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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 17:12

 

 

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI à la Cathédrale St Etienne de Vienne (Autriche), le 9 septembre 2007.

 

 

 


[
Si nous prêtons attention à la parole de Dieu entendue ce jour] nous prenons peur : "Celui qui ne quitte pas toutes ses possessions et qui n'abandonne pas aussi tous ses liens familiaux, ne peut pas être mon disciple". Nous voudrions objecter : mais que dis-tu Seigneur? Le monde n'a-t-il pas besoin de sa famille? N'a-t-il pas besoin de l'amour paternel et maternel, de l'amour entre parents et enfants, entre homme et femme? N'avons-nous pas besoin de l'amour de la vie, besoin de la joie de vivre? N'y a-t-il pas besoin de personnes qui investissent dans les biens de ce monde et qui édifient la terre qui nous a été donnée, de manière à ce que tous puissent avoir une partie de ses dons? Ne nous a-t-on pas aussi confié le devoir de nous occuper du développement de la terre et de ses biens?

Si nous écoutons mieux le Seigneur et surtout si nous écoutons l'ensemble de ce qu'Il nous dit, alors nous comprenons que Jésus n'exige pas la même chose de tous. Chacun a sa tâche personnelle et le type de "sequela" préparé pour lui. Dans l'Evangile d'aujourd'hui, Jésus parle directement de ce qui n'est pas la tâche des nombreuses personnes qui s'étaient associées à lui dans le pèlerinage vers Jérusalem, mais qui est un appel particulier aux Douze. Ceux-ci doivent tout d'abord surmonter le scandale de la Croix et doivent ensuite être prêts à vraiment tout quitter et à accepter la mission apparemment absurde d'aller jusqu'aux extrémités de la terre et, avec leur peu de culture, d'annoncer à un monde plein d'une présumée érudition et d'une formation fausse ou véritable – ainsi que bien sûr d'annoncer en particulier aux pauvres et aux simples – l'Evangile de Jésus Christ. Ils doivent être prêts, sur leur chemin dans le vaste monde, à subir en première personne le martyre, pour témoigner ainsi l'Evangile du Seigneur crucifié et ressuscité.

Si la parole de Jésus au cours de ce pèlerinage vers Jérusalem, où une grande foule l'accompagne, s'adresse tout d'abord aux Douze, son appel atteint naturellement, au-delà du moment historique, tous les siècles.
De tous temps, Il appelle des personnes à compter exclusivement sur Lui, à tout quitter et à être totalement à sa disposition, et ainsi à la disposition des autres : à créer des oasis d'amour désintéressé dans un monde dans lequel, si souvent, ne semblent compter que le pouvoir et l'argent. Rendons grâce au Seigneur, car tout au long des siècles, il nous a donné des hommes et des femmes qui par amour pour Lui ont tout quitté, devenant des signes lumineux de son amour! Il suffit de penser à des personnes comme Benoît et Scholastique, comme François et Claire d'Assise, Elisabeth de Thuringe et Edwige de Silésie, comme Ignace de Loyola, Thérèse d'Avila, jusqu'à Mère Teresa de Calcutta et Padre Pio! Ces personnes, à travers toute leur vie, sont devenues une interprétation de la parole de Jésus, qui en eux devient proche et compréhensible pour nous. Et nous prions le Seigneur, afin qu'à notre époque également, il donne à de nombreuses personnes le courage de tout quitter, pour être ainsi à la disposition de tous.

Si, toutefois, nous nous consacrons à présent à nouveau à l'Evangile, nous pouvons nous rendre compte que le Seigneur n'y parle pas seulement de quelques-uns et de leur tâche particulière ; le noyau de ce qu'il entend vaut pour tous. Ce dont il s'agit en dernière mesure est exprimé une autre fois ainsi : "Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même?" (Lc 9, 24sq). Qui veut posséder seulement sa propre vie, la prendre seulement pour soi-même, la perdra. Seul celui qui se donne reçoit sa vie. En d'autres termes : seul celui qui aime trouve la vie. Et l'amour exige toujours de sortir de soi-même, exige toujours de se quitter soi-même. Celui qui se tourne en arrière pour se chercher et veut avoir l'autre seulement pour soi, se perd précisément de cette manière lui-même et l'autre. Sans cette perte plus profonde de soi-même, il n'y a pas de vie. La soif fébrile de vie qui aujourd'hui ne laisse pas les hommes en paix finit dans le vide de la vie perdue. "Qui perdra sa vie à cause de moi...", dit le Seigneur : une manière de se quitter soi-même de manière plus radicale n'est possible que si à travers cela, en fin de compte, nous ne tombons pas dans le vide, mais dans les mains de l'Amour éternel. Seul l'amour de Dieu, qui s'est perdu lui-même pour nous en se remettant à nous, nous permet à nous aussi de devenir libres, de nous laisser aller et ainsi de trouver véritablement la vie. Cela est le cœur de ce que le Seigneur veut nous communiquer dans le texte évangélique apparemment si dur de ce Dimanche. Avec sa parole, Il nous donne la certitude que nous pouvons compter sur son amour, sur l'amour du Dieu fait homme. La sagesse dont nous a parlé la première lecture consiste à reconnaître cela. Il est vrai ici aussi que tout le savoir du monde ne nous sert à rien, si nous n'apprenons pas à vivre, si nous n'apprenons pas ce qui compte vraiment dans la vie.


Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 13:44

 

 

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI à la Cathédrale St Etienne de Vienne (Autriche), le 9 septembre 2007.

 

 

 

 

Chers frères et sœurs!

 

"Sine dominico non possumus!". Sans le don du Seigneur, sans le Jour du Seigneur, nous ne pouvons pas vivre : c'est ainsi que répondirent, en l'an 304, plusieurs chrétiens d'Abitène, dans l'actuelle Tunisie, lorsque, surpris au cours de la Célébration eucharistique dominicale qui était interdite, ils furent conduits devant le juge et on leur demanda pourquoi ils avaient célébré le Dimanche la fonction religieuse chrétienne, alors qu'ils savaient bien que cela était puni par la mort. "Sine dominico non possumus". Dans le mot dominicum/dominico sont liées de façon indissoluble deux significations, dont nous devons à nouveau apprendre à percevoir l'unité. Il y a tout d'abord le don du Seigneur – ce don est Lui-même : le Ressuscité, au contact et à la proximité duquel les chrétiens doivent se trouver pour être eux-mêmes. Cela n'est cependant pas seulement un contact spirituel, intérieur, subjectif : la rencontre avec le Seigneur s'inscrit dans le temps à travers un jour précis. Et, de cette façon, elle s'inscrit dans notre existence concrète, physique et communautaire, qui est temporalité. Elle donne à notre temps, et donc à notre vie dans son ensemble, un centre, un ordre intérieur. Pour ces chrétiens, la Célébration eucharistique dominicale n'était pas un précepte, mais une nécessité intérieure. Sans Celui qui soutient notre vie, la vie elle-même est vide. Abandonner ou trahir ce centre ôterait à la vie elle-même son fondement, sa dignité intérieure et sa beauté.

 

Cette attitude des chrétiens de l'époque a-t-elle également de l'importance pour nous, chrétiens d'aujourd'hui? Oui, elle vaut également pour nous, qui avons besoin d'une relation qui nous soutienne et donne une orientation et un contenu à notre vie. Nous aussi avons besoin du contact avec le Ressuscité, qui nous soutient jusqu'au-delà de la mort. Nous avons besoin de cette rencontre qui nous réunit, qui nous donne un espace de liberté, qui nous fait regarder au-delà de l'activisme de la vie quotidienne vers l'amour créateur de Dieu, dont nous provenons et vers lequel nous sommes en marche (…).

 

"Sine dominico non possumus!". Sans le Seigneur et le jour qui Lui appartient, on ne réalise pas une vie réussie. Le dimanche, dans nos sociétés occidentales, s'est mué en "week-end", en temps libre. Le temps libre, en particulier dans la frénésie du monde moderne, est une chose belle et nécessaire ; chacun de nous le sait. Mais si le temps libre n'a pas un centre intérieur, d'où provient une orientation pour l'ensemble, il finit par être un temps vide qui ne nous renforce pas et ne nous détend pas. Le temps libre a besoin d'un centre – la rencontre avec Celui qui est notre origine et notre but. Mon grand prédécesseur sur la chaire épiscopale de Munich et Freising, le Cardinal Faulhaber, l'a exprimé un jour ainsi : "Donne à l'âme son Dimanche, donne au Dimanche son âme".

 

Précisément parce que, le Dimanche, on traite en profondeur de la rencontre, dans la Parole et dans le Sacrement, avec le Christ ressuscité, le rayon de ce jour embrasse la réalité tout entière. Les premiers chrétiens ont célébré le premier jour de la semaine comme Jour du Seigneur, parce que c'était le jour de la résurrection. Mais très vite, l'Eglise a pris conscience également du fait que le premier jour de la semaine est le jour du matin de la Création, le jour où Dieu a dit : "Que la lumière soit!" (Gn 1, 3). C'est pourquoi le Dimanche est dans l'Eglise également la fête hebdomadaire de la Création – la fête de la gratitude et de la joie pour la Création de Dieu. A une époque où, à cause de nos interventions humaines, la Création semble exposée à de nombreux dangers, nous devrions accueillir consciemment cette dimension du Dimanche également.

 

Pour l'Eglise primitive, le premier jour a ensuite assimilé progressivement également l'héritage du septième jour, du sabbat. Nous participons au repos de Dieu, un repos qui embrasse tous les hommes. Ainsi, nous percevons ce jour-là quelque chose de la liberté et de l'égalité de toutes les créatures de Dieu.

 

Dans l'oraison de ce dimanche, nous rappelons tout d'abord que Dieu, à travers son fils, nous a rachetés et adoptés comme des fils bien-aimés. Ensuite, nous le prions de poser un regard bienveillant sur les croyants dans le Christ et de nous donner la vraie liberté et la vie éternelle. Nous prions pour le regard de bonté de Dieu. Nous-mêmes avons besoin de ce regard de bonté, au-delà du Dimanche, jusque dans la vie de chaque jour. En priant, nous savons que ce regard nous a déjà été donné, et nous savons même que Dieu nous a adoptés comme fils, Il nous a accueillis véritablement dans la communion avec Lui-même. Etre fils signifie – l'Eglise primitive le savait très bien – être une personne libre, pas un esclave, mais quelqu'un qui appartient personnellement à la famille. Et cela signifie être un héritier. Si nous appartenons à ce Dieu qui est le pouvoir au-dessus de tous les pouvoirs, alors nous sommes sans peur et libres, et alors nous sommes des héritiers. L'héritage qu'il nous a laissé c'est Lui-même, son Amour. Oui, le Seigneur fait que cette conscience pénètre profondément dans notre âme et que nous apprenons ainsi la joie des rachetés. Amen.

 

 

Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 18:00

Chers amis lecteurs,

 

Je souhaiterais approfondir ma réflexion sur le Purgatoire en l’élargissant aux questions de la réparation, du feu purificateur et de la Justice de Dieu.

 

Le Purgatoire, avons-nous dit, est le « lieu » dans lequel nous acquittons notre dette « jusqu’au dernier sou » avant d’aller au Ciel – pour reprendre l’image de Jésus dans le sermon sur la Montagne (cf. Mt 5. 25-26).

 

Quelle est donc cette « dette » que nous devons « payer » ? Que devons-nous « réparer » par nos œuvres de pénitence ici-bas, ou dans l’au-delà du Purgatoire ? Et pourquoi cette exigence de « réparation » ? Le Seigneur n’a-t-il donc pas acquitté pleinement sur la Croix la dette de notre péché (Cf. Col 2. 14)? Que peut-on ajouter à l’œuvre de Dieu ?

 

La dette que le Seigneur nous demande d’acquitter, dirais-je, n’est pas tant celle du péché – que le Seigneur a comblé en surabondance par son sacrifice d’amour sur la Croix –, que celle de « l’amour mutuel » (cf. Rm 13.8), la seule dette que St Paul nous demande d’avoir les uns pour les autres, et que la justice nous commande d’avoir envers ce Dieu qui nous a tant aimé, et dont l’Amour miséricordieux manifesté en Jésus-Christ appelle notre propre réponse d’amour...

 

La vie du Ciel n’est autre qu’une participation à la nature divine (cf. 2 P 1. 4) qui est substantiellement Amour (cf. 1 Jn 4. 8) ; une vie où l’Amour se donne intégralement, se reçoit totalement, et se livre pleinement en retour… sans la moindre ombre d’égoïsme ou de retour sur soi. Au Ciel, tout notre être sera entièrement donné à tous et à Dieu, et tout notre être recevra tout de tous et de Dieu. Nous vivrons dans une communion d’amour dont nous n’avons pas idée sur cette terre, avec une intensité à laquelle beaucoup ne seront sans doute pas suffisamment préparé ici-bas... Le Purgatoire achèvera donc en nous ce que nous aurons commencé sur cette terre : à savoir, transformer notre cœur pour devenir un peu plus à l’image et à la ressemblance de ce Dieu d’Amour qui nous a faits (cf. Gn 1. 26) et qui nous appelle à vivre en Lui.

 

Le seul obstacle au plein accomplissement de notre être dans l'Amour, c'est le péché. Tout péché volontaire a pour effet un rétrécissement de notre charité, de notre capacité à aimer ; un engourdissement de nos sens spirituels. Le Pardon obtenu, il conviendra de retrouver le goût de l'amour ; de nous réapprendre à entendre la Parole de Dieu résonner dans le fond de notre coeur ; de nous ré-habituer à sentir la bonne odeur du Christ (cf. 2 Co 2.15) et à voir le Seigneur dans nos frères et dans les évènements ; de nous appliquer à toucher le Coeur de Dieu par notre vie de foi (cf. Rm 1. 17). Tout cela implique une rééducation, un travail sur soi, qui n'est pas immédiatement impliqué dans le Pardon de Dieu, mais qui en découle directement. La grâce sacramentelle du Pardon est certes porteuse de guérison ; mais elle ouvre aussi la voie à une exigence qui peut paraître superfétatoire à première vue, mais qui, tout bien réfléchi, est une véritable libération pour l’homme : cette exigence, c’est celle de la réparation, de la satisfaction, qui participe de cette rééducation à la vie de foi, d'espérance et de charité.

 

Je voudrais citer ici un important – et long – passage du livre du Père Bernard Bro, dominicain, sur le Sacrement de la Réconciliation : "On demande des pécheurs".

 

« Il faut d’abord reconnaître honnêtement que, par le péché, un désordre a été commis et qu’il demeure. L’histoire humaine se construit dans la conscience des hommes, nos actes ne sombrent pas dans le néant. Cette Histoire est appelée à témoigner de la puissance de bonté de l’Esprit présent en chacun. Et tout péché, à son point précis dans la trame du temps, demeure à jamais comme un échec à l’Ordre, à la Bonté, à la Gloire de Dieu qui devrait se refléter dans la totalité de l’Histoire.

 

« Alors, pour éviter le désordre, on peut, comme le Grand Inquisiteur de Dostoïovsky, supprimer la liberté. Ou bien, au contraire, avec le Christ, renforcer la liberté : redonner à l’homme pouvoir de récupérer, de reprendre son passé, renforcer le pouvoir créateur de bonté dont il est capable.

 

« Il y a eu échec à l’amour, échec à Dieu. L’acte est indestructible, c’est vrai et à jamais : à tel moment, l’égoïsme, la lâcheté m’ont dominé. Mais mon histoire, elle, se poursuit. Ma liberté n’a pas dit son dernier mot, et par la grâce du Christ, justement celle de la confession, elle a encore les moyens de protester contre cet échec à l’Amour. J’ai ce pouvoir inouï de réintégrer mon histoire à celle de la Gloire de Dieu, en dépassant cet acte mauvais, en le jugeant selon la vérité et en l’inscrivant dans un avenir recréateur par des actes nouveaux, exprès, compensateurs du passé.

 

« Telle est la « satisfaction » : merveilleuse occasion offerte à la dignité de l’homme de reprendre son passé. Il y a un décalage entre moi et mon histoire, entre ma personne et mes actes. Mes actes m’engagent, certes, mais une fois accomplis, ils m’échappent, ils s’accumulent derrière moi, ils s’enchaînent dans ma mémoire et dans la mémoire de Dieu pour former mon histoire ; et pourtant, je peux sans cesse dépasser mon histoire, la juger, et en changer le sens total, la valeur, par de nouveaux actes.

 

« Le pécheur réconcilié à Dieu, dans sa personne, traîne pourtant dans son histoire un échec à Dieu, à l’amour. Il a manqué à un moment de son histoire à l’ordre de la bonté, de la création de vie qui devait se refléter dans toute l’histoire humaine, et alors, la charité retrouvée, l’amitié de Dieu nous presse de réparer ce manque.

 

« Il ne s’agit donc pas du tout d’une « taxe », d’un « tarif », mais sans doute de la plus belle victoire de la liberté : l’homme, restauré dans sa dignité, a assez de force, non seulement pour demander son pardon, comme la femme adultère ou Saint Pierre, mais, une fois pardonné, pour coopérer à la restauration de cette amitié.

 

« C’est dans l’amour que j’ai pour moi-même que Dieu m’appelle à intervenir, en me proposant de « réparer ». Il n’y a pas d’amitié sans partage, sans un échange (et donc une justice), et en sauvegardant cet échange et cette justice, je sauve l’amitié.

 

« Par le péché, j’ai porté atteinte à cet échange et, du même coup, je n’ai pas seulement atteint celui qui me faisait confiance dans ce partage en blessant son amitié, mais encore je suis allé contre l’ordre de la justice qui fondait mon amitié.

 

« C’est ici que se comprend toute la grandeur de la réparation : puisque je ne peux pas reconstruire ce que j’ai abîmé, je vais faire beaucoup plus, je vais offrir non pas ce que je ne peux plus « réparer », puisque c’est détruit, mais ma volonté, ma « bonne » volonté. Je rentre en grâce auprès de l’offensé en découvrant qu’il me propose de l’aimer à neuf. Alors, pour réparer, je viens me soumettre à ses conditions, en lui demandant de fixer lui-même ces conditions. Dans une délicatesse infinie, Dieu accepte de tenir compte de ma dignité, de ma liberté, de mon pouvoir recréateur de bonté.

 

« Quand un enfant a détruit quelque objet de valeur, il est bien incapable de le restituer. Deux solutions se présentent : son père pardonne, oublie, mais répare seul en acquérant un objet semblable ; ou bien il propose à son fils de coopérer, ne serait-ce que pour une part infime, à la reconstitution de l’objet détruit. Ainsi, c’est en ami réconcilié, c’est de l’intérieur même de l’amitié divine, en épousant ses lois secrètes, que le pécheur accomplit sa réparation, et non pas comme s’il fallait payer une amende, une taxe fixée de l’extérieur.

 

« Et finalement, le meilleur signe du pardon, ne serait-ce pas qu’il me rend heureux (d’être heureux) de réparer, non pas selon ma justice à moi, mais selon une confiance absolue en Celui « qui sait bien de quoi nous sommes faits » ?

 

« Si cette doctrine est vraie, poursuit le Père Bro, il est grave et coupable de la minimiser. En effet, cette doctrine de la réparation est tellement essentielle au christianisme que, sans elle, il ne serait plus rien, puisque notre salut, tout entier, est le fruit d’une réparation : celle du Christ (…).

 

« En nous invitant au partage de sa vie, et en vertu du même amour qui l’a fait monter sur la Croix, Dieu nous appelle (et ceci pour nous donner davantage) à participer à la réparation elle-même, en achevant dans notre corps que qui manque à la Passion de son Fils. On peut se sentir faible devant une telle perspective : c’est encore mal la comprendre. Il a voulu et veut encore « sauver les pécheurs par les pécheurs » de façon que les pécheurs participent à tous les privilèges de l’innocence, y compris celui-là. Cette doctrine de la réparation affirme donc que le sauvé n’est pas à part du sauveur, mais qu’il est sauvé au point d’être invité à devenir sauveur.

 

« Dans le christianisme, il sauve en participant à la Rédemption elle-même qui est la réparation d’un amour brisé. Quoiqu’on en dise, il y a une dette à payer, mais loin d’être contre l’amour, cette exigence provient de l’amour même. Ce qui répare un amour et réconcilie ceux qui on rompu, c’est de pleurer ensemble sur le mal qui a été fait, ce sont les larmes versées sur cette rupture. »

 

 

En méditant sur cette question de la réparation et sur ce très beau texte du Père Bernard Bro, quelques images me sont venues à l’esprit. Je vous les livre telles qu’elles, en étant bien conscient de leurs limites. Elles peuvent nous aider, je pense, à mieux comprendre en quoi consiste la réparation selon l'Evangile.

 

La première image qui m’est venue est celle de la page blanche. Le Pardon de Dieu, on le sait, efface nos fautes. Nous voilà donc redevenus blancs comme neige (cf. Is 1. 18), tels que nous étions le jour de notre baptême. Mais voilà : Dieu ne nous pardonne pas pour faire de nos vies une page blanche. Il attend de nous que nous réécrivions avec Lui un nouveau chapitre de notre histoire, une nouvelle page d’Amour. Comme disait Bossuet (c’est une citation reprise par le Père Bro dans son livre) : « Quand Dieu efface, c’est qu’il va écrire quelque chose »

 

Deuxième image : le Pardon de Dieu nous sauve de l’égarement du péché, et nous remet sur la bonne route, dans la bonne direction. Mais maintenant, il faut marcher… C’est la marche, pourrait-on dire, qui parachève l’œuvre du Pardon de Dieu. Sans cette marche, le Pardon ne peut déployer tous ses effets ; il manque encore quelque chose. Certes, le Pardon nous a sauvé et restauré dans la grâce de Dieu. Et cela nous suffit sans doute… Mais pas pour Dieu ! Si le Pardon nous est donné, ce n’est pas seulement pour notre satisfaction personnelle ; c’est pour que nous marchions sur la route de l’Amour et que nous illuminions la vie de nos frères (cf. Mt 5. 14.16). La grâce du Salut n’est jamais donnée pour soi-même seulement. Elle est aussi donnée pour les autres et le bonheur de tous. Voilà pourquoi la réparation est si essentielle : elle nous remet en marche avec Dieu sur la route de l’Evangile qui nous conduit tout droit à nos frères. C'est par nous que Dieu veut répandre sa Paix dans le monde entier. C'est par nous et à travers nous qu'il veut se rendre présent aux hommes de ce monde. Alors il faut se mettre en marche. C'est ainsi d'ailleurs qu'André Chouraki traduisait l'expression "Heureux" dans les Béatitudes : "En marche"! Yalla!

 

La troisième image qui m’est venue à l’esprit en réfléchissant sur ce sujet de la réparation, est celle de l’homme qui coule à pic dans l'océan. Le péché, pourrait-on dire, nous enfonce toujours un peu plus, il nous fait couler, couler, couler, toujours plus profondément… Le Pardon de Dieu stoppe cette chute, et nous redonne le dynamisme de vie pour remonter vers la surface. Nous pouvons ainsi prendre appui sur la terre ferme et nous propulser de nouveau vers le haut. Mais le Royaume de l’Amour se trouve à la surface de l’eau. La réparation correspond précisément à cette remontée vers la surface où se trouve la plénitude de l’air, et où je pourrai respirer de nouveau à pleins poumons l’oxygène de l’Amour de Dieu ; sortir des ténèbres des fonds marins pour retrouver la chaleur du Soleil de Justice. La réparation me fait re-parcourir en sens inverse le chemin du péché qui m’a fait descendre jusqu’au fond. Cette remontée peut être longue et pénible, le péché m’ayant peut-être fait descendre très bas, mais la main de Dieu peut intervenir spécialement pour hâter ma remontée : c’est ce qui se passe lorsque nous recevons du Seigneur le don de l’Indulgence.

 

Autre image : celle de l’escalier et de l’ascenseur. Le Seigneur Jésus est la Porte qui nous mène au Ciel. Tous ceux qui franchissent cette Porte sont sauvés (cf. Jn 10. 9). Mais derrière la porte, il y a une ascension à vivre, une montée vers le Ciel de Dieu (qui est élevé, très élevé pour les petites créatures que nous sommes, puisque c’est le lieu de l’Amour absolu). Pour monter, il y a deux moyens : l’escalier ou l’ascenseur. L’escalier est long et pénible à franchir ; il figure la pénibilité des actes de pénitences ici-bas et des souffrances du Purgatoire. L’ascenseur nous fait parvenir au Ciel sans effort. Or, Petite Thérèse nous dit que l’ascenseur, ce sont les bras de Jésus. Eh bien voilà ce qui se produit quand l’âme bien disposée – ou l’âme défunte à qui l’on fait ici-bas ce cadeau – reçoit l’indulgence : elle prend l’ascenseur des bras de Jésus, et monte directement au Ciel en s’épargnant la peine de la rude montée par l’escalier…

 

Dernière image, que m’a suggéré le texte du Père Bernard Bro : celle de la consolation. Le Pardon sèche les larmes de pénitence de l’offenseur ; la réparation rend le sourire à l’offensé.

 

Bien entendu, ce n’est pas la souffrance de l’âme dans le feu du Purgatoire qui apaise l’offensé ! Comme si Dieu prenait plaisir à faire passer sa créature par le creuset de la souffrance pour lui faire « payer » son droit d’entrée dans le Paradis. Non, notre Dieu n’est pas sadique, et ce n’est pas ainsi qu’il faut comprendre le Purgatoire où la réparation opère différemment qu’ici-bas. La réparation dans le Purgatoire n’a pas pour finalité de faire produire à l’âme des actes de charités qu’elle n’a pas pu ou pas voulu réaliser sur la terre. L’âme souffrante au Purgatoire ne peut plus engranger de mérites, ni faire le bien. Sa souffrance est purement passive. Mais le feu du Purgatoire accomplit à la perfection et définitivement ce que les œuvres de réparation sur cette terre contribuent à réaliser dans le cœur de l’homme pécheur (et qui demeure tel dans la condition humaine d’ici-bas) : à savoir, la dilatation de son cœur et de sa capacité à recevoir tout l’amour du Ciel pour vivre éternellement de cet amour sans le moindre retour sur soi.

 

Mais pourquoi alors le tourment du feu ? Pourquoi ce supplice horrible qui est, aux dires de St Augustin, « plus terrible que toutes les souffrances qu'un homme puisse endurer en cette vie. » Le Pape Benoît XVI, dans sa dernière encyclique « Spe Salvi » nous aide à mieux comprendre ce mystère.

 

« Certains théologiens récents, écrit le Saint Père, sont de l'avis que le feu qui brûle et en même temps sauve est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec Lui est l'acte décisif du Jugement. Devant son regard s'évanouit toute fausseté. C'est la rencontre avec Lui qui, en nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, vantardise vide et s'écrouler. Mais dans la souffrance de cette rencontre, où l'impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. Le regard du Christ, le battement de son cœur nous guérissent grâce à une transformation assurément douloureuse, comme « par le feu ». Cependant, c'est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d'être totalement nous-mêmes et par là totalement de Dieu (…). Au moment du Jugement, nous expérimentons et nous accueillons cette domination de son amour sur tout le mal dans le monde et en nous. La souffrance de l'amour devient notre salut et notre joie. Il est clair que la « durée » de cette brûlure qui transforme, nous ne pouvons la calculer avec les mesures chronométriques de ce monde. Le « moment » transformant de cette rencontre échappe au chronométrage terrestre – c'est le temps du cœur, le temps du « passage » à la communion avec Dieu dans le Corps du Christ. »

 

Voilà qui nous éclaire sur le feu du Purgatoire ! Ce feu, nous dit Benoît XVI, n’est autre que Dieu lui-même, dont l’Ecriture nous révèle qu’il est un « feu dévorant » (He 12. 29). Dès lors, on peut imaginer que les âmes des défunts sont toutes dans le feu de l’Amour de Dieu, mais que ce feu agit différemment sur elles selon leur état spirituel. Les âmes des damnées brûlent de douleur dans ce feu de l’Amour de Dieu qui leur est insupportable ! Les âmes du Purgatoire souffrent à mesure que se consument en elles les imperfections et autres saletés. Les âmes du Paradis brûlent d’amour dans ce feu (à l’instar d’Ananias, Azarias et Misaël dans l’Ecriture – cf. Daniel 3), et chantent les louanges de Dieu dans une exultation perpétuelle.

 

Bien sûr, ce ne sont là que quelques images, qui ne rendent pas compte de la réalité qui nous attend au Ciel et qui est bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer ici-bas. Mais elles nous aident à comprendre que si le feu du Purgatoire est le Cœur de Jésus lui-même, la sortie du Purgatoire ne peut pas être la sortie du Cœur de Jésus, mais un changement d’état dans ce Cœur de l’Amour éternel. Quand on devient soi-même une flamme d’amour, on ne souffre plus dans le feu de l’Amour divin.

 

Reste la question de la Justice. Dans son petit Journal, Sainte Faustine, après avoir « visité » le Purgatoire et avoir été témoin, dans une vision surnaturelle, de ses terribles supplices, reçu cette parole de Jésus : « Ma miséricorde ne veut pas cela, mais la justice l'exige. » (cf. Petit Journal, § 20).

 

Cette parole m’a beaucoup fait réfléchir. Quelle est donc cette Justice qui semble s’opposer à la Miséricorde divine au point de triompher d’elle, au moins temporairement dans le Purgatoire ?

 

C’est le Cardinal Lustiger qui m’a instruit sur cette question là, dans son très beau livre sur le bonheur, et sa méditation de la 4e béatitude : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la Justice, ils seront rassasiés ».

 

« Il ne s’agit pas ici d’avoir et de faire la justice dont on peut rêver, mais d’être juste. La justice dont parle Jésus caractérise celui ou celle qui est juste devant Dieu (…). Cette justice, qui est donc le fait d’être juste, ne repose pas seulement – ni d’abord – sur l’idéal humain d’équité, mais correspond à une conformation de l’homme à Dieu Lui-même. Cette « Justice de Dieu » prend les figures de la perfection et de la sainteté, et ce sont précisément là les « qualités » que l’homme est invité à revêtir (…). Lorsque l’homme est « justifié » ou « sanctifié », lorsqu’il devient parfait aux yeux de Dieu, il est rendu semblable au Fils de Dieu Lui-même. »

 

Si l’on remplace le mot « Justice », dans la parole de Jésus adressée à Sainte Faustine, par le mot « Sainteté », nous commençons à mieux comprendre ce qui se joue dans le Purgatoire – la « conformation de l’homme à Dieu Lui-même » : « Ma miséricorde ne veut pas cela, mais ma Sainteté l’exige ». Dieu a beau aimer, il ne peut pas se « renier » lui-même, et faire qu’il soit autre que ce qu’il est : un feu dévorant, le Trois fois Saint. Cela dit, sa Miséricorde peut apaiser voire mettre un terme aux souffrances causées par ce feu en hâtant la transformation de l’âme en flamme d’amour : telle est la grâce qui nous est faite par le don de l’Indulgence ; grâce que nous pouvons nous appliquer à nous-même ou offrir à nos défunts, spécialement en cette Année Saint Paul.

 

Ne négligeons donc pas ces moyens que le Seigneur nous accorde pour grandir en sainteté : cette grâce qui nous est faite ici-bas d’obtenir Miséricorde et Pardon dans le Sacrement de la Réconciliation (la Confession) – en particulier à l’approche de Noël ; et mettons notre joie dans les œuvres de réparation et de pénitence que nous pourrons réaliser en ce temps de l’Avent pour préparer notre Cœur à recevoir le Seigneur ; redécouvrons en particulier ce trésor des Indulgences qui est grand ouvert en cette année Saint Paul ; apprenons à les recevoir régulièrement pour nous-même et à en offrir pour nos chers défunts. Nous pourrons alors entrer dans la joie de notre Maître, lorsque celui-ci viendra.

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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 11:55

"Tel est ton nom depuis toujours!" (Isaïe 63.16) 

 

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 14:12

 

 

Extrait de l’homélie du Pape Benoît XVI pour les vêpres avec les prêtres, religieux et religieuses à Mariazell (Autriche), le 8 septembre 2007.

 

 

 

Suivre le Christ signifie croître dans le partage des sentiments et dans l'assimilation du style de vie de Jésus ; c'est ce que nous dit la Lettre aux Philippiens : "Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus" (cf. 2, 5). "Regarder vers le Christ" est la devise de ces journées. En se tournant vers Lui, le grand Maître de vie, l'Eglise a découvert trois caractéristiques qui ressortent dans l'attitude de fond de Jésus. Ces trois caractéristiques – nous les appelons avec la Tradition les "conseils évangéliques" – sont devenues les composantes déterminantes d'une vie engagée dans la suite radicale du Christ : pauvreté, chasteté et obéissance. Réfléchissons à présent un peu sur ces caractéristiques. 

 

(…) Dans sa version des Béatitudes (« Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux »), saint Matthieu nous explique que la simple pauvreté matérielle ne garantit pas à elle seule la proximité de Dieu, car le cœur peut être dur et rempli du désir de richesse. Matthieu – comme toute l'Ecriture Sainte – nous laisse cependant comprendre que, quoi qu'il en soit, Dieu est proche des pauvres de manière particulière. Cela devient alors clair : le chrétien voit en eux le Christ qui l'attend, qui attend son engagement. Celui qui veut suivre le Christ de manière radicale doit renoncer aux biens matériels. Il doit cependant vivre cette pauvreté à partir du Christ, comme une manière de devenir libre intérieurement pour son prochain. Pour tous les chrétiens, mais en particulier pour nous prêtres, pour les religieux et les religieuses, pour les individus ainsi que pour les communautés, la question de la pauvreté et des pauvres doit être toujours à nouveau l'objet d'un sévère examen de conscience. Précisément dans notre situation, dans laquelle nous ne sommes pas mal, nous ne sommes pas pauvres, je pense que nous devons réfléchir en particulier sur la façon dont nous pouvons vivre cet appel de manière sincère. Je voudrais le recommander à votre – à notre – examen de conscience.

 

Pour bien comprendre ce que signifie la chasteté, nous devons partir de son contenu positif. Nous le trouvons encore une fois uniquement en regardant vers Jésus Christ. Jésus a vécu selon une double orientation : vers le Père et vers les hommes. Dans l'Ecriture Sainte, nous apprenons à Le connaître comme personne qui prie, qui passe des nuits entières en dialogue avec le Père. En priant, il inscrivait son humanité et celle de chacun de nous dans la relation filiale avec le Père. Ce dialogue devenait ensuite toujours à nouveau mission envers le monde, envers nous. Sa mission le conduisait à un dévouement pur et indivis envers les hommes. Dans les témoignages des Saintes Ecritures, il n'y a aucun moment de son existence où l'on puisse apercevoir, dans son comportement envers les hommes, une trace quelconque d'intérêt personnel ou d'égoïsme. Jésus a aimé les hommes dans le Père, à partir du Père – et ainsi, il les a aimés dans leur être véritable, dans leur réalité. Pénétrer ces sentiments de Jésus – en étant totalement en communion avec le Dieu vivant et dans cette communion toute pure avec les hommes, à leur disposition sans réserves – ce fait de pénétrer les sentiments de Jésus Christ a inspiré à Paul une théologie et une pratique de vie qui répond à la parole de Jésus sur le célibat pour le Royaume des cieux (cf. Mt 19, 12). Les prêtres, les religieux et les religieuses ne vivent pas sans liens interpersonnels. Au contraire, chasteté signifie – et c'est de là que je voulais partir – une relation intense ; elle est positivement une relation avec le Christ vivant et, à partir de cela, avec le Père. C'est pourquoi, avec le vœu de chasteté dans le célibat, nous ne nous consacrons pas à l'individualisme ou à une vie isolée, mais nous promettons solennellement de placer totalement et sans réserve au service du Royaume de Dieu – et ainsi au service des hommes – les relations intenses dont nous sommes capables et que nous recevons comme un don. De cette manière, les prêtres, les religieux et les religieuses eux-mêmes deviennent des hommes et des femmes de l'espérance : en comptant totalement sur Dieu et en démontrant de cette manière que Dieu est pour eux une réalité, ils laissent un espace pour sa présence – pour la présence du Royaume de Dieu – dans le monde. Chers prêtres, religieux et religieuses, vous offrez une contribution importante : au milieu de toute la cupidité, de tout l'égoïsme dû au fait de ne pas savoir attendre, de la soif de consommation, au milieu du culte de l'individualisme, nous cherchons à vivre un amour désintéressé pour les hommes. Nous vivons une espérance qui laisse à Dieu la tâche de sa réalisation, car nous croyons qu'Il l'accomplira. Que serait-il arrivé si, dans l'histoire du christianisme, il n'y avait pas eu ces figures phares pour le peuple? Qu'en serait-il de notre monde, s'il n'y avait pas les prêtres, s'il n'y avait pas des femmes et des hommes dans les Ordres religieux et dans les Communautés de vie consacrée – des personnes qui, à travers leur vie, témoignent l'espérance d'une satisfaction plus grande que celle liée aux désirs humains et de l'expérience de l'amour de Dieu qui dépasse tout amour humain ? Le monde a besoin de notre témoignage, précisément aujourd'hui. 

 

Venons-en à l'obéissance. Jésus a vécu toute sa vie, depuis les années cachées à Nazareth jusqu'au moment de sa mort sur la Croix, dans l'écoute du Père, dans l'obéissance envers le Père. Voyons, par exemple, la nuit sur le Mont des Oliviers : "Que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne". A travers cette prière, Jésus assume dans sa volonté de Fils la résistance persévérante de nous tous, il transforme notre rébellion en son obéissance. Jésus était un orant. Mais il était cependant également quelqu'un qui savait écouter et obéir : il s'était fait "obéissant jusqu'à la mort et à la mort sur une croix" (Ph 2, 8). Les chrétiens ont toujours fait l'expérience qu'en s'abandonnant à la volonté du Père, ils ne se perdent pas, mais ils trouvent de cette façon la voie vers une profonde identité et liberté intérieure. En Jésus, ils ont découvert que celui qui se donne se trouve lui-même, que celui qui se lie par une obéissance fondée en Dieu et animée par la recherche de Dieu, devient libre. Ecouter Dieu et lui obéir n'a rien à voir avec une obligation venant de l'extérieur et une perte de soi-même. Ce n'est qu'en entrant dans la volonté de Dieu que nous atteignons notre véritable identité. Le témoignage de cette expérience est aujourd'hui nécessaire au monde, précisément en relation avec son désir d'"autoréalisation" et d'"autodétermination". 

 

Romano Guardini raconte dans son autobiographie que, à un moment critique de son chemin, lorsque la foi de son enfance était devenue incertaine, il prit la décision maîtresse de toute sa vie – la conversion – qui lui fut offerte dans la rencontre avec la parole de Jésus, selon laquelle seul celui qui se perd trouve sa propre personne (cf. Mc 8, 34sq ; Jn 12, 25) ; sans s'abandonner, sans se perdre, on ne peut pas se retrouver soi-même, on ne peut pas se réaliser. Mais ensuite, se pose la question : dans quelle direction est-il licite de me perdre ? A qui puis-je me donner ? Il lui parut évident que nous ne pouvons nous donner complètement que si, en le faisant, nous tombons aux mains de Dieu. Ce n'est qu'en Lui, à la fin, que nous pouvons nous perdre et en Lui que nous pouvons nous trouver. Mais ensuite, se présenta cependant à lui la question suivante : Qui est Dieu? Où est Dieu? Et il comprit alors que le Dieu auquel nous pouvons nous abandonner est uniquement le Dieu qui s'est rendu concret et proche en Jésus Christ. Mais, à nouveau, se posa à lui la question suivante : Où puis-je trouver Jésus Christ? Comment puis-je vraiment me donner à Lui? La réponse trouvée par Guardini dans sa recherche difficile semble vouloir dire : Jésus n'est présent à nous de manière concrète que dans son corps, l'Eglise. C'est pourquoi l'obéissance à la volonté de Dieu, l'obéissance à Jésus Christ, doit dans la pratique être très concrètement une humble obéissance à l'Eglise. Je pense que nous devrions toujours à nouveau effectuer un profond examen de conscience sur cela également. Tout cela se trouve résumé dans la prière de saint Ignace de Loyola – une prière qui m'apparaît toujours trop grande, au point que je n'ose presque pas la prononcer, mais que, toutefois, même si c'est difficile, nous devrions toujours à nouveau nous reproposer : "Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j'ai et que je possède ; tu me l'as donné, à toi, Seigneur, je te le rends ; tout est à toi, dispose de tout selon chacune de tes volontés ; donne-moi seulement ton amour et ta grâce et je serai assez riche et ne demanderai rien d'autre" (Eb 234).

 

 

 

Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 10:31

 

 

Extrait de l’homélie du Pape Benoît XVI pour les vêpres avec les prêtres, religieux et religieuses à Mariazell (Autriche), le 8 septembre 2007.

 

 

 

Chers amis, en tant que prêtres, religieux et religieuses, vous êtes les serviteurs et les servantes de la mission de Jésus Christ. De même qu'il y a deux mille ans, Jésus a appelé des personnes à sa suite, aujourd'hui aussi de jeunes hommes et femmes se mettent en marche à son appel, fascinés par Lui et animés par le désir de placer leur vie au service de l'Eglise, en la donnant pour aider les hommes. Ils ont le courage de suivre le Christ et ils veulent être ses témoins. De fait, la vie à la suite du Christ est une entreprise risquée, car nous sommes toujours menacés par le péché, par le manque de liberté et par la défection. C'est pourquoi nous avons tous besoin de sa grâce, de même que Marie la reçut en plénitude. Comme Marie, nous apprenons à regarder toujours vers le Christ, en le prenant comme critère de mesure. Nous pouvons participer à la mission universelle de salut de l'Eglise, dont il est le Chef. Le Seigneur appelle les prêtres, les religieux, les religieuses et les laïcs à entrer dans le monde, dans sa réalité complexe, pour coopérer en ce lieu à l'édification du Royaume de Dieu. Ils le font de manières multiples et variées : dans l'annonce, dans l'édification de communautés, dans les différents ministères pastoraux, dans l'amour effectif et dans la charité vécue, dans la recherche et dans la science exercées avec un esprit apostolique, dans le dialogue avec la culture dans le milieu environnant, dans la promotion de la justice voulue par Dieu et, dans une mesure tout aussi importante, dans la contemplation recueillie du Dieu trinitaire et de sa louange communautaire.

 

Le Seigneur vous invite au pèlerinage de l'Eglise "dans sa marche à travers les temps". Il vous invite à devenir pèlerins avec Lui et à participer à sa vie qui, aujourd'hui encore, est Via Crucis et chemin du Ressuscité à travers la Galilée de notre existence. C'est cependant toujours le même et identique Seigneur qui, à travers le même et unique baptême, nous appelle à l'unique foi. La participation à son chemin signifie donc ces deux choses : la dimension de la Croix – avec les échecs, les souffrances, les incompréhensions, et même le mépris et la persécution –, mais également l'expérience d'une joie profonde dans son service et l'expérience du grand réconfort dérivant de la rencontre avec Lui. Comme l'Eglise, les paroisses, les communautés et chaque chrétien baptisé tirent l'origine de leur mission de l'expérience du Christ crucifié et ressuscité.

 

Le centre de la mission de Jésus Christ et de tous les chrétiens est l'annonce du Royaume de Dieu. Cette annonce au nom du Christ signifie pour l'Eglise, pour les prêtres, les religieux et les religieuses, ainsi que pour tous les baptisés, l'engagement à être présents dans le monde comme ses témoins. En effet, le Royaume de Dieu est Dieu lui-même, qui se rend présent parmi nous et qui règne à travers nous. L'édification du Royaume de Dieu a donc lieu lorsque Dieu vit en nous et que nous apportons Dieu dans le monde. Vous le faites, en rendant témoignage d'un "sens" qui est enraciné dans l'amour créatif de Dieu et qui s'oppose à tout manque de bon sens et à tout désespoir. Vous êtes du côté de ceux qui cherchent avec difficulté ce sens, du côté de tous ceux qui veulent donner à la vie une forme positive. En priant et en demandant, vous êtes les avocats de ceux qui sont à la recherche de Dieu, qui sont en marche vers Dieu. Vous rendez témoignage d'une espérance qui, contre tout désespoir muet ou visible, renvoie à la fidélité et à l'attention pleine d'amour de Dieu. Avec cela, vous êtes du côté de tous ceux dont l'échine ploie sous un lourd destin et qui ne réussissent pas à se libérer de leurs fardeaux. Vous rendez témoignage de cet Amour qui se donne pour les hommes et qui, ainsi, a vaincu la mort. Vous êtes du côté de ceux qui n'ont jamais vécu l'expérience de l'amour, qui ne réussissent plus à croire dans la vie. Vous vous opposez ainsi aux multiples types d'injustice cachée ou ouverte, ainsi qu'au mépris des hommes qui s'étend. 

 

Chers frères et sœurs, en ce moment, toute votre existence doit être comme celle de Jean-Baptiste, un renvoi important et vivant à Jésus Christ, le Fils de Dieu incarné. Jésus a qualifié Jean de "lampe qui brûle et qui éclaire" (Jn 5, 35). Soyez vous aussi des lampes semblables! Faites briller votre lumière dans notre société, dans la politique, dans le monde de l'économie, dans le monde de la culture et de la recherche.Même si ce n'est qu'une petite lampe au milieu de tant de feux de paille, elle reçoit cependant sa force et sa splendeur de la grande Etoile du matin, le Christ ressuscité, dont la lumière brille – veut briller à travers nous – et ne disparaîtra jamais.

 

 

 

Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 23:23
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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 17:27

Chers amis lecteurs,

 

Nous avons réfléchi la semaine dernière sur ce mystère du Purgatoire, « lieu » de souffrance et de purification des âmes sauvées par le Christ, préalable à leur entrée glorieuse au Ciel « où rien de souillé ne peut pénétrer » (Ap 21. 27). Nous avons vu que le pardon des péchés nous rétablissait en amitié avec Dieu, mais qu’en dépit de ce pardon, nous demeurions pécheurs dans tout notre être (et donc, en révolte contre Dieu) ; que le Purgatoire avait pour fonction par conséquent d’achever notre transformation intérieure, notre sanctification, de manière à nous ajuster à la vie du Ciel où plus aucun mal ne se commettra.

 

Dans cette perspective, il apparaît que l’âme sauvée qui aura commis dans sa vie terrestre de nombreux péchés aura à souffrir de grands tourments, tandis que celle au contraire qui se sera efforcée au mieux de parvenir à la sainteté intérieure par la prière, la pénitence, les œuvres de justice et de charité, aura à en souffrir de moindres. Cela, la raison peut le comprendre : plus je pèche, et plus le mal s’enracine en moi ; plus il sera difficile, long, et pénible de le déloger. A contrario, plus je lutte ici-bas contre mes penchants mauvais, plus j’accoutume mon âme à la vertu ; et plus il me sera facile de me laisser envahir par la Sainteté de Dieu – vers laquelle j’aurais tendu toute ma vie –, lorsque celle-ci se manifestera au dernier jour.

 

Mais voilà que notre ami RV (webmestre du site Chère Gospa) nous fait cette observation très judicieuse : « Entièrement d'accord avec toi, Matthieu, sur l'importance de la conversion et des oeuvres de bonté que nous faisons. En même temps, j'ai envie de dire que la Miséricorde de Dieu est vraiment TRES TRES grande. Il y a des gens qui ont loupé leur vie et qui ont fait beaucoup de mal et qui, pourtant, sont allés droit au ciel sans passer par le Purgatoire. Un illustre exemple : le bon larron (…). La Miséricorde de Dieu est quelque chose de vraiment insondable qui dépasse notre entendement. »

 

Comme je suis heureux de ce commentaire ! Je remercie vivement RV pour cette remarque très pertinente qui va nous permettre d’aller un peu plus loin dans la réflexion.

 

Il est clair, si l’on en croit l’Ecriture, que le Bon Larron n’est pas allé au Purgatoire. Dans l’Evangile de Luc, Jésus lui déclare en effet : « Amen, je te le déclare, aujourd’hui avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23. 43). « Aujourd’hui », dit Jésus…

 

Le Bon Larron n’est pourtant pas un homme très recommandable. Nous ne savons pas grand-chose sur lui, si ce n’est que l’Evangéliste l’appelle « malfaiteur » (le terme « bon larron » n’est pas biblique), qu’il est condamné à mort avec Jésus, et qu’il considère avoir mérité cette condamnation : « Pour nous, dit-il au « mauvais larron », c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons » (Lc 23. 41).

 

« Qui étaient-ils [ces deux larrons ?] Des « droits communs » ? des politiques ? D’ordinaires brigands opérant sur la route de Jéricho à Jérusalem, ou des zélotes, agresseurs des soldats d’occupation… ? ou les deux à la fois ? Des durs comme Barrabas ? Entrés dans la résistance ? Qu’importe ! Au langage injurieux du révolté qui apostrophe Jésus, on saisit qu’ils ne sont pas des enfants de chœur » (Mgr Guy Gaucher).

 

Nous voilà donc en présence d’un brigand, criminel de surcroît, directement envoyé par Jésus au Paradis, sans passer par la case « Purgatoire » ! Mince alors ! Tout « mon » édifice s’écroulerait-il comme château de cartes ?

 

Cet épisode du Bon Larron m’inspire plusieurs réflexions que je souhaiterais vous partager.

 

La première – celle qui m’est venue spontanément à l’esprit – est que le Bon Larron est sauvé… alors qu’il est cloué sur une Croix. Lorsqu'il rencontre Jésus, il est dans les affres de l’agonie ; il subit une peine pénale – la plus lourde : la peine capitale ; et la plus infamante et atroce qui soit : le crucifiement .

 

Deuxième réflexion – chose admirable et étonnante : le Bon Larron ne se révolte pas contre cette peine. Il estime l’avoir méritée : « Pour nous, c’est juste, dit-il : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. » (Lc 23. 41). Bien sûr, rien ne dit que c’est pour cela que Jésus l’accueille directement au Paradis (nous allons voir qu’il n’en est rien), mais il convient, je crois, de ne pas oublier cet arrière-fond de souffrance et de justice lorsque l’on médite sur la figure du Bon Larron.

 

Revenons donc sur ces deux éléments de réflexion (j’ai un plan bien structuré aujourd’hui…:D).

 

1. Le Bon Larron subit une peine

 

Le Bon Larron a vécu sa vie terrestre comme un brigand. Il l’a finit sur une Croix, crucifié aux côtés de Jésus. On peut donc considérer qu’il « paye » par sa souffrance le prix de son péché. On se souvient de la parole de Jésus dans le Sermon sur la Montagne : « Hâte-toi de t’accorder avec ton adversaire tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. Amen, je te le dis, tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou » (Mt 5. 25-26). Jésus évoque dans ce passage un prix à payer pour le péché (ici : le désaccord avec un « adversaire » – qui s’avère être en l’espèce un « créancier » à qui une dette est due). Non qu’il y ait dans l’esprit de Jésus une quelconque peine à subir pour satisfaire extérieurement à une justice commutative ou vindicative (« œil pour œil, dent pour dent ! ») ; ou qu’il y ait un prix à payer pour la seule raison qu’il faille payer (« Un vol = 10 coups de fouets ! ») ; mais parce que le péché a provoqué un désordre, une injustice (quelqu’un a été lésé) ; et que cette injustice doit être réparée (il convient de lui rendre son dû). Elle ne peut pas perdurer car elle a bouleversé l’ordre de l’amour (le « créancier » se révèle être dans l'Evangile un frère que j’ai blessé par ma faute, et qui a quelque chose à me reprocher). Ce bouleversement appelle une « re-création », une « restauration », non pas tant de l’ordre ancien – qui restera à jamais marqué par la faute passée (le pardon n’est pas l’oubli, et tout péché n’est pas réparable) – que de celui qui a provoqué le désordre, et d’abord à l’intérieur de lui-même…

 

« Quoi qu’on en dise, il y a une dette à payer, mais loin d’être contre l’amour, cette exigence provient de l’amour même. Ce qui répare un amour et réconcilie ceux qui ont rompu, c’est de pleurer ensemble sur le mal qui a été fait, ce sont les larmes versées sur cette rupture » (P. Bernard Bro).

 

La dette à payer, les "larmes" de pénitence, c’est ce que l’Eglise appelle la « peine temporelle du péché ». La satisfaction de cette peine, nous dit le Catéchisme de l’Eglise catholique, « peut consister dans la prière, une offrande, dans les œuvres de miséricorde, le service du prochain, dans des privations volontaires, des sacrifices, et surtout dans l’acceptation patiente de la Croix que nous pouvons porter. De telles pénitences aident à nous configurer au Christ qui, seul, a expié pour nos péchés une fois pour toutes. Elles nous permettent de devenir les cohéritiers du Christ ressuscité, puisque nous souffrons avec lui (Rm 8. 17) » (§ 1460).

 

L’enseignement que nous pouvons tirer de l’expérience du Bon Larron est que nos souffrances vécues ici-bas peuvent nous purifier intérieurement, et acquitter la « peine temporelle du péché », nous épargnant ainsi un très long purgatoire où sont purgées les peines non accomplies sur la terre… Comme l’écrivait Saint Augustin dans « La Cité de Dieu » (21.13) : « les uns souffrent les peines temporelles en cette vie seulement, d’autres après la mort, d’autres et durant et après cette vie. » Il est donc des personnes très éprouvées et traversant de grandes souffrances dont on peut dire, en quelque sorte, qu’elles font leur Purgatoire sur la terre… Tel fut sans doute le cas du Bon Larron.

 

La souffrance vécue ici-bas n’est certes pas la garantie absolue de notre parfaite purification, car on peut tout aussi bien se révolter contre notre souffrance, et s’enfermer dans un refus obstiné du réel (de notre condition de créature, ou de l’existence et des conséquences du péché) : c’est là l’expérience du Mauvais Larron – et c’est évidemment l’enfer pour qui le vit… Mais en contemplant le Bon Larron, nous sommes invités à voir dans la souffrance et les épreuves de toutes sortes une grâce à accueillir, en ce qu'elles nous font sentir notre condition de créature, et saisir combien le mal est mal et fait mal : c’est alors que notre cœur peut comprendre que son seul Bonheur est en Dieu ; que son seul Bien est Dieu lui-même.

 

Cela dit, le Seigneur, dans sa grande Miséricorde, nous offre d'autres moyens (dont certains évoqués plus haut) de « travailler » à notre Salut et de satisfaire la peine temporelle du péché. Parmi ces moyens, il y a le don merveilleux de l’Indulgence que Dieu a confié à son Eglise en vertu du pouvoir qui lui a été accordé de lier et de délier. « L’Indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée » (cf. Paul VI, Indulgentiarum doctrina, 1) Par l’indulgence, l’Eglise « intervient en faveur d’un chrétien, et lui ouvre le trésor des mérites du Christ et des saints pour obtenir du Père des miséricordes la remise des peines temporelles dues pour ses péchés. » (cf. Paul VI, loc. cit, 5) Le chrétien "indulgencié" est donc libéré de la perspective du Purgatoire! Notons que les indulgences sont toujours données sous conditions : confession et communion, prière aux intentions du Pape et tel acte de charité. Pourquoi ? Parce que « l’Eglise ne veut pas seulement venir en aide [au] chrétien, mais aussi l’inciter à des œuvres de piété, de pénitence et de charité » (cf. Paul VI, loc. cit, 8).

 

Il est donc possible de recevoir aujourd’hui la même grâce que celle qui fut accordée par Jésus au Bon Larron – l’accès direct au Paradis – sans avoir rien d’autre à souffrir que les quelques petites exigences que l’Eglise nous impose. Si nous ne pouvons pas faire l'économie ici-bas du mystère de la Croix, le redoutable Purgatoire, lui, est évitable – ce qui est quand même une très bonne nouvelle! un don ineffable de la grâce divine. Il suppose toutefois un choix radical en faveur de la sainteté et du Paradis. Ne repoussons pas ce choix au moment de notre mort, en nous disant « qu’après tout, le Bon Larron, lui, s’est décidé le jour de sa mort. J’en ferai donc autant ! » Ce serait là un très mauvais calcul… N’oublions pas que le Seigneur nous a averti qu’il reviendrait à l’improviste, comme un voleur. Et que c’est à l’heure où nous n’y penserons pas que nous paraîtrons face à lui… Alors prenons notre existence au sérieux ; pesons bien le poids de nos actes de chaque jour qui façonnent notre éternité ; et choisissons dès maintenant la vie, la vraie vie, la vie éternelle avec Dieu, la vie en plénitude promise par Jésus.

 

2. Le Bon Larron estime sa peine juste

 

… et c’est bien là sans doute le plus important. Il ne cherche pas à se défendre ou à justifier ses actes. Il en confesse le caractère mauvais ; il en assume la responsabilité et toutes les conséquences. « Pour nous, c’est juste ; après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons »… Il se voit dans la vérité de son être pécheur. Il est pauvre et désarmé.

 

Le contraste avec son « camarade » est saisissant : le mauvais larron, lui, ne sait qu’injurier. En se tournant vers Jésus, il se met à le railler : « N’es-tu pas le Messie ! Sauve-toi toi-même, et nous avec ! » (Lc 23. 39) Nul repentir dans ses paroles, mais un enfermement : il réclame d’être « sauvé » de la Croix ! Qu’il ait fait le mal, et que ce mal l’ait conduit là où il est, il n’en a cure ; son seul regret, semble-t-il, est d’avoir été « pris » par la soldatesque romaine, et de subir, lamentablement pendu à une Croix, les conséquences de ses actes. En insultant Jésus, il trahit son aveuglement : il ne sait plus discerner où est le bien et le mal ; où est la justice et l’injustice. Et cela le conduit à se révolter contre la justice même dont il est l’objet, et dont il rejette le verdict implacable.

 

Le Bon Larron, lui, ne se révolte pas contre la justice – en dépit de sa grande rigueur ; mais contre l’injustice. En voyant les tourments subis par Jésus, son cœur se soulève. Son attitude révèle une grande lucidité : il appelle mal ce qui est mal, et bien ce qui est bien ; il reconnaît juste ce qui est juste, et injuste ce qui est injuste. Il se met alors à faire de vifs reproches à son compagnon : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal » (Lc 23. 41). Il reconnaît en Jésus le Juste et l'Innocent ; c’est pourquoi il croit en sa messianité. Parce qu’au fond de son cœur, il sait que l’Amour ne peut mentir ; que l’Innocence ne peut tromper. Si Jésus, le Juste et l’Innocent, affirme qu’il est le Messie, c’est qu’il l’est. Le Bon Larron peut alors se tourner vers lui pour lui demander, dans un acte d'humilité bouleversant : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne »

 

Ce qui sauve le Bon Larron, en définitive, c’est sa pauvreté et son humilité. Il ne revendique rien pour lui-même, il ne se reconnaît aucun droit. Il ne demande pas à être sauvé d’un supplice qu’il reconnaît mérité. Mais il demande au Seigneur de se souvenir de lui, le jour où il viendra établir son Règne de Justice. Il manifeste ainsi son aspiration à vivre de la Justice de Dieu ; il la désire, il l’espère. Il reconnaît que sa vie a été une impasse, un échec. Mais l’échec apparent du Messie crucifié mourrant à ses côtés lui donne d’entrevoir aussi Sa victoire et Sa Royauté absolue ; un au-delà du mal et du péché où la justice et l’amour seront victorieux. Il ose alors demander à Jésus de se souvenir de lui le Jour où il viendra inaugurer son règne ; et confesse ainsi son désir d’être associé à cette Victoire sur le mal et le péché qui l’ont crucifié sur cette terre.

 

Cette demande lui vaudra cette réponse magnifique de Jésus, que nous rêvons tous un jour d’entendre de sa bouche : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis »

 

Le Bon Larron n’a donc pas de Purgatoire à faire pour entrer au ciel, pour la bonne raison qu’il est déjà prêt. Son cœur est disposé à rejeter le mal et à embrasser le bien ; il aime déjà le Royaume et sa Justice. Il n’a plus rien à souffrir : la souffrance et les épreuves endurées sur la terre lui ont donné un cœur de pauvre. Et l’on entend résonner cette parole de Jésus, prononcée au début de son ministère : "Heureux les pauvres de coeur, le Royaume des Cieux est à eux". Béatitude dont on remarquera qu’à la différence des suivantes – et à l’instar de la dernière –, elle est au présent de l’indicatif. Et l’on peut dérouler ainsi les Béatitudes en songeant au Bon Larron : « Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise ! Heureux ceux qui pleurent : il seront consolés ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la Justice : ils seront rassasiés ! »… (Mt 5. 1-12).

 

La finalité du Purgatoire n’est pas de nous faire souffrir. Il est de nous rendre pauvre. De nous rendre aptes à accepter de devoir dépendre en toute chose de Dieu, et de Lui seul. On peut donc avoir commis beaucoup de péchés sur la terre et monter directement au ciel, parce que le péché est un esclavage, et que du cœur de l’esclave peut jaillir un cri de liberté (aussi puissant que l’appel de l’oxygène chez la personne qui se noie au fond de l’eau). Rappelons-nous cette parole de Jésus aux chefs de prêtres et aux Anciens : « les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu » (Mt. 21.31). On peut aussi avoir commis peu de péchés, et se retrouver dans un long et pénible purgatoire, parce que notre vie n’aura pas été donnée à Dieu et à nos frères, et que notre cœur, fait pour le grand large de l’Amour, se sera peu à peu rétréci...

 

Retenons donc que le Purgatoire (et a fortiori l’enfer) ne sont pas des fatalités. Que Jésus est venu sur la terre non pour nous juger, mais pour nous sauver (on le voit bien avec le Bon Larron). Que tous, nous pouvons espérer entrer dans le Royaume de Dieu, quelque soit notre passé, nos échecs, la gravité de nos fautes. Que nos souffrances ici-bas, intérieures ou physiques, causées par le péché ou inhérentes à notre condition de créature mortelle, peuvent purifier puissamment notre cœur si nous savons les accueillir avec humilité dans notre pauvreté de créature pécheresse ; qu’elles peuvent nous préserver d’un long et pénible purgatoire. Qu’il existe des moyens spirituels de grandir dans l’amour et la pauvreté : la prière personnelle, les sacrements (spécialement l’Eucharistie et la Confession), les Indulgences offertes par l’Eglise, les actes de pénitence (jeûn et privations diverses, méditation sur la Passion de notre Seigneur…), et autres œuvres de miséricorde et de charité (souvenons-nous que « la charité couvre une multitude de péchés » - 1 P 4. 8) ; et par dessus tout, la confiance en la miséricorde divine, qui comme l’écrivait RV, est vraiment TRES-TRES grande. « C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour » disait Petite Thérèse…

 

Seigneur Jésus, Roi de miséricorde, nous t’adorons et nous te bénissons. Nous te prions de poser sur chacun de nous un regard d’amour et de tendresse, celui-là même que tu posas sur le Bon Larron du haut de la Croix. Nous avons tant besoin de toi ! Nous te supplions de nous pardonner tous nos péchés, toutes nos fautes, et d’ouvrir notre cœur à l’Amour, à la Justice et à la Vérité. Prends pitié de nous qui sommes de pauvres pécheurs, et souviens-toi de nous quand tu viendras inaugurer ton règne. Amen.

 

Saint Bon Larron, prie pour nous !

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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 00:00

 


Revoir la première partie du témoignage du Père Joseph-Marie Verlinde : "La conversion d'un docteur en sciences" (1)

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 15:17

 

 

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI au sanctuaire de Mariazell (Autriche), le 8 septembre 2007.

 

 

 

 

Le passage évangélique que nous venons d'écouter [la généalogie de Jésus-Christ en Mt 1. 1-17], ouvre (…) notre vision. Il nous présente l'histoire d'Israël à partir d'Abraham comme un pèlerinage qui, suivant des montées et des descentes, à travers des voies courtes et des voies longues, conduit enfin au Christ. La généalogie, avec ses figures lumineuses et obscures, avec ses succès et ses échecs, nous démontre que Dieu peut écrire droit également sur les lignes tortueuses de notre histoire. Dieu nous laisse notre liberté et, toutefois, il sait trouver dans notre échec des voies nouvelles pour son amour. Dieu n'échoue pas. Ainsi, cette généalogie est une garantie de la fidélité de Dieu; une garantie que Dieu ne nous laisse pas choir et une invitation à orienter notre vie toujours à nouveau vers Lui, à marcher toujours à nouveau vers le Christ.

 

Aller en pèlerinage signifie être orientés dans une certaine direction, marcher vers un objectif. Cela confère également au chemin et à ses difficultés une beauté qui leur est propre. Parmi les pèlerins de la généalogie de Jésus, certains avaient oublié l'objectif et voulaient se présenter eux-mêmes comme cet objectif. Mais le Seigneur a toujours suscité à nouveau également des personnes qui se sont laissées entraîner par la nostalgie de l'objectif, en orientant leur propre vie vers lui. L'élan vers la foi chrétienne, le début de l'Eglise de Jésus Christ a été possible, parce qu'existaient en Israël des personnes dont le cœur était en quête – des personnes qui ne se sont pas installées dans l'habitude, mais qui ont regardé au loin, à la recherche de quelque chose de plus grand : Zacharie, Elisabeth, Siméon, Anne, Marie et Joseph, les Douze et beaucoup d'autres. Leur cœur étant en attente, ils pouvaient reconnaître en Jésus Celui que Dieu avait envoyé et devenir ainsi le début de sa famille universelle. L'Eglise des nations est devenue possible car, que ce soit dans la région de la Méditerranée et dans la proche ou la moyenne Asie, là où arrivaient les Messagers de Jésus, il y avait des personnes en attente qui ne se contentaient pas de ce que tous faisaient et pensaient, mais qui cherchaient l'étoile qui pouvait leur indiquer la voie vers la Vérité même, vers le Dieu vivant.

 

Nous avons besoin de ce cœur inquiet et ouvert. C'est le noyau du pèlerinage. Aujourd'hui aussi, il ne suffit pas d'être et de penser en quelque sorte comme tous les autres. Le projet de notre vie va au-delà. Nous avons besoin de Dieu, de ce Dieu qui nous a montré son visage et ouvert son cœur : Jésus Christ. Jean, à juste titre, affirme qu'Il est le Fils unique de Dieu qui est dans le sein du Père (cf. Jn 1, 18) ; ainsi, Lui seul, du plus profond de Dieu lui-même, pouvait nous révéler Dieu – nous révéler également qui nous sommes, d'où nous venons et vers où nous allons. De nombreuses et grandes personnalités ont vécu, au cours de l'histoire, des expériences de Dieu belles et émouvantes. Elles restent cependant des expériences humaines, avec leur limites humaines. Lui seul est Dieu et donc Lui seul est le pont, qui met vraiment Dieu et l'homme en contact direct. Et donc, si nous chrétiens l'appelons l'unique Médiateur du salut valable pour tous, qui concerne chacun et dont, en définitive, tous ont besoin, cela ne signifie pas du tout un mépris des autres religions ni une absolutisation orgueilleuse de notre pensée, mais seulement que nous avons été conquis par Celui qui nous a intérieurement touchés et comblés de dons, afin que nous puissions à notre tour faire des dons également aux autres. De fait, notre foi s'oppose décidément à la résignation qui considère l'homme incapable de la vérité – comme si celle-ci était trop grande pour lui. Cette résignation face à la vérité est, selon ma conviction, le cœur de la crise de l'Occident, de l'Europe. Si, pour l'homme, il n'existe pas de vérité, celui-ci, au fond, n'est même pas capable de distinguer entre le bien et le mal. Les grandes et merveilleuses connaissances de la science deviennent alors ambiguës : elles peuvent ouvrir des perspectives importantes pour le bien, pour le salut de l'homme, mais également – et nous le voyons – devenir une menace terrible, la destruction de l'homme et du monde. Nous avons besoin de la vérité.

 

Mais, certainement en raison de notre histoire, nous avons peur que la foi dans la vérité ne conduise à l'intolérance. Si cette peur, qui a ses bonnes raisons historiques, nous assaille, il est temps de tourner notre regard vers Jésus comme nous le voyons ici au Sanctuaire de Mariazell. Nous le voyons sous deux aspects : comme un enfant dans les bras de sa Mère et, au-dessus de l'autel principal de la Basilique, comme le crucifié. Ces deux images de la basilique nous disent : la vérité ne s'affirme pas à travers un pouvoir extérieur, mais elle est humble et ne se donne à l'homme qu'à travers le pouvoir intérieur du fait qu'elle est vraie. La vérité se démontre elle-même dans l'amour. Elle n'est jamais notre propriété, notre produit, de même que l'amour ne peut pas être produit, mais seulement se recevoir et se transmettre comme don. Nous avons besoin de cette force intérieure de la vérité. En tant que chrétiens, nous avons confiance dans cette force intérieure de la vérité. Nous en sommes les témoins. Nous devons la transmettre en don, de la même manière que nous l'avons reçue, de la même façon que celle-ci s'est donnée.

 

"Regarder vers le Christ" est la devise de cette journée. Cette invitation, pour l'homme en quête, se transforme toujours à nouveau en une question spontanée, une question adressée en particulier à Marie, qui nous a donné le Christ comme son Fils : "Montre-nous Jésus!". Nous prions ainsi aujourd'hui de tout notre cœur; nous prions ainsi également en d'autres moments, intérieurement à la recherche du Visage du Rédempteur. "Montre-nous Jésus!". Marie répond, en nous le présentant tout d'abord comme un enfant. Dieu s'est fait petit pour nous. Dieu ne vient pas avec la force extérieure, mais il vient dans l'impuissance de son amour, qui constitue sa force. Il se donne entre nos mains. Il nous demande notre amour. Il nous invite à devenir nous aussi petits, à descendre de nos trônes élevés et à apprendre à être des enfants devant Dieu. Il nous offre le "Toi". Il nous demande d'avoir confiance en Lui et d'apprendre ainsi à vivre dans la vérité et dans l'amour (…).

 

"Regarder vers le Christ" : jetons encore brièvement un regard sur le Crucifié au-dessus de l'autel majeur. Dieu a racheté le monde non par l'épée, mais par la Croix. Mourant, Jésus ouvre les bras. C'est tout d'abord le geste de la Passion, avec lequel Il se laisse clouer pour nous, pour nous donner sa vie. Mais les bras étendus sont en même temps l'attitude de l'orant, une position que le prêtre prend lorsque, dans la prière, il ouvre les bras : Jésus a transformé la passion – sa souffrance et sa mort – en prière, et il l'a ainsi transformée en un acte d'amour envers Dieu et envers les hommes. C'est pourquoi les bras ouverts du Crucifié sont, à la fin, également un geste d'étreinte, avec lequel Il nous attire à Lui, il veut nous embrasser entre les mains de son amour. Ainsi, Il est une image du Dieu vivant, il est Dieu lui-même, nous pouvons nous confier à Lui.

 

"Regarder vers le Christ!". Si nous le faisons, nous nous rendons compte que le christianisme est quelque chose de plus et de différent qu'un système moral, qu'une série de requêtes et de lois. Il est le don d'une amitié qui perdure dans la vie et dans la mort : "Je ne vous appelle plus serviteur, mais amis" (cf. Jn 15, 15), dit le Seigneur aux siens. Nous nous confions à cette amitié. Mais précisément parce que le christianisme est plus qu'une morale, et qu’il est justement le don d'une amitié, c'est pour cela qu'il contient également en lui une grande force morale dont nous avons tant besoin face aux défis de notre temps. Si avec Jésus Christ et avec son Eglise nous relisons de manière toujours nouvelle le décalogue du Sinaï, en pénétrant dans ses profondeurs, alors il se révèle à nous comme un grand enseignement, valable et permanent. Le Décalogue est tout d'abord un "oui" à Dieu, à un Dieu qui nous aime et nous guide, qui nous conduit et qui, toutefois, nous laisse notre liberté, plus encore, en fait une liberté véritable (les trois premiers commandements). C'est un "oui" à la famille (quatrième commandement), un "oui" à la vie (cinquième commandement), un "oui" à un amour responsable (sixième commandement), un "oui" à la solidarité, à la responsabilité sociale et à la justice (septième commandement), un "oui" à la vérité (huitième commandement) et un "oui" au respect des autres personnes et de ce qui leur appartient (neuvième et dixième commandements). En vertu de la force de notre amitié avec le Dieu vivant, nous vivons ce multiple "oui" et, dans le même temps, nous le présentons comme indicateur de l'itinéraire à cette époque du monde. 

 

 

 

Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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