Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 10:33

Voici quelques extraits d’un petit échange récent avec un ami sur Facebook, un catholique que nous appellerons Henri (prénom de son théologien favori) pour préserver son anonymat.

 

Henri : La philosophie absurde est ma seule vérité pour le moment. Merci à Camus, Kieerkegaard, Kafka, Cioran, Heidegger, Platon, Chestov et Jaspers.

 

Matthieu : ‎???

 

Henri : Oui Matthieu, en effet, je crois que la vie est un non-sens absolu. Même si cela n'éloigne pas la question de l'Être Premier, du Premier Moteur comme dirait Aristote.

 

Matthieu : Je suis étonné de cette drôle d'affirmation, qui me paraît contradictoire avec ta foi et ta formation en philosophie réaliste!

 

Henri : Matthieu il n' y a pas de contradiction. En fait, il suffit de relire Kierkegaard. Si je refuse le suicide, si je refuse l'espoir, j’exalte l'espérance. On trouve des débris d'absurdité même chez Simone Weil ; quand celle-ci dit Pesanteur, c'est Absurdité qu'elle voulait dire. La philosophie de l'absurde enlève tout ce qui paralyse, elle seule dit la vérité au vivant.

 

Matthieu : Dieu seul dit la vérité au vivant. Et ce que Dieu nous dit (son Logos, la Raison Créatrice) a du sens - EST le sens.

 

Notre vie a un sens. Le monde a un sens. Nous savons qui nous sommes, d'où nous venons et où nous allons. Même si ce que nous serons ne paraît pas encore parfaitement, comme dit Saint Jean. Nous sommes, nous chrétiens, les gens du mystère, non pas de l'absurde.

 

Henri : Dieu, s'il existe, respecte le caractère sacré de notre intelligence. Rappelle toi St Thomas d'Aquin, l'homme est capax Dei. On ne sait d'où l'on vient, ni on l'on va. C'est faux! L'homme a seulement foi en Dieu. Il croit, c'est tout! C'est cette imperfection, cette obscurité qui constitue le non-sens.

 

Matthieu : D'abord, Dieu existe – il me semble que c'est le B.A-BA pour un croyant. Tu en doutes? Ensuite : le chrétien sait parfaitement d'où il vient et où il va dans la mesure où Dieu l'a révélé. Nous savons que nous avons été créé par Amour, que nous sommes fait pour l'Amour et que nous allons à l'Amour. Cela n'enlève certes pas le voile sur la réalité concrète que nous vivrons dans l'éternité (qui reste un Mystère), mais enfin : nous savons clairement que notre existence n'est pas absurde et qu'elle est ordonnée à l'Amour (de Dieu, de nous même et de nos frères humains) – qui servira de mesure à notre Jugement.

 

Henri : Matthieu. Je crois en Dieu. Je suis catholique. Mais je suis aussi foncièrement un être absurde.

 

Matthieu : Mais...c'est absurde! 

 

Henri : En plus tu as parlé de doute : je te rappelle que le doute est nécessaire à la foi.

 

Matthieu : Non, le doute n'est pas nécessaire à la foi. Où as-tu vu cela?? Le doute est la NEGATION de la foi.

 

Henri : Le doute quand il s'agit de la foi est à la fois nécessaire et précieux. Après sa conversion, St Augustin écrit dans les confessions : « Je suis devenu une question pour moi même. » L'homme qu'il soit de religion ou d’indifférence, sait qu'il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il ne voit pas pourquoi il vit. Cet adolescent qui rentre à reculons dans l’existence, ce vieillard qui ne vit que de passions nostalgiques, ce passéisme est de tout les temps. L'homme ne sait pas où il va. Il y a une vie éternelle, certes c'est ma foi. Mais il y aussi comme le soulignerait un Nietzsche, l'éternelle vivacité. On me dit, maintenant, ici-bas, mais c'est pas évident pour moi. Puisque pour toujours cette vie me sera étrange et amère. Jamais je la comprendrai. Et ça, c'est encore l'absurde.

 

Matthieu : Ce n'est pas parce que l'homme non croyant ne sait pas où il va que sa vie n'a pas de sens. Elle en a un, mais il l'ignore – comme la chrysalide ignore qu'elle va devenir papillon (ce n'est pas parce qu'elle l'ignore qu'elle ne va pas le devenir). Le rôle des chrétiens est de révéler prophétiquement aux non-croyants que leur vie n'est pas absurde, mais qu'elle est habitée par une Présence qui donne sens à tout ce qui existe.

 

Tu dis : "pour toujours cette vie me sera étrange et amère. Jamais je la comprendrai. Et ça, c'est encore l'absurde." C'est absurde SI c'est vrai. Mais c'est un présupposé. C'est absurde s'il est vrai que POUR TOUJOURS cette vie te sera étrange et amère. C'est absurde si JAMAIS tu ne la comprendras. Mais précisément, dans la foi nous SAVONS que cette vie ne nous sera pas éternellement étrange et amère, et qu'un jour, nous comprendrons tout.

 

Cela me rappelle un passage de Bernanos : "Il y a quelque part ailleurs, je ne sais où, une maman qui cache pour la dernière fois son visage au creux d'une petite poitrine qui ne battra plus, une mère près de son enfant mort qui offre à Dieu le gémissement d'une résignation exténuée, comme si la Voix qui a jeté les soleils dans l'étendue ainsi qu'une main jette le grain, la Voix qui fait trembler les mondes, venait de lui murmurer doucement à l'oreille : 'Pardonne-moi. Un jour, tu sauras, tu comprendras, tu me rendras grâce. Mais maintenant, ce que j'attends de toi, c'est ton pardon, pardonne.'" ("Nos amis les Saints", Conférence à Tunis, 1947)

 

Tu es aimé d'un amour éternel Henri. Depuis toujours et pour toujours, tu es dans le coeur de Dieu. Si tu savais à quel point tu es aimé, tu en pleurerais de joie. Ta vie est en marche vers son plein accomplissement, dans l'Amour.

 

Dieu te garde, mon bien cher frère.

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
commenter cet article

commentaires

BLANCHIN Alain 10/09/2012 21:59


Bonsoir Matthieu,


Merci pour votre explication. Dès que possible, je lirai l'encyclique de Jean-Paul II. J'ose espérer qu'en ma paroisse nous aurons à réfléchir sur la Foi, dès la sortie du prochain livre de
Benoït XVI, j'ai beaucoup apprécié son livre sur Jésus de Nazareth.


Je n'ai jamais appris la philosophie ; mon chemin est tout autre.


Cordialement

Matthieu 13/09/2012 09:56



Bonjour Alain, moi non plus n'ai jamais appris la philosophie. Mais il est inévitable d'en faire lorsque l'on évangélise, car on est très vite interpellé sur les questions de l'existence de Dieu
et de l'authenticité de la Révélation divine. C'est ce qui m'a conduit à m'y mettre - d 'autant plus facilement qu'il existe sur Internet des cours gratuits de très grande qualité qui permettent
de faire rapidement de très grands progrès. La lecture assidue (très accessible) de Claude Tresmontant m'a donné aussi de solides bases.


 


De toute façon, on ne peut échapper à la philosophie. Car pour critiquer la philosophie, il faut invoquer des arguments... philosophiques! En fait, tout homme est philosophe par nature -
du fait qu'il est un être rationnel. Et tout homme fait de la philosophie sans le savoir, comme Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Encore faut-il raisonner correctement - et
c'est tout l'enjeu d'un bon apprentissage. Comme disait Bergson, "la philosophie, comme tout le reste, cela s'apprend". Le raisonnement est naturel, inné ; le bon raisonnement, la bonne
méthode de réflexion, cela s'acquiert.



BLANCHIN Alain 10/09/2012 07:52


Bonjour,


Je viens de découvrir cet échange sur le sens de la vie. La lecture des réponses de Henri me surprennent, et, m'informe que la philisophie n'est pas le meilleur chemin pour découvrir la personne
de Dieu.


La philo-Sophie n'est donc pas l'amie de la Sagesse. Jésus est ami de la Sagesse.


Rien ne peut égaler notre libre arbitre qui, nous permet d'accepter ou de refuser de suivre Celui qui EST.


Pour ma part le OUI est : Fondateur, Paternel, Source, Souche, Racine, etc ... ; en résumé le OUI nous lie à la Lumière, le doute est laissé à la ténèbre ...


 


 

Matthieu 10/09/2012 11:08



Bonjour Alain,


 


Votre conclusion ("la philosophie n'est pas le meilleur chemin pour découvrir la personne de Dieu") n’est pas exactement ce à quoi
voulait aboutir la publication de cet échange !


 


Elle serait justifiée si la philosophie de l’absurde était le TOUT de la philosophie – la seule philosophie possible.


 


Or, j’ai essayé de démontrer, en long, en large et en travers sur ce blog, que tel n’était pas le cas, et que la raison
humaine, appliquée à réfléchir sur le donné empirique que constitue pour elle l’univers physique, était irrésistiblement conduite à Dieu… sauf précisément, à se réfugier dans l’absurde
où la raison ne trouve plus à s’exercer.


 


Mais si la raison ne s’exerce plus, sommes-nous encore en philosophie ? Si les mots ont un sens, la "philosophie" de l’absurde n’a rien
d’une philosophie. Elle est une anti-philosophie. Elle n’est pas sagesse, mais folie.


 


La philosophie est recherche de la vérité. Elle n’est pas une élucubration fumeuse sur des concepts abstraits – contrairement à l’idée que
l’on s’en fait usuellement. Elle est exploration rationnelle de ce qui est vécu dans l’expérience. Elle est réaliste par essence ; elle est scientifique – d’ailleurs, la science
moderne est une branche de la philosophie réaliste, qui utilise sa méthode d’analyse en l’appliquant à la seule matière.


 


Cette méthode a très bien été présentée par Claude Tresmontant. Elle est remarquablement enseignée sur
internet par Arnaud Dumouch, à l’école du P. Marie-Dominique
Philippe. C’est la méthode d’Aristote, reprise par Saint Thomas d’Aquin. Elle enseignée dans les séminaires où l’on forme les prêtres catholiques, qui commencent leur étude par deux années de
philosophie (je crois même qu’à Rome, l’on réfléchit actuellement à l’instauration d’une 3e année de philosophie). Il est évident que si la philosophie n'était pas le meilleur chemin
pour découvrir Dieu, l’Eglise ne l’enseignerait pas à ses prêtres. Je vous invite à lire, sur cet important sujet, l’encyclique du pape Jean-Paul II sur "la foi et la raison" - ainsi que la future encyclique du
pape Benoît XVI sur la foi qui en parlera très certainement.


 


L’Eglise catholique est amie de la philosophie, parce que la philosophie est recherche de la vérité ; elle est Sagesse. Elle prédispose
à l’accueil de la foi. Vous ne pourriez pas croire en l’Evangile si vous n’aviez la certitude de l’existence de Dieu, ni la certitude de sa Révélation à Israël, en Jésus-Christ,
et par l’Eglise. Que vous en ayez conscience ou non, c’est par un raisonnement philosophique qui vous êtes conduit à ces certitudes. Nous croyons parce que nous avons des raisons de croire. Notre
foi serait impure si elle ne s’appuyait sur ces raisons. La grâce n’abolit pas la nature – ni la foi, la raison – mais elle la
surélève.



NDN 09/09/2012 13:14


Lorsque je lis les réactions de Matthieu, j'ai parfois envie de me convertir à l'athéisme.


Mais pour éviter cela - comme nous le dit le médecin dans l'Express - je lis Onfray.