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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 23:00

Texte du discours du Pape Benoît XVI aux membres de la Conférence des principales Organisations Juives américaines, le 12 février 2009.

 

Chers amis,

 

Je suis heureux de vous accueillir tous aujourd'hui, et je remercie le rabbin Arthur Schneier et M. Alan Solow pour les salutations qu'ils m'ont adressées en votre nom. Je me souviens bien des diverses occasions, lors de ma visite aux Etats-Unis l'an dernier, au cours desquelles j'ai pu rencontrer certains d'entre vous à Washington d.c. et à New York. M. le rabbin Schneier, vous m'avez aimablement reçu à la "Park East Synagogue", quelques heures seulement avant votre célébration de la Pesah. A présent, je suis heureux d'avoir cette occasion de vous offrir l'hospitalité ici, chez moi. De telles rencontres nous permettent de manifester notre respect réciproque. Je veux que vous sachiez que vous êtes tous les bienvenus ici aujourd'hui dans la maison de Pierre, la maison du Pape.

 

C'est avec gratitude que je me souviens des diverses opportunités que j'ai eues pendant plusieurs années de passer du temps en compagnie de mes amis juifs. Mes visites à vos communautés à Washington et à New York, malgré leur brièveté, ont été des expériences d'estime fraternelle et d'amitié sincère. C'est le cas également de ma visite à la synagogue de Cologne, la première visite de ce genre de mon pontificat. Ce fut très émouvant pour moi de passer ces moments avec la communauté juive dans la ville que je connais si bien, la ville qui accueillit les premiers établissements juifs en Allemagne, et dont les racines remontent à l'époque de l'Empire romain.

 

Un an plus tard, en mai 2006, j'ai visité le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Quels mots peuvent exprimer de façon adaptée cette expérience profondément bouleversante? En franchissant le portail d'entrée de ce lieu de l'horreur, qui fut le théâtre de tant d'indicibles souffrances, j'ai médité sur les innombrables prisonniers, dont un si grand nombre étaient juifs, qui ont parcouru le même chemin vers la captivité à Auschwitz et dans tous les autres camps de prisonniers. Ces fils d'Abraham, accablés par la douleur et l'humiliation, n'avaient guère pour les soutenir que leur foi dans le Dieu de leurs pères, une foi que nous chrétiens partageons avec vous, nos frères et sœurs. Comment pouvons-nous ne serait-ce que commencer à saisir l'énormité de ce qui a eu lieu dans ces prisons infâmes? La race humaine tout entière ressent une honte profonde envers la brutalité sauvage exercée contre votre peuple à cette époque. Permettez-moi de rappeler ce que j'ai dit en cette triste occasion : "Les potentats du Troisième Reich voulaient écraser le monde juif tout entier; l'éliminer du nombre des peuples de la terre. Alors les paroles du Psaume : "On nous massacre tout le jour, on nous traite en moutons d'abattoir" se vérifièrent de façon terrible".

 

Notre rencontre aujourd'hui a lieu dans le contexte de votre visite en Italie, conjointement avec votre "Leadership Mission" annuelle à Israël. Je me prépare également à me rendre en visite à Israël, une terre qui est sainte pour les chrétiens comme pour les juifs, étant donné que les racines de notre foi se trouvent là-bas. En effet, l'Eglise tire sa subsistance des racines de cet olivier franc, qui est le peuple d'Israël, sur lequel ont été greffées les branches d'olivier sauvage des Gentils (cf.Rm 11, 17-24). Depuis les débuts du christianisme, notre identité et tous les aspects de notre vie et de notre culte ont été intimement liés à l'ancienne religion de nos pères dans la foi.


L'histoire de deux mille ans de la relation entre le judaïsme et l'Eglise est passée par de nombreuses étapes, dont certaines d'entre elles sont douloureuses à rappeler. A présent que nous pouvons nous rencontrer dans un esprit de réconciliation, nous ne devons pas permettre aux difficultés du passé de nous empêcher de nous tendre la main de l'amitié l'un vers l'autre. En effet, quelle famille n'a pas été agitée par des tensions de quelque sorte que ce soit? La Déclaration du Concile Vatican II Nostra aetate a marqué une pierre milliaire sur le parcours vers la réconciliation, et a clairement souligné les principes qui ont régi depuis l'attitude de l'Eglise à l'égard des relations entre chrétiens et juifs. L'Eglise est profondément et irrévocablement engagée à rejeter tout antisémitisme et à continuer d'édifier de bonnes et durables relations entre nos deux communautés. S'il existe une image particulière qui symbolise cet engagement, c'est le moment où mon bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II s'est tenu devant le mur des Lamentations de Jérusalem, en implorant le pardon de Dieu pour toutes les injustices que le peuple juif a dû subir. A présent, je fais mienne sa prière : "Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton Nom soit apporté aux peuples:  nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'histoire, les ont tant fait souffrir, eux qui sont tes fils, et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une fraternité authentique avec le peuple de l'Alliance" (26 mars 2000).

 

La haine et le mépris contre les hommes, les femmes et les enfants qui a été manifesté lors de la Shoah était un crime contre Dieu et contre l'humanité. Cela devrait être clair à tous, en particulier à ceux qui suivent la tradition des Ecritures Saintes, selon lesquelles chaque être humain est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26-27). Il ne fait aucun doute que toute négation ou minimisation de ce crime terrible est intolérable et totalement inacceptable. Récemment, au cours d'une audience publique, j'ai réaffirmé que la Shoah doit être "un avertissement contre l'oubli, contre la négation ou le réductionnisme, car la violence contre un seul être humain est une violence contre tous" (28 janvier 2009).

 

Ce terrible chapitre de notre histoire ne doit jamais être oublié. La mémoire – dit-on à juste titre – est memoria futuri, un avertissement qui nous est adressé pour l'avenir, et un appel à rechercher activement la réconciliation. Se rappeler signifie faire tout ce qui est en notre pouvoir afin d'empêcher toute répétition d'une telle catastrophe au sein de la famille humaine en édifiant des ponts d'amitié durable. Je forme la prière fervente que le souvenir de ce crime abominable renforce notre détermination à guérir les blessures qui pendant trop longtemps ont souillé les relations entre les chrétiens et les juifs. Je désire sincèrement que l'amitié qui nous lie à présent se renforce toujours davantage, afin que l'engagement irrévocable de l'Eglise en vue d'établir des relations respectueuses et harmonieuses avec le peuple de l'Alliance apporte des fruits abondants.

 

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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