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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 19:10

Suite de la lettre apostolique du Pape Jean-Paul II sur le sens chrétien de la souffrance humaine (Salvifici Doloris, le 11 février 1984).

  

18. On peut dire qu'à présent les considérations ci-dessus nous mènent directement à Gethsémani et sur le Golgotha, où s'est réalisé le chant du Serviteur souffrant contenu dans le Livre d'Isaïe. Mais avant d'y aller, lisons les versets suivants du chant, qui donnent une anticipation prophétique de la Passion de Gethsémani et du Golgotha. Le Serviteur souffrant – et cela est à son tour essentiel pour une analyse de la Passion du Christ – se charge d'une manière totalement volontaire des souffrances dont on a parlé :

 

« Maltraité, il s'humiliait,

il n'ouvrait pas la bouche,

comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir,

comme devant les tondeurs une brebis muette,

il n'ouvrait pas la bouche.

Par contrainte et jugement il a été saisi.

Parmi ses contemporains, qui s'est inquiété

qu'il ait été retranché de la terre des vivants,

qu'il ait été frappé pour le crime de son peuple?

On lui a donné un sépulcre avec les impies

et sa tombe est avec le riche,

bien qu'il n'ait pas commis de violence

et qu'il n'y ait pas eu de tromperie dans sa bouche. »

 

Le Christ souffre volontairement et c'est innocent qu'il souffre. Il accueille par sa souffrance la question – posée nombre de fois par les hommes – qui a été exprimée en un sens d'une manière radicale par le Livre de Job. Toutefois, non seulement le Christ porte en lui l'interrogation elle-même (et cela d'une façon encore plus radicale puisque, s'il est homme comme Job, il est aussi le Fils unique de Dieu), mais il apporte également la plus complète des réponses possibles à cette question. La réponse vient, peut-on dire, de la matière même dont est faite la demande. La réponse à l'interrogation sur la souffrance et sur le sens de la souffrance, le Christ la donne non seulement par son enseignement, c'est-à-dire par la Bonne Nouvelle, mais avant tout par sa propre souffrance qui est complétée d'une manière organique et indissoluble par cet enseignement de la Bonne Nouvelle. Et c'est là le mot ultime, la synthèse, de cet enseignement : « le langage de la Croix », comme le dira un jour Saint Paul.

 

Ce « langage de la Croix » charge d'une réalité définitive l'image de la prophétie antique. Bien des textes, bien des discours, dans l'enseignement public du Christ, témoignent que celui-ci accepte d'emblée cette souffrance, qui est la volonté du Père pour le salut du monde. Mais ici, le point décisif est la prière à Gethsémani. « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux », et un peu plus loin : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite! » : ces paroles sont expressives à plus d'un titre. Elles prouvent la vérité de l'amour que le Fils unique donne à son Père par son obéissance. En même temps, elles attestent la vérité de sa souffrance. Les paroles de la prière du Christ à Gethsémani prouvent la vérité de l'amour par la vérité de la souffrance. Les paroles du Christ confirment en toute simplicité cette vérité humaine de la souffrance, jusqu'au fond : la souffrance, c'est subir le mal, devant lequel l'homme frémit. Il dit : « Qu'elle passe loin de moi! », précisément comme le Christ l'a dit à Gethsémani.

 

Ses paroles attestent en même temps la profondeur et l'intensité uniques et incomparables de la souffrance que seul l'Homme qui est le Fils unique a pu expérimenter ; elles attestent cette profondeur et cette intensité que les termes prophétiques cités ci-dessus aident, à leur manière, à comprendre : pas à fond, certes (il faudrait pour cela pénétrer le mystère divin et humain de celui qui en est le sujet), mais au moins à comprendre la différence (et en même temps la ressemblance) qui se vérifie entre toute souffrance possible de l'homme et celle du Dieu-Homme. Gethsémani est le lieu où précisément cette souffrance, dans toute la vérité exprimée par le prophète sur le mal qu'elle fait ressentir, s'est révélée quasi définitivement à l'âme du Christ.

 

Après les paroles de Gethsémani viennent les paroles prononcées sur le Golgotha : elles témoignent de la profondeur – unique dans l'histoire du monde – du mal que représente l'épreuve de la souffrance. Lorsque le Christ dit « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? », ses paroles ne sont pas seulement l'expression de l'abandon qui s'exprimait souvent dans l'Ancien Testament, spécialement dans les Psaumes, et en particulier dans ce Psaume 21 d'où vient la phrase citée. On peut dire que ces paroles d'abandon naissent au plan de l'union indissoluble du Fils à son Père, et qu'elles naissent parce que le Père « a fait retomber sur lui nos fautes à tous », dans la ligne de ce que dira Saint Paul : « Celui qui n'avait pas connu le péché, Dieu l'a pour nous identifié au péché ». En même temps que ce poids horrible, mesurant « tout » le mal – contenu dans le péché – qui consiste à tourner le dos à Dieu, le Christ, par la profondeur divine de l'union filiale à son Père, perçoit d'une façon humainement inexprimable la souffrance qu'est la séparation, le rejet du Père, la rupture avec Dieu. Mais c'est justement par cette souffrance qu'il opère la Rédemption et qu'il peut dire en expirant : « Tout est accompli ».

 

On peut dire aussi que l'Ecriture s'est accomplie, que se sont définitivement réalisées les paroles du chant du Serviteur souffrant : « Le Seigneur a voulu l'écraser par la souffrance ». La souffrance humaine a atteint son sommet dans la Passion du Christ. Et, simultanément, elle a revêtu une dimension complètement nouvelle et est entrée dans un ordre nouveau : elle a été liée à l'amour, à l'amour dont le Christ parlait à Nicodème, à l'amour qui crée le bien, en le tirant même du mal, en le tirant au moyen de la souffrance, de même que le bien suprême de la Rédemption du monde a été tiré de la Croix du Christ et trouve continuellement en elle son point de départ. La Croix du Christ est devenue une source d'où coulent des fleuves d'eau vive. C'est en elle aussi que nous devons reposer la question du sens de la souffrance et trouver jusqu'au bout la réponse à cette question.

 

 

 

Source 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Salvifici Doloris
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