16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 10:08

Document préparé par le P. Matthieu Rougé, directeur du Service pastoral d’Etudes Politiques du diocèse de Paris.

 

Certains affirment que notre législation actuelle du mariage et de l’adoption serait liée à une conception religieuse de la société. On notera qu’en fait, aucun des arguments ici énumérés n’a de connotation religieuse. En revanche, on voit que s’affrontent une vision strictement individualiste et une approche sociale.

 

1. Le mariage : une forme de vie précise mais pas exclusive

 

Le mariage est une forme particulière de vie commune. C’est le nom et l’institution juridique correspondant à l’engagement durable d’un homme et d’une femme qui souhaitent fonder une famille. Mais le mariage n’est pas un modèle universel. Il y a des célibataires, des concubins. Respecter vraiment les personnes homosexuelles, c’est les respecter aussi dans le fait de ne pas se plier au seul modèle du mariage, présenté ou perçu comme universel ou dominant.

 

2. Le mariage n’est pas la reconnaissance publique des sentiments

 

C’est se tromper sur la nature et la définition du mariage que de le considérer comme la reconnaissance sociale de l’amour, à laquelle pourraient aspirer tous ceux qui s’aiment sincèrement. On ne voit pas bien d’ailleurs l’utilité et la légitimité de la reconnaissance par les pouvoirs publics d’une relation amoureuse, la réalité la plus intime qui soit. Le mariage est en fait l’inscription de la filiation dans une institution stable, notamment pour protéger la mère (matri-monium) : il est en effet présumé que l’enfant d’une femme mariée a son mari pour père, avec les droits et les devoirs qui en découlent.

 

3. Le statut économique du mariage est lié à sa fonction sociale

 

Si le mariage est perçu comme un modèle attractif, c’est en particulier en raison des facilités économiques qui y sont liées. Mais celles-ci ne sont justifiées que par le soutien que la société estime devoir apporter à ceux qui contribuent à son renouvellement par la transmission de la vie et le travail éducatif. Il ne s’agit pas d’une « niche » fiscale et sociale, mais d’une prise en compte de l’apport spécifique de ce mode de vie à l’effort collectif. Détachées de cette justification, les contours économiques du mariage n’ont plus de raison d’être. Les célibataires devraient alors avoir exactement les mêmes droits que les « mariés ».

 

4. Le mariage entre personnes de même sexe entraînerait en fait la fin du mariage civil

 

L’orientation sexuelle n’a pas l’objectivité de l’identité sexuelle. L’expérience prouve qu’elle peut changer au cours de la vie et elle n’apparaît pas sur les cartes d’identité. Compte tenu de l’extrême souplesse de fait des obligations juridiques liées au mariage, rien n’empêcherait le cas échéant que deux hommes ou deux femmes totalement hétérosexuels se « marient » pour des raisons fiscales ou en vue d’un « regroupement » professionnel… Le mariage ne serait plus en réalité qu’une association contractuelle d’intérêts privés. On ne serait donc pas passé du PACS au mariage mais on aurait résorbé le mariage, institution sociale, dans le PACS, contrat privé. L’ouverture du mariage aux partenaires de même sexe reviendrait finalement à supprimer le mariage civil.

 

5. Conséquences logiques d’une déstructuration du mariage

 

Pourquoi le mariage unit-il deux personnes ? Parce qu’il s’agit d’un homme et d’une femme, en vue notamment de la procréation. Si l’on sort de ce modèle, pourquoi limiter à deux le nombre de partenaires ? C’est ainsi qu’un mariage à trois a été célébré au Danemark récemment. Dans le contexte français, la polygamie est devenue une question sociale sensible. Elle fait partie de l’expérience culturelle de certaines populations immigrées. Mais elle est aussi paradoxalement, certes sous une forme non juridique, le mode de vie assumé d’une frange de la population qui revendique ce droit aux partenaires multiples et simultanés. Le cas échéant, quels seraient donc les arguments probants qui permettraient de restreindre les ouvertures d’un « mariage » désormais détaché de son lien objectif avec la procréation ? Se posent d’ailleurs non seulement la question des partenaires multiples mais aussi celle des relations intrafamiliales ou intergénérationnelles.

 

6. Le mariage entre personnes de même sexe aggraverait le communautarisme

 

Le tout nouveau « code de la laïcité et de la liberté religieuse » justifie l’obligation de ne marier religieusement que ceux qui se sont mariés civilement par un souci d’« intégration dans l’espace public ». Si le mariage civil devenait totalement équivoque par rapport à ce que l’ensemble des religions entendent par mariage, cette lourde obligation du code pénal leur deviendrait inacceptable et elles demanderaient vraisemblablement sa suppression. Dans le contexte sensible de la montée des communautarismes en France, il y aurait là un facteur de désintégration sociale.

 

7. Privilégier les droits « de » l’enfant plutôt que le droit « à » l’enfant

 

L’adoption consiste fondamentalement à donner des parents à des enfants qui en sont dépourvus et non l’inverse. Ce qui est premier dans ce processus n’est donc pas le désir des parents mais le besoin des enfants. Faire en sorte que leurs parents adoptifs remplacent au plus près leurs parents biologiques est donc une priorité.

 

8. L’adoption par les célibataires : un faux argument

 

La possibilité de l’adoption par des célibataires remonte aux lendemains de la guerre et s’explique au départ par un déficit de partenaires masculins pour les femmes et par une recrudescence du nombre des orphelins. On dira aujourd’hui que permettre l’adoption par le partenaire de même sexe d’un parent adoptif, c’est « sortir de l’hypocrisie ». En réalité, même si un parent adoptif a un partenaire de même sexe, le désigner comme un deuxième père ou une deuxième mère ne correspond pas à la réalité et constitue donc un mensonge. Il peut être légitime et opératoire en revanche d’établir un dispositif circonscrit de « délégation de l’autorité parentale pour les actes de la vie courante ».

 

9. Le mariage entre personnes de même sexe fragiliserait l’adoption internationale

 

On dira souvent qu’il vaut mieux qu’un enfant soit adopté par des partenaires de même sexe plutôt que de ne pas être adopté de tout. Chacun sait qu’en réalité cette question ne se pose pas puisque le nombre d’enfants adoptables est moins important que les demandes de parents adoptifs. En revanche, comme l’évoque un film récent, un certain nombre de pays refusent que leurs ressortissants soient adoptés par des parents provenant de pays où l’adoption par des partenaires de même sexe est autorisée. S’il y avait une légalisation en France, un grand nombre de pays interrompraient l’adoption internationale vers notre pays, ce qui diminuerait considérablement les possibilités d’adoption pour les familles françaises.

 

10. Le recours à la GPA largement identifié comme une atteinte à la dignité des femmes

 

L’aide médicale à la procréation peut sembler changer les règles de la parenté. Mais qu’on le veuille ou non, tout enfant, même s’il est né grâce à une insémination artificielle ou une fécondation in vitro, n’a pas deux pères ou deux mères : il a un père et une mère biologiques. Certains hommes vivant avec un partenaire de même sexe souhaiteraient, pour adopter des enfants, recourir à la gestation pour autrui. Celle-ci est actuellement rejetée et par la majorité (position du Gouvernement pendant la révision de la loi de bioéthique) et par l’opposition (vote du Conseil National du PS en décembre 2010) comme gravement attentatoire à la dignité des femmes. La coïncidence des revendications appelle en retour une cohérence du discernement.

 

Source

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 09:29

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 23:00

Ceux qui, avec une intention droite, désirent amener des gens étrangers à la religion chrétienne, à la foi juste, doivent s'y efforcer par des paroles de bonté et non pas par des paroles dures, en sorte que l'inimitié ne repousse pas au loin ceux dont l'esprit aurait pu être mis en mouvement par l'indication d'une raison claire. Car tous ceux qui agissent autrement, et qui sous ce couvert veulent les éloigner de la pratique habituelle de leur rite, il s'avère qu'ils travaillent à leur propre cause plus qu'à celle de Dieu. 

Pape Grégoire Ier dit Le Grand, Lettre "Qui sincera" à l'évêque Paschase de Naples, novembre 602.

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 23:00

« Ne parle de Dieu que si on te pose la question,

mais vis de manière à ce qu'on te la pose souvent. »

 

(Saint François de Sales)

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 10:33

Voici quelques extraits d’un petit échange récent avec un ami sur Facebook, un catholique que nous appellerons Henri (prénom de son théologien favori) pour préserver son anonymat.

 

Henri : La philosophie absurde est ma seule vérité pour le moment. Merci à Camus, Kieerkegaard, Kafka, Cioran, Heidegger, Platon, Chestov et Jaspers.

 

Matthieu : ‎???

 

Henri : Oui Matthieu, en effet, je crois que la vie est un non-sens absolu. Même si cela n'éloigne pas la question de l'Être Premier, du Premier Moteur comme dirait Aristote.

 

Matthieu : Je suis étonné de cette drôle d'affirmation, qui me paraît contradictoire avec ta foi et ta formation en philosophie réaliste!

 

Henri : Matthieu il n' y a pas de contradiction. En fait, il suffit de relire Kierkegaard. Si je refuse le suicide, si je refuse l'espoir, j’exalte l'espérance. On trouve des débris d'absurdité même chez Simone Weil ; quand celle-ci dit Pesanteur, c'est Absurdité qu'elle voulait dire. La philosophie de l'absurde enlève tout ce qui paralyse, elle seule dit la vérité au vivant.

 

Matthieu : Dieu seul dit la vérité au vivant. Et ce que Dieu nous dit (son Logos, la Raison Créatrice) a du sens - EST le sens.

 

Notre vie a un sens. Le monde a un sens. Nous savons qui nous sommes, d'où nous venons et où nous allons. Même si ce que nous serons ne paraît pas encore parfaitement, comme dit Saint Jean. Nous sommes, nous chrétiens, les gens du mystère, non pas de l'absurde.

 

Henri : Dieu, s'il existe, respecte le caractère sacré de notre intelligence. Rappelle toi St Thomas d'Aquin, l'homme est capax Dei. On ne sait d'où l'on vient, ni on l'on va. C'est faux! L'homme a seulement foi en Dieu. Il croit, c'est tout! C'est cette imperfection, cette obscurité qui constitue le non-sens.

 

Matthieu : D'abord, Dieu existe – il me semble que c'est le B.A-BA pour un croyant. Tu en doutes? Ensuite : le chrétien sait parfaitement d'où il vient et où il va dans la mesure où Dieu l'a révélé. Nous savons que nous avons été créé par Amour, que nous sommes fait pour l'Amour et que nous allons à l'Amour. Cela n'enlève certes pas le voile sur la réalité concrète que nous vivrons dans l'éternité (qui reste un Mystère), mais enfin : nous savons clairement que notre existence n'est pas absurde et qu'elle est ordonnée à l'Amour (de Dieu, de nous même et de nos frères humains) – qui servira de mesure à notre Jugement.

 

Henri : Matthieu. Je crois en Dieu. Je suis catholique. Mais je suis aussi foncièrement un être absurde.

 

Matthieu : Mais...c'est absurde! 

 

Henri : En plus tu as parlé de doute : je te rappelle que le doute est nécessaire à la foi.

 

Matthieu : Non, le doute n'est pas nécessaire à la foi. Où as-tu vu cela?? Le doute est la NEGATION de la foi.

 

Henri : Le doute quand il s'agit de la foi est à la fois nécessaire et précieux. Après sa conversion, St Augustin écrit dans les confessions : « Je suis devenu une question pour moi même. » L'homme qu'il soit de religion ou d’indifférence, sait qu'il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il ne voit pas pourquoi il vit. Cet adolescent qui rentre à reculons dans l’existence, ce vieillard qui ne vit que de passions nostalgiques, ce passéisme est de tout les temps. L'homme ne sait pas où il va. Il y a une vie éternelle, certes c'est ma foi. Mais il y aussi comme le soulignerait un Nietzsche, l'éternelle vivacité. On me dit, maintenant, ici-bas, mais c'est pas évident pour moi. Puisque pour toujours cette vie me sera étrange et amère. Jamais je la comprendrai. Et ça, c'est encore l'absurde.

 

Matthieu : Ce n'est pas parce que l'homme non croyant ne sait pas où il va que sa vie n'a pas de sens. Elle en a un, mais il l'ignore – comme la chrysalide ignore qu'elle va devenir papillon (ce n'est pas parce qu'elle l'ignore qu'elle ne va pas le devenir). Le rôle des chrétiens est de révéler prophétiquement aux non-croyants que leur vie n'est pas absurde, mais qu'elle est habitée par une Présence qui donne sens à tout ce qui existe.

 

Tu dis : "pour toujours cette vie me sera étrange et amère. Jamais je la comprendrai. Et ça, c'est encore l'absurde." C'est absurde SI c'est vrai. Mais c'est un présupposé. C'est absurde s'il est vrai que POUR TOUJOURS cette vie te sera étrange et amère. C'est absurde si JAMAIS tu ne la comprendras. Mais précisément, dans la foi nous SAVONS que cette vie ne nous sera pas éternellement étrange et amère, et qu'un jour, nous comprendrons tout.

 

Cela me rappelle un passage de Bernanos : "Il y a quelque part ailleurs, je ne sais où, une maman qui cache pour la dernière fois son visage au creux d'une petite poitrine qui ne battra plus, une mère près de son enfant mort qui offre à Dieu le gémissement d'une résignation exténuée, comme si la Voix qui a jeté les soleils dans l'étendue ainsi qu'une main jette le grain, la Voix qui fait trembler les mondes, venait de lui murmurer doucement à l'oreille : 'Pardonne-moi. Un jour, tu sauras, tu comprendras, tu me rendras grâce. Mais maintenant, ce que j'attends de toi, c'est ton pardon, pardonne.'" ("Nos amis les Saints", Conférence à Tunis, 1947)

 

Tu es aimé d'un amour éternel Henri. Depuis toujours et pour toujours, tu es dans le coeur de Dieu. Si tu savais à quel point tu es aimé, tu en pleurerais de joie. Ta vie est en marche vers son plein accomplissement, dans l'Amour.

 

Dieu te garde, mon bien cher frère.

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 17:45

Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la Solidarité et de la Cohésion sociale du gouvernement Fillon, vient de commettre un petit texte publié le 29 août sur le Huffington Post.

 

Il s’agit d’une réflexion sur le mariage homosexuel – mais qui comprend une incise sur la question de la laïcité, que je souhaiterais commenter ici.

 

Mme la Ministre écrit ceci : « Il est bien entendu légitime que les religions émettent des préconisations, mais dans un république laïque, celles-ci ne peuvent constituer une référence et la "prière du 15 août" instituée par l'épiscopat français a suscité malaise et interrogations y compris chez beaucoup de catholiques pratiquants qui l'ont ressentie comme une intrusion maladroite dans l'espace public. Il convient donc de laisser les religions dans la sphère privée et de mener sur ce sujet une réflexion où (…) l'anthropologie a toute sa place. »

 

1. La prière du 15 août, une « intrusion maladroite dans l’espace public » ?

 

Qu’est-ce à dire ? Que les catholiques n’ont plus le droit de prier pour leurs gouvernants, ni pour leur pays ? Qu’ils ne peuvent plus exprimer, dans leurs églises, leur volonté d’intercéder pour les enfants et pour les jeunes ? Qu’il leur est interdit désormais de demander à Dieu ce qu’ils estiment le meilleur pour la société et pour les hommes et femmes de ce temps ?

 

Mais n’y a-t-il pas là un étonnant renversement de perspective ?

 

N’est-ce pas plutôt ici la société qui, à travers ses médias officiels et la plume d’une de ses anciennes ministres, s’ingère dans les prières de l’Eglise, au mépris du principe de la laïcité ?

 

Rappelons que la laïcité n’est pas à sens unique. Elle implique certes que l’Eglise n’ait aucun pouvoir politique et temporel, mais aussi et réciproquement : que l’Etat n’impose rien à l’Eglise dans le domaine religieux et spirituel !

 

En sommant l’Eglise de s’abstenir de toute « intrusion dans l’espace public » (entendez : de se mêler de ce qui ne la regarde pas – y compris dans le cadre « privé » de sa liturgie…), Mme Bachelot émet une vision de la laïcité qui ne laisse pas de susciter « malaise et interrogations »…

 

L’Eglise n’aurait pas le droit d’émettre la moindre opinion au sujet de questions touchant la société et son avenir ? Elle n’aurait plus le droit de choisir librement ses intentions de prière ?

 

Qu’arrivera-t-il donc si elle persiste dans cette attitude ? – comme il est prévisible.

 

Faudra-t-il aller jusqu’à instituer un contrôle administratif a priori des « préconisations de l’épiscopat français », ou infliger des sanctions a posteriori à l’Eglise de France, chaque fois qu’elle contreviendra à la « laïcité » ainsi entendue par Mme Bachelot ?

 

L’Eglise sous tutelle de l’Etat : voilà une idée qui ferait grandement avancer la cause de la laïcité ! 

 

Et si l’on redevenait un peu sérieux, Madame la Ministre ?

 

2. « Laisser les religions dans la sphère privée »  ?

 

Non bien sûr. Ce n’est pas cela la laïcité. La laïcité ne signifie pas le mépris des religions, mais au contraire : le respect de toutes les religions. Dans l’espace public même ! Ce qui signifie qu’une place leur soit reconnue.

 

C’est du reste le sens de l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »

 

Le principe fondamental de la République est donc la liberté des opinions religieuses, et d’expression publique de ces opinions, pourvu qu’elles ne provoquent pas de désordres susceptibles de menacer la sécurité des citoyens ou la sûreté nationale – c’est la seule limite.

 

Il ne peut y avoir de laïcité authentique sans liberté religieuse. La liberté religieuse est ce qui garantit précisément la neutralité de l’Etat à l’égard des religions.

 

La négation de la liberté religieuse nous ferait entrer dans un autre régime que celui de la laïcité : celui de l’athéisme d’Etat – qui ne serait plus la laïcité, puisque l’Etat ne serait plus neutre à l’égard des religions s’il les jugeait toutes indésirables dans la sphère publique.

 

J’ajoute une dernière chose : il est dans la dynamique même de la foi chrétienne qu’un témoignage public soit rendu au Christ et à l’Eglise. Tout chrétien est invité à être missionnaire – à évangéliser son entourage. Avec prudence et délicatesse ; dans le respect de la liberté de chacun. Mais sans honte et sans peur. C’est dans la logique même du baptême qu’il a reçu, et de sa confirmation. On ne peut donc lui demander de n’être chrétien qu’à titre privé et personnel. On ne peut attendre de lui qu’il se taise sur des sujets essentiels à sa vision de l’homme et de la société, comme l’avortement, l’euthanasie, le mariage homosexuel, la contraception… Le chrétien a son mot à dire, puisqu’il a un témoignage à rendre sur ce qui lui paraît être la vérité. Il ne cherche pas à imposer ses vues, ni même d’ailleurs à convaincre (ce n’est pas sa mission, en tous les cas) : il cherche simplement à dire et rendre compte de son point de vue, librement. Pas plus, pas moins. C’est cette liberté qu’il revendique pour lui-même : le droit de s’exprimer et d’être entendu – y compris par les dirigeants politiques. Ceux-ci ont tout à gagner – rien à perdre, en tous les cas – à écouter ce que les religions ont à dire sur tel ou tel sujet. D’autant que celles-ci ne font pas valoir seulement des arguments d’autorité tirés de leurs textes sacrés. Elles avancent aussi des arguments rationnels que tout être humain peut comprendre et recevoir (sur le plan anthropologique par exemple, dont Mme Bachelot n’a pas le monopole). Voilà pourquoi elles ont une contribution utile à apporter au débat public – une contribution qu’il conviendra d’évaluer, de garder ou de rejeter, en toute liberté, pourvu qu’elle ait été entendue.

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 12:49

Vie-apres-la-mort.jpg

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 23:00

Conges-annuels

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 11:37

L'Express - 1er août 2012Après les deux derniers dossiers du Point consacrés à l'existence de Dieu, c'est au tour de L'Express de s'interroger sur les "10 raisons de croire", dans son édition du 1er août 2012. Un numéro nettement plus intéressant que ceux de son concurrent - que l'on doit pour l'essentiel à l'érudition du journaliste Philippe Chevallier. "L'homme n'est pas un animal religieux, il est un animal intelligent qui se pose des questions intelligentes. Et parmi ces questions intelligentes, il y a celle de Dieu".

 

Le dossier commence mal pourtant, avec les quelques lignes d'introduction de Christian Makarian qui sort de son chapeau trois citations de Pascal, qui laissent augurer le pire pour la suite du reportage. La 1ère : "Douter de Dieu, c'est y croire". La 2e : "La vraie morale se moque de la morale". La 3e : "Le vrai se conclut souvent du faux". Les deux premières propositions pourraient se justifier, à condition d'être longuement expliquées – afin d'éviter tout malentendu. Mais elles sont livrées là, "brutes de décoffrage", au lecteur qui doit se débrouiller avec... On le devine : ce sont des journalistes athées qui vont nous exposer les raisons de croire...

 

Dans son article d'ouverture, Philippe Chevallier présente loyalement le problème : "Qu'on se le dise avant de discuter des bonnes ou mauvaises raisons de croire : l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un être éternel à l'origine du monde, n'a jamais été une évidence." C'est ce qu'écrit aussi Roger Verneaux dans son Introduction générale à la philosophie : "Les causes premières ne sont pas évidentes. En particulier, Dieu ne l'est pas, ni quant à son existence, ni quant à sa nature ; de sorte que, avant de le contempler, POUR arriver à le contempler, des RAISONNEMENTS sont nécessaires".

 

"Penser l'existence de Dieu est une affaire sérieuse, dans la mesure où l'on peut aussi penser son absence." J'aime beaucoup cette phrase - et ce qu'elle implique. Cela dit, Tresmontant a très bien montré que l'on ne peut pas penser l'absence de Dieu (pas plus qu'on ne peut penser le néant), et que penser COMME SI Dieu n'existait pas, ce n'est pas, à proprement parler, "penser l'absence de Dieu".

 

Chevallier cite aussi Pyrrhon : "Les doctrines se contredisent, il faut donc suspendre son jugement". C'est une pensée très répandue chez nos contemporains – j'ai pu le vérifier sur ce blog. Mais la réponse est : Non. Il faut les examiner chacune, et évaluer leur rationalité (selon la définition qu'en donne Tresmontant). On verra alors que toutes les doctrines ne se valent pas – et qu'un certain nombre peuvent être aisément écartées.

 

On entre ensuite de plain-pied dans l'exposition des 10 raisons de croire.

 

1ère raison de croire : "Parce qu'à l'horloge il faut un horloger".  C'est certainement l'argument le plus fort – celui auquel Tresmontant consacra toute son oeuvre. L'univers existe, il est structuré mathématiquement, intelligemment ; son ordre est admirable, en même temps que sa complexité qui dépasse les possibilités de l'humain (il n'y a qu'à observer la structure de notre propre cerveau...). Il n'est pas raisonnable de penser que le néant puisse produire de l'être, ni le hasard de l'organisation complexe et géniale de manière systématique. "Il m'est arrivé de dire, et c'est vrai, que c'est la seule des trois "preuves" classiques qui me paraisse forte, la seule qui, parfois, me fasse vaciller. Pourquoi? Parce que la contingence est un abîme"... (André Comte Sponville)

 

2e raison de croire : "Parce qu'une particule porte son nom".  Le fameux boson de Higgs. C'est une raison dérivée de la 1ère : le boson de Higgs accrédite la théorie du Big Bang et l'idée selon laquelle tout ce qui existe dans l'univers a commencé d'être – est né, et a donc un âge. Rien de ce qui est, dans l'Univers, n'est éternel. Pas même les atomes – comme on l'a longtemps cru. L'Univers lui-même ne l'est pas. Et sa naissance reste un grand mystère...

 

Chevallier cite ensuite le chanoine Lemaître, qui aurait dit au Pape Pie XII au sujet de sa découverte du Big Bang :  "J'ai dit commencement, je n'ai pas dit création. Personnellement, j'estime que [la théorie du Big Bang] reste entièrement en dehors de toute question métaphysique ou religieuse". Ce propos montre assez bien que, si Lemaître était sans aucun doute un scientifique de tout premier rang, il était un bien piètre philosophe... Aucune théorie scientifique ne se trouve "en dehors" des questions métaphysiques, puisque par nature, la métaphysique porte sur la réalité physique telle que nous la présentent les sciences positives. Par ailleurs : la notion de "commencement" implique nécessairement l'idée de "création". Car tout ce qui commence d'être et qui ne préexistait pas est une création. Une chose qui commence d'être ne peut être incréée. C'est aussi simple que cela.

 

3e raison de croire : "Sinon tout est permis".  Si Dieu n'existe pas, il n'existe pas de Juge devant qui rendre compte de nos actes. Il n'est pas juste cependant de dire que sans Dieu, "tout est permis" – car il existe un ordre naturel que tout homme peut découvrir par sa raison. Pas besoin d'être croyant pour savoir qu'il est des actes qui nous détruisent – d'autres qui nous édifient. Cela est affaire d'expérience – et de vérité objective. La nécessité d'une loi morale pour grandir en humanité n'est donc pas une preuve de l'existence de Dieu – mais elle ouvre la question de l'origine fondamentale de cette mystérieuse nature existante et de son ordre immanent.

 

4e raison de croire : "Parce que le Diable existe".  Paradoxalement, le mystère du mal peut nous conduire à Dieu – car la souffrance, en un sens, nous révèle que nous ne sommes pas faits pour cette existence périssable ; que nous aspirons, au plus profond de notre être, à la vie et au bonheur sans fin. Nous "montons" vers Dieu comme le nageur qui, au fond de l'eau, "monte" vers l'oxygène pour ne pas périr noyé. Spontanément, lorsque nous sommes au fond de la souffrance, de la peur, de l'angoisse, nous prions... – comme une poussée d'Archimède spirituelle qui fait jaillir de notre âme un cri vers le ciel lorsque nous sommes plongés dans la détresse.

 

5e raison de croire : "Chaque fois que j'écoute Bach".  Il est amusant ici de relever que Claude Tresmontant compare souvent la création de l'univers à une symphonie de Bach en train d'être composée... Oui, l'expérience de la Beauté nous fait éprouver une réalité qui n'est pas de ce monde, et qui n'est pas réductible à la matière.

 

J'aime beaucoup la citation de Karl Barth :  "Je ne suis pas sûr que les anges, quand ils cherchent à glorifier Dieu, jouent de la musique de Bach. Je suis certain, en revanche, que lorsqu'ils sont entre eux, ils jouent du Mozart."  

 

6e raison de croire : "Parce que Dieu me l'a dit".  C'est le mystère de la rencontre avec Dieu, que beaucoup expérimentent. Ce sont des expériences personnelles, éminemment subjectives, et difficilement vérifiables – quoiqu'on en voit les effets quand elles transforment des vies de manière spectaculaire. Mais l'accumulation de ces expériences, elle, est un fait objectif qui pose question.

 

7e raison de croire : "Parce que nous pensons à lui".  C'est l'argument ontologique de St Anselme qui ne prouve rien, sinon les capacités de l'esprit humain à penser des réalités qui transcendent la réalité matérielle. En fait, St Anselme a surtout démontré la nature spirituelle de notre âme – ce qui est déjà bien. Mais que nous pensions à Dieu ne le fait pas nécessairement exister – pas plus que d'imaginer le PSG champion ne fait de lui le futur champion! 

 

8e raison : "Parce que je tiens à garder mes jours fériés".  C'est en effet un argument essentiel! Tous les gens deviennent étrangement pratiquants quand il s'agit de prendre leurs congés...

 

9e raison : "Parce que les livres de Michel Onfray sont vraiment trop mauvais". Un des passages les plus savoureux de ce dossier de l'Express... Le plus décisif à mon avis. 

 

La citation que l'on prête à Tertullien est heureusement corrigée par Philippe Chevallier. Il est plus rationnel de croire (quoique cela soit mystérieux) qu'un Être éternel, intelligent et tout puissant a créé notre univers, que de penser que l'univers ait pu se faire tout seul, comme un grand, de rien jusqu'à nous et notre prodigieux cerveau. Bach et Einstein seraient le fruit conjugué du néant et du hasard aveugle? Absurde! - c'est de l'ordre du conte de fée (un conte de fée qui attribue à la nature des propriétés magiques...). Nous avons donc à choisir entre le mystère (d'une création par un Être transcendant) et l'absurde (d'une auto-création de l'univers). Le croyant croit, non parce que c'est absurde, mais parce que l'absurdité de l'absurde le conduit au mystère.

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 18:28

Le mardi 16 août 2005, pendant la prière du soir, au milieu de ses frères et de nombreux jeunes, Frère Roger, fondateur de la communauté de Taizé est assassiné par une ressortissante roumaine déséquilibrée. Tel un agneau, immolé...

 

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