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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 12:40

Un lecteur m’envoie ce message en privé :

 

« Bonjour, je lis régulièrement ce blog dont j'apprécie la qualité des articles. Pouvez-vous m'aider pour les questions qu'un ami musulman me pose pour en fait contester ma foi en Christ ? Je suis catholique.

 

Pourquoi il n'y a aucun passage où Jésus dit "je suis votre Dieu adorez moi", alors que c'est le dogme principal chez les chrétiens aujourd'hui ? (et ne me dites pas qu'il avait peur des juifs).

 

Pourquoi les autres nations (ceux qui sont venu avant le Christ, dont les prophètes) ne croyaient pas à la Trinité ; seraient il envoyé en enfer pour cela?

 

Si Jésus est venu pour délivrer l'humanité du péché originel commis par Adam, pourquoi ne l'a-t-il jamais dit ? Vu que la bible ne contient aucune parole du Christ parlant du péché originel, on signale là que cette doctrine a été développée bien après au début du Ve siècle par un prêtre nommé Augustin.

 

Pourquoi Dieu le Tout Puissant devait-il faire descendre son prétendu fils pour pardonner aux gens leurs péchés ; ne pouvait-il pas simplement pardonner ces péchés?

 

Comment Dieu peut-il être trois en 1 et un en trois (sans donner l'exemple de l'œuf ou celui de la pomme qui n'y correspondent pas) ?

 

Si le Christ est Dieu, pourquoi le Christ affirmait-il que c'est Dieu qui l'a envoyé ?

 

Si le Christ était d'accord sur ce qui lui arrivait et qu'il était Dieu, pourquoi priait-il sur la croix "eli eli lama chabaktani" : mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ?

 

Quand Dieu, le Créateur était sur la croix (gloire à lui de ce qu'il prétendent), qui c'est qui s'occupait de la terre et des sept cieux, qui répondait aux prières de gens, qui.... ?

 

Pourquoi la libération des péchés n’a pas été faite au temps d'Adam?

 

Merci. »

 

Ce sont là de belles et vastes questions qui peuvent intéresser le plus grand nombre. C’est pourquoi je me propose d’y répondre publiquement sur ce blog, au moyen du présent article.

 

Bien sûr, je ne vais faire qu’effleurer les points soulevés. N’hésitez donc pas à m’interroger si vous souhaitez voir approfondi tel ou tel aspect de la foi catholique que je vais m’efforcer d’exposer là en quelques mots.

 

Je suis heureux en tous les cas de commencer cette année sous les mêmes auspices que l’année dernière – en proposant un dialogue avec nos frères musulmans (par l’intermédiaire de l’un d’entre vous).

 

1. « Pourquoi il n'y a aucun passage où Jésus dit "je suis votre Dieu adorez moi", alors que c'est le dogme principal chez les chrétiens aujourd'hui ? (et ne me dites pas qu'il avait peur des juifs) ».

 

Pour des raisons pédagogiques. Si Jésus s’était présenté immédiatement à ses Apôtres, souriant et bras ouverts, en leur disant : « Je suis votre Dieu, adorez-moi ! », tout le monde l’aurait pris pour un fou, et il n’aurait pas tenu trois ans (n’oublions pas que c’est pour ce motif qu’il a été crucifié… cf. Jn 10. 33).

 

Il fallait donc que Jésus manifestât sa divinité autrement, de telle manière que les Apôtres en viennent à comprendre par eux-mêmes quelque chose du mystère de sa personne. D’où sa prédication puissante (« jamais homme n’a parlé comme celui-là ! » – cf. Jn 7. 46 ; « d’où lui vient cette sagesse ? » – cf. Mt 13. 54…) et ses nombreux miracles.

 

Cela dit, la parole la plus explicite de Jésus sur sa divinité se trouve certainement en Jn 8. 58 : « Avant qu’Abraham fut, moi, JE SUIS ». Jésus ne pouvait pas être plus clair. Non seulement il affirme ici l’éternité de son existence, mais il s’attribue le Nom même que Dieu révéla à Moïse dans le Buisson ardent : « JE SUIS » (cf. Ex 3. 14). C’est donc bien une manière de dire : « Je suis votre Dieu, adorez-moi ! ». Et c’est ainsi d’ailleurs que les Juifs l’ont entendu - en témoigne, leur réaction à cette parole : « Ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter » (Jn 8. 59). On sait comment tout cela finira…

 

Cf. Sur la divinité du Christ, voir les deux très belles vidéos de Mgr André-Joseph Léonard : Je suis la Vérité, et Je suis la Vie.

 

2. « Pourquoi les autres nations (ceux qui sont venu avant le Christ, dont les prophètes) ne croyaient pas à la Trinité ; seraient-il envoyé en enfer pour cela? »

 

Parce que la Trinité n’était pas pensable... avant qu’elle se révélât elle-même aux hommes.

 

La Trinité n’est pas une réalité accessible à la seule raison humaine. Il n’est possible d’y croire que dans la mesure où Jésus-Christ nous l’a révélé – en manifestant sa propre divinité (1) ; en se référant sans cesse à un autre que lui, qu’il nommait son « Père » (2) ; et en promettant l’envoi d’un mystérieux Paraclet qu’il appelait le « Saint Esprit » (3) ; trois réalités distinctes donc, mais désignant un seul et même mystère : le mystère même de Dieu, au nom duquel Jésus envoie ses Apôtres baptiser les nations (« baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » – cf. Mt 28. 19 : on remarquera ici que l’expression « au nom » est au singulier et que les trois « réalités » divines désignées par les mots « Père » « Fils » et « Saint Esprit » sont placées sur un pied d’égalité – quoiqu’elles soient citées dans un certain ordre…).

 

Personne bien évidemment n’ira en enfer parce qu’il n’a pas cru à un mystère non révélé par Dieu, qu’il ne pouvait connaître par lui-même ! Dieu n’est pas injuste.

 

Cf. Sur le salut des hommes ayant précédé le Christ, voir cette vidéo de Arnaud Dumouch.

 

3. « Si Jésus est venu pour délivrer l'humanité du péché originel commis par Adam, pourquoi ne l'a-t-il jamais dit ? Vu que la Bible ne contient aucune parole du Christ parlant du péché originel, on signale là que cette doctrine a été développée bien après au début du Ve siècle par un prêtre nommé Augustin. »

 

Jésus n’emploie pas, il est vrai, l’expression « péché originel » – pas plus que celle de « Trinité », ou de « Nouveau Testament » ! Ce n’est pas pour cela que ces trois réalités n’existent pas.

 

Cela dit, Jésus, en bon juif, connaît parfaitement le récit de la Création en Genèse 1, puis en Genèse 2 ; il connaît aussi le récit de la chute d’Adam et Eve – que Saint Augustin désignera plus tard par l’expression « péché originel ». Jésus évoque lui-même, dans une célèbre controverse avec les pharisiens, cette mystérieuse « origine » antérieure à la Chute, où la volonté de Dieu n’était pas contrecarrée par l’endurcissement du cœur de l’homme (cf. Mt 19. 2 et s). Et lorsqu’il veut dévoiler à ses disciples le secret de sa messianité, il le fait en annonçant sa Passion prochaine (cf. Mt 16. 21 ; 17. 12…), se présentant comme le Serviteur Souffrant prophétisé par Isaïe en certains passages de son Livre faisant explicitement référence à une rédemption universelle (consécutive à une perdition universelle « Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. » – cf. Is. 53.  6 ) : « C'est à cause de nos fautes qu'il a été transpercé, c'est par nos péchés qu'il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c'est par ses blessures que nous sommes guéris […]. Parce qu'il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés. » (Is. 53. 5. 11).

 

Tous les péchés des hommes sont donc assumés par ce Serviteur qui nous obtient la paix – la réconciliation avec Dieu : en lui, la faute originelle (qui est à la source de tous les péchés des hommes) est définitivement expiée et l’humanité peut envisager un avenir d’amour et de paix avec Dieu – où le péché n'existera plus. « En effet, si la mort a frappé la multitude des hommes par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu a-t-elle comblé la multitude, cette grâce qui nous est donnée en un seul homme, Jésus-Christ » (Rm 5. 15). « De même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation, de même, l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie » (Rm. 5. 18 – mais c’est tout le chapitre 5 de la lettre aux Romains qu’il faudrait relire).

 

4. « Pourquoi Dieu le Tout Puissant devait-il faire descendre son prétendu fils pour pardonner aux gens leurs péchés ; ne pouvait-il pas simplement pardonner ces péchés? »

 

Non. Le pardon extérieur des péchés ne suffisait pas, car l’humanité était viciée de l’intérieur. Il fallait donc plus qu’un pardon : il fallait une véritable guérison, une transformation radicale du cœur de l’homme, une ré-génération. Il fallait que l’humanité soit purifiée de l’intérieur – jusqu’à la racine de l’être. Or, puisque l’homme (en Adam) avait dit NON à Dieu, il fallait qu’un autre homme (un nouvel Adam – principe d’une nouvelle humanité) soit capable de dire OUI à Dieu – et d’emporter toute l’humanité dans ce OUI. C’est pourquoi Dieu a envoyé son Fils : pour qu’un homme enfin, en la personne de Jésus de Nazareth, soit capable de dire OUI à Dieu jusqu’au bout, jusqu’au don suprême de sa vie… – ce que l’homme seul, livré à ses propres forces, n’aurait jamais été capable de faire (à cause du péché originel). Et parce que Jésus, qui est vraiment homme, est aussi vraiment Dieu, il a le pouvoir de communiquer à tous les hommes (par le canal de sa propre humanité) la grâce de dire OUI à Dieu à leur tour.

 

Depuis l’évènement de la Croix, quelque chose de profond est changé dans l’humanité. Les effets du péché originel demeurent certes pour un peu de temps encore, mais nous avons dorénavant le remède dans la Croix du Christ et la grâce sanctifiante qu’elle nous obtient – que nous pouvons aller puiser dans les sacrements de l’Eglise que Jésus a fondée précisément pour porter son Salut au monde entier. Ce remède, en 2000 ans d’Histoire, a engendré une multitude de saints. Ceux-ci sont les témoins de la Victoire de la Croix sur le mal et le péché ; le signe annonciateur qu'un monde nouveau est en germe, qui éclora à la fin des temps, lorsque le Christ viendra inaugurer son règne. C’est alors toute l’humanité qui sera transfigurée, en sorte qu’il n’y aura plus jamais de mal ni de péché, car le cœur de l’homme aura été régénéré à ce point qu’il ne pourra plus désirer le mal ni le commettre.

 

Encore faut-il que nous acceptions d’entrer dans ce Salut promis… car il existe pour chaque homme la possibilité du refus (et de la séparation définitive avec Dieu – ce que l’on appelle l’Enfer…)

 

5. « Comment Dieu peut-il être trois en 1 et un en trois (sans donner l'exemple de l'œuf ou celui de la pomme qui n'y correspondent pas) ? »

 

Ah, c’est un fameux mystère, je le reconnais! Mais il existe dans le monde créé des exemples d’unité dans la triplicité qui peuvent nous aider à comprendre : c’est l’homme avec ses trois composantes : le corps, l’esprit et l’âme ; la nature, avec ses trois règnes : minéral, végétal, animal ; la matière, avec ses trois états : solide, liquide, gazeux ; l’espace, avec ses trois dimensions : longueur, largeur, profondeur ; le temps avec son passé, son présent, et son avenir ; l’arbre avec ses trois parties : racines, tronc, branches ; etc…

 

Cf. Relire notre article sur la Très Sainte Trinité.

 

6. « Si le Christ est Dieu, pourquoi le Christ affirmait-il que c'est Dieu qui l'a envoyé ? »

 

Parce que c’est Dieu le Père qui l’a envoyé Lui, Dieu le Fils.

 

7. « Si le Christ était d'accord sur ce qui lui arrivait et qu'il était Dieu, pourquoi priait-il sur la croix "eli eli lama chabaktani" : mon Dieu, mon Dieu pourquoi m 'as-tu abandonné? »

 

Parce que Jésus, en bon juif, avait l’habitude de prier les psaumes ; et que la parole que vous citez est le premier verset du psaume 21 (ou 22, selon la numérotation de votre Bible). En priant ce psaume sur la Croix, Jésus s’approprie le cri de l’homme souffrant s’exprimant par la bouche du psalmiste ; il le fait sien. Il va ainsi jusqu'au bout de l’Incarnation en se faisant « homme de douleur » – et en portant en sa chair suppliciée et son âme torturée la souffrance de tous les hommes. Il accomplit ainsi parfaitement en sa personne la prophétie d’Isaïe que nous avons évoquée plus haut (au point 3).

 

Si vous lisez le psaume 21 en son entier, vous serez surpris d’y voir une description détaillée (et donc : prophétique) de la crucifixion de Jésus (« Des chiens me cernent, une bande de vauriens m'entoure. Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent. Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. »…) De même que vous serez étonné de lire, dans la deuxième partie du texte, l’annonce de la Victoire finale, le Salut universel et le surgissement d’un monde nouveau. « Tu m'as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le Seigneur, glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob, vous tous, redoutez-le, descendants d'Israël. Car il n'a pas rejeté, il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s'est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte (…). Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ; ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent : « A vous, toujours, la vie et la joie! » La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, chaque famille de nations se prosternera devant lui : « Oui, au Seigneur la royauté, le pouvoir sur les nations ! » (…) On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son oeuvre ! »

 

C’est tout cela que Jésus évoque sur la Croix – même si, dans son asphyxie, il ne peut articuler que le premier verset du psaume... Comme pour nous dire : « Cette parole de l’Ecriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit »… (cf. Lc 4. 21).

 

On sait ce qu’il adviendra ensuite : trois jours plus tard, Jésus ressuscitera, inaugurant ainsi la victoire définitive sur la mort et le péché – victoire dans laquelle nous sommes tous invités aujourd’hui à entrer, en nous agrégeant à ce peuple nouveau, né de la Croix, qu’est l’Eglise, rassemblée autour du successeur de Pierre (sur lequel Jésus avait annoncé qu’il bâtirait son Eglise – cf. Mt 16. 18) et des Apôtres : le Pape et les Evêques.

 

8. « Quand Dieu, le Créateur était sur la croix (gloire à lui de ce qu'ils prétendent), qui c'est qui s'occupait de la terre et des sept cieux, qui répondait aux prières de gens, qui.... ? »

 

Eh bien… la Trinité, mon général ! 

 

Quant au Logos-Créateur (le Verbe), c’est de la Croix précisément – son trône de Gloire – qu’il « s’occupait » le mieux de la terre et des cieux, en sauvant l’humanité et en la régénérant jusqu’à la racine ; c’est de la Croix qu’il répondait à toutes « les prières des gens », bien au-delà de ce qu’ils pouvaient imaginer, espérer et oser demander – en leur ouvrant toutes grandes les portes du Royaume céleste et de la Vie éternelle…

 

9. « Pourquoi la libération des péchés n’a pas été faite au temps d'Adam? »

 

Parce que Dieu voulait susciter un peuple capable de l’accueillir, et que c’est une entreprise qui prend du temps si l’on considère que Dieu compose toujours avec notre liberté et notre intelligence. C’est un aspect de notre Dieu qu’il est difficile de comprendre – et qui fait toujours scandale (on le voit encore aujourd’hui avec l’affaire du préservatif) – mais qu’il est essentiel de bien percevoir : Dieu agit toujours avec patience et pédagogie. Il prend son temps pour nous amener là où Il veut parce qu’il sait que notre nature créée a besoin de temps. En cela, il manifeste qu’il est vraiment un Père pour nous…

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
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commentaires

jean 18/01/2011 16:31


très bon article Matthieu !


Xavier 17/01/2011 10:55



Bravo Matthieu pour ces belles réponses. Je me permets de rajouter un petit mot sur le pourquoi de l'Incarnation pour le pardon des péchés. Dans le Credo, nous parlons de rémission des
péchés. Or si nous rapprochons cela de la médecine où l'on parle d'une maladie en rémission, on peut comprendre alors que Dieu veut faire plus que simplement effacer nos péchés, il veut
guérir nos coeurs rongés par la maladie du péché, il veut nous recréer à sa parfaite ressemblance.


Le but de l'Incarnation n'est pas seulement le pardon des péchés - Dieu peut pardonner sans cela -, il est la recréation de l'Homme déchu.



Hervé 16/01/2011 19:40



Bravo Matthieu !  C'est un bel exploit de répondre en un seul article à toutes ces questions dont les réponses sont loin d'être évidentes à formuler !


Je me demande juste si tout cela est compréhensible pour un musulman non familier de la Foi chrétienne et non théologien. Mais peut-être suis-je pessimiste ! Si un lecteur musulman passait par
là, ce serait chouette qu'il nous dise s'il a tout compris.


Ce qui est bien, c'est que ton article peut être utile également à des jeunes ou des personnes manquant de formation chrétienne et qu'il pousse à aller + loin, avec de nombreuses références
bibliques.


  Bonne semaine à toi, fraternellement.