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9 janvier 2007 2 09 /01 /janvier /2007 08:15

Le vendredi 19 août 2005, en fin d'après-midi, le Pape Benoît XVI a reçu, à l'archevêché de Cologne, 30 représentants de diverses Églises et Communautés ecclésiales d'Allemagne. Après l'hommage que lui ont adressé le cardinal Karl Lehmann, évêque de Mayence et président de la Conférence épiscopale allemande, et l'évêque luthérien Wolfgang Huber, de Berlin, le Pape a prononcé un discours. À la fin de celui-ci, il a rendu hommage au Frère Roger de Taizé. Nous publions quelques extraits du texte des discours de l'évêque Huber et de Benoît XVI.

Allocution de l'évêque Wolfgang Huber

 

L'Église protestante en Allemagne se réjouit, avec les chrétiens catholiques-romains en Allemagne, de ce que le premier grand voyage du Pape Benoît XVI à l'étranger soit pour les Journées mondiales de la Jeunesse à Cologne. De ce fait, ce voyage le conduit dans le pays de la Réforme.

 

Pour cette première rencontre après le début du pontificat, les représentants des Églises non catholiques-romaines en Allemagne ont formulé le souhait que Dieu accompagne sans cesse le Pape Benoît XVI. Même si les chrétiens protestants ne pouvaient s'associer au cri habemus papam et devaient en rester au habent papam, l'élection d'un théologien d'Allemagne de si grande réputation les a touchés, eux aussi, de façon particulière.

 

Aux yeux de la communauté oecuménique des chrétiens, ces jours sont un motif d'action de grâces pour les expériences spirituelles que ces Journées mondiales de la Jeunesse et la venue du Pape procurent à beaucoup de personnes. Et elles sont un motif pour s'arrêter et se demander : quelles tâches oecuméniques sont prioritaires en ce temps-ci - ou devraient l'être ? (…) L'obligation de lutter pour la communion oecuménique : « pour qu'ils soient tous un » (Jn 17, 21) vaut toujours. C'est ce que nous dit la grande prière sacerdotale de Jésus (Jn 17, 21).

  

 

Discours de Benoît XVI

 

CHERS FRÈRES ET CHÈRES SOEURS !

 

(…) Venant moi-même de ce pays, je connais bien la situation pénible que la rupture de l'unité dans la profession de la foi a entraînée pour tant de personnes et tant de familles. C'est pour cette raison aussi que, aussitôt après mon élection comme évêque de Rome, qui est le successeur de l'apôtre Pierre, j'ai manifesté ma ferme intention de prendre comme une priorité de mon pontificat le retour à la pleine et visible unité des chrétiens (…).

 

Je ne trouve pas qu'il soit tellement évident que nous nous considérions véritablement en frères, que nous éprouvions de l'attachement entre nous, que nous nous sentions ensemble témoins de Jésus-Christ. Cette fraternité est en soi, comme je le crois, un fruit très important du dialogue, dont nous devons nous réjouir et que nous devrions continuer à entretenir et à pratiquer.

 

La fraternité entre les chrétiens n'est pas simplement un vague sentiment et elle ne naît pas non plus d'une forme d'indifférence envers la vérité. Elle est fondée - ainsi que vous venez de le dire, cher Monsieur l'évêque - sur la réalité surnaturelle de l'unique baptême, qui nous insère tous dans l'unique Corps du Christ (cf. 1 Co 12, 13 ; Ga 3, 28 ; Col 2, 12). Ensemble, nous confessons Jésus-Christ comme Dieu et Seigneur ; ensemble nous le reconnaissons comme unique médiateur entre Dieu et les hommes (cf. 1 Tm 2, 5), et nous soulignons notre commune appartenance à lui (cf. Unitatis redintegratio, 22 ; Ut unum sint, 42). (…) C'est le commandement du Seigneur, mais aussi l'impératif du moment présent, de continuer le dialogue de façon décidée, à tous les niveaux de la vie de l'Église. Cela doit - et nous sommes bien d'accord sur ce point - se réaliser avec sincérité et réalisme, avec patience et persévérance, dans la pleine fidélité aux préceptes de la conscience, dans la conviction que c'est le Seigneur qui, ensuite, donne l'unité, que ce n'est pas nous qui la créons, que c'est lui qui la donne, mais que nous devons aller à sa rencontre.

 

Je n'entends pas développer ici un programme pour les thèmes du dialogue qui sont encore devant nous. C'est la tâche des théologiens en collaboration avec les évêques : les théologiens sur la base de leur connaissance du problème, les évêques à partir de leur connaissance de la situation concrète de l'Église dans notre pays, des Églises dans notre pays et dans le monde. Qu'il me soit permis cependant de faire une petite remarque : on dit qu'à présent, après l'éclaircissement relatif à la doctrine de la justification, nous sommes arrivés au point où les questions ecclésiologiques, la question du ministère, serait l'obstacle principal qu'il resterait à surmonter. En définitive, cela est évidemment vrai, mais je dois dire également que je n'aime pas cette terminologie ni, d'un certain point de vue, cette limitation du problème, car cela fait penser que nous devrions à présent discuter des institutions et non plus réellement de la Parole de Dieu, comme si nous devions braquer l'attention sur les institutions que nous avons édifiées ; donc une controverse à propos les institutions. Je pense que de cette manière le problème ecclésiologique tout comme celui du ministerium ne sont pas envisagés tout à fait correctement. La question véritable n'est-elle pas la présence de la Parole dans le monde ! L'Église ancienne, disons au IIe siècle, a pris une triple décision : tout d'abord celle d'établir le canon et de mettre ainsi en évidence la souveraineté de la Parole, de dire clairement que non seulement l'Ancien Testament est hai graphai (grec : les Écritures), mais que le Nouveau Testament constitue avec lui une unique Écriture et, de cette manière, est pour nous le Souverain véritable. Mais dans le même temps, l'Église a formulé la succession apostolique, le ministère épiscopal, dans la conscience que la Parole et le témoin vont de pair, c'est-à-dire que la Parole n'est vivante et présente que par le témoin et, pour ainsi dire, reçoit de lui son interprétation, et que réciproquement, le témoin n'est témoin que s'il témoigne de la Parole. Et enfin, l'Église a ajouté à cela une troisième chose, la regula fidei comme clé d'interprétation. Je crois que cette compénétration réciproque constitue un objet de controverse entre nous, si unis que nous soyons peut-être sur des points fondamentaux. Par conséquent lorsque nous parlons d'ecclésiologie et de ministère, nous devrions plutôt parler de cet entrelacement entre Parole, témoin et règle de foi et le considérer comme la question ecclésiologique et donc, à la fois, comme une question de la Parole de Dieu, de sa souveraineté et de son humilité, par laquelle le Seigneur confie sa Parole aux témoins et concède l'interprétation qui doit toutefois être toujours mesurée à la regula fidei et au sérieux de la Parole. Excusez-moi si j'ai exprimé là ici une opinion un peu personnelle, mais il me semblait juste de le faire (…).

 

Nos divisions sont en contradiction avec la volonté de Jésus et font que nous ne sommes plus crédibles devant les hommes. Je pense que nous devrions nous engager avec une énergie et un dévouement renouvelés à rendre un témoignage commun dans le cadre de ces grands défis éthiques de notre temps.

 

Et à présent demandons-nous : que signifie rétablir l'unité de tous les chrétiens ? [Nous savons tous qu'il existe de nombreux modèles d'unité. Vous savez aussi que] l'Église catholique a en vue d'atteindre la pleine unité visible des disciples de Jésus Christ selon la définition qu'en a donnée le Concile oecuménique Vatican II dans divers de ses documents (cf. Lumen gentium, 8, 13 ; Unitatis redintegratio, 2, 4, etc.). Cette unité, selon notre conviction, subsiste, premièrement dans l'Église catholique sans possibilité d'être perdue (cf. Unitatis redintegratio, 4). L'Église en effet n'a pas totalement disparu du monde. Mais cette unité ne signifie pas pour autant ce que l'on pourrait appeler un oecuménisme du retour : c'est-à-dire être obligé de renier et de répudier sa propre histoire de foi. Absolument pas ! Cela ne signifie pas uniformité dans toutes les expressions de la théologie et de la spiritualité, dans les formes liturgiques et dans la discipline. Unité dans la multiplicité et multiplicité dans l'unité : dans l'homélie pour la solennité des saints apôtres Pierre et Paul, le 29 juin dernier, j'ai souligné que pleine unité et vraie catholicité [au sens les plus originel du mot vont de pair. La condition nécessaire pour que ce vivre-ensemble puisse se réaliser est que l'engagement pour l'unité se purifie et se renouvelle continuellement, croisse et mûrisse sans cesse. Le dialogue est destiné à cela. Il est plus qu'un échange d'idées, qu'une entreprise académique] : il est un échange de dons (cf. Lumen gentium, 28), dans lequel les Églises et les Communautés ecclésiales peuvent apporter leurs propres trésors (cf. Lumen gentium, 8, 15 ; Unitatis redintegratio, 3 ; 14 ss ; Ut unum sint, 10-14). Grâce à cet engagement le chemin peut continuer, pas après pas, jusque [au moment où,] finalement, comme le dit la Lettre aux Éphésiens, nous arriverons « tous ensemble à l'unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ » (Ep 4, 13). Il est tout à fait évident qu'un tel dialogue ne peut en définitive se développer que dans une atmosphère de spiritualité sincère et cohérente. Nous ne pouvons pas, par nos seules forces, « faire » l'unité. Nous pouvons seulement l'obtenir comme un don de l'Esprit Saint. C'est pourquoi l'oecuménisme spirituel, c'est-à-dire la prière, la conversion et la sanctification de la vie, constituent le coeur de la rencontre et du mouvement oecuménique (cf. Unitatis redintegratio, 8 ; Ut unum sint, 15 ss ; 21, etc.). On pourrait dire aussi : la meilleure forme d'oecuménisme consiste à vivre selon l'Évangile.

Je souhaite, moi aussi, dans ce contexte rappeler le grand pionnier de l'unité, le Frère Roger Schutz, qui a été arraché à la vie de manière si tragique. Je le connaissais personnellement depuis longtemps dans une relation de cordiale amitié. Il m'a souvent rendu visite ; comme je l'ai déjà dit à Rome, le jour de son assassinat, j'ai reçu une lettre de lui qui m'est allée droit au coeur, parce que dans cette lettre il soulignait sa communion avec moi sur la route et il m'annonçait vouloir venir me rendre visite. À présent, il nous rend visite de là-haut et il nous parle. Je pense que nous devrions l'écouter, écouter de l'intérieur son oecuménisme vécu spirituellement et nous laisser conduire par son témoignage vers un oecuménisme vraiment intériorisé et spiritualisé.

 

Je vois un motif réconfortant d'optimisme dans le fait qu'aujourd'hui se développe une sorte de « réseau » de liens spirituels entre catholiques et chrétiens des diverses Églises et Communautés ecclésiales : chacun s'engage dans la prière, dans la révision de sa vie, dans la purification de la mémoire, dans l'ouverture de la charité. Le père de l'oecuménisme spirituel, Paul Couturier, a parlé à ce sujet d'un monastère invisible, qui rassemble entre ses murs les âmes passionnées du Christ et de son Église. Je suis convaincu que, si un nombre croissant de personnes s'unit intérieurement à la prière du Seigneur pour que « tous soient un » (Jn 17, 21), une telle prière au nom de Jésus ne tombera pas dans le vide (cf. Jn 14, 13 ; 15, 7.16, etc.) ne peut pas tomber dans le vide. Avec l'aide qui vient d'En-Haut, nous trouverons, pour les diverses questions encore ouvertes, des solutions pratiques, et enfin le désir d'unité, quand et comme il le voudra, se réalisera. À présent, parcourons ensemble ce chemin dans la conscience qu'être en chemin ensemble est une forme d'unité. Rendons grâce à Dieu pour cela et prions-le afin qu'il continue de tous nous guider.

  

 

Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI lors de la rencontre oecuménique à l'archevêché de Cologne, le 19 août 2005

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