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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 16:36

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI dans la Chapelle Papale à l’occasion de l’ouverture de la IIe Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques, le 4 octobre 2009.

 

Chers frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,

Mesdames et Messieurs,

Chers frères et sœurs,

 

Pax vobis – la paix soit avec vous! Par cette salutation liturgique, je m'adresse à vous tous, qui êtes rassemblés dans la basilique vaticane, où il y a quinze ans, le 10 avril 1994, le serviteur de Dieu Jean-Paul II a ouvert la première assemblée spéciale pour l'Afrique du synode des évêques. Le fait que nous nous trouvons aujourd'hui à inaugurer la seconde, signifie que celle-ci a certainement été un événement historique, mais pas isolé. Ce fut le point d'arrivée d'un cheminement qui s'est ensuite prolongé, et qui arrive maintenant à une nouvelle étape significative d'analyse et de relance. Rendons grâce au Seigneur pour cela! […]

 

Les lectures bibliques de ce dimanche parlent du mariage. Mais, plus radicalement, elles parlent du dessein de la Création, de l'origine et donc, de Dieu. C'est à ce niveau que converge aussi la seconde lecture, tirée de la Lettre aux Hébreux, là où elle dit : "Celui qui sanctifie – c'est-à-dire Jésus Christ – et ceux qui sont sanctifiés – c'est-à-dire les hommes – viennent tous de la même origine, c'est pourquoi il n'a pas honte de les appeler frères" (He 2, 11). Le primat du Dieu Créateur ressort donc de façon évidente de l'ensemble des lectures, avec cette validité éternelle de son empreinte originelle et la préséance absolue de sa seigneurie, de cette seigneurie que les enfants savent accueillir mieux que les adultes, et c'est pour cela que Jésus les désigne comme le modèle pour entrer dans le royaume des cieux (cf. Mc 10, 13-15). Or, la reconnaissance de la seigneurie absolue de Dieu est certainement l'un des traits saillants et unifiants de la culture africaine. Naturellement, en Afrique, il y a de multiples cultures différentes, mais elles semblent toutes concorder sur ce point : Dieu est le Créateur et la source de la vie. Or, la vie – nous le savons bien – se manifeste en premier lieu dans l'union entre l'homme et la femme et dans la naissance des enfants ; la loi divine, écrite dans la nature, est par conséquent plus forte et l'emporte sur toute loi humaine, selon l'affirmation nette et concise de Jésus : "Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni" (Mc 10, 9). La perspective n'est pas d'abord morale : avant même le devoir, elle concerne l'être, l'ordre inscrit dans la Création.

 

Chers frères et sœurs, dans ce sens, la liturgie de la Parole d'aujourd'hui – au-delà de la première impression – se révèle particulièrement adaptée pour accompagner l'ouverture d'une assemblée synodale dédiée à l'Afrique. Je voudrais souligner en particulier certains aspects qui émergent avec force et qui interpellent le travail qui nous attend. Le premier, déjà mentionné : le primat de Dieu, Créateur et Seigneur. Le deuxième : le mariage. Le troisième : les enfants. A propos du premier aspect, l'Afrique est dépositaire d'un trésor inestimable pour le monde entier : son profond sens de Dieu, que j'ai pu percevoir directement dans mes rencontres avec les évêques africains en visite "ad limina", et encore plus lors du récent voyage apostolique au Cameroun et en Angola, dont je conserve un souvenir empli de gratitude et d'émotion […].

 

Lorsque l'on parle des trésors de l'Afrique, notre pensée va immédiatement aux ressources dont le continent est riche et qui sont malheureusement devenues, et continuent parfois de l'être, une source d'exploitation, de conflit et de corruption. La Parole de Dieu nous fait au contraire nous tourner vers un autre patrimoine : le patrimoine spirituel et culturel dont l'humanité a besoin encore plus que de matières premières. "En effet – dirait Jésus – quel avantage, un homme a-t-il à gagner le monde entier s'il le paye de sa vie?" (Mc 8, 36). De ce point de vue, l'Afrique représente un immense "poumon" spirituel, pour une humanité qui semble en crise de foi et d'espérance. Mais ce "poumon" peut aussi tomber malade. Et, à l'heure actuelle, au moins deux pathologies dangereuses sont en train de l'attaquer : avant tout, une maladie déjà diffusée dans le monde occidental, à savoir le matérialisme pratique, associé à la pensée relativiste et nihiliste. Sans parler de la genèse de tels maux de l'esprit, il est toutefois indiscutable que le soi-disant "premier" monde a parfois exporté et continue d'exporter des déchets spirituels toxiques qui contaminent les populations des autres continents, parmi lesquels justement les populations africaines. C'est dans ce sens que le colonialisme, qui a pris fin au plan politique, n'est jamais tout à fait terminé. Mais, justement dans cette perspective, il faut signaler un second "virus" qui pourrait également toucher l'Afrique, à savoir le fondamentalisme religieux, lié à des intérêts politiques et économiques. Des groupes qui s'inspirent des différentes appartenances religieuses sont en train de se répandre sur le continent africain ; ils le font au nom de Dieu, mais selon une logique opposée à la logique divine, c'est-à-dire en enseignant et en pratiquant non pas l'amour et le respect de la liberté, mais l'intolérance et la violence.

 

En ce qui concerne le thème du mariage, le texte du chapitre 2 du Livre de la Genèse nous en a rappelé le fondement perpétuel, que Jésus lui-même a confirmé : "A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un" (Gn 2, 24). Comment ne pas rappeler l'étonnant cycle de catéchèse, que le serviteur de Dieu Jean-Paul II a dédié à un tel sujet, à partir d'une exégèse, ô combien approfondie, de ce texte biblique? Aujourd'hui, en nous le proposant justement à l'ouverture du synode, la liturgie nous offre la lumière surabondante de la vérité révélée et incarnée dans le Christ, avec laquelle on peut considérer la thématique complexe du mariage dans le contexte ecclésial et social africain. Sur cet autre point cependant, je voudrais offrir brièvement une suggestion qui précède toute réflexion et toute indication de type moral, et qui est liée encore au primat du sens du sacré et de Dieu. Le mariage, tel que la Bible nous le présente, n'existe pas en dehors de la relation avec Dieu. La vie conjugale entre l'homme et la femme, et donc de la famille qui en découle, est inscrite dans la communion avec Dieu et, à la lumière du Nouveau Testament, elle devient une icône de l'Amour trinitaire et le sacrement de l'union du Christ avec l'Eglise. Dans la mesure où elle conserve et développe sa foi, l'Afrique pourra trouver des ressources immenses à donner en faveur de la famille fondée sur le mariage.

 

En incluant également dans l'épisode évangélique le texte sur Jésus et les enfants (Mc 10, 13-15), la liturgie nous invite à considérer d'ores et déjà, dans notre sollicitude pastorale, la réalité de l'enfance qui constitue une grande partie, même si elle est malheureusement souffrante, de la population africaine. Dans la scène où Jésus accueille les enfants, en s'opposant avec indignation à ses propres disciples qui voulaient les éloigner, nous voyons l'image de l'Eglise qui, en Afrique et dans toute autre partie de la terre, manifeste sa maternité surtout à l'égard des plus petits, même lorsqu'ils ne sont pas encore nés. Comme le Seigneur Jésus, l'Eglise ne voit pas en eux avant tout les destinataires d'une aide, et encore moins que jamais d'un piétisme ou d'une manipulation, mais des personnes à part entière qui, par leur façon d'être, montrent la voie maîtresse pour entrer dans le royaume de Dieu, à savoir celle qui consiste à s'en remettre sans condition à son amour.

 

[…] Puisque la croissance de la communauté ecclésiale dans tous les domaines comporte également des défis ad intra et ad extra, le synode est un moment propice pour repenser l'activité pastorale et renouveler l'élan d'évangélisation. Pour devenir lumière du monde et sel de la terre, il faut toujours davantage viser la "haute mesure" de la vie chrétienne, c'est-à-dire la sainteté. Les pasteurs et tous les membres de la communauté ecclésiale sont appelés à être saints ; les fidèles laïcs sont appelés à diffuser le parfum de la sainteté dans la famille, sur les lieux de travail, à l'école et dans tout autre milieu social et politique. Puisse l'Eglise en Afrique être toujours une famille de disciples du Christ authentiques, où les différences entre les ethnies deviennent le motif et le stimulant d'un enrichissement humain et spirituel réciproque.

 

Par son action d'évangélisation et de promotion humaine, l'Eglise peut certainement apporter en Afrique une grande contribution à toute la société, qui connaît malheureusement dans plusieurs pays la pauvreté, les injustices, les violences et les guerres. La vocation de l'Eglise, communauté de personnes réconciliées avec Dieu et entre elles, est d'être prophétie et ferment de réconciliation entre les différents groupes ethniques, linguistiques et aussi religieux, à l'intérieur de chaque nation et sur tout le continent. La réconciliation, don de Dieu que les hommes doivent implorer et accueillir, est un fondement stable sur lequel construire la paix, condition indispensable pour le progrès authentique des hommes et de la société, selon le projet de justice voulu par Dieu. Ouverte à la grâce rédemptrice du Seigneur ressuscité, l'Afrique sera ainsi toujours plus éclairée par sa lumière et, en se laissant guider par l'Esprit Saint, elle deviendra une bénédiction pour l'Eglise universelle, apportant sa contribution qualifiée à l'édification d'un monde plus juste et fraternel.

 

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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