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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 20:27

Chers amis, 

Après les débats passionnés de ces derniers mois sur le groupe Facebook dédié à Claude Tresmontant, je vous propose un petit catéchisme sur le péché originel pour nous redonner quelques précieux repères sur ce grand mystère – si important pour notre foi : « On ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ. » (Catéchisme de l’Eglise Catholique – désigné dans la suite du texte CEC –, § 389). 

Je le publie aujourd’hui sous la version 1.0., car le texte est perfectible (il sera retouché progressivement) et j’attends beaucoup de vos réactions et réflexions. Par faciliter la discussion et les approfondissements à venir, j’ai numéroté les Propositions, de manière à ce que vous puissiez les viser facilement et précisément. 

Le présent catéchisme s’articule en 4 parties distinctes :

 1. Le monde avant la Chute

 2. Le Péché Originel et la Chute

 3. La thèse originale de Mgr Léonard

 4. Les avantages et limites de la théologie de Mgr Léonard 

En voici aujourd’hui la première partie. 

 

1. LE MONDE AVANT LA CHUTE 

1.1. Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent. 

1.2. Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance. Homme et femme, il les créa. 

1.2a. « Dieu n’est aucunement à l’image de l’homme. Il n’est ni homme ni femme. Dieu est pur esprit en lequel il n’y a pas place pour la différence des sexes. Mais les "perfections" de l’homme et de la femme reflètent quelque chose de l’infinie perfection de Dieu : celles d’une mère et celles d’un père et époux. » (CEC § 370). 

1.2b. « Créés ensemble, l’homme et la femme sont voulus par Dieu l’un pour l’autre (…). Aucun des animaux ne peut être ce "vis-à-vis" de l’homme (…). L’homme découvre la femme comme un autre "moi", de la même humanité (…). L’homme et la femme sont faits "l’un pour l’autre" : non pas que Dieu ne les aurait faits qu’"à moitié" et "incomplets" ; Il les a créés pour une communion de personnes, en laquelle chacun peut être "aide" pour l’autre parce qu’ils sont à la fois égaux en tant que personnes ("os de mes os...") et complémentaires en tant que masculin et féminin. » (CEC § 371-372) 

1.3. La Création sortie des mains de Dieu était BONNE et INTEGRE (« Et Dieu vit que cela était BON »). Il ne s’y faisait aucune espèce de mal. La matière et les corps biologiques sont des réalités BONNES. La sexualité aussi : le commandement donné par Dieu à Adam et Eve de faire des enfants est antérieure au péché originel (cf. Gn 1. 22) 

1.3a. « Dans le mariage, Dieu les unit de manière que, en formant "une seule chair", ils puissent transmettre la vie humaine : "Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre". En transmettant à leurs descendants la vie humaine, l’homme et la femme comme époux et parents, coopèrent d’une façon unique à l’œuvre du Créateur. » (CEC § 372) 

1.3b. Dans le Paradis terrestre, la nature est en parfaite harmonie. Il n’existe aucune prédation. La vie ne se nourrit pas de la mort. Aux hommes, Dieu dit : « Je vous donne toutes les herbes portant semence qui sont sur toute la surface de la terre et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. » (Gn 1. 29) Aux animaux, Dieu donne « la verdure des plantes » (Gn 1. 30). 

1.3c. Le livre d’Isaïe, dans une vision eschatologique, nous révèle que la prédation animale est une corruption, un mal. Elle n’existait donc pas dans la Création intègre sortie des mains de Dieu : « Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le boeuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main. Il ne se fera plus rien de MAUVAIS ni de CORROMPU sur ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. » (Is 11. 6-9) 

1.3d. Au Paradis terrestre, il ne règne aucune souffrance, aucune douleur, aucune maladie (aucun mauvais microbe : il existe sans doute des virus ou des bactéries, mais ils sont inoffensifs pour l’homme). 

1.4. Adam et Eve furent nos premiers parents. Ils ne sont pas SEULEMENT une représentation symbolique de l’humanité intégrale, mais deux êtres réels, de chair et de sang, créés dans le temps. 

1.4a. « Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un FAIT QUI A EU LIEU au commencement de l’histoire de l’homme. La Révélation nous donne la CERTITUDE DE FOI que toute l’histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par NOS PREMIERS PARENTS » (CEC § 390) 

1.4b. Ils sont tous deux indissociablement une âme spirituelle, immédiatement créée par Dieu, et un Corps biologique façonné et animé par cette âme : « La personne humaine, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois CORPOREL et SPIRITUEL (…). Le corps de l’homme participe à la dignité de l’"image de Dieu" : il est corps humain précisément parce qu’il est animé par l’âme spirituelle, et c’est la personne humaine toute entière qui est destinée à devenir, dans le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit (…). L’unité de l’âme et du corps est si profonde que l’on doit considérer l’âme comme la " forme " du corps ; c’est-à-dire, c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps constitué de matière est un corps humain et vivant ; l’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature. » (CEC § 362-365) 

1.5. Ils vivaient en harmonie en présence de Dieu (l’état de grâce originelle), dans la pleine conscience de leur destinée éternelle qui était de partager la vie Trinitaire. 

1.5a. « Le premier homme n’a pas seulement été créé bon, mais il a été constitué dans une amitié avec son Créateur et une harmonie avec lui-même et avec la création autour de lui telles qu’elles ne seront dépassées que par la gloire de la nouvelle création dans le Christ. » (CEC § 374) 

1.5b. « L’Église (…) enseigne que nos premiers parents Adam et Eve ont été constitué dans un état "DE SAINTETE ET DE JUSTICE ORIGINELLE". Cette grâce de la SAINTETE originelle était une "participation à la vie divine" (…). L’harmonie intérieure de la personne humaine, l’harmonie entre l’homme et la femme, enfin l’harmonie entre le premier couple et toute la création constituait l’état appelé " JUSTICE originelle " » (CEC § 375-376). 

1.5c. « La "maîtrise" du monde que Dieu avait accordée à l’homme dès le début, se réalisait avant tout chez l’homme lui-même comme maîtrise de soi. L’homme était intact et ordonné dans tout son être, parce que libre de la triple concupiscence (cf. 1 Jn 2, 16) qui le soumet aux plaisirs des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les impératifs de la raison. » (CEC § 377) 

1.5d. « C’est toute cette harmonie de la justice originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu, qui sera PERDUE par le péché de nos premiers parents. » (CEC § 379) 

1.6. Conformément à leur état de créature spirituelle, il leur fallait se préparer à entrer dans cette communion d’amour avec Dieu. Ils étaient appelés à participer à l’achèvement de leur propre création – chacun selon sa vocation propre : l’homme, par son travail ; la femme, par la transmission de la vie (ces deux réalités étant vécues dans la communion). 

1.6a. Par son travail, l’homme « ressemble » à Dieu : il « créé » (fabrique) des choses, il modifie le monde créé. 

1.6b. Par la transmission de la vie, la femme « ressemble » à Dieu : elle « créé » (enfante) des êtres nouveaux. 

1.7. Adam et Eve sont des créatures. Comme toutes les créatures, ils n’ont pas le principe de la vie éternelle en eux-mêmes : ils sont mortels. 

1.7a. La mort s’entend de la séparation du corps et de l’âme spirituelle. Elle n’est pas l’anéantissement de tout l’être : l’âme spirituelle demeure immortelle (ce en quoi aussi elle est à l’image de Dieu). « L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est (…) immortelle : elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale. » (CEC § 366) 

1.8. Adam et Eve vivent dans une réalité, le Jardin d’Eden, dans lequel se trouve deux arbres particuliers : l’arbre de la vie, qui est au centre du Jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal – dont on ne sait pas s’il est au centre du Jardin, ou à l’extérieur (cf. Gn 1. 8). 

1.9. Adam et Eve peuvent manger de tous les arbres du Jardin, hormis l’arbre de la connaissance du bien et du mal (cf. Gn 1. 16-17). Ils ont donc accès à l’arbre de la vie – qui leur assure l’immortalité. 

1.9a. Adam et Eve sont mortels par nature (au sens défini dans la proposition 1.7a), mais immortels de fait – grâce au don que Dieu leur fait de l’arbre de la vie. 

1.10. Pour accéder à la vie trinitaire, il leur fallait subir l’EPREUVE de leur liberté – car la liberté, pour être véritable, doit être éprouvée et trouver à s’exercer. 

1.10a. Adam et Eve devaient faire le choix explicite de Dieu – en reconnaissant leur état de créature, et en demeurant dans une humble et joyeuse obéissance à Dieu et à ses commandements de Sagesse. 

1.11. L’entrée d’Adam et Eve dans l’intimité de la vie Trinitaire se serait produite non par la mort – étrangère au plan de Dieu – mais par une Assomption, comparable à ce que vécue la Vierge Marie, la Nouvelle Eve. 

1.11a. Le corps et l’âme d’Adam et Eve – et de tous leurs descendants – auraient été, au temps voulu par Dieu, élevés ensemble, sans aucune séparation, pour être glorifiés, transfigurés, divinisés (cf. Proposition 1.5a) 

1.12. Cette divinisation se serait produite par le Christ et dans le Christ (cf. Proposition 1.5a). Toute la Création a été faite par le Christ, avec le Christ, dans le Christ, et POUR le Christ (cf. Col 1. 16). 

1.12a. L’Incarnation du Verbe se serait donc produite en tout état de cause – car c’est en Lui que l’humanité devait être épousée ; c’est en Lui qu’elle devait accéder auprès du Père dans le feu de l’Esprit ; c’est par Lui que nous devions devenir, pour Dieu, des fils adoptifs ; c’est Lui qui devait, en sa Personne, tout récapituler, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre (Ep 1. 3-6 ; 9-10). C’est Lui, dont l’arbre de Vie était la figure au Jardin d’Eden, Lui qui devait donner sa chair en nourriture pour que les hommes vivent de sa vie, dans l’éternité de Dieu. 

1.13. Il est probable que c’est ce Plan de Dieu d’une Union nuptiale avec l’humanité dans l’Incarnation du Verbe, qui ait suscité la jalousie de Satan et provoqué la Chute des Anges. 

1.13a. La présentation aux anges du Plan de Dieu d’épouser l’humanité dans le Christ a sans doute constitué l’EPREUVE de la liberté des Anges. Eux aussi étaient appelés à reconnaître leur état de créature, en demeurant dans une humble et joyeuse obéissance à Dieu à ses commandements de Sagesse. 

1.13b. La Chute des Anges s’est produite avant celle des hommes. Elle est lui est donc indépendante. La Chute des Anges n’entraînait pas fatalement la Chute des hommes : ceux-ci auraient pu ne pas tomber. 

1.13c. Si la cause de la Chute des Anges réside dans l’Incarnation du Verbe, il faut admettre que l’Incarnation ne devait pas survenir exclusivement dans l’économie de la Rédemption – puisque si l’homme n’avait pas chuté, un Rédempteur n’aurait pas été nécessaire, mais les Anges, eux, seraient quand même tombés à cause de l’Incarnation du Verbe. 

1.14. Satan est un être angélique personnel – non un principe métaphysique du mal, qui n’existait pas dans la Création de Dieu. Créé bon, comme toute chose, Satan (appelé Diable ou Démon) s’est corrompu de manière définitive, en raison de sa nature, entraînant avec lui, nous dit la Tradition, le tiers des anges. Il est damné pour l’éternité, sans aucune possibilité de retour. 

1.14a. « L’Écriture parle d’un péché de ces anges (…).C’est le caractère irrévocable de leur choix, et non un défaut de l’infinie miséricorde divine, qui fait que le péché des anges ne peut être pardonné. "Il n’y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n’y a pas de repentir pour les hommes après la mort" (St Jean Damascène). » (CEC § 392-393) 

1.14b. « La puissance de Satan n’est (…) pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est pur esprit, mais toujours une créature : il ne peut empêcher l’édification du Règne de Dieu. » (CEC § 395) 

1.15. Par jalousie, Satan tenta Adam et Eve – voulant les entraîner dans sa Chute. 

1.15a. Dieu éprouva Adam et Eve en leur donnant un commandement (celui de ne pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal) et en laissant Satan les tenter. 

1.15b. « Dieu a créé l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu. C’est ce qu’exprime la défense faite à l’homme de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, "car du jour où tu en mangeras, tu mourras" (Gn 2, 17). "L’arbre de la connaissance du bien et du mal" (Gn 2, 17) évoque symboliquement la limite infranchissable que l’homme, en tant que créature, doit librement reconnaître et respecter avec confiance. L’homme dépend du Créateur, il est soumis aux lois de la création et aux normes morales qui règlent l’usage de la liberté. » (CEC § 396) 

1.15c. Dieu permit la tentation de Satan parce qu’elle offrait à Adam et Eve la possibilité d’exercer leur liberté – mais Dieu ne tenta pas Adam et Eve. A Dieu l’épreuve (en vue du bien) ; à Satan la tentation (en vue du mal). Dieu ne tente jamais personne (cf. Jc 1. 13). « La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais "nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment" (Rm 8, 28). » (CEC § 395) 

1.15d. Dieu permit cette tentation aussi (et peut-être surtout) parce qu’elle était aisément surmontable. Elle était comparable à celle d’un non-fumeur à qui l’on proposerait une cigarette : il leur aurait été facile de décliner l’offre. La nature intègre d’Adam et Eve ne comportait aucune concupiscence, aucune attraction pour le péché (cf. Proposition 1.5c). 

1.16. Adam et Eve succombèrent à la tentation du démon, qui utilisa le mensonge pour susciter dans leur âme le désir de devenir PAR EUX-MÊMES comme des dieux. 

1.16a. « Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos premiers parents : "Vous deviendrez comme Dieu" (Gn 3, 5). Le diable est "pécheur dès l’origine" (1 Jn 3, 8), "père du mensonge" (Jn 8, 44). » (CEC § 392) 

1.16b. Le péché d’Adam et Eve est un péché d’orgueil et de désobéissance – et nullement donc, comme on l’a dit, un péché sexuel. 

1.16c. Le commandement qui était fait à Adam et Eve de ne pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ne signifiait pas que Dieu ne voulait pas qu’ils demeurent dans l’incapacité de discerner le bien et le mal (l’obéissance à ce commandement, du reste, impliquait cette capacité de discernement) ; il signifiait que Dieu ne voulait pas qu’Adam et Eve fassent l’expérience du mal (« connaître », au sens biblique, c’est « faire l’expérience » concrètement) – de la même manière qu’ils faisaient l’expérience du bien au Jardin d’Eden.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
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commentaires

Philippe L 26/11/2012 10:01


Bonjour Matthieu et merci de la première partie de cette synthèse,


Suite à un commentaire lu sur Fb, je pense qu'il vaudrait mieux dire : "Adam et Eve peuvent manger du fruit de tous
les arbres du Jardin, hormis celui de l’arbre de la connaissance du bien et du mal"


Je vais reprendre la lecture de ce texte dès que j'aurais un petit
moment.


Bonne continuation.


Philippe


 

Matthieu 29/11/2012 00:14



Remarque judicieuse, cher Philippe. Je vais corriger dans une version 1.1 toutes ces petites erreurs de forme. Merci de m'avoir indiqué celle-ci.