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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 09:41

Une intéressante réflexion du P. Alain Dumont, prêtre de la Communauté de l'Emmanuel, qui nous a accordé l'aimable autorisation de publier le présent article.

Ce n’est pas bien mon style d’habitude, mais ayant du des dizaines de fois dire et redire les mêmes choses, je me suis décidé de les mettre par écrit.

De très nombreuses fois, j’entends mes frères et soeurs chrétiens s’exclamer : “Mais je ne suis pas homophobe!” d’un air révolté ou triste, selon les moments. Or c’est précisément l’objectif de ces slogans lancés à tout bout de champ par la propagande : il faut déstabiliser l’adversaire en le culpabilisant pour le faire douter de ses propres arguments. Tout le temps qu’il prendra pour se défendre sera un temps où il ne pourra pas attaquer. C’est le nerf de toute guerre psychologique.

Ceci dit, entrons dans le concret. Cette guerre psychologique n’est pas d’aujourd’hui : elle remonte au sortir de la dernière Guerre Mondiale et s’est menée jusqu’à présent en quatre vagues successives, toutes espacées d’une vingtaine d’années environ :

Fachos !

Années 50-60 : on sort de la Guerre Mondiale, le Communisme fait prévaloir sa participation à la résistance [1]. Tout le monde sait qu’à cette époque, la France a été à deux doigts de devenir un pays communiste.

Comment à cette époque entraîner avec soi “l’Opinion” ? En lançant sur le marché un seul mot : « Facho ! » Dès que quelqu’un osait s’opposer aux revendications gauchistes, il était traité de Fachos et voué aux gémonies. Il a bien été tenté de lancer une controffensive en parlant des « Cocos », mais cela n’a jamais pris, sinon pour rigoler. Mais traiter l’autre de Facho n’avait rien de drôle ! Toute une partie de la population a été réduite au silence pur et simple.

 Première victoire.

Machos !

Années 70-80 : Ces années sont les véritables “années 68”. Montée du féminisme de gauche. Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir a retraversé l’Atlantique pour mener le combat en France. Petit extrait : « Un monde où les hommes et les femmes seraient égaux est facile à imaginer car c’est exactement celui qu’avait promis la révolution soviétique : les femmes élevées et formées exactement comme les hommes travailleraient dans les mêmes conditions et pour les mêmes salaires ; la liberté érotique serait admise par les moeurs, mais l’acte sexuel ne serait plus considéré comme un “service” qui se rémunère ; la femme serait obligée de s’assurer un autre gagne-pain ; le mariage reposerait sur un libre engagement que les époux pourraient dénoncer dès qu’ils le voudraient ; la maternité serait libre, c’est-à-dire qu’on autoriserait le birthcontrol et l’avortement et qu’en revanche, on donnerait à toutes les mères et à leurs enfants exactement les mêmes droits, qu’elles soient mariées ou non ; les congés de grossesse seraient payés par la collectivité qui assumerait la charge des enfants, ce qui ne veut pas dire qu’on retirerait ceux-ci à leurs parents mais qu’on ne les leur abandonnerait pas. » [2]

Obsolète, la femme de Jean-Paul Sartre ?

Comment dès lors désarmer l’ennemi masculin ? Par un mot slogan : « Macho ! ». Aujourd’hui encore, vous lancez le mots magique à la face de tout homme et il a au moins en lui le réflexe de la justification, quand ce n’est pas celui de déni : "Mais non, je ne suis pas Macho !" Dès lors, la porte est ouverte à un programme qui a été édité en 1949. Le Droit à l’avortement peut se présenter, qui suit celui à la pilule : tous ceux qui sont contre sont des« Macho ! ». Nous sommes dans son plein accomplissement aujourd’hui.

Deuxième victoire.

Cathos !

Année 80-2000 : petit chevauchement sur les années 80. Après la mobilisation sans précédents de 1984 pour le maintien de l’école libre, l’Église Catholique est désormais clairement identifiée comme un contre pouvoir insupportable. On voit alors se multiplier les pamphlets, les documentaires télévisés sur une histoire “sombre et obscurantiste” qui ne peut déboucher que sur une seule conclusion : quand on a fait de telles horreurs, on n’a qu’un seul droit : celui de se taire. [3]

Et hop : on cherche un nouveau slogan : « Cathos ! » On ressort les mêmes arguments qu’à l’époque du "petit père Combes" et de Jules Ferry : les cathos sont des ringards qui « s’opposent au progrès ! » Ah voilà la recette miracle géniale : « Nous sommes le parti du Progrès »scandent encore aujourd’hui une frange non négligeable de militants.

 Quel progrès ? Celui du droit revendiqué. Le principe est simple : plus on accorde des droits à ceux qui se déclare “victimes”, plus ils seront “heureux” [4]. Dès lors se développe en France une épidémie dont nous ne sommes pas sortis : l’opinion devient « Victimaire » [5] Si vous arrivez à vous présenter comme “victime”, vous gagnez désormais toutes vos causes. Tous les décisionnaires sont a priori les méchants. Le principe est une modernisation de la lutte des classes de Marx, non plus des Prolétaires contre les Bourgeois, mais la Laïcité contre l’Église Catholique. Désormais, la Laïcité se déclare « victime » des méchants « Cathos » qui sont le dernier rempart au Progrès.

Au demeurant, si vous voulez clouer le bec à vos détracteurs, trouvez des arguments victimaires : ils seront incapables de vous opposer quoi que ce soit, sauf s’ils arrivent à contrecarrer la difficulté en vous disant que vous n’avez "pas le droit” de vous déclarer "victime". Argument breveté et réservé !

Troisième victoire.

Homophobes !

Années 2000-2013 : Il faut donc abattre l’Église « Haineuse ». Ou plus exactement, la Franc-Maçonnerie du Grand Orient de France a désormais les coudées franches pour parvenir à son objectif : non pas “détruire” l’Église Catholique, mais la réduire au rang des “autres religions” pour s’auto-déclarer comme Instance Morale Régulatrice des violences qui sont désormais toutes entées sur les religions. Toutes les religions sont par nature violentes, les peuples sont leurs victimes.

Certains diront : « Il ne faut pas voir des complots partout ! » Qu’il suffise de lire les propos rapportés par le père Matéo de la part d’un FM converti en 1908 (Comme quoi ça ne date pas d’hier !) : « Mon Père, vous ne pourrez jamais exagérer l’importance de la croisade que vous prêchez [pour la promotion de la famille]. Nous, nous ne visons qu’à une seule chose : déchristianiser la famille. Nous laissons volontiers aux catholiques les églises, les chapelles, les cathédrales ; il nous suffit, pour pervertir la société, d’avoir les familles. Si nous réussissons, c’en est fait de la victoire de l’Église ! » [6]

Là, une cause se présente toute prête : la montée du mouvement Gay [7]. Les méchants sont désormais les « Fachos Machos Hétéros », présentés par le mouvement Queer comme de grossiers personnages incapables d’aimer leur femme [8], et donc qui ont tout intérêt à se laisser éduquer par les Gays qui, eux, ont tout compris de ce qu’attendaient les femmes pour être heureuses.

Alors surgit en force les quelques 1.800 membres de la fameuse LGBT. N’ayant pas de fonds, un donateur se présente : Pierre Bergé, celui qui considère qu’il n’y a aucune différence entre un ouvrier qui loue ses bras à l’usine et une femme qui loue son ventre pour pondre des gosses. Milliardaire de la Haute Couture, ancien compagnon malheureux de Yves Saint Laurent, il leur ouvre tous les panneaux publicitaires de Paris et finance toutes leurs actions [9]Là dessus, le GOF saute sur l’occasion et focalise les politiques sur cette nouvelle opportunité de « déchristianiser la famille ».

Surgit le dernier slogan avant le prochain : « Homophobes ! ». Un mot magique que les nouveaux victimaires vont brandir à tout bout de champ [10]. Les partisans de la cause n’ont plus que ce mot-là à la bouche : « Homophobes ! Homophobes ! ». Et nous, qui ne connaissons pas les stratégies propagandistes, nous passons notre temps à nous "défendre" et à nous sentir "blessés". Alors qu’il ne s’agit que d’une arme de guerre psychologique, géniale au demeurant.

Le plus génial, c’est qu’un slogan ne chasse aucunement l’autre, mais telles des strates sédimentaires, s’accumulent au contraire. Donc si vous avez le malheur de n’être pas de gauche, d’être un homme, de confession catholique et hétérosexuel, vous êtes un ”FMCH” : un « Facho Macho Catho Homophobe », et là, vous êtes mort.

Quatrième victoire ?

Conclusion

Ce ne sont là que quelques aspects de la guerre civile dans laquelle nos dirigeants ont placé la France. Il y en a bien d’autres, mais dans l’atmosphère actuelle, il m’a semblé utile de faire ce petit — et trop rapide j’en conviens — rappel historique afin que nous ne nous trompions pas de combat et surtout que nous ne tombions pas dans le piège de la culpabilisation orchestrée. Une fois cet aspect mis en lumière, on utilise son énergie ailleurs, pour être plus efficace parce que fier d’être ce que l’on est sans avoir à rendre des comptes aux victimes instituées.

Désormais, quand vous entendrez cracher à la figure Facho ! Macho ! Catho ! ou Homophobe !, souriez intérieurement et priez pour la personne qui vous invective, parce que son histoire est certainement difficile et que ce combat est certainement un cri ultime de détresse pour pouvoir exister dans un monde impitoyable. Et n’oubliez pas que même les Gaucho féministes pas Cathos et pro-LGBT sont nos frères et soeurs, et qu’eux aussi ont droit à notre considération, notre prière et notre amour, dans le Christ.

Vous avez le droit de ne pas être d’accord. j’ai bien conscience qu’en écrivant cela, je prends des risques, mais au nom du Christ, il me semble que cela en vaut la peine.

Courage Zorobabel ! (Ag 2,1-9) 


[1] Que cela soit vrai ou non n’est pas le problème. Nous ne sommes pas là pour juger de la véracité des allégations mais pour comprendre un mécanisme de propagande.

[2] Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, Gallimard, coll. « Folio essais » (1976), p. 643-644. Les mots en italiques le sont par l’auteur.

[3] Au demeurant, toutes les violences de la Révolution française sont légitimées : il “fallait bien en passer par là si on voulait se libérer de l’oppression de la monarchie soutenue par... les cléricaux” !

[4] Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas de réelles ! Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit.

[5] Lire à ce propos le livre excellent de Caroline Eliacheff et Daniel Souliez Larivière : Le Temps des Victimes, Albin Michel (2007).

[6] Père Matéo, Jésus, roi d’amour, Tequi, (1908).

[7] À distinguer absolument des “homosexuels”. Les “Gay” sont des militants de la cause, qui se positionnent comme des Victimes des « Machos Hétéros ». Pour cela, ils font cause commune avec le mouvement pro-lesbiennes.

[8] Le meilleur exemple est le personnage de Gilles dans le film Comme t’y es belle. Tellement caricatural que n’importe qui n’attend qu’une seule chose : c’est que sa femme tombe dans les bras du beau “Michel Ange”, évidemment époux esseulé, bon père de famille et tout le bataclan. Au demeurant, c’est un film absolument hilarant que j’adore !

[9] C’est un peu rapidement dit, je l’avoue, mais c’est en gros ça.

[10] Il revient 6 fois en 6 paragraphes dans la lettre des voeux aux recteurs d’académie de Vincent Peillon datée du 4 janvier 2013.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions d'actualité
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commentaires

Philippe de WILDE 04/03/2013 02:55


Hormis la question de l'avortement, je suis écoeuré que vous souteniez le refus d'excommunier le violeur de cette petite fille.


 


D'autre part, je vous informe que Martini n'a pas gardé ses opinions pour lui. En 2008, il est allé jusqu'à les diffuser par le truchement d'un ouvrage où il s'oppose clairement à Benoît
XVI. 

Philippe de WILDE 03/03/2013 16:40


Désolé de vous apprendre que le réglement vous échappe complètement en matière d'excommunication. En réalité, le combat contre l'Eglise ne constitue pas le seul motif justifiant ce type de
bannissement. Voici un exemple illustratif qui devrait éclairer votre lanterne : 


 


http://www.wikistrike.com/article-vatican-le-viol-est-moins-grave-que-l-avortement-le-cardinal-giovanni-battista-re-108630547.html


 


 

Matthieu 03/03/2013 16:51



On n'excommunie pas quelqu'un en raison de ses options personnelles, s'il les garde pour lui et y renonce pour enseigner la doctrine catholique - ce que fit Martini dans son diocèse.


 


Sur l'excommunication en cas d'avortement : lire Quelques réflexions sur l'affaire brésilienne.



Philippe de WILDE 03/03/2013 16:08


En effet, les articles ne soulèvent pas ce sujet spécifiquement. Mais tout ce qu'a exprimé Martini aurait dû, normalement, lui valoir une excommunication. Beaucoup de personnes ont fait les frais
de celle-ci, même si elles ne faisaient pas de leurs opinions un cheval de bataille. Votre tentative d'explication est donc invalide. 

Matthieu 03/03/2013 16:14



On peut avoir des opinions personnelles contraires à la doctrine de l'Eglise, et... renoncer à les enseigner par amour de l'Eglise, dans un acte de foi et d'humble soumission. Si on y renonce,
l'excommunication est sans objet.


 


J'en profite Philippe pour vous remercier de publier vos commentaires sous votre identité complète. Il y a tant de personnes qui se dissimulent sous un pseudo - même parmi les catholiques.
J'apprécie votre honnêteté et votre courage. Dieu vous bénisse!



Philippe de WILDE 03/03/2013 15:48


Alors expliquez-moi pourquoi cet "hérétique" de Martini n'a pas été excommunié.


 


Vous ne pouvez pas affirmer que c'est Dieu qui a préféré Jean-Paul II et Benoît XVI. Les voies divines sont impénétrables et vous savez pertinemment que, dans l'Histoire, de nombreux papes ont
violé la parole du Christ. Pierre lui-même l'a trahi de son vivant.

Matthieu 03/03/2013 16:01



Pourquoi Martini n'a pas été excommunié? Sans doute parce qu'il n'a pas fait de ses opinions personnelles un cheval de bataille contre l'Eglise catholique, à laquelle il a préféré rester fidèle.


 


Au fait : je ne vois pas dans vos deux liens la moindre référence à la reconnaissance civile des unions homosexuelles. Aurais-je lu trop vite?


 


Les papes sont choisis par Dieu. Mais ils ne sont pas des surhommes. Ils sont pécheurs, tous comme nous. Ils peuvent même se tromper - l'histoire le montre bien. C'est pourquoi Dieu leur donne le
charisme spécial de l'infaillibilité dans le domaine de la foi et des moeurs - et ceux-là seulement. Pour permettre à la Révélation divine confiée par Jésus-Christ à son Eglise de faire son
chemin à travers les siècles, sans altération ni corruption.



Philippe de WILDE 03/03/2013 15:25


Réponse à Matthieu :


Voici des éléments essentiels sur le Cardinal Martini dont vous ne semblez pas connaître les positions (révolutionnaires pour l'Eglise catholique) :


http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/09/02/dans-une-interview-posthume-le-cardinal-carlo-maria-martin-s-en-prend-a-l-eglise-catholique_1754535_3224.html


 


http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/05/21/la-lecon-de-reforme-du-cardinal-martini-a-son-eglise_1047672_3214.html

Matthieu 03/03/2013 15:33



Il s'agit là de ses opinions privées - non de l'expression du Magistère authentique de l'Eglise catholique. Dois-je vous rappeler le nombre colossal d'évêques hérétiques que l'Eglise catholique a
comporté en son sein dans son histoire?


 


Le Cardinal Martini aurait pu devenir pape. Dieu lui a préféré Jean-Paul II et Benoît XVI.