éthique de l'humanité.

Une objection apparaît cependant immédiatement : le Pape, de fait, ne parlerait pas vraiment en fonction de la raison éthique, mais tirerait ses jugements de la foi et ne pourrait donc pas prétendre qu'ils soient valables pour ceux qui ne partagent pas cette foi. Nous devrons encore revenir sur ce thème, car c'est la question absolument fondamentale qui est posée là : Qu'est-ce que la raison? Comment une affirmation – surtout une norme morale – peut-elle se démontrer "raisonnable"? Ici, je ne voudrais pour le moment que brièvement observer que John Rawls, bien que niant à des doctrines religieuses compréhensives le caractère de la raison "publique", voit toutefois dans leur raison "non publique" au moins une raison qui ne pourrait pas, au nom d'une rationalité endurcie par le sécularisme, être simplement méconnue par ceux qui la soutiennent. Il voit un critère de cet aspect raisonnable, entre autres, dans le fait que de telles doctrines découlent d'une tradition responsable et motivée, à partir de laquelle au fil du temps ont été développées des argumentations suffisamment valables pour soutenir la doctrine relative. Dans cette affirmation, il me semble important de reconnaître que l'expérience et la démonstration au long des générations, ainsi que le fonds historique de la sagesse humaine, sont également un signe de son caractère raisonnable et de sa signification durable. Face à une raison a-historique qui cherche à se construire toute seule uniquement dans une rationalité a-historique, la sagesse de l'humanité comme telle – la sagesse des grandes traditions religieuses – est à valoriser comme une réalité que l'on ne peut pas impunément jeter au panier de l'histoire des idées.

Revenons à la question de départ. Le Pape parle comme le représentant d'une communauté de croyants dans laquelle, au cours des siècles de son existence, a mûri une sagesse déterminée de la vie ; il parle comme le représentant d'une communauté qui conserve en elle-même un trésor de connaissance et d'expérience éthiques, qui est important pour l'humanité tout entière : en ce sens, il parle comme le représentant d'une raison éthique.

Mais on doit alors se demander : Qu'est-ce que l'Université? Quelle est sa tâche? C'est une question immense, à laquelle, encore une fois, je ne peux répondre qu'en style presque télégraphique, avec quelques observations. On peut dire, je pense, que la véritable et profonde origine de l'Université se trouve dans la soif de connaissance qui est le propre de l'homme. Il veut connaître la nature de tout ce qui l'entoure. Il veut la vérité. Dans ce sens, on peut voir dans l'interrogation de Socrate l'impulsion qui vit naître l'Université occidentale. Je pense, par exemple – pour ne mentionner qu'un texte – au dialogue avec Euthyphron, qui, face, à Socrate défend la religion mythique et sa dévotion. Socrate oppose à ce point de vue la question suivante : "Tu crois sérieusement qu'entre les dieux il y a des querelles, des haines, des combats... Euthyphron, devons-nous recevoir toutes ces choses comme bonnes?" (6 b.c). Dans cette question apparemment peu pieuse – qui chez Socrate découlait cependant d'une religiosité plus profonde et plus pure, de la recherche du Dieu vraiment divin – les chrétiens des premiers siècles se sont reconnus eux-mêmes, ainsi que leur démarche. Ils ont accueilli leur foi non de manière positiviste, ou comme une issue à des désirs non satisfaits ; ils l'ont comprise comme la dissipation du brouillard de la religion mythologique, pour faire place à la découverte du Dieu qui est Raison créatrice et, dans le même temps, Raison-Amour. C'est pourquoi, la raison qui s'interroge sur le Dieu le plus grand, ainsi que sur la véritable nature et le véritable sens de l'être humain, était pour eux non une forme problématique d'absence de religiosité, mais qu'elle faisait partie de l'essence de leur façon d'être religieux. Ils n'avaient donc pas besoin de répondre à l'interrogation socratique, ou de la mettre de côté, mais ils pouvaient et devaient même accueillir et reconnaître comme une partie de leur identité la recherche difficile de la raison, pour parvenir à la connaissance de la vérité tout entière. C'est ainsi que pouvait et devait même naître dans le cadre de la foi chrétienne, dans le monde chrétien, l'Université.

Il est nécessaire d'accomplir un pas supplémentaire.
L'homme veut connaître – il veut la vérité. La vérité est avant tout un élément en relation avec le fait de voir, de comprendre, avec la theoría, comme l'appelle la tradition grecque. Mais la vérité n'est jamais seulement théorique. En établissant une corrélation entre les Béatitudes du Discours sur la Montagne et les dons de l'Esprit mentionnés dans Isaïe 11, Augustin a affirmé une réciprocité entre "scientia" et "tristitia" : le simple savoir, dit-il, rend triste. Et de fait, celui qui voit et qui apprend seulement tout ce qui survient dans le monde finit par devenir triste. Mais la vérité signifie davantage que le savoir : la connaissance de la vérité a pour objectif la connaissance du bien. Tel est également le sens de l'interrogation socratique : Quel est le bien qui nous rend vrais? La vérité nous rend bons, et la bonté est vraie : tel est l'optimisme qui est contenu dans la foi chrétienne, car à celle-ci a été accordée la vision du Logos, de la Raison créatrice qui, dans l'incarnation de Dieu, s'est en même temps révélée comme le Bien, comme la Bonté elle-même.

Dans la théologie médiévale, il y eut un débat approfondi sur le rapport entre théorie et pratique, sur la juste relation entre connaître et agir – un débat que nous ne devons pas développer ici. De fait, l'Université médiévale avec ses quatre Facultés comporte cette corrélation. Commençons par la Faculté qui, selon la conception de l'époque, était la quatrième, la Faculté de médecine. Même si elle était considérée davantage comme un "art" que comme une science, toutefois, son inscription dans le monde de l'universitas signifiait clairement qu'elle s'inscrivait dans le cadre de la rationalité, que l'art de soigner était sous la conduite de la raison et se trouvait soustrait au domaine de la magie. Soigner est une tâche qui requiert toujours davantage que la simple raison, mais c'est précisément pour cela qu'il y a une connexion entre savoir et pouvoir, que le soin appartient à la sphère de la ratio.

Inévitablement apparaît la question de la relation entre théorie et pratique, entre connaissance et action dans la
Faculté de droit. Il s'agit de donner une juste forme à la liberté humaine, qui est toujours liberté dans la communion réciproque : le droit est le présupposé de la liberté et non son opposé. Mais se pose immédiatement la question : comment définir les critères de la justice qui rendent possible une liberté vécue ensemble et qui permettent à l'homme d'être bon ? A ce point il nous faut revenir au présent : comment peut être trouvée une norme juridique qui constitue une hiérarchisation de la liberté, de la dignité humaine et des droits de l'homme ? C'est la question qui nous intéresse aujourd'hui dans les processus démocratiques de formation de l'opinion et qui dans le même temps nous angoisse comme une question pour l'avenir de l'humanité. Jürgen Habermas exprime, selon moi, un vaste consensus de la pensée actuelle, lorsqu'il dit que la légitimité d'une charte constitutionnelle, en tant que présupposé de la légalité, découlerait de deux sources : de la participation politique égalitaire de tous les citoyens et, d'autre part, de la forme raisonnable qui voit la résolution des oppositions politiques. En ce qui concerne cette "forme raisonnable", Habermas note qu'elle ne peut pas être une simple bataille en vue de majorités arithmétiques, mais qu'elle doit se caractériser comme un "processus d'argumentation sensible à la vérité" (wahrheitssensibles Argumentationsverfahren). C'est une belle formule, mais c'est quelque chose d'extrêmement difficile à réaliser dans une pratique politique. Les représentants de ce "processus d'argumentation" public sont – nous le savons – principalement les partis en tant que responsables de la formation de la volonté politique. En effet, ils auront immanquablement en vue tout particulièrement l'obtention de majorités et ainsi ils ne prendront en compte presque inévitablement que des intérêts qu'ils promettent de satisfaire ; toutefois ces intérêts sont souvent particuliers et ne sont pas véritablement au service de l'ensemble. La sensibilité pour la vérité est toujours à nouveau remplacée par la sensibilité pour les intérêts. Je trouve significatif qu'Habermas parle de la sensibilité pour la vérité comme d'un élément nécessaire dans le processus d'argumentation politique, en réinscrivant ainsi le concept de vérité dans le débat philosophique et dans le débat politique.

Mais alors, la question de Pilate devient inévitable :
Qu'est-ce que la vérité? Et comment la reconnaît-on? Si pour cela on renvoie à la "raison publique", comme le fait Rawls, il s'ensuit nécessairement aussi la question : Qu'est-ce qui est raisonnable? Comment démontre-t-on qu'une raison est une raison vraie? Dans tous les cas, il devient à partir de là évident que, dans la recherche du droit à la liberté, à la vérité de la juste convivialité, il faut écouter des instances différentes des partis ou de groupes d'intérêts, sans pour cela vouloir le moins du monde contester leur importance. Nous revenons ainsi à la structure de l'Université médiévale.

A côté de la Faculté de droit, on trouve les
Facultés de philosophie et de théologie, auxquelles était confiée la recherche sur "l'être homme" dans sa totalité et avec celle-ci le devoir de conserver vivante la sensibilité pour la vérité. On pourrait même dire que c'est la fonction permanente et véritable de ces deux Facultés : être les gardiennes de la sensibilité pour la vérité, empêcher que l'homme s'éloigne de la recherche de la vérité. Mais comment peuvent-elles remplir cette tâche? Il s'agit d'une question sur laquelle il faut toujours se pencher à nouveau et qui n'est jamais posée ni résolue de manière définitive. Ainsi, je ne peux pas ici proposer véritablement une réponse, mais plutôt inviter à demeurer en chemin avec cette question – en chemin avec les grands qui au fil de l'histoire, ont lutté et cherché, par leurs réponses et leur inquiétude pour la vérité, renvoyant continuellement au-delà de toute réponse particulière.

Théologie et philosophie forment en cela un couple original, dans lequel aucune des deux ne peut être totalement détachée de l'autre et, où chacune doit cependant conserver sa propre tâche et sa propre identité.
Le mérite historique en revient à saint Thomas d'Aquin qui, face aux différentes réponses des Pères en raison des contextes historiques a mis en lumière l'autonomie de la philosophie et, avec elle, le droit et la responsabilité propres de la raison qui s'interroge en s'appuyant sur ses forces. Se différenciant des philosophies néoplatoniciennes, où la religion et la philosophie s'interpénétraient de manière inséparable, les Pères avaient présenté la foi chrétienne comme la vraie philosophie, soulignant également que cette foi correspond aux exigences de la raison en recherche de vérité ; que la foi est le "oui" à la vérité, par rapport aux religions mythiques devenues une simple habitude. Mais, au moment de la naissance de l'Université, ces religions n'existaient plus en Occident ; il n'y avait que le christianisme, et il fallait donc souligner de manière nouvelle la responsabilité propre de la raison, qui ne disparaît pas dans la foi. Saint Thomas oeuvra à un moment privilégié : pour la première fois les écrits philosophiques d'Aristote étaient accessibles dans leur intégralité ; les philosophies juives et arabes étaient présentes comme des appropriations et des prolongements spécifiques de la philosophie grecque. Ainsi le christianisme, dans un nouveau dialogue avec la raison d'autrui, qu'il rencontrait, dut lutter pour son propre caractère raisonnable. La Faculté de philosophie que l'on appelait la "Faculté des artistes" et qui, jusqu'alors, n'avait été qu'une propédeutique à la théologie, devint une véritable Faculté, un partenaire autonome de la théologie et de la foi qui se réfléchissait en elle. Nous ne pouvons pas approfondir ici le débat passionnant qui en découla. Je dirais que l'idée de saint Thomas sur le rapport entre philosophie et théologie pourrait être exprimée dans la formule trouvée par le Concile de Chalcédoine pour la christologie : philosophie et théologie doivent entretenir entre elles des relations "sans confusion et sans séparation". "Sans confusion" signifie que chacune des deux doit conserver son identité. La philosophie doit rester véritablement une recherche de la raison dans sa liberté et dans sa responsabilité ; elle doit voir ses limites et précisément ainsi sa grandeur et son étendue. La théologie doit continuer à puiser dans un trésor de connaissance qu'elle n'a pas inventée elle-même, qui la dépasse toujours et qui, ne pouvant jamais totalement s'épuiser dans la réflexion, engage précisément pour cela toujours de nouveau la pensée. Avec le "sans confusion" s'applique également le "sans séparation" : la philosophie ne part pas chaque fois du point zéro du sujet pensant, de manière isolée, mais elle s'inscrit dans le grand dialogue du savoir historique, qu'elle accueille et développe toujours à nouveau, de façon à la fois critique et docile ; mais elle ne doit pas non plus se fermer à ce que les religions et en particulier la foi chrétienne ont reçu et donné à l'humanité comme indication du chemin. Au cours de l'histoire, des choses dites par des théologiens ou encore traduites dans la pratique par les autorités ecclésiales se sont révélées historiquement fausses et nous déconcertent aujourd'hui. Mais, dans le même temps, il est vrai que l'histoire des saints, l'histoire de l'humanisme qui a grandi à partir de la foi chrétienne, démontrent la vérité de la foi en son noyau essentiel, en en faisant ainsi également un élément pour la raison publique. Bien sûr, beaucoup de ce que disent la théologie et la foi ne peut être approprié qu'à l'intérieur de la foi et ne peut donc pas se présenter comme une exigence pour ceux auxquels cette foi demeure inaccessible. Mais dans le même temps, il est vrai que le message de la foi chrétienne n'est jamais seulement une "comprehensive religious doctrine" au sens où l'entend Rawls, mais encore une force purificatrice pour la raison elle-même, qu'elle aide à être toujours davantage elle-même. Le message chrétien, en vertu de son origine, devrait toujours être un encouragement en vue la vérité et une force contre la pression du pouvoir et des intérêts.

Or, jusqu'à présent, j'ai uniquement parlé de l'Université médiévale, en tentant toutefois de laisser transparaître la nature permanente de l'Université et de sa tâche. A l'époque moderne, se sont ouvertes de nouvelles dimensions du savoir, qui sont mises en valeur dans l'Université, surtout dans deux grands domaines : tout d'abord dans les sciences naturelles, qui se sont développées à partir de la connexion entre l'expérimentation et une rationalité présupposée de la matière ; en second lieu, dans les sciences historiques et humanistes, où l'homme, en scrutant le miroir de son histoire et en éclairant les dimensions de sa nature, cherche à mieux se comprendre lui-même. Dans ce développement s'est ouverte à l'humanité non seulement une mesure immense de savoir et de pouvoir ; mais la connaissance et la reconnaissance des droits et de la dignité de l'homme ont également grandi, et nous ne pouvons que nous en réjouir. Toutefois le chemin de l'homme ne peut jamais se dire achevé et le danger de la chute dans le manque d'humanité n'est jamais tout simplement conjuré : nous le voyons bien dans le panorama de l'histoire actuelle! Le danger pour le monde occidental – pour ne parler que de lui – est aujourd'hui que l'homme, eu égard à la grandeur de son savoir et de son pouvoir, ne baisse les bras face à la question de la vérité. Et cela signifierait en même temps que la raison, en définitive, se plierait face à la pression des intérêts et à l'attraction de l'utilité, contrainte à la reconnaître comme critère ultime. Du point de vue de la structure de l'Université, il existe un danger que la philosophie, ne se sentant plus en mesure de remplir son véritable devoir, ne se dégrade en positivisme ; que la théologie avec son message adressé à la raison soit confinée dans la sphère privée d'un groupe plus ou moins grand. Toutefois, si la raison – inquiète de sa pureté présumée – devient sourde au grand message qui lui vient de la foi chrétienne et de sa sagesse, elle se dessèche comme un arbre dont les racines n'atteignent plus les eaux qui lui donnent la vie. Elle perd le courage pour la vérité et n'en sort pas grandie, mais devient plus petite. Appliqué à notre culture européenne, cela signifie que si elle veut seulement se construire elle-même en fonction de sa propre argumentation et de ce qui sur le moment la convainc et – préoccupée de sa laïcité – se détache des racines qui la font vivre, elle n'en devient pas alors plus raisonnable ni plus pure, mais elle se décompose et se brise.

Je retourne ainsi à mon point de départ. Qu'est-ce que le Pape a à faire ou à dire à l'Université? Il ne doit certainement pas chercher à imposer aux autres, de manière autoritaire, la foi, qui ne peut être donnée que dans la liberté. Au-delà de son ministère de Pasteur dans l'Eglise et en raison de la nature intrinsèque de ce ministère pastoral, il est de son devoir de maintenir vive la sensibilité pour la vérité ; d'inviter toujours à nouveau la raison à se mettre à la recherche du vrai, du bien, de Dieu et, sur ce chemin, de la pousser à découvrir les lumières utiles apparues au fil de l'histoire de la foi chrétienne et à percevoir ainsi Jésus Christ comme la lumière qui éclaire l'histoire et aide à trouver le chemin vers l'avenir.


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 13:56

Angélus du 28 janvier 2007 du Pape Benoît XVI.

Chers frères et soeurs,

Le calendrier liturgique rappelle aujourd’hui saint Thomas d’Aquin, grand docteur de l’Eglise. Avec son charisme de philosophe et de théologien, il offre un modèle valide d’harmonie entre raison et foi, dimensions de l’esprit humain, qui se réalisent pleinement dans la rencontre et le dialogue entre elles. Selon la pensée de saint Thomas, la raison humaine « respire », d’une certaine manière : c’est-à-dire qu’elle se meut dans un horizon ample, ouvert, où elle peut exprimer le meilleur d’elle-même. Lorsqu’en revanche l’homme se limite à penser uniquement à des objets matériels et « expérimentables » et se ferme aux grandes interrogations sur la vie, sur lui-même et sur Dieu, il s’appauvrit. Le rapport entre foi et raison constitue un sérieux défi pour la culture actuellement dominante dans le monde occidental et précisément pour cette raison, le bien-aimé Jean-Paul II a voulu y consacrer une encyclique intitulée justement Fides et ratio – Foi et raison. J’ai moi-même récemment repris cet argument dans le discours à l’Université de Ratisbonne.

En réalité, le développement moderne des sciences apporte d’innombrables effets positifs qui sont toujours reconnus. Dans le même temps cependant, il faut admettre que la tendance à considérer vrai uniquement ce qui est expérimentable constitue une limitation à la raison humaine et produit une terrible schizophrénie désormais évidente, en raison de laquelle coexistent le rationalisme et le matérialisme, l’hypertechnologie et l’instinct déchaîné.
Il est urgent par conséquent de redécouvrir de façon nouvelle la rationalité humaine ouverte à la lumière du Logos divin et à sa parfaite révélation qui est Jésus Christ, Fils de Dieu fait homme. Lorsque la foi chrétienne est authentique elle ne mortifie pas la liberté et la raison humaine ; et alors, pourquoi la foi et la raison doivent-elles avoir peur l’une de l’autre si le fait de se rencontrer et de dialoguer leur permet de mieux s’exprimer ? La foi suppose la raison (...), et la raison, éclairée par la foi, trouve la force pour s’élever à la connaissance de Dieu et des réalités spirituelles. La raison humaine ne perd rien en s’ouvrant aux contenus de la foi ; ceux-ci demandent au contraire son adhésion libre et consciente.

Avec une sagesse clairvoyante, saint Thomas d’Aquin réussit à instaurer une confrontation fructueuse avec la pensée arabe et juive de son temps, au point d’être considéré un maître toujours actuel de dialogue avec d’autres cultures et religions. Il sut présenter cette admirable synthèse chrétienne entre raison et foi qui pour la civilisation occidentale représente un patrimoine précieux où l’on peut puiser aujourd’hui également pour dialoguer de manière efficace avec les grandes traditions culturelles et religieuses de l’est et du sud du monde.

Prions afin que les chrétiens, spécialement ceux qui oeuvrent dans le milieu universitaire et culturel, sachent exprimer le caractère raisonnable de leur foi et en témoigner dans un dialogue inspiré par l’amour. Demandons ce don au Seigneur par l’intercession de saint Thomas d’Aquin et surtout de Marie, Siège de la Sagesse.


Lire le texte intégral de l'Angélus du Pape Benoît XVI

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 19:14
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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 17:04

Pourquoi la croyance en l'existence de Dieu est-elle fondamentalement pertinente sur le plan rationnel?

Et pourquoi les croyances alternatives peuvent-elles être considérées comme irrationnelles?

La série d'articles qui suit s'efforce de répondre à ces deux grandes questions ; elle s'inscrit dans le cadre de notre disputatio avec Miky, un de nos lecteurs agnostique athée, sur la question de l'existence de Dieu.



La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - I

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La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - II

-

La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - III

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La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - IV

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La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - V

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La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - VI

-

La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - VII
(article conclusif en préparation)

 

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