Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 16:42

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI sur Saint Paul (19), le 28 janvier 2009.

 

Chers Frères et Sœurs,

 

On appelle « Lettres pastorales » les dernières lettres du répertoire paulinien, celles dont je voudrais parler aujourd'hui, parce qu'elles ont été adressées personnellement à des pasteurs de l'Église : deux à Timothée et une à Tite, tous deux proches collaborateurs de saint Paul.

 

En Timothée, l'Apôtre voyait presque un alter ego, lui confiant en effet d'importantes missions (en Macédoine : cf. Ac 19, 22 ; à Thessalonique : cf. 1 Th 3, 6-7 ; à Corinthe : cf. 1 Co 4, 17 et 16, 10-11), avant d'écrire de lui un éloge flatteur : « Je n'ai vraiment personne qui saura comme lui s'intéresser d'un cœur sincère à votre situation » (Ph 2, 20). Selon l'Histoire de l'Église d'Eusèbe de Césarée, au IVe siècle, Timothée fut ensuite le premier évêque d'Éphèse (cf. 3, 4). Quant à Tite, lui aussi devait être très cher à l'Apôtre, qui le qualifia explicitement comme « plein de zèle … mon compagnon et collaborateur » (2 Co 8, 17.23), et même « mon véritable enfant en notre foi commune » (Tt 10, 4). C'est à lui que furent confiées quelques très délicates missions auprès de l'Église de Corinthe, dont le résultat fut un réconfort pour Paul (cf. 2 Co 7, 6-7.13 et 8, 6). Par la suite, selon ce qui nous est parvenu, Tite rejoignit Paul à Nicopolis en Épire, en Grèce (cf. Tt 3, 12), avant d'en recevoir mission pour la Dalmatie (cf. 2 Tm 4, 10). Selon la Lettre qui lui fut envoyée, il finit par être ensuite évêque de Crête (cf. Tt 1, 5).

 

Les Lettres adressées à ces deux pasteurs occupent une place tout à fait particulière dans l'ensemble du Nouveau Testament. L'avis de la majorité des exégètes d'aujourd'hui est qu'elles n'auraient pas été écrites par Paul lui-même, mais que leur origine se trouverait dans « l'école de Paul » et qu'elles seraient le reflet de son héritage par une nouvelle génération, intégrant peut-être quelque bref écrit ou brève parole de l'Apôtre lui-même. Par exemple, certaines paroles de la seconde Lettre à Timothée apparaissent tellement authentiques qu'elles ne peuvent venir que de la bouche et du cœur de l'Apôtre.

 

Il ne fait pas de doute que la situation ecclésiale qui apparaît dans ces Lettres est bien différente de ce qu'elle était dans les années centrales de la vie de Paul. Celui-ci se définit rétrospectivement comme « héraut, apôtre et maître » dans la foi et la vérité pour les païens (cf. 1 Tm 2, 7« ; 2 Tm 1, 11) ; il se présente comme ayant obtenu la miséricorde parce que, écrit-il, si Jésus-Christ « m'a pardonné, c'est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle » (1 Tm 1, 16). Il est donc essentiel qu'en Paul, persécuteur converti par la présence du Ressuscité, apparaisse réellement la magnanimité du Seigneur qui, en dépit de notre petitesse, peut faire de grandes choses.

 

En plus des années centrales de la vie de Paul, apparaissent également en arrière-plan les nouveaux contextes culturels. En effet, on trouve des allusions à l'apparition d'enseignements que l'on doit considérer comme erronés et faux (cf. 1 Tm 4, 1-2 ; 2 Tm 3, 1-5), tels ceux qui prétendaient que le mariage n'est pas une bonne chose (cf. Tm 4, 34). Nous voyons combien cette préoccupation est toujours moderne, puisque, aujourd'hui encore, on lit parfois l'Écriture comme un objet de curiosité historique, et non pas comme la parole de l'Esprit Saint à travers laquelle nous pouvons entendre la voix du Seigneur et reconnaître sa présence dans l'histoire. Nous pourrions dire que, avec cette brève liste d'erreurs présente dans les trois Lettres, apparaissaient en anticipation quelques-unes des tendances de l'orientation qui allaient ensuite se développer et qu'on connaît sous le nom de « gnosticisme » (cf. 1 Tm 2, 5-6 ; 2 Tm 3, 6-8).

 

L'auteur fait front à ces doctrines par deux rappels de fond. L'un consiste à s'en tenir à une lecture spirituelle de l'Écriture Sainte (cf. Tm 3,14-17), c'est-à-dire à une lecture qui la considère réellement comme « inspirée » et provenant de l'Esprit Saint, de telle sorte que nous soyons « instruits pour le Salut ». La façon correcte de lire l'Écriture est de se mettre en colloque avec l'Esprit Saint de manière à en recevoir lumière « pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice » (2 Tm 3, 16). Dans ce sens, la Lettre ajoute : « Grâce à elle, l'homme de Dieu sera bien armé, il sera pourvu de tout ce qu'il faut pour un bon travail » (3, 17). L'autre rappel fait allusion au bon « dépôt » (paratheke) ; c'est là un mot spécifique aux Lettres pastorales qui y désigne la Tradition de la foi apostolique qui est à conserver avec l'aide du Saint Esprit habitant en nous. Ce « dépôt » doit donc être considéré comme la somme de la Tradition apostolique et comme le critère de fidélité à l'annonce de l'Évangile. Ici, il nous faut avoir présent à l'esprit que, dans les Lettres pastorales comme dans tout le Nouveau Testament, le terme « Écriture » désigne explicitement l'Ancien Testament, puisque les écrits du Nouveau Testament ou bien n'existaient pas encore ou bien ne relevaient pas d'un canon des Écritures. Il en découle que la Tradition de l'annonce apostolique, ce « dépôt », est la clef de lecture pour la compréhension de l'Écriture, le Nouveau Testament. Dans ce sens, Écriture et Tradition, Écriture et Annonce apostolique comme clef de lecture, sont proches l'une de l'autre, et se fondent presque, pour former ensemble « les solides fondations posées par Dieu » (2 Tm 2, 19). L'annonce apostolique, c'est-à-dire la Tradition, est nécessaire pour s'introduire dans la compréhension de l'Écriture et en recueillir la voix du Christ. Il convient en effet, d'être « attaché à la parole sûre et conforme à la doctrine » (Tt 1, 9). À la base de tout se trouve précisément la foi dans la révélation historique de la bonté de Dieu, lequel en Jésus-Christ a manifesté concrètement son « amour des hommes », un amour qui, dans le texte grec original, est de manière significative appelé « philanthropia » (Tt 3, 4 ; cf. 2 Tm 1, 9-10) ; Dieu aime l'humanité.

 

Dans l'ensemble, on voit clairement que la communauté chrétienne se dessine en termes très nets, selon une identité qui non seulement prend ses distances avec des interprétations erronées, mais surtout affirme son ancrage sur les points essentiels de la foi, laquelle est ici synonyme de « vérité » (1 Tm 2, 4.7 ; 4, 3 ; 6,5 ; 2 Tm 2, 15.18.25 ; 3, 7.8 ; 4, 4 ; Tt 1, 1.14). Dans la foi apparaît la vérité essentielle sur ce que nous sommes, nous, sur ce qu'est Dieu, sur comment il nous faut vivre. Et l'Église est définie « pilier et soutien » (1 Tm 3, 15) de cette vérité (la vérité de la foi). Elle reste dans tous les cas une communauté ouverte, à la respiration universelle, une communauté qui prie pour tous les hommes de tout ordre et de toute origine, pour qu'ils arrivent à la connaissance de la vérité : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité », parce que « Jésus-Christ s'est donné lui-même en rançon pour tous les hommes » (1 Tm 2, 4-5). Il en résulte que, dans ces Lettres, même si les communautés sont encore petites, le sentiment de l'universalité est fort et déterminant. De plus, une telle communauté chrétienne « n'outrage jamais autrui », et « fait preuve d'une douceur constante à l'égard de tous les hommes » (Tt 3, 2). Voilà une première et importante composante de ces Lettres ; l'universalité, et la foi comme vérité, comme clef de lecture de la Sainte Écriture, de l'Ancien Testament, dessinant ainsi une unité d'annonce et d'Écriture, et une foi vivante ouverte à tous, témoignage de l'amour de Dieu pour tous.

 

Une seconde composante typique de ces Lettres est leur réflexion sur la structure ministérielle de l'Église. Ce sont elles qui présentent pour la première fois la triple subdivision d'évêques, presbytres et diacres (cf. 1 Tm 3, 1-13 ; 4, 13 ; 2 Tm 1, 6 ; Tt 1, 5-9). Nous pouvons constater dans les Lettres pastorales la confluence de deux structures ministérielles différentes, et par là la constitution de ce qui sera la forme définitive du ministère dans l'Église. Dans les Lettres pauliniennes des années centrales de sa vie, Paul parle de « responsables et ministres (episkopos, diakonos) » (Ph 1, 1) : c'est la structure typique de l'Église telle que formée à l'époque du monde païen. Par conséquent, c'est la figure de l'apôtre lui-même qui reste dominante, et donc ce n'est que peu à peu que se développeront les autres ministères.

 

Si, comme je viens de le dire, dans les Églises formées au milieu du monde païen, nous avons des épiscopes et des diacres, et non pas des presbytres, dans les Églises formées au sein du monde judéo-chrétien, les presbytres constituent la structure dominante. À la fin, dans les Lettres pastorales les deux structures s'unissent : apparaît désormais l'évêque (cf. 1 Tm 3, 2 ; Tt 1, 7), sous un nom toujours au singulier et accompagné de l'article défini : « l'évêque ». À côté de l'évêque, nous trouvons les prêtres et les diacres. La figure de l'Apôtre reste encore déterminante, mais les trois Lettres sont, comme je l'ai dit, adressées non plus à des communautés, mais à des personnes, Timothée et Tite, lesquels, d'une part, apparaissent comme évêques, d'autre part, commencent à tenir le rôle de l'Apôtre.

 

On notera ainsi, dès le début, la réalité que l'on appellera par la suite la « succession apostolique » ; Paul dit à Timothée sur un ton très solennel : « Ne néglige pas le don de Dieu qui est en toi, ce don que tu as reçu grâce à l'intervention des prophètes, quand l'Assemblée des Anciens (presbyteriou) a imposé les mains sur toi » (1 Tm 4, 14). Nous pouvons dire qu'apparaît ici pour la première fois aussi le caractère sacramentel du ministère. Et nous avons là l'essentiel de la structure catholique : Écriture et Tradition, Écriture et annonce, forment un ensemble, mais à cette structure, pour ainsi dire doctrinale, doit s'ajouter la structure personnelle, les successeurs des Apôtres, comme témoins de l'annonce apostolique.

 

 

Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
commenter cet article

commentaires