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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 16:37



Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI à la session inaugurale des travaux de la Ve Conférence générale de l’Episcopat latino-américain et des Caraïbes (CELAM), le 13 mai 2007.

 


La foi en Dieu a animé la vie et la culture [des pays d’Amérique latine] pendant plus de cinq siècles. De la rencontre de cette foi avec les ethnies originelles est née la riche culture chrétienne de ce continent exprimée dans l'art, dans la musique, dans la littérature et, surtout, dans les traditions religieuses et dans la manière d'être de ses peuples, unis par une même histoire et un même credo, en donnant ainsi le jour à une grande harmonie également dans la diversité des cultures et des langues. Actuellement, cette même foi doit affronter de sérieux défis, parce que sont en jeu le développement harmonieux de la société et l'identité catholique de ses peuples. A cet égard, la Ve Conférence générale se prépare à réfléchir sur cette situation pour aider les fidèles chrétiens à vivre leur foi avec joie et cohérence, à prendre conscience d'être disciples et missionnaires du Christ, envoyés par Lui dans le monde pour annoncer et témoigner de notre foi et de notre amour.

 

Mais, qu'a signifié l'acceptation de la foi chrétienne pour les pays de l'Amérique latine et des Caraïbes? Pour eux, cela a signifié connaître et accueillir le Christ, le Dieu inconnu que leurs ancêtres, sans le savoir, cherchaient dans leurs riches traditions religieuses. Le Christ était le Sauveur auquel ils aspiraient silencieusement. Cela a également signifié qu'ils ont reçu, avec les eaux du Baptême, la vie divine qui a fait d'eux les fils de Dieu par adoption ; qu'ils ont reçu, en outre, l'Esprit Saint qui est venu féconder leurs cultures, en les purifiant et en développant les nombreux germes et semences que le Verbe incarné avait déposés en elles, en les orientant ainsi vers les routes de l'Evangile. En effet, à aucun moment l'annonce de Jésus et de son Evangile ne comporta une aliénation des cultures précolombiennes, ni ne fut une imposition d'une culture étrangère. Les cultures authentiques ne sont pas fermées sur elles-mêmes ni pétrifiées à un moment déterminé de l'histoire, mais elles sont ouvertes, plus encore, elles cherchent la rencontre avec les autres cultures, elles espèrent atteindre l'universalité dans la rencontre et dans le dialogue avec les autres formes de vie et avec les éléments qui peuvent conduire à une nouvelle synthèse dans laquelle soit toujours respectée la diversité des expressions et de leur réalisation culturelle concrète.

 

En dernière instance, seule la vérité unifie et la preuve en est l'amour. C'est pour cette raison que le Christ, étant réellement le Logos incarné, "l'amour jusqu'au bout", n'est étranger à aucune culture ni à aucune personne ; au contraire, la réponse désirée dans le cœur des cultures est celle qui leur confère leur identité ultime, en unissant l'humanité et en respectant dans le même temps la richesse des diversités, en ouvrant chacun à la croissance dans la véritable humanisation, dans l'authentique progrès. Le Verbe de Dieu, en se faisant chair en Jésus Christ, se fit également histoire et culture.

L'utopie de redonner vie aux religions précolombiennes, en les séparant du Christ et de l'Eglise universelle, ne serait pas un progrès, mais plutôt une régression
. En réalité, il s'agirait d'un retour vers un moment historique ancré dans le passé.

La sagesse des peuples originaires les conduisit, fort heureusement, à créer une synthèse entre leurs cultures et la foi chrétienne que les missionnaires leur offraient. C'est de là qu'est née la riche et profonde religiosité populaire, dans laquelle apparaît l'âme des peuples latino-américains :

- L'amour pour le Christ souffrant, le Dieu de la compassion, du pardon et de la réconciliation ; le Dieu qui nous a aimés jusqu'à se livrer pour nous ;
- L'amour pour le Seigneur présent dans l'Eucharistie, le Dieu incarné, mort et ressuscité pour être Pain de Vie ;
- Le Dieu proche des pauvres et de ceux qui souffrent ;
- La profonde dévotion à la Très Sainte Vierge de Guadalupe, l'Aparecida, la Vierge des diverses invocations nationales et locales. Lorsque la Vierge de Guadalupe apparut à l'indio saint Juan Diego, elle lui adressa ces paroles significatives : "Ne suis-je pas ici moi qui suis ta mère? N'es-tu pas sous mon ombre et mon regard? Ne suis-je pas la source de ta joie? Ne demeures-tu pas à l'abri sous mon manteau entre mes bras?" (Nica Mopohua, nn. 118-119).

Cette religiosité s'exprime également dans la dévotion aux saints avec leurs fêtes patronales, dans l'amour pour le Pape et pour les autres Pasteurs, dans l'amour pour l'Eglise universelle comme grande famille de Dieu qui ne peut ni ne doit jamais laisser seuls ou dans la misère ses propres fils. Tout cela forme la grande mosaïque de la religiosité populaire qui constitue le précieux trésor de l'Eglise catholique qui est en Amérique latine, et qu'elle doit protéger, promouvoir et, lorsque cela est nécessaire, purifier également.

(…) Dans le monde d'aujourd'hui se développe le phénomène de la mondialisation, comme un entrelacs de relations au niveau planétaire. Bien que, sous certains aspects, cela représente un gain pour la grande famille humaine et un signal de sa profonde aspiration à l'unité, elle comporte toutefois également, sans aucun doute, le risque de grands monopoles et de transformer le lucre en une valeur suprême. Comme tous les domaines de l'activité humaine, la mondialisation doit également être guidée par l'éthique, en plaçant toute chose au service de la personne humaine, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, comme dans d'autres régions du monde, on a enregistré des progrès vers la démocratie, bien qu'il existe des motifs de préoccupation face à des formes de gouvernement autoritaires sujettes à certaines idéologies que l'on croyait dépassées, et qui ne correspondent pas à la vision chrétienne de l'homme et de la société, comme nous l'enseigne la Doctrine sociale de l'Eglise. D'autre part, l'économie libérale de certains pays latino-américains doit tenir compte de l'équité, parce que continuent d'augmenter les secteurs de la société qui se voient oppressés toujours davantage par une immense pauvreté, voire dépossédés de leurs ressources naturelles.




Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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