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18 février 2007 7 18 /02 /février /2007 21:03

Nous continuons notre série d’articles au sujet de l’existence de Dieu, en réponse aux nombreuses interrogations de lecteurs sur la question des relations entre la foi et la raison.

Nous avons vu la semaine dernière que « la constante insistance de l’Eglise catholique sur la raison » (pour reprendre l'expression du Pasteur Eric Georges) s’enracine en fait dans la tradition biblique, et dans la doctrine du judaïsme orthodoxe que le christianisme a tout naturellement repris à son compte, par l'intermédiaire de St Paul en particulier. Rien de bien nouveau, on le voit, sous le soleil…

A la suite du monothéisme hébreu, l’Eglise catholique a toujours tenu à affirmer fortement que l’existence de Dieu peut être connue de manière certaine par l’intelligence humaine à partir de l’observation du monde créé, et cela, indépendamment de la Révélation. Telle fut ainsi la doctrine constante des Pères latins et grecs de l’Eglise, et des plus grands Docteurs du Moyen-Age, tels Albert le Grand, Saint Bonaventure, ou encore Saint Thomas d’Aquin.

Ce dernier allait même jusqu’à affirmer que « l’existence de Dieu et les autres vérités sur Dieu qui peuvent être connues par la raison naturelle ne sont pas des articles de foi, mais des préambules à ces articles. En effet, la foi présuppose la connaissance naturelle, comme la grâce présuppose la nature (…). » (Saint Thomas d’Aquin, Somme de Théologie, I, question 2, article 2, resp. ad 1).

Cette conviction unanime fut cependant remise en question pour la première fois au XIVe siècle par le théologien franciscain Guillaume d’Occam, qui soutenait que l’existence de Dieu n’était pas démontrable du seul point de vue de la raison, et nécessitait par conséquent pour être crue un acte de foi, entendu comme une adhésion « aveugle » à une vérité excédant, de très loin et par nature, les capacités limitées de l’entendement humain.

Cette doctrine, on le sait, a considérablement influencé la pensée de Martin Luther, qui ajoutait à cette théorie de la connaissance héritée de Guillaume d’Occam (je parle sous le contrôle du Pasteur…) une certaine théologie du péché originel selon laquelle la nature humaine aurait été intégralement corrompue par le péché de nos premiers parents. Les puissances de l’âme et la liberté humaines s’en trouvaient dès lors intégralement viciées, et la raison impuissante par elle-même à connaître le vrai ; bien plus : elle n’était plus, du fait de la Chute, qu’une abominable « prostituée » (selon sa forte expression...) dont il fallait absolument se défier, comme du Diable lui-même... La foi salvifique pour Luther ne pouvait donc naître dans l’esprit humain qu’au prix d’une renonciation, et même d’une destruction de la raison humaine, le dogme étant foncièrement absurde aux yeux de la seule raison.

On retrouvera cette doctrine sous la plume du philosophe allemand luthérien Emmanuel Kant, qui procéda lui aussi à la complète dissociation entre la foi et la raison, entre la foi et l’intelligence, la foi et la connaissance, et qui favorisa par là même l’essor du fidéisme, qui est très précisément la doctrine selon laquelle la foi n’est pas un acte de l’intelligence.

Au XIXe siècle, sous l’influence de Kant et d’Auguste Comte, le fidéisme se répandit comme une traînée de poudre dans la pensée de nombreux auteurs catholiques, et c’est la raison pour laquelle le Concile œcuménique du Vatican tint à réaffirmer solennellement, en 1870, dans sa Constitution « Dei Filius » que :

« La sainte mère l’Eglise tient et enseigne que Dieu, qui est le principe et la fin de tous les êtres, peut être connu d’une manière certaine par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des réalités créées ».

Le même Concile, dans ses Canons, s’exprimait de la manière la plus ferme : « Si quelqu’un disait que Dieu unique et véritable, le Créateur et notre Seigneur, ne peut pas être connu d’une manière certaine par l’intermédiaire des réalités créées à la lumière naturelle de la raison humaine, si quelqu’un disait cela, alors qu’il soit anathème » (c’est-à-dire hors du Corps de la Pensée de l’Eglise universelle).

L’Eglise catholique reconnaît donc, depuis ses plus lointaines origines et de manière constante, la plus haute valeur et la plus grande dignité à la raison humaine : celle de pouvoir parvenir par elle-même et sans le secours de la Révélation à la connaissance du vrai, de ce qui existe ; elle la déclare apte, malgré la blessure du péché originel, à traiter et à résoudre par elle-même le grand problème métaphysique qui s’impose à l’esprit humain depuis qu'il est apparu sur la Terre : la question même de l’existence de Dieu.

(à suivre…)

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