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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 16:09



Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI à l’abbaye de Heiligenkreuz (Autriche), le 9 septembre 2008.

 




Au cours de mon pèlerinage à la Magna Mater Austriae, je suis heureux d'être venu également à l'Abbaye de Heiligenkreuz, qui n'est pas seulement une étape importante sur la Via Sacra vers Mariazell, mais également le plus ancien monastère cistercien au monde qui est demeuré en activité sans interruption. J'ai voulu venir en ce lieu riche d'histoire, pour attirer l'attention sur la directive fondamentale de saint Benoît, selon la Regula duquel vivent aussi les cisterciens.

Benoît indique avec concision de "ne rien placer avant l'Office divin". C'est pourquoi dans un monastère d'orientation bénédictine, les louanges à Dieu, que les moines célèbrent en une solennelle prière chorale, ont toujours la priorité. Bien sûr – et grâce à Dieu! – les moines ne sont pas seuls à prier ; d'autres personnes prient également : des enfants, des jeunes et des personnes âgées, des hommes et des femmes, des personnes mariées ou en âge de l'être – chaque chrétien prie, ou tout au moins devrait le faire!

Dans la vie des moines, toutefois, la prière a une importance particulière : elle est le centre de leur tâche professionnelle. Ceux-ci, en effet, exercent la profession d'orant. A l'époque des Pères de l'Eglise, la vie monastique était définie comme une vie à la manière des anges. Et la caractéristique essentielle des anges que l'on voyait en eux était d'être des adorateurs. Leur vie est adoration. Cela devrait valoir également pour les moines. Ceux-ci prient avant tout non pas pour telle ou telle autre chose, mais simplement parce que Dieu mérite d'être adoré. "Confitemini Domino, quoniam bonus! – Rendez grâce au Seigneur car il est bon, car éternel est son amour!" exhortent divers Psaumes (par ex. Ps 106, 1). Une telle prière sans objectif spécifique, qui se veut un pur service divin est donc appelée à juste titre "officium". C'est le "service" par excellence, le "service sacré" des moines. Il est offert au Dieu trinitaire qui, par dessus toute chose, est digne "de recevoir l'honneur, la gloire et la puissance" (Ap 4, 11), parce qu'il a créé le monde de manière merveilleuse et de manière plus merveilleuse encore il l'a renouvelé.

Dans le même temps, l'officium des personnes consacrées est également un service sacré aux hommes et un témoignage pour eux. Chaque homme porte dans l'intimité de son cœur, consciemment ou de manière inconsciente, la nostalgie d'une satisfaction définitive, du bonheur suprême, et donc au fond de Dieu. Un monastère, où la communauté se réunit plusieurs fois par jour pour louer Dieu, témoigne que ce désir humain originel ne finit pas dans le néant : le Dieu Créateur ne nous a pas placés, nous les hommes, dans des ténèbres effroyables où, procédant à tâtons, nous devrions désespérément chercher un sens ultime et fondamental (cf. Ac 17, 27) ; Dieu ne nous a pas abandonnés dans un désert de néant, privé de sens, où, en définitive, nous attend seulement la mort. Non! Dieu a éclairé nos ténèbres avec sa lumière, par l'œuvre de son Fils Jésus-Christ. En Lui, Dieu est entré dans notre monde avec toute sa "plénitude" (cf. Col 1, 19), en Lui, toute vérité, dont nous avons la nostalgie, a son origine et son sommet.

Notre lumière, notre vérité, notre but, notre satisfaction, notre vie – tout cela n'est pas une doctrine religieuse, mais une Personne : Jésus Christ. Bien au-delà de nos capacités de chercher et de désirer Dieu, nous sommes déjà auparavant cherchés et désirés, et plus encore, trouvés et rachetés par Lui! Le regard des hommes de tous les temps et de tous les peuples, de toutes les philosophies, les religions et les cultures, rencontre en fin de compte les yeux grands ouverts du Fils de Dieu crucifié et ressuscité ; son cœur ouvert est la plénitude de l'amour. Les yeux du Christ sont le regard de Dieu qui aime. L'image du Crucifié au-dessus de l'autel, dont l'original romain se trouve dans la Cathédrale de Sarzana, montre que ce regard se tourne vers chaque homme. Le Seigneur en effet, regarde dans le cœur de chacun de nous.

Le cœur du monachisme est l'adoration – une vie à la manière des anges. Mais les moines étant des hommes de chair et de sang sur cette terre, saint Benoît, à l'impératif central de l'"ora", en ajoute un second : le "labora". Selon la conception de saint Benoît comme celle de saint Bernard, une partie de la vie monastique, en plus de la prière, est aussi le travail, la culture de la terre conformément à la volonté du Créateur. Ainsi, au fil de tous les siècles, les moines, à partir de leur regard tourné vers Dieu, ont rendu la terre vivable et belle. La sauvegarde et l'assainissement de la Création venaient précisément de leur regard tourné vers Dieu. A travers le rythme de l'ora et labora, la communauté des personnes consacrées rend témoignage de ce Dieu qui en Jésus Christ nous regarde ; et l'homme et le monde, sous Son regard, deviennent bons.
 

Non seulement les moines disent l'officium, mais l'Eglise a tiré de la tradition monastique pour tous les religieux, ainsi que pour les prêtres et les diacres, la récitation du Bréviaire. Il est bon ici aussi que les religieuses et les religieux, les prêtres et les diacres – et naturellement aussi les Evêques – dans la prière quotidienne "officielle", se présentent devant Dieu avec des hymnes et des psaumes, avec des actions de grâce et des requêtes sans objectifs spécifiques.


Chers confrères dans le ministère sacerdotal et diaconal, chers frères et sœurs dans la vie consacrée! Je sais qu'il faut de la discipline, et même parfois un dépassement de soi-même pour réciter fidèlement le Bréviaire ; mais à travers cet officium, nous recevons dans le même temps de nombreuses richesses : combien de fois, lorsque nous le récitons, la fatigue et l'abattement s'évanouissent! Et lorsque Dieu est loué et adoré avec fidélité, sa Bénédiction ne fait pas défaut. A juste titre, on dit en Autriche : "Tout dépend de la Bénédiction de Dieu!".


Votre service prioritaire pour ce monde doit donc être votre prière et la célébration de l'Office divin.
La disposition intérieure de chaque prêtre, de chaque personne consacrée doit être de "ne rien placer avant l'Office divin". La beauté d'une telle disposition intérieure s'exprimera à travers la beauté de la liturgie au point que là où, ensemble, nous chantons, nous louons, nous exaltons et nous adorons Dieu, un fragment du ciel devient présent sur terre. Il n'est vraiment pas téméraire de voir, dans une liturgie entièrement centrée sur Dieu, dans les rites et dans les chants, une image de l'éternité. Autrement, comment nos ancêtres auraient-ils pu, il y a des centaines d'années, construire un édifice sacré aussi solennel que celui-ci? L'architecture elle-même attire ici déjà vers le haut nos sens en direction de "ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment" (Cf. 1 Co 2, 9). Dans toute forme d'engagement au service de la liturgie, un critère déterminant doit être le regard toujours tourné vers Dieu. Nous sommes devant Dieu – Il nous parle, et nous Lui parlons. Lorsque, dans les réflexions sur la liturgie, on se demande seulement comment la rendre attirante, intéressante et belle, la partie est déjà perdue. Ou bien elle est opus Dei avec Dieu comme sujet spécifique ou elle n'est pas. Dans ce contexte, je vous demande : célébrez la sainte liturgie en ayant le regard tourné vers Dieu dans la communion des Saints, de l'Eglise vivante de tous les lieux et de tous les temps afin qu'elle devienne l'expression de la beauté et de la sublimité de ce Dieu ami des hommes!

L'âme de la prière, enfin, est l'Esprit Saint. Chaque fois que nous prions, en vérité, c'est toujours Lui qui "vient au secours de notre faiblesse, en intercédant lui-même en des gémissements ineffables" (cf. Rm 8, 26). En ayant confiance dans cette parole de l'Apôtre Paul je vous assure, chers frères et sœurs, que la prière suscitera en vous cet effet que l'on exprimait jadis en appelant les prêtres et les personnes consacrées simplement des "Geistliche" (c'est-à-dire des personnes spirituelles). Monseigneur Sailer, l'Evêque de Ratisbonne dit un jour que les prêtres devaient être avant tout des personnes spirituelles. Je serais heureux que l'expression "Geistliche" retrouve un usage plus fréquent. Mais il est surtout important que se réalise en nous la réalité que décrit ce terme : que dans la sequela du Seigneur, en vertu de la force de l'Esprit, nous devenions des personnes "spirituelles".
 



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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