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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 21:12

Extrait de l’Encyclique Spe Salvi du Pape Benoît XVI, donnée le 30 novembre 2007.

10.
Jusqu'à présent, nous avons parlé de la foi et de l'espérance dans le Nouveau Testament et aux origines du christianisme. Il a cependant toujours été évident que nous ne parlons pas uniquement du passé ; la réflexion dans son intégralité intéresse la vie et la mort de l'homme en général, et donc nous intéresse nous aussi, ici et maintenant. Cependant, nous devons à présent nous demander de manière explicite : la foi chrétienne est-elle aussi pour nous aujourd'hui une espérance qui transforme et soutient notre vie? Est-elle pour nous « performative » – un message qui forme de manière nouvelle la vie elle-même, ou est-elle désormais simplement une « information » que, entre temps, nous avons mise de côté et qui nous semble dépassée par des informations plus récentes?

Dans la recherche d'une réponse, je voudrais partir de la forme classique du dialogue par lequel le rite du Baptême exprimait l'accueil du nouveau-né dans la communauté des croyants et sa renaissance dans le Christ. Le prêtre demandait d'abord quel nom les parents avaient choisi pour l'enfant, et il poursuivait ensuite par la question : « Que demandez-vous à l'Église? » Réponse : « La foi ». « Et que donne la foi? » « La vie éternelle ». Dans le dialogue, les parents cherchaient pour leur enfant l'accès à la foi, la communion avec les croyants, parce qu'ils voyaient dans la foi la clé de « la vie éternelle ». En fait, aujourd'hui comme hier, c'est de cela qu’il s'agit dans le Baptême, quand on devient chrétien: non seulement d'un acte de socialisation dans la communauté, non pas simplement d'un accueil dans l'Église. Les parents attendent plus pour le baptisé : ils attendent que la foi, dont fait partie la corporéité de l'Église et de ses sacrements, lui donne la vie – la vie éternelle.
La foi est la substance de l'espérance. Mais alors se fait jour la question suivante : voulons-nous vraiment cela – vivre éternellement? Peut-être aujourd'hui de nombreuses personnes refusent-elles la foi simplement parce que la vie éternelle ne leur semble pas quelque chose de désirable. Ils ne veulent nullement la vie éternelle, mais la vie présente, et la foi en la vie éternelle semble, dans ce but, plutôt un obstacle. Continuer à vivre éternellement – sans fin – apparaît plus comme une condamnation que comme un don. Bien sûr, on voudrait renvoyer la mort le plus loin possible. Mais vivre toujours, sans fin – en définitive, cela peut être seulement ennuyeux et en fin de compte insupportable. C'est précisément cela que dit par exemple saint Ambroise, Père de l'Église, dans le discours funèbre pour son frère Saturus : « La mort n'était pas naturelle, mais elle l'est devenue; car, au commencement, Dieu n'a pas créé la mort; il nous l'a donnée comme un remède [...] à cause de la transgression; la vie des hommes commença à être misérable dans le travail quotidien et dans des pleurs insupportables. Il fallait mettre un terme à son malheur, afin que sa mort lui rende ce que sa vie avait perdu. L'immortalité serait un fardeau plutôt qu'un profit, sans le souffle de la grâce ». Auparavant déjà, Ambroise avait dit : « La mort ne doit pas être pleurée, puisqu'elle est cause de salut ».

11.
Quel que soit ce que saint Ambroise entendait dire précisément par ces paroles – il est vrai que l'élimination de la mort ou même son renvoi presque illimité mettrait la terre et l'humanité dans une condition impossible et ne serait même pas un bénéfice pour l'individu lui-même. Il y a clairement une contradiction dans notre attitude, qui renvoie à une contradiction intérieure de notre existence elle-même. D'une part, nous ne voulons pas mourir ; surtout celui qui nous aime ne veut pas que nous mourions. D'autre part, il est vrai que nous ne désirons pas non plus continuer à exister de manière illimitée et même la terre n'a pas été créée dans cette perspective. Alors, que voulons-nous vraiment? Ce paradoxe de notre propre attitude suscite une question plus profonde : qu'est-ce en réalité que la « vie »? Et que signifie véritablement « éternité »? Il y a des moments où nous le percevons tout à coup : oui, ce serait précisément cela – la vraie « vie » – ainsi devrait-elle être. Par comparaison, ce que, dans la vie quotidienne, nous appelons « vie », en vérité ne l'est pas. Dans sa longue lettre sur la prière adressée à Proba, une veuve romaine aisée et mère de trois consuls, Augustin écrivit un jour : dans le fond, nous voulons une seule chose – « la vie bienheureuse », la vie qui est simplement vie, simplement « bonheur ». En fin de compte, nous ne demandons rien d'autre dans la prière. Nous ne marchons vers rien d'autre – c'est de cela seulement qu’il s'agit. Mais ensuite, Augustin ajoute aussi : en regardant mieux, nous ne savons pas de fait ce qu'en définitive nous désirons, ce que nous voudrions précisément. Nous ne connaissons pas du tout cette réalité ; même durant les moments où nous pensons pouvoir la toucher, nous ne la rejoignons pas vraiment. « Nous ne savons pas ce que nous devons demander », confesse-t-il avec les mots de saint Paul (Rm8, 26). Nous savons seulement que ce n'est pas cela. Toutefois, dans notre non-savoir, nous savons que cette réalité doit exister. « Il y a donc en nous, pour ainsi dire, une savante ignorance (docta ignorantia) », écrit-il. Nous ne savons pas ce que nous voudrions vraiment ; nous ne connaissons pas cette « vraie vie » ; et cependant, nous savons qu'il doit exister un quelque chose que nous ne connaissons pas et vers lequel nous nous sentons poussés.

12. Je pense qu'Augustin décrivait là de manière très précise et toujours valable la situation essentielle de l'homme, la situation d'où proviennent toutes ses contradictions et toutes ses espérances. Nous désirons en quelque sorte la vie elle-même, la vraie vie, qui ne finisse pas par être atteinte par la mort ; mais, en même temps, nous ne connaissons pas ce vers quoi nous nous sentons poussés. Nous ne pouvons pas cesser de nous diriger vers cela et cependant nous savons que tout ce que nous pouvons expérimenter ou réaliser n'est pas ce à quoi nous aspirons. Cette « chose » inconnue est la véritable « espérance », qui nous pousse et le fait qu'elle soit ignorée est, en même temps, la cause de toutes les désespérances comme aussi de tous les élans positifs ou destructeurs vers le monde authentique et vers l'homme authentique. L'expression « vie éternelle » cherche à donner un nom à cette réalité connue inconnue. Il s'agit nécessairement d'une expression insuffisante, qui crée la confusion. En effet, « éternel » suscite en nous l'idée de l'interminable, et cela nous fait peur ; « vie » nous fait penser à la vie que nous connaissons, que nous aimons et que nous ne voulons pas perdre et qui est cependant, en même temps, plus faite de fatigue que de satisfaction, de sorte que, tandis que d'un côté nous la désirons, de l'autre nous ne la voulons pas. Nous pouvons seulement chercher à sortir par la pensée de la temporalité dont nous sommes prisonniers et en quelque sorte prévoir que l'éternité n'est pas une succession continue des jours du calendrier, mais quelque chose comme le moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité. Il s'agirait du moment de l'immersion dans l'océan de l'amour infini, dans lequel le temps – l'avant et l'après – n'existe plus. Nous pouvons seulement chercher à penser que ce moment est la vie au sens plénier, une immersion toujours nouvelle dans l'immensité de l'être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie. C'est ainsi que Jésus l'exprime dans Jean : « Je vous reverrai, et votre cœur se réjouira; et votre joie, personne ne vous l'enlèvera » (16, 22). Nous devons penser dans ce sens si nous voulons comprendre ce vers quoi tend l'espérance chrétienne, ce que nous attendons par la foi, par notre être avec le Christ.


Lire le texte intégral de l'Encyclique Spe Salvi du Pape Benoît XVI

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 18:11

Chers amis,

Poursuivons notre réponse au commentaire d’Hervé sur l’athéisme. « Il ne me semble pas exact de dire qu'il n'y pas réellement d'athéisme ou qu'aucune philosophie ne répond aux problèmes métaphysique de manière rationnelle sans tomber dans le panthéisme. »


Vraiment ? Eh bien c’est ce que nous allons voir !


« 
Si l'on peut admettre, écrit Hervé, que les athées de l'Antiquité étaient en fait sceptiques ou critiques (mais pas de "purs athées"), depuis le 18ème siècle, il y en a eu des tas : les rationalistes des "Lumières", puis Feuerbach, Karl Marx, Nietzsche, Comte (et les positivistes), les existentialistes du type Sartre ou Camus et actuellement tous les "libre-penseurs" comme Onfray, pas très solides mais influents. Il y en aurait bcp d'autres (notamment à l'étranger), mais je ne suis absolument pas spécialiste de la question et préfère utiliser mon temps pour lire les auteurs chrétiens ;-) »


Comme je l’indiquais dans mon précédent article, les auteurs cités par notre frère et ami pourraient être regroupés en trois grandes catégories (ou plutôt : une "petite" et deux "grandes").

La première (la "petite") : c’est celle des athées modernes qui ne s’intéressent pas à l’univers, à la question de son origine. Pour eux, il ne s’agit pas d’une vraie question. Et il est vain de se la poser. Si l’univers existe, eh bien… c’est qu’il existe ! C’est comme ça ; c’est un
fait que l’on ne peut que constater. Se demander s’il aurait pu ne pas être, ou s’il aurait pu être différent que ce qu’il est, n’a pas de sens, puisqu’il est, et qu’il est ce qu’il est. Il faut donc le prendre comme il est sans se demander s’il aurait pu être autre ou ne pas être du tout ! Toutes ces questions restent de toutes façons sans réponses. La « métaphysique » – la discipline réfléchissant précisément sur ces questions là – ne présente aucun intérêt sur le plan de la connaissance. Mieux vaut s’intéresser à la « physique », au réel concret mesurable, expérimental, et s’efforcer de vivre au mieux dans ce monde qui est là et dans lequel nous existons.

La plupart des athées aujourd’hui pensent comme cela. C’est le cas d’un Luc Ferry, d’un André Comte-Sponville, d’un Michel Onfray, et plus largement : de tous ceux qui ont le poster d’Emmanuel Kant dans leur chambre…

Le problème, le
tout petit problème… c’est que la science a connu une révolution majeure au XXe siècle, dont il faut bien tenir compte. Cette révolution dans le domaine cosmologique est d’une portée aussi considérable que les révolutions copernico-galiléenne et newtonienne qui l’ont précédé : cette nouvelle révolution cosmologique, c’est la révolution relativiste – à savoir la découverte, à partir de la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, de l’expansion de l’univers et d’une évolution du cosmos dans son ensemble à partir d’une origine singulière (le Big Bang).

On a découvert avec stupeur au siècle dernier que l’univers n’était pas infini ; qu’il n’était pas éternel ; qu’il n’était pas stable et immuable comme on l’a longtemps cru, mais en croissance et développement à partir d’un unique point d’origine ; en régime d’expansion,
d’évolution. Et on s’est rendu compte que cette évolution se dirigeait toujours dans le même sens, celui d’une complexification progressive de la matière : de la matière relativement simple à la matière vivante ; puis de la matière vivante à la matière pensante.

L’univers que les sciences positives nous dépeignent aujourd’hui se révèle dans toute son « étrangeté » (l’expression est de Georges Lemaître). C’est un modèle d’univers auquel on ne s’attendait pas, loin – très loin – des représentations que l’on s’en figurait jusque là…
On sait désormais de science certaine que l’univers n’est pas une chose posée là de toute éternité ; qu’il n’a pas toujours existé ; qu’il a eu un commencement ; et que depuis ce commencement, la matière qui le constitue ne cesse d’évoluer et de s’organiser vers des structures et des formes d’êtres de plus en plus complexes et… intelligentes.

C'est ce donné nouveau qu'il s'agit d'analyser.

Comme le faisait remarquer Luestan (commentaire n°28) :
« La physique a beaucoup changé depuis un siècle. Normalement la métaphysique devrait changer en conséquence. » C’est tout à fait juste, et sans doute est-ce inéluctable : il est impossible en effet que le réel ne finisse par s’imposer à la raison humaine, en dépit des efforts désespérés de celle-ci pour l’occulter ou la combattre. Je crois profondément pour ma part que le XXIe siècle verra l’avènement d’une nouvelle métaphysique de l’être, à laquelle l’athéisme ne pourra plus rien opposer – s’il respire encore… Une métaphysique intégrant le donné positif du siècle passé.

Si cette révolution métaphysique n’a pas encore eu lieu – quoiqu’elle soit en marche, ainsi qu’en témoignent les ouvrages de Claude Tresmontant, Michael Denton, Trinh Xuan Thuan, Jean Staune,… – c’est sans doute parce que les mentalités mettent du temps à évoluer ; et qu’elle se heurte par ailleurs à une résistance acharnée des partisans de l’Ancien Régime hérité du 19e siècle scientiste. Mais cette résistance est vouée à l'échec et les athées le savent bien…. C’est pourquoi ils refusent dorénavant toute confrontation directe avec les croyants sur le terrain métaphysique. Ils préfèrent esquiver le débat, et tourner la métaphysique en dérision. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.


Les athées modernes se moquent de la métaphysique de la nature comme de leur première Bible. La révolution cosmologique les a laissé de marbre. Ils continuent d’affirmer imperturbablement et contre toute évidence que l’univers ne pose pas question ; qu’il n’y a pas lieu à s’étonner qu’il soit ce qu’il est comme il est ; que s’il est ainsi, c’est parce que c’est comme ça et pas autrement ! On peut simplement être sûr d’une chose, disent-il, c’est que Dieu n’existe pas. La seule réalité, c’est celle que l’on peut scruter au microscope ou au télescope ; la seule réalité, c’est l’univers. Il est le seul Être. Il n’y en a pas d’autre. Dieu n’existe pas.

Le problème, le tout petit problème, c’est que si l’univers est le seul Être, la seule réalité, il doit alors pouvoir rendre compte à lui seul de sa propre existence. Or, c’est précisément cela qui est remis en cause par les sciences positives. Les caractéristiques de notre univers – un univers fini, dont l’être s’inscrit dans une histoire, avec un commencement repérable et une fin programmée – ne sont pas celles d’un univers auto-suffisant.

Qu’on le veuille ou non, le réel positif nous interroge ; il est une question posée à notre humaine intelligence. Et il est vain de jouer les autruches, de faire comme si cette réalité n’existait pas. Elle est là aujourd’hui, elle se révèle à nos yeux, elle s’impose à nous, et il nous appartient dorénavant de la penser.


Ø
Il faut aujourd’hui penser le Big Bang, et rendre compte rationnellement d’un univers qui commence d’exister. Comment expliquer ce commencement d’être de la matière, du temps et de l’espace ? Par une génération spontanée du néant ? Absurde ! Le néant est stérile et ne peut produire aucun être. Par une auto-création de l’univers ? Mais pour que l’univers puisse se donner l’être, il faudrait déjà qu’il existât ; et s’il existait déjà, il n’aurait pas à se donner l’être puisqu’il l’aurait déjà en lui-même... Par l’initiative créatrice d’un autre Être, alors ? Et pourquoi pas, après tout ? On ne voit guère d’alternative rationnelle à cette option.

Ø
De même, il faut aujourd’hui penser l’évolution cosmique, et rendre compte rationnellement d’une matière qui ne cesse, au cours de l’évolution de l’univers, de se complexifier, et de faire surgir des êtres nouveaux d’un état antérieur où ils n’existaient pas. Comment expliquer cette succession de commencements, cette création continue d’êtres nouveaux dans l’histoire de l’univers ? Comment rendre compte du fait que, sans cesse, du « plus » émerge du « moins » ? Comment expliquer par exemple que la vie ait pu jaillir de la matière inerte ? Par la théorie de la génération spontanée ? Absurde (et scientifiquement réfuté, depuis Louis Pasteur) ! Par le fait d’une activité créatrice de l’univers lui-même ? Mais il faudrait reconnaître au nuage d’oxygène et d’hélium tous frais sortis du Big Bang une puissance extraordinaire : celle de créer in fine des êtres personnels capables de penser, d’aimer, de vouloir! Bref, il faudrait attribuer au gaz originel infiniment « plus » que ce que l’on peut en observer ; des propriétés cachés, des pouvoirs magiques. Il faudrait concevoir dans cette perspective l’univers comme un grand Vivant, intelligent et pensant, bref comme un Dieu… ce qui nous plongerait en plein panthéisme, et laisserait irrésolue la question précédente de l’origine de son être même.

A moins que…


A moins que l’univers ne soit qu’un phénomène purement physique et matériel, nullement divin, et qu’il reçoive son être et son dynamisme interne d’un autre Être qui les lui communique ; un Être infini, éternel, immuable, doté de la puissance créatrice - et par conséquent de tous les attributs dont l'univers aurait besoin pour être l'Être absolu, mais dont les sciences positives l'ont pour ainsi dire dépouillé.

Et pourquoi pas, après tout ? On ne voit guère d’alternative rationnelle à cette option.


Ø
On pourrait continuer, et s’étonner par exemple que notre univers soit structuré de manière mathématique. Comment rendre compte de ce fait ? D’où vient qu’il y ait de l’ordre dans le cosmos plutôt que du désordre ? Comment se fait-il que l’univers ne soit pas un chaos indescriptible, mais tout au contraire un système intelligible et cohérent, que notre raison peut déchiffrer et comprendre ; travailler et exploiter ? Tout cela ne devrait pas nous étonner ? Tout cela ne devrait pas nous interroger ?

Les athées modernes peuvent proclamer tant qu’ils le souhaitent, en sautant comme des cabris, que la question de l’être de l’univers ne se pose pas, que l’univers est tout simplement et qu'il n'y a rien d'autre à en dire, cela ne changera rien au fait que l’univers, par ses caractéristiques même, pose question à notre intelligence humaine.


Il est de plus en plus difficile aujourd’hui de considérer l’existence de l’univers comme allant de soi ; de soutenir qu’il est le seul Être, la seule réalité. Tout ce que nous découvrons de l’univers va plutôt dans le sens de sa radicale inévidence. Tout ce que nous savons de lui ne nous autorise nullement à affirmer qu’il est l’être nécessaire, le seul Être, l'Être existant par lui-même, ne dépendant de rien ni de personne pour exister ; autrement dit : l’Être absolu. A moins de verser dans le panthéisme, et de renoncer définitivement à l’athéisme pour professer dorénavant que l’univers est divin…


Comprenons bien que la question n’est pas de savoir si l’univers aurait pu ne pas être ou s’il aurait pu être autrement ; ces questions n’ont qu’un intérêt tout à fait relatif et secondaire. La question fondamentale est de savoir pourquoi l’univers est ce qu’il est comme il est, et ce que son existence présuppose pour qu’il soit ce qu’il est comme il est.


Les athées modernes qui concédent à contre-coeur que l’univers pose question croient pouvoir s’en tirer en affirmant que l'on ne trouvera jamais de toute façon de réponse sûre à la question de son origine. Ils considèrent le problème  « insoluble ». Si cela est vrai, si cette question est vraiment insoluble, alors effectivement : à quoi bon se la poser? Mais comment savoir si un problème est insoluble si on ne le traite pas jusqu’au bout ? Les réflexions ci-dessus montrent bien qu’un raisonnement métaphysique de base s’appuyant sur le donné révélé (par les sciences positives) et l’expérience commune de tout un chacun, nous conduisent irrésistiblement à l’existence d’un Être créateur distinct de l’univers, duquel l’univers tire son propre être et reçoit son dynamisme évolutif. Si l’on refuse de croire que l’univers est divin et si l’on veut raison garder, on est conduit inéluctablement à affirmer l’existence de Dieu.


L’affirmation de l’existence de Dieu est donc incontournable aujourd’hui, et elle l’est d’autant plus qu’il n’existe, je le répète, aucune alternative rationnelle à cette option. Il n’existe pas de métaphysique athée, et c’est la raison pour laquelle les philosophies athées (pour reprendre la distinction de Luestan) sont nulles et non avenues. Car si la raison nous conduit naturellement à l’existence de Dieu, il est évident qu’on ne peut plus penser, vivre et se comporter sur la terre comme si Dieu n’existait pas ! Une telle attitude serait aussi insensée que celle consistant à décider arbitrairement que la route est à sens unique, et à mettre plein gaz sans se soucier de rencontrer d’éventuels obstacles…


Si notre existence a été créée, il faudrait sans doute se demander pourquoi. Et interroger directement le Créateur qui a peut-être quelque chose à nous dire. Ce qui implique une recherche passionnée de ce mystérieux Créateur, un désir de le rencontrer et d’entrer en relation avec lui ; de l’interroger et de recevoir de lui la réponse à nos questions. Si le Dieu Créateur existe vraiment, le secret de notre existence se trouve en Lui. La quête spirituelle devrait donc être la priorité de tout homme raisonnable cherchant à orienter sa vie selon la vérité. Ce serait une attitude en tous les cas beaucoup plus sage que celle consistant à élaborer des constructions intellectuelles toutes plus savantes les unes que les autres pour éliminer Dieu du champ de la vie, sans vérifier au préalable la justesse d'une telle option ni en mesurer toute la gravité…


Mais laissons-là nos athées modernes.


Après nous être longuement épanché sur le cas de ces malheureux qui ont renoncé à la réflexion et à la pensée métaphysique, tournons-nous maintenant vers ceux qui, parmi les auteurs athées que notre ami Hervé cite, ont réfléchi sur l’univers et proposé une ontologie sans Dieu.


Et voyons le résultat.

(à suivre…)

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 13:02

Avant d’entrer de plain-pied dans la méditation du livre de la Genèse, il est important de bien le situer dans la Bible.

Il est assez facile à trouver, puisqu’il se situe au tout début de l’Ancien Testament. C’est sur lui que nous tombons lorsque nous ouvrons notre Bible à la première page.

Le livre de la Genèse appartient à un groupe de cinq livres que l’on appelle le Pentateuque (du grec : hè pentateuchos, « le livre en cinq volumes »).

Les cinq livres du Pentateuque sont :
- le livre de la Genèse : qui débute par l’origine du monde et raconte l’histoire des Pères dans la foi ;
- le livre de l’Exode : qui commence par la sortie d’Egypte du peuple hébreu ;
- le livre du Lévitique : qui contient la loi des lévites (les prêtres d’Israël) ;
- le livre des Nombres : ainsi intitulé en raison des dénombrements des quatre premiers chapitres ;
- le livre du Deutéronome : ou de la « seconde loi ».

Le Pentateuque raconte l’histoire de l’humanité et du peuple d’Israël, depuis la Création du monde jusqu’à la mort de Moïse – survenue à l’arrivée du peuple hébreu à la frontière de la Terre Promise.

Ce groupe de cinq livres formant le Pentateuque compose ce que les Juifs appellent la Torah, qui signifie « Loi ».

La Torah est encore désignée dans le judaïsme par l’expression « Loi de Moïse » ou « Livre de Moïse », la tradition juive (le Talmud, Philon d’Alexandrie, Flavius Josèphe) attribuant – mais faussement – le Pentateuque à Moïse lui-même.

Le terme de « Loi » ne doit pas nous troubler. Il ne s’applique pas seulement aux parties législatives stricto sensu, mais à l’ensemble des cinq livres constituant la première grande partie de la Bible hébraïque (notre Ancien Testament) – l’autre grande partie étant les « Prophètes » : « Jusqu'à Jean Baptiste, il y a eu la Loi et les Prophètes » (Lc 16. 16).

Le mot hébreu « Torah » désignait primitivement un oracle rendu par le prêtre, cet oracle étant regardé comme l’expression de la volonté de Dieu.
« Les cinq livres de la Loi nous révèlent la Volonté de Dieu pour son peuple ; ils comportent toute une législation ; mais ils sont plus et autre chose qu’une législation » (Suzanne de Diétrich, théologienne protestante).

« Dans le Pentateuque, Israël retrouve tout ce qui fonde une communauté à la fois religieuse et nationale, ses ancêtres et ses premiers guides, ses principes doctrinaux et un corpus proprement législatif »
(Pierre Gibert, exégète).

Le Pentateuque n’est donc pas seulement le début des Ecritures d’Israël ; il en est sa partie centrale et fondatrice ; un peu comme les Evangiles dans notre Nouveau Testament (Alain Marchadour).

La Torah revêt aussi une importance majeure dans la foi chrétienne : « Le Pentateuque, en nous présentant comme un tout le legs historique et législatif de la révélation mosaïque [de Moïse, NDLR], héritière elle-même et première interprète des toutes premières révélations faites à Abraham le père des croyants, et aux patriarches, ses premiers descendants, constitue comme la base par excellence, non seulement de toute la Bible, mais de la foi chrétienne catholique comme de la foi juive qui l’avait précédée et lui avait frayé les voies » (Bible Chrétienne, I).

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Published by Matthieu BOUCART - dans Bible
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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 09:47
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Published by Matthieu BOUCART - dans Combat spirituel
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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 09:29

Extrait de l’Encyclique Spe Salvi du Pape Benoît XVI, donnée le 30 novembre 2007.

7.
Nous devons encore une fois revenir au Nouveau Testament. Dans le onzième chapitre de la Lettre aux Hébreux(v. 1), on trouve une sorte de définition de la foi, qui relie étroitement cette vertu à l'espérance.

Autour de la parole centrale de cette phrase, s'est créée, depuis la Réforme, une discussion entre les exégètes, où semble s'ouvrir aujourd'hui la voie vers une interprétation commune. Pour le moment, je laisse cette parole centrale non traduite ; la phrase sonne donc ainsi : « La foi est l'hypostasis des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas ». Pour les Pères et pour les théologiens du Moyen-Âge, il était clair que la parole grecque hypostasis devait être traduite en latin par le terme substantia. La traduction latine du texte, née dans l'Église antique, dit donc : « Est autem fides sperandarum substantia rerum, argumentum non apparentium » – la foi est la « substance » des réalités à espérer ; la preuve des réalités qu'on ne voit pas. Utilisant la terminologie de la tradition philosophique dans laquelle il se trouve, Thomas d'Aquin l'explique ainsi :
la foi est un « habitus », c'est-à-dire une disposition constante de l'esprit, grâce à laquelle la vie éternelle prend naissance en nous et grâce à laquelle la raison est portée à consentir à ce qu'elle ne voit pas. Le concept de « substance » est donc modifié dans le sens que, par la foi, de manière initiale, nous pourrions dire « en germe » – donc selon la « substance » – sont déjà présents en nous les biens que l'on espère – la totalité, la vraie vie. Et c'est précisément parce que les biens eux-mêmes sont déjà présents que la présence de ce qui se réalisera crée également la certitude : ces « biens » qui doivent venir ne sont pas encore visibles dans le monde extérieur (ils « n'apparaissent » pas), mais en raison du fait que, comme réalité initiale et dynamique, nous les portons en nous, naît déjà maintenant une certaine perception de ces biens.

À Luther, pour qui la Lettre aux Hébreuxcomme telle n'était pas très sympathique, le concept de « substance », dans le contexte de sa vision de la foi, ne disait rien. C'est pourquoi il comprit le terme hypostase/substance non dans le sens objectif (de réalité présente en nous), mais dans le sens subjectif, comme expression d'une disposition et, par conséquent, il dut naturellement comprendre aussi le terme argumentum comme une disposition du sujet. Cette interprétation s'est affermie au vingtième siècle – au moins en Allemagne – même dans l'exégèse catholique, de sorte que la traduction œcuménique du Nouveau Testament en langue allemande, approuvée par les Évêques, dit : « Glaube aber ist: Feststehen in dem, was man erhofft, Überzeugtsein von dem, was man nicht sieht » (La foi consiste à être ferme en ce que l'on espère, à être convaincu de ce que l'on ne voit pas). En soi, cela n'est pas faux, mais ce n'est pas cependant le sens du texte, parce que le terme grec utilisé (elenchos) n'a pas la valeur subjective de « conviction », mais la valeur objective de « preuve ». c’est donc à juste titre que l'exégèse protestante récente est parvenue à une conviction différente : « Mais maintenant, on ne peut plus mettre en doute que cette interprétation protestante, devenue classique, est insoutenable ».[Köster H. : ThWNT VIII (1969), p. 585.]
La foi n'est pas seulement une tension personnelle vers les biens qui doivent venir, mais qui sont encore absents ; elle nous donne quelque chose. Elle nous donne déjà maintenant quelque chose de la réalité attendue, et la réalité présente constitue pour nous une « preuve » des biens que nous ne voyons pas encore. Elle attire l'avenir dans le présent, au point que le premier n'est plus le pur « pas-encore ». Le fait que cet avenir existe change le présent ; le présent est touché par la réalité future, et ainsi les biens à venir se déversent sur les biens présents et les biens présents sur les biens à venir.

8. Cette explication est renforcée ultérieurement et elle se rapporte à la vie concrète si nous considérons le verset 34 du chapitre 10 de la Lettre aux Hébreux qui, en ce qui concerne l'aspect linguistique et le contenu, est lié à la définition d'une foi remplie d'espérance et qui la prépare. Ici, l'auteur parle aux croyants qui ont subi l'expérience de la persécution et il leur dit : « Vous avez pris part aux souffrances des prisonniers ; vous avez accepté avec joie la spoliation de vos biens (hyparchonton – Vulgate : bonorum), sachant que vous étiez en possession de biens meilleurs (hyparxin – Vulgate : substantiam) et stables. » « Hyparchonta » sont les propriétés, ce qui, dans la vie terrestre, constitue le fondement, à savoir la base, la « substance » pour la vie, sur laquelle on compte. Cette « substance », la sécurité normale dans la vie, a été enlevée aux chrétiens au cours des persécutions. Ils ont supporté ces dernières parce qu'ils considéraient de toute façon cette substance matérielle comme négligeable. Ils pouvaient l'abandonner, parce qu'ils avaient trouvé une « base » meilleure pour leur existence – une base qui demeure et que personne ne peut enlever. On ne peut pas ne pas voir le lien qui court entre ces deux sortes de « substance », entre le fondement, ou base matérielle, et l'affirmation de la foi comme « base », comme « substance » qui demeure. La foi confère à la vie une base nouvelle, un nouveau fondement sur lequel l'homme peut s'appuyer et ainsi le fondement habituel, la fiabilité des revenus matériels, justement se relativise. Il se crée une nouvelle liberté face à ce fondement de la vie, qui n’est qu’apparemment en mesure de l'entretenir, bien que sa signification normale ne soit par là certainement pas niée. Cette nouvelle liberté, la conscience de la nouvelle « substance » qui nous a été donnée, ne s'est pas révélée seulement dans le martyre, où les personnes se sont opposées au pouvoir extrême de l'idéologie et de ses organes politiques, et, par leur mort, ont renouvelé le monde. Elle s'est manifestée surtout dans les grands renoncements à partir des moines de l'antiquité jusqu'à François d'Assise et aux personnes de notre époque qui, dans les Ordres modernes et dans les Mouvements religieux, par amour pour le Christ, ont tout laissé pour porter aux hommes la foi et l'amour du Christ, pour aider les personnes qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Là, la nouvelle « substance » s'est montrée réellement comme la « substance »» ; de l'espérance des personnes touchées par le Christ a jailli l'espérance pour d'autres qui vivaient dans les ténèbres et sans espérance. Là il s'est vérifié que cette nouvelle vie possède vraiment la « substance » et qu'elle est une « substance » qui suscite la vie pour les autres. Pour nous qui regardons ces figures, leur façon d’agir et de vivre est de fait une « preuve » que les biens à venir, la promesse du Christ, ce n’est pas seulement une réalité attendue, mais une véritable présence : Il est vraiment le « philosophe » et le « pasteur » qui nous indique ce qu'est la vie et où elle est.

9.
Pour comprendre plus en profondeur cette réflexion sur les deux espèces de substance – hypostasis et hyparchonta – et sur les deux modes de vie qu'elles expriment, nous devons réfléchir encore brièvement sur deux mots concernant cet question qui se trouvent dans le dixième chapitre de la Lettre aux Hébreux. Il s'agit des mots hypomone (10, 36) et hypostole (10, 39). Hypomone se traduit normalement par « patience » – persévérance, constance. Savoir attendre en supportant patiemment les épreuves est nécessaire au croyant pour pouvoir « obtenir la réalisation de la promesse » (cf. 10, 36). Dans l'ambiance religieuse du judaïsme antique, ce mot était utilisé de manière expresse pour parler de l'attente de Dieu qui caractérise Israël, à savoir persévérer dans la fidélité à Dieu, en se fondant sur la certitude de l'Alliance, dans un monde qui est en opposition à Dieu. Ainsi, le mot indique une espérance vécue, une vie fondée sur la certitude de l'espérance. Dans le Nouveau Testament, cette attente de Dieu, le fait d'être du côté de Dieu, prend une nouvelle signification : dans le Christ, Dieu s'est manifesté. Il nous a communiqué désormais la « substance » des biens à venir, et l'attente de Dieu obtient ainsi une nouvelle certitude. C’est l’attente des biens à venir à partir d'un présent déjà donné. En présence du Christ, avec le Christ présent, c’est l’attente que son Corps se complète, dans la perspective de sa venue définitive. Au contraire, par hypostole est exprimé l’attitude de qui fait défection et n'ose pas dire ouvertement et avec franchise la vérité, qui peut mettre en danger. Se cacher devant les hommes par esprit de crainte par rapport à eux conduit à la « perdition » (He 10, 39). « Ce n'est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de sagesse » – c'est ainsi que, par une belle expression, la Seconde Lettre à Timothée (1, 7) caractérise l'attitude fondamentale du chrétien.


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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 00:00
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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 21:06

Extrait de l’Encyclique Spe Salvi du Pape Benoît XVI, donnée le 30 novembre 2007.

6.
Les sarcophages des débuts du christianisme illustraient de manière visible cette conception devant la mort, face à laquelle la question concernant la signification de la vie devient inévitable. La figure du Christ est interprétée sur les sarcophages antiques surtout au moyen de deux images : celle du philosophe et celle du pasteur.

Par philosophie, à l'époque, on n'entendait pas, en général, une discipline académique difficile telle qu'elle se présente aujourd'hui. Le philosophe était plutôt celui qui savait enseigner l'art essentiel : l'art d'être homme de manière droite – l'art de vivre et de mourir.
Depuis longtemps déjà, les hommes s'étaient certainement rendu compte qu'une grande partie de ceux qui circulaient comme philosophes, comme maîtres de vie, était seulement des charlatans qui, par leurs paroles, se procuraient de l'argent, tandis qu'ils n'avaient rien à dire sur la vie véritable. On cherchait d'autant plus le vrai philosophe qui saurait indiquer vraiment la voie de la vie.

Vers la fin du troisième siècle, nous trouvons pour la première fois à Rome, sur le sarcophage d'un enfant, dans le contexte de la résurrection de Lazare, le Christ comme figure du vrai philosophe qui, dans une main, tient l'Évangile et, dans l'autre, le bâton de voyage du philosophe. Avec son bâton, il est vainqueur de la mort ; l'Évangile apporte la vérité que les philosophes itinérants avaient cherchée en vain. Dans cette image, qui est restée dans l'art des sarcophages durant une longue période, il est évident que les personnes cultivées comme les personnes simples reconnaissaient le Christ : il nous dit qui, en réalité, est l'homme et ce qu'il doit faire pour être vraiment homme. Il nous indique la voie et cette voie est la vérité. Il est lui-même à la fois l'une et l'autre, et donc il est aussi la vie dont nous sommes tous à la recherche. Il indique aussi la voie au delà de la mort ; seul celui qui est en mesure de faire ainsi est un vrai maître de vie.

La même chose est visible dans l'image du pasteur. Comme dans la représentation du philosophe, l'Église primitive pouvait aussi, dans la figure du pasteur, se rattacher à des modèles existant dans l'art romain. Dans ce dernier, le pasteur était en général l'expression du rêve d'une vie sereine et simple, dont les gens avaient la nostalgie dans la confusion de la grande ville. L'image était alors perçue dans le cadre d'un scénario nouveau qui lui conférait un contenu plus profond : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien... Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » (Ps22 [23], 1. 4). Le vrai pasteur est Celui qui connaît aussi la voie qui passe par les ravins de la mort ; Celui qui marche également avec moi sur la voie de la solitude ultime, où personne ne peut m'accompagner, me guidant pour la traverser : il a parcouru lui-même cette voie, il est descendu dans le royaume de la mort, il l'a vaincu et il est maintenant revenu pour nous accompagner et pour nous donner la certitude qu’avec Lui on trouve un passage. La conscience qu'existe Celui qui m'accompagne aussi dans la mort et qui, « avec son bâton, me guide et me rassure », de sorte que « je ne crains aucun mal » (Ps 22 [23], 4), telle était la nouvelle « espérance » qui apparaissait dans la vie des croyants.


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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 20:19

Extrait de l’Encyclique Spe Salvi du Pape Benoît XVI, donnée le 30 novembre 2007.

4.
Avant d'affronter la question de savoir si la rencontre avec le Dieu qui, dans le Christ, nous a montré son Visage et qui a ouvert son Cœur peut être aussi pour nous non seulement de type « informatif », mais aussi « performatif », à savoir si elle peut transformer notre vie de manière que nous nous sentions rachetés par l'espérance que cette rencontre exprime, revenons encore à l'Église primitive.

Il n'est pas difficile de se rendre compte que l'expérience de la petite esclave africaine Bakhita a été aussi l'expérience de nombreuses personnes battues et condamnées à l'esclavage à l'époque du christianisme naissant.
Le christianisme n'avait pas apporté un message social révolutionnaire comme celui de Spartacus, qui, dans des luttes sanglantes, avait échoué. Jésus n'était pas Spartacus, il n'était pas un combattant pour une libération politique, comme Barabbas ou Bar-Khoba. Ce que Jésus, personnellement mort sur la Croix, avait apporté était quelque chose de totalement différent : la rencontre avec le Seigneur de tous les seigneurs, la rencontre avec le Dieu vivant, et ainsi la rencontre avec l'espérance qui était plus forte que les souffrances de l'esclavage et qui, de ce fait, transformait de l'intérieur la vie et le monde.

Ce qui était advenu de nouveau apparaît avec une plus grande évidence dans la Lettre de saint Paul à Philémon. Il s'agit d'une lettre très personnelle, que Paul écrit dans sa prison et qu'il confie à l'esclave fugitif Onésime pour son maître – Philémon précisément. Oui, Paul renvoie l'esclave à son maître, de chez qui il avait fui, et il le fait non pas en ordonnant, mais en priant : « J'ai quelque chose à te demander pour mon enfant à qui, dans ma prison, j'ai donné la vie du Christ... Je te le renvoie, lui qui est une part de moi-même... S'il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c'est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais, bien mieux qu'un esclave, comme un frère bien-aimé » (Phm 10-16).
Les hommes qui, selon leur condition sociale, ont entre eux des relations de maîtres et d'esclaves, en tant que membres de l'unique Église, sont devenus frères et sœurs les uns des autres – c'est ainsi que les chrétiens se nomment les uns les autres. En vertu du Baptême, ils avaient été régénérés, ils s'étaient abreuvés du même Esprit et ils recevaient ensemble, côte à côte, le Corps du Seigneur. Même si les structures extérieures demeuraient identiques, cela changeait la société, de l'intérieur. Si la Lettre aux Hébreux dit que les chrétiens n'ont pas ici-bas une demeure stable, mais qu'ils cherchent la demeure future (cf. He 11, 13-16 ; Ph 3, 20), cela est tout autre qu'un simple renvoi à une perspective future : la société présente est considérée par les chrétiens comme une société imparfaite ; ils appartiennent à une société nouvelle, vers laquelle ils sont en chemin et qui, dans leur pèlerinage, est déjà anticipée.

5.
Nous devons ajouter encore un autre point de vue. La Première Lettre aux Corinthiens (1, 18-31) nous montre qu'une bonne part des premiers chrétiens appartenaient aux couches sociales basses et, précisément pour cela, étaient disposés à faire l'expérience de la nouvelle espérance, comme nous l'avons vu dans l'exemple de Bakhita. Cependant, depuis les origines, il y avait aussi des conversions dans les couches aristocratiques et cultivées, puisqu'elles vivaient, elles aussi, « sans espérance et sans Dieu dans le monde ». Le mythe avait perdu sa crédibilité ; la religion d'État romaine s'était sclérosée en un simple cérémonial, qui était exécuté scrupuleusement, mais qui était désormais réduit à une simple « religion politique ». Le rationalisme philosophique avait cantonné les dieux dans le champ de l'irréel. Le Divin était vu sous différentes formes dans les forces cosmiques, mais un Dieu que l'on puisse prier n'existait pas. Paul illustre de manière particulièrement appropriée la problématique essentielle de la religion d'alors, lorsqu'il oppose à la vie « selon le Christ » une vie sous la seigneurie des « éléments du cosmos » (cf. Col2, 8). Dans cette perspective, un texte de saint Grégoire de Nazianze peut être éclairant. Il dit que le moment où les mages, guidés par l'étoile, adorèrent le nouveau roi, le Christ, marqua la fin de l'astrologie, parce que désormais les étoiles tournaient selon l'orbite déterminée par le Christ. De fait, dans cette scène, est inversée la conception du monde d'alors qui, sous une forme différente, est en vogue encore aujourd'hui. Ce ne sont pas les éléments du cosmos, les lois de la matière qui, en définitive, gouvernent le monde et l'homme, mais c'est un Dieu personnel qui gouverne les étoiles, à savoir l'univers ; ce ne sont pas les lois de la matière et de l'évolution qui sont l'instance ultime, mais la raison, la volonté, l'amour – une Personne. Et si nous connaissons cette Personne et si elle nous connaît, alors vraiment l'inexorable pouvoir des éléments matériels n'est plus l'instance ultime ; alors nous ne sommes plus esclaves de l'univers et de ses lois, alors nous sommes libres. Dans l'antiquité, une telle conscience a déterminé les esprits sincères qui étaient en recherche. Le ciel n'est pas vide. La vie n'est pas un simple produit des lois et des causalités de la matière, mais, en tout, et en même temps au-dessus de tout, il y a une volonté personnelle, il y a un Esprit qui, en Jésus, s'est révélé comme Amour.



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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 21:59

Extrait de l’Encyclique Spe Salvi du Pape Benoît XVI, donnée le 30 novembre 2007.

1.
« SPE SALVI facti sumus » – dans l'espérance nous avons été sauvés, dit saint Paul aux Romains et à nous aussi (Rm 8, 24). Selon la foi chrétienne, la « rédemption », le Salut n'est pas un simple donné de fait. La rédemption nous est offerte en ce sens que nous a été donnée l'espérance, une espérance fiable, en vertu de laquelle nous pouvons affronter notre présent : le présent, même un présent pénible, peut être vécu et accepté s'il conduit vers un terme et si nous pouvons être sûrs de ce terme, si ce terme est si grand qu'il peut justifier les efforts du chemin. Maintenant, une question s'impose immédiatement : mais de quel genre d'espérance s'agit-il pour pouvoir justifier l'affirmation selon laquelle, à partir d'elle, et simplement parce qu'elle existe, nous sommes rachetés? Et de quel genre de certitude est-il question?

2.
(…) Paul rappelle aux Éphésiens que, avant leur rencontre avec le Christ, ils étaient « sans espérance et sans Dieu dans le monde » (cf. Ep 2, 12). Naturellement, il sait qu'ils avaient eu des dieux, qu'ils avaient eu une religion, mais leurs dieux s'étaient révélés discutables et, de leurs mythes contradictoires, n'émanait aucune espérance. Malgré les dieux, ils étaient « sans Dieu » et, par conséquent, ils se trouvaient dans un monde obscur, devant un avenir sombre. « In nihil ab nihilo quam cito recidimus » (Du néant dans le néant, combien rapidement nous retombons), dit une épitaphe de l'époque – paroles dans lesquelles apparaît sans ambiguïté ce à quoi Paul fait référence. C'est dans le même sens qu'il dit aux Thessaloniciens : vous ne devez pas être « abattus comme les autres, qui n'ont pas d'espérance » (1 Th 4, 13). Ici aussi, apparaît comme élément caractéristique des chrétiens le fait qu'ils ont un avenir : ce n'est pas qu'ils sachent dans les détails ce qui les attend, mais ils savent de manière générale que leur vie ne finit pas dans le néant. C'est seulement lorsque l'avenir est assuré en tant que réalité positive que le présent devient aussi vivable. Ainsi, nous pouvons maintenant dire : le christianisme n'était pas seulement une « bonne nouvelle » – la communication d'un contenu jusqu'à présent ignoré. Dans notre langage, nous dirions : le message chrétien n'était pas seulement « informatif », mais « performatif ». Cela signifie que l'Évangile n'est pas uniquement une communication d'éléments que l'on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie. La porte obscure du temps, de l'avenir, a été ouverte toute grande. Celui qui a l'espérance vit différemment ; une vie nouvelle lui a déjà été donnée.

3. Maintenant se pose la question suivante : en quoi consiste cette espérance qui, comme espérance, est « rédemption »? En fait : le cœur même de la réponse est donné dans le passage de la Lettre aux Éphésiens cité précédemment : avant leur rencontre avec le Christ, les Éphésiens étaient sans espérance, parce qu'ils étaient « sans Dieu dans le monde ». Parvenir à la connaissance de Dieu, le vrai Dieu, cela signifie recevoir l'espérance. Pour nous qui vivons depuis toujours avec le concept chrétien de Dieu et qui nous y sommes habitués, la possession de l'espérance, qui provient de la rencontre réelle avec ce Dieu, n'est presque plus perceptible.

L'exemple d'une Sainte de notre temps peut en quelque manière nous aider à comprendre ce que signifie rencontrer ce Dieu, pour la première fois et réellement. Je pense à l'Africaine Joséphine Bakhita, canonisée par le Pape Jean-Paul II. Elle était née vers 1869 – elle ne savait pas elle-même la date exacte – dans le Darfour, au Soudan. À l'âge de neuf ans, elle fut enlevée par des trafiquants d'esclaves, battue jusqu'au sang et vendue cinq fois sur des marchés soudanais. En dernier lieu, comme esclave, elle se retrouva au service de la mère et de la femme d'un général, et elle fut chaque jour battue jusqu'au sang ; il en résulta qu'elle en garda pour toute sa vie 144 cicatrices. Enfin, en 1882, elle fut vendue à un marchand italien pour le consul italien Callisto Legnani qui, face à l'avancée des mahdistes, revint en Italie. Là, après avoir été jusqu'à ce moment la propriété de « maîtres » aussi terribles, Bakhita connut un « Maître » totalement différent – dans le dialecte vénitien, qu'elle avait alors appris, elle appelait « Paron » le Dieu vivant, le Dieu de Jésus Christ.

Jusqu'alors, elle n'avait connu que des maîtres qui la méprisaient et qui la maltraitaient, ou qui, dans le meilleur des cas, la considéraient comme une esclave utile. Cependant, à présent, elle entendait dire qu'il existait un « Paron » au-dessus de tous les maîtres, le Seigneur des seigneurs, et que ce Seigneur était bon, la bonté en personne. Elle apprit que ce Seigneur la connaissait, elle aussi, qu'il l'avait créée, elle aussi – plus encore qu'il l'aimait. Elle aussi était aimée, et précisément par le « Paron » suprême, face auquel tous les autres maîtres ne sont, eux-mêmes, que de misérables serviteurs. Elle était connue et aimée, et elle était attendue. Plus encore, ce Maître avait lui-même personnellement dû affronter le destin d'être battu et maintenant il l'attendait « à la droite de Dieu le Père ». Désormais, elle avait une « espérance » – non seulement la petite espérance de trouver des maîtres moins cruels, mais la grande espérance : je suis définitivement aimée et quel que soit ce qui m'arrive, je suis attendue par cet Amour. Et ainsi ma vie est bonne. Par la connaissance de cette espérance, elle était « rachetée », elle ne se sentait plus une esclave, mais une fille de Dieu libre. Elle comprenait ce que Paul entendait lorsqu'il rappelait aux Éphésiens qu'avant ils étaient sans espérance et sans Dieu dans le monde – sans espérance parce que sans Dieu.
Aussi, lorsqu'on voulut la renvoyer au Soudan, Bakhita refusa-t-elle ; elle n'était pas disposée à être de nouveau séparée de son « Paron ». Le 9 janvier 1890, elle fut baptisée et confirmée, et elle fit sa première communion des mains du Patriarche de Venise. Le 8 décembre 1896, à Vérone, elle prononça ses vœux dans la Congrégation des Sœurs canossiennes et, dès lors – en plus de ses travaux à la sacristie et à la porterie du couvent –, elle chercha surtout dans ses différents voyages en Italie à appeler à la mission : la libération qu'elle avait obtenue à travers la rencontre avec le Dieu de Jésus Christ, elle se sentait le devoir de l'étendre, elle devait la donner aussi aux autres, au plus grand nombre de personnes possible. L'espérance, qui était née pour elle et qui l'avait « rachetée », elle ne pouvait pas la garder pour elle ; cette espérance devait rejoindre beaucoup de personnes, elle devait rejoindre tout le monde.


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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 00:00

« ... mais toute Parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Mt 4.4)

Cette vérité, que le Seigneur nous rappelle en ce début de Carême, est sans cesse à redécouvrir.

De même que notre corps a besoin de nourriture physique pour vivre, de même notre âme a-t-elle besoin de s’alimenter régulièrement de la Parole de Dieu pour croître et se développer.

Nous avons lu récemment sur ce Blog les catéchèses du Pape Benoît XVI sur Saint Jérôme. Saint Jérôme était un amoureux passionné des Saintes Ecritures ; il avait mis la Bible au centre de sa vie. Pourquoi ne le prendrions-nous pas en exemple en ce début de Carême ?

Un lecteur faisait remarquer que c’est le Christ que l'on doit mettre au centre de sa vie, non la Bible seule. Ce sur quoi Saint Jérôme lui aurait certainement répondu que quiconque n’a pas mis la Bible au centre de sa vie n’a pas mis non plus Jésus-Christ au centre de sa vie. Car, écrivait-il, « ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ ».

Mais comment lire les Ecritures ?

Une amie me faisait part récemment de son désarroi en face de la Bible. D’un côté, elle voudrait bien la connaître, la lire et s’en nourrir. Mais d’un autre côté, elle avouait ne pas trop savoir comment s’y prendre, et se décourager à la première tentative, devant l’ampleur de la tâche.

Je lui conseillais de lire l’Ecriture au fil des textes que la liturgie nous donne à méditer chaque jour, de telle manière qu’en deux ans, elle en ait parcouru l’essentiel – et cueilli la « substantifique moëlle ».

Mais une autre idée a germé : celle de créer une nouvelle catégorie « Bible » sur ce Blog – je crois que cela manquait. Et par ce moyen, constituer un groupe de réflexion biblique destiné à tous ceux qui souhaiteraient découvrir la Parole de Dieu sans trop savoir comment s’y prendre.

Je vous propose donc de découvrir la Bible à travers son premier livre : le
livre de la Genèse.

Et pour commencer, je vous invite à en lire
les 11 premiers chapitres, en notant tout ce qui vous passe par la tête : ce que vous comprenez, ne comprenez pas ; les questions qui vous viennent ; les passages qui vous touchent ; ceux qui vous éclairent ; etc.

Prenons le temps de faire ce travail - dans un esprit de prière -, et donnons-nous une dizaine de jours pour cela (à raison par exemple d'un chapitre par jour). Je crois important dans une première étape de lire simplement le texte, de nous en imprégner, de le méditer, de le digérer ; et de le laisser travailler en nous, car la Parole de Dieu n’est pas une parole comme les autres ; c’est une Parole vivante (He 4. 12) : il faut la laisser faire ; il faut se laisser faire.

Nous mettrons ensuite en commun le fruit de nos réflexions, en nous attachant dans un premier temps aux
trois premiers chapitres du livre de la Genèse, parmi les plus importants de toute la Bible - qui risquent de nous occuper un moment.

Êtes-vous partant pour ce « Biblique Globe Challenge » ?

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