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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 18:59

Un ami me partage un article d’Olivier Py, metteur en scène, dramaturge et comédien, ancien directeur du Théâtre de l'Odéon, au sujet de la position de l’Eglise sur le mariage homosexuel. L’article, publié dans Le Monde du 4 décembre 2012 est intitulé « Intolérable intolérance sexuelle de l'Eglise ». Je vous le livre ici avec mes commentaires. 

« Les catholiques qui s'opposent au mariage homosexuel et à l'homosexualité peuvent citer les deux sources vétéro et néo-testamentaires qui condamnent l'amour entre deux hommes (Genèse 19, 1-13; Lévitique 18, 22 ; Romains 1, 26-27 ; I Corinthiens 6, 9). » 

Il ne s’agit évidemment pas d’une condamnation de "l’amour" entre deux hommes – l’amour d’amitié est une des réalités naturelles les plus nobles et les plus belles – mais des seules pratiques homosexuelles. Condamnation qui traverse toute la Bible, ainsi que le reconnaît M. Py. 

« Précisons simplement qu'un chrétien catholique se refuse à prendre l’Ancien Testament ou le Nouveau au pied de la lettre, il sait que l'ancienne loi doit être selon les mots du Christ accomplie, et non pas suivie pour les siècles des siècles. En d'autres termes, qu'un chrétien doit interpréter les écritures au ratio de l'époque de leur rédaction. » 

C’est tout à fait juste – et c’est ce qui distingue la Bible du Coran. Puisque la Parole de Dieu s’adresse à des intelligences humaines limitées, on ne peut la saisir immédiatement dans sa pureté. Dieu parle le langage des hommes pécheurs. Il faut donc dégager ce qui, dans l’Ecriture, relève de la part humaine marquée par le péché, et ce qui relève de la part divine – afin de ne pas imputer faussement à Dieu ce qui relève du seul péché de l’homme. C’est là tout le travail de la théologie – qui est intelligence de la foi. Simplement, ce qu’oublie de dire Olivier Py, c’est que ce travail, pour être fructueux, ne peut s’accomplir que dans l’Eglise que Jésus-Christ a fondée, qui repose sur l’Apôtre Pierre (à qui sont remises les clefs du Royaume de Cieux) ; qui a reçu l’Esprit Saint (l’Esprit de Vérité) à la Pentecôte et l’assurance de la présence quotidienne du Christ ressuscité à ses côtés jusqu’à la fin du monde, ainsi que la promesse que « les portes de l’enfer » ne l’emporteront pas sur elle (cf. Mt 28. 20 ; 16. 18-19). 

Un chrétien catholique doit donc aussi interpréter les Ecritures au ratio de la pensée de l’Eglise : c’est elle qui nous donne le « la », la clef de sol qui nous permet de jouer notre propre partition – et de réfléchir, chacun, sur les vérités de la foi et de la morale. C’est l’Eglise qui est la « colonne de la vérité » (cf. 1 Tm 3. 15). C’est sur elle que nous devons nous appuyer pour fonder notre pensée – si nous tenons à ce qu’elle soit vraie en Christ. On ne peut pas avoir raison contre l’Eglise – c'est-à-dire contre le Pape, les évêques unis à lui, et les fidèles unis à eux. C’est elle qui est gardienne du dépôt de la foi ; elle à qui ont été confiées les Paroles de la vie éternelle. 

Or, quelle est la pensée de l’Eglise au sujet de l’homosexualité ? L’Eglise dit deux choses. Tout d’abord, elle dit sa réprobation des actes homosexuels : « S'appuyant sur la Sainte Ecriture, qui les présente comme des dépravations graves (cf. G191-29 ; Rm 1, 24-27 ; 1 C610 ; 1 T110), la Tradition a toujours déclaré que les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas. » (CEC 2758) Texte à méditer par tous les chrétiens qui croient intelligents de se défendre de l’accusation d’"homophobie" en déclarant que l’homosexualité n’est pas un problème, ou même qu'elle est une chose bonne en soi… 

L’Eglise manifeste ensuite sa tendresse envers les personnes ayant une tendance homophile : « Un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présente des tendances homosexuelles foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart d’entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la Croix du Seigneur les difficultés qu’elles peuvent rencontrer du fait de leur condition. » (CEC 2759) 

Les personnes homosexuelles baptisées ne sont donc pas excommuniées du seul fait qu’elles portent en elle une tendance homophile, ni même du fait des péchés d’homosexualité qu’elles pourraient commettre (à la différence, par exemple, des personnes qui pratiquent l’avortement ou qui y collaborent formellement). Bien plus : l’Eglise exhorte les Communautés chrétiennes à faire effort pour les accueillir, les respecter et les aimer. Il est donc aussi idiot de qualifier l’Eglise d’"homophobe" que… pertinent de qualifier certains militants de la cause homosexuelle de christianophobes (on est toujours le -phobe de quelqu’un…) 

« Aucun catéchisme catholique n'a jamais exigé que l'on suive à la lettre les lois de la Bible. Ceux qui veulent condamner l'homosexualité le font bien plus à partir d'un moralisme qui leur est propre que par respect de la loi biblique, ils passent évidemment sous silence l'amour de Saül pour David, l'amour de David et de Jonathan, et utilisent la Bible pour servir une homophobie non dissimulée. » 

Encore une fois : l’amour d’amitié entre les hommes n’est pas condamné. Ce qui est condamné, ce sont les rapports sexuels entre hommes (ou entre femmes). 

« Quant à Paul aux Romains, 1, 26-27, on pourra d'emblée constater qu'il ne définit pas les rapports sexuels entre hommes comme un péché, ni dans le cadre d'une interdiction stricte. Il parle d'infamie parce que ces rapports font partie des rites et des cultes du paganisme que, dans ce passage, il condamne absolument. Mais c'est l'idolâtrie qu'il condamne. L'idéal de vie paulinien reste chaste, et donc ne défend aucune pratique sexuelle, lesquelles pratiques sont souvent liées au paganisme, au culte de la fécondité notamment. » 

L’homosexualité n’a jamais fait partie des "rites" ou des "cultes" païens. Mais il est vrai qu’elle est largement pratiquée en milieu païen – milieu comparable à notre société actuelle. Elle est, en effet, de l’ordre de l’idolâtrie (cf. Col 3. 5). C’est pourquoi elle est extrêmement grave : elle nous détourne de Dieu en qui seul nous pouvons trouver le bonheur auquel notre cœur aspire profondément – Lui qui est la Vie et la Joie ! 

« Les catholiques se réclament de la protection de la famille, c'est leur droit. Mais objectons que les homosexuels ne veulent pas détruire le mariage puisqu'ils appellent à plus de mariage, au contraire, et à plus de famille, famille atypique mais famille tout de même. En quoi le fait que des homosexuels aient le droit au mariage détruirait-il le mariage pour les hétérosexuels, cela reste une imprécation peu argumentée. » 

Mais il arrive que la "quantité" nuise à la "qualité". Or, le plus de famille souhaité par les homosexuels (en fait : une minorité d’entre eux…) dénaturerait fondamentalement le mariage – qui est l’union naturelle, dans un engagement social, de l’homme et de la femme en vue de fonder une famille. Ce n’est pas l’Eglise catholique qui a inventé cela. C’est une réalité humaine, universelle. Quand un homme épouse une femme (quelle que soit sa religion), c’est qu’il souhaite en faire la mère de ses enfants (et réciproquement). Ce n’est pas l’Eglise qui a inventé la fécondité de la sexualité homme-femme. C’est une réalité naturelle inscrite dans notre biologie. L’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre – cela se voit jusque dans leur physiologie – et quand ils s’unissent, conformément à leur nature, il naît des enfants, et l’espèce humaine peut se perpétuer. (Il est quand même effarant qu’au 21e siècle, on soit obligé de rappeler de telles évidences…)  

J’ajoute que dans l’esprit du législateur, il est assez évident que le mariage homosexuel est un cheval de Troie destiné in fine à détruire le mariage – comme tout ce qui porte la trace de la morale et de la civilisation chrétiennes dans notre beau pays. Je vous renvoie au témoignage de l’internaute sur le groupe Facebook Pour l’Humanité durable publié dans mon précédent article sur le sujet. C’est dans la logique du système : si le mariage est fondé sur le sentiment, et lui seul, sachant que le sentiment est fluctuant et qu’il ne dure selon certaines études que 3 ans (a fortiori chez les homosexuels, dont la durabilité des couples est extrêmement réduite par rapport aux couples hétérosexuels – sauf rares exceptions), on ne voit pas pourquoi on devrait contraindre des êtres qui ne s’aiment plus à vivre ensemble toute leur vie. Après le « mariage pour tous » (qui aura vocation à s’étendre à tous ceux qui s’aiment, par exemple : les couples polygames), on aura le « divorce pour tous » – par simple courrier recommandé avec AR. A vouloir plus de mariage, on aura à la fin une espèce de contrat à durée limitée résiliable à la discrétion de l’un ou l’autre des époux. Autant dire qu’on n’aura plus de mariage du tout ! 

« Mais le plus grave est que les catholiques, dont un certain nombre de bonne foi, oublient combien les valeurs familiales sont peu catholiques. Catholique veut dire universel, la catholicité nous commande toujours de considérer notre frère comme frère dans le Christ et non pas dans les liens du sang ou de la nation. C'est le sens de la parabole. 

« L'idéal chrétien chez Paul n'est pas un idéal de vie familiale, au contraire il est celui du saint qui fait de l'ensemble de l'humanité sa famille. Les valeurs familiales sont des valeurs de la société bourgeoise du XIXe, des valeurs de la société protestante anglo-saxonne mais certainement pas des valeurs chrétiennes. 

« Le Christ n'a pas fondé de famille, les prêtres sont interdits de famille au nom de l'imitation du Christ. On disait aussi que l'abolition de la peine de mort (la même Eglise a attendu les années 1990 pour retirer sans restriction l'approbation de la peine de mort de son catéchisme) détruirait le système pénal et finalement toute la justice. » 

Je crains que notre auteur n’ait pas compris grand-chose ni à la Bible, ni au christianisme. Pourquoi Dieu a-t-il donc créé l’homme et la femme ? Quelle est la raison fondamentale de la différence sexuelle dans le plan de Dieu ? Jésus nous le rappelle explicitement, en Matthieu 19 : « N'avez-vous pas lu l'Écriture ? Au commencement, le Créateur les fit homme et femme (…). 'VOILA POURQUOI l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un.' A cause de cela, ils ne sont plus deux, mais un seul. Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas ! » (Mt 19. 4-6). 

Voici donc le plan de Dieu sur l’homme. Dieu créé l’homme et la femme en vue de la famille. La famille est au cœur même du plan de Dieu ! Et pourquoi cela ? Parce que, nous dit le livre de la Genèse auquel renvoie Jésus : « Dieu créa l’homme à son image, à son image il le créa, homme et femme il les créa » (Gn 1. 27). Si Dieu créé l’homme et la femme, deux personnes différentes, en vue d’une communion d’amour féconde, c’est parce que Dieu lui-même est comme cela ! La famille humaine est à l’image même de Dieu ! Dieu lui-même est famille ! C’est tout le mystère de la Sainte Trinité. 

Maintenant, il est vrai que la famille que Dieu veut créer est plus large que les familles humaines. Il veut faire de l’humanité tout entière une grande famille. Il veut adopter chacun de nous comme Ses enfants adoptifs, et donner à son Fils unique une multitude de frères. Il veut faire de nous les membres de Sa famille. Les homosexuels militants qui s’accrochent à leur petit mariage au rabais réalisent-ils qu’ils sont faits pour entrer dans la famille de Dieu ? 

Si la famille est au centre du Plan de Dieu, pourquoi alors l’Eglise demande-t-elle à ses prêtres de ne pas se marier ? Pourquoi Jésus lui-même ne s’est-il pas marié ? 

Claude Tresmontant nous aide à comprendre cela : « L’ascèse a une signification prophétique. Elle prophétise, dans l’existence même du saint, la condition humaine à venir, dans la durée ou le monde qui vient. ‘Les hommes seront comme les anges de Dieu, ne se mariant pas…’ L’ascèse chrétienne anticipe la vie qui vient, et la réalise dans une certaine mesure dès ici-bas. Cette excellence de l’ascèse, à cause de la liberté qu’elle permet, n’implique aucunement dans la pensée de Paul une attitude manichéenne vis-à-vis du mariage (…). Rien n’est plus étranger à toute la tradition biblique que l’attitude manichéenne vis-à-vis du monde sensible, de l’existence corporelle, de la fécondité. Le monde tout entier est mystère, et Paul a eu l’intelligence du mystère du mariage comme on le voit dans le passage de la lettre aux Ephésiens (…) : ‘Ce mystère est grand…’ (Eph. 5. 32).

 

« Mais précisément parce que le monde est un mystère, il est bon que certains s’abstiennent d’user du monde, pour que ce monde soit connu en tant que mystère prophétique. Il est bon d’user du monde comme n’en usant pas, parce que la figure de ce monde inachevé passe, et laisse place au monde qui vient, prophétisé par ce monde-ci. Ainsi, les vierges comme les gens mariés contribuent à manifester le mystère du mariage. Le mariage ne serait plus vécu comme mystère si la chasteté n’en annonçait le sens eschatologique, et le mystère ne serait plus consacré dans ses espèces sensibles si l’homme ne connaissait pas la femme (…). » (Claude Tresmontant, in Saint Paul et le mystère du Christ, Editions du Seuil 1956, pp. 157-160)

 

« Le pape est allé jusqu'à dire que la survie de l'humanité était menacée par le mariage gay, on rirait si cela n'était à pleurer. Comment une telle idée peut-elle être raisonnablement énoncée ? Le mariage homosexuel remettrait en cause la courbe démographique terrifiante qui nous a fait passer le seuil des 7 milliards ? Il y aurait plus d'homosexuels s'ils pouvaient s'aimer dans un cadre légal ? Et sous peu toute l'humanité pourrait être convertie à l'homosexualité et oublierait de se reproduire ? Fantasme délirant, homophobie a peine dissimulée, qui continue à éloigner du message de l'Eglise des milliers d'hommes et de femmes. » 

Dans un précédent article, j’ai montré de quelle manière on pouvait considérer que « la survie de l'humanité était menacée par le mariage gay ». Cela tient au fait que l’institution du mariage homosexuel introduirait un fâcheux précédent dans notre système juridique dont on ne mesure pas toutes les conséquences. Le mariage homosexuel met en cause l’un des principes fondamentaux de la Déclaration universelle des droits de l’homme (cf. article 16). Or, si l’on commence à toucher aux droits fondamentaux de l’homme, on met le doigt dans un engrenage dont on ne sait jusqu’où il nous mènera. 

S’il n’y a pas de vérité transcendante, inaccessible au bon vouloir des hommes ; si toutes les opinions se valent et ne trouvent leur justification que dans la majorité démocratique du moment, alors… qu’adviendra-t-il si demain la majorité change ; si "l’homophobie" devient un jour majoritaire dans ce pays ? Que se passera-t-il si une majorité politique se met à considérer l’homosexualité comme une tare, une maladie, une anormalité relevant de la rééducation forcée ou… de la peine de mort ? Quels arguments allons-nous invoquer ? Les droits de l’homme ? Mais nous les avons considérés comme "chiffon de papier" quand cela nous arrangeait ! Comment pourrions-nous demain invoquer un argument que nous rejetons aujourd’hui ? Au nom de quelle logique ? Si une majorité populaire peut décider librement ce qui est bien et ce qui est mal sans référence aucune à des principes transcendants, intangibles, inscrits dans la nature même de l’homme, alors quelle protection avons-nous contre un retour possible de la barbarie ? 

Ce n’est pas là pure spéculation théorique, en l’air. L’histoire récente nous montre que le cauchemar peut devenir réalité. 

« La question de l'adoption serait plus délicate ? Mais que nous ayons des parents ou un père et une mère n'est pas une question théologique. On peut et on doit se soucier du bonheur de l'enfant qui sera adopté, c'est ce que font les parents qui adoptent et qui désirent ces enfants qu'ils n'ont pas génétiquement conçus. 

« Quel destin préfère-t-on pour ces milliers d'orphelins ? Un orphelinat à Mogadiscio ou deux parents du même sexe, aimants et attentifs ? Qui peut défendre qu'il y ait moins d'enfants du tiers-monde qui accèdent à nos soins, à notre éducation, à notre paix ? Pourquoi refuser à un enfant d’avoir deux parents quand on accepte légalement qu'il n'en ait qu'un ? Et enfin quel statut donner à tous ces enfants qui ont été élevés par deux parents du même sexe, doit-on nier leur existence, leur histoire, leur identité, sans même leur avoir demandé leur avis ? » 

On ne légifère pas à partir de situations exceptionnelles ; l’exception ne doit pas devenir la norme. On ne résout pas un problème en en créant de plus grands. Pourquoi refuser à un enfant d’être éduqué par un père et une mère dont l’union (hétéro)sexuelle est inscrite en sa chair, dans son ADN – et qui est constitutive de son être, de son identité ? Pourquoi ne pas lui donner les mêmes chances de s’épanouir dans un foyer stable où sa croissance psycho-affective pourra se dérouler aussi paisiblement que possible dans la confrontation à l’identité et à la différence ? Pourquoi confier à un couple homosexuel un enfant pouvant être accueilli dans une famille hétérosexuelle ? S’il y avait une pénurie des familles d’accueil, la question de l’adoption par des couples homosexuels pourrait, à la limite, se poser. Mais il n’y a pas de pénurie… Dans une société où l’on promeut l’égalité des chances, pourquoi ne la garantirait-on pas aux enfants en leur promettant, dès le départ, des conditions égales pour leur développement naturel, leur structuration psychique et leur formation humaine (qui ne se réduit pas à la seule « éducation »). 

« On peine à comprendre comment et pourquoi l'Eglise veut intervenir dans un débat juridique laïque qui est celui de la République elle-même. On semble regretter la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Imagine-t-on les musulmans demander l'interdiction du jambon au nom de leur foi ? Tout simplement parce que les évêques qui condamnent l'homosexualité amalgament facilement le péché et la faute, le péché ne concerne pas la République. » 

Tout d’abord, la laïcité ne signifie pas le mépris des religions, mais le respect de toutes les religions. L’Eglise est un interlocuteur social comme les autres. Elle est dans son rôle quand elle fait part de sa vision du monde à la République laïque – quand elle se préoccupe du bonheur des hommes, de leur avenir. On reproche à l’Eglise d’être silencieuse quand elle ne dénonce pas assez fort le péché intrinsèquement contenu dans une doctrine politique ; et quand elle met fortement en garde contre les dangers de tel projet politique, on lui fait le grief de se mêler de ce qui ne la regarde pas ! En somme, l’Eglise a toujours tort… 

On notera ensuite que l’Eglise ne combat pas le mariage homosexuel seulement au nom de sa foi, mais aussi de la raison . Son exigence n’est pas purement ‘morale’ et ‘arbitraire’ – elle est enracinée dans une vision objective du monde, qui est le même pour tous. D’ailleurs, nombre de ses thématiques sont reprises par des hommes et des femmes de toutes origines philosophiques, politiques et religieuses. Preuve, s’il en est, que l’on touche là au cœur de la civilisation, au cœur d’un universel humain. 

« Enfin on est désespéré en tant que chrétien de voir depuis plus de vingt ans la frange la plus réactionnaire de l'Eglise prendre la parole pour des questions séculières et des questions de morale sexuelle. Quelle perte de temps quand il faudrait mettre toute son énergie à servir la parole du Christ. Quand les évêques parleront de la Trinité plus souvent que de la capote, de la beauté de l'eucharistie, plus souvent que des homosexuels, de la résurrection plus que de la contraception ? Quand l'Eglise renoncera-t-elle à interférer dans les choses séculières pour ne plus être que la flamme de la parole vivante, pour être cette verticalité dans le temps dont nous avons si soif, pour être définitivement avec ceux qui souffrent et non pas avec ceux qui condamnent ? » 

Je ne sais pas quelle église Olivier Py fréquente, mais dans celles que je connais, on parle plus souvent de la Trinité, de la beauté de l’eucharistie et du mystère de la résurrection que de la "capote", des homosexuels et de la contraception ! 

Que l’Eglise parle de morale sexuelle, quoi de plus normal ? Si Dieu a créé la sexualité en vue de l’union des âmes et des corps, Lui seul, parce qu’il en est l’auteur, peut nous en fournir le ‘mode d’emploi’. Le corps n’est pas une "chose" à côté de l’âme – l’Eglise n’étant autorisée à ne nous parler que des choses de l’âme, non du corps. Le corps, c’est nous. C’est notre âme en tant qu’elle se manifeste au monde. Nous n’AVONS pas un corps. Nous SOMMES un corps. Ce que nous faisons de notre corps implique directement notre âme ; est le résultat même d’une action libre de notre âme. « Le corps est, non pas pour la débauche, mais pour le Seigneur Jésus, et le Seigneur est pour le corps (…) Ne le savez-vous pas ? Vos corps sont les membres du Christ (…). Fuyez la débauche. Tous les péchés que l'homme peut commettre sont extérieurs à son corps ; mais la débauche est un péché contre le corps lui-même. Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l'Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur a payé le prix de votre rachat. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps. » (1 Co 6. 13-20) 

Quant aux questions séculières, elles intéressent l’Eglise, qui n’est pas indifférente au sort que l’on réserve dans une société aux pauvres, aux immigrés, aux malades, aux familles, aux enfants… Elle ne fait pas de politique mais rappelle sans cesse aux politiques (de droite comme de gauche) le devoir de Justice et de Charité qui doit présider aux relations sociales, la nécessité de mettre l’homme au centre de l’économie, et l'indispensable respect de la dignité humaine, de la conception jusqu’à la mort. C’est le rôle de l’Eglise de rappeler aux Etats que l’homme n’est pas une marchandise, ni un simple amas de cellules dont on peut faire ce qu’on veut, mais une réalité sacrée, faite à l’image et à la ressemblance de Dieu. Après : « celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions d'actualité
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commentaires

NDN 20/12/2012 11:12



Matthieu 20/12/2012 13:02



Cher NDN, tes commentaires ne passent pas. Je le regrette. Sois assuré que je n'y suis pour rien. Il semble que cela n'arrive qu'à toi...



NDN 18/12/2012 11:16