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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 17:02

Je viens de créer, il y a quelques jours, un Groupe sur Facebook consacré à Claude Tresmontant. Voici le texte de la première newsletter, parue le 7 janvier 2010, intitulée : « L’athéisme est mort depuis Tresmontant ».

Chers amis,

Je vous remercie de vous être inscrits à ce groupe consacré à la personne et à l'oeuvre de Claude Tresmontant. Nous sommes 10 pour le moment, c'est à la fois peu et beaucoup. Peu, parce que nous sommes plus de 6 milliards sur la terre... Beaucoup, parce que Claude Tresmontant reste un auteur méconnu du grand public, et que Facebook est destiné au grand public. Ce ne fut donc qu'une demi-surprise que de découvrir l'absence de toute page et tout groupe au nom de l'un des plus grands métaphysiciens du XXe siècle, qui réfuta philosophiquement et magistralement l'athéisme, cet athéisme même qui ravage encore l'esprit de nombre de nos contemporains alors qu'il n'a plus de raison d'être.

Il en est de l'athéisme comme des étoiles : il continue de briller alors qu'il est mort depuis longtemps. Au moins depuis Tresmontant.

Claude Tresmontant est un auteur que j'ai découvert il y a deux-trois ans, à travers son ouvrage majeur : "Comment se pose aujourd'hui le problème de l'existence de Dieu"
[qui a inspiré un grand nombre d’articles sur ce Blog]. Nous tâcherons d'étudier dans ce groupe quelques uns de ses textes, l'essentiel de sa doctrine, et de susciter des débats sur le forum de discussion. Si ce groupe "fonctionne", cela devrait donner quelque chose de vraiment passionnant.

Nous verrons que Claude Tresmontant fut d'abord un professeur. Et un professeur de grand talent. Il est de ces penseurs qui vous donnent l'impression, en les lisant, que vous êtes intelligents... Sa méthode pédagogique est simple : il énonce une proposition, la détaille et la justifie, puis il la reformule et la décline de multiples manières, en sorte que si vous n'aviez pas compris la première fois, cela devient lumineux la seconde, ou bien la troisième ou quatrième fois, et qu'à force de répétition, l'idée finit par pénétrer. C'est alors que vous devenez réellement intelligents!

Au sujet de l'ouvrage précité – écrit à partir de conférences destinées à un public non spécialisé –, le maître écrit : "Nous avons gardé (...) le caractère familier de ces causeries, le style oral d'un texte primitivement destiné à être parlé, ainsi que les nombreuses répétitions et reprises nécessaires – on le sait – pour entraîner dans des sentiers escarpés et des analyses difficiles un auditoire peu préparé à ce genre d'exercice. Tous les professeurs de mathématiques le savent : il faut reprendre la même question sous des angles divers, à plusieurs reprises..."

C'est ce même style et cette même méthode que l'on retrouvera dans la plupart des ouvrages de notre auteur. Pour notre plus grand bonheur.

Cela dit, autant nous serons enthousiastes sur la métaphysique de Claude Tresmontant (et nous en ferons les joyeux disciples et promoteurs), autant nous serons extrêmement réservés sur certaines de ses options théologiques, d'autant plus surprenantes qu'elles semblent contredire quelques unes de ses analyses philosophiques. Nous y reviendrons un jour peut-être.

La priorité aujourd'hui est de faire connaître l'oeuvre méconnue d'un philosophe incontournable du siècle dernier qui a su discerner les implications métaphysiques des découvertes scientifiques de son temps, et démontrer l'inanité de l'athéisme.

Ce que nous connaissons aujourd'hui de l'univers suffit pour démontrer que l'athéisme n'est pas vrai, qu'il est erroné, injustifiable et impensable. Voilà la grande idée de Claude Tresmontant ; une idée sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir abondamment.


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Published by Matthieu BOUCART - dans Claude Tresmontant
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commentaires

Robert Bernier 10/11/2013 22:04


À monsieur Boucart,


     Je ne conteste pas votre analyse du discours de monsieur Tresmontant. Mais je rappelle que la métaphysique développée par lui ne trouve à s'insérer que là où la science
n'a pas encore proposé de solution. Et ce domaine ne peut aller qu'en rétrécissant comme peau de chagrin. À la fin, il y a déception et
désillusion. C'est une fuite en avant qui ne peut mener, ultimement, qu'à un détachement total de la réalité.


      Le physicien Bernard d'Espagnat a lui aussi emprunté ces chemins pour aboutir à son idée d'un "réel voilé" dans lequel il peut insérer tout et son
contraire tellement le concept est éthérique. 


     Je vous invite à lire l'ouvrage "Process and Reality" de Alfred North Whitehead pour vous donner une idée du risque qu'encourt l'esprit humain quand il s'aventure "trop"
loin au-delà du cercle du tangible. Whitehead, pour donner l'illusion que la métaphysique peut vraiment décrire le monde matériel autant que celui des Idées, en vient à appeler "société" tout
regroupement d'entités, ces dernières fussent-elles des particules élémentaires, des pierres, des animaux ou des hommes. Un exemple de ce à quoi il ne faut pas se laisser entraîner.


 


Respectueusement,


Robert Bernier


Mirabel, (Québec)

Matthieu 11/11/2013 00:47



Cher Robert, ce qui empêche la pensée métaphysique d'errer, c'est le réel objectif exploré par les sciences. Si l'on se fixe comme règle la fidélité absolue au réel de notre expérience, alors il
n'y a aucune raison de se perdre - ni aucun danger de sombrer dans "un détachement total de la réalité" puisque c'est cette réalité
précisément que nous explorons, analysons, et de laquelle nous puisons tout le suc intelligible (au-delà de ce que les sciences pourront jamais nous en dire, ainsi que l'expression
"méta-physique" nous le suggère).


 


Le métaphysicien réaliste se réjouit donc de l'activité scientifique et de toutes ses découvertes - puisqu'elles sont la matière première de sa réflexion, l'aliment vital de son intelligence en
travail. Non seulement son domaine d'investigation ne rétrécit pas "comme peau de chagrin"  au fil du temps, mais au contraire : il s'étend
à mesure que progresse notre savoir. A la fin, il n'y a nulle "déception et désillusion", mais le bonheur et la joie de connaître plus profondément la vérité
et le sens de l'aventure humaine.


 


Je gage que Saint Thomas d'Aquin aurait été heureux de vivre à notre époque, et trouvé dans les enseignements des sciences modernes une confirmation éclatante de sa pensée.



Robert Bernier 09/11/2013 23:24


Au risque de remettre en question votre enthousiasme envers Tresmontant, voici ce que j'en écrivais dans le livre "L'enfant, le lion, le chameau" que j'ai publié à compte d'auteur en décembre
2010:


 


En lisant son ouvrage Comment se pose aujourd’hui le problème
de l’existence de Dieu[1], je découvris un philosophe qui avait parcouru le même chemin que moi et en était
arrivé aux mêmes conclusions. Mais, là, un vrai philosophe. D’une érudition réconfortante sur les capacités de la bête humaine. En plus d’avoir une compréhension approfondie des divers domaines
de la science que j’avais moi-même commencé à explorer dans le cadre de ma recherche, Tresmontant montrait une maîtrise impressionnante des grands textes de la
métaphysique.


 


Je dévorai cet ouvrage en savourant ce genre de plaisir qu’on peut
avoir à mener une conversation par-dessus la clôture avec quelqu’un qui partage vos vues et vous renvoie une image flatteuse de vous-même. Mais, tout au long de cette lecture, un sentiment de
mauvaise conscience grandissait en moi. Il y avait cette atmosphère généralisée de mise au défi de la science. Une façon de présenter à la science des défis qu’elle ne pourrait jamais relever,
dans le but à peine effleuré à la fin de l’ouvrage de sauver Dieu.


 ...


 


Toujours, après chaque section importante (de présentation de questions
scientifiques), une nouvelle question piège posée à la science. Peu importe ce que nous apprendra la science, le philosophe a posé la marche suffisamment haute pour se ménager une position de
réconfort. Il peut rester sur son quant-à-soi métaphysique. La marée de la science ne s’élèvera jamais jusque là. Derrière cette insistance du philosophe à mettre la science en échec, je recevais
comme le reflet d’un miroir l’image de ma propre posture[1]. Pourquoi cette insistance à avoir la réponse ultime à la question ultime, et tout de suite?


 


Tresmontant trouve trois interstices, trois Gaps, dans lesquels placer l’action nécessaire du Dieu créateur: le surgissement de l’être
(Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?), l’organisation de la matière qui mène à la vie et, enfin, l’existence de la conscience (humaine). Mon lecteur aura noté que ces interstices
sont les mêmes que ceux que j’avais moi-même identifiés. D’autres en trouveront plus. Insatisfaits de la théorie de l’évolution, ils trouveront un interstice à chaque nouvelle espèce par exemple.
Mais bon. L’idée de base est là. Malgré toutes ses préventions, Tresmontant trouve son Dieu là où la science n’a pas encore de réponse.



Robert Bernier


 Mirabel, (Québec)


 






[1] Suite et fin du clin d’oeil socratique ... voir la
note de bas de page numéro 100 plus haut.



 


 






[1] Tresmontant, C., Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu,  Paris,
Seuil,  Coll. Livres de Vie,  1966, 475 p.


Matthieu 10/11/2013 21:35



Non seulement ce que vous écrivez ne douche pas mon enthousiasme pour Tresmontant, cher Robert, mais il l'attise!  Vous confirmez ainsi magistralement la démonstration du cher Professeur en manifestant votre difficulté à distinguer les domaines scientifique et métaphysique - et cela, en vertu d'un
présupposé positiviste dont vous n'avez peut-être pas conscience, mais qui apparaît ici évident. Il n'y aurait, selon vous, de connaissance que scientifique - parce qu'au fond, il n'y aurait de
réalité que matérielle (donc observable et/ou quantifiable, mesurable...). Mais c'est précisément ce qui est en question lorsque l'on considère métaphysiquement (c'est-à-dire : du point de vue de
l'être) l'univers...


 


Tresmontant ne lance aucun défi à la science - pour la bonne raison qu'il ne fait pas de la science mais de la métaphysique. Il se situe à un autre niveau que la science : il s'interroge sur
l'existence même de ces réalités que la science met au jour. Et il s'appuie pour cela non sur les "gaps" de la science, mais au contraire sur ce que la science a découvert de manière définitive -
ce sur quoi elle ne reviendra pas : en particulier le fait de l'évolution cosmique et biologique. C'est le fait de l'évolution qu'il s'agit de penser aujourd'hui - l'univers en sa dimension
génétique qui est la grande découverte du siècle passé et dont il convient d'appréhender la portée métaphysique. Quand la science aura tout expliqué des mécanismes de l'évolution, il restera à
comprendre l'existence de ces mécanismes - pourquoi ils sont ce qu'ils sont, comme ils sont. Ce qui est de ressort de la métaphysique, non de la science.



clovis simard 11/10/2012 04:32


Voir Blog(fermaton.over-blog.com).No-9 - THÉORÈME SARTRE. - Pensée moderne ?

armel h 11/05/2012 22:48


. "Je peux très bien choisir de prendre pour référentiel le centre de gravité de Jupiter. Dans ce cas la Terre décrit une autre trajectoire et le Soleil aussi."


Oui, mais non :

Un référentiel c'est un repère spatio-temporel dans lequel on se place. Ce n'est pas un point. Si vous choisissez le centre de gravité de Jupiter, vous le choisissez comme
origine - il vous faudrait ensuite définir des axes, pour avoir réellement un référentiel.

De plus, comme on se demande ici si "la Terre tourne autour du Soleil" ou l'inverse, il est donc question du mouvement relatif de la Terre et du Soleil. Et pas de la trajectoire
de telle ou telle planète. Or, ce mouvement relatif est réel et il est le même, quel que soit le référentiel considéré.

C'est la modélisation de la trajectoire de la Terre ou du Soleil qui seront différents selon le référentiel utilisé - mais dans chaque
référentiel, ces deux trajectoires, quoiqu'elles seront différentes d'un référentiel à l'autre, montreront bien chaque fois un mouvement relatif de la Terre autour du Soleil.

D'ailleurs, justement, le référentiel terrestre est en translation elliptique autour du centre du référentiel héliocentrique.



. Donc,


si vous choisissez un référentiel ayant comme centre le centre de gravité de Jupiter,
le Soleil et la Terre auront chacun une trajectoire différente, dans ce référentiel, que celle qu'on leur décrit habituellement dans les référentiels les plus courants ;

mais, malgré tout, ces deux trajectoires décriront un mouvement elliptique de la Terre autour du Soleil.

Et votre remarque n'est donc absolument pas une objection au propos de Matthieu.


. D'ailleurs, dans votre dernier message, vous commencez votre phrase par "pourtant", comme pour porter une objection,...
...mais, en fait, vous confirmez ce que Matthieur vient d'écrire.



La question se pose donc : prenez-vous bien le temps de comprendre ce que Matthieu a écrit ?

Joe 05/05/2012 20:19


La science n’exprime pas ces « règles rigoureuses » qui forgent ta vision du monde


La science utilise pourtant un langage… Et bien souvent ce langage est la mathématique


 – elle ne dit donc pas tout du réel, car elle n’est pas le seul langage valable pour dire le réel.


Elle ne nous dit pas tout de l’ensemble « des faits » car elle utilise un langage qui ne peut être pas le seul langage possible.


 Rien n’est plus faux, Joe ! Les mathématiques sont inextricablement liées au monde. La meilleure preuve, c’est qu’un certain
nombre de découvertes ont été réalisées grâce aux calculs mathématiques. La démonstration est donc faite, par l'expérience, que toute la réalité matérielle est structurée mathématiquement.


Peux-tu me citer un seul exemple où l’expérience viendrait valider une théorie mathématique ?


 Ce n’est pas mon esprit qui plaque artificiellement une grille de lecture mathématique (créée de toutes pièces par ma psychologie)
à la réalité objective


C’est presque ça : c’est mon esprit qui crée des lois utilisant un langage mathématique. Ces lois s’appliquent sur l’ensemble des « faits ».


 – c’est la réalité objective qui fait découvrir à mon esprit la dimension mathématique de l’être de l’Univers.Ce n’est pas MOI qui
décide que 2 et 2 font 4. C’est la réalité objective, qui s’impose à moi. Ce n’est pas MOI qui invente les règles – ce sont les règles qui s’imposent à moi, comme une réalité existante, en dehors
de moi. Ceux qui croient que 2 et 2 font 5 n’ont jamais fait décoller la moindre fusée…


Pourtant, c’est bien ceux qui ont parfaitement compris que les mathématiques était une règles de langage qui font décoller les fusées… Ils ont donc parfaitement compris que pour les fusées il
fallait considérer 2+2=5 comme faux.


Je t’invite à revoir la définition des mathématiques. Par exemple sur wikipedia :


Les mathématiques constituent un domaine de connaissances abstraites construites à l’aide
de raisonnements logiques sur des concepts tels que les nombres, les figures, les structures et les transformations. Les mathématiques désignent aussi
le domaine de recherche visant à développer ces connaissances,
ainsi que la discipline qui les enseigne.


Les mathématiques se distinguent des autres sciences par un rapport particulier au réel. Elles sont de nature purement intellectuelle, fondées sur
des axiomes déclarés vrais (c’est-à-dire que les axiomes ne sont pas soumis à l’expérience,
même s’ils en sont souvent inspirés) ou sur des postulats provisoirement admis. Un