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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 15:30

Cher Miky,

 

Dans le cadre de ma relecture des articles anciennement publiés, je réponds aujourd’hui à ton commentaire de l’article introductif à l’étude de la Création – dans la série « Dieu existe-t-il ? » (comme je m’efforcerai de répondre à toutes les questions demeurées sans réponse sur ce blog).

 

« Matthieu (…), en gros, tu nous suggères de contempler la beauté de l'univers et que cette beauté serait un argument favorable à l'existence de Dieu. Toutefois, la beauté est une notion relative. Peut-être qu'une civilisation extraterrestre ne trouverait pas belles les mêmes choses que nous.

 

« Le fait que nous trouvions beaucoup de choses belles doit être balancé par le fait que nous en trouvons aussi beaucoup qui ne sont pas belles voire qui sont carrément moches : champignons nucléaires, pourrissement, maladies, purulence, violence, malformations, amputations, décrépitude, etc. Si la beauté doit être un argument en faveur de l'existence de Dieu, alors l'absence de beauté et la mocheté doivent être, en toute logique, des arguments en défaveur de l'existence de Dieu. »

 

Je ne crois pas que la beauté soit une donnée relative – qui ne serait qu’affaire de goût. D’ailleurs, tu le supposes toi-même en énonçant toute une série de choses « pas belles » (dont tu ne te demandes pas si des extraterrestres pourraient les trouver belles...) – champignons nucléaires, pourrissement, maladies…

 

Les choses que nous ne trouvons « pas belles » sont justement celles qui affectent le beauté des êtres : le champignon nucléaire, parce qu’il est destructeur de la vie ; le pourrissement, parce qu’il est la conséquence de la décomposition d’un organisme ; la maladie, parce qu’elle est dégradation de la santé ; etc.

 

On voit donc que la beauté est première, et qu’elle est liée à l’être et à la plénitude de ses potentialités (la vie, la santé…) tandis que la « non beauté » est seconde en ce qu’elle n’a d’existence que relativement à la première, qu’elle altère. La question fondamentale et absolument première reste donc : d’où vient qu’il y ait du beau dans l’univers – c’est-à-dire de l’être, de la vie, de la santé ?

 

La question du mal (ou du « pas beau ») vient ensuite, et sa solution doit être trouvée à la lumière de la réponse donnée à la première question – celle du bien (ou du « beau ») –, qu’elle ne peut annuler. Si l’on parvient ainsi à établir que le beau dans l’univers est le signe, la preuve tangible de l’existence de Dieu (et c’est là la question à traiter en premier), on ne pourra considérer (si l’on veut rester cohérent) que le mal dans l’univers (qui est la question à traiter en second) est une preuve de son inexistence ; il faudra simplement chercher à concilier les deux points de vue, et penser le problème du mal à l’aune de l’existence de Dieu – ce que fait le judéo-christianisme.

 

On remarquera que le problème du mal ne se pose en vérité qu’au croyant, c’est-à-dire à celui qui a résolu la question première en répondant : « OUI, Dieu existe ». Car c'est alors que se pose à lui la seconde question : « Si Dieu existe, pourquoi y a-t-il du mal dans le monde ? ». « Pour qu’il y ait du mal, il faut d’abord qu’il y ait des êtres capables de souffrir ce mal, et ce sont ces êtres mêmes qui sont le point de départ de la démarche par laquelle l’intelligence va jusqu’à la connaissance de l’existence de Dieu » (Claude Tresmontant, in Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu, Livre de Vie 1966, p. 428-429). Mais « dans la perspective athée, ce qui fait problème, ce n’est pas le problème du mal qui est dans le monde (…), mais l’existence du bien, du bon, [du beau,] de l’être, de la vie… » (qui est la première question à résoudre, la seconde – celle du mal – ne se posant pas, puisque dans un monde sans Dieu, livré au hasard du brassage des atomes, il n’est pas étonnant qu’il y ait des « ratés » dans la nature – des champignons nucléaires, du pourrissement, des maladies… ; ce qui est étonnant, c’est qu’il n’y en ait pas davantage ; ce qui est étonnant, c'est « que les êtres soient, en général et le plus souvent, réussis et même beaux, qu'il y ait si peu de monstres, que nous soyons tous constitués d'une manière qui, en gros, est viable. C'est un miracle quotidiennement renouvelé et stupéfiant »).

 

« Le fait que nous trouvions beaucoup de choses belles peut être expliqué autrement : par un mécanisme néodarwinien de sélection naturelle des mutations avantageuses pour la survie et la reproduction. Prenons deux individus : un trouve qu'il vit dans un environnement formidable, beau, stimulant, l'autre trouve qu'il vit dans un environnement horrible, moche, ennuyant. Lequel, selon toi, aura le plus de chance de survivre et de se reproduire ? 

 

Drôle de question à la vérité, puisqu’elle présuppose une certaine conscience de l’« individu ». Il ne peut donc s’agir que d’êtres humains. Or la sélection naturelle ne s’applique plus à l’homme (heureusement d’ailleurs !), en raison précisément de l’avènement de sa conscience qui lui a permis de dominer la nature. L’évolution biologique est achevée depuis que l’homme existe. Et on a déjà vu des gens déprimés par la vie assassiner des gens heureux de vivre…

 

Cela dit, ton raisonnement implique encore l’idée du « beau » – dont l’existence reste une question irrésolue. Quand bien même on supposerait que des êtres survivent et se reproduisent effectivement sous l’effet du « beau », il resterait encore à expliquer l’existence même de ce « beau » si attractif, si stimulant pour la vie. Sans cela, on expliquerait rien du tout.

 

Il me paraît ainsi vain de se référer au « mécanisme néodarwinien de sélection naturelle » produisant « des mutations avantageuses pour la survie et la reproduction » si tu n’expliques pas l’existence même de ce « mécanisme néodarwinien de sélection naturelle » ! C’est un peu comme si, à la question « pourquoi la poule ? », tu me répondais : « parce que l’œuf ! ». Je reconnais  certes que c’est une manière de répondre ; mais ça ne peut en aucun cas être la réponse définitive, qui implique que soit résolue aussi la nouvelle question suscitée par ta réponse même : « pourquoi l’œuf ? » Laisser sans réponse cette dernière interrogation reviendrait à ne pas répondre du tout à la première question – sinon superficiellement – ou en tous les cas : à substituer à la réponse de fond (qui rend compte de l’origine ontologique des choses) une réponse partielle (qui ne rend compte que de leur origine historique dans la succession des temps, mais non de l’existence même de leur être).

 

« Même si nous n'avions aucune explication de la beauté que nous percevons dans le monde, cela ne nous autoriserait pas logiquement à en inférer l'existence d'un Créateur. Cela voudrait juste dire que nous ne savons pas tout, et ça, nous le savons déjà que nous ne savons pas tout ! »

 

C’est vrai que nous ne savons pas tout. Mais nous en savons suffisamment, d’autant qu’il n’y a pas une infinité de solutions possibles – il n’y en a que trois. Si l’on examine sereinement ces trois options à la lumière des certitudes scientifiques que nous avons sur l’univers (sur sa structure, son histoire, son évolution…), on se rend compte qu’il est possible d’entrevoir LA solution à notre problème de l’existence du « beau ».

 

OU BIEN la beauté (c’est-à-dire : l’être, dans sa splendeur d’être) vient de Dieu (ou disons : d’un dieu) – hypothèse théiste (ou déiste) ; OU BIEN elle vient de l’univers lui-même (hypothèse matérialiste athée) ; OU BIEN elle vient du néant. Je ne vois pas d’autre explication possible.

 

On peut écarter aisément, je crois, la dernière option en raison de son évidente absurdité : le néant ne produit rien de lui-même ; il en est bien incapable pour la bonne raison qu’il n’existe pas (c’est sa définition même) !

 

Tout se joue donc entre la première et la seconde option. L’univers est-il le seul être, ou bien doit-il son existence à un Autre Être que lui ?

 

Imaginons qu’il soit démontré que l’univers ait tout fait lui-même ; que l’on parvienne à établir que ce sont des processus physiques qui aient tout créés (c’est la thèse de Stephen Hawking). Eh bien cela ne prouverait pas que l’univers soit le seul être ! Que le nuage primordial d’hydrogène et d’hélium ait été capable de produire, par ses seules ressources, la matière, puis la vie, puis la conscience et l’intelligence humaines, voilà en effet qui donne à réfléchir. Est-il rationnel de songer qu’un Mozart ou un Einstein aient put émerger d’un gaz qui n’avait pas en lui-même les propriétés pour créer de tels génies ? D’où vient que l'univers ait acquis ces propriétés ? D’où vient qu’elles soient apparues dans l’histoire de l’univers ?

 

Deux hypothèses se présentent à nous : OU BIEN l’univers n’avait pas en lui-même originellement les ingrédients pour créer de tels génies (ainsi que l’affirme la science aujourd’hui : il y avait moins à l’origine de l’univers que maintenant), et c’est donc qu’elles sont effectivement apparues ; qu'elles ont surgies. Puisqu'elles ne peuvent provenir du néant (qui est stérile et ne peut produire de l’être) ni de l’univers lui-même (puisque par hypothèse, il ne les avait pas en lui-même dès l’origine, et se trouvait donc dans l’incapacité de se les donner à lui-même), c’est donc… qu’elles proviennent nécessairement d’un Autre Être qui, Lui, possède en Lui-même tout ce qu’il communique à l’univers pour créer in fine ces deux génies que nous venons d'évoquer  c’est-à-dire : la vie, la conscience, la pensée, l’intelligence, la sensibilité artistique, le génie rationnel.

 

Où l'on voit que cette première hypothèse ne nous conduit nullement à l’athéisme, mais au théisme.

 

OU BIEN (deuxième hypothèse) l’univers possédait en lui-même dès l’origine (mais alors, de manière occulte…) la vie, la conscience et l’intelligence qui allaient apparaître au terme de l’évolution cosmique : et cela revient à attribuer à l’univers… tous les caractères que les théologiens monothéistes reconnaissent à Dieu seul, à savoir : la suffisance ontologique, l’éternité, la vie, la puissance créatrice, l’intelligence… Dans cette hypothèse, c’est l’univers qui est Dieu ! C’est lui le Divin, le Grand Animal Pensant qui se trouve à l’origine de toutes choses, et qui créé du beau en son sein, au fil de son évolution historique. C'est donc lui qu'il faut adorer...

 

Où l'on voit que cette seconde hypothèse ne nous conduit nullement à l’athéisme, mais au panthéisme.

 

L’athéisme n’est donc pas une option rationnelle, car lorsque l’on pose comme postulat de départ que l’univers est le seul être, on est conduit irrésistiblement à poser les deux hypothèses ci-dessus qui conduisent l’une au théisme, l’autre au panthéisme.

 

Pour survivre, l’athéisme n’a plus qu’une seule ressource : démontrer scientifiquement que l’univers n’évolue pas et que tous les êtres existants aujourd’hui ont toujours existé – que rien n’est apparu dans l’univers ; que tout existe depuis toujours, sans changement. Pour survivre, l’athéisme doit combattre le fait de l’Evolution…

 

Il faut alors se rendre à l’évidence : l’athéisme a été vaincu par les grandes découvertes du siècle dernier. Il ne représente plus aujourd’hui une alternative rationnelle à l’existence de Dieu. Que Dieu soit transcendant à l’univers ou immanent (ce qu’il convient de trancher), peu importe à ce stade : ce que nous pouvons dire aujourd’hui avec certitude, c’est que nous savons qu’Il existe (que nous avons les moyens, en tous les cas, de le savoir), et que notre univers n’est pas un assemblage hasardeux – et pour le moins heureux…– d’atomes. Notre univers a été pensé par Dieu ; chacun de nous est le fruit d’une pensée divine. Nous existons parce que chacun de nous, personnellement, a été pensé, voulu, désiré par Dieu. Personne ne s’est donné l’être à soi-même. Personne ne l’a reçu du néant (c’est chose impossible). Personne ne l’a reçu non plus de l’univers (puisque celui-ci n’avait pas en lui-même de quoi nous créer à l'origine). Tous, sur cette terre, nous avons reçu l’existence, la vie, la conscience, la pensée, l’intelligence et la capacité d’aimer de Celui-là même qui, de toute éternité, est l’Être et la Vie, et qui possède en Lui-même la conscience, la pensée, l’intelligence et la capacité d’aimer.

 

« Celui qui, ne supportant pas son ignorance, s'invente un "Dieu des trous" ne fait que couvrir son ignorance d'un peu de dignité, mais ne résout fondamentalement rien. »

 

Comme je viens de le dire, il ne s’agit pas de boucher des trous. Il s’agit d’analyser correctement le donné existant. C’est ce que nous savons du réel qui nous révèle l’existence de Dieu, pas ce que nous ignorons. Quand bien même nous saurions tout de la réalité matérielle de l'univers, cela n’expliquerait rien : les mécanismes naturels ayant présidé à l’histoire de notre univers ne diront jamais rien de leur propre raison d’être. Parce que cette question n’est pas une question scientifique, mais métaphysique. Il ne s’agit donc pas tant d’accroître la quantité de nos connaissances scientifiques (même si bien sûr, il faut sans cesse chercher) que d’approfondir la qualité de nos analyses métaphysiques à partir des informations certaines donc nous disposons sur le monde et la nature.

 

« Pour rendre compte de qqch de mystérieux, il pose une hypothèse encore plus mystérieuse : d'où vient Dieu ? Pourquoi a-t-il créé le monde ? Pourquoi l'a-t-il créé ainsi qu'il la créé ? Si on pousse ta logique jusqu'au bout, le fait même que Dieu ait eu l'intention, le projet, de créer un monde beau devrait nous interroger et nous faire admettre l'existence d'un Méta-Dieu qui a créé cette intention, ce projet, en Dieu, et ainsi de suite... La régression à l'infini n'est pas évitée ! »

 

Non, ce que tu exprimes n’est pas une pensée rationnelle. La rationalité postule l’existence d’un autre Être que l’univers, qui possède en Lui-même tout ce qui est nécessaire pour donner à l’univers d’être ce qu’il est comme il est (et que l’univers ne possède pas en lui-même – sauf à admettre le panthéisme) : la suffisance ontologique, l’éternité, la vie, la puissance créatrice, l’intelligence…

 

Le mouvement naturel de la pensée conduit nécessairement à l’existence de Dieu (ou disons : d’un dieu) ; d’un Dieu unique et Créateur ; d'un Être absolu qui ne dépend de rien ni de personne pour exister, en qui se trouve la plénitude de l'être depuis toujours et pour toujours. On peut supposer, si l’on veut, des dieux intermédiaires entre l’univers et son créateur. C’est une possibilité théorique. Mais ce n’est pas une nécessité métaphysique. La nécessité métaphysique, c’est l’existence d’un Dieu unique et créateur.

 

Il n’y a donc aucune bonne raison pour rejeter a priori l’existence d’un Dieu unique et créateur, au seul (et pâle) motif que l’explication serait trop compliquée.

 

Je ne vois pas en effet pourquoi ce Dieu Créateur là devrait être moins mystérieux que l’univers créé, car le « moins » ne créé pas du « plus ». En revanche, le « plus » peut créer du « moins ». Ce qui est créé est donc nécessairement « moins » mystérieux que ce qui a créé – la consistance ontologique de celui qui crée est nécessairement « plus » riche que celle de l'être créé (on peut le comprendre aisément par une analogie tirée de notre expérience : l’ordinateur le plus puissant au monde sera toujours infiniment moins mystérieux que le cerveau du savant génial qui l’a pensé et élaboré…).

 

Il n’est donc pas pertinent d’éliminer l’explication de l’univers par l’existence de Dieu au seul motif qu’elle serait trop mystérieuse. D’autant moins que, si le Dieu auquel la raison humaine conduit naturellement à partir de la considération de l’univers, de son histoire et de tout ce qui le constitue, s’avère être un Être vivant, pensant et intelligent, il est permis de penser qu’il soit possible d’entrer en relation avec Lui ; de recevoir de Lui une Parole qui nous communiquera l’intelligence de ce qu’Il est en Lui-même et de ce qu’il fait. Cela nous permet donc d’espérer avoir quelques lumières sur les mystères qui entourent son être et son dessein créateur. Cela suppose certes qu’il veuille bien nous le révéler (car par nous-mêmes, nous ne pouvons que spéculer à l’infini). Mais pourquoi ne le voudrait-il pas ?  « Lui qui façonné nos bouches, il ne parlerait pas ? »

 

« - Enfin, je n'ai rien contre le fait que l'on croit en Dieu, mais je pense qu'il faut être vigilant quant aux motifs que l'on se donne d'y croire. Si ton but, à travers cette série d'articles, est de démontrer rationnellement et/ou empiriquement seulement, l'existence (probable) de Dieu, ton entreprise est vouée à l'échec, car les exigences de la rationalité et de l'empirie ne sont pas respectés, et pour cause : une explication scientifique doit relier logiquement des faits empiriques objectifs. Dieu est peut-être logique, mais il n'est certainement pas entièrement observable objectivement. J'enfonce le clou : si Dieu était une hypothèse scientifique valable, il ne serait pas Dieu, car il existerait au même titre que les êtres humains, les animaux, les plantes, les minéraux, les artéfacts, etc. A mon avis, toute approche possible de Dieu se doit de déborder le cadre de la science voire de s'en détacher. Mais il faut définir un nouveau cadre de référence, un nouveau paradigme si tu préfères, avant de pouvoir approcher Dieu, à l'intérieur de ce paradigme. Et ce paradigme doit s'efforcer, à mon avis, de reposer sur le sens commun ou la science, pour qu'il soit convainquant pour tous. Note bien que je ne me contredis pas en disant d'une part : Dieu ne peut être scientifiquement prouvé et d'autre part un paradigme à l'intérieur duquel Dieu peut être prouvé devrait s'efforcer de reposer sur le sens commun et la science. Ce sont deux idées différentes. »

 

Tout à fait Miky, je te suis entièrement ! Tu as tout à fait raison de dire qu’il ne peut exister de preuves scientifiques de l’existence de Dieu – pour la bonne raison que Dieu est Dieu, et qu’il ne se confond pas avec l’univers créé que scrutent les sciences. Les sciences, au bout de leur télescope ou de leur microscope, ne verront jamais rien d’autre que l’univers et sa matière. Comme tu le dis au sujet de l’eucharistie : « l’analyse objective d’une hostie consacrée par un prêtre ne révèlera rien d’autre que de la farine et du sel ».

 

Il faut donc, comme tu le dis, « déborder le cadre de la science » - je ne rajouterais pas pour ma part le « voire s’en détacher » qui suit dans ta phrase, car je pense qu’il ne faut surtout pas s’en détacher. Le nouveau cadre de référence à l’intérieur duquel on va pouvoir approcher Dieu, et qui doit « reposer sur le sens commun ou la science pour qu’il soit convainquant pour tous », le « nouveau paradigme », c’est tout simplement : le cadre rationnel méta-physique – dans lequel s'inscrit l’effort de la raison humaine pour penser jusqu’au bout le réel empiriquement observé dans l’expérience commune et l’activité scientifique, et qui présente de ce point de vue tous les caractères nécessaires pour être « convainquant pour tous ».

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
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commentaires

Mikaël 12/05/2011 18:47



"Non, mais c’est quand même un Bleu. Il est un non parce qu’il est particulier, mais parce qu’il est unique. Il n’y a qu’un seul Bleu
absolu."



Ah, alors là je suis d'accord. Oui. L'Être - suivant le même raisonnement - est bien unique, mais ce n'est pas un
particulier, c'est cela que je voulais dire. L'Être est un universel.


"Puisqu’aucun bleu particulier ne lui est comparable, il est donc autre ;"


Oui. De même pour l'Être.


"et parce qu’il est radicalement autre, il est transcendant (son existence se situant au-delà de la
réalité des bleus particuliers)."


Oui. De même pour l'Être qui transcende les êtres particuliers. Je n'aime pas le mot "existence" pour parler du Bleu absolu (voir infra).


"C’est cette altérité transcendante qui le rend si différent des Bleus particuliers, et si… "particulier" à nos yeux – mais
d’une particularité toute relative à nous, pour qui la Réalité transcendante est une et autre, et donc, en un certain sens, "particulière"."


Oui. Idem pour l'Être.


"Mais son existence implique nécessairement Quelqu’un qui aime. Car il n’est pas d’Amour sans Quelqu’un qui aime. L’Amour
absolu est donc indissociablement lié à l’être de Celui qui aime, sans lequel il n’existerait pas."


Mais l'Amour absolu, le Bleu absolu, l'Être absolu, n'existent pas, justement. Ils n'existent pas au sens où tel être aimant
existe, telle chaise bleue existe, tel être particulier existe. Quand je dis d'une chose qu'elle existe (au sens de l'existence censée être donnée par Dieu), je veux dire par là qu'elle est
située dans l'espace-temps-matière. Dieu est censé, d'après les chrétiens, faire en sorte que parmi toutes les essences possibles, certaines existent. Parmi tous les univers possibles, notre
univers existe, et cela est dû, d'après les chrétiens, à l'acte créateur de Dieu. Dieu ne créé pas les essences elles-mêmes, puisqu'il EST ces essences (par exemple, Il EST l'Amour). Or, tout
ce qui est consubtantiel à Dieu ne peut pas être créé par Dieu.


"Mais si l’Amour absolu est tout en entier relatif à Celui qui aime, autant dire alors qu’il n’est
pas… absolu, ou qu’il n’est absolu que dans la mesure où il est l’Amour de l’Être absolu ! Il s’identifie donc à Celui
qui aime – ce que confirme la Révélation divine lorsqu’elle nous dit que « Dieu EST Amour » (1 Jn 4. 8)."


Exact. Mais si l'Amour est qqch que Dieu EST, alors il ne peut pas être en même temps qqch que Dieu A. On ne peut pas se posséder soi-même !


Par ailleurs, un point intéressant à noter : l'Amour est une abstraction, un universel. Si Dieu EST Amour (ce que je pense, enfin je préfère dire l'Être ou l'Absolu que ce mot de Dieu qui fait
penser à un "super-bonhomme avec des super-pouvoirs"), Dieu est donc également une abstraction, un universel.


Si tu es d'accord avec cela : Dieu/l'Absolu/l'Être est une abstraction, un universel, et "existe" (avec des guillemets) en tant qu'abstraction, universel, et non pas en tant que particulier tel
un dieu greco-romain, alors on est d'accord sur pas mal de choses finalement.




Matthieu 12/05/2011 23:51



« Mais l'Amour
absolu, le Bleu absolu, l'Être absolu, n'existent pas, justement. Ils n'existent pas au sens où tel être aimant existe, telle chaise bleue existe, tel être particulier
existe. » Je ne crois pas que l’on puisse tout mettre sur le même plan : le bleu absolu n’existe pas en tant que tel,
OK. Mais l’Amour absolu, lui, existe possiblement (à une double condition : que l’Être absolu existe et qu’il soit aimant – mais cela, la raison seule ne peut le savoir). Quant à l’Être
absolu, il existe nécessairement (cela, la raison humaine peut le savoir certainement) ; tout simplement parce que si l’Être absolu n’existait pas, aucun être n’existerait : il n’y
aurait ni êtres aimants, ni chaises bleues, ni êtres particuliers… Rien… L’essence des êtres ne pouvant provenir du néant, elle ne peut s'originer que dans un être premier (et réellement
existant) qui n'est pas l’univers (puisque l’univers n’est pas éternel – donc pas absolu) ; qui est autre que l’univers, qui le transcende, qui lui est "particulier"… 


 


« Quand je dis
d'une chose qu'elle existe (...), je veux dire par là qu'elle est située dans l'espace-temps-matière. » Mais c’est bien là
le problème Mikaël. Tu pars du principe que l’Univers en son espace-temps-matière est le seul être existant – que tout le réel existant est englobé dans cet espace-temps-matière. Mais
c’est là un préjugé que rien ne justifie dans la réalité positive. L’univers ne possède pas en lui-même les caractères ontologiques de l’Être absolu (l’éternité, l’infinité, l’immutabilité…).
Rien n’exclut donc a priori comme tu le fais l’existence d’un autre Être que l’Univers qui possèderait en lui-même tous ces caractères. Non seulement
rien ne l’exclut, mais la raison humaine le postule nécessairement, car si l’Être absolu tombe, toute la réalité existante tombe aussi… les êtres existants n’ayant plus leur fondement dans
l’être, mais dans le néant…


 


« Dieu ne créé pas les
essences elles-mêmes, puisqu'il EST ces essences (par exemple, Il EST l'Amour). Or, tout ce qui est consubtantiel à Dieu ne peut pas être créé par Dieu. » C’est là qu’il faut bien distinguer les choses. Les réalités qui "émanent" de Dieu et qui font UN avec Lui sont consubstantielles à Lui. Elles sont divines
par nature et possèdent en elles-mêmes tous les attributs de l’Être absolu : l’éternité, l’infinité, l’immutabilité,… On ne parle pas à leur sujet de "création" mais plutôt "d’engendrement"
et de "procession". Ainsi, selon la foi chrétienne, Dieu engendre de toute éternité un Fils, et de leur relation mutuelle procède l’Esprit Saint. Voilà pourquoi Dieu est Amour dans son essence : parce que dans l’Unique réalité divine, il existe un mystère de communion entre trois personnes : l’Aimant (le Père), l’Aimé (le
Fils) et l’Amour (le Saint Esprit). Voilà pourquoi l’Amour absolu existe : parce que Dieu existe et que Dieu est Amour.


 


Maintenant, Dieu créé aussi des essences qui ne sont pas lui – mais qui sont
comme un reflet de son Être : les essences de notre espace-temps-matière, l’essence de notre propre être, lesquelles sont nécessairement créées puisqu’elles ne possèdent pas en
elles-mêmes les caractères ontologiques de l’Être absolu (l’éternité, l’infinité, l’immutabilité…). Elles ne Lui sont donc pas consubstantielles. (Moi-même, je suis né le 7 septembre 1972, j’ai
été conçu 9 mois auparavant, et avant ce moment, je n’existais pas : je ne suis donc pas divin, je ne suis pas consubstantiel à l’Eternel – je suis créé).


 


« Si l'Amour est qqch que Dieu EST, alors il ne peut pas
être en même temps qqch que Dieu A. » Dans la perspective chrétienne, si. Dieu EST Amour parce qu’il est en Lui-même, en son
essence, relation d’amour entre le Père et le Fils. Et il POSSEDE en Lui-même la plénitude de l’Amour qui est l’Esprit Saint.



Mikaël 11/05/2011 20:10



Je ne suis pas d'accord : le Bleu absolu n'est pas nécessairement un objet bleu en particulier. L'Amour absolu n'est pas nécessairement quelqu'un qui aime. De même, l'Être absolu n'est pas
nécessairement un être. Quant à mon discours sur la mesure, tu l'as hélas pris au sens propre, alors qu'il s'agissait d'une analogie pour te faire comprendre ma pensée...



Matthieu 12/05/2011 18:31



« Je ne suis pas d'accord : le Bleu absolu n'est
pas nécessairement un objet bleu en particulier. »


 


Non, mais c’est quand même un Bleu. Il est
un non parce qu’il est particulier, mais parce qu’il est unique. Il n’y a qu’un seul Bleu absolu.


 


Puisqu’aucun bleu particulier ne lui est comparable, il est donc autre ; et parce qu’il est radicalement autre, il est transcendant (son existence se situant au-delà de la réalité des bleus particuliers). C’est cette altérité transcendante qui le rend si différent des Bleus particuliers, et si… "particulier" à nos
yeux – mais d’une particularité toute relative à nous, pour qui la Réalité transcendante est une et autre, et donc, en un certain sens, "particulière".


 


« L'Amour absolu n'est pas nécessairement quelqu'un
qui aime. »


 


Mais son existence implique nécessairement Quelqu’un qui aime. Car il n’est pas d’Amour sans
Quelqu’un qui aime. L’Amour absolu est donc indissociablement lié à l’être de Celui qui aime, sans lequel il n’existerait pas.


 


Mais si l’Amour absolu est tout en entier relatif à
Celui qui aime, autant dire alors qu’il n’est pas… absolu, ou qu’il n’est absolu que dans la mesure où il
est l’Amour de l’Être absolu ! Il s’identifie donc à Celui qui aime – ce que confirme la Révélation divine lorsqu’elle nous dit que
« Dieu EST Amour » (1 Jn 4. 8).



Mikaël 11/05/2011 07:57



Matthieu ?...



Matthieu 11/05/2011 19:37



Ah pardon Mikaël, je n’avais pas
vu que ton commentaire appelait une réaction de ma part…


 


Il ne s’agit pas de « mesurer » l’être, mais de constater son existence, tout
simplement.


 


L’Être absolu est nécessairement un être, car
par définition, il est seul… et il EST.



Mikaël 05/05/2011 17:57



Cher Matthieu,


 


Au fond, je crois que nous ne nous étions pas compris concernant ta démarche. Ton article est donc éclairant car il permet de préciser cette dernière.


 


Je crois aussi que notre différence principale réside en ceci : je ne crois pas que l'Être absolu soit un être. Il me semble que le penser, cela revient à commettre une erreur de catégorie : l'étalon qui sert à mesurer ne peut pas en même temps être un objet que
l'on mesure...


 


Amicalement,


Mikaël