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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 14:15

Extrait du discours du Pape Benoît XVI aux membres de l’Académie des Sciences de Paris et de l’Académie pontificale des Sciences sociales.

Alors que les sciences exactes, naturelles et humaines sont parvenues à de prodigieuses avancées sur la connaissance de l’homme et de son univers, la tentation est grande de vouloir circonscrire totalement l’identité de l’être humain et de l’enfermer dans le savoir que l’on peut en avoir. Pour ne pas s’engager sur une telle voie, il importe de faire droit à la recherche anthropologique, philosophique et théologique, qui permet de faire apparaître et de maintenir en l’homme son mystère propre, car
aucune science ne peut dire qui est l’homme, d’où il vient et où il va. La science de l’homme devient donc la plus nécessaire de toutes les sciences. C’est ce qu’exprimait Jean-Paul II dans l’encyclique Fides et ratio : « Un grand défi qui se présente à nous est celui de savoir accomplir le passage, aussi nécessaire qu’urgent, du phénomène au fondement. Il n’est pas possible de s’arrêter à la seule expérience ; même quand celle-ci exprime et rend manifeste l’intériorité de l’homme et sa spiritualité, il faut que la réflexion spéculative atteigne la substance spirituelle et le fondement sur lesquels elle repose » (n. 83). L’homme est toujours au-delà de ce que l’on en voit ou de ce que l’on en perçoit par l’expérience. Négliger le questionnement sur l’être de l’homme conduit inévitablement à refuser de rechercher la vérité objective sur l’être dans son intégralité et, de ce fait, à ne plus être capable de reconnaître le fondement sur lequel repose la dignité de l’homme, de tout homme, depuis la période embryonnaire jusqu’à sa mort naturelle.


Au cours de votre colloque, vous avez fait l’expérience que les sciences, la philosophie et la théologie peuvent s’aider pour percevoir l’identité de l’homme, qui est toujours en devenir.
À partir d’une interrogation sur le nouvel être issu de la fusion cellulaire, qui est porteur d’un patrimoine génétique nouveau et spécifique, vous avez fait apparaître des éléments essentiels du mystère de l’homme, marqué par l’altérité : être créé par Dieu, être à l’image de Dieu, être aimé fait pour aimer. En tant qu’être humain, il n’est jamais clos sur lui-même ; il est toujours porteur d’altérité et il se trouve dès son origine en interaction avec d’autres êtres humains, comme nous le révèlent de plus en plus les sciences humaines. Comment ne pas évoquer ici la merveilleuse méditation du psalmiste sur l’être humain tissé dans le secret du ventre de sa mère et en même temps connu, dans son identité et dans son mystère, de Dieu seul, qui l’aime et le protège (cf. Ps 138 [139], 1-16).

L’homme n’est pas le fruit du hasard, ni d’un faisceau de convergences, ni de déterminismes, ni d’interactions physico-chimiques ; il est un être jouissant d’une liberté qui, tout en prenant en compte sa nature, transcende cette dernière et qui est le signe du mystère d’altérité qui l’habite. C’est dans cette perspective que le grand penseur Pascal disait que « l’homme passe infiniment l’homme ».
Cette liberté, qui est le propre de l’être-homme, fait que ce dernier peut orienter sa vie vers une fin, qu’il peut, par les actes qu’il pose, se diriger vers le bonheur auquel il est appelé pour l’éternité. Cette liberté fait apparaître que l’existence de l’homme a un sens. Dans l’exercice de son authentique liberté, la personne réalise sa vocation ; elle s’accomplit ; elle donne forme à son identité profonde. C’est aussi dans la mise en œuvre de sa liberté qu’elle exerce sa responsabilité propre sur ses actes. En ce sens, la dignité particulière de l’être humain est à la fois un don de Dieu et la promesse d’un avenir.


L’homme porte en lui une capacité spécifique : discerner ce qui est bon et bien. Mise en lui par le Créateur comme un sceau, la syndérèse le pousse à faire le bien. Mû par elle, l’homme est appelé à développer sa conscience par la formation et par l’exercice, pour se diriger librement dans l’existence, en se fondant sur les lois essentielles que sont la loi naturelle et la loi morale.
À notre époque où le développement des sciences attire et séduit par les possibilités offertes, il importe plus que jamais d’éduquer les consciences de nos contemporains, pour que la science ne devienne pas le critère du bien, et que l’homme soit respecté comme le centre de la Création et qu’il ne soit pas l’objet de manipulations idéologiques, ni de décisions arbitraires ni non plus d’abus des plus forts sur les plus faibles. Autant de dangers dont nous avons pu connaître les manifestations au cours de l’histoire humaine, et en particulier au cours du vingtième siècle.

Toute démarche scientifique doit aussi être une démarche d’amour, appelée à se mettre au service de l’homme et de l’humanité, et à apporter sa contribution à la construction de l’identité des personnes.
En effet, comme je le soulignais dans l’encyclique Deus caritas est, « l’amour comprend la totalité de l’existence dans toutes ses dimensions, y compris celle du temps… L’amour est ‘extase’ », c’est-à-dire, « chemin, exode permanent allant du je enfermé sur lui-même vers sa libération dans le don de soi, et précisément vers la découverte de soi-même » (n. 6). L’amour fait sortir de soi pour découvrir et reconnaître l’autre ; en ouvrant à l’altérité, il affermit aussi l’identité du sujet, car l’autre me révèle à moi-même. Tout au long de la Bible, c’est l’expérience qui, à partir d’Abraham, a été faite par de nombreux croyants. Le modèle par excellence de l’amour est le Christ. C’est dans l’acte de donner sa vie pour ses frères, de se donner totalement, que se manifeste son identité profonde et que nous avons la clé de lecture du mystère insondable de son être et de sa mission.


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI
 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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commentaires

Matthieu 01/05/2009 22:04

"La Création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu'elle l'a voulu, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir." (Rm 8.20)

Sancho 01/05/2009 19:46

Merci de me répondre. Votre raisonnement s'applique t-til à l'apparition du virus H1N1 qui est produit de la recombinaison d'un virus de l'homme et d'un virus du porc? Lui aussi est issu de milliards de rencontres fortuites. Alors, la main de Dieu là-dessous, aussi? Sincèrement je crois que l'on fait erreur en croyant que les faits scientifiques confirment (ou d'ailleurs infirment) les croyances religieuses.

Matthieu 01/05/2009 13:07

D'un point de vue naturel, tu as raison : le brassage génétique se fait apparemment par hasard (je dis apparemment, parce que la notion de hasard n'est pas scientifique ; elle est métaphysique. Il n'y a apparemment aucune différence par exemple entre une table de jeu truquée et une table de jeu non truquée. Dans les deux cas, le jeu semble gouverné par le hasard - c'est ce que le scientifique observera -, mais en réalité, dans le cas de la table truquée, le jeu est secrètement dirigé par le maître du jeu).Il reste que, si la nature semble être régie par le hasard, on ne manquera pas d'être interloqué par le sens que poursuit son évolution. Et carrément éblouit d'exister nous-même, quand on sait la somme de hasards qu'il a fallu pour que nous existions, toi et moi. Cela relève du miracle! ("Depuis à peine deux siècles, il aura fallu pas mois de 256 ancêtres pour que chacun de nous existe! Enlève un seul de ces maillons, fais manquer le rendez-vous entre ton trisaïeul et sa compagne, et tu n'existes pas. Un autre existera, mais ce ne sera pas toi. Etonnante harmonie entre la partition du Compositeur et l'art de ses exécutants!" - Stan Rougier, "Dieu était là et je ne le savais pas", Presses de la Renaissance, 1998).Ne devons-nous donc pas la vie à Celui qui a imaginé notre message génétique (que ni toi, ni tes parents, ni aucun être humain, n'a écrit...)?"Avec le regard de la Foi, chaque naissance postule un Être suprême. N'est-ce pas Lui qui nous a voulu, choisis, désirés? Nos parents ne nous ont pas inventés. Ils le savent mieux que personne. Ils ont transmis le patrimoine génétique d'une lignée d'ancêtres, c'est déjà un cadeau fabuleux, mais ils ne nous ont pas inventés. Ils ont choisis d'avoir un enfant, mais ils ne nous ont pas choisis, nous. Ils ne sont pas nos créateurs, mais nos procréateurs... C'est bien grâce à l'employé des postes qu'un message nous parvient, mais ce n'est pas lui qui a écrit le message" (Stan Rougier, op. cit).

Sancho 01/05/2009 11:55

Bonjour. Le Pape fait une rapide allusion au phénomène de la recombinaison des gènes des deux parents au cours de la fécondation, recombinaison qui produit un être nouveau qui n'est jamais la copie d'un autre (cette recombinaison, il l'appelle "fusion"). Or,  ce mécanisme est par excellence hasardeux. Il est cette loterie de la vie dont sont issus tous les êtres humains. Comment le saint Père peut alors exclure la part immense du hasard dans notre production? Ou, alors, faut-il imaginer que c'est Dieu qui colle scrupuleusement les deux brins d'ADN selon des plans qu'il a conçus de toute éternité? (et ce pour chaque être humain!). Est-ce sérieux? un Pape doit-il entrer dans ces considérations?