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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 19:06

Suite de la lettre apostolique du Pape Jean-Paul II sur le sens chrétien de la souffrance humaine (Salvifici Doloris, le 11 février 1984).

 

7. On voit par ces exemples que nous trouvons dans l'Ecriture Sainte une grande variété de situations douloureuses pour l'homme. Cette liste déjà très diverse n'épuise pourtant pas tout ce qu'en fait de souffrance a déjà dit, et redit constamment, le livre de l'Histoire de l'homme (il s'agit plutôt d'un « livre non écrit ») et plus encore le livre de l'Histoire de l'humanité lu à travers l'histoire de chaque homme.

 

On peut dire que l'homme souffre lorsqu'il éprouve un mal, quel qu'il soit. Dans le vocabulaire de l'Ancien Testament, le rapport entre souffrance et mal se présente clairement comme une identité. En effet, ce vocabulaire ne possédait pas de mot spécifique pour désigner la ‘souffrance’ ; aussi définissait-il comme ‘mal’ tout ce qui était souffrance. Seule la langue grecque – et, avec elle, le Nouveau Testament (et les traductions grecques de l'Ancien Testament) – se sert du verbe pasko (= je suis affecté de..., j'éprouve une sensation, je souffre), et grâce à ce terme, la souffrance n'est plus directement identifiable au mal (objectif), mais elle désigne une situation dans laquelle l'homme éprouve le mal et, en l'éprouvant, devient sujet de souffrance.

 

Celle-ci, à vrai dire, a un caractère à la fois actif et passif (de patior). Même lorsque l'homme s'inflige à lui-même une souffrance, lorsqu'il en est l'auteur, cette souffrance reste quelque chose de passif dans son essence métaphysique. Cela ne veut pas dire toutefois que la souffrance, au sens psychologique, soit dépourvue d'un caractère actif spécifique. Il y a là en effet une « activité » multiple, et subjectivement différenciée, de douleur, de tristesse, de déception, d'abattement ou même de désespoir, selon l'intensité de la souffrance, selon sa profondeur, et, indirectement, selon toute la structure du sujet qui souffre et sa sensibilité spécifique. Au sein de ce qui constitue la forme psychologique de la souffrance se trouve toujours une expérience du mal qui entraîne la souffrance de l'homme.

 

Ainsi donc, la réalité de la souffrance fait surgir la question de l'essence du mal : qu'est-ce que le mal?

 

Cette question paraît en un sens inséparable du thème de la souffrance. La réponse chrétienne à ce sujet diffère de celle qui est donnée par certaines traditions culturelles et religieuses, pour lesquelles l'existence est un mal dont il faut se libérer. Le christianisme proclame que l'existence est fondamentalement un bien, que ce qui existe est un bien ; il professe la bonté du Créateur et proclame que les créatures sont bonnes. L'homme souffre à cause du mal qui est un certain manque, une limitation ou une altération du bien. L'homme souffre, pourrait-on dire, en raison d'un bien auquel il ne participe pas, dont il est, en un sens, dépossédé ou dont il s'est privé lui-même. Il souffre en particulier quand il « devrait » avoir part – dans l'ordre normal des choses – à ce bien, et qu'il n'y a pas part.

 

Ainsi donc, dans la conception chrétienne, la réalité de la souffrance s'explique au moyen du mal, qui, d'une certaine façon, se réfère toujours à un bien.

 

  

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Published by Matthieu BOUCART - dans Salvifici Doloris
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