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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 00:00

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Extrait du discours du Pape Benoît XVI prononcé le 14 septembre 2006 lors de sa rencontre avec les prêtres et diacres permanents de Bavière.

 

Je voudrais m'arrêter sur deux points uniquement. Le premier est relatif à l'Evangile qui vient d'être proclamé – un passage que nous avons tous déjà tant de fois écouté, interprété et médité dans notre coeur. "La moisson est abondante" dit le Seigneur. Et lorsqu'il dit : "...est abondante", il ne se réfère pas seulement à ce moment-là, et aux chemins de la Palestine sur lesquels il était en pèlerinage au cours de sa vie terrestre ; c'est une parole qui vaut également aujourd'hui. Cela signifie : dans le coeur des hommes croît une moisson. Cela signifie, encore une fois : au plus profond d'eux, il y a l'attente de Dieu ; l'attente d'une directive qui soit lumière, qui indique la voie. L'attente d'une parole qui soit plus qu'une simple parole. L'espérance, l'attente de l'amour qui, au-delà de l'instant présent, nous soutienne et nous accueille éternellement. La moisson est abondante et attend des ouvriers parmi toutes les générations. Et dans toutes les générations, bien que de façon différente, vaut toujours également l'autre parole : les ouvriers sont peu nombreux.

 

"Priez le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers!". Cela signifie : la moisson est là, mais Dieu veut se servir des hommes, afin qu'elle soit apportée dans le grenier. Dieu a besoin des hommes. Il a besoin de personnes qui disent : Oui, je suis disposé à devenir ton ouvrier pour la moisson, je suis disposé à apporter mon aide afin que cette moisson qui mûrit dans le coeur des hommes puisse véritablement entrer dans les greniers de l'éternité et devenir communion divine éternelle de joie et d'amour. "Priez le maître de la moisson!". Cela veut dire également : nous ne pouvons pas simplement "produire" des vocations, celles-ci doivent venir de Dieu. Nous ne pouvons pas, comme c'est peut-être le cas pour d'autres professions, à travers une propagande bien ciblée, à travers, pour ainsi dire, des stratégies adaptées, simplement recruter des personnes. L'appel, partant du coeur de Dieu, doit toujours trouver la voie du coeur de l'homme. Et toutefois : précisément afin qu'il parvienne au coeur des hommes, notre collaboration est également nécessaire. Le demander au maître de la moisson signifie certainement avant tout prier pour cela, secouer notre coeur et dire : "Fais-le, s'il te plaît! Réveille les hommes! Allume en eux l'enthousiasme et la joie pour l'Evangile! Fais-leur comprendre que c'est le trésor plus précieux que tous les autres trésors, et que celui qui l'a découvert doit le transmettre!".

 

Nous remuons le coeur de Dieu. Prier Dieu, en fait, ne se réalise pas seulement par des paroles de prière, mais aussi en faisant que la parole devienne action. Notre coeur priant, signe éclatant de la joie de Dieu, de la joie de l'Évangile, doit susciter dans d'autres coeurs la disponibilité à dire « oui ». Hommes de prière, remplis de sa lumière, nous allons vers les autres. Nous les attirons par notre prière et ainsi dans la présence de Dieu, qui agit ensuite pour sa part. Dans cet esprit, nous voulons sans cesse à nouveau prier le maître de la moisson, toucher son coeur et, avec lui, toucher aussi le coeur des hommes dans notre prière, pour que Dieu fasse mûrir en eux, selon sa volonté, le « oui », la disponibilité, puis la persévérance. À travers toutes les vicissitudes du moment, la chaleur du jour et les ténèbres de la nuit, les hommes pourront demeurer fidèles à son service et, par lui, ils reconnaîtront – même quand il est fatiguant – que ce labeur est beau, qu'il est utile, parce qu'il contribue à trouver l'essentiel, à savoir que les hommes reçoivent ce qu'ils attendent : la lumière et l'amour de Dieu.

 

Le second point dont je voudrais traiter est une question pratique. Le nombre de prêtres a diminué, même si en ce moment, nous pouvons constater que toutefois, nous sommes véritablement présents, qu'aujourd'hui également, il y a des prêtres jeunes et âgés, et qu'il existe des jeunes qui s'acheminent vers le sacerdoce. Mais les fardeaux sont devenus plus lourds : gérer deux, trois, quatre paroisses ensemble, et cela avec toutes les nouvelles fonctions qui se sont ajoutées, est quelque chose qui peut sembler décourageant. Souvent on me demande, et chacun se demande d'ailleurs à soi-même et à ses confrères : mais comment pouvons-nous y arriver? N'est-ce pas une profession qui nous consume, dans laquelle, à la fin, nous ne pouvons plus ressentir de joie en voyant que, en dépit de tous nos efforts, cela ne suffit jamais? Tout cela nous épuise!

 

Que peut-on répondre? Naturellement, je ne peux pas donner de recettes infaillibles ; je voudrais toutefois transmettre certaines indications fondamentales. Je tire la première de la Lettre aux Philippiens (cf. 2, 5-8), où saint Paul dit à tous – et naturellement de façon particulière à tous ceux qui travaillent dans la vigne de Dieu – que nous devons "avoir en nous les sentiments de Jésus Christ". Ses sentiments étaient tels que, face au destin de l'homme, il ne supporta presque plus son existence dans la gloire, mais dut descendre et assumer l'incroyable, la pleine misère de la vie humaine jusqu'à l'heure de la souffrance sur la croix. Tel est le sentiment de Jésus Christ : se sentir poussé à apporter aux hommes la lumière du Père, à les aider afin qu'à travers eux, et en eux, se forme le Royaume de Dieu. Et le sentiment de Jésus Christ consiste dans le même temps dans le fait qu'Il demeure toujours profondément enraciné dans la communion avec le Père, plongé en elle. Nous le voyons, pour ainsi dire, de l'extérieur dans le fait que les évangélistes nous rapportent à plusieurs reprises qu'Il se retire sur la montagne, seul, pour prier. Son action naît du fait qu'il est plongé dans le Père : précisément parce qu'il est plongé dans le Père, il doit sortir et parcourir tous les villages et toutes les villes pour annoncer le Royaume de Dieu, c'est-à-dire sa présence, son "existence" parmi nous ; afin que le Royaume devienne présent en nous et, à travers nous, transforme le monde ; afin que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel, et que le ciel arrive sur la terre. Ces deux aspects font partie des sentiments de Jésus Christ. D'une part, connaître Dieu de l'intérieur, connaître le Christ de l'intérieur, être avec Lui ; ce n'est que si cela se réalise que nous découvrons véritablement le "trésor". D'autre part, nous devons également aller vers les hommes. Nous ne pouvons plus garder le "trésor" pour nous-mêmes, mais nous devons le transmettre.

 

Je voudrais expliquer plus encore et de façon concrète cette indication fondamentale sous ses deux aspects : il faut qu'il y ait un ensemble de zèle et d'humilité, c'est-à-dire de reconnaissance de ses propres limites. D'une part, le zèle : si nous rencontrons véritablement le Christ toujours à nouveau, nous ne pouvons pas le garder pour nous. Nous nous sentons poussés à aller vers les pauvres, les personnes âgées, les plus faibles et ainsi également vers les enfants et les jeunes, vers les personnes dans la plénitude de leur vie ; nous nous sentons poussés à être "annonciateurs", apôtres du Christ. Mais pour que ce zèle ne devienne pas vide et usant pour nous, il doit aller de pair avec l'humilité, la modération, l'acceptation de nos limites. Combien de choses devraient être faites – je vois que je n'en suis pas capable. Cela vaut pour les curés – du moins j'imagine, dans quelle mesure – cela vaut également pour le Pape:  il devrait faire tant de choses! Et mes forces ne suffisent tout simplement pas. Ainsi, je dois apprendre à faire ce que je peux et laisser le reste à Dieu et à mes collaborateurs et dire : "En définitive, c'est Toi qui dois le faire, car l'Eglise est à Toi. Et Toi, tu me donnes seulement l'énergie que je possède. Qu'elle te soit donnée, car elle vient de Toi ; je laisse le reste, précisément, à Toi". Je crois que l'humilité d'accepter cela - "c'est ici que finissent mes énergies, je Te laisse le soin, Seigneur, de faire le reste" - cette humilité est décisive. Et avoir également confiance : Il me donnera également les collaborateurs qui m'aideront et qui feront ce que je n'arrive pas à faire.

 

Et encore, "traduit" à un troisième niveau, cet ensemble de zèle et de modération signifie également l'ensemble du service dans toutes ses dimensions et l'intériorité. Nous ne pouvons servir les autres, nous ne pouvons donner que si, personnellement, nous recevons également, si nous ne nous vidons pas nous-mêmes. Et pour cela, l'Eglise nous propose des espaces de liberté qui, d'une part, sont des espaces pour une nouvelle "expiration" et "inspiration" et, d'autre part, deviennent centre et source du service. Il y a avant tout la célébration de la Messe : ne la célébrons pas comme quelque chose de routinier, que, d'une certaine façon, "je dois faire", mais célébrons-la "de l'intérieur"! Identifions-nous avec les mots, les actions, avec l'événement qui là, devient réalité! Si nous célébrons la Messe en priant, si les paroles que nous prononçons : "Ceci est mon Corps", naissent véritablement de la communion avec Jésus Christ qui nous a imposé les mains et nous a autorisés à parler avec son Moi lui-même, si nous accomplissons l'Eucharistie avec une intime participation dans la foi et dans la prière, alors, elle ne se réduit pas à un devoir extérieur, alors l'"ars celebrandi" vient de lui-même, car il consiste précisément à célébrer en partant du Seigneur et en communion avec Lui, et ainsi de façon juste également pour les hommes. Alors nous aussi en tirons toujours à nouveau un grand enrichissement et, dans le même temps, nous transmettons aux hommes plus que ce qui est à nous, c'est-à-dire : la présence du Seigneur.

 

L'autre espace libre que l'Eglise, pour ainsi dire, nous impose, et ainsi, nous libère également en nous le donnant, est la Liturgie des Heures. Efforçons-nous de la réciter comme une véritable prière, une prière en communion avec l'Israël de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance, une prière en communion avec les personnes en prière de tous les siècles, une prière en communion avec Jésus Christ, une prière qui s'élève du Moi le plus profond, du sujet le plus profond de ces prières. Et en priant ainsi, nous faisons participer à cette prière également les autres hommes, qui n'en n'ont pas le temps, ou l'énergie, ou encore la capacité. Nous-mêmes, en tant qu’hommes de prière, nous prions pour représenter les autres, accomplissant ainsi un ministère pastoral de premier degré. Il ne s'agit pas de se retirer dans le privé, mais c'est une priorité pastorale, une action pastorale dans laquelle nous-même devenons à nouveau prêtres, nous sommes à nouveau remplis par le Christ, nous incluons les autres dans la communion de l'Eglise en prière et, dans le même temps, nous laissons émaner la force de la prière, la présence de Jésus Christ dans ce monde.

 

La devise de ces jours-ci était : "Celui qui croit n'est jamais seul". Cette parole vaut et doit valoir précisément également pour les prêtres, pour chacun de nous. Et elle vaut à nouveau sous un double aspect : celui qui est prêtre n'est jamais seul, car Jésus Christ est toujours avec lui. Il est avec nous ; nous sommes nous aussi avec Lui! Mais cela doit valoir également dans l'autre sens : celui qui devient prêtre est introduit dans un presbyterium, dans une communauté de prêtres avec l'Evêque. Et il est prêtre en étant en communion avec ses confrères. Engageons-nous afin que cela ne demeure pas uniquement un précepte théologique et juridique, mais devienne une expérience concrète pour chacun de nous. Ouvrons-nous réciproquement cette communion, ouvrons-la en particulier à ceux dont nous savons qu'ils souffrent de solitude, qu'ils sont opprimés par des interrogations et des problèmes, peut-être par des doutes et des incertitudes! Ouvrons-nous réciproquement cette communion, et alors, nous ferons l'expérience en étant avec l'autre, avec les autres, plus encore et de façon plus joyeuse également de la communion avec Jésus Christ! Amen. 



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI  

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