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11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 23:14

Le samedi 20 août 2005, à 18 h, le Pape a rencontré des représentants de communautés musulmanes d'Allemagne. Après l'adresse de salut de M. Ridvan Cakir, président de l'Union turque islamique de l'Institut pour la religion (DITBI), Benoît XVI a prononcé un discours. Nous publions quelques extraits de ces deux interventions.

Allocution de M. Ridvan Cakir

 

Je salue Votre Sainteté au nom de la délégation et je vous remercie de nous avoir donné la possibilité de réaliser cette rencontre.

  

Le but des religions abrahamiques est la cohabitation amicale et conciliante des humains.

  

Toute l'humanité éprouve aujourd'hui avec douleur le souvenir des inimitiés et des guerres. Pour n'avoir plus à vivre un tel malheur, nous avons, nous qui faisons partie des religions abrahamiques, spécialement chrétiens et musulmans, à remplir d'importantes obligations.

  

À l'ère de la communication, les notions de proche et de lointain ont perdu de leur portée. Tous les hommes sont devenus de proches voisins. Cela renforce l'importance qu'il y a pour les hommes à mieux se connaître les uns les autres et à nouer des amitiés. Dans le saint et vénérable Coran, il est dit : « Nous vous avons constitués en peuples et en tribus pour que vous appreniez à vous connaître les uns les autres ». Plus les hommes apprennent à se connaître et bénéficient d'une information mutuelle, plus aussi les amitiés peuvent devenir intenses.

  

Chaque religion et ses adhérents ont leur sensibilité propre. Nous avons l'obligation de la respecter. D'après le saint et vénérable Coran personne ne doit être méprisé à cause de son appartenance religieuse ni être contraint à l'abandon de sa foi. Le Coran dit : « Vous avez votre religion, j'ai ma religion ».

  

Nous sommes convaincus que le dialogue interreligieux et interculturel est d'une importance exceptionnelle pour un monde de paix. La continuation de notre vie ensemble dans le dialogue sera une preuve que la thèse de « l'affrontement des cultures » ne vaut pas. Plus les communautés religieuses et culturelles se connaissent les unes les autres, plus elles verront qu'il n'y a pas de motif aux inimitiés mais beaucoup de motifs en faveur de l'amitié et d'un vivre ensemble amical.

  

 

Discours de Benoît XVI

  

CHERS AMIS MUSULMANS,

  

(…) Je m'adresse à vous, chers et estimés amis musulmans, pour partager avec vous mes espérances et aussi pour vous faire part de mes préoccupations en ces jours particulièrement difficiles de l'histoire de notre temps.

  

Je suis sûr d'interpréter aussi votre pensée en mettant en évidence, parmi toutes les préoccupations, celle qui naît du constat de l'expansion du phénomène du terrorisme. Je sais que vous avez été nombreux à repousser avec force, même publiquement, en particulier tout lien de votre foi avec le terrorisme et à le condamner clairement. Je vous en remercie, car cela renforce le climat de confiance dont nous avons besoin. Des actions terroristes continuent à se produire dans diverses parties du monde, jetant les personnes dans les larmes et le désespoir. Ceux qui ont pensé et programmé ces attentats démontrent leur désir d'envenimer nos relations et de détruire la confiance, en se servant de tous les moyens, même de la religion, pour s'opposer à tous les efforts d'un vivre-ensemble pacifique et serein. Grâce à Dieu, nous sommes d'accord sur le fait que le terrorisme, quelle qu'en soit l'origine, est un choix pervers et cruel, qui bafoue le droit sacro-saint à la vie et qui sape les fondements mêmes de tout vivre-ensemble socialement organisé. Si nous réussissons ensemble à extirper des coeurs le sentiment de rancoeur, à nous garder de toute forme d'intolérance et à nous opposer à toute manifestation de violence, nous refrénerons ensemble la vague du fanatisme cruel qui met en danger la vie de nombreuses personnes, faisant obstacle à la progression de la paix dans le monde. La tâche est ardue, mais elle n'est pas impossible. Le croyant - et nous tous, en tant que chrétiens et musulmans, sommes croyants - sait en effet qu'il peut compter, malgré sa propre fragilité, sur la force spirituelle de la prière.

  

Chers amis, je suis profondément convaincu que nous devons proclamer, sans céder aux pressions négatives qui nous entourent, les valeurs de respect réciproque, de solidarité et de paix. La vie de tout être humain est sacrée, que ce soit pour les chrétiens ou pour les musulmans. Nous avons un grand champ d'action dans lequel nous pouvons nous sentir unis pour le service des valeurs morales fondamentales. La dignité de la personne et la défense des droits qui découlent de cette dignité doivent être le but de tout projet social et de tout effort mis en oeuvre dans ce sens. Il s'agit d'un message rappelé sans équivoque par la voix ténue mais claire de la conscience. Il s'agit d'un message qu'il faut écouter et faire entendre : si l'écho s'en éteignait dans les coeurs, le monde serait exposé aux ténèbres d'une nouvelle barbarie. C'est uniquement sur la reconnaissance du caractère central de la personne que l'on peut trouver un terrain commun d'entente, dépasser les éventuelles oppositions culturelles et neutraliser la force explosive des idéologies.

  

Dans la rencontre que j'ai eue, au mois d'avril, avec les délégués des Églises et Communautés ecclésiales, et avec les représentants des diverses traditions religieuses, j'ai déclaré : « Je vous assure que l'Église souhaite continuer d'établir des ponts d'amitié avec les membres de toutes les religions, dans la recherche du bien véritable de toute personne et de la société dans son ensemble ». L'expérience du passé nous enseigne que le respect mutuel et la compréhension, malheureusement n'ont pas toujours marqué les relations entre chrétiens et musulmans. Combien de pages de l'histoire évoquent des batailles et aussi des guerres qui ont été conduites en invoquant, de part et d'autre, le nom de Dieu, comme si combattre l'ennemi et tuer l'adversaire pouvaient lui être agréables. Le souvenir de ces tristes événements devrait nous remplir de honte, connaissant bien les atrocités qui ont été commises au nom de la religion. Les leçons du passé doivent nous garder de répéter les mêmes erreurs. Nous voulons rechercher les voies de la réconciliation et apprendre à vivre en respectant chacun l'identité de l'autre. En ce sens, la défense de la liberté religieuse est un impératif constant et le respect des minorités est un signe incontestable d'une véritable civilisation.

  

Dans ce contexte, il est toujours opportun de se rappeler ce que les Pères du Concile Vatican II ont dit concernant les relations avec les musulmans : « L'Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes, et aux décrets duquel, même s'ils sont cachés, ils s'efforcent de se soumettre de toute leur âme, comme s'est soumis à Dieu Abraham, à qui la foi islamique se réfère volontiers [...]. Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés sont nées entre chrétiens et musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé, à pratiquer sincèrement la compréhension mutuelle, ainsi qu'à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les biens de la morale, la paix et la liberté » (Déclaration Nostra aetate, 3). Ces paroles du Concile Vatican II restent pour nous la Magna Charta du dialogue avec vous, chers amis musulmans, et je suis heureux que vous nous ayez parlé avec le même esprit et que vous ayez confirmé ces intentions.

  

Chers amis estimés, (…) ensemble, chrétiens et musulmans, nous devons faire face aux nombreux défis qui se posent en notre temps. Il n'y a pas de place pour l'apathie, ni pour l'inaction, et encore moins pour la partialité et le sectarisme. Nous ne devons pas céder à la peur, ni au pessimisme. Nous devons plutôt cultiver l'optimisme et l'espérance. Le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut pas se réduire à un choix passager. C'est en réalité une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir.

 

Les jeunes, venant de nombreuses parties du monde, sont ici à Cologne comme des témoins vivants de la solidarité, de la fraternité et de l'amour. Je souhaite de tout mon coeur, chers et estimés amis musulmans, que le Dieu miséricordieux et plein de compassion vous protège, vous bénisse et vous éclaire toujours. Que le Dieu de la paix soutienne nos coeurs, nourrisse notre espérance et guide nos pas sur les chemins du monde !

  

Merci !

 

Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI lors de la rencontre avec les représentants de communautés musulmanes, le 20 août 2005

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