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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 13:22

Note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi

sur la banalisation de la sexualité

à propos de certaines interprétations de "Lumière du monde" 

 

A l'occasion de la publication du livre d'entretiens de Benoît XVI, Lumière du monde, ont été diffusées diverses interprétations erronées, qui ont semé la confusion au sujet de la position de l'Église catholique sur certaines questions de morale sexuelle. La pensée du Pape a été souvent instrumentalisée à des fins et à des intérêts sans lien avec le sens de ses paroles, alors qu'elle se comprend très bien quand on lit dans leur intégralité les chapitres où il est fait allusion à la sexualité humaine. L'intention du Saint-Père est claire : retrouver la grandeur du dessein de Dieu sur la sexualité, en évitant sa banalisation aujourd'hui courante.

  

Certaines interprétations ont présenté les paroles du Pape comme des affirmations en contradiction avec la tradition morale de l'Église ; cette hypothèse a été saluée comme un tournant positif par certains ; d'autres, en revanche, ont manifesté leur inquiétude, comme s'il s'agissait d'une rupture avec la doctrine sur la contraception et avec l'attitude de l'Église dans la lutte contre le SIDA. En réalité, les paroles du Pape qui font allusion en particulier à un comportement gravement désordonné, en l'occurrence la prostitution (cf. Lumière du monde, pp.159-161), ne modifient ni la doctrine morale, ni la pratique pastorale de l'Église.

  

Comme il ressort de la lecture du passage en question, le Saint-Père ne parle ni de morale conjugale, ni même de norme morale sur la contraception. Cette norme, traditionnelle dans l'Église, a été reprise en des termes très précis par le Pape Paul VI au n°14 de l'encyclique Humanae vitae, quand il écrit : « Est exclue également toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation ». L'idée qu'on puisse déduire des paroles de Benoît XVI qu'il est licite, dans certains cas, de recourir à l'usage du préservatif pour éviter les grossesses non désirées, est tout à fait arbitraire et ne correspond ni à ses paroles ni à sa pensée. À ce sujet, le Pape propose au contraire des chemins humainement et éthiquement viables, sur lesquels les pasteurs sont appelés à travailler « plus et mieux » (Lumière du monde, p. 194), c'est-à-dire des chemins qui respectent pleinement le lien insécable du sens unitif avec le sens procréatif de chaque acte conjugal, grâce au recours éventuel aux méthodes naturelles de régulation de la fécondité en vue d'une procréation responsable.

 

En ce qui concerne le passage en question, le Saint-Père se référait au cas totalement différent de la prostitution, comportement que la morale chrétienne a toujours considéré comme un acte gravement immoral (cf. Concile Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes, 27 ; Catéchisme de l'Église Catholique, 2355). Au sujet de la prostitution, la recommandation de la tradition chrétienne tout entière – et pas seulement la sienne –, peut se résumer dans les paroles de saint Paul : « Fuyez la fornication » (1 Co 6, 18). La prostitution doit donc être combattue, et les organismes d'aide de l'Église, de la société civile et de l'État, doivent travailler pour libérer les personnes impliquées.

 

A ce propos, il convient de relever que la situation qui s'est créée, par suite de la propagation actuelle du SIDA dans de nombreuses régions du monde, a rendu le problème de la prostitution encore plus dramatique. Celui qui se sait infecté par le VIH et donc susceptible de transmettre l'infection, commet non seulement un péché grave contre le sixième commandement, mais aussi un autre contre le cinquième, puisqu'il met sciemment en danger la vie d'une autre personne, ce qui a également des répercussions sur la santé publique. À cet égard, le Saint-Père affirme clairement que les préservatifs ne constituent pas la « solution véritable et morale » au problème du SIDA et aussi que « la seule fixation sur le préservatif représente une banalisation de la sexualité », parce qu'on ne veut pas faire face à l'égarement humain qui est à la base de la transmission de la pandémie. Par ailleurs, il est indéniable que celui qui recourt au préservatif dans le but de diminuer le risque pour la vie d'une autre personne, entend réduire le mal lié à son comportement désordonné. En ce sens, le Saint-Père note que le recours au préservatif, « dans l'intention de réduire le risque de contamination, peut cependant constituer un premier pas sur le chemin d'une sexualité vécue autrement, une sexualité plus humaine ». Cette observation est tout à fait compatible avec l'autre affirmation du Saint-Père : « Ce n'est pas la véritable manière de répondre au mal que constitue l'infection par le virus VIH. »

 

Certains ont interprété les paroles de Benoît XVI en recourant à la théorie de ce qu'on appelle le « moindre mal ». Cette théorie, toutefois, est susceptible d'interprétations déviantes de caractère proportionnaliste (cf. Jean Paul II, Encyclique Veritatis splendor, nn. 75-77). Une action mauvaise par son objet, même s'il s'agit d'un moindre mal, ne peut être licitement voulue. Le Saint-Père n'a pas dit que la prostitution avec recours au préservatif pouvait être licitement choisie comme un moindre mal, comme certains l'ont soutenu. L'Église enseigne que la prostitution est immorale et doit être combattue. Celui qui, pourtant, en la pratiquant, tout en étant infecté par le VIH, s'emploie à réduire le risque de contamination, y compris par l'utilisation du préservatif, peut accomplir un premier pas vers le respect de la vie des autres, même si le mal de la prostitution demeure dans toute sa gravité. Ces jugements sont en harmonie avec tout ce que la tradition théologico-morale de l'Église a soutenu aussi par le passé.

 

En conclusion, dans la lutte contre le SIDA, les membres et les institutions de l'Église catholique savent qu'ils doivent rester proches des personnes, en soignant les malades ; ils savent aussi qu'ils doivent former tout le monde à vivre l'abstinence avant le mariage et la fidélité au sein de l'alliance conjugale. À cet égard, il faut également dénoncer les comportements qui banalisent la sexualité, car comme le dit le Pape, ils sont justement à l'origine d'un phénomène dangereux : bien des personnes ne perçoivent plus dans la sexualité l'expression de leur amour. « C'est la raison pour laquelle le combat contre la banalisation de la sexualité est aussi une partie de la lutte menée pour que la sexualité soit vue sous un jour positif, et pour qu'elle puisse exercer son effet bénéfique dans tout ce qui constitue notre humanité » (Lumière du monde, p. 160).

 

 

Source + Nos débats à ce sujet

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la morale
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commentaires

RV 29/12/2010 19:44



Après le ski : juste un dernier exercice de gymnastique spirituel.


 


Oui, je comprends pourquoi tu as cru que j'avais un problème avec la zone noire.


C'est parce que j'ai dit que celui qui utilisait un préservatif (contaminé ou pas) créait de facto une dissociation entre procréation et création (et que cela était un mal).


  


Mais il faut bien voir comment les choses fonctionnent à l'intérieur de moi :


1-Le pape ayant dit que la prostitution conctituait un cas particulier, je le crois, je lui fais confiance, je ne vais pas contre lui.


Je reconnais donc l'existence de cette "zone noire".


  


2-Mais le chrétien que je suis a bien conscience que le Pape a dit cela parce que le coeur de l'homme est dur. La solution auxquelle rêve le Pape est l'abstinence et la chasteté.


Utiliser un préservatif n'est pas une vraie solution. Et le Pape le sait très bien, parce qu'elle met qq dans une situation "bancale" (elle crée une rupture entre et ceci procréation et
création).


Et c'est pour cela qu'il y a en moi aussi une partie qui essaye de voir plus haut - c'est à dire de voir l'idéal chrétien - et qui se désole de ce que les gens ne soient sensibles qu'à la
"solution" du préservatif (qui n'est pas une vraie solution).


 


Donc, on dit : oui, la prostitution est un cas particulier.... mais comme la "réponse" que la dureté du coeur de l'homme nous force à apporter est imparfaite !!!


Si imparfaite qu'il y a des moments où je me demande si je pourrais moi-même la conseiller... 


RV






RV 29/12/2010 19:29



En fait, pour résumer, mon problème concerne surtout :


1-Les personnes infectées non-prostituée


2-Les personnes non-infectées (dont tu parles dans la zone grise).


 


RV






RV 29/12/2010 19:25



Non, en fait, c'est bien la zone grise qui me posait problème.


Le fait qu'il existe une zone noire (c'est à dire des cas où l'usage du préservatif peut se concevoir), cela ne me pose pas de problème puisque le Pape lui-même en parle en citant le cas de la
prostitution.


Donc, je lui fait confiance. S'il pense que le cas de la prostitution est particulier, je le crois.


  


Simplement, il y a deux interprétations possibles :


1-certains disent que la prostitution est la seule exception (et il est vrai que l'on peut comprendre cela en lisant la note de la CDF qui rappellent souvent que le Pape ne parlait que de la
prostitution).


2-d'autres disent que la prostitution est juste un exemple parmis d'autres cas : cas des débauchés, cas des personnes non-infectées voulant éviter les risques... (et il est vrai que certains
passages de la note de la CDF, pris hors contexte, peuvent aussi laisser entendre cela).


 


Donc, mon problème, ce n'est pas de savoir s'il existe une zone noire. Je suis convaincu que cette zone existe : la prostitution.


Mon problème est juste de savoir si cette zone doit s'élargir ou pas, et si oui : jusqu'où.


  


RV





PS j'arrête pour aujourd'hui car j'ai atteint la zone noire en matière de consommation d'internet !



Matthieu 29/12/2010 18:55



Je suis heureux, mon cher RV, de t'offrir gratuitement ces vacances au ski! Tu vois que tu n'as pas fait le
voyage pour rien! 


 


"Plus sérieusement, tes zones ont qqch avec quoi je suis assez d'accord.


Et je vois que tu considère toi aussi que la zone grise est délicate. C'est surtout cela qui me pose problème."


 


En fait, j'avais plutôt l'impression que c'est la "zône noire" qui te posait problème, puisque c'est d'elle (et d'elle seule) dont il est question dans le texte du Pape et la note de la CDF.


 


Si l'on met de côté la "zône grise" qui peut être matière à débat, la question (qui était sous-jacente au malaise que tu exprimais plus haut) est : existe-t-il une "zône noire" à
l'intérieure de laquelle il n'est pas douteux que la personne doive mettre un préservatif? Et si oui, n'y trouve-t-on que les prostitués, ou au-delà : tous ceux qui se savent infectés et
qui transmettraient à coup sûr le virus mortel du SIDA à leur partenaire s'ils ne mettaient un préservatif?


 


Tu vois bien ici qu'il ne s'agit nullement de remettre en cause Humanae Vitae, ni de qualifier positivement l'acte impur à l'origine du recours au préservatif, ni de considérer
impossible le choix en faveur de la chasteté (ceux qui, se sachant malades, auraient l'héroïsme de demeurer continent, se trouveraient alors de facto dans la "zône blanche"), mais de
reconnaître qu'il existe des situations (dramatiques, regrettables, tristes, affligeantes... la fameuse "zône noire") où ne pas avoir recours au préservatif serait synonyme d'assassinat.



RV 29/12/2010 17:43



Ce qui est bien, sur Totus tuus, c'est qu'on fait du sport cérébral (on réfléchit beaucoup) mais aussi du sport physique (du ski : zone blanche, zone, noire, zone grise...).


  


Plus sérieusement, tes zones ont qqch avec quoi je suis assez d'accord.


Et je vois que tu considère toi aussi que la zone grise est délicate. C'est surtout cela qui me pose problème.


  


Mais je réponds sur un point :


Ce qui est "mal" (et nous empêche de grandir dans notre humanité) - et ce que l'Eglise ne permet en aucun cas -, c'est d'avoir une relation sexuelle illicite qui nous
mette en situation de danger et nous oblige (moralement) à mettre un préservatif.


    


J'ai bien peur que la plupart des relations qui obligent à mettre un préservatif soient malheureusement des relations illicites (relations vécues hors mariage, relations adultérines, et surtout
relations homosexuelles...).


Donc, quand on parle de mettre un préservatif, je pense qu'on est déjà dans des cas (le plus souvent, du moins) où nous n'avons pas affaire à un couple marié religieusement, fidèle, catholique
pratiquant, baptisé et confirmé...


Et l'on retrouve bien là le problème de la "dureté de coeur" dont je parlais plus haut, et qui m'invite à penser que le Pape ne s'exprime pas sur le préservatif de "gaité de coeur", mais parce
qu'il voit que les gens sont sourds (si je puis dire !).


  


RV