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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 17:43

Homélie du Pape Benoît XVI pour la 14e Journée de la Vie Consacrée, le 2 février 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

(…) La brève lecture tirée de la Lettre aux Hébreux qui vient d'être proclamée unit bien les motifs qui sont à l'origine de cette belle fête significative et nous offre quelques éléments de réflexion. Ce texte – il s'agit de deux versets, mais très denses – ouvre la seconde partie de la Lettre aux Hébreux, introduisant le thème central du Christ grand prêtre. Il faudrait, en vérité, prendre aussi en compte le verset qui précède immédiatement, et qui dit : "Donc, puisque nous avons un grand prêtre qui a pénétré les cieux, Jésus, Fils de Dieu, demeurons fermes dans la profession de notre foi" (He 4, 14). Ce verset montre Jésus qui monte vers le Père ; le suivant le montre qui descend vers les hommes. Le Christ est présenté comme le médiateur : il est vrai Dieu et vrai homme, il appartient par conséquent réellement au monde divin et au monde humain.

 

En réalité, c'est justement et seulement à partir de cette foi, de cette profession de foi en Jésus Christ, le Médiateur unique et définitif, qu'une vie consacrée a son sens dans l'Eglise, une vie consacrée à Dieu à travers le Christ. Elle n'a un sens que s'Il est vraiment médiateur entre Dieu et nous, autrement, il ne s'agirait que d'une forme de sublimation ou d'évasion. Si le Christ n'était pas vraiment Dieu, et s'il n'était pas en même temps pleinement homme, le fondement de la vie chrétienne en tant que telle disparaîtrait, et, de façon tout à fait particulière, le fondement de toute consécration chrétienne de l'homme et de la femme disparaîtrait. En effet, la vie consacrée témoigne et exprime justement de façon "forte" le fait que Dieu et l'homme se cherchent réciproquement, l'amour qui les attire ; la personne consacrée, du fait même qu'elle existe, représente comme un "pont" vers Dieu pour tous ceux qui la rencontrent, un rappel, un renvoi. Et tout cela grâce à la médiation de Jésus Christ, le Consacré du Père. Le fondement, c'est Lui! Lui, qui a partagé notre fragilité, afin que nous puissions participer de sa nature divine.

 

Notre texte insiste, plus que sur la foi, sur la "confiance" avec laquelle nous pouvons nous approcher du "trône de la grâce", du moment que notre grand prêtre a été, Lui-même, "mis à l'épreuve, en toute chose comme nous". Nous pouvons nous approcher pour recevoir "miséricorde", "trouver grâce", et pour "être aidés au moment opportun". Il me semble que ces paroles contiennent une grande vérité et en même temps un grand réconfort pour nous qui avons reçu le don et l'engagement d'une consécration spéciale dans l'Eglise. Je pense en particulier à vous, chers sœurs et frères. Vous vous êtes approchés avec une confiance totale du "trône de la grâce" qui est le Christ, de sa Croix, de son Cœur, de sa divine présence dans l'Eucharistie. Chacun de vous s'est approché de Lui comme de la source de l'Amour pur et fidèle, un amour si grand et si beau qu'il mérite tout, et même plus que notre tout, parce qu'une vie entière ne suffit pas à lui rendre ce que le Christ est et ce qu'il a fait pour nous. Mais vous vous êtes approchés et chaque jour, vous vous approchez de Lui, même pour être aidés au moment opportun et à l'heure de l'épreuve.

 

Les personnes consacrées sont appelées d'une façon particulière à être des témoins de cette miséricorde du Seigneur, dans laquelle l'homme trouve son Salut. Elles maintiennent vivante l'expérience du pardon de Dieu, parce qu'elles ont conscience d'être des personnes sauvées, d'être grandes quand elles se reconnaissent petites, de se sentir renouvelées et enveloppées de la sainteté de Dieu quand elles reconnaissent leur péché. C'est pourquoi, pour l'homme d'aujourd'hui aussi, la vie consacrée reste une école privilégiée de la "componction du cœur", de la reconnaissance humble de sa propre misère, mais pareillement, elle reste une école de la confiance dans la miséricorde de Dieu, dans son amour qui n'abandonne jamais. En réalité, plus on s'approche de Dieu, plus on est proche de Lui, plus on est utile aux autres. Les personnes consacrées font l'expérience de la grâce, de la miséricorde, et du pardon de Dieu non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs frères, en étant appelées à porter dans leur cœur et dans la prière les angoisses et les attentes des hommes, spécialement de ceux qui sont loin de Dieu. En particulier, les communautés qui vivent en clôture, avec leur engagement spécifique de fidélité à "demeurer avec le Seigneur", à "demeurer au pied de la Croix", exercent souvent ce rôle de vicaire, unies au Christ de la Passion, en prenant sur elles les souffrances et les épreuves des autres et en offrant toute chose avec joie pour le Salut du monde.

 

Enfin, chers amis, nous voulons élever au Seigneur un hymne d'action de grâce et de louange pour la vie consacrée elle-même. Si elle n'existait pas, le monde serait tellement plus pauvre! Au-delà des évaluations fonctionnelles superficielles, la vie consacrée est importante justement du fait qu'elle est signe de gratuité et d'amour, et cela d'autant plus dans une société qui risque d'être étouffée dans le tourbillon de l'éphémère et de l'utile (cf. Exhortation apostolique post-synodale Vita consecrata, n. 105). Au contraire, la vie consacrée témoigne de la surabondance d'amour qui pousse à "perdre" sa vie, en réponse à la surabondance d'amour du Seigneur qui, le premier, a "perdu" sa vie pour nous. En ce moment, je pense aux personnes consacrées qui sentent le poids de la fatigue quotidienne pauvre en gratifications humaines, je pense aux religieux et aux religieuses âgés, malades, à ceux qui se sentent en difficulté dans leur apostolat... Aucun d'entre eux n'est inutile, parce que le Seigneur les associe au "trône de la grâce". Ils sont au contraire un don précieux pour l'Eglise et pour le monde, assoiffé de Dieu et de sa Parole.

 

Pleins de confiance et de reconnaissance, nous renouvelons donc nous aussi notre geste d'offrande totale de nous-mêmes en nous présentant au Temple. Que l'Année sacerdotale soit une occasion supplémentaire pour les religieux prêtres, d'intensifier leur chemin de sanctification, et, pour tous les consacrés et les consacrées, un encouragement pour accompagner et soutenir leur ministère à travers leur prière fervente.

 

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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