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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 20:00

 

EVENEMENT SUR TOTUS TUUS. Nous allons suivre durant cet été les pas de notre Saint Père, le Pape Benoît XVI, tout au long de son périple en Terre Sainte qui s’est déroulé du 8 au 15 mai 2009 – son 12e déplacement à l’étranger depuis son élection au siège de Rome. Il s’agit là certainement de l’un des plus importants voyages du pontificat de Benoît XVI – le nombre exceptionnellement important de ses discours en atteste, tout comme leur richesse et densité.

 

Nous écoutons aujourd’hui le Saint Père répondre aux questions des journalistes dans l’avion qui l’emmenait à Amman en Jordanie, le 8 mai 2009.

 

Interview dans l'avion

 

Q.  Sainteté, ce voyage arrive dans une période très délicate pour le Moyen-Orient : il y a de fortes tensions – à l’occasion de la crise de Gaza, on avait aussi pensé que peut-être vous y renonceriez. En même temps, peu de jours après votre voyage, les principaux responsables politiques d’Israël et de l’Autorité Palestinienne, rencontreront aussi le président Obama. Pensez-vous pouvoir apporter une contribution au processus de paix qui semble actuellement s’enliser ?

 

R. – Bonjour ! Je voudrais tout d’abord vous remercier pour le travail que vous faites et nous souhaiter à tous un bon voyage, un bon pèlerinage, un bon retour. Concernant la question, je cherche certainement à contribuer à la paix non en tant qu’individu mais au nom de l’Église catholique, du Saint-Siège. Nous ne sommes pas un pouvoir politique, mais une force spirituelle et cette force spirituelle est une réalité qui peut contribuer aux progrès du processus de paix.

 

Je vois trois niveaux.

 

Le premier : comme croyants, nous sommes convaincus que la prière est une vraie force : elle ouvre le monde à Dieu. Nous sommes convaincus que Dieu écoute et qu’il peut agir dans l’Histoire. Je pense que si des millions de personnes, de croyants, prient, c’est réellement une force qui influence et qui peut contribuer à faire progresser la paix.

 

Le deuxième niveau : nous cherchons à aider à la formation des consciences. La conscience est la capacité de l’homme à percevoir la vérité, mais cette capacité est souvent entravée par des intérêts particuliers. Et libérer de ces intérêts, ouvrir le plus possible à la vérité, aux vraies valeurs est un grand engagement : c’est une tâche de l’Église d’aider à connaître les vrais critères, les vraies valeurs, et à nous libérer des intérêts particuliers.

 

Et ainsi – le troisième niveau – nous nous adressons également – c’est ainsi ! – à la raison : justement parce que nous ne sommes pas un parti politique, nous pouvons peut-être plus facilement, aussi à la lumière de la foi, discerner les vrais critères, aider à comprendre ce qui contribue à la paix et parler à la raison, appuyer les positions réellement raisonnables. Et cela nous l’avons déjà fait et nous voulons le faire aussi maintenant et à l’avenir.

 

Q.  Merci, Très Saint-Père. La deuxième question. En tant que théologien, vous avez particulièrement réfléchi sur l’unique racine qui unie chrétiens et juifs. Comme se fait-il que, malgré les efforts de dialogue, il y ait souvent des malentendus ? Comment voyez-vous l’avenir du dialogue entre les deux communautés ?

 

R. Ce qui est important est que nous ayons la même racine, les mêmes livres de l’Ancien Testament qui sont – aussi bien pour les juifs, que pour nous – Livre de la Révélation. Mais, naturellement, après 2000 ans d’histoire distinctes, et même séparée, il n’y a pas à s’étonner qu’il y ait des malentendus, parce que ce sont créées des traditions d’interprétation, de langage, de pensée très diverses, pour ainsi dire, un « univers sémantique » très différent, si bien que les mêmes paroles pour l’une et l’autre parties ont une signification différente ; et avec l’usage de ces termes, qui au cours de l’Histoire ont pris des sens différents, naissent évidemment des malentendus. Nous devons faire tout ce qui est possible pour apprendre les uns et les autres le langage de l’autre, et il me semble que nous faisons de grand progrès (…). Apprenons les uns des autres et allons de l’avant sur le chemin du vrai dialogue ; apprenons l’un de l’autre et je suis sûr et convaincu que nous accomplissons des progrès. Cela favorisera la paix et mieux, l’amour réciproque.

 

D.  Sainteté, ce voyage revêt deux dimensions essentielles dans le dialogue interreligieux, avec l’islam et avec le judaïsme. Ces deux orientations sont-elles totalement séparées l’une de l’autre ou existe-t-il aussi un message commun concernant les trois religions qui remontent à Abraham ?

 

R. – Il existe bien sûr aussi un message commun et nous aurons l’occasion de le souligner. Malgré la diversité de nos origines, nous avons des racines communes car, comme je l’ai déjà dit, le christianisme commence avec l’Ancien Testament et l’Écriture du Nouveau Testament, sans l’Ancien, n’aurait pas eu lieu, car le Nouveau Testament se rapporte sans cesse à l’« Écriture », c’est-à-dire à l’Ancien Testament. De même, l’islam est né dans un milieu où se trouvaient aussi bien le judaïsme que les différentes branches du christianisme : le judéo-christianisme, le christianisme-antiochien, le christianisme byzantin. Toutes ces circonstances se reflètent dans la tradition coranique, c’est pourquoi nous avons un grand nombre de choses en commun depuis les origines et aussi dans la foi en l’unique Dieu. Par conséquent, il est important d’avoir, d’une part, un dialogue bilatéral – avec les juifs et avec les musulmans – et de l’autre, un dialogue trilatéral (…). Le dialogue trilatéral doit (…) continuer. Il est très important pour la paix et aussi – disons – pour que chacun vive bien sa propre religion.

 

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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