Cher ami lecteur, tu es le e visiteur. La Paix soit avec toi.
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Extrait du livre de Claude Tresmontant : "Les métaphysiques principales". Un ouvrage indispensable pour enraciner solidement sa foi dans la raison - et répondre aux arguments de l'agnosticisme pour qui la raison humaine est incapable d'accéder avec certitude à de quelconques vérités métaphysiques.
Il existe dans l’histoire de la pensée humaine quelques métaphysiques qui ne sont pas en nombre indéfini. Il existe quelques problèmes métaphysiques fondamentaux, et à ces problèmes il existe quelques solutions qui ne sont pas en nombre indéfini. Il existe aussi plusieurs méthodes en métaphysique, en tout petit nombre. Il est donc possible de constituer une typologie des métaphysiques principales (…).
Nous avons voulu montrer (…) qu’il existe dans la réalité historique quelques types de métaphysiques qui sont constants à travers les siècles, et que si l’on tente l’analyse logique des problèmes, il n’existe aussi que quelques types de solutions aux problèmes posés, en tout petit nombre (…). Nous avons montré comment, dans la suite des siècles, ces archétypes métaphysiques subsistent, en prenant quelques exemples particulièrement significatifs (…). Il s’agit (…) de caractériser par quelques exemples quelques types ou modèles de métaphysiques qui sont constants à travers les siècles.
Cette analyse logique des métaphysiques principales permet de voir que si les solutions aux problèmes posés ne sont pas en nombre indéfini – loin de là ! – il est permis d’espérer d’en trouver la solution à la condition d’utiliser la bonne méthode, la seule méthode normale de la pensée, qui est la méthode expérimentale, la méthode scientifique.
Ainsi ces quelques esquisses simples et schématiques à dessein ont-elles finalement pour objet ou pour but de faire sortir, de tirer nos amis astrophysiciens, physiciens, biologistes, économistes, etc. de la morne conviction qui est la leur, conviction aujourd’hui majoritaire sur notre microscopique Planète, à savoir que l’analyse philosophique est impossible, que les questions métaphysiques sont dépourvues de signification, qu’il faut s’en tenir à la constatation du donné, etc. On a reconnu la sinistre rengaine : c’est le positivisme, le vieux et le nouveau toujours aussi vieux, qui dérive en fait du kantisme (…).
La méthode scientifique qui est la méthode expérimentale consiste à ne pas tenir compte des préférences subjectives de chacun dans l’analyse du donné. Mais justement, nous allons le voir, nombre de métaphysiciens à travers les siècles sacrifient volontiers le donné objectif à leurs préférences subjectives, à leurs amours et à leurs haines. C’est la raison pour laquelle la métaphysique s’est dévoyée. Et c’est la raison pour laquelle aussi nombre de philosophes – comme par exemple Nietszche, Heidegger, Sartre et bien d’autres à leur suite – ont en horreur la méthode scientifique qui est la méthode expérimentale, car elle implique, elle exige que l’on parte du donné et qu’on le respecte. Ils diraient volontiers en s’adressant au Réel donné dans l’expérience : "Eloigne-toi de nous ! Pourquoi es-tu venu nous tourmenter avant l’heure?"
L’abîme qui existe aujourd’hui entre la philosophie dominante telle qu’elle s’enseigne ou ne s’enseigne pas – et les sciences expérimentales, tient précisément à ce point : Tous les savants du monde sont d’accord sur le fait que le point de départ de la connaissance, c’est l’expérience objective ; que le critère de la vérité, c’est l’expérience ; qu’il faut partir du donné, l’écouter, l’ausculter, l’explorer, et que la méthode, si l’on peut dire, des déductions a priori ne vaut rien. Elle a toujours échoué et donné des résultats ridicules.
Les philosophes qui règnent aujourd’hui sur la Planète ne sont plus d’accord sur rien, même pas et surtout pas sur la question du point de départ de la connaissance philosophique. Il n’y a donc plus d’espoir de ce côté-là. Le seul espoir d’un renouvellement, d’une nouvelle jeunesse de la métaphysique, se présente du côté des chercheurs, des scientifiques, qui ont vu, qui ont compris l’existence et l’intérêt des problèmes métaphysiques, et qui aimeraient les traiter (…).
La métaphysique n’est pas quelque chose de mystique, ni de magique, ni d’irrationnel. La métaphysique est tout simplement l’analyse logique complète, intégrale, du donné de notre expérience. Il s’agit tout simplement de s’instruire en ce qui concerne ce qui est donné dans notre expérience, dans toute notre expérience, et de s’efforcer de raisonner correctement.
Extrait du livre "Qu'est-ce que la théologie naturelle?" de Paul Clavier.
Au-delà de la connaissance naturelle de Dieu, qui sert de préambule à la foi, s’étend le domaine de la connaissance surnaturelle de Dieu,
qui est d’abord la théologie gracieuse, dont la source est la lumière de la Révélation, puis la théologie
glorieuse, qui est la vision des Bienheureux élevés dans la gloire de Dieu. Une question peut être de savoir si cette connaissance naturelle de Dieu constitue ou non un préambule
indispensable, une condition nécessaire pour accueillir la Révélation ou si, en fait comme en droit, ces préambules peuvent être sautés.
Les résistances à la théologie naturelle ne sont pas seulement le fait de philosophes agnostiques, ou d’historiens pressés d’entériner sa disparition. Il faut également compter avec la répugnance des croyants de diverses confessions exaspérés de voir leur pratique religieuse pour ainsi dire soumise à une enquête préalable. On retrouve ici l’objection fidéiste (…). Tertullien, apologète chrétien du IIe siècle, n’a pas mal contribué à dresser l’une contre l’autre la raison et la croyance religieuse (…). A sa suite, on dénonce la contamination de la religion chrétienne par la philosophie grecque.
Le principal grief retenu contre l’approche philosophique serait de réduire Dieu à une idole conceptuelle, de le vider de toute substance. Grégoire de Nysse, Père de l’Eglise du IVe siècle après J.-C. affirme dans ce sens : « Tout concept formé pour essayer d’atteindre et de cerner la nature divine ne réussit qu’à façonner une idole de Dieu, non point à le connaître. »
Ici, une distinction s’impose. Une chose est d’« essayer d’atteindre et de cerner la nature divine », autrement dit, de prétendre en épuiser le contenu ou l’essence à coup de concepts. Une telle entreprise est assurément réductrice et idolâtrique, si l’on définit l’idolâtrie comme l’action d’adorer la créature en lieu et place du Créateur (en l’occurrence, on adorerait des conceptions anthropomorphiques, des concepts humains au lieu de rendre grâce au Créateur). Autre chose est de demander, à titre de préambule, si Dieu existe. Il semble légitime, voire prudent, de s’assurer, avant d’entrer dans le schéma d’une Révélation, que celui qui se révèle existe bel et bien. Mais cette interrogation elle-même est suspecte d’irrespect. Comme si poser une telle question était inconvenant, voire scandaleux. La situation du croyant est parfois comparée à celle d’un amoureux auquel un rationaliste grincheux aurait la bêtise de demander si la fiancée existe. Quelle question déplacée ! Mais le fait que pour l’amoureux la réponse soit évidente au point qu’il ne se pose même plus la question ne signifie pas que la question soit sans objet. D’autres peuvent se la poser. Quand bien même Dieu ne pourrait être connu dignement que dans le cadre d’une relation amoureuse, la question de son existence n’en demeure pas moins un préalable à tout rendez-vous.
La théologie naturelle ignore ces réticences à enquêter sur les raisons que nous pouvons avoir d’admettre ou de refuser l’existence de Dieu. Elle ne se satisfait pas de l’attitude qui consiste à réduire l’existence de Dieu à un article de foi. Il y a d’ailleurs une raison assez forte pour réclamer qu’un préambule naturel soit accessible préalablement à l’acte de foi en Dieu. Si l’existence de Dieu n’est accessible que par une révélation divine, l’authentification de cette révélation est impossible, ou du moins parfaitement circulaire. La notion d’auto-révélation ou d’auto-communication d’un Dieu qui serait totalement inaccessible à la raison naturelle pose un problème de coordination avec nos facultés naturelles. Si nous n’avons aucun moyen naturel de trancher la question de l’existence de Dieu, alors nous n’avons aucune raison d’accueillir ou de refuser quelque révélation divine que ce soit. Le risque d’auto-suggestion ou de crédulité est majoré. L’illuminisme et l’obscurantisme, le fanatisme et l’irrationalisme peuvent rentrer en force, et plus rien ne peut leur être opposé. C’est ce risque que la théologie naturelle entend réduire (…).
Considérons le schéma :
1) il faut croire qu’il y a un Dieu, parce qu’il est ainsi enseigné dans les Saintes Ecritures ;
2) il faut croire les Saintes Ecritures, parce qu’elles viennent de Dieu.
La proposition 2) inclut déjà l’existence de Dieu, supposé véridique. En effet, quoi que disent les Saintes Ecritures au sujet de l’existence de Dieu, les accepter comme vraies parce que venant de Dieu, c’est déjà admettre que Dieu existe. La justification de la croyance en l’existence de Dieu par la croyance en la provenance divine des Saintes Ecritures est donc circulaire, pour l’infidèle comme pour le croyant. La géométrie argumentative est la même pour tous : un cercle est un cercle.
Pour accepter de se soumettre aux termes d’une Révélation, l’intelligence doit au minimum admettre l’existence de celui qui se révèle. Autrement, elle risque de se trouver embarquée dans un paradoxe du type : « je sais que Dieu n’existe pas mais je crois en sa parole ». Il se peut que l’existence de Dieu ne soit pas connue avec certitude, mais alors l’intelligence humaine ne pourra se soumettre à la Révélation que si elle juge l’existence de Dieu plus probable qu’improbable. Autrement, on en viendrait à dire : « Je ne crois pas que Dieu existe, mais je crois en ce qu’il me révèle (ou en ce qu’on me transmet à son sujet) ». Bref, il faut un minimum de coordination entre ce que la raison peut naturellement connaître et ce qui, le cas échéant, déborde sa capacité. Pascal, d’ordinaire si méfiant envers la capacité de la raison naturelle à parler dignement de Dieu, soutient pourtant : « Si on soumet tout à la raison, notre religion n’aura rien de mystérieux et de surnaturel. Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule ».
Ø Lire aussi "Dieu sans barbe"
Ø Ecouter les conférences audios de Paul Clavier
Dans la Déclaration conciliaire
Nostra Aetate (…) on peut lire : « L’Eglise regarde (…) avec estime les musulmans qui adorent le
Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout puissant, Créateur du ciel et de la terre ». En raison de leur monothéisme, ceux qui
croient en Allah nous sont particulièrement proches.Ø Autres sujets traités dans l’ouvrage : Comment prier ? Dieu existe-t-il ? Jésus est-il vraiment Dieu ? Jésus devait-il se sacrifier ? Pourquoi tout ce mal ? Pourquoi tant de religions ? Hors de l’Eglise, quel salut ? A quoi sert de croire ? L’au-delà existe-t-il ?...
Quatrième de couverture de l'ouvrage référence de Mgr André-Mutien Léonard, tout nouvel archevêque de Malines-Bruxelles :
"Les raisons de croire". Mon
livre de chevet depuis plus de dix ans.
Le plus grand enjeu du monde contemporain est celui de la foi. Oui ou non, Dieu existe-t-il? Oui ou non, s'il existe, Dieu plane-t-il loin au-dessus de nos vies et des drames du monde, ou bien
intervient-il activement dans notre histoire, pour l'éclairer et la conduire à son aboutissement? Oui ou non, Jésus-Christ est-il l'Unique en lequel Dieu s'est révélé et livré à l'humanité pour
toujours? Oui ou non, Jésus-Christ est-il aujourd'hui vivant et accessible dans l'Eglise?
Dans notre monde occidental déchristianisé, ces questions retrouvent, à la mesure même du paganisme ambiant, toute leur acuité et tout leur tranchant. Qu'en est-il de la foi dans laquelle la
plupart de nous ont grandi, mais que déjà beaucoup, dans les plus jeunes générations, ignorent totalement? Qu'en est-il de l'espérance chrétienne qui attend tout de Dieu, au beau milieu d'un
monde qui semble attendre si peu de lui? Qu'en est-il?
Le propos de ce livre est de montrer qu'aujourd'hui plus que jamais, il est raisonnable de croire. Même si la foi dépasse la raison, elle n'est pas sans raisons. Il s'agit donc ici de
manifester les raisons qui justifient rigoureusement la foi face aux requêtes légitimes de l'intelligence humaine. Certes, croire est plus qu'une affaire de compréhension intellectuelle
; mais si elle veut résister aux remises en question massives auxquelles la soumettent les nombreuses idéologies du monde contemporain, la foi doit pouvoir rendre raison d'elle-même sur
le plan de l'intelligence commune à tout homme. Elle doit, en particulier, relever le terrible défi du mal qui semble contredire Dieu. Tel est le propos de ce livre, fruit des nombreuses
années d'enseignement de l'auteur à l'Université de Louvain.
Ø Réecouter l'enseignement de Mgr Léonard sur Jésus-Christ : première partie et seconde partie.
« Quand nous arriverons au paradis, nous serons certainement éblouis par
l'admirable simplicité de Dieu. Et tout ce qui nous aura paru mystérieux sur terre nous apparaîtra tout à coup lumineux », écrit le Père
Descouvemont.
Pourquoi croire est-il aujourd'hui si difficile? Pourquoi le croyant reste-t-il souvent perplexe face à certaines données de la foi? Dans son ouvrage intitulé « Les apparents paradoxes de Dieu », le Père Descouvemont relève sept paradoxes
fondamentaux qui déconcertent le chrétien et intriguent le non-croyant :
- à Trois, Il ne font qu'Un ;
- Tout Autre, il est Tout Proche ;
- Prodigue, il est mendiant ;
- Juste, il est miséricordieux ;
- Infiniment heureux, il communie à nos
souffrances ;
-
Tout-Puissant, Il nous laisse libre ;
- Rejeté, Il est toujours là.
Parcourant ces paradoxes en puisant dans l'expérience des Saints – pour qui le mystère de Dieu a toujours été source d'émerveillement –, l'auteur livre une réflexion qui lève les ambiguïtés et
les malentendus entourant la foi chrétienne. Il invite croyants comme non-croyants à envisager Dieu non pas comme un mur contre lequel on bute, mais comme un océan sans rivage que l'on n'a jamais
fini d'explorer.
Prêtre, né en 1927, le Père Pierre Descouvemont est philosophe, théologien, prédicateur de retraites et conférencier renommé pour ses qualités de vulgarisateur. Il est l'auteur d'une vingtaine
d'ouvrages dont le "Guide des difficultés de la foi catholique" et le "Gagner le combat spirituel".
Voici donc un extrait de cet intéressant ouvrage sur les « apparents paradoxes de Dieu » que me suggère notre débat avec Yves sur la souffrance et la mort du Verbe incarné
(à partir du commentaire n° 47 sur ce fil). Dieu peut-il souffrir, Lui qui est
impassible ? Dieu peut-il mourir, Lui qui est immortel ?
En méditant les souffrances que le Christ a endurées pour nous tout au long de Son existence terrestre, les chrétiens n’ont jamais oublié la distinction proclamée par le Concile de Chalcédoine en
451. C’est dans Sa nature humaine, et non dans Sa nature divine, que le Christ a souffert. C’est bel et bien la personne du Verbe qui a souffert pour nous sur la Croix, mais en tant que Verbe,
Il est resté impassible.
Cela ne signifie pas que la Personne du Verbe n’a pas été « affectée » par ce qui Lui est arrivé sur la terre. Saint Léon lui-même, qui a tant
contribué à faire proclamer par le Concile de Chalcédoine la distinction entre les deux natures du Christ, reconnaît que les souffrances du Verbe incarné ont reflué jusqu’à l’Être
impassible : « Ce que souffrait la chair du Verbe n’était donc pas souffrance du Verbe, mais de la chair ; ses injures et ses supplices
refluaient (redundabant) cependant jusqu’au Verbe impassible, en sorte qu’on a pu dire à juste titre que c’est à Lui qu’était infligé ce qu’Il
a permis sur Son corps, selon le mot de l’apôtre : « S’ils L’avaient connu, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire » » (Sermon XVII sur la Passion).
Tel est l’enseignement constant des Pères de l’Eglise. En s’incarnant dans le sein de la Vierge Marie, le Fils de Dieu est devenu mortel, tout en
restant immortel. Il est devenu passible, tout en restant impassible. Il est devenu fragile, tout en restant le Tout-Puissant. Il est devenu homme, tout en restant
Dieu.
Bien avant le Concile de Chalcédoine, Saint Athanase affirmait déjà, dans son « Troisième discours contre les ariens » (n°32) : « De même que nous disons que le corps assumé par le Verbe est Son propre corps, de même nous disons que les souffrances de ce corps
ont été proprement les siennes, bien qu’elles ne l’atteignent pas en Sa divinité ».
Même affirmation chez Grégoire de Nysse disant du Logos qu’Il a été « Dieu impassible souffrant dans la chair, tout en demeurant dans
l’impassibilité » (Contre Eunome, XII).
Mais par ailleurs (…), en affirmant l’impassibilité du Verbe, les chrétiens ne se sont jamais représenté Dieu comme un Jupiter qui trône dans le ciel, indifférent à la souffrance des hommes. Ils
savent que le Dieu qui se révèle dans l’Ecriture est un Dieu dont les entrailles sont pleines de pitié pour son peuple : « Mes entrailles s’émeuvent pour lui, pour lui déborde ma
tendresse » (Jr 31. 20).
A fortiori, les chrétiens n’ont jamais pensé que le Père et l’Esprit Saint aient été insensibles à la souffrance du Fils bien-aimé et au cri qu’il lança
sur la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Très souvent, les artistes ont évoqué cette participation de la Sainte Trinité à la tragédie du
Calvaire en représentant le Père accueillant dans ses bras le Corps du Crucifié et l’Esprit-Saint reposant sur Lui sous la forme d’une colombe.
C’est la raison pour laquelle des Pères de l’Eglise n’ont pas hésité à parler d’une souffrance en Dieu : « Le Père Lui-même, dit par exemple Origène, Dieu de l’Univers, plein d’indulgence et de
miséricorde, n’est-il pas vrai qu’Il souffre en quelque sorte ? » (Homélies sur Ezéchiel, VI,
6).
Les chrétiens n’oublient jamais en effet que, pour respecter le mystère de Dieu, il faut affirmer simultanément que Dieu est infiniment heureux et infiniment compatissant.
« Si Dieu est impassible, affirme Saint Bernard, Il n’est pas dénué de
compassion, puisque rien ne Lui est plus inhérent que d’avoir toujours pitié et de pardonner. » C’est pourquoi, continue-t-il, les bienheureux
habitants du ciel participent à la compassion de Dieu pour les hommes : « Délivrés de la souffrance, ils compatissent à la nôtre. Leur sensibilité
n’est pas diminuée, elle est transfigurée ; en se revêtant de Dieu, ils n’ont pas dépouillé toute affection pour nous. Libérés de la faiblesse, il ne le sont pas de la pitié. Car la charité
de périt jamais » (26e sermon sur le Cantique des Cantiques).
Extrait du remarquable ouvrage de Claude Tresmontant : « Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de
Dieu » (Editions du Seuil, 1966) – un ouvrage de référence qui ne doit manquer à la bibliothèque de quiconque (croyant ou non-croyant) s’interroge sur l’existence de
Dieu.
On trouve dans l’histoire des métaphysiques des doctrines panthéistes en grand nombre, des cosmologies panthéistes puissantes et belles : en Inde avec la théosophie brahmique, en
Grèce avec les philosophes présocratiques, puis avec Platon, Aristote, les stoïciens, Plotin, en Europe avec Spinoza par exemple. Ces métaphysiques enseignent que le monde est incréé, éternel,
impérissable, car il est divin, il est l’Être absolu. Les astres sont divins, et toutes choses, à des degrés divers, sont animées.
Il existe aussi dans l’histoire des métaphysiques un courant, une tradition, une espèce de pensée qui n’est pas panthéiste : c’est l’espèce métaphysique qui a pour origine la pensée
hébraïque biblique, et qui se continue par la pensée juive, la philosophie chrétienne et la philosophie arabe orthodoxe : selon cette métaphysique, le monde n’est pas l’absolu, rien
de ce qui est du monde n’est divin, le monde n’est pas l’Être absolu et nécessaire. Il n’est pas le Rocher, il n’est pas la Consistance. Le monde existe bien réellement, mais il ne suffit pas à
rendre compte par lui-même de son existence, ni de ce qu’il contient, ni de son développement. Il est ontologiquement insuffisant. Il dépend d’un autre.
Mais notez bien combien sont rares les philosophies réellement athées.
Du côté de l’Inde, on relève au VIe siècle avant notre ère le jaïnisme, qui professe un atomisme, une monadologie sans dieu, et l’éternité du monde. En Grèce, vous connaissez
aussi une tradition atomiste avec Leucippe de Milet, Démocrite d’Abdère au Ve siècle avant notre ère. Les atomistes grecs ne sont pas absolument athées : ils pense que
les dieux ne s’occupent pas du monde. Les atomes matériels éternels sont incréés. Ils s’arrangent entre eux pour produire les êtres qui constituent le monde que nous
connaissons.
Ces philosophes s’accordent – ils sont bien obligés de le faire, comme nous tous – l’existence d’une matière. Ils affirment qu’elle est éternelle. Mais de l’existence de cette matière, ils ne
rendent pas compte : or, c’est justement là qu’est la question. De même, ils ne rendent pas compte, comme le notait déjà Aristote, du mouvement qui anime les atomes : cela aussi, ils se
le donnent pour accordé. Cela fait beaucoup de choses que l’on accorde. Enfin, lorsqu’ils pensent pouvoir expliquer l’organisation de la matière et la constitution des êtres vivants et organisés
par un mouvement éternel des atomes qui s’entrechoquent au hasard, ils font preuve – et il n’y a pas lieu de le leur reprocher – d’une immense ignorance de ce qui est en
question.
Nous traiterons (…) le problème philosophique posé par l’organisation de la matière : nous verrons avec l’unanimité des biochimistes et des biologistes qui ont réfléchi au problème, que
l’explication des atomistes grecs, l’explication par le mouvement désordonné des atomes et le hasard, est très exactement un conte pour enfants. Le roman atomiste peut servir encore
aujourd’hui pour apprendre le latin aux enfants à qui l’on fait traduire le De Natura rerum de Lucrèce. Il peut charmer par sa poésie. Il peut même consoler quelque vieil homme ignorant
la biologie et qui veut bien se préparer dignement à la mort selon l’esprit du matérialisme ancien : il ne peut plus du tout se présenter comme une
explication de quoi que ce soit. Mais, notez-le bien, à part la tentative d’explication atomiste des anciens philosophes grecs Leucippe et Démocrite, qu’est-ce qui existe comme
philosophie athée s’efforçant de rendre compte de l’existence du monde et de ce qu’il contient ? On n’en voit pas d’autre. Et au XIXe siècle encore, lorsqu’on voulait proposer
une cosmologie athée, c’est vers l’atomisme des anciens qu’on se tournait. Aujourd’hui, nous le verrons, les choses sont plus difficiles, parce qu’on connaît la complexité énorme d’un
seul acide aminé, d’une seule protéine : et pour constituer une seule cellule, il faut des millions de macromolécules de protéines : l’explication par le hasard n’est plus valable. Il
faut inventer autre chose.
Mais il faut rendre hommage à l’atomisme ancien : il a au moins représenté un effort pour proposer une cosmologie athée.
Qu’est-ce qui existe aujourd’hui pour le remplacer ? On ne voit rien.
L’atomisme échoue à rendre compte rationnellement du réel dans une perspective athée. Il échoue, parce qu’il ne répond pas aux questions posées par l’existence même de la matière, et par
l’organisation de la matière.
Il ne nous reste donc toujours que deux métaphysiques entre lesquelles il faut choisir : la métaphysique panthéiste et la métaphysique de la
Création.
L’histoire des philosophies ne nous propose pas une seule philosophie cohérente et tenant compte du monde réel, qui réponde dans une perspective purement athée aux
problèmes métaphysiques posés par ce monde réel avec tout ce qu’il contient.
L’athéisme pur est rare dans l’histoire des philosophies, et lorsqu’il existe, c’est qu’il néglige de traiter les problèmes rationnels qui se posent inévitablement à la raison humaine lorsqu’elle
réfléchit sur le monde. Il est facile, très facile, de se dire athée. Il est plus difficile de penser le monde dans une perspective athée. Nous aurons même à
nous demander si c’est possible et nous serons amené à conclure que non : l’athéisme en fait est impensable, pour peu qu’on tienne compte du monde réel, et il n’a d’ailleurs jamais
été pensé jusqu’au bout.
Dans son très beau livre sur le bonheur, « Soyez heureux », le Cardinal Jean-Marie Lustiger médite la 4e béatitude de Jésus :
« Heureux ceux qui ont faim et soif de la Justice, ils seront rassasiés ».
Après avoir défini la Justice comme la Sainteté de Dieu (« Heureux ceux qui ont faim
et soif d’être des saints, pourrait-on ainsi traduire, il seront rassasiés »), le Cardinal observe que beaucoup peuvent être tentés par le découragement dans le combat
spirituel, au point de renoncer au combat lui-même…
Pourquoi (…) réagit-on le plus souvent par la défiance à cette promesse de Dieu ? Parce que l’on estime que cette Justice, cette Sainteté, cette Perfection ne sont pas à la portée des gens
ordinaires. Alors on se résigne à la médiocrité.
Beaucoup gardent la tristesse d’une déception spirituelle. A un moment de leur vie, ils ont dit à Dieu : « Je t’aime Seigneur. Je te donne tout et je veux être fidèle à ton
amour ». Et puis ils ont fait l’expérience parfois désespérante de leur faiblesse, de leur péché, de leur incapacité à tenir même les décisions les plus simples. Ils se jugent indignes
de l’appel à la sainteté qu’ils ont reçu et le rangent parmi les illusions perdues de la jeunesse ou d’une période de ferveur. Ils se résignent au sommeil spirituel.
Parce qu’on ne parvient pas à rester fidèle dans la prière, on ne prie plus. Parce qu’on ne réussit pas à observer tel commandement de Dieu, on y renonce complètement. Parce qu’on n’arrive pas à
se corriger de tel défaut, on cesse de vouloir en être délivré et de le demander à Dieu. Bref, parce qu’on ne correspond pas à l’image que l’on s’est faite de la perfection, on capitule devant
l’appel à la sainteté.
Or, cet appel n’a rien à voir avec l’ambition d’un champion sportif ! Devenir saint, ce n’est pas pouvoir crier victoire en exultant : « Ca y est ! J’ai atteint mon objectif
de sainteté ! » C’est bien plutôt demander à Dieu comme une grâce ce qu’Il promet comme un rassasiement. Devenir saint, ce n’est pas être satisfait de soi et se déclarer soi-même
parfait. Ce n’est pas davantage, à l’inverse, avoir honte de soi au point de ne plus oser implorer l’aide de Dieu. Mais c’est, alors même qu’on se sait pécheur, ne jamais se
lasser de demander à Dieu d’être sanctifié, c’est-à-dire délivré de son péché ; c’est avoir soif du pardon de Dieu et faim de sa Miséricorde.
Extrait du très bel ouvrage du Père Marie-Dominique Molinié intitulé "Adoration ou désespoir", paru aux Editions CLD en 1980. Un ouvrage
très spirituel qui sollicite également les ressources de notre intelligence, ainsi qu'en témoigne le passage ci-dessous.
Je voudrais vous proposer des certitudes qui ne s’écrouleront pas facilement, même si vous abandonnez la foi… et qui vous aideront à la retrouver (…).
La plupart des hommes croient à l’existence de Dieu. Cette croyance, ou plutôt cette perception, est en effet naturelle, et c’est un grand aveuglement de l’avoir perdue :
cet aveuglement est cependant la règle en Occident aujourd’hui. Chez les chrétiens, la foi peut y suppléer, mais elle ne dispense pas de chercher à la retrouver : au contraire, elle devrait
les y pousser sous la houlette de l’Eglise (…).
La démonstration de l’existence de Dieu est suspendue à l’émerveillement devant la splendeur du monde : non seulement la splendeur poétique, mais la splendeur intellectuelle de cette
œuvre géniale qui défie notre intelligence. La démonstration devient alors tellement claire qu’elle apparaît à peine comme une démonstration : pourtant, c’en est une, car nous n’avons
pas l’évidence directe de l’existence de Dieu. Nous avons l’évidence de son œuvre, et nous remontons de l’œuvre à l’Auteur de cette
œuvre.
Il n’y a rien à opposer à une telle démonstration, et on ne lui a jamais rien opposé : ce qu’on attaque, c’est la base – à savoir que l’œuvre est si belle, si profonde et si mystérieuse,
qu’elle suppose un Auteur digne d’elle.
On objectera par exemple que l’univers peut être le fruit du hasard. Si c’est le fruit du hasard, l’univers n’est pas génial en soi, il est génial pour nous : autrement
dit, c’est nous qui y mettons du génie et sans nous, le monde ne serait pas merveilleux. Allons plus loin. Nous-mêmes qui parlons de génie, nous n’avons pas de génie : cette notion n’a
aucune valeur objective, ni pour le monde, ni pour nous. Eh bien, si au bout d’un pareil aveuglement on ne se suicide pas, c’est évidemment par accident, en vertu d’un instinct de conservation
qui doit lui-même tout au hasard et n’a strictement aucun sens.
En fait, pour éviter la ruine que je viens d’évoquer, il faut et il suffit d’éviter l’orgueil, spécialement l’orgueil des intellectuels (…).
Il y a plusieurs sortes de démonstration : celle dont je parle est aussi rigoureuse qu’une démonstration mathématique, mais elle fait appel à une autre rigueur, plus profonde et
plus difficile que celle des mathématiques. Pour comprendre la rigueur des mathématiques, il n’y a pas besoin d’un cœur pur ; pour comprendre celle de la métaphysique, il faut un esprit
candide, lavé des préjugés et de la suspicion par un enseignement correct – mais aussi par la prière. La foi peut suppléer à l’évidence de cette rigueur, mais ce n’est pas normal et ce n’est pas
sain (…).
Si vous vous endormez un soir avec, dans votre hangar, en vrac, les pièces détachées d’une voiture, et que le lendemain matin, vous vous réveillez devant une voiture en état de marche, vous aurez
un choc : pas une pièce de plus que la veille, et pourtant vous aurez un choc. Or, c’est ce choc qui, justement, est simpliste : il
n’y a pas besoin de faire des études pour le recevoir. Si un ami découvre la même chose que vous et n’éprouve pas ce choc, s’il prend un air supérieur : « Quoi ! Qu’est-ce
qui t’étonne là-dedans ?... », vous le soupçonnerez, ou de vous cacher une explication secrète (le « truc » des illusionnistes), ou d’être complètement stupide. Devant une
situation pareille, l’intelligence cherche une explication : plus l’intelligence est grande, plus l’étonnement est grand aussi.
Dans le cas que je viens d’évoquer, l’explication la plus vraisemblable est qu’on a voulu vous faire une surprise. Mais peu importe l’explication ; ce qui compte, c’est qu’il en faut
une, et alors je généralise : l’homme intelligent est celui qui cherche des explications, l’insensé (au sens biblique), celui qui n’en cherche plus. Prenons par exemple
la vie. Si vous n’êtes pas trop exigeant, on vous donnera des tonnes d’explications sur le fonctionnement de la vie ; ces explications ne sont pas fausses, mais je dis qu’elles
n’expliquent rien parce qu’elles ne vont pas jusqu’au bout : c’est évident pour celui qui réfléchit vraiment. Seulement les chances d’avoir affaire à quelqu’un qui réfléchit
vraiment deviennent de plus en plus faibles, et on ne peut toujours espérer s’en tirer avec des explications qui n’en sont pas : si vous avez le mauvais goût d’insister parce que vous
réclamez une explication ultime, alors pour avoir la paix on vous servira le « hasard », ce qui est exactement la vertu dormitive de
l’opium… en tout cas bien dormitive pour votre intelligence, qu’on espère tranquilliser avec ce mot.
Pour reprendre l’exemple caricatural de la voiture au hangar, c’est comme si, à votre demande d’explication, on répondait en décrivant le fonctionnement d’une voiture. Ne vous laissez
pas endormir, dites obstinément « il y a eu quelqu’un, je veux savoir qui… », tel le policier avisé qui ne s’en laisse pas compter avant d’avoir trouvé le coupable : voilà ce que
j’appelle savoir ce qu’on veut. L’intérêt du coupable étant au contraire de vous endormir avec des explications qui n’en sont pas, et de vous étourdir avec des mots.
Allons plus loin, et raffinons un peu notre exemple. L’inventeur de la première automobile ne peut pas être n’importe qui : il doit avoir une intelligence particulièrement douée,
particulièrement tenace, et cette espèce de passion qui fait les inventeurs. C’est vrai dans tous les domaines, et nous venons de découvrir trois grandes évidences dont la
portée métaphysique est incalculable :
1. Il faut savoir s’étonner de ce qui est étonnant, et chercher une explication digne de ce nom ;
2. Dans le cas de l’automobile au hangar, cette explication ne peut-être qu’une intention intelligente ;
3. Dans le cas de l’invention d’une automobile, l’intelligence de l’inventeur doit être géniale.
Si vous essayez de ne pas perdre ces trois évidences en contemplant l’univers, vous arriverez tout de suite à l’idée de Dieu. Et vous y arriverez encore plus à partir de la
science : « Peu de science nous éloigne de Dieu, beaucoup y ramène ». Les découvertes modernes nous dévoilent que la complexité de l’univers est un abîme vertigineux,
en comparaison de laquelle les ordinateurs font figure de brouette. Alors concluez…
Non seulement le hasard ne peut pas expliquer l’apparition de cette complexité, mais l’intelligence humaine serait tout aussi incapable de la
concevoir que l’idiot du village de fabriquer un avion. La plus humble cellule vivante défie encore l’investigation des savants. On dira qu’elle ne la défiera pas
toujours, mais qu’est-ce que cela prouve ? Si après des années d’efforts, on arrive à comprendre une invention, le beau mérite puisqu’on l’a sous les yeux ! Même la cellule, l’homme
n’arrive pas encore à la comprendre (…).
Le choc que j’éprouve devant la profondeur intelligente de ces choses, je sais que je ne le perdrais pas du jour au lendemain, même si je perdais la foi (…). Je pourrais perdre la foi d’un
instant à l’autre, si je n’étais pas fidèle à une certaine attitude. Mais ces évidences-là, je ne pourrais pas les perdre tout de suite : il faudrait du temps pour que je retombe dans la
décomposition de l’intelligence.
Extrait d’un dialogue entre Théo et Athé, deux
interlocuteurs, l’un croyant, l’autre athée, que le philosophe Paul Clavier met en scène dans son remarquable petit ouvrage sur l’existence de Dieu : "Dieu sans barbe" (Editions La Table Ronde, 2002, pages 22 à 24, 42 et 43). Dans ce
dialogue, il est question de savoir s’il est légitime pour un croyant de chercher à établir l’existence de Dieu au moyen de la raison.
THEO : Je trouverais absurde que l’existence de Dieu ne puisse être connue que par la Révélation et doive demeurer inaccessible à la raison humaine.
ATHE : Et pourquoi donc ?
THEO : Suppose qu’il existe un Dieu, créateur de toutes choses, et qu’il ait doté l’homme de raison et d’intelligence.
ATHE : Bon. Supposons. Mais c’est vraiment pour te faire plaisir.
THEO : C’est gentil de ta part. Maintenant, suppose qu’en utilisant correctement cette raison que Dieu lui a donnée, l’homme ne puisse jamais découvrir l’existence de son Créateur. Ou pis encore, que l’exercice rigoureux de son intelligence le conduise à nier Dieu.
ATHE : Ca, je veux bien le croire. C’est tout ?
THEO : Non. Imagine ensuite que ce même Dieu, qui aurait donné à l’homme une intelligence incapable de la connaître, décide de se révéler à lui en personne.
ATHE : Dans un buisson ardent, par exemple ? Au risque de provoquer un incendie de forêt ?
THEO : Si tu veux ! A présent, considère l’homme qui reçoit cette Révélation brûlante. Il se retrouve dans une situation plutôt étrange. D’un côté, Dieu en personne se révèle à lui ; de l’autre, il n’a aucune raison de penser que Dieu existe, et il a peut-être toutes les raisons de penser que Dieu n’existe pas. Plus aucun moyen de coordonner ce qu’il vit avec ce qu’il sait. Stupéfiant, non ?
ATHE : Stupéfiant : c’est le mot. Dieu fait l’effet d’une substance hallucinogène. Et alors ? On dit bien que la religion est l’opium du peuple ! Où est le problème ?
THEO : Le problème, c’est que, dans cette hypothèse, Dieu aurait lui-même fait en sorte d’être ignoré ou même écarté par ceux qui usent correctement de leur raison. Un Dieu qui se suiciderait dans la raison qu’il donne aux hommes : pas très malin, quand même !
ATHE : Ca, c’est son problème ! Ce n’est pas à moi de défendre ce Dieu masochiste. Mais il me semble que s’il existait, il pourrait bien exiger, sinon le sacrifice complet, du moins la soumission de la raison à son autorité. Ecoute ce raisonnement de Pascal : « S’il y a un Dieu, il est infiniment incompréhensible, puisque, n’ayant ni parties ni bornes, il n’a nul rapport à nous. Nous sommes donc incapables de connaître ni ce qu’il est, ni s’il est ». Simple question de disproportion : notre raison, qui est limitée, ne peut saisir l’être infini de Dieu. En d’autres termes, le Dieu qui se révèle, s’il y en a un, ne sera jamais le Dieu des philosophes et des savants. Il faut donc que la raison se soumette ou se démette !
THEO : Un instant ! Tu veux faire pression sur moi à coup de Pascal ? Eh bien, le même Pascal, si j’ai bonne mémoire, dit également : « La raison ne se soumettrait jamais si elle ne jugeait qu’il y a des occasions où elle doit se soumettre. » Alors, je te pose la question : pour que j’accepte de me soumettre à une Révélation censée venir de Dieu, ne faut-il pas d’abord que j’admette l’existence de Dieu, au moins comme une chose possible ? Car je ne vois pas comment je pourrais accueillir une révélation de quiconque, si je n’ai aucune raison de penser que celui qui se révèle existe objectivement.
ATHE : Puisque l’esprit humain est capable de s’immuniser contre les croyances religieuses, il aurait tort de s’en priver. Pourquoi rouvrir la plaie à peine cicatrisée de la superstition ? Pour risquer une nouvelle infection, peut-être ? Agnostiques et athées ont bien fait, à mon avis, de régler la question de l’existence de Dieu par la suspension ou par la négative. Mais les autres ? Dis-moi quel intérêt y a-t-il, pour le croyant, à considérer d’un point de vue rationnel la question de l’existence de son Dieu ?
THEO : Eh bien, je pense qu’un croyant a tout intérêt à s’assurer que son Dieu existe réellement, et pas seulement comme besoin affectif, comme présupposé éthique ou comme principe d’ordre social. Car il me paraît difficile de faire seulement « comme si » Dieu existait, en demeurant convaincu par ailleurs qu’il n’existe pas ou que nous ne pouvons rien dire de certain sur son existence. Je reconnais que le Dieu des philosophes a peu de choses à voir avec le Dieu des croyants, mais ce peu n’est pas rien. Un escalier de service a peu de choses à voir avec l’intérieur d’une maison. Mais il en commande l’un des accès. D’autres accès sont possibles. Peut-être même y a-t-il un ascenseur. Est-ce une raison pour condamner l’escalier de service ? Le croyant, me semble-t-il, gagne à s’assurer de l’existence de son Dieu en l’absence d’élans de ferveur ou d’élévation mystique. Il est bon de pouvoir s’appuyer, lorsque la ferveur retombe, sur une base de discussion intelligible. Autrement, on risque de s’enfermer dans une forme d’auto-suggestion. Et d’osciller sans fin entre l’absurde et le mystère.
Quand au début du IVe siècle, ceux que nous appelons les « Pères du désert » sont partis à bonne distance d’Alexandrie vivre dans le désert comme
des solitaires pour mieux vivre leur idéal évangélique, ils n’ont pas manqué de mettre le combat contre Satan au centre de leur spiritualité. Et ils avaient repéré qu’il existait
une grande différence entre les travaux manuels auxquels ils se livraient pour gagner leur vie, et le travail spirituel auquel ils se livraient jour et nuit pour laisser le
Christ pénétrer dans leur cœur. D’un côté, disaient-ils, on a le droit et le devoir de se reposer régulièrement, tandis que de l’autre, le repos est impossible. Le combat est
permanent : Satan ne cesse de nous harceler pour nous faire tomber. Il faut donc, selon la recommandation de Jésus, « veiller et prier » (Mt 26.41) pour ne pas succomber à
la tentation (…). A la suite des Pères du désert et de tous les saints, apprenons l’art de repérer la tactique du diable, pour mieux en triompher (…). Comme on le fait à l’« école
de guerre », apprenons l’art de combattre et de gagner les batailles.
Chers amis lecteurs, voici la table des matières de cet excellent ouvrage que je vous recommande chaudement, en cette fin de Carême.
INTRODUCTION
I – LA TACTIQUE DU DIABLE
1. L’intox. Il essaye de nous faire croire qu’il n’existe
pas.
2. Le camouflage. Il se déguise en ange de lumière.
3. L’anesthésie. Il endort notre
conscience.
4. La propagande. Il collabore à la diffusion des fausses nouvelles.
5. Les complices.
Il utilise le concours de nos passions.
6. Une stratégie multiforme. Il s’adapte à chacun.
7.
L’arme secrète. Il dispose un peu partout des mines antipersonnelles : l’arme insidieuse du découragement.
II – LA RIPOSTE DU CHRETIEN
1. La conscience du danger. Je crois à la réalité de Satan.
2. Les compagnons d’arme. Jésus est toujours à mes côtés.
3. Les missiles. Je torpille les slogans de Satan avec des
versets de la Bible.
4. Le contre-espionnage. Je repère la stratégie de l’adversaire.
5.
L’entraînement. Je tâche de me battre chaque jour contre mes défauts.
6. Les offensives. Je prends régulièrement la résolution d’attaquer l’ennemi
sur l’une de ses positions.
7. L’équipement. Je m’allège par des jeûnes réguliers.
8. Le moral. Je
demande à l’Esprit Saint d’entretenir en moi une âme de vainqueur.
9. Le char blindé. Je me blottis dans les bras de Jésus.
10. La couverture aérienne. Je vis à l’abri du manteau protecteur de Marie.
11. Les alliés. Je sollicite l’appui de tous
mes amis du ciel et de la terre.
12. La musique militaire. C’est en chantant que je gagne mes batailles.
III – LE COMBAT ULTIME
CONCLUSION – LA VICTOIRE DEFINITIVE
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