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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 20:23

Cher Xavier, je réponds à votre commentaire à mon article sur le dialogue interreligieux. Et je remercie vivement au passage notre frère Armel de son intervention dans ce débat – Armel, c’est toujours un plaisir de te lire sur ce blog !

 

1. « Je constate quand même que la Bible ne pense tout à fait comme vous : certes, l'exemple est primordial mais il y aussi l'annonce explicite. De fait, je constate que nombre de catholiques se cachent souvent derrière "l'exemple de vie" pour éviter d'avoir à annoncer que le Christ est mort et ressuscité. »

 

Mais où avez-vous lu que je déconseillais l’annonce explicite de l’Evangile ???? Ma référence biblique, disais-je, c’est le dialogue du Christ avec la Samaritaine. Dans ce passage, on voit bien que Jésus révèle à cette femme le secret de son identité. Simplement, il le fait avec prudence et délicatesse, en partant de ce qu’elle est, de ce qu’elle vit et de ce qu’elle croit. C’est ainsi que le Seigneur évangélise (et c’est le modèle que nous, disciples du Maître, devons suivre). Jésus ne vient pas asséner à la femme de Samarie ses vérités de haut, comme si elles étaient étrangères à elle, extérieures à son histoire, à ses convictions, mais… il vient les lui suggérer de bas bien plutôt, dans l'humilité (qui est la vertu essentielle), en l’incitant à poursuivre son cheminement intérieur plus avant.

 

Comme le dit excellemment Armel : « Quand St Paul s'adresse aux païens, il ne commence pas par dire "vous avez tout faux", mais "vous mentionnez d'un dieu inconnu, là : et bien moi je viens vous parler de ce dieu qui vous est inconnu". Quand les missionnaires vont vivre avec les sioux ou les iroquois, ils ne disent pas d'abord "vous racontez n'importe quoi" mais "ce Wakan Tanka, ce Grand Esprit, que vous invoquez, c'est de lui que je viens vous parler". »

 

Evangéliser à la manière du Seigneur, me paraît donc supposer trois choses :

 

1°) La manifestation d’un comportement chrétien d’ouverture, d’accueil et de dialogue.

 

Ce n’est certes pas le tout de l’évangélisation (ainsi que vous semblez vouloir me le faire dire) : mais c’est assurément là le point de départ fondamental !

 

Il ne s’agit pas d’opposer l’annonce explicite du Christ et le comportement individuel à l’égard d’autrui (comme s’il fallait choisir entre les deux options ; comme si les deux n’étaient pas conciliables), mais de les unir tout au contraire, en vue d’une annonce cohérente.

 

Pour annoncer un Dieu qui veut le bien de tous les hommes, il faut commencer par manifester dans notre vie cet amour même de Dieu dont nous témoignons envers tous les hommes. Faute de quoi nous ne serons pas crédibles, et notre témoignage sera suspect.

 

Quand j’écris que « notre mission est de témoigner d’abord du Christ en personne, de son attitude bienveillante et amicale envers les hérétiques et les païens, avant même son message » (c’est la phrase que vous me reprochez d’avoir écrite), je dis bien : « avant » son message, et non pas « au lieu de » son message.

 

Simplement, le message sera d’autant mieux perçu que les croyants des autres traditions religieuses percevront « la bonne odeur du Christ » dans nos gestes et notre attitude envers eux (cf. 2 Co 2. 15).

 

C’est l’exemple que citait Armel de l’auteur du livre « Le prix à payer ».

 

Et c’est ce qu’écrivait également le Pape Paul VI dans son exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi (que je vous invite à relire entièrement) :

 

« L’Evangile doit être proclamé d’abord par un témoignage. Voici un chrétien ou un groupe de chrétiens qui, au sein de la communauté humaine dans laquelle ils vivent, manifestent leur capacité de compréhension et d’accueil, leur communion de vie et de destin avec les autres, leur solidarité dans les efforts de tous pour tout ce qui est noble et bon (…). Par ce témoignage sans paroles, ces chrétiens font monter, dans le cœur de ceux qui les voient vivre, des questions irrésistibles : Pourquoi sont-ils ainsi ? Pourquoi vivent-ils de la sorte ? Qu’est-ce – ou qui est-ce – qui les inspire ? Pourquoi sont-ils au milieu de nous ? Un tel témoignage est déjà proclamation silencieuse mais très forte et efficace de la Bonne Nouvelle. Il y a là un geste initial d’évangélisation. Les questions que voilà seront peut-être les premières que se poseront beaucoup de non chrétiens (…). D’autres questions surgiront, plus profondes et plus engageantes, provoquées par ce témoignage qui comporte présence, participation, solidarité, et qui est un élément essentiel, généralement le tout premier, dans l’évangélisation. » (§ 21)

 

« Pour l’Eglise, le témoignage d’une vie authentiquement chrétienne, livrée à Dieu dans une communion que rien ne doit interrompre mais également donnée au prochain avec un zèle sans limite, est le premier moyen d’évangélisation. L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres (…) ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. (…) C’est donc par sa conduite, par sa vie, que l’Eglise évangélisera tout d’abord le monde » (§ 41)

 

2°) Ceci étant posé, le chrétien a le devoir de témoigner du Christ aussi par sa parole – c’est peut-être un point sur lequel je n’ai pas assez insisté. Le dialogue interreligieux, par définition, doit être une occasion d’échange et de partage de nos expériences religieuses respectives, dans la charité ; un lieu de libre expression réciproque sur nos manières de concevoir et vivre notre relation à Dieu et aux autres. Ce qui implique la libre affirmation à nos interlocuteurs musulmans de notre Credo – qu'il ne s'agit nullement d'occulter ni de relativiser.

 

Reprenons à cet égard l’exhortation apostolique du Pape Paul VI :

 

« Nous voulons relever surtout aujourd’hui que ni le respect et l’estime envers [les autres] religions, ni la complexité des questions soulevées ne sont pour l’Eglise une invitation à taire devant les non chrétiens l’annonce de Jésus-Christ. Au contraire, elle pense que ces multitudes ont le droit de connaître la richesse du mystère du Christ dans laquelle nous croyons que toute l’humanité peut trouver, dans une plénitude insoupçonnable, tout ce qu’elle cherche à tâtons au sujet de Dieu, de l’homme et de son destin, de la vie et de la mort, de la vérité. Même devant les expressions religieuses naturelles les plus dignes d’estime, l’Eglise s’appuie donc sur le fait que la religion de Jésus, qu’elle annonce à travers l’évangélisation, met objectivement l’homme en rapport avec le plan de Dieu, avec sa présence vivante, avec son action ; elle fait rencontrer ainsi le mystère de la Paternité divine qui se penche vers l’humanité ; en d’autres termes, notre religion instaure effectivement avec Dieu un rapport authentique et vivant que les autres religions ne réussissent pas à établir, bien qu’elles tiennent pour ainsi dire leurs bras tendus vers le ciel. » (§ 53)

 

3°) Maintenant, il convient d’apporter une importante nuance au 2°) ci-dessus exposé concernant l’annonce explicite de l’Evangile. Quand bien même nous avons l’impérieux devoir d’annoncer Jésus-Christ au monde – et à nos frères musulmans en particulier (« Malheur à moi si je n’évangélise pas ! » - 1 Co 9. 16), nous devons le faire avec prudence et délicatesse. Toute la Bible témoigne d’un Dieu qui se révèle à un peuple, non pas d’un coup et entièrement, mais progressivement, dans une histoire, une expérience commune, qui s’inscrit dans le temps. Jésus lui-même prendra du temps pour conduire ses disciples dans l'intelligence du mystère de sa personne. Et à la fin de sa vie terrestre, il avouera leur tenir caché « beaucoup de choses », ne les jugeant pas suffisamment mûrs et « forts » pour les « porter » (cf. Jn 16. 12).

 

Le disciple n’est pas au-dessus du Maître : si le Maître s’est révélé aux hommes avec patience et pédagogie, nous aussi, nous devons être patients et pédagogues dans nos relations avec les autres. Il n’y a pas d’évangélisation authentique si nous n’avons pas le souci de la personne à qui nous nous adressons, et des vérités qu’elle est capable de « porter ».

 

L’évangélisation n’est pas un bourrage de crâne ; ce n’est pas une entreprise de propagande publicitaire, un prosélytisme intrusif ; les chrétiens ne sont pas des militants politiques, ni des représentants de commerce. Ce serait trop facile. Il suffirait de crier l’Evangile sur tous les toits – de nous cotiser par exemple pour faire paraître une publicité avant le Journal de 20 heures : « Christ est mort et ressuscité pour votre Salut ! » – et nous pourrions rentrer chez nous en sifflotant, l’esprit tranquille, heureux d’avoir accompli notre mission. Nous serions quitte de notre devoir d'évangéliser. C’est un peu plus compliqué que cela… L’Evangile se communique dans la manifestation d'un amour, qui implique une relation personnelle avec celui que l’on veut évangéliser (le Cardinal Lustiger aimait à dire qu’on n’évangélise pas des « masses », mais des « personnes »…) ; et que l'on fasse effort pour trouver le chemin de son coeur. Cela suppose un don de soi ; et un respect absolu de la personne rencontrée, de son cheminement spirituel, de sa liberté.

 

Paul VI à nouveau : « L’oeuvre de l’évangélisation suppose, dans l’évangélisateur, un amour fraternel toujours grandissant envers ceux qu’il évangélise. Ce modèle d’évangélisateur qu’est l’Apôtre Paul écrivait aux Thessaloniciens cette parole qui est un programme pour nous tous : “Telle était notre tendresse pour vous que nous aurions voulu vous livrer, en même temps que l’Evangile de Dieu, notre propre vie, tant vous nous étiez devenus chers”.

 

« Quelle est cette affection ? Bien plus que celle d’un pédagogue, elle est celle d’un père ; et plus encore : celle d’une mère. C’est cette affection que le Seigneur attend de chaque prédicateur de l’Evangile, de chaque bâtisseur de l’Eglise. Un signe d’amour sera (…) le respect de la situation religieuse et spirituelle des personnes qu’on évangélise. Respect de leur rythme qu’on n’a pas le droit de forcer outre mesure. Respect de leur conscience et de leurs convictions, à ne pas brusquer. » (§ 79)

 

Le dialogue interreligieux s’inscrit dans cette démarche d’évangélisation prudente et respectueuse. Voilà pourquoi elle peut paraître frustrante à quiconque veut en découdre avec l’islam…

 

2. « une chose est certaine : les Pères de l'Église ont combattu le paganisme, non pas en passant de la pommade aux doctrines païennes mais en réfutant le faux et en prêchant le vrai. Loin de moi l'idée de nier l'importance du dialogue avec les musulmans mais où sont les catholiques qui réfutent l'islam ? »

 

Eh bien,… sur ce blog par exemple ! Je ne crois pas manifester par mon travail un quelconque relativisme, ni la moindre « complaisance pour une doctrine résolument anti-christique (puisqu'elle nie le Père et le Fils, ainsi que la crucifixion et la Résurrection du Seigneur). »

 

Mais comme je l'évoquais plus haut, le dialogue interreligieux selon l’Eglise catholique n’est pas une disputatio (même si parfois, elle y conduit, et qu’elle est nécessaire par ailleurs). Comme dit Armel, « démontrer en quoi l'autre se trompe n'est qu'une petite partie de ce dialogue. » Il ne s’agit pas seulement (ni premièrement) de débattre de nos positions théologiques respectives – car alors, on ne pourrait rien construire ensemble ; le dialogue se transformerait vite en foire d’empoigne. Le dialogue interreligieux vise d’abord à établir des ponts entre les croyants de toutes religions, par la recherche d’une amitié fondée sur nos croyances réciproques.

 

On peut ne pas toujours être d’accord avec ses propres amis (avec leurs convictions religieuses, politiques, morales…). Il n’empêche qu’on les aime quand même et qu’on estime cet amour mutuel désintéressé comme une richesse en soi – qui manquerait cruellement s’il venait à se briser. Eh bien, c’est ce trésor de l’amitié que l’Eglise recherche avec tous les croyants (et au-delà du dialogue interreligieux : avec tous les hommes de bonne volonté qui recherchent la vérité et écoutent avec droiture la voix intérieure de leur conscience).

 

Dans le dialogue interreligieux se fera jour un certain nombre de points d’accords fondamentaux, pouvant servir de base à un témoignage universel dans un monde qui a perdu le sens de Dieu et le sens de l’homme – ce témoignage sera d’autant plus fort qu’il sera commun à tous les croyants de toutes les religions.

 

Dans le dialogue interreligieux se fera jour aussi un certain nombre de différences irréductibles. Il conviendra d’en prendre acte, de les assumer, et de les dépasser par ces liens d’amour mutuel que nous aurons su tisser les uns avec les autres – et qui a du prix en soi, indépendamment de nos divergences doctrinales. C’est sur ce terreau de l’amitié, de la bonne volonté de chacun, de l’ouverture au dialogue, de l’accueil bienveillant des traditions religieuses jusque dans leur différence, que l’Evangile pourra être annoncé – et que la bonne semence pourra germer.

 

Nous reviendrons dans un article ultérieur sur le contenu du dialogue interreligieux – dans une synthèse de la pensée du Pape Benoît XVI à ce sujet.

 

3. « Ainsi, on voit tel prêtre annoncer qu'il lui arrive de prier avec le coran (comme si la Bible ne suffisait pas), tel laïc dire sottement que la Bible et le coran c'est globalement le même message, telle prière commune établie pour que chrétiens et musulmans puissent "prier" ensemble ce qui revient TOUJOURS à diminuer la foi chrétienne, etc. »

 

Je suis tenté ici de reprendre in extenso le propos de notre ami Armel : « Il serait bon d'être précis : de qui parle-t-on ? Est-ce de la doctrine catholique, la doctrine de l'Église catholique sur le sujet du dialogue avec les non catholiques ? Ou bien est-ce de l'attitude de certains catholiques ? Ce n'est pas la même chose. Par exemple, quant à l'annonce de la foi catholique, il me semble que le pape est assez clair à ce sujet, de même qu'il n'est jamais ambigu dans ses déclarations sur le sujet. Ce que vous pointez c'est donc plutôt le défaut de certains – défaut de leur temps, d'ailleurs, de leur époque, qui sans doute les a trop influencé sur ce point –, de ne plus oser affirmer réellement leur foi ni rechercher la vérité, pour éviter les dissensions à tout prix et obtenir une sorte de consensus mou : soit. Mais ce n'est pas "les catholiques", cela, ni le dialogue auquel appelle l'Église catholique. Or, c'est bien [de cela dont il est question ici] : ce qu'affirme et ce à quoi appelle et encourage l'Église catholique. »

 

4. « Un dialogue authentique est un dialogue en vérité. Ce n'est pas en se voilant la face (sans mauvais jeu de mots) ou en multipliant les bons sentiments que nous allons participer au combat de Dieu. »

 

On rappellera quand même que le « combat de Dieu » n’est pas un combat dirigé contre des hommes, mais contre « les forces invisibles, les puissances des ténèbres qui dominent le monde, les esprits du mal qui sont au-dessus de nous » (Ep. 6. 12).

 

5. « Alors, oui, il faut évangéliser par l'exemple mais je suis au regret de constater que ce leitmotiv porte des fruits bien maigres : les musulmans convertis ne se pressent pas aux portes des églises. »

 

Il y en a quand même ! Mais admettons... Ce que le Seigneur nous demande, ce n’est pas de réussir, mais de travailler (St Jean Chrysostome). On ne mesure pas l’efficacité d’une action apostolique au nombre des convertis – parce que l’avancée du Royaume de Dieu dans le monde ne s’évalue à la manière du monde. Le plus souvent même, les fruits d’une bonne œuvre restent invisibles à nos yeux – selon un décret de la divine Providence elle-même, pour nous préserver de l’orgueil. Mais dans la communion des Saints, nous sommes assurés que les bonnes œuvres profitent à l’Eglise et au monde. Qui sait par exemple si le dialogue interreligieux ne contribue pas au Salut des âmes des terroristes islamistes qui martyrisent les chrétiens de par le monde ? « Si nous plaçons notre confiance dans le Seigneur et que nous suivons ses enseignements, nous recueillerons toujours d’immenses récompenses » (Benoît XVI, à Malte, le 18 avril 2010). Cette simple promesse suffit au missionnaire de l’Evangile.

 

6. « A mon sens, l'Église a perdu ce souffle de l'évangélisation. Oh, ce n'est que passager, bien entendu - je la crois guidée par l'Esprit – mais je crois qu'il y a un réel problème de nos jours avec la notion de vérité et le fait d'annoncer explicitement et sans détours la Bonne Nouvelle. »

 

Personnellement, je ne reconnais pas mon Eglise dans cette présentation.

 

L’Eglise du Pape Benoît XVI, une Eglise qui a un « réel problème avec la notion de vérité » ? (je rappelle que la devise pontificale du Saint Père est… « Collaborateur de la Vérité » !)

 

L’Eglise des communautés charismatiques, qui a un « réel problème avec le fait d’annoncer explicitement et sans détours la Bonne Nouvelle » ?

 

Non vraiment, je ne sais pas de quoi vous parlez...

 

7. « Laisser entendre que la façon actuelle qu'à l'Église de s'y prendre est la bonne me semble très discutable dans les faits... »

 

Je vous renvoie alors à ce que je disais au sujet de Michel, et de ce protestantisme latent que l’on retrouve chez nombre de catholiques, qui tend à réduire l’Eglise à une simple réalité institutionnelle et humaine – comme si Dieu n’avait rien à voir avec son gouvernement actuel

 

Je rappelle à toutes fins utiles la finale de la Déclaration Nostra Aetate, qui est la Magna Charta du dialogue interreligieux initié par l’Eglise catholique depuis le dernier Concile : « Tout l’ensemble et chacun des points qui ont été édictés dans cette déclaration ont plu aux Pères du Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que Nous tenons du Christ, en union avec les vénérables Pères, Nous les approuvons, arrêtons et décrétons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons que ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué pour la gloire de Dieu. » Toute l’autorité de l’Eglise se trouve donc solennellement engagée dans le dialogue interreligieux, en sorte qu’il n’est pas possible de le contester sans remettre gravement en cause la « catholicité » de son engagement chrétien.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
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commentaires

Ren' 22/04/2011 14:38



Merci de m'avoir devancé avec cette liste que je pensais avboir à dresser moi-même ^^
Pour ce qui est de ma démarche, je vous invite également à en consulter l'autre facette :
http://dialogueabraham.wordpress.com/
http://dialogueabraham.forum-pro.fr/
...Vous trouverez sur le blog une page sous mon pseudonyme, où je me présente davantage.



Ren' 21/04/2011 18:18



Je ne connaissais pas encore ce blog... Et je sens que je vais avoir de la lecture à rattraper ! Vos réponses à Xavier m'intéressant d'autant plus qu'il nous est déjà arrivé d'avoir cette
discussion, lui et moi.



Matthieu 22/04/2011 10:59



Cher Ren', je découvre également le vôtre. Je prendrai le temps de l'étudier avec attention. Je suis très intéressé par votre démarche.


 


Mes principaux articles sur le dialogue avec l'islam (dont vous pouvez lire aussi les nombreux commentaires qu'ils ont suscités) se trouvent ici :


 


Les plus anciens :


- Liberté d'expression et respect de l'autre
(sur l'affaire des caricatures de Mahomet)


- Liberté d'expression et respect de l'autre
(suite)


- Le Pape Benoît XVI a-t-il trahi l'Evangile?
(disputatio avec un pasteur protestant au sujet du discours du Pape Benoît XVI à Ratisbonne)


- Dialoguer avec l'islam (suite)


- Evangélisation et dialogue interreligieux
(suite et fin)


 


Les plus récents :


- 2010 : Pour une culture du
dialogue et de l'amitié


- Bâtir avec nos frères musulmans la civilisation de
l'amour


- L'islam, vu par
Jean-Paul II 


- Ce que pense l'Eglise catholique de
l'islam


- Le dialogue interreligieux est-il contraire à la Tradition de l'Eglise?


- Le dialogue interreligieux est-il un frein à
l'Evangélisation? 



Xavier 21/04/2011 09:35



J'ajoute une chose : chercher et dire la vérité sur l'islam n'est pas diaboliser cette religion. C'est encore un des travers du dialogue tel qu'il est conçu actuellement que de dire qu'il ne faut
surtout pas se permettre de critiquer l'islam en tant que système religieux. C'est non seulement insultant pour la raison mais aussi contraire au simple devoir de vérité. Dire la vérité
n'est pas diaboliser, Matthieu. Si donc l'islam est une fausse religion (et normalement, quand on est chrétien, ça va de soi), ce n'est pas la diaboliser que de le dire mais faire la vérité.


 


Et encore une fois, Nostra Aetate a simplement interdit de diaboliser les musulmans, l'erreur étant d'étendre cela à l'islam. C'est ce qui fait que le dialogue actuel ne mène à rien.



Matthieu 21/04/2011 10:26



"Nostra Aetate a simplement interdit de diaboliser les musulmans, l'erreur étant d'étendre cela à l'islam". Alors dans ce cas, Benoît XVI est dans l'erreur... (Lire aussi mon article sur
la position de l'Eglise au sujet de
l'islam ; et le commentaire n°17 à cet article).


 


En fait, vous commettez la même erreur que nos frères protestants, qui fondent leur doctrine sur la seule Bible, indépendamment de la lecture qu'en fait l'Eglise catholique dans l'Esprit
Saint. Vous faites de même avec les textes du Concile (dont votre lecture littérale au passage n'est pas justifiée, Nostra Aetate étant bien une Déclaration sur les
religions non chrétiennes, et non pas seulement sur les croyants des autres religions). Demandez-vous simplement comment les Papes lisent et comprennent, eux, ces textes et
confrontez votre interprétation avec la leur. Vous verrez bien ce qu'il en est...


 


Mon cher Xavier, en ce début de Triduum, je vous assure de ma prière et de mon amitié spirituelle dans le Christ. Pardonnez-moi pour l'âpreté de ce débat. Je vous propose qu'en ce Vendredi Saint,
au pied de la Croix de Notre Seigneur - et en communion avec tous ceux qui le voudront bien -, nous priions pour nos frères musulmans, afin qu'ils aient la joie de découvrir la plénitude de
l'amour de Dieu révélé en Jésus-Christ, Dieu fait homme, mort et
ressuscité pour notre Salut. A tous.



Xavier 21/04/2011 09:30



Non Xavier : c’est le fruit d’une Déclaration
conciliaire solennelle, Nostra Aetate.


Cher Matthieu, vous commettez là une grosse erreur. Nostra Aetate ne s'est jamais
prononcée sur la valeur théologique de l'islam : elle ne parle que des musulmans. Mais vos propos sont parfaits, ils illustrent bien le relativisme lancinant qui mine le dialogue inter-religieux.
Non Matthieu, l'islam n'est pas acceptable. L'islam, dans ses dogmes, nie aussi bien la divinité du Christ que sa Passion et sa Résurrection. Elle nie les mystères de notre foi. Elle est
anti-christique par nature (au sens de saint Jean : relisez ses lettres pour vous en convaincre... "celui qui nie le Père et le Fils, le voilà l'antichrist"). Vous n'avez pas le droit
d'invoquer Nostra Aetate de la sorte alors que JAMAIS cette déclaration n'a donné à l'islam un statut théologique lui conférant une quelconque valeur salvifique. Comme beaucoup, vous
faites une lecture partielle de cette déclaration, confondant les musulmans - qui peuvent chercher Dieu sincèrement, même s'ils ne le connaissent pas et ne l'adorent pas en esprit et en
vérité - et l'islam qui est une fausse religion. Croyez-vous donc que Dieu se serait amusé à révéler deux religions contradictoires ? Ce serait l'absurdité même. Et c'est exactement ce qui
me révolte chez certains catholiques : ce flou artistique qui fait qu'on ne sait plus très bien si la foi catholique est la vraie foi ou non et que, de toute façon, ça n'a pas l'air d'avoir
grande importance. C'est grave, Matthieu, très grave.


 


Au demeurant, je tiens à repréciser mon propos car je ne suis pas certain d'avoir été bien
clair. Je ne nie pas l'importance du dialogue inter-religieux. Donc inutile de me dire que ce dialogue est voulu par l'Église, etc. Je suis d'accord. Ce que je dis, c'est que ce dialogue doit
viser un but bien précis : l'annonce du Christ (sans tomber dans le prosélytisme, bien entendu, il ne s'agit pas d'asséner la vérité à coup de masse : vérité et charité main dans la main, voilà
la clé). Or dans les fait, je constate que non seulement l'annonce kérygmatique se fait timide voire inexistante (et il suffit de se pencher sur quelques initiatives inter-religieuses - comme les
prières communes - pour se rendre compte que c'est toujours le Christ qui passe à la trappe), mais aussi que pour beaucoup, l'objectif du dialogue inter-religieux est le "vivre ensemble", ou la
connaissance mutuelle, etc. Certes, ce sont des bonnes choses mais pour moi, ils ne doivent pas supplanter le kérygme. Or c'est le cas.


Le problème du dialogue inter-religieux actuel c'est qu'il s'imagine qu'un jour tous les
croyants du monde se tiendront par la main en dansant une grande ronde à Dieu, et peu importe s'il s'agit de Yahvé, d'Allah ou d'un autre. Moi, j'y vois une corruption de ce que doit être ce
dialogue. Je ne prétends pas avoir raison cependant, je constate que le Christ n'est pas plus annoncé depuis qu'on a commencé à "dialoguer" de cette façon qu'avant. Au contraire.



Xavier 18/04/2011 10:43



Bonjour Matthieu,


Tout d'abord, merci d'avoir écrit ce fil pour me répondre. En premier lieu, je tiens à préciser que je ne nie nullement la nécessité du
dialogue et du témoignage de vie. Là n'a jamais été mon propos. Je constate simplement autour de moi que bien peu de catholiques s'empressent d'annoncer le Christ. Je ne dis pas qu'il faut
asséner la vérité à coup de boutoir, mais force est de constater qu'en dehors des communautés charismatiques et quelques autres groupes de jeunes, on peine à voir des paroisses qui évangélisent à
tour de bras. Dommage car c'est quand même une mission confiée explicitement par le Christ. Alors, je veux bien qu'on me dise que ça commence par le témoignage de vie, l'accueil, le chocolat
chaud, etc. Je fais simplement le triste constat que le zèle à "dialoguer", à "accueillir", à se faire des témoignages de "respect" les uns les autres, a remplacé l'annonce de l'Évangile. Et je
ne parle pas ici de l'Église en général mais bien des catholiques en particulier.


 


On rappellera quand même que le « combat de Dieu » n’est pas un combat dirigé contre des hommes, mais contre « les forces invisibles, les puissances des ténèbres qui dominent le monde, les esprits
du mal qui sont au-dessus de nous » (Ep. 6. 12).


Mais où ai-je dit qu'il fallait combattre les musulmans en tant que personnes ? En revanche, je suis convaincu qu'il faut combattre l'islam
comme il faut combattre l'athéisme ou le sectarisme. Mais dites-moi, combien aujourd'hui parmi les catholiques voient dans l'islam un message aux éléments antichristiques (ce qu'il est sans
aucune hésitation pour peu qu'on connaisse un minimum la doctrine islamique) qu'il faut combattre ? Croyez-vous que l'islam soit moins "grave" pour le salut des âmes que l'athéisme ou les
mouvements sectaires ?


Le fait que l'islam semble passer, pour nombre de catholiques, pour une religion "acceptable" est le fruit de ce relativisme issu d'un
dialogue inter-religieux frelaté. Encore une fois, je suis d'accord avec l'Église : il faut dialoguer. Mais de ce que je constate autour de moi, dans les paroisses, chez certains prêtres, c'est
un nivellement par le bas. Je ne dis pas que ça vient de la doctrine de l'Église - je sais faire la différence entre la doctrine officielle et les fautes des uns et des autres - mais force est de
constater que l'Église manque peut-être de fermeté et de précision à ce sujet.



Matthieu 18/04/2011 20:40



« Je veux bien qu'on me dise que
ça commence par le témoignage de vie, l'accueil, le chocolat chaud, etc. Je fais simplement le triste constat que le zèle à "dialoguer", à "accueillir", à se faire des témoignages de "respect"
les uns les autres, a remplacé l'annonce de l'Évangile. »


 


Non Xavier, ça ne remplace pas l’annonce de l’Evangile : ça en fait pleinement
partie. « Les chrétiens doivent apprendre à offrir des signes d’espérance et à devenir des frères universels » écrivait le Pape Benoît XVI dans son Message pour la Journée Mondiale des… Missions en 2010.


 


Et le Pape poursuivait : « Comme les pèlerins grecs d’il y a 2000 ans, les hommes de notre temps aussi, parfois sans en être conscients, demandent aux croyants non seulement de « parler » de Jésus, mais de « faire voir » Jésus (…). Ils doivent sentir que les chrétiens apportent la parole du Christ
parce qu’il est la vérité, parce qu’ils ont trouvé en lui le sens, la vérité pour leur vie. »


 


Enfin, un peu plus loin : « Le Christ établit une nouvelle relation
entre l'homme et Dieu. C'est lui qui nous révèle que “Dieu est Amour” (1 Jn 4, 8) et qui nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la
perfection humaine, et donc aussi de la transformation du monde, est le nouveau commandement de l'amour. À ceux qui croient à la divine charité, il apporte ainsi la certitude que la voie de l'amour est ouverte à tous les
hommes et que l'effort qui tend à instaurer une fraternité universelle n'est pas vain » (Gaudium
et spes, 38). »


 


« Ce dont le monde a
besoin, écrit Benoît XVI, c’est de l’amour de Dieu, c’est de rencontrer le Christ et de croire en lui ». Rencontrer le Christ ; et croire en lui. On retrouve bien deux des trois
points que j’évoquais dans le 1er Paragraphe de mon article : la nécessité d’un dialogue, d’une rencontre dans l’amour (les
chrétiens ayant pour mission première et essentielle de manifester au monde, par leur attitude et leur comportement, la tendresse de Dieu pour chaque homme) ; et l’annonce explicite des
vérités à croire – dans le respect de la liberté des personnes à qui on s’adresse et de ce qu’elles sont capables de porter (c’était mon 3e point).


 


« Croyez-vous que l'islam soit
moins "grave" pour le salut des âmes que l'athéisme ou les mouvements sectaires ? »


 


Euh… oui ! Je crois que l’islam, l’athéisme ou les mouvements sectaires (ça dépend
lesquels toutefois…) sont « moins graves pour le salut des âmes » que l’attitude de certains catholiques
(ne le prenez pas forcément pour vous) qui « négligent ce qu'il y a de plus grave dans la Loi : la justice, la
miséricorde et la fidélité » (cf. Mt 23. 23) – relisez à ce sujet « la foi des démons » de Fabrice Hadjadj…


 


(Pour bien comprendre ce que je vous dis là, je vous invite à lire aussi ce que j’avais
écrit il y a quelque temps au sujet de l’expression : « Hors de l’Eglise, point de Salut ».)


 


« Le fait que l'islam semble
passer, pour nombre de catholiques, pour une religion "acceptable" est le fruit de ce relativisme issu d'un dialogue inter-religieux frelaté. »


 


Non Xavier : c’est le fruit d’une Déclaration conciliaire solennelle, Nostra Aetate. La diabolisation de l’islam en tant que tel n’est pas catholique. « L’Eglise est prête à collaborer avec quiconque ne marginalise pas ou ne réduit pas au domaine privé la question essentielle du
sens humain de la vie » (Benoît XVI à Lisbonne, le 11 mai 2010).