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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 20:47

Extrait du discours du Pape Benoît XVI lors de la veillée avec les jeunes à l’hippodrome de Randwick (Australie), le 19 juillet 2008.

L’Esprit Saint a été, de quelque manière, l’oublié de la Sainte Trinité. Une claire compréhension de sa Personne semble presque hors de notre portée. Et cependant quand j’étais encore un petit garçon, mes parents, comme les vôtres, m’ont enseigné le signe de la Croix. J’ai ainsi très tôt compris qu’il y a un Dieu en trois Personnes et que la Trinité est au centre de la foi et de la vie chrétienne. Quand j’ai cru au point d’avoir une certaine compréhension de Dieu le Père et de Dieu le Fils – leurs noms parlaient déjà d’eux-mêmes –, ma compréhension de la troisième Personne de la Trinité restait faible. C’est pourquoi, comme jeune prêtre chargé d’enseigner la théologie, j’ai décidé d’étudier les grands témoins de l’Esprit dans l’histoire de l’Église. C’est en parcourant cet itinéraire que je me suis retrouvé à lire, entre autres, le grand saint Augustin.

Sa compréhension de l’Esprit Saint se développa de manière graduelle ; elle fut un combat. Jeune, il avait embrassé le Manichéisme – l’une de ses tentatives, dont j’ai parlé il y a un instant, de créer une utopie spirituelle en séparant les réalités de l’esprit des réalités de la chair. En conséquence, au début, il était méfiant à l’égard de l’enseignement chrétien sur l’incarnation de Dieu. Et cependant, son expérience de l’amour de Dieu présent dans l’Église le conduisit à en rechercher la source dans la vie du Dieu Un et Trine. Ceci le porta à avoir trois intuitions particulières sur l’Esprit Saint comme lien d’unité au sein de la Sainte Trinité : unité comme communion, unité comme amour durable, unité comme don, donné et reçu. Ces trois intuitions ne sont pas seulement théoriques. Elles aident à expliquer comme l’Esprit agit. Dans un monde où aussi bien les individus que les communautés souffrent souvent de l’absence d’unité et de cohésion, de telles intuitions nous aident à demeurer en syntonie avec l’Esprit et à étendre et à clarifier la nature de notre témoignage.

Avec l’aide de saint Augustin, essayons donc d’illustrer quelques aspects de l’œuvre de l’Esprit Saint. Il observe que les deux mots « Esprit » et « Saint » se rapportent à ce qui appartient à la nature divine ; en d’autres termes, à ce qui est partagé par le Père et par le Fils, à leur communion. Par conséquent, si la caractéristique propre de l’Esprit est celle d’être ce qui est
partagé par le Père et par le Fils, Augustin en conclut que la qualité particulière de l’Esprit est l’unité. Une unité de communion vécue : une unité de personnes dans une relation mutuelle de donation constante : le Père et le Fils qui se donnent l’un à l’autre. Nous commençons ainsi, je pense, à entrevoir combien cette compréhension de l’Esprit Saint comme unité, comme communion, est éclairante. Une unité vraie ne peut jamais être fondée sur des relations qui nient l’égale dignité des autres personnes. Et l’unité n’est pas non plus simplement la somme totale des groupes à travers lesquels nous nous efforçons parfois de nous « définir » nous-mêmes. En effet, c’est uniquement dans la vie de communion que l’unité se maintient et que l’identité humaine se réalise pleinement : nous reconnaissons notre besoin commun de Dieu, nous répondons à la présence unificatrice de l’Esprit Saint et nous donnons notre vie les uns pour les autres à travers le service.

La deuxième intuition d’Augustin – c’est-à-dire celle de l’Esprit Saint comme amour qui perdure – dérive de l’étude qu’il fit de la
Première Lettre de saint Jean, là où l’auteur dit que « Dieu est amour » (1 Jn 4, 16). Augustin suggère que ces mots, tout en se référant à la Trinité dans son ensemble, doivent également être compris comme exprimant une caractéristique particulière de l’Esprit Saint. En réfléchissant sur la pérennité de l’amour – « celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu » (Ibidem) – Augustin se demande : Est-ce l’amour ou l’Esprit qui garantit le don continuel ? Voici ce qu’il en conclut : « L’Esprit Saint nous fait demeurer en Dieu et Dieu en nous, mais c’est l’amour qui en est la cause. Donc, l’Esprit est Dieu comme amour ! » (De Trinitate 15, 17, 31). C’est une magnifique explication : Dieu se donne lui-même en partage comme amour dans l’Esprit Saint. Que pouvons-nous savoir d’autre sur la base de cette intuition ? L’amour est le signe de la présence de l’Esprit Saint ! Les idées ou les paroles qui manquent d’amour – même si elles apparaissent sophistiquées ou sages – ne peuvent être « de l’Esprit ». De plus, l’amour a une caractéristique particulière, loin d’être indulgent ou volubile, il a une tâche ou un objectif à accomplir : celui de demeurer. Par sa nature, l’amour est durable. Encore une fois, chers amis, nous pouvons jeter un dernier coup d’œil sur ce que l’Esprit Saint offre au monde : un amour qui dissout l’incertitude ; un amour qui va au-delà de la peur de la trahison ; un amour qui a en soi l’éternité ; le véritable amour qui nous introduit dans une unité qui dure !

La troisième intuition – l’Esprit Saint comme don –, Augustin la déduit de sa réflexion sur un passage évangélique que nous connaissons et aimons tous : la conversation du Christ avec la Samaritaine au bord du puits. Là, Jésus se révèle comme celui qui donne de l’eau vive (cf.
 Jn 4, 10), qui est ensuite définie comme étant l’Esprit (cf. Jn 7, 39) ; 1 Co 12, 13). L’Esprit est « le don de Dieu » (Jn 4, 20) – la source intérieure (cf. Jn 4, 14) – qui étanche réellement notre soif la plus profonde et nous conduit au Père. À partir de cette observation, Augustin conclut que le Dieu qui se livre à nous comme un don est l’Esprit Saint (cf. De Trinitate, 15, 18, 32). Chers amis, examinons encore une fois la Trinité à l’œuvre : l’Esprit Saint est Dieu qui se donne éternellement, comme une source intarissable, il n’offre rien de moins que lui-même. En observant ce don incessant, nous arrivons à voir les limites de tout ce qui périt, la folie d’une mentalité consumériste. En particulier, nous commençons à comprendre pourquoi la recherche de la nouveauté nous laisse insatisfaits et désireux de quelque chose d’autre. Ne recherchons-nous pas un don éternel ? La source qui jamais ne s’épuisera ? Avec la Samaritaine, nous nous exclamons : « Donne-la moi cette eau : que je n’aie plus soif » (Jn 4, 15) !


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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