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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 18:10

Extrait du livre "Qu'est-ce que la théologie naturelle?" de Paul Clavier.

 

Paul-Clavier---theologie-naturelle.jpgAu-delà de la connaissance naturelle de Dieu, qui sert de préambule à la foi, s’étend le domaine de la connaissance surnaturelle de Dieu, qui est d’abord la théologie gracieuse, dont la source est la lumière de la Révélation, puis la théologie glorieuse, qui est la vision des Bienheureux élevés dans la gloire de Dieu. Une question peut être de savoir si cette connaissance naturelle de Dieu constitue ou non un préambule indispensable, une condition nécessaire pour accueillir la Révélation ou si, en fait comme en droit, ces préambules peuvent être sautés.

 

Les résistances à la théologie naturelle ne sont pas seulement le fait de philosophes agnostiques, ou d’historiens pressés d’entériner sa disparition. Il faut également compter avec la répugnance des croyants de diverses confessions exaspérés de voir leur pratique religieuse pour ainsi dire soumise à une enquête préalable. On retrouve ici l’objection fidéiste (…). Tertullien, apologète chrétien du IIe siècle, n’a pas mal contribué à dresser l’une contre l’autre la raison et la croyance religieuse (…). A sa suite, on dénonce la contamination de la religion chrétienne par la philosophie grecque.

 

Le principal grief retenu contre l’approche philosophique serait de réduire Dieu à une idole conceptuelle, de le vider de toute substance. Grégoire de Nysse, Père de l’Eglise du IVe siècle après J.-C. affirme dans ce sens : « Tout concept formé pour essayer d’atteindre et de cerner la nature divine ne réussit qu’à façonner une idole de Dieu, non point à le connaître. »

 

Ici, une distinction s’impose. Une chose est d’« essayer d’atteindre et de cerner la nature divine », autrement dit, de prétendre en épuiser le contenu ou l’essence à coup de concepts. Une telle entreprise est assurément réductrice et idolâtrique, si l’on définit l’idolâtrie comme l’action d’adorer la créature en lieu et place du Créateur (en l’occurrence, on adorerait des conceptions anthropomorphiques, des concepts humains au lieu de rendre grâce au Créateur). Autre chose est de demander, à titre de préambule, si Dieu existe. Il semble légitime, voire prudent, de s’assurer, avant d’entrer dans le schéma d’une Révélation, que celui qui se révèle existe bel et bien. Mais cette interrogation elle-même est suspecte d’irrespect. Comme si poser une telle question était inconvenant, voire scandaleux. La situation du croyant est parfois comparée à celle d’un amoureux auquel un rationaliste grincheux aurait la bêtise de demander si la fiancée existe. Quelle question déplacée ! Mais le fait que pour l’amoureux la réponse soit évidente au point qu’il ne se pose même plus la question ne signifie pas que la question soit sans objet. D’autres peuvent se la poser. Quand bien même Dieu ne pourrait être connu dignement que dans le cadre d’une relation amoureuse, la question de son existence n’en demeure pas moins un préalable à tout rendez-vous.

 

La théologie naturelle ignore ces réticences à enquêter sur les raisons que nous pouvons avoir d’admettre ou de refuser l’existence de Dieu. Elle ne se satisfait pas de l’attitude qui consiste à réduire l’existence de Dieu à un article de foi. Il y a d’ailleurs une raison assez forte pour réclamer qu’un préambule naturel soit accessible préalablement à l’acte de foi en Dieu. Si l’existence de Dieu n’est accessible que par une révélation divine, l’authentification de cette révélation est impossible, ou du moins parfaitement circulaire. La notion d’auto-révélation ou d’auto-communication d’un Dieu qui serait totalement inaccessible à la raison naturelle pose un problème de coordination avec nos facultés naturelles. Si nous n’avons aucun moyen naturel de trancher la question de l’existence de Dieu, alors nous n’avons aucune raison d’accueillir ou de refuser quelque révélation divine que ce soit. Le risque d’auto-suggestion ou de crédulité est majoré. L’illuminisme et l’obscurantisme, le fanatisme et l’irrationalisme peuvent rentrer en force, et plus rien ne peut leur être opposé. C’est ce risque que la théologie naturelle entend réduire (…).

 

Considérons le schéma :

 1) il faut croire qu’il y a un Dieu, parce qu’il est ainsi enseigné dans les Saintes Ecritures ;

 2) il faut croire les Saintes Ecritures, parce qu’elles viennent de Dieu.

 

La proposition 2) inclut déjà l’existence de Dieu, supposé véridique. En effet, quoi que disent les Saintes Ecritures au sujet de l’existence de Dieu, les accepter comme vraies parce que venant de Dieu, c’est déjà admettre que Dieu existe. La justification de la croyance en l’existence de Dieu par la croyance en la provenance divine des Saintes Ecritures est donc circulaire, pour l’infidèle comme pour le croyant. La géométrie argumentative est la même pour tous : un cercle est un cercle.

 

Pour accepter de se soumettre aux termes d’une Révélation, l’intelligence doit au minimum admettre l’existence de celui qui se révèle. Autrement, elle risque de se trouver embarquée dans un paradoxe du type : « je sais que Dieu n’existe pas mais je crois en sa parole ». Il se peut que l’existence de Dieu ne soit pas connue avec certitude, mais alors l’intelligence humaine ne pourra se soumettre à la Révélation que si elle juge l’existence de Dieu plus probable qu’improbable. Autrement, on en viendrait à dire : « Je ne crois pas que Dieu existe, mais je crois en ce qu’il me révèle (ou en ce qu’on me transmet à son sujet) ». Bref, il faut un minimum de coordination entre ce que la raison peut naturellement connaître et ce qui, le cas échéant, déborde sa capacité. Pascal, d’ordinaire si méfiant envers la capacité de la raison naturelle à parler dignement de Dieu, soutient pourtant : « Si on soumet tout à la raison, notre religion n’aura rien de mystérieux et de surnaturel. Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule ».

 

 

Ø Lire aussi "Dieu sans barbe" 

Ø Ecouter les conférences audios de Paul Clavier

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Published by Matthieu BOUCART - dans Bibliographie
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