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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 14:12

 

 

Extrait de l’homélie du Pape Benoît XVI pour les vêpres avec les prêtres, religieux et religieuses à Mariazell (Autriche), le 8 septembre 2007.

 

 

 

Suivre le Christ signifie croître dans le partage des sentiments et dans l'assimilation du style de vie de Jésus ; c'est ce que nous dit la Lettre aux Philippiens : "Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus" (cf. 2, 5). "Regarder vers le Christ" est la devise de ces journées. En se tournant vers Lui, le grand Maître de vie, l'Eglise a découvert trois caractéristiques qui ressortent dans l'attitude de fond de Jésus. Ces trois caractéristiques – nous les appelons avec la Tradition les "conseils évangéliques" – sont devenues les composantes déterminantes d'une vie engagée dans la suite radicale du Christ : pauvreté, chasteté et obéissance. Réfléchissons à présent un peu sur ces caractéristiques. 

 

(…) Dans sa version des Béatitudes (« Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux »), saint Matthieu nous explique que la simple pauvreté matérielle ne garantit pas à elle seule la proximité de Dieu, car le cœur peut être dur et rempli du désir de richesse. Matthieu – comme toute l'Ecriture Sainte – nous laisse cependant comprendre que, quoi qu'il en soit, Dieu est proche des pauvres de manière particulière. Cela devient alors clair : le chrétien voit en eux le Christ qui l'attend, qui attend son engagement. Celui qui veut suivre le Christ de manière radicale doit renoncer aux biens matériels. Il doit cependant vivre cette pauvreté à partir du Christ, comme une manière de devenir libre intérieurement pour son prochain. Pour tous les chrétiens, mais en particulier pour nous prêtres, pour les religieux et les religieuses, pour les individus ainsi que pour les communautés, la question de la pauvreté et des pauvres doit être toujours à nouveau l'objet d'un sévère examen de conscience. Précisément dans notre situation, dans laquelle nous ne sommes pas mal, nous ne sommes pas pauvres, je pense que nous devons réfléchir en particulier sur la façon dont nous pouvons vivre cet appel de manière sincère. Je voudrais le recommander à votre – à notre – examen de conscience.

 

Pour bien comprendre ce que signifie la chasteté, nous devons partir de son contenu positif. Nous le trouvons encore une fois uniquement en regardant vers Jésus Christ. Jésus a vécu selon une double orientation : vers le Père et vers les hommes. Dans l'Ecriture Sainte, nous apprenons à Le connaître comme personne qui prie, qui passe des nuits entières en dialogue avec le Père. En priant, il inscrivait son humanité et celle de chacun de nous dans la relation filiale avec le Père. Ce dialogue devenait ensuite toujours à nouveau mission envers le monde, envers nous. Sa mission le conduisait à un dévouement pur et indivis envers les hommes. Dans les témoignages des Saintes Ecritures, il n'y a aucun moment de son existence où l'on puisse apercevoir, dans son comportement envers les hommes, une trace quelconque d'intérêt personnel ou d'égoïsme. Jésus a aimé les hommes dans le Père, à partir du Père – et ainsi, il les a aimés dans leur être véritable, dans leur réalité. Pénétrer ces sentiments de Jésus – en étant totalement en communion avec le Dieu vivant et dans cette communion toute pure avec les hommes, à leur disposition sans réserves – ce fait de pénétrer les sentiments de Jésus Christ a inspiré à Paul une théologie et une pratique de vie qui répond à la parole de Jésus sur le célibat pour le Royaume des cieux (cf. Mt 19, 12). Les prêtres, les religieux et les religieuses ne vivent pas sans liens interpersonnels. Au contraire, chasteté signifie – et c'est de là que je voulais partir – une relation intense ; elle est positivement une relation avec le Christ vivant et, à partir de cela, avec le Père. C'est pourquoi, avec le vœu de chasteté dans le célibat, nous ne nous consacrons pas à l'individualisme ou à une vie isolée, mais nous promettons solennellement de placer totalement et sans réserve au service du Royaume de Dieu – et ainsi au service des hommes – les relations intenses dont nous sommes capables et que nous recevons comme un don. De cette manière, les prêtres, les religieux et les religieuses eux-mêmes deviennent des hommes et des femmes de l'espérance : en comptant totalement sur Dieu et en démontrant de cette manière que Dieu est pour eux une réalité, ils laissent un espace pour sa présence – pour la présence du Royaume de Dieu – dans le monde. Chers prêtres, religieux et religieuses, vous offrez une contribution importante : au milieu de toute la cupidité, de tout l'égoïsme dû au fait de ne pas savoir attendre, de la soif de consommation, au milieu du culte de l'individualisme, nous cherchons à vivre un amour désintéressé pour les hommes. Nous vivons une espérance qui laisse à Dieu la tâche de sa réalisation, car nous croyons qu'Il l'accomplira. Que serait-il arrivé si, dans l'histoire du christianisme, il n'y avait pas eu ces figures phares pour le peuple? Qu'en serait-il de notre monde, s'il n'y avait pas les prêtres, s'il n'y avait pas des femmes et des hommes dans les Ordres religieux et dans les Communautés de vie consacrée – des personnes qui, à travers leur vie, témoignent l'espérance d'une satisfaction plus grande que celle liée aux désirs humains et de l'expérience de l'amour de Dieu qui dépasse tout amour humain ? Le monde a besoin de notre témoignage, précisément aujourd'hui. 

 

Venons-en à l'obéissance. Jésus a vécu toute sa vie, depuis les années cachées à Nazareth jusqu'au moment de sa mort sur la Croix, dans l'écoute du Père, dans l'obéissance envers le Père. Voyons, par exemple, la nuit sur le Mont des Oliviers : "Que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne". A travers cette prière, Jésus assume dans sa volonté de Fils la résistance persévérante de nous tous, il transforme notre rébellion en son obéissance. Jésus était un orant. Mais il était cependant également quelqu'un qui savait écouter et obéir : il s'était fait "obéissant jusqu'à la mort et à la mort sur une croix" (Ph 2, 8). Les chrétiens ont toujours fait l'expérience qu'en s'abandonnant à la volonté du Père, ils ne se perdent pas, mais ils trouvent de cette façon la voie vers une profonde identité et liberté intérieure. En Jésus, ils ont découvert que celui qui se donne se trouve lui-même, que celui qui se lie par une obéissance fondée en Dieu et animée par la recherche de Dieu, devient libre. Ecouter Dieu et lui obéir n'a rien à voir avec une obligation venant de l'extérieur et une perte de soi-même. Ce n'est qu'en entrant dans la volonté de Dieu que nous atteignons notre véritable identité. Le témoignage de cette expérience est aujourd'hui nécessaire au monde, précisément en relation avec son désir d'"autoréalisation" et d'"autodétermination". 

 

Romano Guardini raconte dans son autobiographie que, à un moment critique de son chemin, lorsque la foi de son enfance était devenue incertaine, il prit la décision maîtresse de toute sa vie – la conversion – qui lui fut offerte dans la rencontre avec la parole de Jésus, selon laquelle seul celui qui se perd trouve sa propre personne (cf. Mc 8, 34sq ; Jn 12, 25) ; sans s'abandonner, sans se perdre, on ne peut pas se retrouver soi-même, on ne peut pas se réaliser. Mais ensuite, se pose la question : dans quelle direction est-il licite de me perdre ? A qui puis-je me donner ? Il lui parut évident que nous ne pouvons nous donner complètement que si, en le faisant, nous tombons aux mains de Dieu. Ce n'est qu'en Lui, à la fin, que nous pouvons nous perdre et en Lui que nous pouvons nous trouver. Mais ensuite, se présenta cependant à lui la question suivante : Qui est Dieu? Où est Dieu? Et il comprit alors que le Dieu auquel nous pouvons nous abandonner est uniquement le Dieu qui s'est rendu concret et proche en Jésus Christ. Mais, à nouveau, se posa à lui la question suivante : Où puis-je trouver Jésus Christ? Comment puis-je vraiment me donner à Lui? La réponse trouvée par Guardini dans sa recherche difficile semble vouloir dire : Jésus n'est présent à nous de manière concrète que dans son corps, l'Eglise. C'est pourquoi l'obéissance à la volonté de Dieu, l'obéissance à Jésus Christ, doit dans la pratique être très concrètement une humble obéissance à l'Eglise. Je pense que nous devrions toujours à nouveau effectuer un profond examen de conscience sur cela également. Tout cela se trouve résumé dans la prière de saint Ignace de Loyola – une prière qui m'apparaît toujours trop grande, au point que je n'ose presque pas la prononcer, mais que, toutefois, même si c'est difficile, nous devrions toujours à nouveau nous reproposer : "Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j'ai et que je possède ; tu me l'as donné, à toi, Seigneur, je te le rends ; tout est à toi, dispose de tout selon chacune de tes volontés ; donne-moi seulement ton amour et ta grâce et je serai assez riche et ne demanderai rien d'autre" (Eb 234).

 

 

 

Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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