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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 12:42

 

Cher Michel, je réponds à votre commentaire à mon article sur l'islam.

 

« Il est étrange que l`an 700 à 1960, l`église catholique, ses docteurs et ses papes ont vu en l`islam une doctrine venant de l`ange déchu une doctrine de l`esprit de l`antichrist. Depuis 1960, voilà une grande religion d`amour à respecter alors que l`histoire montre que l`islam est persécutrice par sa doctrine. »

 

Je ne crois pas pour ma part que les choses soient aussi caricaturales… Il me paraît difficile en effet de présenter l’année 1960 comme une année de rupture avec la Tradition catholique, comme si l’Eglise romaine depuis lors errait loin d’elle... La Tradition continue de vivre et de se déployer dans l’Eglise catholique, invinciblement (cf. Mt 16. 18). Si vous en recherchez l’essence, c’est auprès du Souverain Pontife et des évêques, successeurs des Apôtres, unis à lui que vous la trouverez ; nulle part ailleurs. Là où se trouve la communion entre le Pape et les évêques successeurs des Apôtres, là est la Tradition catholique ; là où n’est pas cette communion, là ne peut pas être la Tradition catholique qui englobe cette communion même. Dès lors, toute attaque contre le Magistère catholique est une attaque directe contre la Tradition catholique…

 

Chacun a certes le droit de ne pas être d’accord avec l’Eglise catholique ; mais il faut alors avoir l’honnêteté intellectuelle de ne pas se présenter soi-même comme un « catholique » – au sens où l’Eglise l’entend, depuis plus de 2000 ans.

 

L’Eglise catholique n’a certes pas commencé avec le Concile Vatican II (comme certains n’ont pas manqué de me le rappeler en d’autres lieux). Mais elle n’a pas non plus fini avec le Concile. C’est toujours la même Eglise ; toujours la même communion ecclésiale ininterrompue depuis plus de deux millénaires entre les évêques successeurs des Apôtres et le Pape – que Sainte Catherine de Sienne aimait appeler « le doux Christ sur la terre ». Il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

 

Ce qui vous paraît nouveau, c’est le changement dans le discours de l’Eglise au sujet de l’islam, depuis les années 60. Il est vrai qu’il existe aujourd’hui une autre manière de considérer les fidèles des autres religions qu’à une certaine époque ; d’envisager nos relations avec eux. Mais cela tient au développement de la doctrine catholique sous la conduite de l’Esprit Saint – développement que Jésus lui-même avait annoncé (cf. Jn 16. 13), et que le Cardinal Newman a admirablement théorisé dans son admirable Essai sur le développement de la doctrine chrétienne – ouvrage indispensable dans la bibliothèque de tout fidèle catholique !

 

Le discours de l’Eglise change, parce que son intelligence du Mystère de Dieu et de son Dessein d’amour et de Salut sur tous les hommes s’approfondit à mesure que l’Histoire avance et que l’Esprit pétrit le Corps de l’Eglise, le conduisant vers la Vérité toute entière.

 

Pour autant, ce changement dans le discours ne dénote pas d’une nouveauté dans la doctrine, car en réalité, « la réalisation de l’organisme n’est que la manifestation de ce qui était impliqué dans le germe » (Claude Tresmontant, in Essai sur la Pensée Hébraïque, Cerf 1953, p. 130).

 

On voit ainsi déjà dans l’Evangile le dialogue interreligieux à l’œuvre, à travers le fameux épisode de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (que nous avons récemment réentendu). Vous savez que les Juifs « ne voulaient rien avoir de commun » avec les Samaritains (cf. Jn 4. 9) qu’ils tenaient pour des païens et des hérétiques. Jésus, la Vérité incarnée, n’a pas voulu prendre le parti du mépris et de la condescendance. Bien au contraire : dans cette péricope, c’est lui-même qui prend l’initiative du dialogue, avec beaucoup de délicatesse, de finesse... et d’intelligence ! Non seulement le dialogue avec la Samaritaine ne rabaisse pas la Vérité au niveau de l’erreur et d’une certaine immoralité au risque de s’y perdre, mais ce dialogue va être le lieu même de sa manifestation. Comment la Samaritaine aurait-elle pu recevoir la Bonne Nouvelle de Jésus si le Seigneur l’avait méprisée, condamnée et évitée à l’instar des Juifs – s’il n’avait rien voulu avoir de « commun » avec elle ? Comment aurait-elle pu recevoir son message de grâce et de Salut si elle n’avait pas reçue d’abord sa personne ? Et comment aurait-elle accueillie sa personne si Jésus ne lui avait pas tendu la main, s’il n’était pas venu à sa rencontre, s’il ne lui avait pas proposé un dialogue ?

 

Le dialogue interreligieux me paraît ressortir de la logique même de l’Incarnation : car ce n’est pas d’abord un message que nous proclamons (une vérité abstraite), c’est une personne – la personne de Jésus-Christ, le « Sauveur du monde » (Jn 4. 42).

 

La personne de Jésus-Christ se manifeste aujourd’hui au monde à travers son Corps qui est l'Eglise et dans la personne des fidèles baptisés qui sont les « membres » de son Corps  : c’est-à-dire vous, nous ; toi, moi… C’est nous qui avons aujourd’hui la mission (et la responsabilité) de témoigner du Christ Sauveur du monde, en tendant la main à notre tour aux hérétiques et aux païens de notre temps pour les inviter à une rencontre, un dialogue, bienveillant et amical, emprunt de la douceur même que le Christ manifestât à la Samaritaine. Notre mission est de témoigner d’abord du Christ en personne, de son attitude bienveillante et amicale (quoique sans concession) envers les hérétiques et les païens, avant même son message. Car le message chrétien, en vérité, c'est le Christ lui-même. C’est Lui qui est la Bonne Nouvelle que nous devons annoncer (et manifester par nos gestes et notre attitude). C’est Lui qui est le Salut en personne. C'est Lui que les musulmans, les juifs, les hindoux, les bouddhistes... ont besoin de rencontrer aujourd'hui. C'est Lui qu'ils leur faut découvrir à travers le geste prophétique de notre accueil fraternel et de notre ouverture au dialogue.

 

Proposer un dialogue aux religieux de toutes les traditions, et au-delà, à tout homme, c’est permettre au Christ de s’inviter aujourd’hui chez Zachée (cf. Lc 1-10), chez les publicains et les pécheurs (cf. Mt 9. 9-13), chez les Samaritains (Cf. Jn 4)… Le Christ, fondamentalement, est l’homme de la rencontre et du dialogue – et comment pourrait-il en être autrement, puisqu’il est Dieu, la Deuxième personne de la Trinité, le Logos : il est lui-même, dans l’essence même de sa personne, rencontre (avec le Père) et dialogue : il est la Parole qui vient du Père et qui se donne au Père. L’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu, c’est donc celui qui rencontre et qui dialogue – en un mot, qui aime plutôt qu'il ne méprise ; qui descend vers ses frères, plutôt qu’il ne les toise avec mépris et condescendance du haut de sa supériorité (comme le Christ est descendu et a été « compté avec les pécheurs » – cf. Is 53. 12).

 

Le dialogue interreligieux (comme avec tout homme, qu’il soit "pécheur" ou "publicain") n’est pas contraire à la Tradition catholique, parce qu’il s’enracine dans l’Evangile, et plus profondément, dans le Cœur de Jésus, dans le Mystère de son être, dans l’essence même de la Trinité d’Amour qui est par nature rencontre et dialogue – mouvement incessant vers l’Autre, d’où jaillit l’Esprit de Vérité.

 

Il n’y a pas d’autre manière d’évangéliser qu’en manifestant, par nos gestes et notre comportement, l’Amour indéfectible et inconditionnel que Dieu porte envers tous les hommes, son désir de les rencontrer chacun personnellement et d’entrer en dialogue avec eux.

 

Nous n'avons pas à craindre que notre parole se perde dans le brouhaha des convictions diverses, et que la proposition chrétienne de la foi s'en trouve relativisée, car notre parole (qui s’exprime principalement dans notre attitude, qui est signe en soi) est porteuse de la Parole de Vérité qui ne passera pas (Cf. Mt 24. 35 ; Mc 13. 31 ; Lc 21. 33), qui est éternelle, qui ne reviendra pas à Dieu sans résultat (cf. Is 55. 11) et qui a le pouvoir de transpercer les cœurs (cf. He 4. 12), bien plus sûrement (et efficacement, dans la perspective du Salut) que le glaive des Croisés…

 

« Vous dites que l`Église ne pratique pas la langue de bois!

Allons donc - si l`Église ne pratiquait pas la langue de bois elle aurait gardée le meme enseignement qu`avant 1960. L`Église n`enseigne plus au Québec, les 10 commandements, la damnation, l`enfer, l`existence de Satan, pour ne pas déplaire. Ce n`est pas de la langue de bois ça! »

 

Non, ce n’est pas de la langue de bois ; c’est une trahison pure et simple de l’Evangile – ce qui est beaucoup plus grave. Il y a certainement de l’excès dans votre condamnation de « l’Eglise du Québec » (il doit encore y rester, quand même, des prêtres et des évêques orthodoxes dans la foi !). Mais si ces faits étaient avérés, ils témoigneraient d’une Eglise locale en crise, en rupture grave avec la Tradition catholique. Les points que vous évoquez ne sont pas facultatifs ; ils font partie des vérités que nous devons croire si nous voulons être catholiques (parce qu’ils appartiennent au donné révélé – et que l’Eglise les a toujours enseigné). Les contester reviendrait à se placer de fait en dehors de la communion de l’Eglise dont je parlais plus haut.

 

« L`Église pratique énormément de langue de bois sinon elle ferait enquête pour trouver si la Franc-maçonnerie n`a pas réussi a l`infiltrée et a influencer le concile Vatican 2. Des gens qui ne se questionnent pas sur eux-mêmes pratique la langue de bois et s`aveuglent!

Je pense que l`Église erre sérieusement sur l`islam. »

 

Si vous placez votre opinion personnelle au-dessus de celle de l’Eglise (ce qui est votre droit le plus strict en tant qu’homme libre), vous rejoignez l’attitude des protestants – pour qui l’obéissance au Christ est obéissance à sa conscience personnelle, non à l’autorité de l’Eglise. Je ne dis pas qu’il ne faut pas suivre sa conscience. Mais il faut savoir que notre discernement est altéré par le péché originel – c’est pourquoi il est important de former notre jugement, et de l’éduquer à la lumière de l’enseignement de l’Eglise à qui l’Esprit Saint (l’Esprit même de Dieu) a été donné à la Pentecôte.

 

Jésus nous l’a promis : l’Eglise ne peut pas errer (cf. Mt 16. 18). Les hommes d’Eglise pris individuellement, oui – l’Histoire ne nous le montre que trop ; mais non pas l’Eglise-Corps-du-Christ (dont l’essence, je le répète, réside dans la communion des évêques successeurs des Apôtres avec le Pape) : car elle est directement reliée à la tête qui est Jésus-Christ lui-même (Cf. Rm 12. 5 ; Col 1. 18…), et reçoit de Lui la sève vivifiante de l’Esprit.

 

La foi en Jésus-Christ est aussi foi en l’Eglise catholique. Nous avons confiance en l’Eglise catholique parce que nous avons foi en Jésus-Christ. C’est parce que celui-ci nous a dit que les portes de l’enfer ne prévaudraient pas sur elle que nous pouvons nous appuyer sur elle avec confiance, et régler notre pensée sur sa pensée sans crainte de nous tromper, ni d’errer ; c'est elle qui est la colonne puissante et le soutien de la Vérité (cf. 1 Tm 3. 15).

 

Que l’Eglise soit infiltrée de l’intérieur par une Franc maçonnerie ecclésiastique, c’est fort possible (et même probable…). Mais cela ne doit pas nous inquiéter outre mesure – compte tenu de la foi que nous pouvons placer dans la Parole du Christ. Même s’il existait des bribes d’une doctrine franc-maçonne dans la pensée du Concile Vatican II, cela n’enlèverait rien à l’action providentielle de Dieu qui fait tout concourir au bien de ceux qu’il aime (cf. Rm 8. 28). C’est Lui, le Maître et le Souverain ; c’est Lui qui gouverne l'Eglise, qui enseigne et inspire ses serviteurs le pape et les évêques, particulièrement lorsqu’ils se réunissent solennellement en Concile dans la communion et l’unité : nous savons que l’Esprit Saint est là (cf. Ac 15. 28), dans cette communion, et qu’Il ne peut ni se tromper ni nous tromper parce qu’il est Dieu.

 

Demeurons donc dans la paix, quelque soient les remous existant dans le monde et à l’intérieur même de l’Eglise. Tant que nous resterons greffés sur cette communion des évêques successeurs des Apôtres avec le Pape, le Mauvais ne pourra rien contre nous. Car nous avons l’assurance que Jésus est là, au cœur même cette communion, tous les jours, et jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28. 20).

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
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commentaires

Matthieu 17/04/2011 22:59



Cher Xavier, comme convenu, voici ma réponse.



armel h 16/04/2011 13:55



@Xavier


Au fait :


"je ne suis pas sûr que la façon de procéder actuelle soit la bonne. Et compte tenu du peu de résultats apparents obtenus, j’ai envie de dire que je ne dois pas avoir complètement tort."


 


Qu'entendez-vous précisément par là ?


S'agit-il d'évaluer une efficacité en termes de nombre de convertis ? ou de disparition de l'idée même d'Islam ?


 



armel h 15/04/2011 22:41



@Xavier


. Vous dites "chez les catholiques" : vous ne l'êtes donc pas. Ce n'est pas ce que j'avais cru comprendre au départ, autant pour moi.


 


. Il serait bon d'être précis : de qui parle-t-on ?


Est-ce de la doctrine catholique, la doctrine de l'Église catholique sur le sujet du dialogue avec les non catholiques ? Ou bien est-ce de l'attitude de certains catholiques ?


Ce n'est pas la même chose. Par exemple, quant à l'annonce de la foi catholique, il me semble que le pape est assez clair à ce sujet, de même qu'il n'est jamais ambigu dans ses déclarations sur
le sujet.


 


Ce que vous pointez c'est donc plutôt le défaut de certains - défaut de leur temps, d'ailleurs, de leur époque, qui sans doute les a trop influencé sur ce point -, de ne plus oser affirmer
réellement leur foi ni rechercher la vérité, pour éviter les dissenssions à tout prix et obtenir une sorte de consensus mou :


soit. Mais ce n'est pas "les catholiques", cela, ni le dialogue auquel appelle l'Église catholique.


 


Or, c'est bien cela qui était visé semble-t-il dans les propos auxquels répondait Matthieu : ce qu'affirme et ce à quoi appelle et encourage l'Église catholique.



Xavier 15/04/2011 14:29



Pour réfuter et pour évangéliser, il faut aussi parler la langue de son interlocuteur :
ici, au sens de langage, au sens large, donc au sens de mode de pensée, de sens des mots, de références desquelles user pour appuyer et illustrer son propos : tout cela constitue, justement, et
fonde, le dialogue.


D’où l’importance d’aller au-delà des bons sentiments et de se former. Les termes de miséricorde, de péché, de prière
n’ont pas la même signification dans le christianisme et dans l’islam. Avant donc de jeter des passerelles à la hâte, il importe de savoir de quoi on parle. Le flou et l’ambiguïté ne profitent
jamais à la vérité.


 


 


Il faut, nous sommes d'accord, ne pas se tromper sur le terme "dialogue" : une
"disputatio", c'est un dialogue, ça en fait partie. Mais démontrer en quoi l'autre se trompe n'est qu'une petite partie de ce dialogue.


Certes mais, sauf erreur de ma part, j’ai l’impression que chez les catholiques, le dialogue se trouve limité à des
serrages de main, des félicitations réciproques, des marques de respect, etc. mais où est l’annonce kérygmatique ? Certes, saint Paul arrive chez les païens en parlant leur langage… et il conclut
sur l’annonce explicite du Christ.


 


Je ne dis donc pas que les catholiques ont tort de rechercher le dialogue, je dis qu’ils se limitent au « vivre ensemble
» ce qui, à mon avis, est plus que grandement insuffisant. Surtout que les musulmans, en face, ont moins de scrupules à dire que la Bible est falsifiée et le christianisme corrompu.


 


Il faut bien comprendre que ce qui est en jeu, c’est le salut des âmes. Je ne parle pas seulement de celui des musulmans
mais de tous ceux qui cherchent Dieu et qui, face à un islam (plus ou moins) sûr de lui, ont des chrétiens mollassons, pas très sûrs de s’ils doivent oui ou non annoncer le Christ et même parfois
s’ils doivent y croire.


 


 


Sinon, je suis d’accord sur l’exemple relaté dans le Prix à payer. C’est effectivement un très bon exemple de ce qu’il
faut faire. Sauf que vous en voyez, vous, beaucoup de chrétiens investis dans le dialogue inter-religieux et qui osent dire aux musulmans que le coran pose problème ? Moi pas.


Je ne dis pas que le dialogue avec les musulmans est simple. Mais je ne suis pas sûr que la façon de procéder actuelle soit la bonne.
Et compte tenu du peu de résultats apparents obtenus, j’ai envie de dire que je ne dois pas avoir complètement tort.



armel h 15/04/2011 13:37



"où sont les catholiques qui réfutent l'islam ?"


Pas non plus parmi ceux qui crient à la trahison, considèrent qu'il y a rupture, et ne voudraient que des déclarations officielles de condamanation : ce ne sont pas forcément ceux-là qui se sont
le plus penchés réellement sur ce qu'est et ce que dit l'Islam, or pour réfuter il faut connaître.


 


Pour réfuter et pour évangéliser, il faut aussi parler la langue de son interlocuteur : ici, au sens de langage, au sens large, donc au sens de mode de pensée, de sens des mots, de références
desquelles user pour appuyer et illustrer son propos : tout cela constitue, justement, et fonde, le dialogue.


 


Que certains aient abusé du terme "dialogue", l'aient confisqué, pour justifier leurs propres errements, c'est un fait, et qu'on retrouve d'ailleurs pour à peu près tous les concepts ou idées
développés pendant le Concile (liberté religieuse, réforme liturgique, et j'en passe).


Ce serait donc tomber dans la même erreur qu'eux, que de croire que leur attitude constitue réellement ce que l'Église entend par "dialogue avec les autres religions".


 


Quant à dire que ce serait là une nouveauté dans le discours de l'Église, c'est faux - Matthieu a bien exposé ce que l'énoncé même de cette affirmation aurait de malsain, j'ajouterai donc juste
quelques illustrations :


quand St Paul s'adresse aux païens, il ne commence pas par dire "vous avez tout faux", mais "vous mentionnez d'un dieu inconnu, là : et bien moi je viens vous parler de ce dieu qui vous est
inconnu".


quand les missionnaires vont vivre avec les sioux ou les iroquois, ils ne disent pas d'abord "vous racontez n'importe quoi" mais "ce Wakan Tanka, ce Grand Esprit, que vous invoquez, c'est de lui
que je viens vous parler". (bon, là, donc, en l'occurrence, il s'agirait de sioux).


 


Il faut, nous sommes d'accord, ne pas se tromper sur le terme "dialogue" : une "disputatio", c'est un dialogue, ça en fait partie. Mais démontrer en quoi l'autre se trompe n'est
qu'une petite partie de ce dialogue.


 


Quant à l'articulation entre témoignage par les actes et annonce de l'évangile : tout cela va ensemble. Puisqu'il est question de conversions de musulmans, il faut lire le récent "le prix à
payer" : l'auteur raconte sa conversion par un collègue de chambrée chrétien :


cela commence bien par le témoignage par les actes, par la vie (le musulman se rend compte peu à peu de ce qu'il y a de faux dans ses préjugés à l'encontre des chrétiens : première barrière à
franchir, qui d'ailleurs empêchait toute annonce de l'évangile d'être entendue),


puis discussions à propos des vertus comparées du Coran et de l'Évangile.


Autrement dit, tout à la fois le témoignage par les actes (non, les chrétiens ne sont pas des chiens puants et ignares), l'annonce de la foi (oui, je suis chrétien, non, je n'en ai pas honte), la
discussion (non, le Coran n'est pas aussi bien que tu le dis, lis le vraiment, tu verras).