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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 23:00

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOIT XVI EN AFRIQUE - Extrait du discours du Pape Benoît XVI lors de la rencontre avec les membres du Conseil du Synode des Evêques, à la nonciature de Yaoundé, le 19 mars 2009.

 

Je voudrais (…) suggérer quelques réflexions sur le thème proprement dit de la Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, relatif à la réconciliation, à la justice et à la paix.

 

Selon le Concile Œcuménique Vatican II, « l’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (LG1). Pour bien remplir sa mission, l’Église doit être une communauté de personnes réconciliées avec Dieu et entre elles. De cette manière, elle peut annoncer la Bonne Nouvelle de la réconciliation à la société actuelle, qui connaît malheureusement en de nombreux lieux des conflits, des violences, des guerres, et de la haine. Votre continent n’a pas été épargné, hélas, et il a été et est encore le triste théâtre de graves tragédies qui appellent à une vraie réconciliation entre les peuples, les ethnies et les hommes. Pour nous chrétiens, cette réconciliation s’enracine dans l’amour miséricordieux de Dieu le Père et elle se réalise à travers la personne du Christ-Jésus, qui, dans l’Esprit Saint, a offert à tous la grâce de la réconciliation. Les conséquences se manifesteront alors par la justice et la paix, indispensables pour construire un monde meilleur.

 

En réalité, qu’y a-t-il de plus dramatique, dans le contexte sociopolitique et économique actuel du continent africain, que le combat souvent sanglant entre groupes ethniques ou peuples frères ? Et si le Synode de 1994 a insisté sur l’Église-Famille de Dieu, quel peut être l’apport de celui de cette année à la construction de l’Afrique, assoiffée de réconciliation et à la recherche de la justice et de la paix ? Les guerres locales ou régionales, les massacres et les génocides qui se déroulent sur le continent doivent nous interpeller de manière toute particulière : s’il est vrai qu’en Jésus Christ, nous appartenons à la même famille et partageons la même vie, puisque dans nos veines circule le même Sang du Christ, qui fait de nous les fils de Dieu, membres de la Famille de Dieu, il ne devrait donc plus y avoir de haines, d’injustices et de guerres entre frères.

 

Constatant le développement de la violence et l'émergence de l'égoïsme en Afrique, le Cardinal Bernardin Gantin, de vénérée mémoire, appelait, dès 1988, à une théologie de la Fraternité, comme réponse aux appels pressants des pauvres et des plus petits (Osservatore Romano, éd. française, 12 avril 1988, pp.4-5). Il lui venait peut-être en mémoire ce qu’écrivait l'Africain Lactance à l'aube du IVe siècle : « Le premier devoir de la justice est de reconnaître l'homme comme un frère. De fait, si le même Dieu nous a faits et nous a tous engendrés dans la même condition, en vue de la justice et de la vie éternelle, nous sommes assurément unis par des liens de fraternité : celui qui ne les reconnaît pas est injuste » (Epitomé des Institutions Divines, 54, 4-5 ; SC 335, p. 210). L’Église-Famille de Dieu qui est en Afrique, a réalisé une option préférentielle pour les pauvres, depuis la Première Assemblée Spéciale du Synode des Évêques. Elle manifeste ainsi que la situation de déshumanisation et d’oppression qui afflige les peuples africains n’est pas irréversible ; au contraire, elle met chacun face à un défi, celui de la conversion, de la sainteté et de l’intégrité.

 

Le Fils, à travers lequel Dieu nous parle, est lui-même Parole devenue chair. Cela a été l’objet des réflexions de la récente douzième Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques. Devenue chair, cette Parole est à l’origine de ce que nous sommes et faisons ; elle est le fondement de toute vie. C’est donc à partir de cette Parole qu’il faut valoriser les traditions africaines, corriger et perfectionner leur conception de la vie, de l’homme et de la famille. Le Christ Jésus, Parole de vie, est source et accomplissement de toutes nos vies, car le Seigneur Jésus est l’unique médiateur et rédempteur.

 

Il est urgent que les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage des lieux d’écoute profonde de la Parole de Dieu, et de lecture méditative de l’Écriture Sainte. C’est par cette lecture méditative et communautaire en Église que le chrétien rencontre le Christ ressuscité qui lui parle et lui redonne l’espérance en la plénitude de vie qu’Il donne au monde.

 

Quant à l’Eucharistie, elle rend le Seigneur réellement présent dans l’histoire. À travers la réalité de son Corps et de son Sang, le Christ tout entier se rend substantiellement présent dans nos vies. Il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20) et Il nous renvoie à nos réalités quotidiennes afin que nous puissions les remplir de sa présence. Dans l’Eucharistie, il est mis clairement en évidence que la vie est une relation de communion avec Dieu, avec nos frères et nos sœurs, et avec la Création tout entière. L’Eucharistie est source d’unité réconciliée dans la paix.

 

La Parole de vie et le Pain de la vie offrent lumière et nourriture, comme antidote et viatique dans la fidélité au Maître et Pasteur de nos âmes, afin que l’Église en Afrique réalise le service de la réconciliation, de la justice et de la paix, selon le programme de vie donné par le Seigneur lui-même : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde » (Mt5, 13.14). Pour l’être vraiment, les fidèles doivent se convertir et suivre Jésus Christ, devenir ses disciples, pour être témoins de son pouvoir salvifique. Durant sa vie terrestre, Jésus était « puissant par ses actions et ses paroles » (Lc24, 19). Par sa résurrection, il a soumis toute autorité et pouvoir (cf. Col2, 15), toute puissance du mal pour rendre libres ceux qui ont été baptisés en son nom. « Si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres » (Ga5, 1). La vocation chrétienne consiste à se laisser libérer par Jésus Christ. Il a vaincu le péché et la mort et il offre à tous la plénitude de la vie. Dans le Seigneur Jésus, il n’y a plus ni juif ni païen, ni homme, ni femme (cf. Ga 3, 28). Dans sa chair, il a réconcilié tous les peuples. Avec la force de l’Esprit Saint, j’adresse à tous cet appel : « Laissez-vous réconcilier ! » (2 Co5, 20). Aucune différence ethnique ou culturelle, de race, de sexe ou de religion ne doit devenir entre vous un motif d’affrontement. Vous êtes tous fils de l’unique Dieu, notre Père, qui est aux cieux. Avec cette conviction, il sera alors possible de construire une Afrique plus juste et pacifique, à la hauteur des attentes légitimes de tous ses fils.

  

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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