Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 16:12

Texte de la Newsletter n°4 (publiée le 31 mars 2010) du Groupe Facebook consacré à l'oeuvre de Claude Tresmontant, l'un des plus grands métaphysiciens du siècle passé – qui réfuta magistralement l'athéisme.

 

Dans l’histoire de la pensée humaine, il existe selon Claude Tresmontant, trois grands courants philosophiques. Le courant matérialiste, le courant idéaliste, le courant monothéiste.

 

Ces trois courants se distinguent par leur rapport au réel (l’existence de l’univers et de la multiplicité des êtres qui le composent). Autant le courant idéaliste proclame ce réel illusoire – la seule réalité étant l’Unité de l’Être –, autant les courants matérialistes et monothéistes entendent se fonder sur l’expérience, notamment scientifique, pour asseoir leur pensée (nous verrons ci-dessous que le matérialisme – tel celui d'Haeckel – constitue davantage une forme dérivée d’idéalisme, qu'un authentique réalisme).

 

« Certaines philosophies dévaluent, déprécient l’existence de l’univers : l’univers ne serait qu’une apparence, un songe, une représentation. La multiplicité des êtres ne serait qu’une illusion. La diversité des êtres, la spatialité et la temporalité, le devenir, tout cela relèverait de l’apparence. En réalité, il n’y a que l’Un, seul l’Un existe, et la sagesse consiste à le retrouver, en surmontant les apparences, cette unité originelle du tout » (Claude Tresmontant, Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu, Livre de Vie, page 50). On aura reconnu ici la matrice des « spiritualités » orientales, de l’ésotérisme, du spiritisme, de l’occultisme... La philosophie moniste est très prégnante dans les sectes et autres mouvements issus du Nouvel Âge.

 

« Les métaphysiques qui enseignent [l’existence de l’Un] se heurtent [toutefois] à un certain nombre de difficultés. Elles récusent l’expérience, elles nous disent que l’expérience, qui nous propose une multiplicité d’êtres, un devenir, des naissances et des morts, - elles nous disent que cette expérience est fausse, illusoire ; l’enseignement métaphysique qui professe la seule existence de l’Un serait, lui, vérité » (op.cit.).

 

Un exemple fameux nous est donné avec Ernest Haeckel (19e). Haeckel partageait avec Parménide la même conception d’un univers éternel, infini et illimité. Commentant le principe de la thermodynamique de Carnot-Clausius (sur lequel nous reviendrons), il écrivait : « si cette théorie de l’entropie était exacte, il faudrait qu’à cette fin du monde qu’on admet corresponde aussi un commencement (…). Ces deux idées, d’après notre conception moniste et rigoureusement logique du processus cosmogénétique éternel, sont aussi inadmissibles l’une que l’autre ; toutes deux sont en contradiction avec la loi de substance [professée par Haeckel, selon laquelle la Nature toute entière est un individu unique dont les parties varient selon une infinité de modes sans qu’il y ait aucune modification de l’Individu total]. Le monde n’a pas plus commencé qu’il ne finira. De même que l’univers est infini, de même il restera éternellement en mouvement. La seconde proposition de la théorie mécanique de la chaleur contredit la première et doit être sacrifiée » (in « Les énigmes de l’univers », 1899) !

 

Tout savant qu’il était – Haeckel était professeur de zoologie à l’université de Iena –, Haeckel considérait que les découvertes scientifiques devaient être sacrifiées dès lors qu’elles n’entraient pas dans le cadre de sa « conception moniste » de la Substance posée a priori !

 

Son raisonnement (schématiquement résumé) était le suivant : l’Être ne peut pas avoir commencé ; or l’univers est l’Être, puisque (par hypothèse), il n’y en a pas d’autre ; donc l’univers n’a pas commencé. Identiquement : l’être ne peut pas s’user ni périr ; or, l’Univers physique est le seul être existant (selon la conception moniste posée a priori) ; donc l’univers ne peut s’user, ni vieillir, ni périr.

 

« Et lorsque Haeckel rencontre sur sa route des données expérimentales, celles qui ont été dégagées et formulées par Carnot, Clausius et d’autres,données qui aboutissent à une vue d’ensemble, à une théorie générale que l’on appelle le second principe de la thermodynamique, Haeckel déclare que cette découverte, ce principe, doivent être sacrifiés ! Il faut donc sacrifier des données expérimentales à une métaphysique constituée a priori ! C’est déjà ce que faisait Parménide. C’est ce que fera Spinoza lorsqu’il déclarera que la Nature est un système statique, ce qui est évidemment faux » (Claude Tresmontant, Les Métaphysiques principales, F.X. de Guibert, pp. 154-155).

 

 

 

Consulter la version PDF

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Claude Tresmontant
commenter cet article

commentaires