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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 15:48

 

Cher Miky,

 

En relisant mes articles d’il y a 5 ans, je remarque qu’il existe quelques commentaires auxquels je n’ai pas répondu. Dont le tien à l'article La Bible... ou les astres. J’y réponds donc aujourd’hui – il n'est jamais trop tard pour bien faire! 

 

« tu dis que finalement, c'est l'Eglise (catholique romaine, I presume ;-) ) qui a nécessairement LA bonne interprétation des Ecritures. Bref, que c'est ultimement LA référence en matière de foi. Mais qu'est-ce qui garantie que c'est forcément elle qui voit juste ? » Le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte. C’est lui qui garantit que l’Eglise fondée sur Pierre (cf. Mt 16. 18) « voit juste » pour interpréter les Ecritures, puisque c’est ce même Esprit Saint qui a présidé à leur rédaction. Seul l’auteur d’une œuvre peut nous dévoiler en vérité ce qu’il a voulu dire à travers son œuvre.

 

« Comment peut-on qualifier d'inspirée par l'Esprit Saint une Eglise qui à une époque a vendu des Indulgences pour racheter les âmes du Purgatoire, a fait brûler des innocents sous l'Inquisition, a blanchi l'argent de la mafia dans les années 80 (???), a condamné Gallilé puis Darwin, avant de changer d'avis et de reconnaître l'héliocentrisme et l'évolution des êtres vivants, etc. ? » En contemplant le dynamisme de son développement qui a conduit précisément toutes ces pratiques à disparaître au fil du temps. C’est ce qu’est devenu l’Eglise après 2000 ans d’histoire qui atteste la présence active de l’Esprit Saint en son sein.

 

J’ajoute que dans tous les exemples que tu cites, l’infaillibilité de l’Eglise (et par suite, son « inspiration » divine) n’est pas en cause, puisque l’infaillibilité ne joue pas en tous temps, en tous lieu, en toutes matières ; elle signifie pas que l’Eglise ne se trompe jamais, ni que ces membres ne commettent plus de péchés (l’infaillibilité – du corps – ne signifie pas l’impeccabilité – de ses membres). L’infaillibilité est un charisme que Dieu donne à l’Eglise pour les questions de foi et de morale – et elles seules, parce qu’elles concernent tout ce que nous devons croire et pratiquer pour accéder au salut éternel. Si l’Eglise s’aventurait à prendre position sur une question scientifique ou politique (par exemple), elle s’exposerait au risque d’erreur comme tout un chacun – d’où l’on voit que la laïcité se trouve inscrite dans la constitution même de son être.

 

« Dans le deuxième point, tu qualifies (par citations interposées) de superstitions : la magie, la divination, la nécromancie, l'horoscope, la croyances aux contacts avec des extra-terrestres, le spiritisme et l'occultisme. En quoi ce que la Père Cantalamassa qualifie de "vraie foi" se différencie-t-il de ces croyances et pratiques ? (…) Du côté de la "vraie foi" moi je vois pas mal de superstitions : les "miracles" de Lourdes, les "apparitions" de la Vierge, la transsubstantation, etc. » Si tu étudies de près les évènements de Lourdes ou Fatima, par exemple, tu verras que les « miracles » et « apparitions » sont entourées de garanties très solides de leur authenticité – et qu’il n’est pas aisé de les réfuter, si ce n’est comme tu le fais, d’un simple haussement d’épaules (mais contester n’est pas réfuter).

 

La question toutefois n’est pas là… Il ne s’agit pas d’opposer la foi – qui serait vraie et qui « marcherait » – aux pratiques occultes – qui seraient « fausses » et qui ne « marcheraient » pas. Car le spiritisme et l’occultisme, ça « marche » aussi, malheureusement… on peut l’expérimenter facilement (ce que je déconseille fortement à quiconque en serait tenté), et c’est ce qui en fait toute la dangerosité.

 

La différence fondamentale entre la foi en Jésus-Christ et les pratiques occultes, c’est que la première nous relie à Dieu qui est Amour et veut faire de nous des hommes et des femmes vraiment libres, et que les secondes nous relient à des entités spirituelles mauvaises, qui ont l’art de se faire passer pour bonnes, mais dont l’unique objectif est de nous asservir et de nous perdre.

 

Voilà pourquoi Dieu ne peut pas nous parler dans les pratiques occultes : puisqu’elles sont le terrain d’action privilégié de ses ennemis les plus irréductibles (les démons).

 

« Scientifiquement, la doctrine de l'Eglise ne tient pas la route. Rien n'indique que la prière intercessoire ait le moindre effet (excepté placebo lorsque la personne pour qui l'on prie sait que l'on prie pour elle), rien n'indique que les soi-disant miracles de Lourdes ne pourrait pas, en principe, recevoir une explication naturaliste, quant aux apparitions de la Vierge, cela pourrait très bien être des hallucinations, etc. Les progrès des neurosciences tendent à expliquer l'esprit, l'âme et les états mystiques en termes naturalistes. »

 

Cher Miky, la laïcité marche dans les deux sens. Ce n’est pas à la science de nous dire si la doctrine de l’Eglise « tient la route » ou pas. Car la doctrine de l’Eglise n’est pas d’ordre scientifique. Elle ne concerne que ce que nous devons croire et pratiquer pour être sauvés – toutes choses étrangères aux sciences.

 

La doctrine catholique de la prière n’affirme pas l’efficacité physique de toute prière – car la prière, qui peut influer sur le monde physique, les personnes, ou sur le déroulement des évènements, agit essentiellement dans l’âme du priant. La prière est un acte spirituel qui développe d’abord des effets dans la sphère spirituelle. Elle agit dans les profondeurs de notre être, à un niveau qui n’est pas accessible aux sciences  – celui de notre esprit. Le principal effet de la prière, dirais-je, c’est l’acquisition du Saint Esprit ; notre justification, et notre sanctification. Dis-moi comment la science pourrait infirmer – ou confirmer – cette infusion au profond de notre âme du Saint Esprit de Dieu ? comment elle pourrait mesurer notre avancée sur le chemin de la sainteté ?

 

Quant aux miracles, ils sont trop massifs pour être valablement considérés comme de simples hallucinations – la notion même d’hallucination collective est d’ailleurs contestée sur le plan scientifique. La science, en revanche, joue elle-même un rôle important dans la reconnaissance d’un miracle – comme à Lourdes par exemple, où de nombreux médecins et chercheurs (y compris athées) exercent leur compétence au Bureau des Constatations médicales ou au Comité Médical International. On ne peut donc réduire le miracle à un simple phénomène subjectif, puisqu’il s’enracine dans une réalité objective (ex. la guérison d’une maladie) que beaucoup peuvent observer aujourd’hui – grâce aux instruments de mesure et d’analyse dont nous bénéficions désormais. Chose curieuse : ils se produisent principalement dans le sillage de l’Eglise catholique… (que l’on songe par exemple à la nécessité de constater au moins deux miracles pour canoniser un Saint, et que l’on prenne ainsi conscience de l’importance – quantitative et qualitative – du phénomène miraculeux dans la vie de l’Eglise).

 

« rien n'indique qu'il y a quelque chose d'autre qui transcende le cerveau, le corps, et leurs relations avec l'environnement. » Eh bien… si : le cerveau lui-même justement, qui n’a pu se faire tout seul (car le néant ne peut produire de l’être, et le hasard aveugle ne peut produire de l’intelligence – sauf à renoncer à l’exercice de la raison…).

 

C’est très bien de vouloir tout réduire à l’action de la nature. Mais cela n’explique pas tout : cela n’explique pas en particulier l’être même de cette nature : le fait quelle existe, et qu’elle existe comme elle est, avec toutes ces propriétés merveilleuses qui ont conduit… le néant à produire de l’être, et le hasard aveugle à produire de l’ordre et de l’intelligence ! 

 

L’existence même du cerveau, de notre corps et d’un environnement propice à leur surgissement soudain du néant (puisqu’ils n’ont pas toujours existé) postule nécessairement (parce qu’il n’y a pas d’alternative) l’existence d’un Être transcendant qui les ait créé (voilà une meilleure explication que le néant), et d’un être souverainement intelligent pour fonder l’ordre cosmique et susciter un cerveau intelligent (voilà une meilleure explication que le hasard aveugle).

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
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commentaires

Mikaël 30/04/2011 22:12



Ah, oui, j'ai possiblement fait preuve d'un certain manque de nuance à quelques occasions, il est vrai...



Mikaël 30/04/2011 20:58



Cher Matthieu,


Je me suis peut-être mal exprimé également. Même si des cas de guérisons inexpliquées peuvent émerger à Lourdes, on n'a pas nécessairement le droit d'en conclure à une "énigme pour la science"
qui donnerait de la légitimité à des scénarios "extra-scientifiques". Pourquoi ? Tout simplement, déjà, parce que des guérisons inexpliquées peuvent émerger partout, pas seulement à Lourdes ou
autres lieux saints.


http://charlatans.info/lourdes-miracles.php



Matthieu 30/04/2011 21:26



"on n'a pas nécessairement le droit d'en conclure à une "énigme pour la science" qui donnerait de la légitimité à des scénarios
"extra-scientifiques"." Je suis bien d'accord avec toi Mikaël - le miracle n'est pas donné par Dieu pour nous faire l'économie de la foi. Mais on n'a pas le droit non plus d'assimiler
les miracles de Lourdes, les apparitions de la Vierge ou la transubstantiation à de la simple "superstition" - comme tu le faisais naguère (et c'est à ce propos que je
répondais dans mon article).



Mikaël 30/04/2011 17:48



Les travaux de Stevenson me paraissent d'une sériosité toute relative, sinon je serais réincarnationniste ! Mais il est clair que ce ne sont pas non plus les divagations d'un allumé...


Et je suis désolé de te décevoir mais :


- d'autres scientifiques, par exemple Helen Wambach, ont effectué un travail relativement sérieux également sur la réincarnation, dans le silage de Stevenson, qui n'est donc pas tant un électron
libre que ça (du moins pas dans le sens "franc tireur") ;


- les scientifiques et médecins, dans le cas des miracles, ne sont pas reconnus par leurs pairs pour leurs travaux sur
les miracles, ne t'en déplaise. Sinon, le caractère soi-disant inexplicable de ces phénomènes soi-disant miraculeux ne ferait pas débat, serait enseigné à l'Université, etc., et il n'y
aurait quasiment pas d'athées ou d'agnostiques... Or, le fait est que le CNRS, par exemple, reconnait officiellement que la science ne peut appuyer les croyances surnaturelles : http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap1/lecointre1.html


Amicalement,


Mikaël



Matthieu 30/04/2011 20:30



Cher Mikaël, tu peux me citer 10 scientifiques si tu veux ayant orienté leur conclusion vers la réincarnation, cela ne représente pas la pensée de la communauté scientifique dans son ensemble.


 


Sur la 2e partie de mon propos, je n'ai peut-être pas été très clair. Je n'ai pas dit que des scientifiques ont reconnu dans leur domaine propre la notion de "miracle". Celle-ci échappe au
domaine de la science, par définition (et ton lien - très intéressant - le montre bien : l'auteur rappelle le matérialisme méthodologique de la science - qu'il prend bien soin de
distinguer du matérialisme philosophique : "si la science est matérialiste en méthodes,
(...) elle ne doit rien en retour à la philosophie matérialiste, pas plus qu’à n’importe quelle philosophie. Elle n’en est aucunement prisonnière : elle est tout simplement philosophiquement non intentionnée.")


 


Cela dit, pour qu'un miracle puisse être reconnu par l'Eglise, il faut (et c'est un point de départ absolument fondamental) un phénomène physique inexpliqué, dont l'observation,
l'attestation, relève bien, elle, du champ des sciences. Or, tous les scientifiques ayant travaillé sur les guérisons de Lourdes par
exemple (et tous ne sont pas croyants, loin s'en faut) sont arrivés à la même conclusion, à savoir : le caractère inexplicable, inattendu même,
des phénomènes physiques observés.


 


D'un côté donc, nous avons Stevenson et ses disciples (disons : une école scientifique). De l'autre, nous avons la communauté scientifique dans sa globalité. On est libre de ne pas adhérer aux
conclusions d'une école scientifique. Mais il me paraît difficile de ne pas tenir compte de l'avis de la communauté scientifique dans son ensemble lorsqu'elle statue sur tel ou tel phénomène de
guérison, et de ne pas le prendre au sérieux - même si, je le précise à nouveau, elle n'ira pas jusqu'à conclure au "miracle" qui présuppose une intervention surnaturelle que la science exclut
par méthode (non par conviction philosophique) et donc : un certain regard de foi. En l'occurrence, c'est l'Eglise (non la Science) qui déclare
"miraculeux" certains phénomènes physiques inexpliqués. Mais cette affirmation de foi repose sur des données scientifiques extrêmement solides, dont la réalité ne fait pas débat au sein de
la communauté scientifique - et dont la présence massive dans l'Histoire de l'Eglise est vraiment impressionnante (songe à l'exemple tout récent de Soeur Marie Simon-Pierre, dont la Science reconnaît la guérison de la maladie
de Parkinson).



Mikaël 29/04/2011 18:19



Je suis toujours là ! Par contre, je n'ai pas trop le temps de répondre en ce moment (préparation du CAPES). Juste vite
fait : il existe plein de livres qui défendent l'idée de la réincarnation, écrits par des scientifiques et médecins, comme le fameux Ian Stevenson récemment décédé. Ce gars n'était pas un hurluberlu et je t'invite à lire ses livres pour t'en convaincre.


Cela dit, ne va pas croire que je crois en la réincarnation pour autant, mais c'est pour t'illustrer le fait que ce n'est pas parce que des scientifiques et médecins appuient les miracles de
Lourdes et autres, que cela implique qu'il faut prendre ces miracles au sérieux (et c'était le sens de mon commentaire d'il y a 5 ans), parce que sinon, tu devrais croire à la réincarnation
également et pour les mêmes raisons !


En définitive, une fausse croyance dans le surnaturel ne requiert pas nécessairement de la fumisterie avérée et des erreurs grosses comme une maison pour émerger. Des petites approximations, de
légères faiblesses expérimentales ou théoriques, quasi-indétectables, peuvent suffire !


Amicalement,


Mikaël



Matthieu 29/04/2011 21:43



Ah Mikaël, je vois que les années n'ont en rien entamé ton sens de l'humour! 


 


Les travaux de Stevenson te paraissent sérieux, mais ils n'engagent nullement la communauté scientifique. Stevenson se considérait lui-même comme un "électron libre".


 


Dans le cas des miracles, c'est tout à fait différent. Ce sont des scientifiques dont les travaux ne sont pas contestés par leur
pair (et que quiconque le souhaite peut vérifier directement) qui concluent au caractère inexpliqué de tel phénomène que l'Eglise reconnaîtra par la suite (ou non d'ailleurs, c'est
loin d'être automatique) comme un authentique miracle.



RV 29/03/2011 22:04



C'est là une chose que l'on entend souvent chez les catholiques : on n'est pas obligé de croire à une apparition de la Vierge. Une apparition ne se situe pas sur le même plan que la Révélation.


  


Cette phrase a sûrement du "vrai"... mais il y a quand même quelque chose qui me gêne.


Une apparition marial est un miracle de Dieu. C'est qqch qui est voulu par Dieu. Or, comment pourrait-on ne pas croire à qqch qui est voulu par
Dieu, sans être chrétien "à moitié" ?


Il me semble que c'est un peu comme si on disait : "Je crois en Jésus... mais je ne crois pas à ses miracles. Je crois en Lui en tant que personne divine... mais je ne crois pas en ce qu'il fait,
en ce qu'il veut, en ce qu'il aime..."


Il y a là qqch qui me gêne un peu...


 


RV