Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 mars 2006 2 21 /03 /mars /2006 21:21

[Cet article est la suite de La Bible... ou les astres? ]

 

3. Et les révélations privées ? 

 

3.1. Révélations et jugement de l’Eglise

 

Le Père Cantalamessa évoque un dernier point sur lequel nous nous permettrons d’être en désaccord.

 

« Je dois évoquer, écrit-il, un autre domaine dans lequel Jésus ne parle pas mais où, en revanche, on le fait parler constamment : celui des révélations privées, des messages célestes, des apparitions et des voix de différentes natures.

 

« Je ne dis pas [ouf !] que le Christ ou la Vierge ne peuvent pas parler également à travers ces moyens. Ils l’ont fait dans le passé et ils peuvent le faire, de toute évidence, encore aujourd’hui.

 

« Mais avant de partir du principe que c’est Jésus ou la Vierge qui parle, et qu’il ne s’agit pas de la fantaisie maladive de quelqu’un ou, pire, de petits malins qui jouent sur la bonne foi des personnes, il faut avoir des garanties. Il faut, dans ce domaine, attendre le jugement de l’Eglise, et non le précéder. Les paroles de Dante sont encore d’actualité : « Soyez, chrétiens, à vous mouvoir plus graves, ne soyez comme plumes à tout vent » (Paradis V, 73 s. cf. Editions du Cerf pour la traduction française). »

 

J’avoue que ces dernières lignes m’ont peiné. Sans doute ont-elles été écrites trop rapidement de la part de l’auteur, qui n’a pas vu qu’il pouvait blesser le cœur de nombreuses personnes ayant vécu une expérience spirituelle forte sur tel ou tel lieu de pèlerinage.

 

Qu’il faille des garanties, c’est une évidence. Mais il me parait injuste d’écrire : « Il faut, dans ce domaine, attendre le jugement de l’Eglise, et non le précéder. » Pour une raison historique que le Père René Laurentin évoque dans son ouvrage sur la « Multiplication des apparitions de la Vierge aujourd’hui » (Fayard 1995) : « Depuis un demi-siècle, on faisait silence sur les nouvelles apparitions, sinon pour signaler celles qui étaient l’objet d’un jugement négatif. On en parle aujourd’hui davantage. Pourquoi ?

 

« Cela tient à l’abolition du Canon 1399, § 5 de l’ancien Code de droit Canonique qui « interdisait les livres et libelles qui racontent de nouvelles apparitions, révélations, visions, prophéties et miracles, ou lancent de nouvelles dévotions, même sous le prétexte qu’elles sont privées » (et du Canon 2318 qui excommuniait les contrevenants).

 

« C’est Paul VI qui abolit ces canons, moins d’un an après la fin du Concile, le 14 octobre 1966 (Décret de la Congrégation de la Doctrine de la Foi, Acta Apostolicae Sedis, 29 décembre 1966, Page 1186). Cet article n’a donc pas été repris dans le nouveau Code de droit Canonique. Les apparitions n’étaient plus sous le boisseau.

 

« Cette libéralisation est conforme à la liberté chrétienne que le Concile a remise en honneur, en faisant davantage confiance aux grâces et initiatives prophétiques des laïcs.

 

« Mais cette ouverture ne pourra faire ses preuves et durer que si les chrétiens en usent avec discernement, modération et obéissance aux évêques, qui ont à veiller sur ces phénomènes non exempts de risques, avec la même autorité et la même prudence qu’auparavant. » 

 

Ainsi en est-il des révélations privées comme de l’Ecriture Sainte : chacun peut – et chacun est même fortement invité par l’Eglise, à travers la voix de son Pape – à lire, méditer, travailler et prier l’Ecriture d’une manière personnelle, en laissant raisonner la Parole divine dans son intelligence, et dans les profondeurs de son âme ; mais il conviendra toujours de confronter sa propre lecture avec celle de l’Eglise, à qui revient le dernier mot : elle est notre rocher, le lieu sûr où nous pouvons nous abriter lorsque la tempête menace (et elle peut se déchaîner à la lecture de l’Ecriture. Cf. les manœuvres de Satan au désert…).

 

Concernant les lieux d’apparitions non encore reconnus, tel Medjugorje dont il est souvent question sur ce Blog, les chrétiens sont libres de s’y rendre en pèlerinage, de croire à l’authenticité des messages de la Vierge et de ses apparitions. Le 6 août 1996, le Dr Joaquim Navarro-Valls, Porte-parole du Saint-Siège déclara ainsi au Service d’information Catholique : « Vous ne pouvez pas interdire aux pèlerins d’y aller [à Medjugorje] à moins que les apparitions aient été prouvées fausses. Cela n’ayant pas été fait, toute personne peut s’y rendre si elle le désire ».

 

Mais il conviendra en dernier ressort d’abandonner le jugement définitif à l’Eglise, lorsqu’elle se prononcera. Telle est notre unique garantie : l’Eglise, toujours l’Eglise, encore l’Eglise. Notre confiance en elle doit être totale. Car elle repose sur la parole même du divin Maître : « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16. 18).

 

Des garanties, il en faut donc. Mais à ce sujet, je trouve la parole de Jésus dans son Evangile plus édifiante que la référence à Dante :

 

« Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans ce sont des loups voraces. C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. On ne cueille pas du raisin sur des épines, ni des figues sur des chardons. C'est ainsi que tout arbre bon donne de beaux fruits, et que l'arbre mauvais donne des fruits détestables. Un arbre bon ne peut pas porter des fruits détestables, ni un arbre mauvais porter de beaux fruits. Tout arbre qui ne donne pas de beaux fruits est coupé et jeté au feu. C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »

 (Mt 7. 15-20)

 

Voilà donc notre unique garantie, tant que l’Eglise ne s’est pas prononcée : les « fruits » (mot qui revient 7 fois dans le passage que nous venons de citer) ; ceux que nous pouvons déceler en telle personne, en tel évènement, ou en tel lieu où semble souffler l’Esprit.

 

Ce sont ces fruits qui nous permettent « d’avancer spirituellement », comme nous l’a demandé un jour la Vierge Marie en répondant à une question posée par les voyants sur la reconnaissance des apparitions de Medjugorje par l'Eglise. "Il faut suivre l'autorité de l'Eglise, bien sûr. Cependant, avant qu'elle ne se prononce, il faut avancer spirituellement ; car elle ne pourra pas se prononcer dans le vide, mais dans une confirmation qui suppose la croissance de l'enfant. L'Eglise viendra confirmer ce qui est né de Dieu".

Partager cet article
Repost0

commentaires

L
            Je regrette d'avoir parlé de ce sujet, car j'aime l'Eglise et désire lui obéir. Je ne le ferai plus, si cela doit écarter de l'amour. L'amour de l'Eglise et de Dieu vont ensemble; et l'Eglise ne m'empêche pas de servir Dieu. Que la paix de Dieu nous accompagne.
Merci Matthieu.
             
Répondre
L
Evidemment, la question n'est pas de désobéir à l'Eglise. Elle est d'obéir à Dieu.
Normalement cela devrait revenir au même, mais il est des cas où la volonté humaine fait obstacle à la Volonté de Dieu. D'ailleurs st Paul dans son discours devant le Sanhedrin n'a pas pas dit à "l'autorité religieuse", mais "aux hommes", aux hommes qui font obstacle à Dieu, à cette part humaine qui refuse de reconnaître la manifestation de Dieu et prive les autres de ce témoignage.
Répondre
L
           Matthieu,
 Cela fait des mois que j'avais ébauché cette discussion, mais je n'ai pas compris ta réponse.
Ce n'était pas parce que j'ai sorti cette phrase du discours de st Pierre qu'elle était fausse et éloignée de ce que je réponds aujourd'hui encore.
Je désobéirai quand la situation se présentera,à ceux qui me pousseront à renier ma foi, fussent-ils de l'Eglise, car beaucoup refusent de reconnaître l'Esprit-Saint quand Il les dérange.
Répondre
M
Chère Lucienne,
Jésus dit aussi : "Qui vous écoute m'écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette celui que le Père m'a envoyé" (Luc 10. 16).
Attention de ne pas isoler un texte biblique de son contexte, et de toujours chercher à savoir comment il est reçu et compris dans l'Eglise.
Répondre
L
St Pierre accusé devant le Sanhédrin a répondu : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes" (Actes 5, 28-29)
Répondre
M
Chère Lucienne, je vois très bien ce que tu veux dire en parlant de "désobéissance apparente" des saints (attention au choix des mots), mais pour qu'il n'y ait pas de confusion dans l'esprit des lecteurs, je précise que, sauf erreur de ma part, il n'existe aucun saint canonisé qui ait jamais désobéi à l'Eglise! Cela aussi, c'est une "loi évangélique".
Bien fraternellement.
Répondre
L
  Il n'y a pas de fruit sans souffrance!
Répondre
L
Il y a un paradoxe : c'est bien souvent par l'Eglise elle-même que l'on est rejeté avant qu'elle considère ensuite la qualité des fruits qui sont passés par la souffrance. Elle n'est pas génée de mettre les siens à l'épreuve...Tous les saints passent ainsi par une désobéissance apparente qui vient du rejet de la part de l'Eglise.C'est une loi évangélique!
Répondre
M
Cher Hervé,

Tout d’abord, un grand merci pour ton message et pour l’intérêt que tu manifestes à ce Blog depuis sa création.

Je voudrais éviter d’être mal compris : je ne dis pas que les révélations privées doivent prendre plus d’importance dans notre vie de foi que l’Evangile ! D’ailleurs, si ces révélations sont réellement authentiques, elles nous conduiront tout naturellement à l’Evangile, et à une vie ecclésiale et sacramentelle plus intense que d’ordinaire (cf. par exemple le message de Marie à Medjugorje du 25 janvier 2006 : http://totus-tuus.over-blog.com/article-2127675.html). Si tel n’est pas le cas, alors méfiance…

Que tu nourrisses une réticence de principe à l’égard du fleurissement des évènements surnaturels ça et là depuis deux siècles, je le conçois fort bien, et je loue ta prudence. Mais il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! Ce n’est pas parce qu’il y a de fausses apparitions, qu’il n’y en a pas d’authentiques ! Les fausses apparitions de Lourdes qui ont suivi les apparitions de la Vierge Marie à la petite Bernadette ne doivent pas occulter l’évènement même de ces apparitions ! Sinon, me semble-t-il, nous faisons le jeu du Malin qui précisément, cherche à semer la confusion dans les esprits, et à jeter le discrédit sur les vraies apparitions.

Attendre passivement le jugement de l'Eglise ne me paraît pas être l'attitude juste : ce n'est pas en tout cas ce que demande l'Eglise au sujet de Medjugorje (cf la déclaration du Porte Parole du Vatican citée dans mon article). Et c'est ce qui a motivé ma réaction à la méditation du Père Cantalamessa qui pouvait laisser accroire qu'elle était le fidèle reflet de la position de l'Eglise Catholique au sujet des révélations privées, dont Medjugorje. J'ai essayé de démontrer qu'il n'en est rien.

Cela dit, je te recommande la lecture de l’article qui fait immédiatement suite à celui qui m’a valu ton dernier commentaire : http://totus-tuus.over-blog.com/article-2241218.html.
Répondre
H
  Cher Mathieu,
Je ne partage pas ton point de vue sur cette question. Les phénomènes d'apparitions et de révélations privées ne doivent pas prendre une place aussi importante dans notre foi chrétienne.  L'essentiel, c'est le message du Christ, pas ce que pourrait nous dire Marie lors d'apparitions pas toujours authentiques. Certains peuvent croire à de nouvelles apparitions, mais il est nécessaire d'être prudent (donc je crois qu'il est préférable d'attendre le jugement des autorités ecclésiales) et de ne pas présenter ces visions comme des vérités acquises, ce que tu fais quand tu cites des phrases qu'aurait dites la Sainte Vierge à Medjugorje.
Voici un extrait du Catéchisme de l'Eglise Catholique intéressant :
66 "L’Économie chrétienne, étant l’Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n'est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ" (DV 4). Cependant, même si la Révélation est achevée, elle n'est pas complètement explicitée; il restera à la foi chrétienne d'en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles. 67 Au fil des siècles il y a eu des révélations dites "privées", dont certaines ont été reconnues par l'autorité de l'Église. Elles n'appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n’est pas d'"améliorer" ou de "compléter" la Révélation définitive du Christ, mais d'aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l'histoire. Guidé par le Magistère de l'Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui dans ces révélations constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l’Église. La foi chrétienne ne peut pas accepter des "révélations" qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l'achèvement. C’est le cas de certaines religions non chrétiennes et aussi de certaines sectes récentes qui se fondent sur de telles révélations"
          Fraternellement dans le Christ,
                        Hervé
Répondre

Présentation

  • : Totus Tuus
  • : A Jésus par Marie - Un site catholique pour apprendre à connaître et aimer Dieu de tout son coeur et de toute son intelligence.
  • Contact

Cher ami lecteur, tu es le e visiteur. La Paix soit avec toi. 

Ecouter un enseignement sur la foi catholique

Vous rendre sur le blog ami dédié à Claude Tresmontant

Visiteurs actuels